La voie de la sagesse

Il était une fois, un jeune moine nommé Lao Li qui suivait son apprentissage au monastère des douze pics depuis son plus jeune âge. Un beau jour, son maître Tao Tang l’appela à lui et lui dit : « Mon apprenti, tu es maintenant assez mature pour chercher la voie de la sagesse de par le monde par toi-même. »

Le jeune moine se demandait pourquoi son maître lui conseillait de partir en voyage à la recherche de la sagesse au lieu de la lui enseigner lui-même. De plus, il n’était pas très sûr de la manière de procéder, mais il obéit néanmoins et empaqueta quelques affaires dans un baluchon pour son périple à venir. Lorsqu’il eût terminé ses préparatifs, il retourna voir Tao Tang afin de prendre congé. Celui-ci lui fit ses dernières recommandations et lui souhaita un bon voyage.

Lao Li ne savait pas trop où mener ses pas pour trouver la sagesse. Heureusement, le chemin qui partait du monastère des douze pics était très long et ne comportait pas d’embranchement jusqu’au village le plus proche. A partir de là, la route se scinderait et il serait temps de faire un choix. Lao Li aurait alors tout le loisir de s’enquérir auprès des villageois de la route la plus à même de le diriger vers la sagesse.

En arrivant au village, le jeune moine se rendit immédiatement à la fontaine au centre de celui-ci pour étancher sa soif d’eau fraîche. Sa marche avait été longue, le soleil brillait fort dans le ciel et il avait vidé toute sa gourde. Après s’être désaltéré et avoir rempli de nouveau sa gourde, il avisa les puisatiers qui venaient discuter entre eux tout en puisant de l’eau de la fontaine. Il s’approcha d’eux et leur demanda s’ils savaient par quelle route il pourrait trouver la sagesse. La question fit réfléchir les villageois.

« Il est dit que les singes sont très versés dans l’art de la sagesse, lui dit finalement la doyenne du village. Tu devrais aller voir auprès d’eux, ils pourront sûrement t’aider. Tu trouveras un vieux singe sur un arbre centenaire près de la rivière. » Lao Li la remercia chaudement et partit, sans plus attendre, dans la direction d’une rivière à côté de laquelle poussait un arbre centenaire dans la ramure duquel, disait-on, vivait un vieux singe avisé.

En arrivant au lieu désigné, il aperçut un singe en posture de méditation sur une grosse branche basse. « Bonjour, monsieur Singe ! Le héla le garçon. On m’a rapporté que vous étiez un spécialiste en terme de sagesse et j’aurais besoin que vous m’enseigniez comment la trouver. » le vieux singe ouvrit un oeil, toisant l’importun du haut de sa branche. Voyant qu’il avait à faire à un jeune moine, son expression s’adoucit et il étira ses membres pour venir se positionner à la hauteur de son visiteur.

Le singe resta un long moment à dévisager Lao Li. Ce dernier finit par se sentir mal à l’aise et demanda à l’animal pourquoi il le fixait ainsi. « Je réfléchis, lui répondit le vieux singe. Est-ce bien sage de t’enseigner comment acquérir la sagesse ?
– Sans aucun doute, repartit le jeune moine de manière écervelée. Que risqueriez-vous à me révéler la voie de la sagesse ?
– C’est ce que je suis en train de mesurer, expliqua l’animal en plissant les yeux comme pour mieux jauger son interlocuteur.
– Oh ! S’exclama Lao Li. Vous cherchez la plus sage décision en réfléchissant, n’est ce pas ? »

Le vieux singe haussa les sourcils d’un air surpris, puis acquiesça. « Tout à fait, tu as bien deviné : la réflexion est la voie de la sagesse.
– Et si je n’ai pas de piste de réflexion, continua le jeune moine, comment puis-je trouver la sagesse ?
– Si tu ne trouves pas la sagesse par la réflexion, c’est que tu ne sais pas réfléchir correctement.
– Je vois. Mais dans ce cas, puis-je trouver la voie de la sagesse autrement que par la réflexion ? »

A cette question, le sage animal renifla d’un air dédaigneux et lui dit : « Continue ta route. Dans la forêt tu trouveras un perroquet dont tout le monde vante la sagesse. Mais cette cervelle d’oiseau est bien incapable de réflexion ! Peut-être a-t-il la réponse que tu cherches. » Lao Li remercia le vieux singe pour ses enseignements et son conseil, puis il reprit son chemin.

Après quelques heures de marche forestière, il rencontra un magnifique perroquet multicolore. « Bonjour monsieur perroquet ! Le héla le garçon. On m’a rapporté que vous étiez un spécialiste en terme de sagesse et j’aurais besoin que vous m’enseigniez comment la trouver.
– On m’a rapporté que vous étiez un spécialiste en terme de sagesse, lui répondit le perroquet, et j’aurais besoin que vous m’enseigniez comment la trouver.
– Mais non, le corrigea Lao Li. Je ne peux rien vous apprendre, moi, je ne suis pas suffisamment sage.
– Je ne peux rien vous apprendre, moi, je ne suis pas suffisamment sage, chantonna l’oiseau d’un air moqueur.
– Je pense qu’il est sage de rester humble, mais je suis certain que vous pouvez m’enseigner quelque chose ! Insista le jeune moine.
– Il est sage de rester humble, répéta le perroquet. Hum oui, je pense que tu as raison.
– Oh ! S’exclama Lao Li. Vous cherchez la sagesse en imitant les autres, n’est ce pas ?
– Je cherche la sagesse en imitant les autres, l’imita l’oiseau coloré. Oui c’est tout à fait ce que je fais et cela fonctionne à merveille !
– Mais comment faire si je n’ai personne à imiter et que je ne sais pas réfléchir correctement ? Puis-je tout de même acquérir la sagesse ?
– Continue ta route, lui conseilla le perroquet. Dans les prés tu trouveras un boeuf dont tout le monde vante la sagesse. Et il n’est ni doué pour l’imitation, ni pour la réflexion ! Peut-être a-t-il la réponse que tu cherches. » Lao Li remercia l’oiseau multicolore pour ses enseignements et son conseil, puis il reprit son chemin.

Après quelques heures de marche de par les prés, il rencontra un boeuf aussi puissant que placide, qui le gratifia d’un regard suspicieux en le voyant venir à sa rencontre. « Bonjour monsieur Boeuf ! Le héla le garçon. On m’a rapporté que vous étiez un spécialiste en terme de sagesse et j’aurais besoin que vous m’enseigniez comment la trouver.
– Ne t’approche pas plus près, le prévint le boeuf d’une voix grondante. Je me méfie des humains.
– Pourquoi donc ? s’enquit le jeune moine.
– Car quand j’étais jeune taureau, je faisais confiance aux humains. Et cela ne m’a apporté que des problèmes. Profitant de ma confiance, ils m’ont découpé pour faire de moi un boeuf. Depuis que je les évite, je n’ai plus de problèmes.
– Oh ! S’exclama Lao Li. Vous cherchez la sagesse par l’expérience, n’est ce pas ?
– C’est tout à fait cela, confirma le boeuf en secouant la tête. C’est douloureux mais infaillible. Mais, petit d’homme, si tu cherches la sagesse, pourquoi ne te rends-tu pas au monastère des douze pics ? Les moines de là haut sont réputés pour être les plus sages du pays, peut-être auront-ils la réponse que tu cherches. » Lao Li remercia le boeuf pour ses enseignements et son conseil, puis il reprit son chemin.

Le jeune moine retourna ainsi au monastère des douze pics et se rendit auprès de son maître, qui se montra heureux de le retrouver. « Déjà de retour Lao Li ? s’étonna-t-il. As-tu déjà trouvé la sagesse ?
– Je le pense, oui, répondit le jeune moine.
– Alors, qu’as-tu appris ? Le pressa Tao Tang.
– J’ai appris qu’il y a trois manières de devenir sage. Par la réflexion, d’abord, et c’est la plus noble selon moi. Par l’imitation, ensuite, et c’est la plus sûre selon moi. Par l’expérience, enfin, et c’est la plus amère selon moi. »

La maître sourit. Son apprenti ferait tantôt un grand sage.

 

petit moine

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