La traversée du désert

Billy avait du fuir la petite ville plus tôt que ce qu’il avait prévu. Il aurait été pompeux d’appeler Amboy Town une ville ; il s’agissait juste de quelques maisons en bois regroupées le long d’une grande rue. Il était grillé dans tous les patelins du coin et, si il ne voulait pas finir à croupir dans une prison, il n’avait plus d’autre choix que de traverser le désert. Billy aurait voulu prendre plus d’eau et de vivres pour son voyage dans les terres désolées. Mais il n’avait pas prévu que le marshall à ses trousses le retrouverait si tôt. Il pensait avoir mieux couvert ses traces et soupira à l’encontre des aléas de la vie.

Il espérait que l’eau ne lui ferait pas défaut. Ou pas trop. Juste qu’il puisse survivre à sa traversée. Il jeta un coup d’oeil à sa monture. Il doutait de pouvoir la garder jusqu’au bout : elle mourrait certainement avant la fin du voyage. Billy trouvait ça dommage, car c’était un bon cheval et que c’était un peu du gâchis de gaspiller ainsi un tel animal. Tant pis. Il en volerait un autre à la première occasion.

Bercé par le pas régulier de sa monture qui soulevait la poussière du désert, il ôta son chapeau pour se gratter la tête. Il ne savait pas où il avait ramassé ces poux qui le torturaient depuis plusieurs jours et, comme il n’aurait pas le temps de s’en débarrasser, ils lui tiendraient compagnie durant son voyage solitaire. Billy replaça rapidement son chapeau après cela. Le soleil tapait plutôt fort et, malgré la chaleur des bords qui ceignaient son front et le faisaient suer, il ne voulait pas risquer une insolation.

Pendant les deux premiers jours, le voyage se passa sans encombre, malgré les nuits sans feu. Billy ne voulait pas indiquer sa position au cas où le marshall ait décidé de le suivre jusque dans le désert. Ne voyant pas de signe de poursuite, il se détendit et se laissa aller au luxe du foyer nocturne. En revanche, les jours suivants se firent de plus en plus difficiles. Malgré qu’il prenne soin d’économiser son eau, il devait la rationner de plus en plus et la soif le tenaillait sans discontinuer.

Son cheval tomba raide mort, un soir, sans prévenir. Billy faillit se rompre le cou en chutant avec lui et se rattrapa en roulant sur le côté. Il pensait continuer la route, mais décida de rester là pour la nuit. Après avoir allumé un feu, il découpa quelques morceaux de sa monture qui l’avait vaillamment transporté jusque là. Il n’aimait pas faire cela, mais comme il n’avait plus de vivres, il n’avait pas vraiment le choix. A partir de là, son voyage se fit de plus en plus difficile. Sans cheval, il avançait beaucoup moins vite et se fatiguait bien plus. Il avait besoin de plus d’eau à cause de l’effort, mais il devait continuer d’en boire de moins en moins.

Alors qu’il marchait en titubant, la chaleur et l’inanition commencèrent à le faire délirer. Il avait terminé ses dernières gouttes la veille. A partir de là, Billy se fit avoir par des mirages à plusieurs reprises et s’épuisa à essayer de les rejoindre. Sa soif était dévorante et il n’avait qu’une envie : arriver au bout du désert. C’était ce qui le maintenait debout. Il avait très peur de s’endormir la nuit car il craignait de ne plus jamais se réveiller. Et pourtant, chaque soir il tombait d’épuisement et s’endormait comme une souche à l’endroit où il s’était effondré. Et, chaque matin, un soleil de plomb le réveillait.
Jusqu’au moment où il ne se releva plus.

 

« Et voilà, je l’attendais celle là, ronchonna tout bas Marguerite. Le marshall tombe sur le crâne et rien d’autre. Pourquoi est-ce que, dans les films, on voit toujours des crânes d’hommes dans le désert et jamais le reste ?
– Parce que ça fait partie des codes de l’esthétisme du désert nord américain, expliqua patiemment Blanchette à son amie. Au même titre que les cactus par exemple.
– De toutes façons, je n’aime pas les films dont les humains sont les principaux protagonistes, précisa Marguerite.
– C’est la mode, balaya Blanchette en chuchotant. Tu n’as qu’à imaginer que ce sont des bovins ! Maintenant tais-toi, tu vas déranger les autres spectateurs… » Marguerite remua la queue d’un air agacé et les deux vaches tournèrent de nouveau leur attention sur le film.

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