NaNoWriMo 2019 : Prison Dorée, jour 6

Quelques lanternes illuminaient les abords du château, mais dispensaient une bien piètre luminosité pour contrecarrer la nuit hivernale de manière efficace.

Les pas d’Éléonore la menèrent à s’éloigner un peu de la bâtisse, jusqu’à un ensemble de constructions. D’après les sons de sabots et les odeurs caractéristiques de paille mêlée de crottin, elle supposa qu’elle était parvenue aux écuries. Elle s’en trouva surprise, car des chevaux étaient un véritable investissement pour un jeu de rôles grandeur nature, et qui s’avérait rarement possible.

« Qui va là ? » tonna une voix. Éléonore se retourna et aperçut un palefrenier armé d’une pelle. « Oh, ah, je ne vous avais pas reconnue, madame, veuillez m’excuser !
— Il n’y a pas de mal, le rassura-t-elle.
— Que faites-vous ici ?
— J’avais besoin de m’aérer un peu l’esprit et mes pas m’ont menée jusque là.
— Vous devriez rentrer, madame, les nuits ne sont pas sûres, même dans l’enceinte du domaine. Rien qu’aujourd’hui, on a attrapé un maraudeur. J’ai entendu dire qu’il était dans les cachots maintenant. Sûr que le seigneur Arthur va le faire pendre !
— Pourquoi en êtes-vous si certain ? s’étonna Éléonore.
— Ah ben c’est ce qu’on fait avec les maraudeurs en général.
— Mais et s’il n’a pas commis de crime ?
— Je… je sais pas, madame, ça dépend pas de moi. »

Éléonore décida de ne pas perturber plus ce personnage. Elle lui demanda s’il pouvait lui faire faire le tour des écuries. La requête le rendit perplexe, mais il s’exécuta. Cette écurie comportait beaucoup de chevaux, pas juste trois ou cinq pour faire illusion. Le palefrenier se mit à décrire les quelques désagréments qu’avaient subi quelques-uns des animaux et ce que le maître d’écurie et ses aides faisaient pour les soulager, puis il se mit à raconter les derniers évènements qui l’avaient marqué à l’écurie. Éléonore était impressionnée. Tant de précisions la mirent même un peu mal à l’aise. Par certains côtés, tout ici lui semblait un peu trop réaliste. Elle chassa très vite ces pensées désagréables et prit congé, au soulagement visible du palefrenier.

Comme elle commençait à grelotter sous l’effet du froid, Éléonore décida de rentrer. Avec un peu de chance, cette nuit Jodie ne resterait pas à la surveiller. Sur le chemin du retour, elle aperçut une porte aux multiples ferronneries sur une façade un peu dissimulée du château. Curieuse, elle s’en approcha et tenta de l’ouvrir. Elle fit la moue ; ainsi qu’elle le pressentait, la porte était solidement fermée à clef.

Alors qu’elle s’apprêtait à faire demi-tour, quelqu’un déverrouilla la serrure de l’autre côté et ouvrit le battant avec brusquerie. Le garde dénommé André écarquilla les yeux en la reconnaissant. « Madame ? Que faites-vous là ?
— Je venais m’assurer que le maraudeur était bien traité, répondit Éléonore avec à peine un instant d’hésitation.
— Ah, euh… Bah, il est traité comme un prisonnier normal. Il a eu un peu de gruau en plus du pain sec et de l’eau, c’est suffisant pour un rat pareil.
— Puis-je le voir ?
— Le voir ? » André avait l’air abasourdi. « Mais pourquoi ? »

Éléonore se contenta de le fixer droit dans les yeux. En grommelant, André s’effaça pour la laisser descendre les quelques marches, puis passa devant elle, prenant une lanterne au passage, pour la guider jusqu’à la cellule. Il y en avait très peu dans ce château, qui avait plus un but esthétique que militaire, et seule celle de l’intrus était occupée. « Il est là, indiqua le garde à sa maîtresse. Mais restez pas trop longtemps ni trop près : il pourrait vous contaminer avec un sale truc. »

Elle l’ignora et s’approcha des barreaux. Constatant qu’André restait posté à côté, elle lui fit signe de s’en aller. Comme il restait là, elle attendit qu’il s’en aille en le fixant d’un air sévère. Il finit par s’exécuter en ronchonnant. Lorsqu’elle estima qu’il était assez loin, elle s’approcha un peu plus de la cellule et s’éclaircit la gorge. « Bonjour ? » lança-t-elle. Les geôles n’étant éclairées que par la faible lumière extérieure qui se glissait péniblement par les soupiraux et André étant parti avec la lanterne, Éléonore peinait à distinguer le prisonnier.

Une ombre bougea et s’approcha d’elle. « Vous êtes la dame du château, vous, non ?
— Euh, oui, on peut dire ça comme ça.
— Qu’est-ce que vous faites là ?
— Je suis venu voir si vous étiez bien traité. »

L’intrus pouffa de rire. « Ouais bah super, je vais probablement mourir de dysenterie ou d’un autre truc sale. La seule chose qui me réjouit, c’est d’avoir toujours ma main : comme ça je vais pouvoir crever entier.
— Vous pourriez montrer un peu plus de reconnaissance pour votre main.
— À quoi bon ? De toute façon, vous n’êtes pas plus réelle que les autres. Enfin bon, merci quand même.
— Comment ça, je ne suis pas réelle ? »

Des pas coupèrent la parole du prisonnier. André revenait, accompagné de l’autre garde qu’Éléonore avait déjà vu et qui paraissait plus gradé. « Vous devriez retourner dans vos appartements, madame, lui dit-il. Ce n’est pas un endroit convenable pour une dame et encore moins de nuit. Je pense qu’à présent vous avez largement eu le temps de voir qu’il était bien traité et que vous n’avez pas très envie que je parle de votre escapade à votre père. »

Elle était déçue d’avoir été interrompue dans sa discussion avec le prisonnier, mais le garde avait raison : elle n’avait aucune envie qu’il rapporte ses faits et gestes au seigneur Arthur. « Je suis lasse, je vais me reposer. » déclara-t-elle avant de s’en aller. Pour lui éviter de devoir braver de nouveau la nuit glaciale, les gardes la guidèrent jusqu’à l’issue qui menait à l’intérieur du château. Éléonore ne reconnut pas tout de suite l’endroit où elle avait débouché, puis repéra les cuisines au loin. Soulagée, elle retourna rapidement jusqu’à ses appartements.

Jodie se trouvait là, dormant à moitié dans une bergère de laquelle elle se releva brusquement. « Madame ! Où étiez-vous ? J’espère que vous n’avez pas pris froid, vous avez l’air gelée ! » Ce disant, elle se précipita sur Éléonore pour lui ôter son manteau et la frictionner en la menant près de la cheminée. « Monseigneur me ferait pendre s’il savait que je vous ai laissée si longtemps dehors. Toute seule en plus ! »

Éléonore laissa Jodie s’affoler et se plaindre, tout en la déshabillant pour le coucher. Elle se contentait de repenser aux évènements de la journée. « Je prendrais bien un bain. » déclara-t-elle finalement. Elle réfléchissait toujours mieux dans un bain ou sous une douche, mais elle doutait que ce château soit pourvu de douches. « C’est possible ?
— Madame, vous n’y pensez pas, un bain vous achèverait ! Vous pourriez en prendre un demain, qu’en pensez-vous ? »

Fatiguée par les inquiétudes de la servante, Éléonore acquiesça. Cela parut calmer un peu Jodie, qui enleva la bouillotte et redisposa les oreillers pendant que sa maîtresse se couchait. Une fois la servante partie, Éléonore tourna longtemps dans le lit chaud et douillet. Elle se sentait très bien installée, mais tout ce qui s’était passé durant la journée tournait dans sa tête, l’empêchant de s’endormir. Elle se demandait notamment ce que le prisonnier avait bien pu vouloir signifier lorsqu’il lui avait dit qu’elle n’était pas réelle. De plus, il avait l’air beaucoup moins dans son rôle que les autres et cela lui paraissait particulièrement décalé.

***
« Alors, que penses-tu de l’expérience jusqu’ici ? s’enquit une femme d’âge mûr en rehaussant ses lunettes.
— C’est difficile d’en dire quoi que ce soit, chérie. Elle commence tout juste à explorer son nouvel environnement. Ce qui m’inquiète, c’est le prisonnier.
— Il n’était pas prévu, c’est vrai. Cela dit je pense qu’il sera intéressant de les voir interagir.
— Oui, allez, viens, elle dort maintenant. Allons nous coucher aussi. »
***

 

1313 petits mots pour aujourd’hui, mais en vrai c’est plutôt pas mal pour un mercredi ! Par contre ça y est : je n’ai plus d’avance.

NaNoWriMo 2019 : Prison Dorée, jour 5

Avisant un siège aux côtés du trône d’Arthur, Éléonore supposa qu’il s’agissait du sien et s’y dirigea pour s’y installer, remarquant que de nombreux employés du château étaient venus assouvir leur curiosité. Le seigneur l’accueillit avec un sourire et elle voulut, elle aussi, assouvir sa curiosité : « Pourquoi toute cette agitation ?
— La garde a appréhendé un individu suspect qui rôdait sur nos terres et me l’a amené pour jugement.
— J’ai rien fait je vous jure ! Aïe ! »

Ledit individu suspect, qui était maintenu à genoux sur le sol de pierres, se roula en boule pour encaisser un deuxième coup de pied d’un des gardes. Lorsque le prisonnier se redressa, Éléonore constata qu’un coup précédent l’avait fait saigner du nez. Alors qu’il reniflait et s’essuyait difficilement de son avant-bras, puisqu’il avait les poignets liés, Éléonore se demanda s’il jouait vraiment la comédie. Cela paraissait tellement réel qu’elle s’en trouva mal à l’aise et décida d’intervenir :

« Hum… Sei… Euh, père, voyons, vous ne pouvez pas les laisser se montrer si violents avec lui tant que vous ne savez pas s’il est coupable ou pas.
— Il a tout de même été trouvé, errant sur nos terres, ma fille. Juste pour cela, il mérite d’être puni.
— Je le trouve déjà bien assez puni, regardez dans quel état ils l’ont mis…
— Vous avez le cœur trop tendre, ma mie. »

Éléonore ne savait pas si « ma mie » pouvait s’appliquer à autre chose qu’à une compagne. En tant que terme très désuet, elle ne l’avait rencontré que dans ce sens en lisant de vieux contes. Dans le doute, elle corrigea : « Ma fille. » Le seigneur Arthur tiqua et sa mine s’assombrit. « Quels sont les crimes commis par cet homme ? poursuivit Éléonore.

— Eh bien, mademoiselle, commença l’un des gardes, nous faisions notre patrouille, lorsqu’André — lui, là — a repéré ce manant près du château. Il fouinait du côté des réserves, sûrement pour vous voler.
— Vous lui avez demandé ? lâcha Éléonore. Vous me paraissez un peu prompt aux accusations.
— Il nous a dit qu’il s’était perdu, pas vrai, maraud ? » intervint le garde dénommé André, en bousculant l’homme à ses pieds.

« Mais c’était une excuse à mon avis, dit-il d’un ton dédaigneux.
— Madame, je vous assure que je le pensais pas à mal ! s’écria le prisonnier en s’approchant d’Éléonore avant qu’André l’attrape par le col. J’avais froid et faim, je suis arrivé dans la région depuis peu, et je cherchais juste quelque chose à me mettre sous la dent. Je me disais que personne ne remarquerait la disparition d’une pomme et d’une miche de pain, j’avoue. Pitié, je demande votre pardon, je ne recommencerai pas !
— Tous les voleurs disent la même chose, soupira Arthur. Qu’on lui tranche la main, dans le doute.
— Ah non ! s’exclama Éléonore. C’est un traitement barbare ; or je pensais que nous étions des gens raffinés ici.
— Vous dites vrai, ma fille. Témoignons d’un peu de douceur dans ce monde de brutes. Jetez-le dans un cachot en attendant ! »

Les deux gardes obtempérèrent aussitôt, traînant sans ménagement le malheureux hors de la salle de doléance. Éléonore était satisfaite d’avoir évité qu’un pauvre hère se fasse trancher la main. Elle se demanda comment cela se serait passé si elle n’était pas intervenue, ce qui avait été prévu. Il y avait peu de chances que quiconque ait sorti une lame séance tenante, bien sûr.

Ses pensées furent interrompues par le seigneur Arthur qui avait posé sa main sur la sienne. « Votre clémence vous honore, ma fille. Mais souvenez-vous qu’un peu de fermeté est primordiale. » Éléonore acquiesça en retirant sa main de l’accoudoir. Tandis que d’autres sujets à traiter se présentaient les uns à la suite des autres, elle se laissa aller à ses pensées. Toutes les nouvelles interventions lui paraissaient triviales. Elle nota tout de même une redite de la maladie des poulets : trois paysans venaient quémander au seigneur de faire demander des remèdes, surtout s’il voulait continuer à profiter de volailles sur ses tables.

Une fois tous les suppliants entendus et mis dehors, Éléonore sauta à bas de son siège et s’apprêta à trouver un manteau pour découvrir l’extérieur. « Que faites-vous ? s’étonna Arthur.
— Je… retournais vaquer à mes occupations.
— Mais voyons, ma chère, il est bientôt l’heure de dîner [c’est ptêt plutôt midi, sinon il faudra dire que le repas de midi est passé et en parler, on verra]. Allez plutôt vous apprêter en conséquence et retrouvons-nous pour le repas. »

Un peu déçue d’avoir été coupée dans son élan, elle acquiesça et retourna dans ses appartements en se demandant en quoi consistait une tenue de dîner. En ouvrant la porte, elle se figea : Jodie l’attendait. La servante s’inclina en la voyant entrer. « Que faites-vous là ? s’enquit Éléonore, un peu fraîchement elle devait bien l’avouer.
— Comme vous n’avez plus de femme de chambre, je suis là en remplacement, madame, le temps que vous en ayez une nouvelle.
— Ah bon ? Qu’est-il arrivé à ma femme de chambre ?
— Elle a eu un accident. » répondit Jodie en lui jetant un coup d’œil en biais.

Éléonore se morigéna [OUI, ELLE SE MORIGÈNE ET JE VOUS CACA !]. La servante allait encore trouver étrange qu’elle ne se souvienne pas de sa femme de chambre. Une autre pensée désagréable s’insinua dans son esprit. « Qui vous a demandé de me servir de femme de chambre ? demanda-t-elle en commençant à se diriger vers la chambre où se trouvaient armoire, paravent et coiffeuse.
— Votre père, madame. Enfin, son valet de pied. »

La supposition d’Éléonore était confirmée, son soi-disant père voulait la surveiller. Elle décida de prêter particulièrement attention à ses propos en présence de Jodie. Au moins, cette dernière paraissait savoir quel genre de tenue convenait à un dîner et Éléonore n’en demandait pas plus pour le moment.

Les conversations lors du repas l’ennuyèrent grandement. Le seigneur Arthur aimait bien monopoliser les discussions, remarqua sa fille. En revanche les plats l’intéressèrent grandement. Elle avait le droit à un véritable dîner de château et elle goûta à tout avec ravissement, sans plus prêter attention au monologue paternel. Celui-ci afficha une mine déçue lorsqu’elle prit congé dès la fin du repas.

Elle n’en avait cure.

Pleine d’enthousiasme, Éléonore retrouva Jodie dans ses appartements pour lui demander de lui trouver quelque chose de suffisamment chaud pour aller se promener à l’extérieur. « Mais madame, il fait nuit en plus de faire froid, pourquoi voulez-vous vous infliger ça ? Surtout que vous devez encore vous reposer, si vous me permettez. Ce sont les médecins qui l’ont dit.
— Vous vous répétez, lui reprocha Éléonore. Et vous devriez cesser de discuter à chaque fois que je vous demande quelque chose. »

Jodie s’inclina de mauvaise grâce et s’en fut trouver le manteau le plus chaud possible dans la garde-robe. Puis, alors qu’elle s’apprêtait à suivre sa maîtresse dans son escapade, Éléonore la congédia pour se retrouver seule. La servante afficha une mine offusquée, mais elle commençait à avoir l’habitude et s’en fut sans s’en préoccuper. Jodie l’irritait. Cela s’avérait certainement réciproque. Elles se trouveraient beaucoup mieux en restant éloignées l’une de l’autre.

En quittant les murs du château, Éléonore frissonna. Le froid perçait l’épaisseur de son manteau, mais elle ne se laissa pas décourager pour autant. Elle espérait même qu’il neige, car l’effet des flocons sur le joli paysage du domaine devait offrir un spectacle féérique. Tout en exhalant de la buée, elle entreprit de faire le tour de la bâtisse. [petite description du château. Penser aussi à faire des descriptions de personnages un jour]

Après avoir longé tout un côté, elle se dit que le château était peut-être un peu trop imposant pour qu’il soit raisonnable d’en faire le tour complet, surtout la nuit tombée. Le chemin gravillonné lui semblait sûr, mais elle y voyait de moins en moins : le seul éclairage était dispensé par celui qui s’échappait des fenêtres de la demeure seigneuriale.

 

1334 petits mots pour aujourd’hui. Petite forme, un peu comme dimanche, mais en moins de temps. Du coup c’est plus positif, non ? Haha ! J’ai presque mangé toute mon avance par contre.

NaNoWriMo 2019 : Prison Dorée, jour 3

Éléonore eut à peine le temps de réaliser que quelqu’un toquait, que Jodie avait fusé en direction de la porte pour l’ouvrir. « Oui ? s’enquit-elle d’un ton suspicieux à la personne dans le couloir.
— J’ai un message de la part de monseigneur pour madame, l’informa une voix masculine.
— Très bien. » lâcha la servante en s’écartant pour laisser entrer un valet.

Ce dernier se posta devant Éléonore, s’inclina, et lui expliqua : « Monseigneur a ouï dire que madame se portait beaucoup mieux, au point de faire quelques pas dans le château, et il tient à s’entretenir avec vous dès que possible.
— Dès que possible, c’est à dire maintenant ? demanda-t-elle avec lassitude.
— Dès que possible madame, vous connaissez votre père. Il se trouve actuellement dans ses appartements, à se détendre avant la séance du conseil. »

Sur ces mots, le valet prit congé et Jodie referma la porte. « Bien, me prêterez-vous votre bras ? » demanda Éléonore à la servante. Elle pensait réussir à marcher toute seule, mais elle n’avait aucune idée de comment se rendre aux appartements de son soi-disant père. Et, comme Jodie devenait nerveuse dès qu’elle montrait des troubles de la mémoire, Éléonore préférait trouver d’autres excuses pour se faire guider.

Les appartements du seigneur des lieux étaient situés à l’autre bout du château. Le trajet parut terriblement long à la convalescente, malgré toutes les choses à voir et à assimiler en chemin. Elle s’efforçait de se constituer une carte mentale de l’endroit. « Comment a-t-il su que j’étais sortie de ma chambre ? se questionna tout haut Éléonore.
— Nous avons rencontré beaucoup de monde, expliqua Jodie. Vous savez bien que votre père a des yeux et des oreilles partout. » Cela paraissait logique, mais la blessée se disait qu’elle allait très vite être irritée de s’entendre répéter des « vous savez bien que ».

Elles furent introduites dans un salon plutôt ressemblant à celui d’Éléonore, en plus grand et décoré de manière beaucoup plus ostentatoire. Jodie fut priée d’attendre à l’extérieur par un valet de pied, pendant que la blessée prenait place sur un divan — avec soulagement étant donné la fatigue qu’elle ressentait — regardant partout autour d’elle pour patienter en attendant la venue du seigneur. Elle était un peu contrariée de n’avoir repéré de caméra nulle part. Bien sûr, il devait être facile de les dissimuler vu la quantité de meubles, de tentures et de boiseries un peu partout. Éléonore refusait de se dire qu’elle avait pu voyager dans le temps : c’était ridicule. Cependant, elle s’inquiétait de l’hypothèse du délire comateux.

L’homme considéré comme son père entra bientôt dans la pièce. Éléonore réalisa qu’elle ne savait pas comment elle devait réagir : se lever et s’incliner ? Rester assise ? Aller lui témoigner de l’affection ? « Ne vous levez pas, ma fille, lui dit-il sur un ton bienveillant et en venant prendre place à côté d’elle sur le divan. Vous avez meilleure mine et cela me réjouit. J’ai eu très peur de revivre le décès de votre mère. »

Il se leva et commença à faire des allers-retours devant Éléonore. « Je n’oublierai jamais ce moment douloureux. Et je n’ai toujours pas réussi à accéder à sa dernière volonté. » La blessée le trouvait un brin théâtral. « Je crois que jamais je ne trouverai une épouse aussi merveilleuse qu’elle, ainsi qu’elle me l’a expressément demandé. Et… puisque vous ne voulez pas prendre sa place, je pense que je finirai seul mes vieux jours.
— Pardon ?
— Ne vous affolez pas, je ne vous le redemanderai pas… Toute cette mascarade avec votre fugue et puis aussi ces semaines où vous vous êtes cachée au milieu des gens du peuple, non, je ne pourrai pas revivre une telle chose non plus. »

Une référence à un conte — Peau d’Âne en l’occurrence — voilà qui sentait le scénario à plein nez pour Éléonore. À tous les coups, elle n’était pas vraiment blessée et avait juste été droguée. Cela aurait été un peu extrême comme façon de procéder pour un jeu de rôles, même surprise, mais cela s’avèrerait aussi rassurant concernant ses souvenirs perdus : ils reviendraient d’un instant à l’autre. Un sourire de soulagement étira ses lèvres.

« Ne vous moquez pas de votre malheureux père, voyons. Enfin. Comment vous sentez-vous ?
— Je suis encore fatiguée, mais je me porte beaucoup mieux.
— C’est ce que je constate. Vous êtes encore un peu pâle malgré que vous soyez sortie du lit. Ne forcez pas trop. Cependant, j’aimerais vous voir de nouveau siéger à mes côtés lors du prochain conseil ou des prochaines doléances ou de n’importe quel autre évènement.
— Oh, oui, je serai ravie de participer.
— Participer, n’exagérons pas tout de même. Je serai très heureux de vous voir assister au conseil de tout à l’heure. Il ne devrait pas durer longtemps : nous n’avons que des affaires courantes à examiner.
— Et quand commence la séance du conseil ?
— D’ici quelques instants, dès que nous aurons rejoint la salle. »

Le seigneur se leva et présenta son bras à Éléonore pour l’aider à se redresser. Une fois debout, elle voulut retirer sa main, mais il la retint. « Je vais vous aider à vous déplacer jusque là-bas. » déclara-t-il. Un peu mal à l’aise, Éléonore espéra que ses velléités de mariage dont il lui avait parlé étaient bel et bien de l’histoire ancienne. En sortant du salon, il aperçut Jodie et lui lança : « Vous pouvez disposer, vous n’avez plus besoin de suivre ma fille partout dorénavant. » Éléonore s’en trouva soulagée ; elle avait vécu la présence de Jodie de plus en plus pesante. Quelle joie d’en être débarrassée ! Plus personne pour lui faire des remarques ni la surveiller pendant son sommeil.

Elle se sentait guillerette en arrivant dans la salle dévolue au conseil. Les conseillers présents se levèrent de la table ronde, autour de laquelle ils étaient assis, en les voyant entrer. Le seigneur leur fit un petit geste clément leur permettant de se rasseoir et installa Éléonore sur le siège à côté du sien. La blessée était contente de se retrouver là. Quel que soit le jeu où elle avait été parachutée, un conseil était un bon moyen d’apprendre des choses sur l’univers, la situation générale et sur ce que l’on attendait d’elle.

« Commençons ! ordonna le seigneur.
— Seigneur Arthur, initia le premier conseiller à sa gauche. Nous sommes tous ravis de voir que madame est sur pied. Et, puisqu’elle nous a été rendue en bonne santé, je débuterai ce conseil comme d’habitude : elle vieillit et il est temps de consolider votre position en la mariant, à…
— Il suffit Edmond ! l’interrompit Arthur. Cessons ces enfantillages, je n’écouterai plus votre petite plaisanterie récurrente à tous nos débuts de réunion. Le seul prétendant que je voyais pour ma fille était moi-même. Et si je ne peux pas l’avoir, personne ne l’aura, mettez-vous le bien en tête, sinon je vous la fais trancher. »

Le dénommé Edmond se tut et inclina la tête en signe qu’il avait bien compris. Éléonore se sentit gênée que son père parle de relation incestueuse comme s’il s’agissait de la chose la plus naturelle au monde. Elle avait du se mordre la lèvre pour ne pas rire lorsqu’elle avait appris que les seigneur de céans se nommait Arthur et présidait une table ronde. Les scénaristes, ou qui que ce soit qui avait prévu tout ça, s’étaient laissés aller sur les références lourdes. Elle se demanda brièvement si elle était censée s’appeler Éléonore, mais retourna bien vite son attention sur le conseil.

Après de longues minutes où était abordé le sujet d’épidémie parmi les poules de la région, puis presque une heure sur la mise en place de stratégies pour réduire le brigandage sur les routes avoisinantes, Éléonore se demanda si elle devait s’attendre à des informations intéressantes ici. Plusieurs autres sujets, de natures toutes aussi triviales, furent également abordés et la blessée devait mobiliser toute sa volonté pour ne par bâiller et s’endormir sur la table.

 

 

1337 mots pour aujourd’hui : j’ai pas fait le quota du jour, j’ai donc mangé sur la petite avance que j’avais accumulée les deux jours précédents. Bilan très mitigé pour un dimanche !

NaNoWriMo 2019 : Prison Dorée, jour 2

Tous les gens qu’elle avait pu voir lui étaient inconnus. Cela avait de grandes chances d’éliminer son hypothèse du jeu de rôles grandeur nature de la veille, puisqu’elle connaissait la plupart des personnes avec qui elle pratiquait d’ordinaire. Peut-être que quelqu’un avait voulu lui faire une surprise en la plongeant dans un univers inconnu — après tout, c’était bientôt son anniversaire et ses amis étaient taquins — ou alors, c’était tout simplement une caméra cachée. Dans tous les cas, il lui semblait que beaucoup de moyens avaient dû être investis dans cette mascarade.

Ce qu’elle trouvait bizarre dans tout ça, c’était surtout sa blessure. Elle en souffrait réellement et il était peu probable qu’on la lui ait infligée à dessein. Ou alors, elle avait vraiment eu un accident et tout cela n’était qu’un délire intérieur de comateuse. Toutes ces possibilités — et encore, beaucoup d’autres, beaucoup moins crédibles, lui avaient aussi traversé l’esprit — la mettaient mal à l’aise.

Agitée, elle bougea, attirant ainsi l’attention de la femme qui veillait sur son sommeil. « Êtes-vous réveillée, madame ? Je peux faire quelque chose pour vous ? Encore un peu d’eau peut-être ? Et puis aller vous faire préparer un petit repas ? » Éléonore s’éclaircit la gorge et se redressa avec précaution, laissant échapper un petit gémissement, avant de répondre :

« Je veux bien boire oui. » Sa bouche était pâteuse. La domestique se précipita pour ajuster les coussins, servir un verre d’eau et l’aider à boire. L’estomac d’Éléonore gargouilla. « Et euh… Je voudrais bien manger aussi.
— Rien d’étonnant à ça, madame, vous avez dormi si longtemps et vous avez tellement de forces à récupérer ! Je vais tout de suite aux cuisines pour leur demander de vous préparer un petit quelque chose. Mais pas trop, parce que les médecins ont dit qu’il ne vous fallait pas trop de nourriture trop riche tout de suite. Ne vous fatiguez surtout pas pendant mon absence, si vous me permettez, ce sont les consignes des médecins. »

Éléonore n’eut pas le temps de demander plus de précisions au sujet du long temps qu’elle avait dormi. Toute seule, elle s’extirpa laborieusement du lit pour poser les pieds par terre et essayer de se lever. Cela lui donna le tournis et elle dut s’accrocher à une colonne du lit. Une fois le malaise passé, elle fit quelques pas hésitants en direction de la haute fenêtre à meneaux et s’y appuya en jetant un coup d’œil à l’extérieur.

Éléonore put contempler un parc immense traversé de sentiers gravillonnés, avec une partie jardins à la française, une partie jardins d’eau, une gigantesque pelouse et, au loin, un bois. Comme la chambre qu’elle occupait, tout cela lui rappelait les châteaux de la Loire, qu’elle avait pu visiter bien des années auparavant, mais s’il s’agissait véritablement de l’un d’entre eux, elle serait bien en peine de le dire. Les jardins n’étaient pas très colorés, endormis qu’ils étaient par la neige et le froid hivernal. La fraîcheur qui s’insinuait à travers les carreaux la fit frissonner et elle recula, remontant sur le lit et cherchant refuge sous l’épais édredon.

La servante revint peu de temps après et s’empressa de poser un plateau à pattes au-dessus des jambes d’Éléonore, tout en déversant une avalanche de phrases. « Je suis bien contente de vous voir réveillée. Voici un potage préparé exprès pour vous par la cuisinière en chef : elle espère que cela vous aidera à récupérer et moi aussi. Ô mon dieu mais vous avez la chair de poule ! Laissez-moi vous trouver un châle… Ah, le voilà, attention à ne pas renverser le potage pendant que je vous le passe sur vos épaules… Là, vous voici bien couverte. Ne vous sentez-vous pas mieux ainsi ? Attendez que j’ajuste encore vos coussins — ils ont glissé — et ensuite je vous aiderai à manger.

— Je peux manger seule, merci, l’interrompit Éléonore en commençant à tremper sa cuillère dans le contenu de l’assiette creuse en porcelaine.
— Comme vous voulez, madame, mais n’hésitez pas si vous avez besoin, je reste juste là.
— Dites-moi plutôt comment je suis arrivée là.
— Oh, c’est une histoire terrible, madame, un valet et un palefrenier vous ont ramenée toute couverte de sang et…
— Non non, pas cette histoire-là, précisa Éléonore. Je veux savoir ce que je fais dans ce château.
— Comment ça, dans ce château, madame ? Vous y êtes née et c’est votre lieu de résidence, du moins, tant que vous n’êtes pas mariée. Je crains de ne pas avoir bien saisi votre question.
— Je me sens pas très bien, alors si on pouvait arrêter le roleplay juste cinq minutes le temps que je rassemble mes esprits, ça m’aiderait beaucoup.
— Arrêter quoi, madame ? »

L’étonnement se lisait sur le visage de la pipelette : elle n’avait pas compris le mot. Le cœur d’Éléonore se serra un peu, malgré le fait qu’elle avait conscience que cette explication avait peu de chance d’être la bonne, et elle décida de continuer à vérifier cette série d’hypothèses : « Si c’est pas un jeu de rôle, alors c’est peut-être une caméra cachée ?
— Je… euh… Madame, je ne comprends pas ce que vous me demandez. Ne me dites pas que… enfin… vous n’êtes pas possédée, n’est-ce pas ? Vous êtes juste désorientée, comme disait le médecin, n’est-ce pas ? »

Sur le visage de la domestique s’affichaient désormais frayeur et confusion. Si elle jouait un rôle, elle s’en sortait parfaitement bien. Éléonore ne se sentait pas d’humeur, mais voyant que son interlocutrice menaçait de fondre en larmes, elle prit sur elle et lui assura qu’elle était effectivement encore un peu désorientée et qu’il fallait ignorer ce qu’elle venait de dire. Rassurée, sa compagne recommença à babiller, pendant que la malade mangeait doucement.

Éléonore s’efforça de prêter attention à ce qu’elle racontait, espérant grappiller quelques indices sur sa véritable situation. Elle ne parvint pas à comprendre ce qui lui arrivait en écoutant la servante, mais elle apprit quelques petites choses sur diverses personnes qui résidaient au château. Se disant que toute information était bonne à prendre, Éléonore s’employa à en retenir le plus possible. [ça serait p’têt judicieux de trouver un exemple à caser là]

Après avoir fini son potage, elle se sentit suffisamment lasse pour vouloir fermer l’œil un moment. Elle tenta de congédier la servante pour rester tranquille, car elle trouvait perturbant d’avoir quelqu’un qui surveillait son sommeil, mais la domestique lui opposa un refus inébranlable. Celle-ci voulait bien suivre les ordres, mais les ordres de Monseigneur avaient largement préséance sur les ordres d’Éléonore. Aucun argument ne parvint à la faire flancher et la convalescente dut s’avouer vaincue.

Avant de fermer les yeux, elle demanda son nom à la servante dévouée. « Je m’appelle Jodie, madame. » Jodie, voilà un drôle de prénom pour une ambiance Renaissance, songea Éléonore. Son esprit travailla encore un moment à assimiler les informations qu’elle avait apprises de Jodie et elle perçut au changement de luminosité que la servante avait dû fermer les rideaux. Elle était encore tellement épuisée qu’elle s’endormit peu après d’un sommeil de plomb.

 

À son réveil, Éléonore constata avec déception qu’elle ne se trouvait toujours pas dans son lit, dans sa chambre, dans son appartement. Avec une pointe de résignation, elle décida de jouer le jeu des gens du château, espérant que la partie, ou la surprise, ou quoi que ce soit dont il s’agissait, ne durerait pas plus de quelques jours. Le contraire lui paraissait peu probable. En plus du fait qu’elle se trouvait toujours dans un endroit inconnu, Jodie se tenait toujours à côté d’elle, à la fixer avec préoccupation.

« Comment allez-vous ce matin, madame ?
— Je me sens mieux. » répondit Éléonore. Et c’était vrai. Son crâne avait cessé de la lancer et elle avait même envie de se promener. « J’aimerais sortir un peu aujourd’hui.
— Comment ça ? Sortir ? Dans votre état ? Vous n’y pensez pas, madame !
— Si, je tiens à me dégourdir les jambes.
— Mais il fait froid dehors ! Monseigneur votre père me ferait fouetter si je vous laissais sortir, souffrante, en plein hiver.
— Et bien dans un premier temps, je me promènerai juste de par le château dans ce cas. »

Éléonore s’amusa d’assister à la lutte intérieure de Jodie. La servante finit par accepter, de mauvaise grâce, et commença à sortir de quoi l’habiller d’une armoire imposante. Puis, elle s’offusqua de nouveau : « Madame ! Pourquoi êtes-vous si impatiente ? J’allais venir vous aider à ôter cette chemise de nuit.
— Je peux me déshabiller et m’habiller seule.
— Je… Oui, vous déshabiller d’une chemise de nuit, certainement madame. Je m’excuse de mon outrecuidance. Mais vous aurez besoin d’aide pour revêtir votre toilette et vous apprêter. »

Après un bref regard à la robe que Jodie lui proposait, Éléonore dut bien se rendre à l’évidence : elle ne parviendrait jamais à s’habiller seule avec un truc pareil. Se faire vêtir par quelqu’un était une expérience nouvelle pour elle, qui la mit un peu mal à l’aise tant elle se sentait pataude, mais elle ne put s’empêcher d’admirer la sensation d’authenticité émanant de la robe. Elle l’estimait mieux réussie que la façon de parler de Jodie, qu’elle ne trouvait pas assez désuète.

Éléonore eut l’impression que l’apprêter avait pris un temps considérable et elle regrettait presque d’avoir demandé à sortir de cette chambre. Tout cela s’envola dès que Jodie la laissa admirer le résultat final dans le miroir et qu’elle put enfin passer la porte de la chambre. Elle ouvrait sur un grand salon meublé d’un secrétaire, de petites tables et de fauteuils. Une grande cheminée parait le mur mitoyen à la chambre et un feu ronflait et crépitait dans l’âtre, prodiguant une lumière chaleureuse, en plus des rayons du soleil dispensés par les deux grandes fenêtres.

« C’est très joli ici, commenta Éléonore.
— C’est normal, madame. Après tout, c’est madame qui a décidé de la décoration de ses appartements.
— Vraiment ? Quand donc ai-je décidé de tout ça ?
— Lors de vos seize ans, il s’agissait d’un cadeau de votre mère, madame. J’espère que vous allez bientôt recouvrer vos souvenirs, je suis toujours inquiète de vous entendre poser ces questions, si vous me permettez. »

Éléonore trouvait que Jodie se permettait beaucoup, mais elle préférait la laisser parler. Elle se laissa donc guider hors de ses appartements sans donner son avis sur la question. Alors qu’elle parcourait les pièces du château, avec la domestique qui lui soutenait un bras d’autorité et avec fermeté, Éléonore admirait l’édifice. Les plafonds à caissons affichaient une grande diversité de scènes peintes, les boiseries étaient joliment travaillées, et il y avait encore des milliers d’autres détails à admirer.

Jodie la guida à travers plusieurs pièces, dont l’utilité ne sautait pas toujours aux yeux d’Éléonore. Elle avait surtout l’impression de naviguer de salle de réception en salle de réception. Son visage s’éclaira cependant lorsqu’elles pénétrèrent dans une bibliothèque. Elle appréciait beaucoup les livres et l’opportunité de profiter de ces ouvrages la mettait en joie. Un bureau trônait au milieu, encombré de livres et de quelques très vieux parchemins. « Je n’aime pas trop cette pièce, confessa Jodie. Elle me met mal à l’aise. »

Puisqu’Éléonore n’avait pas l’énergie de se lancer dans l’étude de ce qui se trouvait dans cette pièce, elles quittèrent rapidement l’endroit. Mais la convalescente se promit d’y revenir si l’occasion se présentait. « Ne voulez-vous pas retourner dans vos appartements, madame ?
— Retournons-y, oui. » Elle se sentait fatiguée et en avait un peu assez de voir toute la domesticité du château s’incliner sur son passage. Elles n’avaient pas croisé le seigneur des lieux, mais Éléonore soupçonnait la servante de lui faire éviter son maître exprès, tant elle craignait des remontrances.

Une fois de retour dans ses appartements, elle refusa de retourner se coucher malgré les supplications de Jodie dans ce sens et s’installa sur un fauteuil du salon. « Que voulez-vous faire, madame, si vous ne vous reposez pas ? De la broderie ? De la poésie ? De la musique ? De la peinture peut-être ?
— Ouhlà, mais je ne sais pas faire toutes ces choses.
— Oh madame, ça me fait mal au cœur de vous entendre dire de telles choses. Bien sûr que vous excellez dans tous ces domaines ! Je suis certaine qu’en vous y essayant cela reviendrait tout seul.
— Je me sens trop fatiguée pour tenter quoi que ce soit. » déclina Éléonore qui commençait à se demander si ce qui l’avait le plus exténuée était la promenade dans le château ou Jodie elle-même.

Cette dernière ne paraissait pas trop savoir que faire. Désœuvrée, elle rajouta quelques bûches dans la cheminée, fit disparaître un mouton de poussière dans le feu, puis effectua quelques autres menues tâches. « Pourrai-je me retrouver seule à un moment, ou vas-tu me suivre en permanence ? s’enquit Éléonore.
— Oh, une fois que vous serez rétablie, vous pourrez être seule autant de bon vous semblera, madame. Pour le moment monseigneur refuse que je quitte vos côtés. »

La convalescente hocha la tête, puis quelqu’un frappa à la porte.

 

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