« Kyr et Kilynn » Chapitre 3 : Rencontres (2/8)

Drakëwynn poussa une chaise qui se trouvait devant la table pour coucher son corps chevalin à la place. Kilynn s’assit sur une chaise à côté, son frère à côté d’elle. Emlyg, curieux, était sorti du sac et s’était installé sur les larges épaules de sa maîtresse. Le vieil homme, après avoir demandé à sa femme d’aller chercher de quoi boire pour leurs hôtes, s’assit à son tour, en face de la Centaure qui attendait patiemment qu’il lui explique ce dont il retournait. « Je me nomme Byrn, se présenta-t-il. Je suis pour ainsi dire le bourgmestre de ce hameau. Je sais que vous avez certainement des affaires plus importantes à gérer, mais le village tout entier se meurt. Il nous faut des bras pour s’occuper des champs et des bêtes, mais il n’y en a presque plus de disponible… Nous avons grand besoin de votre aide : pourriez-vous soigner les habitants malades ? Nous vous donnerons tout ce que vous voudrez en échange, notre survie dépend de vous, aidez nous, je vous en prie ! »

La Centaure écoutait les explications, impassible et sans mot dire. « Tu peux faire ça ? lui souffla Kilynn.
– Je ne suis pas médecin, ni prêtresse, répondit tout haut Drakëwynn.
– Je… Je suis sûr que vous pouvez faire quelque chose ! se récria le vieil homme. Je vous reconnais ! Je vous ai vue à Hogg, vous êtes E…
– Néanmoins, le coupa-t-elle, je peux ausculter quelques personne pour voir si je peux faire quelque chose pour eux. Mais ne vous faites pas d’illusions. Si vous me connaissez, vous savez que c’est mon amie la guérisseuse, pas moi. Je suis seulement Barde.
– Je vous remercie Ma Dame, je suis certain que vous avez le pouvoir de nous sauver.
– Par qui dois-je commencer ? s’enquit-elle en dépliant ses jambes afin de se lever.
– Mon fils et ses enfants si possible, ils sont juste là. » répondit Byrn en désignant une alcôve dans un des coins de la pièce.

Son dragon-papillon toujours sur l’épaule, Drakëwynn écarta le tissu qui faisait office de rideau de séparation et s’approcha des deux lits qui se trouvaient derrière. Kyr et Kilynn s’approchèrent pour la regarder œuvrer. Dans l’un des lits reposaient un homme et un adolescent à peine plus âgé que les jumeaux qui voyageaient avec la ménestrelle. Dans l’autre se trouvaient trois petites filles, plus jeunes. Tous avaient l’air très mal en point. Ils respiraient difficilement. Le vieil homme et sa femme observaient les faits et gestes de la Centaure, plein d’espoir. Celle-ci ausculta les malades les uns à la suite des autres, tout en gardant son masque d’impassibilité. Kyr, pour sa part, ne se sentait pas très bien. Cela ressemblait exactement au mal qui avait terrassé ses parents. Il tourna son regard vers sa sœur. Elle était d’une pâleur mortelle. « Je suppose que je n’ai pas le choix, soupira soudainement la ménestrelle.
– Vous allez faire appel à votre amie la guérisseuse ? s’enquit Byrn.
– Pas possible, je ne peux pas la contacter, répondit-elle. Combien de malades y a-t-il dans ce hameau ?
– En tous nous sommes une trentaine, en comptant les enfants. Plus de la moitié d’entre nous sont malades, résuma le vieil homme.
– Mmmh, mettons que chaque enfant compte comme une demi part d’adulte et c’est parfait ! se réjouit Drakëwynn. Byrn, rameutez tout le monde, les malades comme ceux qui ne le sont pas encore. Qu’ils se rassemblent tous sur ce qui vous sert de place du village ! »

Sans demander d’explications plus détaillées, l’homme s’en fut réunir les habitants. « Que vas-tu faire ? demanda Kilynn à la Centaure.
– Les convier à un festin curatif ! répondit joyeusement la Femme-Jument en sortant un parchemin de son étui. Kyr et toi en ferez aussi partie. Allez, aidez moi à sortir ces cinq malades du lit ! »

Aidés de la vieille femme, ils firent sortir le père et ses quatre enfants dehors, sous le soleil automnal. Une fois tout le village réuni, la ménestrelle s’adressa à eux en ces termes : « Mesdames et messieurs, cher public, je vous salue ! Comme il se trouve que j’erre souvent sur les routes, vous me connaissez peut-être de vue et de réputation. » Des murmures révérencieux s’élevèrent de la part des habitants. « Les dieux ont mis votre village sur ma route et ce, probablement afin de m’enjoindre de vous libérer de ce fardeau, cette maladie qui vous tyrannise et vous afflige ! » Kyr trouvait déconcertant l’aisance avec laquelle Drakëwynn était passée du registre courant qu’elle employait avec eux, à l’emphase bardique dont elle faisait preuve à présent. La voix et les intonations de la Centaure avaient totalement changé. « D’ordinaire, continua-t-elle, la guérison n’est pas ma spécialité. Mais aujourd’hui, pour vous, je vais user d’un parchemin magique dont j’ai fait l’acquisition dans la prestigieuse ville semi-sous-marine de Nolthrian, qui se trouve à des milliers de lieues d’ici. »

Le garçon se demanda si tous les Bardes exagéraient autant qu’il lui semblait que Drakëwynn le faisait. Voyant que cela impressionnait tout de même les villageois, il ne fit aucun commentaire. Il se promit néanmoins de questionner son imposante compagne de voyage à propos de la part de vérité dans ce beau discours. Sa sœur, elle, paraissait totalement envoûtée par les paroles de la Centaure. « Faites place ! somma soudainement la ménestrelle d’une voix de stentor. Faites place et je vous promets que vous n’oublierez pas cette journée de si tôt ! » Tandis que les habitants s’écartaient pour créer un espace vide, Drakëwynn continuait de parler en s’avançant : « Aujourd’hui, en ce jour mémorable, vous serez tous mes invités d’honneur, car je vous convie au Grand Festin Magique des Héros ! »

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