NaNoWriMo 2015 : Kit et Rielle Jour 28

Sur un haussement d’épaule, la femme s’en fut. Rielle continua tout de même de palper le collier. Juste au cas où. Elle se cala le plus confortablement possible dans le petit lit peu douillet de l’infirmerie. Au moins, elle se trouvait à l’infirmerie et pas déjà dans un lit de labo dédié aux cobayes de recherches. La jeune fille décida qu’elle pouvait s’en réjouir. Cela ne suffit pas à lui arracher un sourire, mais elle se sentait rassérénée de savoir que Bran et Kit venaient le chercher. Elle comptait bien demander à son frère comment ils avaient réussi à en venir là. Le fait qu’ils aient réussi un tel tour de force juste pour elle lui faisait chaud au coeur. Sa volonté s’affermit ; elle comptait bien les aider du mieux qu’elle pouvait. Malheureusement, ainsi menottée et restreinte dans ses capacités, elle craignait de ne pas pouvoir faire grand chose. Si elle pouvait au moins enlever ses menottes… Peut être pourrait elle convaincre quelqu’un de l’aider pour cela. Pas l’infirmière qui l’avait débarrassée de Doug. Celle là paraissait un peu trop futée. Elle verrait tout de suite clair dans son jeu et Rielle n’était pas certaine de pouvoir lui faire confiance. Beaucoup trop de personnes, dans ce Centre de Recherches, admiraient Ayla Kree Lai et lui étaient entièrement dévoués. Mieux valait qu’elle n’agisse que pour elle même, ici.

Elle jeta un coup d’oeil circulaire autour d’elle. Il n’y avait pas beaucoup de patients à l’infirmerie en ce moment. Peu d’infirmières et de médecins aussi, du coup. De toutes façons, aucun d’entre eux ne devait posséder de clefs de menottes. Elle devrait donc aviser un homme en uniforme. Cette perspective la fit grimacer. La jeune fille aurait voulu avoir le moins à faire possible avec eux. Mais elle devait se démenotter. Ou alors provoquer une situation dans laquelle ils seraient contrains de la libérer. Mais comment provoquer une situation pareille ? Cela, elle n’en avait aucune idée. Pour le moment, elle était tranquille, mais elle soupçonnait que sa mère l’enverrait bientôt chercher. Elle allait bientôt estimer que sa fille serait suffisamment reposée. Rielle se sentit angoissée à l’idée de rester sur place. Elle remarqua que les lits étaient tous dotés de roulettes. Jetant un nouveau regard autour d’elle, la jeune fille attendit que personne ne lui accorde la moindre attention.

Lorsqu’elle fut assurée que personne ne lui prêtait attention, elle descendit du lit d’un mouvement fluide, sans attirer le regard de qui que ce soit. Agrippant alors le lit de sa main menottée, elle se mit à le faire rouler à côté d’elle et se dirigea vers la sortie. En état de stress, Rielle se trouva tout de même ravie que personne ne l’ait remarquée sortir de l’infirmerie. Maintenant qu’elle marchait dans le couloir, les gens la gratifiaient de regards perplexes. Elle fit de son mieux pour paraitre naturelle, comme si sa situation était tout à fait normale. C’était, bien entendu, très compliqué et elle se sentait au bord de la panique, tandis qu’elle se tenait tellement fort au lit que les jointures de ses doigts blanchissaient. Une illumination se fit soudain dans son esprit : elle devait trouver un bureau de maintenance. Là elle pourrait trouver de quoi se débarrasser de ces satanées menottes. Les gens de la maintenance étaient bien outillés normalement ; elle devrait bien réussir à dégotter une pince coupante ou quelque chose de cet acabit.

Alors que certaines des personnes qui la suivaient du regard commençaient à avoir l’air de vouloir la suivre, Rielle tomba enfin sur une porte réservée à la maintenance. Elle la poussa nerveusement et pénétra dans la pièce, son lit toujours avec elle. La jeune fille se trouvait à présent dans une pièce à peine plus grande qu’un placard à balais et remplie de centaines d’objets plus ou moins utiles qui se côtoyaient en un joyeux fourbi. Comment Rielle allait elle pouvoir trouver quelque chose pour la libérer ? Elle allait passer des heures à mettre la main sur un outil suffisamment coupant. Mais elle ne disposait pas de tant de temps. La rumeur de la jeune fille avec l’étrange collier de métal qui était entrée là avec un lit d’hôpital allait se répandre. Et quelqu’un allait forcément finir par venir voir ce qu’il en était. D’autant plus que son absence de l’infirmerie allait certainement bientôt être remarquée. Sans plus attendre, elle se mit à chercher et se rendit bien vite compte qu’elle était handicapée par ce stupide lit qui la suivait partout et par le fait qu’elle n’avait qu’un bras de libre pour fouiller la pièce. Elle ne se découragea pourtant pas, arma sa volonté et se mit à la recherche d’une boîte à outils.

La jeune fugueuse faillit crier de joie lorsqu’elle tomba enfin sur l’objet de sa quête. Elle ouvrit rapidement la caisse et fouilla au milieu du bric à brac accumulé à l’intérieur. Rien ne paraissait correspondre à ce qu’elle recherchait. Dépitée, elle balaya la pièce du regard, lorsque ses yeux furent attirée par une gigantesque pince accrochée au mur. Elle ressemblait bien à une pince de ferrailleur, capable de couper de gros morceaux de métal. C’était exactement ce qu’il lui fallait. Rielle s’empara de l’outil, ouvrit la pince, la posa sur le lit, plaça la chaine des menottes au milieu et coupa. Soulagée de l’un de ses problèmes, elle se mit à rire toute seule. Avisant la menotte toujours attachée à son poignet et à présent bien plus libre de ses mouvements, elle usa de nouveau de la pince pour s’en débarrasser. Fixant la pince d’un air émerveillé, elle se demanda si elle était suffisamment forte pour couper son collier. Haussant les épaules d’un air désinvolte, elle se résolut d’essayer, d’autant que maintenant elle pouvait utiliser ses deux mains. Après plusieurs tentatives infructueuses au cours desquelles, la pince glissant, avait failli la blesser, elle dut se rendre à l’évidence : la matière qui composait son collier ne pouvait pas se couper ainsi.

Toujours ennuyée de ne pas pouvoir prendre sa petite forme d’hippocampe bleu et doré, elle fouilla la pièce à la recherche d’un habit de travail. La jeune fille se disait qu’ainsi vêtue, elle aurait plus de chances de passer inaperçue. Elle avait tout d’abord réfléchi à rester cloîtrée ici. De fait, comme elle avait indiqué à Kit qu’elle se trouvait dans l’infirmerie du bloc C, elle ne pouvait pas trop s’en éloigner. Mais trop de personnes avaient du la voir entrer ici et la jeune fille décida qu’elle ferait bien d’aller se cacher ailleurs. Elle trouva ce qu’elle cherchait en ouvrant une sorte de casier. L’habit avait visiblement été conçu pour quelqu’un de plus grand et de plus fort qu’elle. Mais elle devrait s’en contenter. Elle l’enfila rapidement au dessus de ses vêtements d’hôpitaux. Constatant qu’elle ne voyait pas de moyen de dissimuler son collier de métal, dont la pointe plantée dans sa nuque l’irritait toujours autant, elle espéra que les gens ne la regarderaient pas de trop près après avoir remarqué son uniforme de la maintenance. Personne ne faisait vraiment attention à ces gens là. Comme ses cheveux blonds étaient longs, elle s’arrangea pour les placer de manière à ce qu’ils camouflent le collier de métal le plus possible. Se disant qu’elle ne pouvait pas mieux faire, elle prit une grande inspiration et ouvrit la porte.

En s’aventurant dans le couloir, Rielle se rendit compte que, comme elle l’avait espéré, personne ne lui prêta attention. Tout en marchant, elle tentait de se remémorer la configuration des lieux. Elle avait du mal à s’en souvenir ; elle était tellement petite lorsque son père l’avait prise avec lui ! Kit lui avait parlé d’un vaisseau de livraison. Elle se donna donc pour objectif de trouver une aire de livraison d’où elle pourrait voir son frère arriver, avec ses compagnons de voyage. Moins de temps ils resteraient dans le complexe de recherches, moins de risques ils prendraient. Et, surtout, la jeune fille avait envie de quitter cet endroit au plus vite. Elle devait faire un immense effort sur elle même pour maintenir une allure qui puisse paraitre anodine, alors qu’elle n’avait qu’une seule envie, c’était de s’enfuir en courant. Ce qui aurait été stupide, puisqu’il n’y avait nulle part où fuir, dans ce complexe. En chemin, elle repéra trois hommes en uniformes gris qui prenaient la direction de l’infirmerie où elle se trouvait auparavant en se dépêchant. Elle blêmit. Sa disparition avait du être signalée. Bientôt, tout le monde se lancerait à sa recherche et quelqu’un finirait bien par remarquer l’étrange collier qu’elle portait.

Au détour d’un couloir, elle heurta quelqu’un. Elle bredouilla des excuses et s’apprêta à filer sans demander son reste. Mais la personne qu’elle avait bousculée l’attrapa par le collet. « Dis donc, où est ce que tu crois aller comme ça ? Tu penses t’en sortir aussi facilement que ça ? » Rielle leva, avec horreur, les yeux sur Doug. Ce dernier resta bouche bée quand il reconnut la jeune fille. « Mais qu’est ce que tu fais là ? siffla-t il lorsqu’il eut récupéré ses moyens.
– Laisse moi partir ! s’écria Rielle en commençant à se débattre.
– Tu peux toujours rêver, rétorqua l’officier en gris en affermissant sa prise sur elle. Comment est ce que tu as fait pour t’échapper ? Je savais que j’aurais du poster quelqu’un pour te surveiller !
– Lâche moi ! Persista la jeune fille qui commençait à paniquer. Laisse moi partir ! » Elle essaya de le frapper, mais en vain. L’homme en uniforme la lâcha néanmoins, mais la poussa derechef dans une pièce dans laquelle il la suivit et ferma soigneusement la porte derrière lui.

Rielle recula lentement. Elle eût juste le temps de constater qu’elle se trouvait dans un bureau, vide. « Je ne te laisserai plus t’échapper, la prévint doucereusement Doug. C’était la dernière fois !
– Il n’y aura jamais de dernière fois, tenta de fanfaronner la jeune fille. Je chercherai toujours à m’échapper. Je ne suis pas un cobaye de laboratoire !
– Bien sûr que si, tu l’es, la contredit il en s’avançant vers elle. Ta naissance même est un test de laboratoire. Tu n’aurais jamais vu le jour sans le génie de ta mère.
– Ce n’est pas une raison, s’entêta Rielle dont la voix commençait à trembler.
– Oh si et, de toutes manières, ce n’est pas à toi d’en décider. Alors cesse de faire l’enfant et vient. Sinon je vais devoir employer la manière forte, et tu ne vas pas aimer ça, je te le garantis.
– Tu vas devoir venir me chercher, l’informa la jeune fille en se mettant en posture de combat comme Bran leur avait appris à Kit et elle.
– Oh ? Tu as appris quelques petites choses sur cette planète de bouseux ?
– Plus que tu ne le crois, siffla Rielle en colère.
– Tant mieux, ça n’en sera que plus intéressant. » La fugueuse n’apprécia pas l’air sadique qui s’affichait à présent sur le visage de l’officier, tandis qu’il se mettait à son tour en posture de combat.

Il s’avança lentement sur elle. Mais elle avait arrêté de reculer, décidant de faire face. Après tout, elle n’avait rien qui lui faisait plus envie que de le frapper en cet instant. Elle comptait donc bien en profiter. Malheureusement, il était plus grand, plus fort et mieux entraîné qu’elle. Les tactiques de combat qu’elle avait mises au point avec Bran impliquaient souvent sa métamorphose. Là, elle devrait faire sans. En plus, elle n’avait pas d’arme alors qu’elle se sentait plus à l’aise avec un bâton ou, mieux, quelque chose qui faisait office de trident, en main. Elle révisa alors son jugement, tandis que Doug était presque sur elle. Et, lorsqu’il passa à l’attaque, elle plongea derrière lui, se précipitant en direction de la porte pour s’enfuir. Kit et Bran devaient bientôt être arrivés, sa seule chance était de foncer à leur rencontre.

Au moment où elle parvint à la porte et l’ouvrit pour s’échapper, l’homme derrière elle l’attrapa de nouveau et la propulsa au centre de la pièce. Dans sa chute, elle heurta l’un des bureaux de la pièce qu’elle brisa. Elle en eut le souffle coupé. Endolorie de partout et un peu groggy, elle tenta de se relever. Ce fut difficile, mais elle finit par se tenir de nouveau debout face à l’officier en gris, qui la fixait d’un air moqueur. « Oh non, tu ne t’en iras pas ! La prévint il. Ne me croit pas si bête. » Il s’approcha d’elle. Une forme fit alors irruption par l’encadrement de la porte et se jeta sur lui. Rielle écarquilla ses yeux noirs, surprise de cette intervention à laquelle elle ne s’attendait pas. Deux personnes suivirent la première qui continuait de lutter au sol, aux prises avec Doug. « Vas y Bran, casse lui la figure ! l’encouragea Kit en mimant un coup de poing.
– Soyez un peu plus discrets. » Leur enjoignit fermement la femme au cache oeil, que Rielle avait vue lorsqu’elle avait contacté son frère dans le vaisseau de livraison, tout en fermant la porte sur eux. La jeune fille sentit monter les larmes aux yeux.

« Kit ? Emit elle. Tu es déjà là ?
– Oh bah oui, déclara celui ci. Nous avons fait au plus vite, tu vois ! » Il était tellement content de retrouver sa soeur qu’il la prit dans ses bras pour la serrer fort. Puis, se souvenant que leur aîné était aux prises avec un homme en gris hostile, il se retourna en direction du combat. « Allez Bran ! Qu’est ce que tu attends pour lui mettre la potée ?! Dépêche toi !
– On dit la pâtée, corrigea machinalement Rielle en laissant échapper un sourire.
– Bien bien bien, qu’avons nous là… » S’interrogea tout haut Eglantine. Bran avait finalement réussi à mettre Doug hors combat en lui faisant perdre conscience. La jeune fille était étonnée, parce qu’elle savait que l’officier était particulièrement fort en lutte. Mais elle se souvint que c’était le jeune homme qui leur avait appris à se battre, Kit et elle. Et que si il avait réussi à leur apprendre ce qu’ils savaient, c’était certainement qu’il se débrouillait lui aussi dans ce domaine. Elle fut soulagée de voir l’homme en gris inconscient. Elle gratifia Bran d’un regard admiratif, qu’il remarqua. Il parut un peu gêné et s’approcha d’elle pour vérifier comment elle se portait.

Pendant ce temps là, Eglantine commençait à démonter les ordinateurs du bureau et à mettre certaines pièces dans un sac qu’elle portait en bandoulière. Ce faisant, elle chantonnait, comme si elle faisait quelque chose d’aussi banal que cueillir des champignons dans une forêt automnale. « Qu’est ce que tu fais ? lui demanda curieusement Kit.
– Je récupère la mémoire de ces bébés, expliqua-t elle.
– Pour quoi faire ?
– Je te l’ai déjà expliqué, soupira-t elle. Peut être que ces machines contiennent des choses suffisamment intéressantes pour que je puisse les vendre à des concurrents. Renacleriblob est en train de faire de même. C’est un spécialiste de la récupération de choses diverses et variées, vous verrez ! Mais nous ne devons pas trainer. Surtout que vous avez déjà retrouvé votre amie : le hasard fait bien les choses, décidément ! Je nous voyais déjà en train de prendre des risques pour la retrouver. Bref. C’est merveilleux ! Oh, je n’ai pas encore fouillé celui là, j’ai failli ne pas le voir. Mais qu’est ce qu’il fait par terre ? On dirait que quelqu’un s’est battu ici…
– Ri, qu’est ce que tu as autour du cou ? S’enquit soudainement Kit qui venait de remarquer le collier.
– C’est pour m’empêcher de me transformer, expliqua la jeune fille.
– Mais c’est horrible ! S’exclama l’adolescent. Il faut te faire enlever ça.
– Je ne sais pas comment, déplora Rielle en sentant les sanglots lui monter à la gorge. L’infirmière m’a dit que c’était magnétique.
– Qui t’a mis ça ? Intervint Bran d’un ton apaisant.
– Lui. » La jeune fille désigna l’officier en gris qui gisait, inconscient, par terre.

Le jeune homme s’approcha du vaincu et se mit à fouiller ses poches. Il en sortit plusieurs cartes, clefs et choses diverses non identifiées. Puis, son butin en main, il revint vers Rielle, toujours blottie dans les bras de son frère. « Bien, voyons voir si l’un de ces trucs là fonctionne. » Il tenta d’ouvrir le collier de plusieurs manières. Il n’avait toujours pas réussi lorsqu’Eglantine eut terminé d’éventrer tout le matériel informatique à sa disposition. « Attend, il y a bien quelque chose qui va fonctionner… Ronchonna-t il lorsqu’elle les informa qu’il était temps de décamper.
– Tu pourras essayer tout ça quand nous serons tous en sécurité sur le vaisseau de livraison. Ou, mieux, sur l’Otter Space ! Allez, venez ! » Au moment où elle disait cela, un déclic se fit entendre et le collier, séparé en deux morceaux, tomba lourdement par terre. Rielle se sentit libérée, malgré la petite douleur causée par l’aiguille quittant sa nuque.

« Il est fait en quoi ce machin ? Lança Kit étonné par la densité apparente de l’objet.
– Peu importe, s’impatienta Eglantine. Venez vite ! » Les trois jeunes gens lui emboitèrent le pas. Rielle profita du fait qu’elle avait récupéré toutes ses aptitudes, pour se métamorphoser en petite hippocampe bleue et dorée et s’installer sur l’épaule de Kit. Ils marchèrent tous les trois d’un bon pas en direction de l’aire de décollage et d’atterrissage des vaisseaux de livraison pour le restaurant du bloc C. La capitaine leur avait conseillé de ne pas courir pour ne pas attirer l’attention. Mais, le fait est qu’ils ne devaient pas trainer. L’alerte concernant la disparition de Rielle avait déjà été lancée depuis plusieurs minutes. Des hommes en gris courraient d’ailleurs un peu partout. Aucun ne les avait encore arrêtés pour vérifier leurs identités. Ils crurent comprendre qu’ils avaient également perdu un officier. La jeune fille, soulagée de retrouver le contact familier de l’épaule de son frère, supposa qu’il s’agissait de Doug. Là aussi, ce n’était qu’une question de minutes avant qu’ils ne le découvrent, inconscient, sur le sol du bureau où ils l’avaient laissé.

Ils parvinrent sur la piste en même temps que Renacleriblob disparaissait à l’intérieur du vaisseau de livraison. Kit s’étonna de constater que l’être en forme de gelée avait l’air d’avoir au moins quintuplé de volume. Mais il n’eut pas le temps de questionner Eglantine à ce sujet. Une voix leur ordonna : « Halte ! Ne bougez plus ! Retournez vous lentement. » En voyant la capitaine lever les mains et s’exécuter, Bran et Kit firent de même. Rielle, quant à elle, se dissimula derrière le dos de son frère. « Que faites vous là ?
– Et bien, commença Eglantine d’un ton suave, nous avions fini la livraison de pommes de terre et d’autres denrées, du coup nous nous apprêtions à partir.
– Vous ne pouvez pas partir maintenant, décréta l’homme qui était entouré d’une dizaine de gardes tous en gris et armés.
– C’est embêtant, déplora la femme au cache oeil. Nous avions justement rendez vous ; nous sommes vraiment pressés.
– Nous ne vous ouvrirons pas le sas de sortie, l’informa le garde.
– Mais pourquoi donc ? Fit mine de s’offusquer Eglantine.
– Un de nos sujets dangereux s’est échappé, expliqua l’homme. Nous devons fouiller votre véhicule avant de pouvoir vous laisser partir. »

La capitaine soupira. Elle réfléchissait à toute allure. Elle devait gagner un peu de temps pour laisser à Renacleriblob l’opportunité de se dissimuler. Il paraissait avoir trouvé une grosse quantité de choses à voler et Eglantine espérait bien que les gardes en gris ne tomberaient pas dessus. C’était déjà assez angoissant de savoir que le sujet qu’ils cherchaient effectivement se trouvait actuellement pendu au dos du petit Kit. Mais drôle aussi, et la capitaine avait beaucoup de mal à ne pas laisser éclater son hilarité. Le garde, extrêmement nerveux, n’aurait pas compris. « Bon, si vous le devez, je n’y vois pas d’inconvénient, mais faites vite. » Elle espéra que Khouaf avait eu la présence d’esprit de cacher les deux pilotes quelque part. Ils avaient déjà eu le temps de décharger tout le reste de l’équipage dans un cellier où ils seraient certainement découverts avant de mourir de faim. Peut être qu’ils avaient eu le temps d’envoyer les pilotes avec les autres, mais elle n’en savait rien pour le moment. Dans tous les cas, cela impliquait qu’ils devaient partir rapidement. Il ne manquerait plus que le précédent équipage du vaisseau de livraison soit découvert et les dénoncent. En résumé, elle devait à la fois gagner du temps pour Renacleriblob et se presser au cas où les captifs seraient découverts. Voilà une situation qui sentait mauvais et qui s’annonçait pour le moins compliquée.

Au moment où les garçons et elle s’écartaient pour laisser le passage aux gardes en gris, un bruit sourd retentit dans tout le complexe. Kit était même certain que le sol avait tremblé. « Qu’est ce que c’était ? » lança quelqu’un à la cantonade. Le bruit recommença, faisant de nouveau vibrer la structure. Une alarme se déclencha, leur vrillant les tympans. Une voix féminine indiqua que toutes les forces armées étaient réquisitionnées car le Complexe de Recherche se faisait attaquer par des forces hostiles non identifiées mais lourdement armées provenant de l’espace. Tandis que les hommes en uniformes gris se pressaient d’obéir aux ordres, Eglantine fit rapidement monter les deux garçons dans le vaisseau de livraison. « La chance nous sourit, on dirait, leur lança-t elle joyeusement. Nous avons plus qu’à réussir à convaincre quelqu’un de nous ouvrir la porte. » Sans attendre de réponse de la part des plus jeunes, elle fila en direction de la cabine de pilotage.

« Que faisons nous ? Et qu’est ce qu’il se passe à ton avis ? s’enquit Kit pendant que Bran s’occupait d’appuyer sur le bouton de fermeture de la porte.
– Qu’est ce que j’en sais ? lui retourna le jeune homme d’un ton las.
– Moi je sais ! S’exclama l’adolescent. Nous devrions suivre Eglantine.
– Si tu veux. » Ils partirent à leur tour en direction de la cabine de pilotage. Bran se sentait tout mou, maintenant que la pression recommençait à retomber pour lui. Le fait de s’échapper en vaisseau ne dépendait plus que de la capitaine à présent. Lui, il était déjà satisfait d’avoir récupéré Rielle, à qui il adressa un sourire.

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