« Kyr et Kilynn » Chapitre 1 : Drakëwynn (4/8)

Le lendemain, les deux enfants se réveillèrent plus tard que ce dont ils avaient l’habitude. Lorsqu’ils ouvrirent les yeux, le feu était éteint et il n’y avait plus trace de la Centaure, ni de ses affaires, ni de son compagnon ailé. « Elle est partie ! s’étonna Kyr.
– Tu crois qu’elle a entendu ce qu’on disait hier soir ? s’inquiéta sa sœur.
– Pas possible, elle dormait. »

Kilynn n’en était pas si sûre, mais elle n’ajouta rien. « Et, reprit son frère, elle ne nous aurait pas laissé tout ça. » Le « ça » en question désignait le tas d’objets que Drakëwynn avait ramené de la maison brûlée et laissé sur place. A côté, sur la caisse retournée, il y avait un petit baluchon qui contenait les mêmes petites pommes qu’ils avaient mangées la veille, deux miches de pain presque fraiches et quelques lambeaux de viande séchée.

« Regarde ! » s’écria Kilynn en ouvrant une bourse, posée bien évidence à côté du baluchon. Sous les yeux ébahis des enfants, s’échappèrent du petit sac en cuir toute une grosse poignée de pièces de cuivre, agrémentée de six deniers d’argent et de deux couronnes d’or brillantes. Il s’agissait de la somme, en pièces sonnantes et trébuchantes, la plus importante qu’ils n’avaient jamais vu d’un seul coup. « Avec ça, on n’a plus besoin de rester faire les bandits avec Caer pour avoir de quoi manger cet hiver, murmura Kyr.
– Tu sais ce qu’on aurait du faire ? C’est rester avec elle, déplora doucement sa sœur.
– Avec ce monstre ?
– Le monstre a été plutôt gentil avec nous, hein.
– Bah, dit son frère. Elle a probablement autre chose à faire que de se coltiner deux petits brigands comme nous. Examinons d’un peu plus près ce qu’elle nous a laissé. »

Il n’y avait pas grand chose, d’autant que Drakëwynn n’avait rien récupéré d’ordre vestimentaire, probablement par crainte de la maladie. La seule chose de ce type là qu’elle leur avait laissé était la grande couverture douce et chaude dont elle les avait enveloppés la veille. Tout ça représentait déjà beaucoup à leurs yeux. En outre, elle avait récupéré quelques outils et ustensiles divers comme une pierre allume-feu, un marteau, de la corde, un grand couteau… Elle leur avait même dégotté deux sacs qu’ils pouvaient aisément porter, comme si elle avait pensé depuis le début leur laisser de quoi s’équiper. Mais ce qui intéressa le plus les enfants fut sans aucun doute un petit arc, accompagné de son carquois qui contenait quelques flèches.

« Si on ne rejoint pas Caer, qu’allons-nous faire ? » s’enquit Kilynn. Ils cogitèrent tous deux un moment, tout en grignotant le pain laissé par la Centaure, avant qu’elle ne reprenne la parole : « On ne peut pas rester là en plus, si la bande nous trouve, ils vont nous piquer ce que la ménestrelle nous a laissé et on en verra pas le douzième du bénéfice qu’ils en tireront.
– Tu n’as pas tort, acquiesça son frère. De toutes façons, nous devrions aller habiter ailleurs. Ca ne doit pas être aussi pourri partout qu’ici.
– Je suis d’accord, mais il va être difficile pour deux jeunes de douze ans comme nous de s’installer tous seuls quelque part avec leurs propres moyens sans que cela paraisse suspect. On va vite avoir des ennuis. »

Kyr soupira. Il connaissait ce ton. Kilynn avait quelque chose derrière la tête et elle n’en démordrait pas. Mais, ce qu’elle disait jusqu’ici lui semblait sensé, il lui demanda donc : « Qu’est ce que tu proposes ?
– Suivre Drakëwynn. Elle est suffisamment aisée pour nous avoir laissé tout ça. Si on reste avec elle, nos possessions lui importeront peu. En plus, elle est capable de faire fuir les bandits de grands chemin d’un simple chant ! Alors que nous, si on part tous les deux, on aura pas fait une dizaine de kilomètres avant d’être morts avec tous ces crève-la-faim du coin. Et, si on reste ici, tu sais bien que même si les gens de la bande de Caer font partie du même village que nous, les temps sont si durs qu’ils n’auront pas de pitié avec nous. Même si on la connaît que depuis hier, la personne en qui nous pouvons avoir le plus confiance, c’est elle, quelqu’un qui ne manque de rien et se fiche totalement de ce qu’on a. On devrait voyager avec elle. Du moins, jusqu’à ce qu’on trouve un endroit où vivre tranquilles. »

Kyr était époustouflé. Cela faisait bien longtemps que Kilynn ne lui avait pas tenu un tel discours. Au moins depuis que le dernier membre de leur famille était mort, emporté par la maladie. Mais quelque chose chiffonnait encore le garçon : « Ce que tu dis semble raisonnable, mais…
– Mais ?
– Mais, même si elle s’est occupée de nous, qu’elle nous a donné toutes ces choses, elle me fait peur. Tu as vu les drôles d’écailles qu’elle a sous les yeux et sur les bras ? Et puis ses dents et ses griffes… On dirait un démon !
– Elle a dit qu’elle nous mangerait pas. »

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