« Kyr et Kilynn » Chapitre 1 : Drakëwynn (5/8)

Ce n’était pas un véritable argument, ils le savaient tous les deux. Kyr savait aussi que la Centaure intimidait beaucoup sa sœur, mais que c’était justement l’une des principales raisons pour laquelle elle voulait la suivre : elle se sentirait en sécurité en restant auprès de quelqu’un d’intimidant. De plus, il devait bien l’avouer, il ne voyait pas de meilleure marche à suivre pour le moment. Il alla ouvrir la porte de la grange et la lumière du soleil, bien qu’automnal, les éblouit. « Il est tard, constata-t-il. Ca va être difficile de la rattraper, elle a du partir depuis longtemps.
– Oui, mais il fait beau, on ira vite.
– Le problème, c’est qu’elle aussi… Il nous faudrait un cheval.
– Un cheval ? s’étonna Kilynn. Où comptes-tu en trouver un ? D’autant qu’on a pas les moyens pour ça…
– Je ne sais pas encore, mais il faut se dépêcher, sinon on ne pourra jamais la rejoindre.
– Commençons à pieds, Kyr, on verra bien sur le chemin. »

Il poussa un grognement approbateur. Pressés, ils répartirent rapidement leurs nouvelles possessions entre leurs deux sacs. Cela faisait quelques temps qu’ils n’avaient pas possédé autant de choses. « N’oublie pas la couverture Kilynn, on en aura probablement besoin… Quelle idée de partir en voyage à la fin de l’automne…
– C’est suicidaire, convint sa sœur. Mais si on retrouve Drakëwynn, tout se passera bien. »

Kyr la fixa d’un air perplexe. Elle semblait animée d’une confiance inébranlable en cette terrifiante ménestrelle qui, selon lui, tenait plus du monstre que du Centaure. « Allons-y. » Fins prêts, ils sortirent tous deux dans la cour de la ferme, dont le corps d’habitation était encore fumant de l’incendie de la veille. Suivant les traces très reconnaissables des gros sabots de Drakëwynn, ils parvinrent de nouveau dans les bois, qui étaient aussi silencieux que s’il venait de neiger. Les jumeaux jetaient des coups d’œil nerveux autour d’eux.

« Mais qu’est ce que vous faites là tous les deux ? » s’enquit soudainement une voix étonnée qui semblait provenir de nulle part. Il s’agissait de Rob, qui était de guet dans les buissons. Il en sortit et rejoignit Kyr et Kilynn sur la route. Il arborait un grand sourire, paraissant soulagé de les trouver là. « On se demandait ce qui vous était arrivé, les jeunes ! Je suis bien content de vous avoir trouvés sains et saufs. Allez, venez, on va retourner voir le Grand Caer pour lui annoncer que vous allez bien.
– Non Rob, Kyr et moi n’irons pas voir Caer. On part.
– … Vous partez ?
– Oui, la Centaure d’hier, c’en était trop, intervint Kyr. On est juste des enfants de paysans nous, on est pas faits pour ça. On s’en va pour essayer de trouver un coin moins moisi pour vivre.
– Je… Je comprends, balbutia Rob abasourdi par cette annonce inattendue.
– On a pas pu dormir de la nuit, rajouta le garçon en grommelant. J’ai pas arrêté de faire des cauchemars à propos d’une Centaure démoniaque qui me poursuivait en rugissant pour me dévorer…
– C’est vrai que vous êtes encore jeunes vous deux pour jouer les bandits de grands chemins, compatit l’adulte. Mais je dois avouer qu’elle nous a causé à tous une sacrée frayeur ! Vous êtes vraiment sûrs de vouloir partir comme ça, que tous les deux et tout ? » Son regard exprimait clairement ce qu’il pensait de cette idée dangereuse, et ce n’était pas de l’optimisme. Les enfants hochèrent néanmoins la tête de concert. « Mais vous savez que Caer va vous considérer comme des traîtres et des déserteurs ?
– Oui. » répondit platement Kyr.

« C’est vrai que c’est du quitte ou double cette histoire, pensa-t-il. Si Drakëwynn veut bien de nous, on sera à l’abri de tout pendant un moment. Par contre, si elle refuse ou qu’on ne la retrouve pas, nous ne pourrons plus nous raccrocher à elle, ni à Caer. J’espère que l’intuition de Kilynn est la bonne… » Il lui jeta un coup d’œil. Jusqu’ici les intuitions de Kilynn avaient toujours été fiables, mais son frère préférait garder tout de même un certain recul.

Rob avait l’air gêné. « Je pourrais toujours essayer de leur faire penser que vous êtes morts, mais vous ne pourrez plus jamais revenir… En souvenir de vos parents, qui étaient de bons amis à moi, j’aimerais bien pouvoir vous aider en quoique ce soit, mais je ne sais vraiment pas comment.
– Tu… tu pourrais peut-être nous dire comment on pourrait trouver un cheval, suggéra Kilynn.
– Un cheval ? Vous avez l’intention de partir si loin que ça ?… Enfin… C’est marrant que tu me dises ça, Caer est justement sur un gros coup concernant des chevaux, là. Tout à l’heure, Mish qui surveillait avec moi, est parti le prévenir qu’une troupe d’une demi-douzaine de cavaliers se dirigeait vers lui, sur la route. Je pense que si vous vous dépêchez, vous pourrez profiter du boxon pour piquer un cheval. Par contre, ce sera risqué… »

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