« Kyr et Kilynn » Chapitre 1 : Drakëwynn (6/8)

Les jumeaux s’entre-regardèrent et un éclair de connivence passa entre eux. Risqué, certes, mais faisable. C’était le coup de pouce qui leur manquait, leur décision était prise. Kyr leva de nouveau les yeux vers l’homme et lui dit gravement : « Merci, Rob. » avant de filer avec Kilynn en direction du lieu présumé du guet-apens. Peu de temps après, en entendant les bruits causés par l’échauffourée, ils ralentirent leur allure et sortirent de la route, continuant prudemment leur chemin tout en étant dissimulés par des buissons. Ils parvinrent enfin en vue du combat et observèrent un moment ce qu’il s’y passait. Les brigands de Caer avaient l’avantage, malgré le fait que les cavaliers paraissaient être de bien meilleurs combattants. Cet avantage était très certainement du à l’effet de surprise, couplé au surnombre. L’un des cavaliers était d’ailleurs à terre, Caer l’ayant fait glisser de sa selle. A présent, son cheval piaffait, seul au milieu des combattants.

Kyr pensait qu’avec un peu de chance, ils pourraient passer inaperçus. Après un signe de tête de connivence avec sa sœur, ils se glissèrent prestement au cœur de la mêlée. Grâce à leur petite taille et leur sens de la discrétion, évitant souplement les combattants, ils parvinrent jusqu’au cheval sans cavalier sans que personne ne les remarque, le cœur battant. Mais l’animal n’avait pas très envie de coopérer. Il se cabrait et piaffait, excité par le combat. Kyr essaya de le maintenir par la bride, mais il du s’y reprendre à plusieurs fois, afin d’éviter les coups de sabots du nerveux destrier. Sa sœur, malgré la peur que lui inspirait le cheval énervé, finit par lui prêter main-forte. A deux, ils réussirent à maintenir l’animal assez longtemps pour que Kilynn réussisse à se hisser sur la selle, avant d’aider son frère à faire de même. « Qu’est ce que vous faites là tous les deux ? » tonna soudain la voix de Caer, surmontant le vacarme ambiant et faisant sursauter les enfants.

« On va mettre le cheval à l’abri ! » répondit Kyr tout en talonnant le destrier qui bondit en avant. Il se cramponna aux rênes et au pommeau de la selle et sa sœur s’agrippa à lui. Il avait miraculeusement réussi à diriger l’animal dans la direction qu’il voulait, mais cela n’arrangeait pas le problème du ballotage ajouté à la vitesse. Après environ deux minutes, qui parurent une éternité aux jumeaux, le cheval décida qu’il en avait assez de courir et qu’aller brouter les quelques brins d’herbe sur le bas côté de la route était plus intéressant. La garçon le laissa faire, expirant avec soulagement. « C’est sûr que ça va vite, haleta sa sœur d’une voix rauque. Mais c’est pas très pratique.
– C’est probablement parce qu’on a pas l’habitude de monter sur des bêtes nerveuses comme celle-là » supposa Kyr. En effet, jusqu’à ce jour leur seule expérience en équitation avait été de chevaucher le placide percheron de leur oncle. Ce qui n’avait rien à voir avec le destrier de guerre qu’ils montaient à présent.

« Peut-être, mais il faut qu’on continue quand même. » Cette fois, ce fut Kilynn qui talonna la monture, qui repartit de mauvaise grâce au petit trot. Elle maintient cette allure quelques minutes, le temps qu’ils arrivent à la hauteur où Rob était embusqué. Là, Kyr tira sur les rênes, tandis que le vieil ami de leurs parents sortait des buissons. « Vous êtes vraiment sérieux alors… » constata-t-il. Les jumeaux hochèrent la tête de concert.
« Merci pour tout Rob, lui dit le garçon.
– Penses-tu, il y a des chances que ce soit la dernière chose que je sois capable de faire pour vous.
– Pourquoi tu dis ça ? demanda Kilynn.
– Parce que ça m’étonnerait qu’on se revoit vous et moi, répondit Rob avec un maigre sourire. Vous me semblez partis pour de bon et vous ne pourrez plus revenir vu ce que vous venez de faire à Caer. »

Un martèlement de sabots au galop commença a se faire entendre de la direction dont venait les enfants. « Partez vite ! » Les exhorta Rob, avant de frapper la croupe du cheval pour les faire partir. Ce dernier partit au petit galop, tandis que le brigand retournait dans les buissons. « Ou c’est Caer, ou les cavaliers, pensait Kyr. Dans tous les cas, ce n’est pas bon pour nous… » Leur cheval étant handicapé par deux jeunes cavaliers se ballotant et inexpérimentés, le son de la course de leurs poursuivants se rapprochait inexorablement.

« Je les vois ! » s’écria soudainement Kilynn d’une voix rendue suraigüe par la panique. « C’est pas Caer ! » Elle donna un coup de talon dans les flancs de leur monture qui bondit en avant et accéléra de nouveau. Son frère se concentrait sur la tâche ardue de diriger le destrier tout en gardant les yeux ouverts malgré le vent froid qui les faisait larmoyer. Soudain, jetant un coup d’œil au sol, il remarqua fugitivement des traces de sabots énormes imprimées sur la terre de la route forestière. « Nous sommes dans la bonne direction ! lança-t-il à sa sœur. C’est déjà ça ! Regarde par terre, il ne peut y avoir qu’elle qui laisse des traces pareilles.
– Ils se rapprochent encore Kyr ! »

En effet, même si leur monture avait accéléré après le coup de talon de Kilynn, les cavaliers continuaient de gagner du terrain petit à petit. « Suffit qu’on la rattrape avant qu’ils n’arrivent sur nous, reprit le garçon. C’est toi-même qui l’a dit : si on la retrouve on aura plus rien à craindre !
– Drakëwynn ! Aide nous ! » hurla sa jumelle pour toute réponse.

Bien entendu, la Centaure n’apparut pas comme par magie suite à l’appel. Les deux enfants continuaient d’encourager et d’exhorter, tour à tour, leur cheval. Celui-ci réussit à maintenir une distance stable entre lui et leurs poursuivants pendant de longues minutes avant de perdre de nouveau un peu de terrain. A intervalles réguliers, Kilynn continuait d’appeler la Barde à la rescousse. Kyr doutait de l’utilité d’une telle manœuvre, mais si cela rassurait sa sœur d’agir ainsi, soit. « Plus vite ! » cria-t-il, pour sa part, au destrier écumant. Seulement, l’animal avait déjà bien voyagé avant d’arriver à l’embuscade de Caer et ses hommes. Avec, en plus, la course-poursuite, il commençait à ne plus être très vaillant et ralentissait de plus en plus. Heureusement, les autres chevaux n’étaient pas en meilleure forme que lui, bien que montés par des cavaliers bien plus expérimentés. Par conséquent, la distance entre eux ne s’amenuisait pas autant que le craignaient les enfants. Mais c’était encore bien trop rapide à leur goût. Ils tinrent encore quelques minutes à cette allure, avant que le destrier ne décide qu’il en avait assez de galoper, malgré les coups de talon dans les flancs, et qu’il ne passe de lui-même au trot.

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