« Kyr et Kilynn » Chapitre 1 : Drakëwynn (8/8)

Les autres cavaliers pouffaient de rire derrière leur chef et feignant l’innocence dès que la redoutable créature leur envoyait des regards venimeux. Kyr et Kilynn n’osaient interrompre cet échange qui semblait faire tourner les choses en leur faveur. Ils étaient bien conscients que leur avenir dépendait de cette conversation. La jumelle se serra plus étroitement contre la jambe musculeuse de la Centaure, paraissant ne pas sentir la meurtrissure due à la chemise de maille de cette dernière. « C’était vraiment un coup bas, ça, se plaignit la ménestrelle.
– Il faut ce qu’il faut dans ce monde de brutes, approuva l’homme avec un ton compatissant.
– Tu es sans cœur, lui reprocha Drakëwynn.
– C’est vous qui le seriez si vous refusiez une aide demandée si gentiment, rétorqua-t-il. Bon, ce n’est pas que cette conversation m’ennuie, au contraire je m’amuse beaucoup, mais le temps passe et nous allons encore être retardés car nous allons devoir passer à travers champ.
– Pourquoi ? s’enquit curieusement le garçon.
– Car les bois sont infestés par vos anciens compagnons les brigands, répondit plaisamment le cavalier au chapeau. Si vous voulez mon avis les enfants, vous avez fait le bon choix, même si pour le moment elle râle.
– Les encourage pas… maugréa la Centaure.
– Faites un bon voyage avec Drakëwynn, la protectrice des opprimés à votre service, les salua-t-il joyeusement. J’espère que nous nous reverrons dans de meilleures circonstances ! »

Sur ces paroles, ses cavaliers et lui tournèrent bride et s’en furent au galop à travers bois, tout en riant des imprécations de la Femme-Jument, qui jurait après eux tout ce qu’elle savait. Néanmoins, elle ne partit pas à leur poursuite. Pourtant, Kyr subodorait que cela aurait été son premier réflexe. Mais, pour les rattraper, il aurait fallu qu’elle détache Kilynn de sa jambe. Ce qui semblait une tâche ardue sur le moment. Finalement, la Centaure arrêta de crier des injures. Elle rangea sa lumineuse lance d’arçon et une petite tête reptilienne sortit de l’un de ses sacs. « Tu sors te moquer de cette pauvre Drakëwynn toi aussi ? » lui demanda sa maîtresse. Pour toute réponse, le dragon-papillon roucoula, sortit du sac et alla renifler Kyr. Puis il émit un grognement de satisfaction et s’envola afin de s’avachir sur les épaules du garçon. « A croire que le monde est contre moi, soupira théâtralement la Femme-Jument. Allez, c’est bon, je capitule, puisque même Emlyg est de votre côté.
– Merci ! » s’écrièrent les jumeaux, reconnaissants.

Et Kyr se retrouva aussi à se précipiter sur la ménestrelle. Ne sachant comment réagir face à cet élan d’affection, elle leur tapota gentiment la tête à tous les deux et déclara : « Nous n’allons pas rester là toute la journée tout de même, allez ! En route !… Au fait, comment vous appelez-vous ?
– Kilynn, répondit la fille en prenant le dragon-papillon des épaules de son frère.
– Kyr. » se présenta, tout aussi succinctement, ce dernier.

Il était soulagé que sa sœur lui ait ôté l’animal des épaules pour le prendre dans ses bras, car il craignait de devoir le porter tout le long du trajet, ce qui promettait de faire lourd à la longue. « Bon, et bien Kilynn, Kyr, déclara pompeusement la Barde, nous voici compagnons de voyage. Partons, à présent. » Suivant Drakëwynn, qui se forçait à marcher à une allure que les jumeaux pourraient suivre, ils s’en furent, sans un regard en arrière pour leur ancienne vie. Kyr se sentait léger et plein d’entrain. Il pensait, comme le cavalier l’avait dit, qu’ils avaient fait le bon choix en décidant de partir, même s’il ne savait pas ce que l’avenir leur réservait.

« Drakëwynn, commença Kilynn qui dorlotait le dragon-papillon, vous nous en voulez d’avoir pris le cheval de votre ami ?
– Quelle drôle d’idée ! Bien que ce ne soit pas quelqu’un que je connaisse très bien, je suis surtout impressionnée que vous ayez réussi à le lui prendre !
– En fait, on ne le lui a pas pris à lui, expliqua Kyr. Le cavalier était tombé de cheval et on en a profité.
– Je vois.
– On croyait que vous étiez beaucoup plus loin que ça, continua sa sœur. C’est pour ça qu’on voulait un cheval, pour vous rattraper.
– Comment ça se fait que vous étiez si proche ? s’enquit le garçon.
– Oh, ça… » La Centaure ouvrit un sac pour leur en montrer fièrement le contenu. « Je cueillais des champignons ! »

Cette réponse impromptue les fit rire tous les trois, enfin, tous les quatre en comptant le dragon-papillon qui pouffait souvent. Kyr avait d’ailleurs la désagréable impression qu’il se moquait souvent de lui. La suite du trajet dans la forêt se déroula dans la même ambiance. Cela faisait du bien aux enfants qui n’avaient pas tant ri depuis des mois. Passer du temps avec la ménestrelle allait les changer de leur morne quotidien : elle connaissait des dizaines de tours de prestidigitation, des choses amusantes sur tout un tas de sujets et racontait des histoires toutes plus abracadabrantes les unes que les autres. Voilà des auspices qui s’annonçaient meilleurs que si ils avaient continué leur vie de brigandage avec le grand Caer.

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