« Il était une fois en Yamato » Chapitre 1 Jynpo et les volatiles (6/7)

Il se dépêcha de se rendre à la bibliothèque du château. Il fourragea longuement parmi les parchemins entreposés sur les étagères poussiéreuses et se constitua toute une pile d’ouvrages à emporter. Ainsi chargé, il revint aussi vite que possible dans son cabinet de travail où Hideaki l’attendait patiemment. Il laissa échapper les parchemins sur la table et s’empressa de tourbillonner dans la pièce à la recherches de toutes les feuilles volantes et livres de comptes qu’il pouvait trouver, avant de poser le tout et de s’affaler à côté. « Je suis prêt ! s’exclama-t-il.
– Oui, Monseigneur ? s’enquit le conseiller, inquiet de ne pas comprendre où son maître voulait en venir.
– Alors, qu’allons-nous dire à cette Grue ? »

En disant ces mots, il s’empara d’une feuille vierge et de quoi écrire. Caché à la vue d’Hideaki par la masse de papier qu’il avait accumulé sur sa table, Jynpo s’appliqua à calligraphier consciencieusement son nom et son prénom en haut à gauche de sa feuille de prise de notes, et la date du jour à droite. Ayant fait une rature, il prit une autre feuille et recommença tout en demandant à son conseiller : « Expose-moi ton point de vue sur ce que je vais devoir dire. »

Kitsuki Hideaki, renonçant à comprendre le rôle de cette accumulation de documents, s’adressa à la montagne de papier, laquelle bruissait et menaçait de s’effondrer à tout instant : « Je pense qu’il voudra aborder le sujet du traité de libre circulation sur le fleuve Taiga, qui a été abrogé durant le règne de votre oncle félon Shiro. » A ce nom, le jeune Chef du Clan du Dragon releva instinctivement la tête, juste à temps pour voir un pan de sa muraille de papier s’effondrer sur lui.

Dans le courant de l’après-midi, alors qu’il avait enfin ôté son armure de cérémonie, Jynpo se rendit courageusement en direction de sa salle de réception, où il devait accorder de nouveau une audience à l’ambassadeur du Clan de la Grue. Après les salutations rituelles, Mirumoto Jynpo et Doji Kurou prirent place à une table, où des serviteurs affairés leur présentèrent abondance de petits mets raffinés. Le jeune Chef du Clan du Dragon appréciait ces repas traditionnels qui lui avaient tant manqué durant ses longs mois d’exil. Même s’il devait bien avouer que ce n’était pas aussi copieux que les festins qu’il avait fait avec ses amis Sylvaniens. Après tout, on lui avait toujours dit de favoriser la qualité à la quantité. Mais il avait une faim de loup et ne put s’empêcher d’engloutir plusieurs sushis à la fois. La bouche pleine, il enjoignit à son invité de prendre la parole. Ce dernier déclara alors : « Mon Seigneur Doji Sunan-sama m’a, en plus de vous présenter ses salutations, chargé d’aborder avec vous le sujet du traité abrogé concernant le Taiga. »

« Hideaki avait tout bon, encore une fois. Il faudra qu’il m’explique un jour comment il fait pour prévoir aussi facilement les faits et gestes de nos compatriotes ! » songea Jynpo avec ravissement, tout en terminant son dernier sushi. « Heureusement qu’il m’a aussi prévu les réponses à faire. C’était quoi déjà ?… Ah, oui. »

« Il était bien dans mon intention première d’ouvrir de nouveau cet accès, remettant ainsi ce traité ancestral en vigueur. Cependant, après réflexion, il m’est apparu que la meilleure stratégie à adopter pour le bien de l’Empire et de la famille Impériale, était de ne pas précipiter les choses de manière inconsidérée. Ainsi, je pense que le temps n’est pas encore venu pour nous de laisser de nouveau libre cours à n’importe quelle navigation fluviale. En effet, nous ne pouvons nous permettre de laisser d’éventuels pirates et bandits profiter de cet accès direct au Domaine Impérial pour exploiter sa faiblesse temporaire et mettre ainsi à mal la stabilité et la cohésion de l’Empire. De plus, quelques intrigants mal intentionnés pourraient en bénéficier pour s’élever contre la famille Impériale et usurper leur autorité. En tant que Bushi Défenseur de l’Honneur de Yamato, je ne peux laisser une telle chose se produire. »

L’ambassadeur considéra longuement son interlocuteur avant de répondre : « Ceci est tout à votre honneur, honoré Seigneur du Clan du Dragon. Cependant, il va sans dire que les intentions de mon maître n’ont pour autre but que de servir le bien de l’Empire. Cela étant, il serait tout aussi honorable et bénéfique au Domaine Impérial de nous ouvrir l’accès à celui-ci, afin que nous puissions apporter notre concours à la reconstruction et à la restructuration économique du cœur de l’Empire. Vous comprenez bien qu’empêcher une telle chose serait fort préjudiciable pour l’avenir du commerce intérieur et donc, par là même, pour l’avenir de Yamato tout entier. »

Jynpo médita un instant les paroles de Doji Kurou. « Si je comprends bien ce qu’il vient de dire, il veut quand même l’accès… Hideaki avait prévu ça aussi ! J’ai vraiment de la chance d’avoir un tel conseiller. Cependant j’ai bien du mal à croire que leurs intentions soient aussi justes et bonnes que ça… Quelle réponse dois-je lui annoncer déjà ?… Ah oui ! » Puis il reprit : « Même si je n’ai jamais douté de vos louables intentions, le bien de l’Empire passe avant tout… Néanmoins, il doit être possible, tout en assurant un contrôle strict, de laisser passer les bateaux du Clan de la Grue, afin de leur permettre de porter assistance à la population du Domaine Impérial. Mais ceci nécessitera une logistique bien plus importante qu’un simple blocage, ainsi que l’acheminement de nouveaux navires afin d’empêcher toute personne malveillante de forcer le barrage filtrant, qui sera, de part sa nature, plus facile à traverser. Toutefois, je suis prêt à faire cet effort pour vous et pour l’Empire, en échange d’une participation dont chaque bateau de votre Clan voulant traverser devra s’acquitter. »

L’ambassadeur, comprenant que le Clan du Dragon réclamait un droit de douane, réfléchit un instant à la meilleure réponse à fournir. « Je comprends tout à fait. Malgré tout, il n’est pas dans mes attributions de décider de telles choses. Je vais donc devoir aller en référer à mon maître Doji Sunan-sama. Nous vous ferons probablement parvenir notre réponse par coursier. » Jynpo acquiesça et mit fin à l’entretient de la manière la plus diplomatique dont il était capable.

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