« Kyr et Kilynn » Chapitre 2 : Le début du voyage avec Drakëwynn (6/8)

Ladite Centaure pouffa de rire : « C’est vrai que des comme moi il n’y en a pas beaucoup !
– C’est dû à quoi les écailles et le reste ? s’enquit timidement Kilynn.
– Les particularités physiques dont vous parlez sont dues au fait que je suis une Disciple des Dragons de Cuivre. Du coup, petit à petit, je deviens en partie dragonne.
– Dragonne ? s’étonnèrent les jumeaux.
– En partie seulement j’ai dit, rectifia-t-elle. Je ne deviendrai jamais un dragon à part entière. »

Il y eut un silence pendant lequel les enfants digéraient les explications peu ordinaires de Drakëwynn, même s’ils ne savaient pas exactement ce qu’était un Disciple des Dragons de Cuivre. La pluie continuait de tomber à verse au dehors, le cheval renâclait de temps en temps et Emlyg le dragon-papillon ronflait doucement. Tous ces sons étaient apaisants et les deux protégés de la Centaure se mirent bientôt à somnoler. Celle-ci se mit à fredonner une berceuse et, adossés à l’escalier, blottis l’un contre l’autre, ils succombèrent au sommeil.
Lorsqu’ils se réveillèrent, quelques longues minutes plus tard, ils étaient de nouveau recouverts de la douce couverture pelucheuse que la ménestrelle leur avait donné la veille. Cette dernière était debout et armée de son grand arc, s’apprêtant visiblement à sortir. « Tu t’en vas ? s’enquit Kilynn d’une voix ensommeillée.
– Je ne serai pas longue, lui assura Drakëwynn. Je vais voir si je peux trouver du bois pas trop détrempé pour la cuisine de ce soir, ainsi que de quoi accompagner les champignons.
– Et si jamais quelqu’un vient pendant que tu n’es pas là ? s’inquiéta Kyr.
– Ne t’en fais pas, il n’y a que moi qui puisse ouvrir cette porte, personne ne viendra vous importuner ici. Quand bien même ce serait le cas, je serai de retour avant que qui que ce soit arrive à entrer. »

Sur ces paroles apaisantes, elle sortit, puis referma soigneusement la porte. Les enfants entendirent le bruit du lourd – mais rapide – galop de la Centaure s’éloigner. « Tu trouves pas que même si elle est bizarre on est bien avec elle ? demanda Kilynn à son frère.
– Je suis bien obligé de l’admettre, répondit celui-ci. Ca faisait des mois que je ne m’étais pas senti aussi… à la fois libre et en sécurité tu vois, je sais pas trop comment exprimer ça.
– Je vois ce que tu veux dire. » le conforta sa sœur.

Après avoir un peu taquiné le dragon-papillon qui finit par se réfugier sur le dos de Nuit-Noire, les jumeaux décidèrent d’explorer le reste de la tour. Ils avaient déjà vu le premier étage, vide, lorsqu’ils étaient montés s’y changer. Ils continuèrent au deuxième étage et furent déçus de constater qu’il était tout aussi dégarni. Ils finirent par arriver au sommet de la tour, protégé par des créneaux. Il ne pleuvait plus, mais le sol métallique était détrempé, ce qui fit qu’ils n’eurent pas envie de s’attarder trop longtemps à admirer la vue. Néanmoins, ce fut suffisant pour qu’ils se fassent repérer par une créature affamée : une wiverne qui planait au-dessus d’eux à la recherche d’une proie. Ces créatures, d’environ six mètres d’envergure pour cette catégorie, sont souvent confondues avec des dragons alors que ce ne sont que des cousines éloignées. Au lieu de quatre pattes elles n’en ont que deux et ne peuvent ni cracher du feu, acide ou autre éléments. A la place, leur queue est dotée d’un dard semblable à celui d’un scorpion, mais dont le venin est bien plus virulent.

Les enfants l’aperçurent en même temps qu’elle les avait repérés et se précipitèrent instinctivement par l’ouverture du toit pour se réfugier à l’intérieur de la tour de métal. La wiverne voulut les suivre mais, par chance pour eux, elle était trop grosse pour pouvoir entrer. Même Drakëwynn devait à peine pouvoir passer. La créature fit tout de même entrer sa tête le plus loin possible pour happer Kyr et Kilynn qui s’échappèrent à l’étage en dessous, tout en trébuchant sur leurs trop grandes robes rouges. Hurlant de frustration en voyant son repas s’enfuir, la wiverne entreprit d’essayer de défoncer le toit du bâtiment. Les jumeaux restèrent indécis – et terrifiés – au premier étage, guettant par les meurtrières l’éventuelle arrivée de la Centaure. Au rez-de-chaussée, le cheval hennissait en percevant l’odeur de la créature qui donnait des coups sourds contre l’édifice. « Drakëwynn… gémit Kilynn. Tu crois qu’elle va arriver bientôt ?
– Elle a dit qu’elle reviendrait vite… » répondit un Kyr guère plus vaillant.

Comme pour confirmer ces propos et les rassurer, ils entendirent, venant de l’extérieur un hurlement rageur : « Ma tour ! N’abîme pas ma tour, saleté ! » Ils se précipitèrent vers la meurtrière la plus proche de l’origine du cri. La Centaure arrivait effectivement au grand galop, pile au bon moment et, surtout, furieuse. Alors que le garçon se demandait ce qu’elle allait pouvoir faire contre un tel monstre, ils la virent lever son grand arc et tirer deux flèches à une vitesse ahurissante en direction du sommet de la tour. Les coups sourds s’arrêtèrent presque aussitôt. Drakëwynn, elle, reprit sa course, entra en trombe dans l’édifice et monta les escaliers à toute vitesse. Eberlués, les enfants la virent passer comme un éclair, sans avoir le temps de réagir. « Quoi ?! l’entendirent-ils s’exclamer une fois qu’elle fut arrivée en haut. T’as même pas eu la décence de t’ôter de MA tour pour crever ! Tu m’encombres ! » Les jumeaux la virent redescendre. « Oh, vous êtes là, leur dit-elle comme si elle venait seulement de remarquer leur présence. Venez avec moi pour m’aider à dépecer ce machin. J’ai rien eu le temps de chasser et qui sait, c’est peut-être mangeable. On va bien voir ! »

Encore sous le choc, ils la suivirent sur le toit de la tour de métal, prenant leurs couteaux en main. La wiverne gisait, les deux flèches lui traversant la gorge de part en part. Comment pouvait-on tuer une bête pareille avec seulement deux flèches, se demandait Kyr. Finalement, aucun des jumeaux n’eût à faire quoique ce soit. En effet, Drakëwynn termina le dépeçage de la créature en moins de temps qu’il n’en faut pour le dire. Elle soupira soudain de soulagement : « Ouf ! Elle n’a pas abîmé la tour. Bon, il y a du sang partout maintenant, mais c’est pas grave ça… Quelque chose ne va pas ? » s’enquit-elle auprès des enfants qui contemplaient fixement la wiverne en morceaux. Comme ils ne lui répondaient pas, la Centaure s’inquiéta : « Elle vous a blessés ? Empoisonnés ?…
– Non non, répondit Kilynn d’une voix blanche. On a juste eu très peur.
– Y a de quoi, approuva la ménestrelle. Elle vous aurait dévorés en moins de deux.
– Elle t’a pas fait peur à toi ? demanda Kyr qui trouvait cela profondément injuste.
– Non, je craignais juste qu’elle m’abîme ma tour.
– Et t’as pas eu peur pour nous ? s’enquit la sœur d’un ton boudeur.
– Non, répondit instantanément la Centaure sans aucun tact. Je savais bien que vous n’étiez pas assez bêtes pour vous laisser manger par une stupide wiverne. »

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