« Kyr et Kilynn » Chapitre 2 : Le début du voyage avec Drakëwynn (7/8)

Kilynn parut apprécier la réponse. Sur son frère l’impact fut un peu plus mitigé, mais il revoyait tout de même les idées qu’il se faisait de la Barde à la hausse. Il savait qu’elle était puissante au point de faire fuir une bande de brigands affamés à elle toute seule. Seulement, le fait qu’elle considère une créature aussi grosse et dangereuse – aux yeux du garçon – qu’une wiverne comme une simple nuisance qu’elle pouvait terrasser de deux flèches… Son premier réflexe aurait été de penser qu’elle était totalement inconsciente, mais à présent il se disait que cette inconscience apparente était peut-être justifiée. Drakëwynn était forte. Peut-être même bien plus que ce que l’on pouvait croire de prime abord. « Dis, l’interpella-t-il. Tu me prêterais ton arc s’il te plait ?
– Bien sûr, aucun soucis. »

Elle lui tendit l’arme, en souriant de son habituel rictus qui mettait toujours le garçon mal à l’aise. Kyr s’empara de l’arc. Il s’agissait d’un arc long composite d’excellente facture. Il n’avait jamais vu un arc pareil. Il devait, en plus, être magique car il émettait en permanence une sorte de lumière vive. Le garçon essaya de bander l’arc, mais la corde et l’armature en bois semblaient aussi solides et inébranlables que les murs de la tour métallique. Il ne parvint pas à l’ébranler d’un millimètre. La Centaure rit de bon cœur en le voyant faire. « Même en vous y mettant tous les deux, je doute que vous puissiez le tendre, lui dit-elle.
– Tu es donc si forte que ça ? s’étonna Kilynn.
– Et plus encore. » renchérit Drakëwynn de manière énigmatique.

Kyr lui rendit son arme et, tout en l’aidant à descendre un cuissot de wiverne au rez-de-chaussée, après avoir jeté le reste de la carcasse par dessus les créneaux, il se demanda si tous les Centaures se trouvaient être aussi forts qu’elle. Peut-être devait-elle sa force au fait de faire partie des Disciples Draconiens se disait-il. Dans tous les cas, l’intuition de sa sœur de la suivre était la bonne, il en était à présent convaincu : avec cette Centaure capable d’abattre des wivernes comme s’il s’agissait de pigeons, ils ne pouvaient qu’être en sécurité.
Malgré leur appréhension première, il s’avéra que la viande rôtie de cette créature était mangeable. La ménestrelle avait dégotté assez de bois pour alimenter un feu de cuisine, qui pourrait continuer de chauffer la pièce la nuit durant. La chair de wiverne n’était pas aussi goûteuse que celle du lapin par exemple, évidemment, mais cela suffit pour accompagner correctement les champignons qu’elle avait cueillis le matin même. Seul Emlyg ne voulut pas y goûter et se contenta des champignons. « Je tâcherai de nous trouver du cerf pour la prochaine fois, commenta Drakëwynn.
– Du cerf ? Mais c’est interdit de braconner, prévint Kyr.

– Les forêts sont à tout le monde, répliqua la Centaure. Bien malin celui qui arrivera à m’empêcher de chasser là où je l’ai décidé. »
Le garçon voulait bien la croire. Dans un sens, il admirait la propension de la ménestrelle à n’en faire qu’à sa tête, en faisant fi du reste. Il faut dire que c’était souvent le cas des bardes, baladins et autres trouvères que d’agir ainsi. Mais, alors que ceux-ci devaient s’en sortir par la ruse et leur habileté en cas de pépin, Kyr avait le sentiment que Drakëwynn n’avait nullement besoin de s’embarrasser de subtilités d’aucune sorte.
« Si nous arrivons à garder une bonne allure demain, nous devrions pouvoir arriver à une petite ville, déclara la Centaure. Une fois là-bas, je nous achèterai ce dont nous aurons besoin pour l’entraînement. Et puis, j’aurai probablement quelques autres courses à faire et choses à régler. Vous pourrez visiter en attendant.
– On aura le temps de faire tout ça demain ? s’étonna Kilynn.
– Mmmh… » La ménestrelle fit mine de réfléchir. « Non. Si nous arrivons demain, ce sera probablement déjà trop tard pour pouvoir s’occuper de tout ça. De toutes façons, je devrai rester quelques jours en ville, nous aurons le temps. »

Ils rangèrent toutes leurs affaires pour partir le plus vite possible le lendemain et s’installèrent pour la nuit, sous l’œil attentif du dragon-papillon. « Drakëwynn ? appela Kilynn alors qu’ils étaient tous couchés.
– Oui ? s’enquit mollement celle-ci.
– Tu vas nous apprendre quoi ? A chanter ? A nous battre ? A faire de la magie ?
– Tout ce que tu voudras je t’ai dit, nous en parlerons demain pour préciser un peu tout ça. » répondit la Centaure.

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