Le support (1/3)

Arnulf reposa sa pinte. Il essuya la mousse qui maculait ses barbe et moustache blondes du revers d’un bras poilu. « Nan Bran, j’crois pas que ce soit une bonne idée de récupérer un… un petiot comme ça avec nous.
– Ecoute Arnulf, insista ledit Bran, ce gosse et moi, nous nous sommes vraiment attachés tous les deux. Tu comprends ?
– Tu veux dire que toi, que tout le monde surnomme l’Impitoyable, tu t’es attaché à quelqu’un ?
– Tout le monde a beaucoup changé en cinq ans, tu sais, bougonna Bran.
– Ouais, ouais. Je vois, déclara Arnulf après une autre lampée. Si t’es autant attaché à ce p’tit, pourquoi voudrais-tu qu’il vienne prendre des risques avec nous ? »

Bran resta un instant silencieux, comme pour rassembler ses mots. « Y a plusieurs choses, dit-il finalement. D’abord j’aimerais le garder vers moi, je me sentirai plus à l’aise. Et puis, il avait envie de participer. Ca m’a surpris qu’il veuille venir avec une bande de soudards comme nous, mais il veut se rendre utile, il m’a dit. Il pourra apprendre une ou deux choses.
– Bah, balaya Arnulf, c’est d’accord. Un peu de sang neuf ne peut pas faire d’mal. Et puis Talia l’a à la bonne. Garde-le si ça te fait plaisir, mais vient pas t’plaindre s’il se fait trancher. »

Bran soupira. Il avait convaincu le chef, mais ce n’était pas le plus dur. Le plus difficile était à venir : l’angoisse de savoir Colin perpétuellement en danger à partir de maintenant. Il considéra gravement l’adolescent. En toute franchise, Bran devait en convenir : le petit n’était plus si petit que ça. Il avait seize ans et la plupart des gens vivaient déjà des vies d’adultes à cet âge là. Mais Colin dégageait une telle innocence que le guerrier avait du mal à le considérer comme tel. Il n’était pas le seul ; l’insensible Talia avait fondu devant cette angélique candeur. Il faut dire qu’elle n’avait pas l’habitude de cotoyer autant d’innocence. D’ailleurs, Bran admettait que la naïveté de ce petit lui portait parfois sur les nerfs.

La porte de la taverne s’ouvrit brutalement. Le géant Sigurd fit irruption. « De l’hydromel ! » tonna le nouveau-venu en venant s’installer à la table d’Arnulf avec les autres. « Je suis le dernier, gloussa-t-il ensuite.
– C’est aimable à toi de ne pas perturber nos habitudes, ronronna Cygnus l’Aplyr.
– Tu devrais te montrer plus ponctuel Sissi, prévint la vieille Olga.
– Ne m’appelle pas Sissi, gronda le géant.
– Lorsque tu feras preuve de maturité, asséna Olga d’un ton sec.
– Suffit vos querelles familiales, balaya Arnulf en claquant sa chope contre la table. Bon retour à vous tous les enfants ! J’espère que vous vous êtes bien amusés durant ces cinq ans passés chacun de notre côté. »

Tout le monde acquiesça, avec des sourires plus ou moins prononcés. Bran prévoyait de bonnes histoires pour les soirées au coin du feu. « Comme vous pouvez l’voir, nous avons un p’tit nouveau. C’est not’ assassin Bran qui nous l’a amené. Il s’appelle… ?
– Colin, répondit l’adolescent avec un doux sourire.
– Voilà, continua le chef. Je n’sais pas encore à quoi il va nous servir, mais nous trouverons bien. Colin, voici tout l’monde. Le grand là, c’est Sigurd. Un combattant hors pair, mais mieux ne vaut pas rester trop près de lui dans la rage de la bataille. Lui et sa tante qui est là, la vieille Olga, sont des vikingars du nord.
– Je ne suis pas vieille, intervint Olga.
– Non, tu n’es pas vieille. » Soupira Arnulf comme si c’était une habitude, avant de reprendre à l’intention du garçon : « Elle est not’ garante de survie. C’est un très bon médecin et herboriste. Bien sûr, elle peut aussi tuer avec ses potions. »

La vieille dame se rengorgea en remettant une mèche de cheveux blancs derrière son oreille. Malgré son grand âge, Olga était particulièrement alerte. Bien conservée, comme d’aucuns disent. Elle pouvait très certainement encaisser les longs trajets qu’effectuaient souvent les mercenaires aussi bien que ceux-ci. Le chef continuait : « Ensuite, l’homme à la peau noire et à la tache orange dans la zone du nez s’appelle Cygnus. Ne laisse pas tes poches à sa portée. C’est un véritable roublard. L’un des meilleurs. Comme c’est un Aplyr, quand il se transforme en cygne il nous sert d’éclaireur. » Colin adressa un regard émerveillé à Cygnus, qui lui retourna un clin d’oeil charmeur. « Et je n’ai pas besoin de te présenter Talia qui est une guerrière marine des Morgans. Ni Bran avec qui tu as passé tellement de temps. » Conclut Arnulf.

Il reprit une gorgée de son breuvage, comme s’il réfléchissait. « Si j’ai de nouveau fait appel à vous tous, c’est parce qu’on m’a proposé un travail intéressant. » Tous écoutaient religieusement leur chef. Leurs anciennes habitudes étaient revenues d’elles-mêmes tandis qu’Arnulf leur expliquait ce qu’avait demandé le commanditaire.

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