NaNoWriMo 2019 : Prison Dorée, jour 18

Arthur étant d’une humeur morose, le dîner ne se trouva pas très animé. Aucun des trois conseillers ne s’efforça de lancer des sujets de conversation et Éléonore non plus.

Peu après l’entrée, elle sursauta, en constatant que Gaël avait disparu. Irritée de s’être laissée aller à réagir, elle se concentra de nouveau sur son assiette. Personne d’autre ne semblait avoir remarqué le départ du valet. Éléonore passa la fin du repas à se demander où il avait pu disparaître.

Il ne revint qu’après le dessert, qu’Éléonore avait décliné ; sa situation générale lui ôtait l’appétit. Tous s’étaient levés, s’apprêtant à retourner dans leurs pénates. Elle espéra que son soulagement n’était pas trop visible aux yeux d’Arthur et de ses conseillers et prit aussitôt congé pour retourner dans ses appartements.

Sur le chemin, elle s’ouvrit à Gaël : « J’étais très embêtée quand tu es parti, tu aurais pu me prévenir.
— Désolé, j’ai vu une opportunité de visiter un peu le château, alors je l’ai saisie.
— Tu as visité quoi ?
— Les cuisines ! C’était instructif, mais pas autant que ce que j’aurais voulu. C’est une vraie ruche là-dedans ! »

Éléonore ne creusa pas plus la question, préférant attendre la discussion au son du luth. Comme Gaël digressait sur l’organisation des cuisines et les plats qu’il y avait vus, sans s’étendre non plus sur la question qui les intéressait, elle supposa qu’il pensait la même chose. Sans se concerter, ils s’installèrent tous les deux sur le divan, suffisamment proches l’un de l’autre pour discuter tout bas, et Gaël commença à pincer les cordes de son instrument. Au bout de quelques notes, il commença à raconter son exploration.

« Dans l’arrière-cuisine il y a une porte dont personne ne voulait que je m’approche. Tu penses bien que ça a titillé ma curiosité. Alors j’ai fait comme si ça m’intéressait pas, histoire de pas titiller la leur, et j’ai attendu de pouvoir l’inspecter de plus près. C’était pas de la tarte ! Et, quand j’ai enfin eu l’occasion de m’approcher sans que personne me voie, et bah j’ai pas réussi à l’ouvrir. Elle est verrouillée. »

Éléonore afficha une mine déçue et Gaël s’empressa de la rassurer : « Mais ce n’est que partie remise, hein. Ne t’inquiète pas, nous trouverons aussi des outils pour forcer cette porte-là, si tu veux explorer ce qu’il y a derrière. Je suis plutôt curieux à ce sujet moi aussi, mais j’avais peur d’attirer l’attention si on me voyait essayer de l’ouvrir. Surtout que je suppose que si cette porte est importante, alors elle doit être surveillée.
— Tu as vu une caméra ?
— Non, mais je n’ai pas bien regardé ; j’essayais de paraître le plus naturel possible.
— Tu as bien fait. »

Ils restèrent un moment silencieux, Éléonore profitant de la musique du luth. Après avoir longuement bâillé, elle suggéra : « Et si nous allions dormir ? Je pense que nous ne pouvons plus rien faire pour le moment. Surtout que tu dois te reposer pour récupérer.
— C’est vrai que je suis épuisé, avoua Gaël en arrêtant de jouer et en posant l’instrument à côté de lui. J’ai l’impression que je vais m’effondrer, mais je ne sais pas où je dois dormir. J’imagine qu’il y a des quartiers pour les innombrables domestiques qui travaillent ici.
— Tu es sûr que tu dormirais bien au milieu de tous ces gens qui nous surveillent et se jouent de nous ?
— En temps normal non, mais là je suis tellement mort que je pourrais m’endormir n’importe où.
— Tu voudrais pas rester ici ce soir ? Comme la nuit dernière ? »

Gaël lui adressa un regard songeur. « Bah, ici ou ailleurs, peu m’importe ! déclara-t-il finalement. Et puis, c’est toujours plus agréable de dormir en bonne compagnie. Sans oublier qu’il faut que je t’aide à enlever ton gâteau, là.
— C’est vrai que je risque de la déchirer, toute seule.
— Je suis là pour ça, votre valet à votre service madame. »

Il voulut se lever de manière théâtrale, mais la douleur l’interrompit dans son élan, lui faisant rater son effet. « J’ai mal de te voir souffrir, commenta Éléonore que l’intention avait fait sourire. Allez, viens, arrête de tirer sur tes blessures et allons dormir. » Comme ils étaient seuls à s’aider l’un l’autre à se déshabiller pour la nuit, l’une de sa robe compliquée et l’autre qui ne pouvait pas bien bouger à cause des lacérations du fouet, ils se sentirent un peu gênés. La fatigue prit rapidement le dessus sur leur timidité et ils se réfugièrent sous l’édredon, prenant soin de bien rester chacun de leur côté du lit.
[Petit dialogue vie d’avant pour faire connaissance ? Résumé de discussion ? Dodo tout de suite ?]

 

Lorsqu’Éléonore se réveilla ce matin-là, elle se demanda combien de fois elle serait encore obligée d’ouvrir les yeux dans cette chambre qui n’était pas la sienne. D’ailleurs, maintenant qu’elle savait qui l’avait enfermée ici, elle voyait des signes de ses parents partout. Du choix du mobilier à celui des tentures, en passant par une grande partie des objets. Elle s’en sentait mal à l’aise.

En s’étirant, son bras parvint à un endroit plus chaud du matelas et elle se souvint subitement qu’elle dormait avec Gaël. Elle retira prestement son bras pour ne pas le déranger et constata que cette précaution était inutile : il avait disparu. Une brève angoisse l’envahit : où se trouvait-il ? Elle se redressa et la porte s’ouvrit. « Votre valet vous apporte votre petit déjeuner, madame ! » la salua-t-il, la rassurant aussitôt. Comme il avait rempli le plateau à ras bord, ils mangèrent ensemble, avant de repartir pour une session d’exploration en vue de leur fuite prochaine.

Éléonore eut rapidement l’impression que tout se liguait pour l’empêcher d’aller où bon lui semblait. Des servantes venaient à elle pour s’enquérir de son bien-être, lui demander de décider entre deux repas, vérifier si elle avait besoin des services d’une couturière pour une nouvelle robe et ainsi de suite. Le valet de pied d’Arthur vint lui proposer, de la part de son maître, de flâner avec lui dans le jardin d’hiver et Edmond vint l’informer que des prétendants arriveraient bientôt.

Après tout ce qui s’était passé entre temps, Éléonore avait complètement oublié son accord avec Edmond. Elle n’était pas convaincue que cette invasion serait positive pour elle et se demandait ce que ses parents voulaient étudier avec cet évènement. Elle subodorait que des surprises — certainement mauvaises — l’attendaient avec l’arrivée de soi-disant prétendants. Après réflexion, elle se dit qu’un château fourmillant de monde leur permettrait, à Gaël et elle, de fouiller ou même de fuir inaperçus.

Alors qu’elle se retrouvait obligée d’assister à une représentation musicale, Éléonore jeta un coup d’œil insistant à son valet. Gaël hocha la tête et disparut aussitôt. Puisqu’elle était forcée de suivre les consignes de ses parents, elle espérait qu’au moins lui serait libre de ses mouvements. Pendant le spectacle, elle se demandait encore une fois quel était le but de tout ceci.

Puisque tout le monde avait décidé de lui parler, une fois la représentation musicale, elle conversa en retour avec tous ceux qui engageaient le dialogue. À sa grande déception, il ne s’agissait que de conversations triviales, sur des sujets ordinaires. Elle en nourrit une irritation grandissante, au point de se demander ce qu’il se passerait si elle frappait quelqu’un. Et si elle décidait de faire une grève de la faim ou de tuer une personne au hasard ou de faire mine de se suicider, cela arrêterait-il l’expérience ? Peut-être que c’était justement sa patience qui était testée.

En tous cas, elle la sentait filer aussi prestement que le sable d’un sablier.

Puisque tout le monde semblait en verve, Éléonore décida de rendre visite à la cuisinière qui s’était montrée si volubile la première fois qu’elles avaient discuté. Les cuisines étaient désertes. Elle supposa que tout le monde s’était rendu à la représentation musicale. Encouragée, elle se rendit rapidement dans l’arrière-cuisine, vers la porte dont lui avait parlé Gaël. Si jamais l’endroit était surveillé, elle devait agir vite.

À première vue, la porte était juste formée d’un fin battant de bois aux ferronneries simples. Éléonore agrippa la poignée, mais comme l’avait raconté Gaël, la porte était verrouillée. Elle s’empara donc d’un gros hachoir et s’évertua à transformer le battant en petit bois. Ce n’était pas discret, mais elle n’en avait cure. Derrière la porte descendaient des marches de pierre. Curieuse, Éléonore s’engouffra vivement dans les sombres escaliers, espérant ne pas trébucher.

Elle eut l’impression de devoir descendre longtemps, d’autant qu’elle avait ralenti à cause du manque de luminosité, mais l’endroit où elle se trouvait paraissait toujours appartenir à l’architecture du château. Elle espérait qu’il ne s’agissait pas d’un cul-de-sac. En bas des escaliers, la pièce s’élargit et Éléonore, ne voyant plus rien, tâtonna sur le mur à côté d’elle. Elle se trouva presque surprise de toucher quelque chose qui lui avait beaucoup manqué : un interrupteur.

La pièce s’illumina lorsqu’elle activa l’interrupteur et elle découvrit qu’il s’agissait là de la véritable réserve des cuisines. Il y avait non seulement des caisses et des étagères, mais aussi des réfrigérateurs et des congélateurs. Éléonore ne savait pas pourquoi la vue de la lumière et des machines électriques la rassurait autant, mais elle se sentait une irrépressible envie de sautiller de joie.

Elle fouilla la pièce du regard, à la recherche d’une autre issue, et en trouva deux. Les portes n’étaient plus des portes en bois massifs : elles étaient d’une facture beaucoup plus moderne. Éléonore n’aimait pas décider, mais un sentiment d’urgence s’empara d’elle. Des gens reviendraient bientôt aux cuisines et ne pourraient pas s’empêcher de remarquer la pile de petit bois qu’était désormais la porte de l’arrière-cuisine.

S’approchant d’une des portes au hasard, son cœur se serra : il fallait une carte magnétique pour l’ouvrir et son hachoir ne pouvait rien contre le métal. Elle se précipita alors vers l’autre porte. Celle-ci n’était pas verrouillée de quelque manière que ce soit. Soulagée, Éléonore l’ouvrit vivement.

 

1677 mots. Finalement j’ai pas rattrapé de retard aujourd’hui, mais au moins j’en ai pas accumulé non plus.

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