« Kyr et Kilynn » Chapitre 1 : Drakëwynn (7/8)

Abandonnant tout espoir de retrouver la terrifiante ménestrelle à temps, Kyr ferma ses yeux larmoyants et se laissa aller sur l’encolure du cheval, n’écoutant plus que le martèlement des sabots sur la terre battue. D’ailleurs, en écoutant attentivement, l’un des martèlement lui parut beaucoup plus lourd et plus rapide que les autres. Et surtout, ce bruit ne venait pas de derrière eux comme les poursuivants, mais de l’avant, et cela se rapprochait à une vitesse phénoménale. Le garçon sentit soudain un fort déplacement d’air sur sa gauche. Il ouvrit les yeux juste à temps pour voir, fugitivement, une grande forme passer à côté de lui, au grand galop et en sens inverse. « Drakëwynn… » murmura Kilynn dans un souffle, tandis que leur monture s’arrêtait. Kyr la fit se retourner pour regarder la scène.

Leur tournant le dos et faisant face aux poursuivants qui avaient, eux aussi, arrêté leurs chevaux, se tenait la Centaure, armée de sabot en cap, comme lors de sa rencontre avec les enfants. Elle tenait sa lance d’arçon lumineuse d’une main et la posa nonchalamment sur son épaule, tout en tournant légèrement la tête en direction des jumeaux pour leur dire : « Drakëwynn, protectrice des opprimés, à votre service. » Elle arborait son éternel sourire carnassier. Puis, elle apostropha joyeusement les cavaliers, dont les derniers venaient tout juste d’arriver, à deux sur un seul cheval : « Oh, c’est encore vous ? Je ne pensais pas qu’on se recroiserait de si tôt. Alors, comme ça on opprime de jeunes enfants ? »

Voyant la Femme-Jument, les cavaliers rangèrent leurs armes. « Nous voudrions juste récupérer notre cheval en réalité. » expliqua le cavalier qui paraissait être le chef du groupe. Son front était ceint d’un chapeau à plumet et aux larges bords, qui laissait s’échapper de longues mèches noires. Il portait des vêtements de qualité et avait une rapière au côté. « Nous avons été pris en embuscade par un groupe de brigands un peu plus loin et ces deux là en ont profité pour nous faucher la monture.
– Oh ? Voyez-vous cela ! s’exclama la Barde en se tournant de nouveau vers les jumeaux. Pourrait-on savoir dans quelle contrée lointaine vous comptiez vous rendre pour avoir besoin d’un rapide destrier ? »

Kyr était embêté, il ne s’était pas figuré que l’emprunt d’un cheval puisse contrarier la Centaure. D’autant que sa sœur et lui pensaient qu’elle avait fait beaucoup plus de chemin et qu’un cheval était le seul moyen de la rattraper. Kilynn glissa prestement à terre, se précipita vers la grande Femme-Jument et s’accrocha à l’une de ses pattes avant. « On voulait juste vous rejoindre, laissez-nous venir avec vous, on fera tout ce que vous nous direz de faire. S’il vous plait ? » la supplia-t-elle d’une voix pleine d’espoir. Pour le coup, la ménestrelle resta sans voix, surprise de cette petite fille cramponnée à sa jambe. Kyr songea qu’il était temps de renchérir. Il descendit à son tour du cheval et le mena par la bride aux cavaliers qui assistaient à la scène sans rien dire. Le propriétaire initial du destrier remonta néanmoins avec soulagement sur ce dernier.

« On en aura plus besoin, maintenant qu’on vous a retrouvée, Drakëwynn. Ma sœur et moi, on voulait vous demander de vous suivre jusqu’à ce qu’on trouve un coin moins moisi pour pouvoir vivre tranquillement. Ce sera mieux que de continuer à jouer aux voleurs avec Caer. Si on reste là, un jour ou l’autre on finira par se faire prendre ou par tomber malade.
– Mais vous ne pouvez pas venir avec moi, répondit doucement la Centaure. C’est bien trop dangereux, vous êtes à des milliers de lieues de vous imaginer ce qu’il peut m’arriver de devoir combattre.
– Drakëwynn hein ? intervint le chef des cavaliers en souriant. Cela vous va bien aussi, comme nom. Si je puis me permettre, dans ce monde impitoyable, c’est avec vous qu’ils seraient le plus en sécurité.
– Oh toi, la ramène pas hein, grommela la ménestrelle. Tiens, d’ailleurs, pourquoi ne les prendrais-tu pas, toi ?
– Nous n’allons pas dans la bonne direction, répondit innocemment l’homme. Ils ont l’intention de quitter ce pays moribond, or, nous nous dirigeons en plein cœur de celui-ci, afin de rendre visite au Duc.
– Ils vont me ralentir avec leurs toutes petites jambes de halfelins !
– Oh, un détail aussi insignifiant serait-il donc un si gros inconvénient pour vous ? s’enquit le cavalier en feignant ironiquement la surprise.
– Bien sûr que non ! s’insurgea-t-elle. Seulement je ne suis absolument pas qualifiée pour m’occuper de deux enfants.
– Vous laisseriez ces pauvres petits sans défense en proie à la misère, au banditisme et à la maladie ? Ce n’était pas l’idée que je me faisais de vous E… Drakëwynn. »

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