« Kyr et Kilynn » Chapitre 2 : Le début du voyage avec Drakëwynn (8/8)

Il y eût un silence. Puis la jumelle repartit à l’assaut : « Drakëwynn, tu sais vraiment tout faire ?
– A peu de choses près. Par contre, si tu continues de poser des questions, je vais varier mon régime alimentaire en te mangeant en ragoût. Tu dois avoir meilleur goût que la wiverne. »

Cela fut efficace, bien que Kilynn n’ait pas pris cette fausse menace au premier degré. Kyr sourit. Il était un peu surpris de l’aisance avec laquelle sa sœur se mettait à parler à leur grande compagne de voyage. En règle générale, il lui fallait beaucoup plus de temps pour qu’elle ose interpeller quelqu’un de la sorte. Cependant, Kilynn semblait apprécier leur monstrueuse protectrice et lui avoir accordé toute sa confiance. La Centaure était d’ailleurs bien la première personne qu’ils rencontraient à faire taire sa sœur de manière aussi radicale alors qu’elle avait envie de parler. Sauf que cela ne s’avéra pas d’une efficacité durable. « Drakëwynn ? » appela de nouveau Kilynn après quelques minutes. La ménestrelle ne répondit pas. « Drakëwynn ? » La voix de la fille se faisait plus insistante. « Drakëwynn !
– Rhaaa ! rugit l’interpellée. Tu ne lâcheras pas le morceau, hein ?
– Non, répondit simplement Kilynn tandis que son frère pouffait de rire sous la couverture.
– Bon, qu’est ce que tu veux encore ? capitula la Barde.
– Tu pourras m’apprendre à comprendre la voix qui me parle parfois dans ma tête ? s’enquit la sœur.
– Une voix dans ta tête ?… Mais qu’est ce que c’est que cette histoire ? se plaignit la Centaure.
– Des fois, quelqu’un me parle alors qu’il n’y a personne. Et quand elle me parle et qu’il y a des gens autour, je suis la seule à l’entendre.
– Oh ? Et que te dit-elle cette voix ? s’enquit la ménestrelle avec un soupçon d’intérêt.
– Je ne sais pas, répondit Kilynn. Je ne comprends pas ce qu’elle me dit, elle parle dans une autre langue. Mais quand elle me parle, ça s’accompagne de sortes d’intuitions sur ce qu’il convient de faire ou sur ce qu’il va se passer. »

Sous la lumière dispensée par le feu qui devait les réchauffer pour la nuit, Kyr vit la silhouette de Drakëwynn se redresser à demi. Elle paraissait intéressée par ce que lui racontait sa sœur. Pour sa part, le garçon était très surpris. Pas de la révélation, car il était au courant, mais c’était la toute première fois que Kilynn dévoilait cette histoire à quelqu’un d’autre que lui. D’autant plus qu’ils ne connaissaient la Centaure que depuis la veille. Il trouvait cela trop court comme laps de temps pour lui accorder autant de confiance. Peut-être que sa jumelle écoutait encore l’une de ses fameuses intuitions… Dans un sens, se disait-il, le pire que Kilynn risquait en racontant cette histoire était de passer pour une folle ou pour un monstre. Or Drakëwynn n’était, elle-même, pas très saine d’esprit selon lui, et quelque peu monstrueuse. Elle serait donc mal avisée de tenir des propos dans ce sens.

La ménestrelle ne dit mot pendant un long moment. Elle contemplait songeusement la petite fille. « C’est très intéressant, finit-elle par déclarer. Je tacherai de t’apprendre à comprendre ta voix intérieure une fois que j’aurai compris ce qu’il en est réellement.
– C’est vrai ? s’exclama Kilynn.
– Oui, confirma Drakëwynn.
– Génial ! »

Kilynn se précipita au cou de la Centaure, qui se trouvait, pour une fois, à une hauteur accessible. Le garçon était heureux de voir que l’étrange nouvelle de sa sœur était bien accueillie de leur grande compagne de voyage. D’autant plus que cette dernière semblait sûre d’elle lorsqu’elle affirmait pouvoir deviner l’origine de la voix. De plus, Kyr souhaitait depuis longtemps et ce, presque autant que sa jumelle, en connaître la provenance, ce qu’elle pouvait bien raconter, ainsi que la raison pour laquelle Kilynn pouvait l’entendre. Il était curieux de savoir quelles étaient les explications possibles à ce sujet selon la Centaure.

Mais Drakëwynn ne semblait pas avoir envie de s’embarquer dans ce type d’exposé sur le moment. Comprenant qu’elle n’arriverait pas à dormir tant qu’elle n’aurait pas calmé l’impatience des deux enfants, elle prit la fille dans ses bras, la porta jusqu’à la couche sommaire qu’elle partageait avec son frère et l’installa, au chaud, sous la couverture pelucheuse. Ceci fait, elle les borda tous les deux et se mit à chanter. Kyr sentit que la ménestrelle agrémentait son chant d’un effet magique. Mais, même en sachant cela, il ne put se forcer à lutter contre le sommeil qui l’assaillit soudainement. Il sombra bientôt dans l’inconscience, tout en se promettant de reprocher à Drakëwynn la manière peu conventionnelle qu’elle avait employé pour se débarrasser d’eux.

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