NaNoWriMo 2015 : Kit et Rielle Jour 3

La petite créature colorée le gratifia d’un regard perplexe. Elle cligna plusieurs fois des yeux, toujours silencieuse. « Tu n’en as pas l’air très convaincue. » Commenta l’enfant un peu déçu. L’hippocampe secoua négativement la tête. « Tu me comprends, alors ? » murmura le garçon incrédule. Rielle hocha de nouveau négativement la tête, le plus innocemment du monde. « Je ne suis pas bête, tu sais. » La morigéna-t il. La bestiole fit mine de pouffer, avant de lui tirer la langue. « Je rêve ! s’exclama Kit. Mais tu te moques de moi ! » Il tenta d’attraper créature, qui l’esquiva lestement. « Tu ne perds rien pour attendre. » La menaça-t il. L’hippocampe émit un son entre le grondement et le roucoulement et se jeta sur lui. Ils roulèrent tous les deux à bas du lit, sur le sol, et Kit se mit à rire. « Tu me chatouilles ! Arrête ! » Mais Rielle n’arrêta pas et ils continuèrent de se chamailler en riant pendant de longues minutes jusqu’au moment où, haletants, ils se sentirent trop fatigués pour persister.

Ils s’enroulèrent en boule l’un autour de l’autre et sombrèrent pour une petite sieste à même le sol. Lorsque le garçon se réveilla, il se trouva tout ankylosé. Et la lumière qui baignait la pièce s’était faite orangée, annonçant l’arrivée du soir. Il s’étira longuement, gênant sa petite compagne dans l’opération. Elle émit un son sur un ton accusateur, puis s’étira à son tour, bâillant à s’en décrocher la mâchoire, permettant ainsi à Kit de remarquer de petits crocs pointus. « Tu es une petite guerrière, lui dit il. Je pense que Ed avait raison : tu me soutiendras jusqu’à ce que je devienne assez grand pour être le plus fort. » Elle le fixa silencieusement de ses yeux liquides. « Tu sais faire des tours ? » Rielle émit un reniflement dédaigneux et recula de quelques pas. Alors que le garçon, pensant l’avoir froissée, allait s’excuser, il s’étrangla en la voyant grossir et changer de forme. En moins de temps qu’il n’en faut pour le dire, il se retrouva face à une petite fille qui semblait avoir à peu près son âge. Elle avait les cheveux aussi dorés que les nageoires de sa forme d’hippocampe et elle avait gardé un teint légèrement bleuté. De même, ses yeux étaient toujours entièrement noirs de jais. A ces détails près, elle ressemblait en tout point à une petite fille normale.

« Oui, je sais faire des tours, lâcha-t elle en arborant un petit air supérieur.
– Je… Euh… Balbutia Kit avant de s’avouer vaincu et de rester bouche bée.
– Et bien quoi ? Tu as perdu ta langue ?
– Bien sûr que non, se défendit le garçon. J’ai été un peu surpris, c’est tout.
– C’est certain que tu ne dois pas voir ça souvent, dans ta campagne.
– Pourquoi tu te montres méchante tout d’un coup ? Je croyais qu’on s’entendait bien tout à l’heure, nous deux.
– Je ne suis pas méchante, corrigea Rielle. Je ne suis pas contente que papa m’ait abandonnée ici, c’est tout.
– Papa ? Répéta Kit en ouvrant des yeux aussi grands que des soucoupes.
– Oui, confirma la fillette comme si son compagnon était le dernier des imbéciles de ne pas comprendre. Edward Hammerson, le grand type qui m’a laissée là, tu vois de qui je parle ? Et bien c’est lui mon père.
– Wow. Il ne m’a jamais dit qu’il avait une fille !
– Ca ne m’étonne pas. Lui même ne l’a pas appris il y a très longtemps.
– Et pourquoi est ce qu’il t’a amenée ici ? s’enquit curieusement Kit à qui il semblait qu’il avait des milliards de questions à poser.
– Pour ne pas que ma mère me trouve, je suppose.
– Pourquoi ? S’étonna le garçon. Elle est méchante ?
– Je n’ai pas envie d’en parler, éluda Rielle. De toutes façons, maintenant je suis ici et je ne pense pas qu’elle pourra me retrouver.
– Je ne pense pas, confirma Kit. Et, si jamais elle venait ici, je te cacherai.
– Ah bon ? S’étonna à son tour la petite fille aux yeux entièrement noirs. Pourquoi ?
– Parce que ton père m’a confié la mission de veiller sur toi. »

Il ponctua sa phrase d’un sourire désarmant. En une expression, il parvint à museler la colère de Rielle. « D’accord, acquiesça-t elle d’un ton radouci. Dans ce cas là, je veillerai sur toi aussi. Il n’y a pas de raison. » La fillette s’approcha alors de lui et l’embrassa sur le front. Kit ressentit un frisson glacial dans tout son corps. « Voilà, conclut elle.
– Qu’est ce que tu as fait ? demanda le garçon qui tremblait presque de froid.
– Tu sauras peut être un jour, le taquina Rielle.
– C’était… bizarre je dirais, tenta-t il d’expliquer.
– Je ne sais pas. Ca ne m’est jamais arrivé.
– Je me demande si il faut que j’en parle à maman…
– Du baiser ? s’enquit la fillette.
– Bien sûr que non. Je parlais de lui dire que tu es la fille de Ed.
– Ca, je ne sais pas non plus, avoua Rielle. Je suis un peu perdue.
– Ce n’est pas grave, on décidera de ça plus tard, décida Kit. Je commence à avoir faim ! » Il jeta un coup d’oeil à sa fenêtre pour constater que le soleil était presque entièrement couché. « Je pense qu’il va être temps de manger, déclara-t il à l’intention de Rielle. Vient. » Elle se métamorphosa de nouveau en hippocampe bleu à pattes et le suivit docilement jusqu’à la salle commune, qui servait aussi de restaurant à l’hôtel.

Une fois installé à sa table habituelle – car il insistait pour manger avec tous les autres clients et non isolé à la cuisine – il disposa lui même le couvert pour deux personnes. « Tu as invité un ami à manger avec toi ? s’enquit sa mère.
– Oui, déclara pompeusement Kit. C’est Rielle. Et maintenant elle mangera tout le temps avec moi à ma table.
– Vraiment ? Et quand avons nous convenu de cela ?
– J’en ai convenu avec Rielle tout à l’heure, expliqua-t il.
– Avec Rielle ? » Madame Granger jeta un coup d’oeil à la petite créature sagement installée en face de son fils. L’hippocampe aux nageoires dorées lui rendit son regard, de ses grands yeux liquides empreints d’innocence. Elle considéra de nouveau son fils pensivement. Peut être se sentait il seul. Il se pouvait que ce soit du au fait qu’il était terriblement déçu que Ed Hammerson soit parti si vite. Et, comme l’homme lui avait laissé cette petite créature, il devait lui transférer son affection. Soit. Elle pouvait bien lui permettre une si petite chose. Et puis, après tout, le géant blond avait bien dit que cette petite bête se nourrissait comme les humains. Elle ne fit aucun commentaire supplémentaire. Néanmoins, de temps à autre pendant qu’elle vaquait à ses occupations hôtelières, elle jetait des coups d’oeil curieux en direction de son fils, qui paraissait en grande conversation avec sa petite Rielle. A plusieurs reprises, elle eût même l’impression que la bestiole répondait. Ce n’était certainement pas le cas – les animaux ne parlent pas voyons – mais il était vrai qu’elle regardait Kit comme si elle le comprenait et cela devait être important pour le garçon. Quoiqu’il en soit, son fils paraissait heureux et c’était bien tout ce qui comptait, au final.

Les jours suivants, Madame Granger put constater que la relation entre Kit et Rielle devenait complètement fusionnelle. Ils mangeaient ensemble, dormaient ensemble, jouaient ensemble, le garçon emmenait la petite créature partout où il allait et elle participait à tout ce dont il participait lui même. Ils avaient l’air tout à fait satisfaits de leur rencontre et ne se quittaient plus d’une semelle. La mère de Kit en vint même à se dire que, si elle avait su, elle aurait pris un petit chien ou un petit chat à son fils. Elle ne se doutait pas le moins du monde que l’hippocampe bleue était en réalité une petite fille. Le garçon se sentait vraiment content d’avoir Rielle avec lui. Ed avait eu raison quand il avait dit qu’ils deviendraient amis. Il n’aurait jamais pensé qu’il pourrait être aussi copain avec une fille. Ses amis et lui en avaient convenu plusieurs fois : les filles ce n’était pas intéressant. Après, celle là n’était pas n’importe quelle fille. Elle savait se métamorphoser ! Et ça, c’était terriblement intéressant. Il avait voulu en parler à ses copains, mais il s’était retenu car il avait compris qu’il était plus sage pour veiller sur sa petite compagne que personne ne sache sa véritable nature. Après tout, contrairement à ce que disait Rielle, Kit considérait que Bourgétoile n’était pas si perdu que ça et la mère de l’hippocampe pouvait très bien entendre parler d’elle. Il se contenta de devenir le garçon qui possédait un animal exotique. La fillette ne prenait une forme humanoïde que lorsqu’ils se retrouvaient seuls.

Malheureusement, certains enfants du quartier de Kit se firent jaloux de constater que ce dernier avait la chance de posséder un animal aussi étonnant que rare. Il importait peu au garçon que certaines personnes ne l’aiment pas. Cela inquiétait plus Rielle. Mais son compagnon lui avait assuré, avec un ton docte emprunté au Docteur Sam, que dans la vie on ne pouvait pas être aimé de tout le monde. En quoi il n’avait pas tort. Et la fillette fut impressionnée par la sagesse de Kit. Qui n’avait que huit ans. Cela faisait un an de plus qu’elle même, mais ce n’était toujours pas beaucoup. En parlant du Docteur Sam, il se montra surpris lorsque le petit garçon lui présenta Rielle. « Tiens donc, s’était exclamé l’homme de médecine. Je n’ai jamais vu un animal pareil !
– Elle est exothermique, lui avait expliqué fièrement Kit.
– Exotique, plutôt, avait corrigé le médecin. Et c’est exact ! Elle ressemble à un animal marin qu’on appelle un hippocampe.
– Elle sait nager alors ?
– Je suppose. En tous cas, elle a des nageoires, ce qui tend à indiquer que c’est une créature aquatique. Mais elle a aussi des pattes et elle ne semble pas perturbée de vivre sur la terre ferme. C’est stupéfiant ! »

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