NaNoWriMo 2015 : Kit et Rielle Jour 12

Le garçon sentit les questions se bousculer dans sa tête, mais le rancher s’était déjà mis en route. « Tu préfères passer devant moi ou derrière ? s’informa Bran.
– Je ne sais pas… Derrière ?
– C’est comme tu veux, mais choisis vite avant que Jack disparaisse.
– Passe devant. » Décida l’adolescent. Son aîné acquiesça et commença à suivre le rancher. Kit lui emboîta le pas. L’étroit sentier qui permettait de descendre dans le canyon n’était, au final, pas si étroit que ça. Un cheval pouvait aisément s’y mouvoir. « Je croyais que ça aurait été plus dangereux, glissa le garçon tout bas à Bran qui le précédait.
– Il nous aurait fait descendre de cheval si ça avait été le cas, lui révéla alors ce dernier.
– Il plaisantait tout du long alors ?
– Qui sait ? Je pense qu’une partie de ce qu’il nous a dit était vraie. Alors reste tout de même prudent. » Kit se demanda si le jeune homme le taquinait aussi ou si il était sérieux.

Le chemin, malgré qu’il soit un peu abrupt par endroit, parut durer une éternité au garçon. Il se rendit compte qu’il s’ennuyait rapidement sans personne avec qui discuter. Il avait fait plusieurs tentatives auprès de Bran, mais celui ci ne paraissait pas très loquace. Il dut prendre son mal en patience pendant cette interminable descente. Alors que son esprit vagabondait, il commença à se dire qu’ils auraient pu prendre un vrai moyen de transport jusqu’au canyon et, ensuite, terminer à pieds. D’après lui cela aurait été beaucoup plus rapide. Mais en constatant qu’après la descente, ils n’étaient toujours pas arrivés à destination, il révisa son jugement et se concentra sur les pas de sa monture qui suivait sagement celle du jeune homme devant lui. Jack les mena dans les méandres du canyon pendant encore bien longtemps. Le garçon n’arrivait pas à estimer depuis combien de temps ils chevauchaient ainsi. De plus, il était complètement perdu et aurait été bien en peine de rentrer chez lui. Sans compter que, la nuit avançant, il se mettait à bâiller à répétition. Lorsque Jack s’en rendit compte, il ne se priva pas de le taquiner à ce propos. Kit tenta de se forcer à ne plus succomber à son réflexe, mais cela s’avéra bien plus difficile que ce qu’il pensait. Il n’avait jamais essayé de s’empêcher de bâiller auparavant !

Au bout d’un interminable moment, le rancher les fit descendre de cheval. « Nous sommes arrivés ? s’étonna Kit qui avait l’impression qu’ils se trouvaient au beau milieu de nulle part.
– Pas encore, pouffa Jack. Regarde, nous sommes au milieu de nulle part ! Réfléchi un peu, voyons ! Mais rassure toi : nous sommes maintenant plus près de l’arrivée que du départ. » Le garçon leva les yeux au ciel. Il avait encore l’impression que l’homme se payait sa tête. Il jeta un coup d’oeil à Bran, cherchant du soutien. Mais celui ci se contenta de lui adresser un petit sourire absent, tout en caressant machinalement sa monture. Il se voulait certainement rassurant, mais ce n’était pas assez explicite pour Kit ; il soupira tandis qu’ils emboitaient de nouveau le pas à Peddler, menant leurs chevaux par la bride. Le rancher leur fit emprunter un petit sentier, plus étroit que celui qui leur avait permis de descendre dans les méandres, qui montait sur une des parois qui les entourait. Le garçon commençait à se sentir vraiment las de ce voyage. Il était fourbu. Fatigué, il avait mal aux fesses et aux jambes. Chacun de ses pas était douloureux après cette longue balade à cheval. Mais il ne se plaindrait pour rien au monde : Jack se moquerait de lui et Bran serait certainement déçu. Or Kit ne souhaitait ni l’un, ni l’autre. Néanmoins, il se demandait ce qu’il allait encore devoir endurer et, surtout, pendant combien de temps.

Alors qu’il se plaignait tout seul dans sa tête – à défaut de pouvoir communiquer avec Rielle qui, elle, l’aurait compris – le rancher et sa monture disparurent brusquement de son champ de vision. Il se rendit alors compte qu’il s’était un peu laissé distancer par les deux adultes, presque en même temps que Bran disparaissait à son tour. Le chemin semblait s’arrêter au milieu de la paroi et Kit sentit son coeur s’emballer en ne voyant que du vide de partout. « Euh… Attendez moi ! » Lança-t il en accélérant le pas. Il se morigéna rapidement de sa frayeur. Le chemin continuait tout simplement le long de la paroi. Cette dernière tournait presque à angle droit, ce qui lui avait donné cette impression de fin. En débouchant après le tournant, il constata que le sentier entrait carrément à l’intérieur de ladite paroi en continuant dans la même direction et qu’il ne montait plus. Cette entrée ne pouvait pas être décelée à moins de se trouver juste devant elle, comme Kit maintenant. Après avoir constaté que la lanterne de Jack continuait dans le couloir ainsi formé, il se rendit compte que Bran l’attendait en arborant une mine aussi interrogatrice que soucieuse.

« Tu nous as appelés ? s’inquiéta le jeune homme. Tout va bien ?
– Non non, enfin, oui tout va bien, lâcha le garçon. C’est juste que je ne vous voyais plus, c’est tout. » Bran hocha la tête d’un air grave et se mit de nouveau en marche, sa monture lui emboîtant le pas. Kit et son propre cheval les suivirent. Ils rattrapèrent rapidement Jack. « Quel est cet endroit ? souffla l’adolescent.
– Une grotte, répondit joyeusement le rancher en laissant sa voix se réverbérer d’innombrables fois contre les murs de pierre ocre. Mais il s’agit aussi de l’entrée du domaine de la personne dont je vous ai parlé.
– Un domaine ?
– Oh, oui, je sais bien, cela ressemble fort à un simple couloir de prime abord, confirma Jack Peddler. Mais ne te laisse pas berner par cette apparence grossière.
– C’est une grotte naturelle ? s’enquit à son tour Bran.
– En partie seulement. Mais je ne voudrais pas vous gâcher la surprise, je ne vous dirai plus rien maintenant. »

Bien sûr, Kit tenta de poser d’autres questions, mais Jack se contentait de pouffer à chaque fois. Ils parvinrent bientôt à un élargissement du couloir, qui faisait penser à une pièce. Et, dans cette pièce, se trouvait une porte qui ressemblait à une porte de garage et qui ouvrait vers l’intérieur du plateau. Du moins était ce l’estimation qu’un observateur extérieur pouvait en faire. Pour le moment, ladite porte était fermée. « Pourquoi il y a une porte ici ? questionna Kit. Et comment est ce qu’on entre ?
– Tu poses beaucoup de questions, commenta le rancher en éludant soigneusement les interrogations du garçon.
– C’est normal, expliqua l’adolescent sans se démonter. La plupart du temps, personne ne me répond. Alors si j’en pose plein, j’ai plus de chances d’avoir des réponses. Ca parait logique. » Sa réflexion fit rire Jack et provoqua une bourrade amicale de la part de Bran. Le rancher tapota la paroi à côté de la porte et, avec un grognement satisfait, il souffla dessus en provoquant un petit nuage de poussière ocre. Cela révéla un interstice qui indiquait une petite ouverture dans le mur. Il l’ouvrit et découvrit un antique interphone. Après avoir adressé un clin d’oeil de connivence aux deux garçons, Jack appuya sur un bouton. Un bruit affreux retentit, qui fit penser Kit à une alarme. Ils attendirent quelques secondes, puis l’interphone émit un grésillement, bientôt couvert par une voix féminine qui s’enquit platement :

« Oui ?
– Salut ma douce, c’est Jack.
– Tiens donc ! Salut Jack, chantonna la voix. Qu’est ce que tu viens faire par ici ? Je te manquais, c’est ça ?
– Toujours, ronronna le rancher sous les regards incrédules de ses deux spectateurs. Tu me laisses entrer dans ton repaire ?
– Je ne sais pas, articula la femme d’une voix toujours chantonnante. Qu’est ce que tu m’as amené de beau pour mériter de mettre les pieds chez moi ?
– De la chair fraîche, répondit Peddler. Deux beaux spécimens ! » Kit voulut protester, mais Bran le bâillonna de sa main et lui fit signe de se taire. « Tu ne le regretteras pas, crois moi ! Se vanta ensuite le rancher.
– Vraiment ? S’étonna la voix à l’autre bout de l’interphone. C’est étonnant que tu ne me demandes rien. D’habitude tu ne viens que lorsque tu as un service à me demander. » Tous trois notèrent le ton suspicieux. Jack fit alors son plus beau sourire, en espérant que son interlocutrice l’entendrait, et plaida :

« Voyons, tu peux bien nous laisser entrer, au moins en souvenir du bon vieux temps… » La personne à l’interphone renifla, ce qui ne parut pas de bon augure à Kit. Mais il avait tort de s’inquiéter, car la porte de garage s’ouvrit en même temps que l’interphone s’arrêtait de grésiller. Jack referma soigneusement le boitier dissimulé dans la paroi et adressa un sourire rassurant à ses deux jeunes accompagnateurs. « Vous verrez, les prévint il. Elle n’a pas toujours un caractère facile, mais avec elle vous trouverez forcément votre amie. » Lorsque la porte se trouva entièrement ouverte, le rancher leur fit signe de le suivre.

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