NaNoWriMo 2019 : Prison Dorée, jour 3

Éléonore eut à peine le temps de réaliser que quelqu’un toquait, que Jodie avait fusé en direction de la porte pour l’ouvrir. « Oui ? s’enquit-elle d’un ton suspicieux à la personne dans le couloir.
— J’ai un message de la part de monseigneur pour madame, l’informa une voix masculine.
— Très bien. » lâcha la servante en s’écartant pour laisser entrer un valet.

Ce dernier se posta devant Éléonore, s’inclina, et lui expliqua : « Monseigneur a ouï dire que madame se portait beaucoup mieux, au point de faire quelques pas dans le château, et il tient à s’entretenir avec vous dès que possible.
— Dès que possible, c’est à dire maintenant ? demanda-t-elle avec lassitude.
— Dès que possible madame, vous connaissez votre père. Il se trouve actuellement dans ses appartements, à se détendre avant la séance du conseil. »

Sur ces mots, le valet prit congé et Jodie referma la porte. « Bien, me prêterez-vous votre bras ? » demanda Éléonore à la servante. Elle pensait réussir à marcher toute seule, mais elle n’avait aucune idée de comment se rendre aux appartements de son soi-disant père. Et, comme Jodie devenait nerveuse dès qu’elle montrait des troubles de la mémoire, Éléonore préférait trouver d’autres excuses pour se faire guider.

Les appartements du seigneur des lieux étaient situés à l’autre bout du château. Le trajet parut terriblement long à la convalescente, malgré toutes les choses à voir et à assimiler en chemin. Elle s’efforçait de se constituer une carte mentale de l’endroit. « Comment a-t-il su que j’étais sortie de ma chambre ? se questionna tout haut Éléonore.
— Nous avons rencontré beaucoup de monde, expliqua Jodie. Vous savez bien que votre père a des yeux et des oreilles partout. » Cela paraissait logique, mais la blessée se disait qu’elle allait très vite être irritée de s’entendre répéter des « vous savez bien que ».

Elles furent introduites dans un salon plutôt ressemblant à celui d’Éléonore, en plus grand et décoré de manière beaucoup plus ostentatoire. Jodie fut priée d’attendre à l’extérieur par un valet de pied, pendant que la blessée prenait place sur un divan — avec soulagement étant donné la fatigue qu’elle ressentait — regardant partout autour d’elle pour patienter en attendant la venue du seigneur. Elle était un peu contrariée de n’avoir repéré de caméra nulle part. Bien sûr, il devait être facile de les dissimuler vu la quantité de meubles, de tentures et de boiseries un peu partout. Éléonore refusait de se dire qu’elle avait pu voyager dans le temps : c’était ridicule. Cependant, elle s’inquiétait de l’hypothèse du délire comateux.

L’homme considéré comme son père entra bientôt dans la pièce. Éléonore réalisa qu’elle ne savait pas comment elle devait réagir : se lever et s’incliner ? Rester assise ? Aller lui témoigner de l’affection ? « Ne vous levez pas, ma fille, lui dit-il sur un ton bienveillant et en venant prendre place à côté d’elle sur le divan. Vous avez meilleure mine et cela me réjouit. J’ai eu très peur de revivre le décès de votre mère. »

Il se leva et commença à faire des allers-retours devant Éléonore. « Je n’oublierai jamais ce moment douloureux. Et je n’ai toujours pas réussi à accéder à sa dernière volonté. » La blessée le trouvait un brin théâtral. « Je crois que jamais je ne trouverai une épouse aussi merveilleuse qu’elle, ainsi qu’elle me l’a expressément demandé. Et… puisque vous ne voulez pas prendre sa place, je pense que je finirai seul mes vieux jours.
— Pardon ?
— Ne vous affolez pas, je ne vous le redemanderai pas… Toute cette mascarade avec votre fugue et puis aussi ces semaines où vous vous êtes cachée au milieu des gens du peuple, non, je ne pourrai pas revivre une telle chose non plus. »

Une référence à un conte — Peau d’Âne en l’occurrence — voilà qui sentait le scénario à plein nez pour Éléonore. À tous les coups, elle n’était pas vraiment blessée et avait juste été droguée. Cela aurait été un peu extrême comme façon de procéder pour un jeu de rôles, même surprise, mais cela s’avèrerait aussi rassurant concernant ses souvenirs perdus : ils reviendraient d’un instant à l’autre. Un sourire de soulagement étira ses lèvres.

« Ne vous moquez pas de votre malheureux père, voyons. Enfin. Comment vous sentez-vous ?
— Je suis encore fatiguée, mais je me porte beaucoup mieux.
— C’est ce que je constate. Vous êtes encore un peu pâle malgré que vous soyez sortie du lit. Ne forcez pas trop. Cependant, j’aimerais vous voir de nouveau siéger à mes côtés lors du prochain conseil ou des prochaines doléances ou de n’importe quel autre évènement.
— Oh, oui, je serai ravie de participer.
— Participer, n’exagérons pas tout de même. Je serai très heureux de vous voir assister au conseil de tout à l’heure. Il ne devrait pas durer longtemps : nous n’avons que des affaires courantes à examiner.
— Et quand commence la séance du conseil ?
— D’ici quelques instants, dès que nous aurons rejoint la salle. »

Le seigneur se leva et présenta son bras à Éléonore pour l’aider à se redresser. Une fois debout, elle voulut retirer sa main, mais il la retint. « Je vais vous aider à vous déplacer jusque là-bas. » déclara-t-il. Un peu mal à l’aise, Éléonore espéra que ses velléités de mariage dont il lui avait parlé étaient bel et bien de l’histoire ancienne. En sortant du salon, il aperçut Jodie et lui lança : « Vous pouvez disposer, vous n’avez plus besoin de suivre ma fille partout dorénavant. » Éléonore s’en trouva soulagée ; elle avait vécu la présence de Jodie de plus en plus pesante. Quelle joie d’en être débarrassée ! Plus personne pour lui faire des remarques ni la surveiller pendant son sommeil.

Elle se sentait guillerette en arrivant dans la salle dévolue au conseil. Les conseillers présents se levèrent de la table ronde, autour de laquelle ils étaient assis, en les voyant entrer. Le seigneur leur fit un petit geste clément leur permettant de se rasseoir et installa Éléonore sur le siège à côté du sien. La blessée était contente de se retrouver là. Quel que soit le jeu où elle avait été parachutée, un conseil était un bon moyen d’apprendre des choses sur l’univers, la situation générale et sur ce que l’on attendait d’elle.

« Commençons ! ordonna le seigneur.
— Seigneur Arthur, initia le premier conseiller à sa gauche. Nous sommes tous ravis de voir que madame est sur pied. Et, puisqu’elle nous a été rendue en bonne santé, je débuterai ce conseil comme d’habitude : elle vieillit et il est temps de consolider votre position en la mariant, à…
— Il suffit Edmond ! l’interrompit Arthur. Cessons ces enfantillages, je n’écouterai plus votre petite plaisanterie récurrente à tous nos débuts de réunion. Le seul prétendant que je voyais pour ma fille était moi-même. Et si je ne peux pas l’avoir, personne ne l’aura, mettez-vous le bien en tête, sinon je vous la fais trancher. »

Le dénommé Edmond se tut et inclina la tête en signe qu’il avait bien compris. Éléonore se sentit gênée que son père parle de relation incestueuse comme s’il s’agissait de la chose la plus naturelle au monde. Elle avait du se mordre la lèvre pour ne pas rire lorsqu’elle avait appris que les seigneur de céans se nommait Arthur et présidait une table ronde. Les scénaristes, ou qui que ce soit qui avait prévu tout ça, s’étaient laissés aller sur les références lourdes. Elle se demanda brièvement si elle était censée s’appeler Éléonore, mais retourna bien vite son attention sur le conseil.

Après de longues minutes où était abordé le sujet d’épidémie parmi les poules de la région, puis presque une heure sur la mise en place de stratégies pour réduire le brigandage sur les routes avoisinantes, Éléonore se demanda si elle devait s’attendre à des informations intéressantes ici. Plusieurs autres sujets, de natures toutes aussi triviales, furent également abordés et la blessée devait mobiliser toute sa volonté pour ne par bâiller et s’endormir sur la table.

 

 

1337 mots pour aujourd’hui : j’ai pas fait le quota du jour, j’ai donc mangé sur la petite avance que j’avais accumulée les deux jours précédents. Bilan très mitigé pour un dimanche !

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