Papillon danseur
Virevoltant en musique
Violon en pleurs
Le chaton
C’est le petit chat
Qui te regarde tel un ange
Fier de son méfait
La Ferme
Le sonnerie annonçant le début de la vidéoconférence tintinnabula enfin et les visages de ses collègues et amis s’affichèrent sur l’écran. « Salut les gars. » Lança-t-il nonchalamment. Depuis toujours, il pensait que la nonchalance lui conférait de la prestance. Une fois l’étape de la politesse achevée pour tous les participants, Jonathan prit la parole. Tous se turent respectueusement ; il était le leader de leur petite communauté d’exploitants agricoles. A force de zèle et d’acharnement, il avait même grandement participé à leur visibilité sur cet outil de communication de masse qu’est Internet et, désormais, ils accueillaient régulièrement de nouveaux membres en leur sein. Certains disaient même que Jonathan avait révolutionné l’agronomie.
« Mes amis, déclara-t-il, comme vous le savez tous, nous sommes partis de rien. Regardez maintenant où nous en sommes ! Nous avons tous prospéré. » Ce disant, Jonathan songea brièvement à Léa, qui n’avait pas su tenir la distance avec sa ferme, et avait fini par abandonner. Mis à part ce fâcheux incident, tous ceux qui avaient persévéré se tenaient à présent sur un véritable empire fermier, à la tête de richesses agricoles incommensurables, même si certains avaient du pour cela fournir un apport de grosses sommes d’argent. « Cela n’a pas toujours été facile, continua-t-il. Surtout lors des lourds investissements que nous avions à faire à chaque fois que nous voulions nous agrandir. Mais nous nous sommes obstinés et nous en récoltons finalement les fruits.
– Et les légumes ! » Intervint joyeusement Théo, avant de se mettre à rire à sa propre saillie. Certains pouffèrent de convenance. Pas Jonathan. Il s’en tenait à sa personnalité nonchalante.
Il continua d’ailleurs, ignorant l’interruption du boute-en-train. « A force d’investissements judicieux, disais-je, de ruse et de diplomatie, nous avons enfin atteint un niveau que les autres ne peuvent plus se permettre d’ignorer. Ils vont devoir prendre sérieusement nos avis en compte ! » Ses interlocuteurs manifestèrent bruyamment leur joie. Enfin leur efforts allaient pouvoir leur permettre de tirer leur épingle du jeu au niveau national. Voire même, au niveau mondial dans la foulée. Personne ne se moquerait plus d’eux et tous ceux qui les avaient critiqués deviendraient envieux. Les grands de ce monde allaient être contraints de les accepter parmi eux, car ils allaient forcément être acceptés comme poids politique avec lequel compter. Jonathan sentit son cœur battre la chamade d’allégresse. Voici venue l’aube d’une nouvelle ère.
Avec, à sa tête, la guilde « La Ferme John et Cie », la première sur superfarming.com.
Les Héros de Hurlevent, Prologue
Le plus grand d’entre eux, Herbert PorteHaute un monumental maître d’arme, tellement grand qu’il ne se trouvait pas de porte suffisamment haute pour le laisser passer sans qu’il ne se baisse, avait étranglé de ses mains potelées deux serpents qui s’étaient introduits dans son berceau, lorsqu’il n’était alors qu’un enfançon.
Le second et le plus jeune, Vikingar Nordmann à la crinière rousse, avait vaincu un ours à mains nues, alors qu’il n’était même pas encore entré dans l’adolescence, afin de protéger sa jeune et jolie cousine que le fauve menaçait de dévorer. Malgré son nom barbare, il maîtrisait fort bien la finesse des façons et des mots.
Le troisième, Yamo Yamamoto, était originaire d’une contrée plus lointaine encore, en témoignaient ses yeux fins et étirés, plus proche du serpent que de l’humain, et sa peau aussi jaune que le citron exotique. Il maîtrisait déjà, à cinq ans, la concentration nécessaire lui permettant de faire voler sa lame plus vite que l’éclair et de marcher sur l’eau.
Le dernier, mais non le moindre malgré sa petite taille, répondant au sombre nom de Julianus FlammeNoire, jouait avec les énergies magiques avant même la naissance, grâce à sa mère sorcière, et apprit très vite à devenir le maître des éléments. Le prix qu’il eût à payer pour cette maîtrise, sans laquelle sa puissance ne serait rien, lui laissa une cicatrice en forme d’éclair sur le front, qu’il cachait de ses mèches rebelles.
Ces quatre futurs héros de légendes, aussi imbattables que gentilshommes, firent connaissance dans une petite ville où ils se sentirent irrémédiablement attirés les uns vers les autres. Le Destin, force universelle, les appelait à réaliser de grandes choses ensemble, pour le bien de l’humanité toute entière. Peu avant sa rencontre avec ses compagnons, Herbert PorteHaute, qui était le premier arrivé, avait commencé par capturer et dompter un furet géant et sanguinaire. Cet horrible monstre, tout en poils, en crocs et en griffes, avait fait pitance des chiens de chasse racés du Seigneur de ces lieux et blessé plusieurs fiers chevaliers, avant de dévorer voracement leurs palefrois de guerre. C’est accompagné de cette bête aussi sournoise que redoutable, qu’il avait nommée Furetzilla, qu’il fit la connaissance de Vikingar, Yamo et Julianus.
A peine se furent-ils rejoints qu’ils décidèrent, de conserve, de se rendre jusqu’à un manoir hanté, tout proche, qui terrifiait les riverains. Ces quatre héros aux âmes pures ne se doutaient pas une seconde de qui cela les amènerait à rencontrer, ni de ce qui les attendait…
