NaNoWriMo 2014 jour 5 : Bård

Le petit oiseau se redressa péniblement et voleta maladroitement jusque sur la main de l’enfant. Ceci fait, il pépia avec insistance. « Il semblerait qu’il veuille te parler, supposa la Vane.
– Je ne comprends pas ce qu’il dit. » Ronchonna Bård qui se trouvait déçu que sa condition de demi aelfe ne lui permette pas de comprendre les animaux. Il pensait que c’était pourtant le cas lorsqu’il avait discuté avec les deux corbeaux. Mais les corbeaux étaient des oiseaux particuliers, c’était de notoriété publique. Il se pouvait donc qu’ils sachent parler la langue des hommes.

C’est alors qu’il remarqua que quelque chose avait été fixé à la patte du rouge gorge. Il approcha sa main pour le détacher, en prenant garde de ne pas blesser le petit oiseau. Ce faisant, il lui parut être plus adroit que la veille. Etait ce du à sa transformation ? « On dirait un message, dit il.
– Voilà qui est intéressant, s’ébroua Fen. Que raconte ce message ?
– Je ne sais pas lire, avoua le garçon.
– Montre le moi dans ce cas. » Son protégé lui tendit la fine bande de parchemin. « Rejoint le forgeron des étoiles, lu-t-elle. Ce n’est pas très exaustif comme indication.
– Ce message m’est-il adressé à moi ? demanda l’enfant.
– Si l’on en croit cet oiseau qui se rengorge comme si il avait fait un exploit, oui. » Confirma la louve. Le rouge gorge, apparemment vexé par ces propos, se percha sur la tête de son destinataire et pépia furieusement sur la Vane. Ceci fait, il s’envola à tire d’aile.

« Qui est ce forgeron des étoiles et comment allons nous le trouver ? s’enquit Bård.
– Il se nomme Nurri et c’est un dverg, répondit Fen.
– Il nous faut donc trouver un dverg… » Conclut le garçon. Il tenta de se remémorer tout ce qu’il savait sur les dvergs. Chez lui, les adultes les lui décrivaient comme de petits êtres de la taille d’un enfant mais biscornus et costauds, à la prompte colère mais merveilleux artisans. « Je ne sais pas où ils habitent, reprit il.
– Moi si, le rassura la grande louve. Es tu certain que tu veux aller voir Nurri le forgeron des étoiles ?
– Oui, enfin non… » Son protégé réfléchit à toute allure. « Tu crois que ça pourrait être un piège tendu par quelqu’un qui voudrait me tuer, comme celui qui a… tué… mon père ?
– Non, je ne pense pas que qui que ce soit de sensé te tendrait un piège chez Nurri, balaya la Vane.
– Très bien, se réjouit Bård. Allons y alors.
– Le voyage durera quelques jours, précisa Fen.
– Partons tout de suite dans ce cas !
– Pourquoi es tu si impatient d’aller voir ce forgeron des étoiles ? s’étonna la louve. Tu connaissais à peine l’existence des dvergs il y a deux minutes.
– Je ne sais pas, avoua le garçon. J’aime bien avoir quelque chose à faire. »

C’était donc cela, songea la Vane. Ce petit a besoin d’un but. Elle se demanda quel nouveau but il se fixerait une fois qu’ils auraient rencontré Nurri. Comme elle était encore couchée sur le sol, Bård grimpa lestement sur son dos. « Partons partons ! » s’écria-t-il. L’animal se leva et prit la direction du nord. « A ton avis, qui m’a envoyé ce message ? demanda l’enfant.
– Je n’en ai aucune idée, avoua sa protectrice. Peut être Nurri lui même.
– Et comment me connaitrait il ?
– Comment veux tu que je le sache ? » Le gourmanda gentiment la louve. Ils passèrent la journée, puis le jour suivant à établir des hypothèses tout en voyageant tranquillement. La Vane avait décidé de ne pas aller trop vite pour que son protégé profite le plus longtemps possible de son but à atteindre.

Le troisième jour, elle décida de commencer à lui apprendre à chasser entre deux sessions de trajet. Pour ce faire, elle du prendre sa forme humanoïde, car Bård ne pourrait jamais chasser à la manière des loups : il n’avait pas de croc hormis son petit couteau et se déplaçait sur deux pattes au lieu de quatre. Comme il constata que la Vane possédait deux lames sous sa forme humanoïde, le garçon lui suggéra : « Et si tu m’apprenais à me battre ?
– Pourquoi pas. » Accepta Fen en rendant compte qu’elle avait du mal à refuser quoique ce soit au fils de son ami. « Mais sache que ce sera un apprentissage long qui s’étendra sur plusieurs années, le prévint elle.
– Oui mais il me faudra moins de temps que cela pour devenir un grand guerrier. » Se pavana-t-il avec une confiance toute juvénile. La louve sourit. Cela au moins, était universel : les petits, qu’ils soient louvetaux, humains ou n’importe quoi d’autre, ne doutaient de rien.
Au fur et à mesure, elle lui autorisa également de petits instants de liberté où il se retrouvait seul avec lui même à se promener sans but précis. Cela se produisait souvent le matin au réveil ou le soir avant de dormir. Bård était rapidement devenu friand de ces petites balades en solitaire. D’autant qu’en cette fin d’automne, la nature était souvent d’un calme presque surnaturel. Que ce soit la forêt ou la plaine, tout se tenait coi sous la neige. Fen lui avait expliqué que nombre d’animaux étaient entrés en hibernation et que c’était la raison principale à cette impression de vie ralentie en hiver. « Les vanes aussi hibernent ils ? avait demandé le garçon.
– Certains oui, surtout les vanes ours, mais cela reste assez aléatoire. » avait expliqué la louve.

Ce matin là, il se promenait près d’un affleurement rocheux et s’amusait à explorer des petites cavernes. Il ne s’aventurait jamais très loin car, même si il voyait mieux dans le noir depuis que sa nature semi aelfique s’était révélée, il finissait par trébucher car il ne distinguait plus rien. L’une de ces grottes lui apparaissait tout à fait intéressante, car elle était dotée de stalactites et de stalagmites, ce qu’il trouvait très beau, même si il ne savait pas comment cela se nommait. Il s’occupait à faire des dessins avec moult spirales dans la poussière humide à l’aide d’un morceau de bois, magnifique, qu’il avait adopté comme épée.

Soudain il entendit un son étrange derrière lui. Une sorte de chuintement. Il se retourna, aux aguêts, mais ne vit rien dans l’ombre de la grotte. Peu rassuré, il estima qu’il était temps qu’il rejoigne sa protectrice. Il se leva et commençait à rejoindre l’entrée de la caverne lorsque le chuintement recommença, accompagné d’un cliqueti qui ne lui dit rien qui vaille. Il se dépêcha. Quelque chose lui effleura subrepticement le dos. Il cria et se mit à courir sans prendre le temps de se retourner. Le cliqueti se fit plus rapide et le chuintement s’intensifia. La course poursuite s’intensifia ; Bård courrait avec la force de la peur et du dégoût. La panique serrait sa gorge, il percevait une présence maligne derrière lui et cela lui donnait des ailes. Enfin, la sortie se profila. Le chuintement se fit furieux et le garçon cru entendre des mots au milieu : « Non ! Ressste iccci petit aelfffe, je ne te ffferai aucun mal ! » En arrivant à l’entrée il se retourna et manqua de crier de nouveau. Une araignée de la taille d’un poney le poursuivait à toutes pattes, les chélicères frémissantes et avides. Trébuchant en se tournant de nouveau pour fuir, il s’arrêta net. Une deuxième araignée, toute aussi grosse que la première, se découpait dans l’ouverture de la grotte.

« Un aelffe pour le petit déjeuner, se réjouit la deuxième arachnide. Encore quelquesss uns et je ssserai le vane le plus puisssant du monde ! » L’enfant était acculé. Il brandit son bâton d’une main et le couteau de sa mère de l’autre. Si ces créatures voulaient le manger, il leur faudrait le mériter. « Cccette fois, tu m’en laissseras la moitié, chuinta la première araignée à l’intention de sa compagne. Ccc’est moi qui l’ai repéré en premier après tout !
– Je te laissse tout le temps la moitié, se défendit la deuxième. Nous ssserons toutes les deux les vanes les plus puisssants, alors cccessse de te plaindre et attrapons ccce joli morccceau de viande tout rose.
– Si vous vous approchez, vous le regretterez ! Les prévint Bård d’une voix blanche.
– Oh, regarde, il a un tout petit croc, se moqua l’arachnide qui bloquait la sortie.
– Et moi, j’en ai deux gros. » Une ombre obscurcit la grotte. Le garçon ne put retenir un petit cri de soulagement en reconnaissant la voix grondante de Fen. Elle se tenait derrière l’araignée, à l’entrée. Cette dernière se retourna.

« Tu crois pouvoir nousss enlever notre proie ? chuinta-t-elle furieusement.
– Oui ! Nous l’avons trouvée les premières ! Ajouta sa compagne avec véhémence.
– Peu me chaut, balaya la louve. Personne ne mangera ce petit.
– Mais, et le pouvoir que l’on obtiendrait en mangeant un aelfffe ? se récrièrent les deux arachnides.
– Vous l’obtiendrez autrement. » Son ton était sans appel. Elle posa sa patte sur l’araignée qui bloquait la sortie à son petit protégé, ignorant ses cris de douleur et approcha son museau de l’enfant. La deuxième arachnide amorça un mouvement mais un grondement l’arrêta. « N’y pense même pas. » La prévint Fen tandis que Bård grimpait le long de son museau jusque sur sa tête, puis sur son cou. Une fois que le fils de Sigurd se trouva bien à l’abri, la louve se retira et s’en fut, sous les chuintements et cliquetits furieux des deux araignées.

« Tu es arrivée juste à temps ! s’exclama le garçon avec soulagement. Comment as tu fait ?
– Je trouvais que tu mettais du temps, alors je suis partie à ta recherche. » Expliqua brièvement la vane. Elle n’avait pas l’intention de lui révéler que tant qu’il ne serait pas capable de se défendre tout seul, elle garderait toujours un oeil – même lointain – sur lui. C’était ce qui lui avait permis de voir l’araignée arriver dans la grotte où son louveteau d’adoption était entré quelques instants auparavant. « Reste toujours prudent où que tu te rendes, le mit elle néanmoins en garde.
– Elles voulaient me manger, reprit l’enfant.
– Les araignées sont très voraces en général.
– Non, mais elles voulaient me manger pour gagner du pouvoir, précisa Bård. Comment cela fonctionne-t-il ?
– Mal, lâcha la louve. Les vanes gagnent un peu en puissance en dévorant des créatures dotées de magie comme des aelfes, des dvergs ou d’autres vanes. Ils absorbent ensuite leur force. Certains s’attaquent même parfois à des ases, mais cela ne se termine jamais bien pour eux. A mon avis, le jeu n’en vaut jamais la chandelle. » Son ton exsudait le dédain. Elle continua : « Le ratio puissance gagnée par rapport à l’énergie dépensée et au risque pris est très mauvais. C’est d’ailleurs pour cette raison que les vanes ne s’entre tuent pas plus. C’est totalement idiot de faire une chose pareille. Mais les araignées ne sont pas réputées pour leur intelligence. »

Le garçon se mit à réfléchir à la question pendant que sa protectrice trottinait dans la direction du forgeron des étoiles. « Quand penses tu que nous arriverons ? s’enquit l’enfant.
– Probablement demain dans la soirée si nous n’avons pas de contre temps.
– Et continueras tu de m’apprendre à me battre aussi ? s’inquiéta-t-il.
– Evidemment, lui assura sa grande protectrice. Il faut bien que tu sois à même de te défendre contre deux malheureuses araignées géantes.
– C’est vrai, approuva Bård. J’ai l’intention de devenir un guerrier, et les guerriers se rient des araignées. »

Fen sourit par devers elle. Il ressemblait beaucoup à Sigurd, ce petit. Elle s’arrêta plus tôt que prévu dans son cheminement, le soir, afin de donner au garçon une petite leçon de combat. Elle avait approuvé le bâton qu’il avait choisi en tant qu’arme. En effet, plus lourd que ne le serait une petite lame, il lui musclerait le bras. Lors de ses leçons, le garçon tenait à utiliser le bâton dans une main et le couteau que lui avait légué sa mère de l’autre. Fen avait accepté de lui enseigner le combat à deux armes, d’autant qu’elle le pratiquait elle même sous sa forme humanoïde. Après environ une heure d’entraînement, elle finit par laisser quartier libre à son élève, pendant qu’elle même retrouvait avec délice sa peau de louve.

Bård était galvanisé après sa leçon. La vane ne l’avait pas ménagé et il était perclus de courbatures. Mais il en était satisfait. Il se dirigea sans but en attaquant les buissons et en testant des bottes de son invention sur des arbres. « Hey Svart, regarde qui voilà ! » L’enfant leva la tête au son de la voix qui venait de s’exclamer. Comme il s’y attendait, il aperçut deux corbeaux perchés dans les branches d’un arbre qu’il venait de tuer d’un coup d’épée ravageur. « Bonsoir Mørk, bonsoir Svart, les salua-t-il poliment.
– Bonsoir jeune homme, lui retourna aimablement le plus intelligent des deux oiseaux.
– Maître ! Maître ! S’égosilla Mørk. Nous l’avons retrouvé !
– Retrouvé qui ? Demanda le garçon. Moi ? » Avant que Svart ait eu le temps de lui répondre, un homme apparut devant lui, comme par magie. Bård lui adressa un regard surpris et constata qu’il s’agissait d’un aelfe. Elancé et aussi richement vêtu que l’était sa mère dans son rêve, l’être merveilleux possédait également les mêmes yeux violets. L’enfant fut instantanément conquis par la prestance de l’aelfe. Malheureusement ce dernier ne parut pas lui accorder autant de considération et le toisa d’un air supérieur.

« C’est lui qui nous a indiqué le village de Sigurd, maître ! Se rengorgea Mørk.
– Ce village était en ruine, déclara l’être féérique d’une belle voix grave tout en fixant le jeune garçon. Et Sigurd était mort. Sais tu quoique ce soit à ce propos ?
– Euh… » Bård était décontenancé. La présence de l’aelfe l’impressionnait profondément et il ne pouvait pas s’empêcher de lui trouver un air familier. « Pas vraiment, dit il enfin. Je ne sais pas pourquoi le village a été dévasté.
– Peu me chaut que ce misérable village humain soit détruit, balaya l’aelfe. Je cherche un objet qui m’appartient de droit que Sigurd m’a dérobé.
– Dérobé ? répéta machinalement le garçon surpris.

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