NaNoWriMo 2014 jour 12 : Bård

Une lumière éblouissante jaillit de nouveau de l’épée, accompagnée de flammes. Grâce aux flammes il alluma son petit foyer. Ceci fait, il rangea soigneusement son arme et jeta un regard triomphant à sa compagne. « Réjouissons nous que Nurri t’ait forgé cette épée magique, commenta la vane avec un fin sourire. Tu n’as jamais été très doué pour faire partir un feu de la manière classique.
– Vilaine moqueuse, la rabroua Bård en lui tirant la langue.
– Bah, au moins nous pourrons dormir au chaud, maintenant que je n’ai plus le droit de porter ma fourrure.
– Oui, approuva l’adolescent. C’est vrai que nous manquons de fourrures, nous autres sur deux pattes. Ce doit être pour cela que nous avons pris l’habitude de piquer la fourrure des autres. » Comme pour souligner ses dires, il se blottit dans les fourrures qui lui servaient de manteau. « Il reste une fourrure si tu as froid, ajouta-t-il.
– Je survivrai, dit Fen en contemplant le bandage de son bras. Tu devrais peut être dormir à présent.
– J’ai faim, se plaignit le garçon. Nous aurions du chasser un truc en route.
– Tu sais ce que vous dites, qui dort dîne, rappella-t-elle. Peut être rêveras tu de l’un des repas que Beyla nous concoctait. »

Bård grogna mais fit néanmoins ce qui lui avait été dit. Il se roula en boule dans ses fourrures près du feu et s’employa à s’endormir. Fen le contempla un moment avec tendresse. Et tristesse, aussi. Quel était ce monde dans lequel un jeune louveteau avait du passer sa tendre enfance à apprendre à tuer pour ne pas être tué au lieu de jouer et de profiter de son insouciance ? Elle soupira intérieurement. Elle s’installa ensuite dos au feu et face à l’entrée camouflée, le nez attentif aux fragrances qui provenaient de l’extérieur. Ses pensées s’envolèrent vers Siegfried. Lorsqu’ils le retrouveraient, accepterait il enfin l’existence de son petit frère ou allait il continuer de s’enferrer dans ses rancunes à l’encontre des humains ? Il pouvait parfois se montrer têtu, cet aelfe. Mais au bout de sept années, il avait largement eu le temps de prendre du recul. L’odeur, dehors, changea. Le vent se levait. Le blizzard commençait à hurler. Fen plissa les yeux. Ils avaient bien fait de rester profiter de l’abri de cette caverne. Ull ne devait pas se trouver très loin d’ici, sinon comment expliquer ce blizzard à l’orée du printemps ? Elle ne devrait pas fermer l’oeil, ses sbires devaient grouiller dans le coin. Machinalement, elle porta les mains sur les pommeaux de ses armes.

Un bruit alerta soudain ses sens de louve. Il s’agissait d’un petit bruit saccadé comme… comme des couinements de douleur ou des sanglots, réalisa-t-elle. La vane se retourna. Le monceau de fourrures de l’adolescent tressautait. Et, d’un coup, il se redressa en criant. « Non ! Laissez moi ! C’est vous qui nous avez attaqués, je ne faisais que nous défendre !
– Bård, appela Fen. Bård ? Réveille toi, ce n’est qu’un cauchemar…
– Fen ? » Il émergeait enfin et jeta des regards effarés tout autour de lui. « Je…
– Calme toi, tu rêvais.
– C’était un horrible cauchemar, dit il. L’homme qui a cloué mon père au mur et l’archer et les autres… Ils étaient tous là, tous ceux que j’ai tués et ils voulaient me rendre la pareille.
– C’est normal, tout le monde ne s’improvise pas tueur Bård, lui expliqua la vane pour l’apaiser. Le fait que tu dormes sur tes deux oreilles après avoir commis un tel massacre, ça, ça m’aurait inquiétée. Ta réaction est tout à fait normale et tes cauchemars te suivront un certain temps.
– Tes victimes te donnent elles des cauchemars à toi aussi ? s’enquit l’adolescent.
– Non, avoua Fen. Mais c’est normal, en tant que loup, je ne réagis pas de la même façon que toi.
– Alors comment sais tu tout ça ? Pour mes rêves et qu’ils vont continuer ?
– Sigurd m’en a parlé un jour, répondit elle.
– Il faisait aussi des cauchemars ? s’étonna-t-il.
– Cela lui arrivait, oui. » Confirma la vane. Le fait de savoir que même son père, qu’il considérait comme un grand guerrier courageux, cauchemardait, rassénéra le garçon. Ainsi, il n’était pas pleutre. Ces cauchemars étaient tout ce qu’il y avait de plus naturel. La seule mauvaise nouvelle étant qu’il devait s’attendre à cauchemarder de nouveau. Il soupira.

« Père ne t’a jamais dit comment on pouvait se débarrasser des mauvais rêves ?
– Non, répondit Fen. Je doute qu’il ait su lui même si c’était possible.
– C’est bien dommage, soupira Bård.
– Tout va bien à présent ? s’enquit la louve. Vas tu te rendormir ?
– Je vais essayer. » Promit l’adolescent. Il s’enfouit de nouveau dans ses fourrures, se roula de nouveau en boule près du feu qui brûlait encore et chercha le sommeil. Au bout de quelques minutes, il dormait de nouveau et la vane reprit sa garde. La nuit se déroula heureusement sans autre incident. Au petit matin, voyant qu’aucune lumière ne filtrait par l’entrée de la caverne, Fen se leva et risqua le nez dehors. Elle se heurta alors à un mur blanc qui bloquait l’ouverture. L’oeuvre du blizzard de la nuit. Au moins, la grotte ne pouvait pas mieux être dissimulée aux regards indiscrets. La vane enfonça son bras dans la couche de neige pour mesurer la quantité et, à son grand soulagement, le mur ne s’avéra pas très épais. Elle s’employa alors à secouer le guerrier en herbe qui dormait toujours à poings fermés.

« Debout ! » Il émit un grognement indistinct en réponse. « Je sais qu’il fait sombre, reprit Fen, mais c’est le matin. Et maintenant que nous sommes obligés de marcher sur deux pattes, tu ferais mieux de te réveiller maintenant parce que nos trajets vont s’avérer bien plus longs.
– Déjà ? gémit il.
– Oui, déjà. » En vue de l’encourager, elle lui ôta son nid de fourrures chaudes et douillettes. Comme le feu était éteint, il faisait froid et il frissonna. « Bien dormi ? s’enquit Fen qui se doutait de la réponse au vu des cernes qui ornaient les yeux du garçon.
– Je dirai que ça dépendait des moments, soupira-t-il. J’ai encore été hanté par les morts… Crois tu que si nous les avions enterrés ils me laisseraient tranquille ?
– Non. » Répondit abruptement la vane. Inutile qu’il se fasse des illusions : il allait être obligé d’assumer ses actes. Et c’était un acte d’importance que d’enlever sa vie à quelqu’un. Enfin, c’est ce que la louve supposait. Elle même ne causait jamais une mort inutile, en tous cas de son point de vue. « Quoiqu’il en soit, lève toi, nous devons y aller.
– J’ai faim, se plaignit Bård tandis que son estomac gargouillait pour souligner ses propos.
– C’est pour cela qu’il faut que tu te dépêches, insista Fen. Plus vite tu seras prêt, plus vite nous pourrons trouver quelque chose à nous mettre sous la dent. » Cet argument parut faire mouche et l’adolescent fut paré en moins de temps qu’il n’en faut pour le dire.

Pendant ce temps la vane s’occupait de faire tomber le mur de neige et de sortir inspecter les abords de leur abri. Comme à son habitude, elle renifla les alentours. Aucune odeur suspecte ne rompait l’harmonie de l’atmosphère, si ce n’est celle de la neige encore très présente alors que des bourgeons devraient normalement éclore un peu partout. Elle s’étira. Son jeune compagnon la flanqua et se mit à bâiller. « Quelle fine équipe nous formons ! s’exclama Bård en pouffant de rire.
– Oui, Ull n’a qu’à bien se tenir, ajouta Fen avec un clin d’oeil.
– J’aimerais bien que nous ayons un moyen de trouver Siegfried plus facilement, souhaita l’adolescent tandis qu’ils se mettaient en route. Où allons nous, au fait ?
– Il y a une piste toute fraîche de lapin des neiges, là, pointa la louve.
– Oh oui, du lapin au petit déjeuner, se réjouit le garçon d’un ton mi figue mi raisin. Les petits gâteaux de Beyla me manquent soudainement. Ah ! Me voilà atteint du mal du pays !
– Déjà ? se moqua sa compagne. Cesse de faire l’idiot sinon nous allons le manquer. Et puis l’île du forgeron des étoiles n’est pas un pays. »

Ils pistèrent le lapin et y mirent tellement de coeur, qu’en cinq minutes ils l’avaient attrapé et dévoré. « C’est étrange, commenta Bård, lorsque je tue un lapin ou n’importe quel autre gibier, ils ne viennent pas me hanter, eux.
– La nourriture ne hante pas, fit doctement remarquer la louve. Foi de prédateur. » Le garçon hocha la tête en se léchant les doigts. Fen reprit : « Je songeais à ton souhait d’avoir un moyen plus simple de retrouver ton frère.
– Oui ?
– Et bien, n’aurais tu pas un moyen de détecter sa position avec ton épée magique ?
– Oh… » L’adolescent en resta bouche bée. Il n’avait pas pensé à l’éventualité d’utiliser son épée comme autre chose que comme une arme. Cela ne l’avait même pas effleuré, mais lui ouvrait à présent tout un champ de perspectives intéressantes. « Je… Et bien peut être bien, il faut que je réfléchisse. » Tandis qu’il mettait son esprit au travail en inspectant les runes de son anneau, la vane les fit reprendre leur trajet un peu sans but. Etant donné le froid ambiant, elle ne voulait pas qu’ils restent trop longtemps inactifs : marcher les tiendrait au chaud. « Je ne sais pas si je peux trouver Siegfried, déclara son petit frère. Mais je pense avoir un moyen de trouver Ull.
– Fort bien, le félicita fraîchement Fen. Mais trouver Ull ne nous sera pas d’une très grande utilité si nous ne sommes pas avec ton frère. Ta mère avait bien insisté sur le fait que vous deviez agir ensemble.
– C’est à lui qu’il faut dire ça, se défendit Bård une fois de plus. Je n’avais rien contre l’idée de m’allier avec lui, moi. » Et il ajouta en marmonnant : « Et toujours pas d’ailleurs. »

En effet, songea la vane par devers elle, le petit frère aurait bien voulu avoir l’opportunité de rester avec le grand et, surtout, d’obtenir son approbation. Fen ne comprenait toujours pas trop pourquoi, mais Bård avait désespérément besoin que son frère soit fier de lui. En lieu d’approbation, Siegfried l’avait tout simplement rejeté et l’adolescent en avait beaucoup souffert. Interrompant ses réflexions, le fin odorat de la louve distingua soudainement une fragrance familière de renard et son ouïe perçut une agitation un peu plus loin. Elle signala à son protégé de se montrer le plus discret possible et, aussi silencieux que des ombres, ils se rendirent avec curiosité vers l’origine du bruit, qui détonnait avec le silence ambiant. Ils rampèrent jusqu’en haut d’une petite dénivellation de terrain et, derrière, le spectacle qui les attendait n’était pas pour leur plaire. Des hommes armés de filets et de piques encerclaient une vane renarde, l’acculant devant l’entrée de sa tanière. Elle montrait les crocs, bien décidée à ne pas se laisser faire, mais il était clair qu’elle se trouvait submergée par le nombre. « Nous ne pouvons pas les laisser lui faire du mal, murmura le garçon. Ils veulent l’emmener à Ull. »

Fen le savait aussi bien que lui. Elle mesura leurs chances. Puisqu’elle ne pouvait pas se métamorphoser en louve à cause de sa blessure, cela les handicapait fortement pour intervenir. Bien sûr, elle n’avait pas à rougir de ses aptitudes de combattante à deux pattes. Loin s’en fallait. Même Sigurd le lui avait dit. Mais elle ne pouvait pas mettre bas autant de petits humains qu’en étant une louve géante. Evidemment, elle pouvait compter sur la renarde, mais elle répugnait à laisser Bård se retrouver au coeur d’une mêlée. « C’est faisable, admit elle à contre coeur. Mais très risqué.
– Faisons le Fen, la supplia l’adolescent. Ce renard ne tiendra pas longtemps sans aide.
– Bien, accepta finalement la louve. Je vais attirer leur attention sur moi. Pendant ce temps, toi tu fais le tour et tu l’aides à s’échapper discrètement.
– Compris ! » s’enchanta le garçon. Il commença aussitôt à faire le tour de la scène afin de se trouver le plus proche possible de la renarde acculée.

Lorsqu’il se trouva en place, Fen se dressa de toute sa hauteur humaine et poussa un puissant hurlement de loup, qui jeta un froid sur l’assemblée. « Que se passe-t-il par ici ? » s’enquit elle ensuite d’une voix de stentor, une fois qu’elle eût attiré l’attention des humains chasseurs de pouvoir.

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