NaNoWriMo 2014 jour 23 : Bård

Suite du chapitre supplémentaire :

Il repoussa ses pensées. Ce dont il avait le plus besoin à présent, c’était de concentration. Il étudia la configuration du camp. La plupart des humains dormaient. Seuls trois d’entre eux montaient mollement la garde. Siegfried en soupçonnait même un de dormir aussi profondément que ceux dont il était sensé garantir la sécurité. L’aelfe avait deux objectifs : délivrer le jeune vane ours qui grondait dans sa cage et saupoudrer la nourriture humaine avec une poudre de sa composition, ce qui les rendrait aveugles pour les semaines à venir, en espérant que cela leur servirait de leçon. Bien évidemment, tout en délivrant la créature prisonnière, il en profiterait pour faire fuir les chevaux qui tiraient la charrette sur laquelle était montée la cage. Pour le moment ces animaux somnolaient paisiblement. Il signifia aux corbeaux de ne pas bouger ni faire le moindre bruit. Il avait l’habitude de leur faire prendre le moins de risque possible, ce qui impliquait souvent d’agir seul.

Aussi silencieux qu’une ombre, il se glissa subrepticement jusqu’à la réserve de nourriture. Il saupoudra rapidement sa poudre qui s’éparpilla de partout. Sans s’attarder, il s’approcha de la cage de l’ours. Ce dernier releva la tête en le sentant arriver. Ils échangèrent un regard de connivence. Le vane lui fit signe de s’arrêter. L’aelfe obtempéra, se dissimulant prestement dans les ombres. Ainsi à l’abri des regards, il put voir l’ours diminuer de taille et prendre une forme humanoïde. Même sous cette forme et malgré qu’il soit à peine adulte, il restait imposant et terriblement poilu. « Hey ! » Appela doucement l’ours. Les deux hommes éveillés tournèrent la tête dans sa direction. Siegfried était trop loin pour distinguer ce que leur dit le vane ensuite, mais il vit les deux gardes s’approcher de la cage. Une fois qu’ils se trouvèrent assez près de lui, l’ours se redressa. Il sortit vivement ses bras poilus et musculeux de sa prison et, en moins de temps qu’il n’en faut pour le dire, attrapa leurs deux têtes et les heurta l’une contre l’autre, les assomant efficacement. L’aelfe resta immobile le temps de déterminer que le bruit n’avait alerté personne. Puis il s’approcha de la cage à son tour et en crocheta l’ouverture pour laisser sortir le vane. Ce dernier, qui avait recouvré sa forme de fauve, s’enfuit à pattes de velour à peine la porte ouverte. Siegfried, lui, tissa une illusion pour faire croire qu’un ours dormait dans la cage. Puis il s’approcha des chevaux pour les entrainer au loin avant de leur rendre leur liberté. Ceci fait, il rejoignit toujours aussi silencieusement les frères corbeaux, qui se trouvaient à présent accompagnés du jeune vane. Tous les quatre se fondirent dans la forêt.

« Merci de m’avoir sorti de ce mauvais pas, déclara l’ancien prisonnier. C’est bien aimable à vous d’être intervenus.
– Avec nous tu peux dormir sur tes deux oreilles p’tit, lança Mørk au hasard.
– C’était un plaisir, répondit l’aelfe en ignorant l’oiseau. Dorénavant tient toi loin des humains et des sbires de Ull.
– J’essaierai. » Assura le vane. Il avait la taille adulte d’un ours normal, ce qui trahissait sa jeunesse. En tant que vane, il allait devenir encore bien plus gros. En attendant, il montrait encore certaines attitudes pataudes de l’enfance. « J’ai cru que personne ne viendrait à ma rescousse, ajouta-t-il.
– N’as tu pas de famille qui serait venue te secourir ? s’enquit poliment Svart.
– Si si j’ai de la famille. Mais… mais vous savez les vanes hésitent à marcher contre les ases depuis la grande guerre où les ases sont sortis vainqueurs. » Svart hocha la tête d’un air entendu.

“Tu peux rentrer chez toi retrouver ta famille, indiqua Siegfried.
– Ah… euh… oui et bien…
– Et bien quoi ? s’enquit l’aelfe.
– Et bien… hésita timidement la grosse bête. J’aimerais bien rester avec vous.
– Avec nous. » Siegfried se trouvait surpris de la requête, mais n’en montrait rien. « C’est trop dangereux, tu devrais aller te mettre en sécurité.
– Je peux me montrer utile, argumenta l’ours. Je sais me montrer silencieux, je peux faire peur et je sais aussi me battre. » Svart se posa sur l’épaule de l’aelfe et lui chuchota à l’oreille :
« Maître, je pense qu’il va nous suivre de toutes façons. Et cette situation s’avèrerait plus dangereuse à la fois pour lui, mais aussi pour nous. » Comme souvent, ce corbeau faisait preuve de sagesse. Heureusement d’ailleurs, songeait Siegfried, que l’un des deux se montrait futé. Mørk, totalement étranger à la situation, fredonnait quant à lui une chanson à propos d’ours et de miel en gloussant tout seul. Après tout, un compagnon tel que ce vane ours pouvait s’avérer une aubaine. L’aelfe fixa ses yeux violets dans ceux, bruns, de l’ours. « Soit. Tu peux venir avec nous. Je veux juste savoir comment tu te nommes.
– Riulf ! Je m’appelle Riulf. » S’épanouit le gros vane. Dans son enthousiasme, il adressa un coup de langue affectueux au guerrier qui venait de l’accepter dans ses rangs. Siegfried ignora cet affront fait à sa dignité et repartit, suivi par ses compagnons oiseaux et ursidé.

Riulf se montra par la suite un compagnon hors pair et hautement dévoué. Plus d’une fois, lors des raids visant à sauver des créatures magiques de braconniers, il se montra plus un atout qu’un handicap. Il n’avait pas menti lorsqu’il avait affirmé qu’il savait aussi bien se battre que se montrer silencieux et intimidant. Dès lors, Siegfried n’attendit qu’une chose, c’était de tomber de nouveau sur le groupe mené par le vane renard. Grâce à Riulf, il pourrait venir à bout de cette bande de chasseurs. De plus, l’ours n’avait pas son pareil pour dénicher gibier et baies avec lesquels il régalait ses compagnons. Néanmoins, malgré toutes leurs exactions à l’encontre des gens de Ull, l’aelfe se rendait bien compte que tant qu’il ne s’attaquerait pas à la source, ses efforts resteraient vains. Bien sûr, il avait déjà sauvé moult personnes de l’ase, mais cela restait une larme dans l’océan : le pouvoir de Ull continuait de grandir de jour en jour. Et, au fond de lui, il savait qu’il finirait par avoir besoin de son demi frère Bård pour en venir à bout. Mais ce vermisseau était encore bien trop jeune pour une telle entreprise. Le fait que Siegfried ne se sentait pas d’aller quérir son aide n’entrait pas en ligne de compte, bien évidemment.

Le vane s’était montré enchanté lorsque Mørk lui avait étourdiment expliqué que leur maître possédait un jeune frère, un peu comme Svart l’avait lui même en guise de fratrie. “J’ai eu un frère mort né durant l’hiver de ma naissance, raconta Riulf. Depuis je me suis toujours demandé ce que cela faisait d’avoir un frère. Que faisiez vous avec votre frère ?
– Je ne l’ai jamais considéré comme mon frère, balaya rapidement Siegfried irrité à chaque fois que quelque chose lui faisait penser à Bård.
– C’est un sujet sensible, intervint Svart en voyant que l’ours ne se satisferait pas de cette réponse.
– Je ne vois pas pourquoi, protesta un Riulf rendu curieux. Toi par exemple, tu t’entends plutôt bien avec ton frère malgré tes remontrances à son égard. Je le sens que c’est pour son bien que tu lui fais la morale.
– C’est vrai ça Svart, c’est pour mon bien que tu fais ça ?” s’enquit Mørk avant de se mettre à sangloter bruyamment sur l’épaule de son frère. Ce dernier adressa un regard noir à l’ours avant de s’employer à calmer Mørk. L’aelfe en avait profité pour disparaître, au grand dam du vane qui ne s’avoua pas vaincu pour autant.

NaNoWriMo 2014 jour 22 : Bård

Passage numéro 1 :
“Maître, le village que l’on nous a indiqué se trouve par là bas ! s’exclama Svart. Par contre…
– Par contre ? s’enquit le maître en question.
– Et bien, il semblerait qu’il ait été attaqué, répondit le corbeau.
– Et une partie est toute brûlée, gloussa Mørk.
– Allons voir.” Lâcha le maître de sa voix profonde. Ainsi que le corbeau le lui avait dit, le village se trouvait en ruines. La moitié des maisons avaient été éventrées par le feu et les malheureux villageois qui les peuplaient avaient été essaimés un peu partout sur la terre battue et en partie recouverts par la neige, morts. Seules subsistaient quelques poules qui avaient été épargnées et erraient à la recherche de quelque chose à picorer. Mais plus aucune espèce plus grosse qu’un chat. Ils s’aventurèrent au milieu des cendres, des cadavres et des squelettes d’habitations.

« Votre source vous a-t-elle expliqué quelle était la maison de Sigurd ?
– Non, avoua Svart un peu penaud.
– Dans ce cas, nous allons chercher. » Conclut le maître qui s’employa dès lors à pousser les portes des chaumières pour en visiter l’intérieur. Il retourna également certains morts mâles mais, malgré la décomposition qui les dévisageait, aucun n’était Sigurd. Ses inspections le menèrent, toujours accompagné des corbeaux, jusqu’au grand hall, la plus vaste habitation du village. Un grand trou béait dans l’un des murs, mais la structure avait été épargnée par les flammes. Il entra. Le spectacle qui s’offrit à lui le fit froncer du nez. Il s’approcha du cadavre cloué au mur. « Tsss. » Lâcha-t-il. L’homme qu’il recherchait était mort. D’une mort grossière selon le maître, puisqu’il se retrouvait cloué au mur comme un vulgaire pantin. Il fouilla la maison toute entière. Aucune trace d’un corps d’enfant nulle part. Le fils de Sigurd avait peut être survécu. Si c’était le cas, ce devait être cet enfant qui se trouvait en possession de ce que Sigurd lui avait volé, car il n’avait pas réussi à mettre la main sur ce précieux objet non plus. Il se redressa et, frustré, heurta le mur de son poing. Les corbeaux n’osèrent pas intervenir.

Leur maître retourna dehors et inspecta le sol. Malheureusement, les dernières chutes de neige avaient recouvert toutes les éventuelles traces qui auraient pu lui indiquer une direction à suivre. Il se sentait impuissant et cela le mettait en colère. Il ne lui restait plus qu’une solution. « Menez moi jusqu’à la personne qui vous a indiqué ce village, ordonna-t-il aux deux corbeaux.
– Mais ce garçon se trouvait loin d’ici et il a du bouger depuis, objecta Svart. Je ne sais pas si nous allons pouvoir le retrouver, le monde est vaste…
– Retrouvez le, j’ai des questions à lui poser. » Le ton était sans appel, et Svart comprit qu’il ne servait à rien de tergiverser. Il donna un coup de bec à Mørk qui s’apprêtait à dire une bêtise – or le maître n’était pas d’humeur – et prit son essor, accompagné de son frère.

Passage 2 :
La lune était pleine, inondant le paysage enneigé d’une douce lueur argentée. D’aucuns diraient blafarde, mais ces gens ne savaient pas de quoi ils parlaient. Seuls les hermétiques à la beauté pouvaient proférer des choses pareilles. C’était ce que Fen disait toujours en tous cas. Elle adorait la lune. Probablement à cause de sa nature de louve. Assis en tailleur sur un rocher solitaire, Siegfried contemplait la grosse boule haute dans le ciel et la vue dégagée qu’il avait de la plaine qui s’étendait à ses pieds. Il entendit des loups hurler au loin. Il sourit. Il leva la tête vers la lune et hurla avec eux. Comme il le faisait jadis en compagnie de Fen. Ils se connaissaient depuis qu’il était aelfon et elle louveteau. Il lui avait appris l’aelfique et elle les manières des loups. La meute avec laquelle il chantait – car les loups considéraient cela comme de la musique – lui répondit avec entrain. Ils avaient souvent hurlé à la lune Fen et lui. En grandissant, ils s’étaient moins fréquentés, ayant chacun leurs affaires de leur côté.
C’était ainsi qu’un beau jour, il s’était rendu compte qu’elle s’était liée d’amitié avec des humains. Un, en l’occurence, qui répondait au nom de Sigurd. D’après ce qu’il avait compris, ils avaient vécu beaucoup d’aventures ensemble, la vane s’abaissant à lui servir occasionnellement de monture. Et comme il se pavanait ce rustaud ! Sans aucun respect pour la nature faerique de la louve qui avait daigné lui offrir son amitié. Sigurd ne lui avait jamais témoigné aucun respect non plus. Les rares fois où il avait eu le malheur de le rencontrer, il lui avait toujours parlé familièrement, comme à l’un de ses semblables. Vraiment, Siegfried ne voyait pas ce que Fen trouvait à cet humain vulgaire. Mais elle semblait lui accorder plus d’intérêt qu’à lui même. Elle lui avait assuré qu’il se faisait des idées mais, selon lui, ses actes prouvaient sans cesse le contraire.

Ce Sigurd, non content de lui voler l’affection de la vane, s’était en premier mis en tête de courtiser sa mère. Bien sûr, l’humain ne savait pas à ce moment là que Doelyn se trouvait être la mère de Siegfried. Mais ce n’était pas une excuse. Il avait chassé le cerf blanc pour elle, mais il n’aurait jamais réussi si Fen ne lui avait pas prêté son aide. C’était d’ailleurs suite à cet épisode qu’ils avaient fait connaissance, l’humain et eux. L’aelfe se souvenait encore du moment où la vane s’était dressée face à lui pour l’empêcher de tuer Sigurd. Il en avait été blessé. Encore plus lorsqu’il avait vu l’humain chevaucher la louve et parader en amenant le cerf blanc à Dame Doelyn. Et, pire que tout, avait été l’annonce de la naissance de Bård le demi humain. Sa mère paraissait aussi faire grand cas de son fils cadet, le bâtard. Elle avait tellement envie de le protéger qu’elle avait tissé un sort autour de lui afin que personne ne remarque la nature semi aelfique du bébé. Heureusement, elle n’avait pas infligé à son aîné la présence du petit et de son père. Il était déjà suffisamment difficile de supporter qu’elle fasse parfois semblant de ne pas être sa mère qu’il n’aurait pas supporté qu’elle accorde de l’attention au bébé.

Siegfried ne savait pas pendant combien de temps les loups et lui avaient loué ainsi la lune, mais il se sentait maintenant beaucoup plus apaisé. Perchés sur la branche basse d’un arbre tout proche, Svart et Mørk se pressaient l’un contre l’autre afin d’échanger un peu de chaleur. Ils avaient sursauté lorsque celui qu’ils appelaient leur maître s’était mis à hurler à la lune avec les loups. Ils sursautèrent de nouveau lorsque l’aelfe leur intima : « Partons. Nous devons trouver Ull.
– Mais quand dormirons nous maître ? se plaignit Mørk.
– Nous aurons tout le temps de dormir lorsque nous serons morts. Pour le moment, nous avons du pain sur la planche. »

Passage 3 début (le passage 3 va être un chapitre à lui tout seul normalement)
La forêt de Ull était plus difficile à trouver d’hiver en hiver. Elle poussait autour de l’ase chasseur à chaque fois que celui ci en décidait ainsi. A force d’emmagasiner les pouvoirs de créatures magiques, celui de l’ase devenait de plus en plus puissant. Les hivers s’allongeaient et sa zone d’influence s’étendait, glaciale, sur de plus en plus de terrain. En revanche, sa forêt d’ifs restait la même. Cela revenait à chercher un oeuf dans un verre d’eau, puis dans une flaque, dans une mare, un étang, jusqu’à la mer. La première année où il était parti à la recherche de Ull, Siegfried l’avait non seulement trouvé, mais aussi affronté. Il grimaça amèrement à ce souvenir. Il n’avait du son salut qu’à l’intervention des deux frères corbeaux qui lui avaient permis de battre en retraite. L’ase ne l’avait pas poursuivi. L’aelfe se promit de prendre sa revanche. Mais il du se rendre à l’évidence : sa mère avait raison, il ne pourrait pas en venir à bout seul. Depuis, il surveillait les déplacements de la forêt magique. En attendant son heure, il contrait du mieux qu’il pouvait l’augmentation de l’influence du Chasseur. « Maître, l’interrompit Svart dans ses réflexions. Nous avons trouvé un autre de ces campements de braconniers.
– Oh oui ! renchérit Mørk. Tout un groupe !
– Ont ils des prisonniers ? s’enquit Siegfried.
– Des tas. » Répondit le corbeau idiot d’un air épanoui, comme si il s’agissait de la meilleure nouvelle du monde. Svart lui infligea un coup de bec moralisateur.

« Ce n’est pas une raison de se réjouir, le morigéna-t-il.
– Pourquoi me frappes tu tout le temps Svart ? s’enquit Mørk d’une voix tremblante qui menaçait de se briser. Je vais finir par croire que tu ne m’aimes plus… » Ignorant la suite de l’échange habituel entre les corbeaux, l’aelfe hocha la tête pour lui même. Comme si il avait besoin d’une raison de plus de détester les humains, nombre de ceux ci s’étaient fait chasseurs de créatures. Suivant l’appât du gain, ils capturaient vanes, aelfes qui s’étaient aventurés en dehors de leurs cités cachées et dvergs qui s’étaient aventurés en dehors de leurs profondes grottes. Ils raflaient au passage toutes les autres créatures de nature plus ou moins magique qu’ils pouvaient trouver. Les sbires de Ull et, notamment, Skadi les rémunéraient grassement. En se remémorant Skadi la géante, Siegfried passa machinalement ses doigts sur la grande balafre dont s’ornait son visage depuis leur rencontre. Elle n’était pas une ase, mais faisait partie de ce peuple de géants. Femme de Ull, elle lui était entièrement dévouée et défendait les alentours de sa forêt d’ifs à l’aide de son long fouet avec lequel elle marquait ses ennemis. Contrairement à son ase de mari, elle n’était pas immortelle et l’aelfe lui avait promis de la vaincre définitivement un jour prochain. Elle avait ri. Il pinça les lèvres à ce souvenir douloureux, tant pour les blessures récoltées que pour son amour propre. Il lui ferait payer l’affront de son visage et celui de sa moquerie.

Une fois que les oiseaux eurent fini de se disputer et de se réconcilier, ils menèrent Siegfried jusqu’au campement qu’ils avaient repéré. Il eut le soulagement de constater que ce groupe de chasseurs ne comportait que des humains. L’aelfe avait pu s rendre compte d’expérience que certaines bandes de braconniers comprenaient des créatures elles mêmes magiques. Il avait notamment eu à faire à un groupe dirigé par un vane renard quelques temps auparavant. Cette fois il avait du s’abstenir d’intervenir. Il venait d’être blessé par Skadi et un vane aussi gros que ce renard était un adversaire trop difficile à mettre à bas, estropié comme il l’était à ce moment là.

NaNoWriMo 2014 jour 19 : Bård

Bård n’avait pas attendu. Lorsque l’ase s’était emparé de son arc, il s’était empressé de placer l’encoche de son anneau sur la rune du bouleau. Quand la flèche fusa dans sa direction, son épée était devenue un bouclier de bois dans lequel elle se ficha. « Ta magie ne fait que retarder l’inévitable, l’informa Ull de sa voix de velour.
– C’est ce que tu crois ! » Fanfaronna l’adolescent. Toujours armé de son bouclier de bouleau, il fondit sur l’ase pour le trancher avec son couteau. Ull l’esquiva sans mal. Ils continuèrent ainsi leur ballet, évitant les coups l’un de l’autre avec plus ou moins de bonheur. L’ase ne paraissait faire aucun effort, contrairement à son jeune adversaire. « Tu ne t’en sortiras pas aussi facilement, lança Bård d’un ton bravache bien qu’haletant.
– Je n’ai pas besoin de me sortir de quoique ce soit, répondit chaleureusement le chasseur. Et je doute fort que tu puisses m’infliger une quelconque éraflure, malgré tes jolies babioles magiques.
– Tu es trop sûr de toi. » Sur cette assertion l’adolescent, qui avait repris son souffle, se lança de nouveau à l’attaque.

Le combat s’éternisait beaucoup trop, le garçon en avait conscience. Il ne pourrait jamais tenir la cadence aussi longtemps que son adversaire. Surtout qu’il lui semblait que Ull jouait avec lui comme un adulte bienveillant joue avec un enfant. Un jeu dangereux néanmoins, car si l’adolescent n’y prenait pas garde, il risquait de mourir. L’ase s’arrêta soudainement. « Nous devrions arrêter là nos simagrées. Rend toi à présent.
– Jamais ! Cracha Bård avec toute la témérité aveugle que lui conférait sa jeunesse.
– Puisque c’est vraiment ce que tu veux. » Ull soupira. Il tira une nouvelle flèche sur le garçon qu’il para avec son bouclier de bouleau. Sylveig cria. La flèche était en réalité un leurre car, lorsque Bård jeta un nouveau coup d’oeil au dessus de son bouclier, l’ase était déjà sur lui, brandissant son long couteau de chasse. Les yeux du garçon eurent à peine le temps de s’écarquiller qu’une masse bouscula Ull et roula par terre avec lui.
Les deux belligérants se retrouvèrent presque instantanément sur leurs pieds. L’adolescent se trouva presque heureux de constater que son frère venait d’apparaître. Il arrivait au bon moment ; Bård avait clairement vu sa fin arriver. Il se rendit compte qu’il n’était pas le seul lorsque la renarde aux yeux verts vint se coller à sa jambe. Il ne put s’empêcher de songer, avec une pointe de jalousie, que l’aelfe avait un léger côté poseur. La fine brise qui agitait ses cheveux, juste comme il fallait, en rajoutait à ce sentiment. Le flottement dura à peine une seconde. Les deux combattants se jetèrent derechef l’un à l’encontre de l’autre. La corne de narval et le couteau de chasse s’entrechoquèrent en une série de coups rapides.

Bård n’arrivait pas à repousser l’admiration qu’il éprouvait pour son frère en ce moment. Siegfried parvenait à tenir tête à un ase. Ull ne se permettait pas de jouer avec lui comme il jouait précédemment avec le garçon. Néanmoins il parait ou esquivait les attaques de l’aelfe avec toujours beaucoup d’aisance. Beaucoup trop de son point de vue. « Tu devrais peut être l’aider. » L’intervention de Sylveig le sortit de sa passivité. Elle avait raison. Il était tellement occupé à admirer son frère et l’ase qu’il en oubliait son implication. Il récupéra la forme flambante de son épée. Puis profita d’un bref instant où Ull ouvrait sa garde en écartant la corne de narval pour se glisser et le blesser. En réalité, il avait juste entaillé sa tunique. Mais il l’avait touché ! Emporté dans son élan il continua d’attaquer avec une ardeur décuplée. L’ase, irrité comme on le serait d’un moustique, tourna soudainement ses coups sur l’adolescent. Ce dernier vit une nouvelle fois la mort arriver sur lui, avant que Siegfried ne s’interpose une nouvelle fois, en le repoussant. En revanche, en sauvant une nouvelle fois son demi frère, il écopa d’une sérieuse blessure à son bras. Pas sa main d’épée heureusement.

« Ne reste pas dans le chemin, le rabroua-t-il avec irritation avant de repartir dans une passe d’armes avec Ull.
– Je n’étais pas dans le chemin, j’essayais de t’aider ! lança Bård.
– Et bien tes efforts sont vains, rétorqua l’aelfe en esquivant le couteau de chasse.
– Mère a dit que nous devions oeuvrer ensemble, insista désespérément le garçon.
– Oeuvre mieux, balaya Siegfried sur un ton définitif.
– Tout seul, tu n’arriveras pas à le tuer ! Persista-t-il avec entêtement.
– Me tuer ? » S’étonna Ull. Il bondit en arrière afin de pouvoir rire hors de portée de la corne de narval recouverte d’acier. « Vous comptez donc me tuer ? Mais voyons les enfants, je suis immortel…
– Les enfants, s’étrangla Siegfried. Tu viens de me traiter d’enfant ?!
– Mon intention n’était pas de te vexer, mais il faut te rendre à l’évidence : à mon échelle tu es très jeune et encore bien inexpérimenté. » L’aelfe n’avait pas l’intention de supporter un tel affront. L’ase avait trop tiré sur la corde.

« Bård, dit Siegfried. Il a raison : nous ne pourrons pas le tuer.
– Comment allons nous faire, alors ? s’enquit l’adolescent tandis que Ull les étudiait avec curiosité.
– Te rappelles tu ce que mère nous a fabriqué et comment cela fonctionne ?
– Evidemment ! s’exclama le garçon encore étonné que son frère lui parle sans aménité.
– Tient toi prêt à t’en servir.
– Pouvons nous reprendre ? s’enquit doucereusement l’ase.
– A l’instant. » Répondit sèchement Siegfried en fondant de nouveau sur lui. Bård réfléchit le plus rapidement possible. Son frère avait l’intention de se servir de la serrure et de la clef. Mais comment ? Il comptait visiblement que l’adolescent le sache. Celui ci tourna nerveusement son anneau sans savoir quelle destination choisir. Cela aurait il une influence ?

L’aelfe combattait furieusement. Il n’aimait pas être moqué. Essayant de ne pas s’appesantir sur cet affront, il restait fermement concentré sur son adversaire. Il ne pensait pas avoir plus d’une chance d’offrir une ouverture à son demi frère. Voilà l’ouverture. Siegfried prit la corne de métal à deux mains et l’enfonça le plus profondément qu’il put dans le torse de Ull. « Maintenant ! » Cria-t-il à Bård. Ce dernier bondit, glissa la clef couteau dans la serrure corne et déverrouilla la porte que son frère ouvrit brutalement. L’ase, paralysé par la porte qui s’ouvrait en lui, roulait des yeux surpris. L’adolescent se demanda comment il pouvait continuer à vivre. Sur les côtés du chambranle se voyaient les organes de Ull. Siegfried s’empara de l’épée de son demi frère, découpa le coeur de l’ase, puis le jeta dans le monde qu’ils avaient ouvert. Un monde vide et encore plus neigeux que chez eux, où les blizzards semblaient maîtres et où le ciel était en permanence noir de nuages. Ayant accompli son oeuvre, l’aelfe referma la porte. Bård la verrouilla et récupéra son couteau, en même temps que son épée que Siegfried lui tendait. Ce dernier récupéra sa corne de narval, refermant le corps de Ull. L’ase resta un instant debout, puis chuta, face contre terre.

« Je croyais qu’il ne pouvait pas mourir, dit l’adolescent en câlinant les deux renardes qui venaient lui mendier un peu de tendresse après tant d’émotions.
– Il n’est pas mort, lui assura son frère. Mais sans son coeur, il est paralysé dans un état bien proche de la mort. Maintenant, son influence va décroître. » Comme en réponse aux propos de Siegfried, les ifs autour d’eux se mirent à perdre leurs épines. Mais, comme leur maître, ils ne mourrurent pas totalement, les troncs restant droits et bien vivants. La neige en revanche, se mit à fondre, laissant enfin place au printemps qui avait été tellement repoussé. « Si nous lui rendions son coeur, sa vie lui reviendrait elle ? s’enquit Bård qui avait décidé de profiter du fait que son frère acceptait de lui parler.
– Oui, confirma platement l’aelfe. As tu l’intention d’ouvrir de nouveau la porte pour lui rendre son coeur ?
– Non, répondit le garçon. Je n’ai pas envie qu’il recommence à tuer des gens pour s’approprier leurs pouvoirs.
– Moi non plus, convint son frère.
– Dans ce cas là, tout va bien ! » s’enthousiasma Bård, heureux de constater que tout n’était pas affrontement entre Siegfried et lui. Il avait du mal à réaliser qu’il avait atteint cet objectif pour lequel il s’entraînait depuis six ans. Il n’arrivait pas à se dire que tout était terminé, que Ull avait bien été mis hors d’état de nuire. Au dessus de la cime des ifs dépouillés, il pouvait voir Svart et Mørk dessiner des cercles dans le ciel. Les petites vanes renardes s’étaient blotties dans ses bras. Même Skade, qui avait été prête de répondre à l’appel de l’ase chasseur. Il ferma les yeux et leva la tête vers les rayons de soleil printaniers, pour laisser son visage s’en imprégner. « Bon ! s’exclama soudain l’adolescent. Où se trouve Fen ? »

Les ténèbres lui donnaient un fort sentiment d’isolement. Mais l’isolement ne lui faisait pas peur. Elle avait l’habitude d’être un loup solitaire. Elle flottait donc là, indifférente à son isolement. Etait ce donc à cela que ressemblait la mort ? Allait elle errer ainsi sans but pour toute l’éternité ? Elle était un peu déçue. Elle aurait espéré ou ne plus penser, ou passer à quelque chose de plus intéressant. Pas forcément de grandiose, comme participer aux festins du Valhalla, mais de moins terne en tous cas. De plus, elle éprouvait un peu de froid dans cette immensité sombre. Elle n’aurait plus rien du ressentir pourtant, si ? Quel ennui. Etre condamnée à ne faire que penser dans les ténèbres tout en ayant froid. Vraiment, cette perspective ne l’enchantait pas du tout. Elle dressa l’oreille. Du moins, métaphysiquement. Elle avait cru percevoir un bruit, dans cet environnement vide. Elle cessa donc de penser, attentive. Pendant un long moment, qu’elle ne put quantifier mais qui lui parut long, elle attendit en vain. Peu importe, se disait elle, puisqu’elle avait tout le temps d’attendre. Ce n’était pas comme si elle avait quelque chose de plus intéressant à faire, n’est ce pas ? De nouveau, elle perçut quelque chose. Elle avait bel et bien entendu un bruit. Mais son origine était difficile à déterminer.

Elle l’entendit de nouveau. C’était plus clair, cette fois. Fen crut reconnaitre une voix. Qui pouvait donc parler tout haut dans cette immensité sombre et vide ? N’était elle donc pas seule ? Elle tourna toute son attention dans l’attente d’un potentiel nouveau bruit. « Snob ! » s’exclama la voix. Voilà qui était surprenant. Fen décida d’essayer de diriger son esprit en direction de la voix. Allait elle parler de nouveau ? « Minable. » Entendit elle à sa grande satisfaction. Mais il ne s’agissait pas de la même voix. Elle était plus grave et plus posée que la première. « Espèce de poseur ! » Répartit la première voix. Elle semblait plus jeune. Fen hésita. Il lui semblait qu’elle connaissait cette voix. « Avorton. » Répartit la deuxième voix. Elle se rendit compte qu’elle la connaissait aussi, cette deuxième voix. En même temps qu’elle entendait ces voix de plus en plus distinctement, elle prit conscience de son corps. Elle possédait toujours son corps. Peut être avait elle survécu à Fenrir finalement. Elle se concentra et réussit à faire l’effort d’ouvrir les paupières.

Le nouvel environnement qui s’offrit à son regard était flou mais, au moins, il n’était plus enveloppé de ténèbres infinies. A présent elle entendait clairement les deux personnes qui se disputaient et posa instantanément des noms sur elles. Bård et Siegfried se trouvaient non loin d’elle et se chamaillaient. « Tu n’es qu’un arrogant ! » persistait l’adolescent. « Je n’ai pas besoin d’argumenter avec un sale gosse de ton espèce. » rétorquait l’aelfe. Les lèvres de Fen s’étirèrent en un sourire. Elle voulut se redresser, mais l’effort lui arracha un gémissement. Les deux frères cessèrent aussitôt de se disputer.

NaNoWriMo 2014 jour 18 : Bård

Siegfried se mouvait à une vitesse ahurissante, comme une ombre entre les arbres. Il savait enfin où il devait se rendre. En quittant Fen et les corbeaux, il avait dégainé la corne de narval que lui avait légué sa mère. Il savait que le manche du couteau de Bård était composé de la base de la même corne. En tant qu’aelfe, il avait quelques tours dans son sac. C’était d’ailleurs bien pour cette raison que Ull recherchait à dévorer son pouvoir. Siegfried avait ordonné à sa lame annelée de retrouver la part qui lui manquait. Et, docilement, sa corne recouverte d’acier le dirigeait dans la direction du petit couteau. Un mauvais pressentiment le pressait et l’aelfe courait en réponse. Tout à sa hâte, l’aelfe trébucha presque sur l’une des nombreuses meutes du maître de ce bois d’if. « Je n’ai pas le temps. » Déclara-t-il tout haut en se mettant à bondir de chien en chien, comme si c’était naturel. Lorsqu’il arriva à la hauteur des archers à cheval, sans qu’ils aient eu le temps de réagir dans l’intervalle, il trancha de deux coups précis les cordes des arcs ennemis et reprit sa course comme si de rien n’était. Toute la meute se mit à le poursuivre, mais il allait beaucoup trop vite. Il disparut bientôt à leurs yeux et à leurs truffes.

« Et je suis enchanté de te rencontrer Bård, fils de l’aelfe Doelyn. » La voix de Ull était profonde et veloutée. Il se montrait tellement enchanteur que l’adolescent oublia un instant qu’il était venu le punir de la mort de ses parents. Les deux renardes se firent toutes petites derrière son dos. « Je t’ai fait chercher pendant longtemps, reprit l’ase. Toi, mais aussi ton frère. » Il leva distraitement la tête, comme si il entendait un bruit. Il sourit. « Il est en chemin. Pour te retrouver je suppose. Ou me tuer. Ou les deux. Cet aelfe est plein de colère. » Ull soupira. « Mais je le tuerai avant qu’il ne me tue. Il a assassiné ma tendre Skadi… Elle devait être l’ultime sacrifice pour mon avènement en tant que sauveur de l’univers et, à présent, elle n’est plus. Quelle tristesse. » Une larme glissa sur le visage parfait de l’ase. « Il a aussi rendu Fenrir complètement fou. Mais de cela je ne peux pas lui tenir rigueur. Je ne sais, moi même, pas comment me débarrasser de ce monstre, c’est pourquoi j’ai été contraint de l’enchaîner dans ma forêt. Il se calmera bien. Toutefois, rares sont ceux qui réussissent à le mettre dans une telle rage. » L’ase planta son regard bleu acier dans celui de l’adolescent et lui tendit la main. « Vient à moi, mon garçon, vient participer à la plus grande oeuvre de ta vie. »

Hypnotisé, Bård commença à s’avancer vers la main tendue. Paniquée, Sylveig le mordit fermement à l’épaule. L’adolescent s’arrêta aussitôt en secouant la tête. « Qu’est ce… commença-t-il en regardant autour de lui d’un air hébété.
– Oh, mais voilà une jeune vane très vilaine, la gourmanda Ull. Cela ne se fait pas de se mordre entre sacrifices. » Le charme qui maintenait Bård était rompu grâce à la petite renarde. Il dégaina son épée magique fabriquée par le réputé forgeron des étoiles et son couteau à la lame effilée fabriquée par sa mère. « Venez à moi tous les trois, reprit l’ase. Je vous offre l’opportunité de participer à quelque chose de grand et de magnifique qui vous dépasse.
– Non, posa l’adolescent.
– Non ! Renchérirent les petites soeurs renardes.
– Non ? s’étonna Ull dont le regard s’attardait désormais sur les jeunes vanes. Comment pouvez vous vous allier au meurtrier de votre père ?
– Vous racontez n’importe quoi ! Repartit Sylveig.
– Oui, n’importe quoi ! Appuya Skade.
– Tiens, vous ne me croyez pas, sussurra l’ase chasseur. Dans ce cas là, contemplez et voyez si je vous mens. » De son couteau de chasse, il découpa un cercle de glace de l’étange gelé. Il s’en empara et le tint devant lui comme si il leur présentait un miroir. Alors qu’ils allaient tous les trois intervenir, des images se formèrent à la surface de la glace. Ils purent y voir Bård tirer des flèches en direction du vane renard qui avait essayé de les capturer quelques temps auparavant. Puis la sanglante mise à mort du vane par Fen.

« Tu es vraiment cruel de montrer cela à des petites filles, fulmina le garçon.
– Ce n’est pas moi qui suis cruel, corrigea Ull. C’est la vérité qui l’est. Je ne fais que la dévoiler. Insinuerais tu que tu préfèrerais cacher cette vérité à ces deux charmantes enfants ? Ne méritent elles pas de savoir ?
– Ce n’est pas ce que j’ai dit ! » S’emporta Bård. Depuis que le charme était rompu, cet ase commençait sérieusement à l’énerver. Les renardes avaient glissé par terre. Il devait absolument les convaincre. Il cria à Ull : « Tu détournes la vérité ! Tu avais envoyé ce vane nous capturer Fen et moi. Nous ne faisions que nous défendre, sans même savoir qu’il s’agissait de leur père. » Le regard ironique de l’ase l’insupportait. Il s’écria : « Sylveig ! Skade ! Il essaie de vous tromper ! C’est de sa faute si votre père aussi est mort ! » Un silence pesant accueillit sa déclaration. Il n’osait pas se retourner pour regarder la réaction de ses deux cadettes, de peur de rater un mouvement du chasseur. Il restait en garde, menaçant l’ase. Afin de paraître encore plus dangereux, il fit flamboyer l’épée du forgeron des étoiles. Une soudaine morsure au niveau de sa cheville lui fit pousser un petit cri de surprise. Il baissa les yeux. La renarde aux yeux bleus s’agrippait à sa prise en grondant. « Lâche moi Skade ! s’exclama Bård.
– Lâche le ! » renchérit Sylveig horrifiée. Elle se jeta sur sa soeur afin de lui faire lâcher prise. La renarde aux yeux bleus finit par laisser la cheville de l’adolescent. Il grimaça. Les dents étaient petites mais pointues ; il souffrait atrocement.

« Viens, viens à moi, enjoignit plaisamment Ull à Skade. Je t’accueillerai avec les autres créatures qui font à présent partie de moi. Nous ne ferons qu’un et nous nous vengerons de ce meurtrier qui a tué ton père. » Ces propos résonnèrent profondément en Bård. Meurtrier il l’était, oui. Il avait tué des gens et ces gens étaient venus le hanter dans son sommeil. Il perdit un instant de sa superbe. Il ne pouvait pas en vouloir à Skade de sa réaction : lui même avait tué l’assassin de son propre père. Il se demanda ce qui lui avait pris d’emmener deux fillettes innocentes avec lui. Bien que c’était Fen qui avait mis le vane renard à mort, il ne pouvait s’empêcher de se sentir coupable. De même, il n’avait pas pu sauver leur mère. C’était en réalité plutôt elle qui l’avait sauvé en emmenant tous ses assaillants avec elle. Il ressentit soudain un profond dégoût pour lui même. D’un oeil torve, il contempla Skade aux yeux bleus se diriger lentement, avec timidité, vers Ull. A côté de lui, Sylveig geignait, ne sachant ce qu’elle devait faire. Il pensa de nouveau à cette scène où il s’était pareillemment trouvé impuissant : lorsque la vane renarde s’était laissée tomber de l’à pic. Avant, elle lui avait souri. Elle lui avait confié ses petites. C’était d’ailleurs pour aller les chercher dans le terrier qu’ils s’étaient attardés avant de prendre la fuite et que leur mère avait décidé de mener les chasseurs sur une autre piste, pour lui permettre de se cacher avec Sylveig et Skade.

Il secoua la tête. Il ne pouvait pas laisser la petite renarde se faire absorber par Ull. « Skade, appela-t-il faiblement. Skade, je te demande pardon de ne pas t’avoir dit que Fen et moi avions tué un vane renard. » La fillette sous forme canine s’arrêta d’avancer. « Je suis vraiment désolé d’avoir fait une chose pareille, reprit il. Je sais que je ne mérite pas ton pardon. Mes parents aussi ont été massacrés, tu sais. Alors, je sais exactement ce que tu ressents en ce moment précis. » La renarde baissa la tête. « J’ai tué le meurtrier de mon père. Je ne crois pas que cela m’ait rendu meilleur, si tu veux tout savoir. Mais je comprends ton besoin de sang. C’est pourquoi… » Il se laissa tomber à genoux, bras écartés. « C’est pourquoi je te laisserai prendre ma vie, si c’est vraiment ce que tu souhaites. » Un silence accueillit sa déclaration. Ull lui même se taisait, surpris. Skade se retourna, les yeux remplis de larmes. Bård lui sourit et leva la tête, lui offrant ainsi sa gorge sans défense. « Ne laisse personne se venger pour toi. Si tu dois tuer quelqu’un, fait le toi même. » Conclut il. A ces mots, la renarde se précipita sur l’adolescent, tous crocs dehors. Elle bondit. Mais au lieu de l’attraper à la jugulaire, elle lui mordit l’épaule en pleurant. Le garçon l’étreignit affectueusement d’un bras. Elle le lâcha et retomba à terre. Il lui caressa la tête avec tendresse tandis que sa soeur bondissait sur elle à grands renforts de câlins.

Bård se releva. Il époussetta soigneusement la neige sur ses genoux. Puis il leva les yeux sur l’ase qui assistait à la scène avec ennui, tout en se remettant en garde. « Tes artifices resteront vains contre nous, asséna-t-il.
– Vous préférez donc subir la méthode la moins douce, soupira Ull. Décidément, peu sont ceux qui comprennent qu’en me laissant absorber leurs pouvoirs, je pourrai sauver des millions de vies en évitant le Ragnarök. Vous êtes tous tellement égoïstes à ne penser qu’à vos petites personnes… Méprisable. Vous êtes tous méprisables. » Il fondit sur les petites renardes qui se consolaient l’une l’autre. Mais Bård veillait. Malgré une morsure à la cheville et une autre à l’épaule, il interposa sa lame flamboyante juste à temps sur le chemin de l’ase, qui dut changer de trajectoire si il ne voulait pas voir ses bras tranchés. Comprenant qu’il devait d’abord venir à bout du fils de Doelyn si il voulait s’emparer des petites vanes, Ull concentra sa puissance sur lui. Il s’empara de son grand arc en if qui lui barrait le dos et le banda.

NaNoWriMo 2014 jour 17 : Bård

– Ah oui, c’est vrai. » Tout à sa concentration pour se débarrasser de la meute de chiens, il en avait oublié le principal : sa blessure était la cause de leur poursuite. Estimant qu’il se trouvait suffisamment loin pour que le cavaliers ne risquent pas de lui tomber dessus à l’improviste, il redescendit au sol. Il s’agenouilla dans la neige et en prit de grandes poignées pour s’occuper de nettoyer son éraflure causée par la flèche de l’archer. Sylveig voulut lécher le sang qui coulait de la plaie, mais Bård la repoussa sans ménagement. « C’est pour aider à te soigner, argument la petite renarde aux yeux verts.
– Oui, cela nettoie bien, renchérit Skade.
– Cela se peut, mais ce qui donne une odeur si forte à ma blessure est peut être du poison, leur opposa l’adolescent. Et ce n’est pas le moment de s’empoisonner.
– Moi je pense que si c’était du poison, tu serais déjà mort, rétorqua Sylveig.
– Je suis peut être en train de mourir, répartit le garçon.
– Non, moi je pense que ces personnes là préfèrent poursuivre leur proie, intervint la renarde aux yeux bleus.
– Peu importe. » Conclut Bård.

Les deux soeurs durent se ranger à l’avis de leur aîné et se contentèrent dès lors de le fixer sagement tandis qu’il bandait sa blessure dûement nettoyée à la neige. Ceci fait, il testa la fixation du bandage. Satisfait, il confectionna plusieurs boules de neige souillées qu’il jeta dans plusieurs directions au hasard. Puis il se lava se nouveau les mains dans de la neige propre et commenta : « J’espère que ça sera suffisant. » Les petites renardes acquiescèrent. Elles s’installèrent de nouveau sur leur monture qui se remit en route. Encore une fois, l’adolesccent n’avait aucune idée de la direction à suivre qui le mènerait jusqu’à Ull. L’idée de se rendre aux archers l’avait effleuré. Si il s’était laissé capturer, ils l’auraient très certainement emmené devant leur maître. Mais il craignait de ne plus se trouver en mesure de tuer Ull si il était mené devant lui en tant que prisonnier. Il aurait probablement été désarmé, voire attaché. Sans compter que cette situation aurait potentiellement pu s’avérer très dangereuse pour Sylveig et Skade les petites vanes. Tant pis. Puisque Fen avait l’air de penser que Ull se tenait au centre de son propre bois d’ifs, Bård s’efforça de s’enfoncer du côté le plus touffu de la forêt.

« Il est vraiment difficile de discerner quoique ce soit, maître, déplora Svart.
– Peu m’importe, balaya Siegfried. Continuez de chercher Fen et cet imbécile de Bård.
– Bien maître. » Se plia le corbeau qui reprit son essort et retourna explorer la forêt d’ifs en compagnie de Mørk. L’aelfe progressait d’un bon pas entre les arbres. Contrairement à son frère, il ne se préoccupait pas de la piste qu’il pourrait laisser puisque les gens de sa race ne laissaient aucune trace en marchant, y compris dans la neige moelleuse ou la terre meuble. Sur le qui vive, il éprouvait une grande inquiétude. Il avait pu constater, lors de sa précédente visite, que plusieurs entités plus ou moins dangereuses parcouraient ces bois. Il espérait que le petit groupe mené par Fen n’avait pas fait de mauvaise rencontre. Il avait éliminé la géante Skadi, cela faisait un risque potentiel en moins. Sa conscience profita de ce moment pour lui souffler qu’il n’aurait jamais réussi à vaincre la femme au fouet si Bård ne l’avait pas handicapée avec son épée magique. Il refoula bien vite sa conscience avec une question d’un tout autre ordre : d’où tirait il, d’ailleurs, une si belle ouvrage ? Tant mieux pour lui si cela lui permettait de survivre à la cour des grands. Mais que n’avait il pu se tenir, ce petit arrogant… Cette revanche contre Skadi c’était à lui seul, Siegfried, de s’en charger. Cette tête brûlée avait bien failli en périr. Attirer ainsi sur lui l’attention d’une adversaire aussi dangereuse, fallait il être vraiment idiot. Comment Fen avait elle pu s’embarrasser d’un tel poids ? Cela le dépassait. La loyauté ne pouvait pas tout expliquer. Franchement.

« Maître ! l’interrompit Mørk dans ses réflexions. Venez vite ! » Siegfried réagit instantanément et se précipita derrière l’oiseau. Le spectacle que lui firent découvrir les corbeaux était macabre. L’aelfe ne voyait pas de mot plus juste. A part, peut être, morbide. Du sang maculait la neige et les troncs des ifs de partout, accompagné de poils arrachés et parfois même de lambeaux de peau. Une véritable mise à mort s’était tenue là. Malgré sa répugnance face à une telle boucherie, Siegfried s’accroupit à côté d’un corps à priori humanoïde et écarta la chevelure qui lui en dissimulait le visage. Il écarquilla les yeux. Cette personne, qui qu’elle fut, était le portrait craché de Ull. Voici donc ce qu’étaient les mystérieux archers qui menaient les nombreuses meutes de chiens de l’ase : des reproductions de lui même. L’aelfe se releva, balayant du regard l’étendue de cadavres des canins et des deux cavaliers qui les accompagnaient. Qui, ou quoi, avait bien pu commettre une chose pareille ? Certains des cadavres étaient partiellement démembrés et dévorés, ce qui excluait la possibilité que ce soit l’oeuvre de Fen. Elle ne se serait pas attardée après s’être débarrassée de ses ennemis. Et, surtout, le chien ne faisait pas partie de ses habitudes alimentaires. Quelque chose de très dangereux parcourait ces bois.

« Il y a une grosse empreinte, maître. » L’informa Svart. Siegfried s’approcha. L’empreinte était grosse, en effet. Et maculée de rouge. Apparemment, le responsable du massacre de la meute avait pataugé dans le sang de ses victimes. En l’étudiant rapidement, il en conclut qu’elle ressemblait à une empreinte de patte de loup. Mais d’un loup formidable. Encore plus grand que Fen. « Suivrons nous ces empreintes ? s’enquit le corbeau tandis que son frère Mørk becquetait des morceaux de viande du cadavre de l’un des chiens.
– Oui, acquiesça l’aelfe. Suivons les, mais prudemment. Je souhaite éviter une confrontation avec un monstre pareil. » Il espérait de tout son coeur que la vane et ses protégés se trouvaient loin de cette bestiole carnassière. « Mørk, nous y allons, insista-t-il en constatant que le deuxième corbeau ne semblait pas prêt à laisser un tel festin.
– Mais, toute cette viande… protesta l’oiseau charognard.
– Nous y allons. » Le ton de l’aelfe ne laissait pas de place au compromis. En ronchonnant, Mørk rejoignit son frère.

Les empreintes ensanglantées les conduisirent jusqu’à une clairière. En débouchant dans l’espace libre, Siegfried s’empara instantanément de sa corne de narval plaquée d’acier et bondit sur l’énorme bête qui venait de mettre Fen à terre. Fenrir rugit, furieux, et accorda toute son attention à cet aelfe importun qui l’empêchait de dévorer le pouvoir de cette vane qu’il venait de vaincre. « Ne sur estime pas ta force, petit être. » Gronda le grand loup noir en faisant claquer sa mâchoire. Mais Siegfried avait esquivé. Etant donné la taille de la bête qui l’empêchait d’être aussi vive que lui, il pouvait éviter facilement n’importe laquelle de ses morsures. En revanche, le tuer était une autre affaire. Il avait beau percer le cuir de l’animal encore et encore, cela ne semblait jamais être suffisant. Il décida de viser des endroits encore plus sensibles. En quelques bonds agiles, toujours poursuivi par des claquements de la mâchoire qui essayait de l’attraper au vol, il se trouva assez haut dans un arbre pour se laisser tomber sur l’horrible tête et lui planter sa lame torsadée dans l’oeil. Fenrir poussa un glapissement retentissant. Siegfried esquiva prestement une nouvelle tentative de morsure. La douleur paraissait avoir fait entrer le grand loup dans une fureur aussi noire que son pelage qui paraissait absorber la lumière. Le regard fou de son oeil valide cherchait l’aelfe en tous sens et de la bave commençait à bouillonner dans sa gueule. « Attention maître ! Cria Svart. Il devient berserk ! »

A présent totalement enragé, Fenrir se mit à tout détruire sur son passage. Siegfried estima qu’il était temps de s’en aller. Il glissa jusqu’à Fen, qui s’était toute recroquevillée en position humanoïde. Il ne savait même pas si elle vivait encore. La prenant dans ses bras, il esquiva un coup de patte furieux du loup noir, et s’en fut se réfugier dans le couvert de la forêt d’ifs. Tout en fuyant, il se demandait si le monstre était capable de détruire tous les arbres. Il espéra que ce serait le cas car, ainsi, il serait plus facile de mettre la main sur Ull. Mais aussi sur Bård. Si Fen était ici, où pouvait bien se trouver cet idiot ?

Avant toute chose, il devait se réfugier dans un endroit suffisamment isolé pour s’occuper de la vane. D’endroits isolés il n’y avait pas foison. Siegfried se contenta dès lors de s’arrêter lorsqu’il n’entendit plus les hurlements de rages de Fenrir. Il posa un genou à terre et se servit de ses jambes comme de support pour poser le corps inerte. « Montez la garde et restez vigilants. » Ordonna-t-il aux corbeaux qui obéirent aussitôt. Sans plus s’occuper d’eux, il tourna toute son attention sur Fen. Elle avait été grièvement blessée. Elle saignait de partout et respirait à peine. Mais, au moins, elle respirait. L’aelfe ne put retenir un souffle de soulagement. En revanche il devait la soigner rapidement, sinon elle risquait de mourir bientôt. Il jura. Normalement il n’avait pas le temps pour ça. Et Bård qui risquait de faire des bêtises plus grosses que lui tant qu’il ne l’aurait pas retrouvé… Son regard erra sur le visage de Fen. Il n’avait pas de temps à perdre et ne voulait pas la laisser mourir. Il cessa de réfléchir et se mit à l’oeuvre. En quelques minutes, il eût nettoyé et bandé les plus grosses blessures de la vane. Ceci fait, il balaya un carré de la neige, déposa une fourrure sur le sol ainsi libéré et coucha la blessée le plus confortablement qu’il le put. Il la couvrit d’une autre fourrure. Maintenant qu’il avait commencé à la soigner, il serait ironique qu’elle meure de froid. Il ne devait pas perdre une minute de plus. « Svart, appela-t-il.
– Oui maître ?
– Assure toi qu’il ne lui arrive rien pendant mon absence. » Le corbeau n’eût pas le temps de répondre que l’aelfe avait déjà disparu.

« Comment compte-t-il que j’accomplisse une chose pareille dans ce bois mal fréquenté ? » Ronchonna Svart.

Bård en avait assez de chercher Ull. Il en avait assez des ifs. Il en avait assez que Fen ne soit pas avec eux. Il en avait assez de fuir les meutes de chiens qu’il entendait de temps à autre. Il en avait assez que son frère le traite comme un moins que rien. Il ne savait pas depuis combien de temps il se trouvait dans cette forêt. Il avait juste envie de se retrouver chez le forgeron des étoiles et de manger un plat chaud de Beyla. Que lui dirait la louve si elle se trouvait avec lui, se demanda-t-il. Elle lui dirait probablement quelque chose de l’ordre de : si il ne venait pas à bout de Ull, il ne pourrait pas profiter de nouveau de passer un moment chaleureux dans la demeure des deux dvergs. De toutes façons, si ses deux parents étaient morts, c’était du fait de cet Ull. Il avait vu les sbires qui avaient tué son père et sa mère lui avait dit que l’ase l’avait assassinée. Et cela, il ne pouvait pas le laisser passer. Ull devait payer.

Le coeur plein de sombres pensées, il trébucha. Doté de bons réflexes, il attrapa une branche de justesse qui lui permit de tomber sur ses pieds. Il prit alors conscience qu’il se trouvait au bord d’un petit étang gelé et qu’il n’était pas seul. Un homme aux longs cheveux aussi noirs que sa moustache contemplait rêveusement la glace. Il était revêtu d’une tunique verte et d’une cape de fourrure au capuchon repoussé en arrière. Comme Skadi la géante, il possédait un grand couteau de chasse et un arc en if lui barrait le dos. En revanche, il ne possédait pas de fouet. A la place, une épée pendait à sa ceinture. Toute sa personne dégageait un pouvoir immense. Bård en resta bouche bée. Constatant qu’il n’était plus seul dans sa clairière à l’étang, l’homme tourna sa tête vers les trois jeunes intrus et leur adressa un sourire avenant. « Soyez les bienvenus chez moi. » Les accueillit le doux rêveur d’une voix chaleureuse. Il exsudait la bienveillance par tous les pores de sa peau. Du moins était ce là l’impression qu’il donnait à l’adolescent, qui se trouvait à deux doigts de se jeter dans ses bras. « Je me nomme Ull. »

NaNoWriMo 2014 jour 16 : Bård

Pas parce qu’elle comptait le délivrer, non. Son ton enjôleur ne la laissait pas dupe et elle trouvait qu’il lorgnait du côté de Bård avec beaucoup trop de convoitise à son goût. En revanche, elle hésitait sur la marche à suivre. « Qu’est ce qui me prouve que tu ne te mettras pas en tête de nous dévorer ? demanda-t-elle afin de gagner quelques précieuses secondes de réflexion.
– Ma reconnaissance, évidemment, lui assura Fenrir avec un aplomb inébranlable.
– Et que gagnerons nous en échange ? marchanda la louve.
– Ma loyauté indéfectible et je vous prêterai également assistance pour ce que vous êtes venus faire ici, quelle qu’en soit la raison. » La vane en était certaine, son protégé se trouvait en danger en présence de cet animal là. Après tout, ce ruban pouvait être assimilé à une laisse et ce loup noir pouvait tout à fait être une créature dévouée à Ull. Une chose, cependant, était certaine : jamais elle ne pourrait vaincre une telle créature en combat. Alors que son esprit fonctionnait à toute allure, Bård intervint, épée flamboyante dégainée.

« Je ne te fais pas confiance, lança l’adolescent. Je pense, moi, que si tu te trouves attaché, ce doit être pour une bonne raison.
– Le crois tu, petit d’homme arrogant ? s’enquit mielleusement Fenrir.
– Recule Bård ! » S’écria Fen. Alors que celui ci bondissait sur le côté, elle prit sa forme lupine pour bousculer le loup noir dont la mâchoire immense claqua dans le vide. « Prend les petites et va-t-en, ordonna-t-elle au garçon tout en faisant face à Fenrir.
– Mais… commença-t-il.
– Fait ce que je te dis ! » rugit la louve. A son grand soulagement, il obtempéra et battit en retraite avec les renardes, disparaissant rapidement tous les trois dans la forêt. Le grand loup noir s’esclaffa d’un rire qui semblait provenir d’outre tombe, avant de demander :

« Penses tu réellement que tu pourras m’empêcher de mettre la patte dessus ?
– Je te retiendrai le temps qu’il lui faudra pour se mettre hors de ta portée, répondit la vane sur un ton résigné. Ainsi, tu ne pourras pas l’emmener à ton maître.
– Mon maître ? répéta Fenrir. Je n’ai pas de maître, juste un geôlier. Non, je compte vraiment garder cette proie pour moi seul. Je pourrai néanmoins la partager avec toi, si tu consentais à rester à mes côtés.
– Et bien tu ne feras ni l’un ni l’autre, l’informa Fen avec hauteur. Une fois qu’il sera suffisamment loin, tu seras retenu par ta chaîne enrubannée.
– Ne t’en fait pas pour si peu, cette chaîne me permet d’aller où bon me semble dans toute cette forêt.
– Peut être, mais tu ne pourras plus le pister avec ton odorat. Dès lors, il lui sera très facile de se dissimuler.
– Il est vrai que cette envahissante odeur d’if est gênante, concéda le loup noir. Il reste donc juste à voir si tu es capable de me retenir suffisamment longtemps. »

Sur ces mots, il montra les crocs et bondit sur la louve. Malgré qu’elle soit bien plus petite que lui, elle avait de quoi lui répondre. Plusieurs fois elle parvint à se suspendre à la gorge de son ennemi, à la recherche de la veine jugulaire. Mais, à chaque fois, Fenrir parvint à la repousser. Il finit par remarquer la faiblesse qu’avait Fen à la patte où le renard l’avait mordue et commença à prendre sérieusement le dessus. De plus, son haleine glaçante pénétrait la fourrure de la vane et de subir un tel froid l’affaiblissait d’autant plus. Elle se retrouva bientôt avec sa fourrure poisseuse de sang, recouverte qu’elle était des blessures infligées par les redoutables crocs de Fenrir. Elle l’avait blessé également, mais ses crocs à elle paraissaient manquer d’efficacité sur le cuir épais de son opposant. « Je vais me faire un plaisir de te tuer avant de chasser ton petit, se réjouit le loup noir avec expectative.
– Il doit déjà être hors de ta portée, rétorqua la louve en haletant.
– Ah, les mères qui se sacrifient pour leurs enfants, quelle chose admirable. » Ironisa Fenrir. Il attrapa Fen par l’échine et la jeta par terre. Elle luttait contre l’évanouissement et seule la douleur l’empêchait de sombrer totalement. Sa conscience s’effilochait. Elle espéra alors que Bård avait véritablement réussi à se mettre hors de la portée du cruel loup noir. Elle avait promis à Sigurd qu’elle protègerait son fils si il lui arrivait quoique ce soit. Elle espéra que, désormais, il n’aurait plus besoin d’elle, car elle sentait sa vie s’échapper et savait qu’elle ne pourrait plus le protéger. Son grand corps de louve lui demandant trop d’énergie, elle se métamorphosa inconsciemment dans sa forme humanoïde, qui se recroquevilla en position foetale. Toujours dans cet état de semi conscience où elle ne parvenait pas à différencier le rêve de la réalité, elle se demanda si elle était déjà morte ou pas encore. Après avoir vaillamment lutté pour maintenir sa conscience, elle sombra dans les ténèbres.

Pendant ce temps, Bård fuyait de toutes ses forces. Les petites renardes avaient pris appui sur son sac à dos de leurs pattes arrières et s’agrippaient fermement à ses épaules afin qu’il puisse garder ses mains libres. Et de ses mains, il en avait rapidement eu besoin. Après avoir réfléchi qu’il laissait une piste trop visible à suivre dans la neige s’il venait à être poursuivi, que ce soit par le grand loup noir ou n’importe quoi d’autre de dangereux, il s’était vivement hissé sur les branches d’un if. Puis, il avait continué sa course dans les arbres. Même sans se montrer aussi agile que son aelfe de frère, il conservait une cadence hors du commun. Il s’arrêta un moment pour reprendre son souffle : ses poumons le brûlaient. Les deux petites soeurs s’employèrent à lui lécher consciencieusement les oreilles en vue de le réconforter. Toujours un peu apeurées, elles laissaient de temps à autre échapper un petit geignement. « Tout va bien. » Les rassura-t-il brièvement. De cela, il n’en était pourtant pas certain. Si il réussissait à se montrer habile à semer qui que ce soit, comment Fen le retrouverait elle ? Il regrettait de l’avoir laissée seule face à un ennemi. Mais il y avait eu un tel sentiment d’urgence dans sa voix lorsqu’elle lui avait intimé de s’en aller… Il n’avait pu que lui obéir. Il éprouvait beaucoup d’admiration pour la louve. En ce moment encore plus que d’habitude : comment comptait elle se dépêtrer du grand loup noir, telle était son interrogation. Si elle arrivait à accomplir l’exploit de le vaincre, nul doute qu’elle parviendrait à trouver une astuce pour les retrouver dans les bois, ses petites renardes et lui.

L’adolescent reprit sa progression d’arbre en arbre. Plus lentement, mais aussi avec plus de détermination. Il venait de décider qu’il trouverait Ull lui même. Si Fen pouvait battre ce Fenrir, alors lui pouvait vaincre cet ase. Et même si elle trouvait juste une astuce pour ne pas avoir à terrasser son adversaire, lui pouvait trouver une astuce pour débarrasser tout le monde de Ull et montrer qu’ainsi il méritait le respect de tous. Sa mère avait dit qu’il devrait agir de concert avec son frère. Et bien, si Siegfried se trouvait si fort que cela et qu’il voulait sa part de victoire, il n’avait qu’à le retrouver avant que lui même, Bård fils de Sigurd l’humain et Doelyn l’aelfe, ne défasse Ull de ses propres mains. Ses fantasmes de grandeur furent interrompus par des aboiements. Il s’arrêta un moment. Sylveig et Skade dressèrent également les oreilles. « Ils se rapprochent… » Gémit Skade. Sa soeur aux yeux verts signifia son approbation avec force hochements de tête. Le garçon ne réfléchit pas longtemps. Comme il ne pouvait pas rebrousser chemin et que les aboiements provenaient de sa droite, il continua tout droit. Bientôt il s’arrêta de nouveau. Il ne se montrait pas très inquiet vis à vis des chiens. Il y avait de grandes chances qu’ils ne se rendent même pas compte de sa présence. Si même Fen et les renardes ne parvenaient pas à utiliser leur odorat à cause des ifs, aucun chien n’y arriverait non plus. Par contre, il se pouvait que ces chiens ne soient pas seuls et s’ils étaient accompagnés de personnes, elles pourraient avoir l’idée de regarder en l’air et de l’apercevoir.

Il s’arrêta de nouveau. Et si ces chiens étaient une meute de chasse appartenant à Ull ? Il lui suffirait de les suivre pour le trouver, n’est ce pas ? « Surtout, quoiqu’il se passe, ne faites pas un bruit. » Enjoignit il aux renardes. Sur ces mots, il rebroussa chemin. Il sentit Skade se crisper. Il bondit lestement de branche en branche jusqu’à voir les chiens. Il resta tout de même suffisamment loin afin qu’ils ne l’entendent pas. Car, comme les fillettes sur son épaules, il savait qu’ils avaient l’ouïe fine. Il pu dénombrer une vingtaine de chiens, encadrés par deux chasseurs à cheval. L’un des deux était il Ull ? Il se remémora alors Skadi, la femme géante au fouet contre laquelle combattait Siegfried. Il se dit que l’ase devait être plus grand que ces deux là, qui paraissaient avoir taille humaine. Après, l’étaient ils ou non, c’était difficile à dire à cause de leurs capuchons qui dissimulaient leurs visages dans l’ombre. Il suivit la meute et les cavaliers aussi rapidement qu’il le pouvait. Heureusement, dans un bois aussi dense, les chevaux ne pouvaient galoper très vite.

Il glissa et se rattrapa de justesse. Mais Sylveig émit un petit glapissement de surprise qui fit dresser l’oreille des deux cavaliers. Ils arrêtèrent leurs chevaux et rappellèrent leurs chiens. Tandis que Bård s’efforçait de rester immobile, à moitié dissimulé par les branches, la meute commença à chercher une proie éventuelle tout autour de son arbre. De même, les cavaliers cherchaient l’origine du bruit qu’ils avaient entendu de tous les côtés. « Là ! » S’écria soudain l’un des deux en désignant l’adolescent du doigt. Le garçon jura et tourna le dos pour s’enfuir. Il entendit les galopades et les aboiements le suivre, puis les premières flèches commencèrent à siffler à ses oreilles. Il s’efforça de mettre le plus de troncs et de branches possible entre les flèches et lui même. Une douleur ne lui en déchira pas moins le bras gauche. Heureusement, le projectile n’avait fait que lui entamer le bras sans se ficher dedans. Il n’en avait pas moins écopé d’une profonde estafilade. A peine fut il blessé que les chiens aboyèrent de plus belle. Les flèches ne sifflaient plus, mais il ne paraissait pas réussir à semer les chiens. « Bård, l’interpella Sylveig, tu dégages une forte odeur.
– Oui, une odeur facile à suivre. » Renchérit Skade. Cette dernière se pencha sur le bras blessé et reprit : « Cela devait venir de la flèche, les chiens suivent ta blessure.
– Quelle plaie ! » S’exclama l’adolescent.

A présent tout était limpide : il devait absolument se débarrasser de la meute. Il força encore son allure autant que possible, même si il risquait de s’en rompre le cou, afin de prendre un peu d’avance. « Que vas tu faire ? » S’enquit Sylveig. Bård ne répondit pas et continua de courir et de bondir de plus belle. Lorsque enfin il aperçut un gros rocher jaillir du sol de la forêt, il sauta légèrement dessus et se tourna pour faire face aux chiens. Faisant pivoter son anneau sur la rune de l’eau, il pointa son épée sur le rocher et tourna la tête de loup du pommeau. Un puissant jet d’eau survint qui créa une étendue d’eau tout autour de lui en seulement quelques secondes. Au moment où tous les chiens hurlant et aboyant furent entrés dans l’onde, il fit tourner l’encoche de son anneau devant la rune de glace, gelant l’eau jaillissante. Il poussa un soupir de soulagement en même temps que les membres de la meute se mirent à glapir et à geindre. Son stratagème avait fonctionné : il avait emprisonné les pattes des chiens dans la glace. L’adolescent ne s’attarda pas : il n’avait aucune envie de se trouver de nouveau confronté aux deux cavaliers mystérieux. Il grimpa de nouveau dans un arbre, et s’en fut mettre le plus de distance entre lui et eux. Suivre la meute pour retrouver Ull ne s’était finalement pas avéré une si bonne idée que cela. « L’odeur de ta blessure est toujours très forte. » L’informa Skade.

NaNoWriMo 2014 jour 15 : Bård

Les petites renardes ressemblaient à des fillettes de six ou sept ans, mais en version miniatures, d’environ la taille de poupées. Pour lui laisser les mains libres, elles finirent par s’accrocher à ses épaules.

« Pourquoi courrez vous moins vite que tout à l’heure, maître ? s’enquit Mørk d’un air idiot qui le rendait goguenard.
– Arrête de poser des questions stupides et vole. » Lui intima son frère en constatant que Siegfried ne daignait pas répondre. Fen, quant à elle, imputait la baisse de régime à deux raisons : la première parce que l’aelfe savait que son petit frère à moitié humain ne pourrait pas tenir un rythme plus soutenu. La seconde parce qu’il redoutait ce qui les attendait. Ce n’étaient que des suppositions tant le visage balafré restait fermé. Il les fit ainsi voyager pendant deux heures, avant que Bård ne montre des signes de fatigue. La louve initia alors une pause afin qu’il puisse souffler un moment. Siegfried toisa l’adolescent et lâcha d’un ton dédaigneux : « Les humains sont vraiment un fardeau.
– Je ne suis pas un hu main ! répartit le garçon essoufflé en détachant bien toutes les syllabes.
– Hey le grand aelfe ! interpella alors Sylveig. Ne soit pas vilain avec notre humain !
– Pas vilain ! renchérit Skade.
– Tout le monde se calme, gronda Fen. Nous entrons dans des territoires dangereux, alors silence. »

Les fillettes se turent, mais adressèrent dorénavant des séries de tirages de langue et de grimaces à Siegfried. Celui ci leva les yeux au ciel et battit en retraite. La petite renarde aux yeux verts déposa alors un baiser sur la joue de Bård. « Ne t’inquiète pas, lui murmura-t-elle.
– Ca se voit bien qu’il est bête, ajouta la petite aux yeux bleus en chuchotant. Il est vraiment très beau, mais complètement idiot.
– Nous, nous t’aimons. » Conclut Sylveig. Les deux fillettes se blottirent contre l’adolescent, qui ne savait pas comment réagir à autant de démonstrations d’affection.

Ils repartirent bientôt. Siegfried les menait en direction d’une grande étendue forestière. En s’approchant, les autres membres de son groupe s’aperçurent bientôt que tous les arbres de la forêt paraissaient être des ifs. « Est ce là que se trouve Ull ? haleta Bård.
– Oui, lui répondit Svart qui volaient à sa hauteur. Il réside dans cet endroit.
– Pourquoi étions nous pressés alors ? Une forêt ne s’envole pas, s’enquit l’adolescent.
– Celle là si, expliqua le corbeau. Elle suit Ull dans ses déplacements.
– Cela ne doit pas être pratique d’avoir une forêt qui nous suit, renifla Sylveig.
– Il ne doit jamais savoir où il va et trébucher sur des racines sans arrêt, renchérit Skade.
– Les arbres s’installent selon sa volonté, précisa l’oiseau. Je ne pense pas qu’il subit les problèmes que vous décrivez.
– Je suis sûre que si. » Persista Skade en remuant ses oreilles de renard. L’aelfe ralentit à l’approche de la forêt. Le froid se faisait plus intense, ici. Personne ne parlait plus. D’ailleurs, aucun son hormis celui du vent ne troublait l’atmosphère.

Quelque chose de menaçant les épiait, Fen en était certaine. L’odeur de cette chose était difficile à discerner. Elle sentait la neige, en plus métallique. Et une légère fragrance de sang l’entourait. Bård, Siegfried et la louve avaient instinctivement dégainé leurs armes. Ils continuèrent de s’approcher de l’orée de la forêt d’ifs avec prudence. Les deux corbeaux avaient pris de l’altitude pour détecter l’origine du danger. Un fouet claqua soudainement devant eux, traçant une ligne dans la neige, comme une barrière qui les empêcherait de passer. « Te voilà de nouveau, petit aelfe, salua une femme qui rejeta en arrière sa cape de neige qui la dissimulait.
– Skadi… » gronda Siegfried. Son petit frère écarquilla les yeux en contemplant la femme qui leur barrait le passage, tandis que les renardes se réfugiaient derrière lui. Elle était immense et dépassait l’aelfe et Fen d’une bonne tête. L’adolescent avait du mal à détacher son regard de cette beauté glaciale armée d’un fouet. Un arc lui barrait également le dos et un couteau de chasse pendait à sa ceinture. Pour le reste, elle portait une tenue d’été, visiblement insensible au froid environnant.

« Tu portes toujours cette arme ridicule, pouffa la grande Skadi à l’intention de Siegfried.
– Elle n’est pas ridicule ! protesta Bård avec véhémence.
– Ah, mais qui est donc ce petit demi aelfe ? se demanda la géante. Ne serait ce pas ton petit frère ?
– Tu vas regretter d’avoir prononcé ces mots devant moi. » Sur cette menace, l’aelfe fondit sur Skadi, esquiva le fouet qui venait le cueillir, et asséna un coup vif de sa corne d’acier. Mais elle ne rencontra qu’une gerbe de neige soulevée par la cape de la femme. Laissant les petites renardes derrière lui, Bård se précipita pour prêter main forte à son frère. Concentrée qu’elle était sur l’aelfe, l’adolescent en profita pour la blesser au flanc avec son épée magique à qui il faisait cracher un feu solaire. Skadi poussa un cri de douleur et envoya bouler son petit assaillant d’un monumental coup de poing. Sortant son couteau de chasse, elle s’apprêta à l’achever, mais sa lame fut interceptée par les deux de Fen, qui la repoussa. Siegfried se posta devant eux, faisant rempart. « Ne reste pas dans mes pattes, avorton, gronda l’aelfe.
– Mais… commença Bård.
– Ne reste pas dans mes pattes t’ai je dit ! l’interrompit son frère. C’est trop dangereux pour un misérable humain tel que toi. Fen, emmène le. Je vous rejoindrai. »

Skadi partit dans un grand rire. « J’ai rarement vu quelque chose d’aussi comique, s’esclaffa-t-elle. Tu demandes au seul d’entre vous qui a réussi à me blesser de s’en aller ?
– C’était un coup de chance, déclara dédaigneusement Siegfried.
– Tu crois vraiment que vous avez une chance, alors ? s’enquit la femme au fouet en riant toujours. Tu as déjà battu en retraite une fois face à moi, suite à cette magnifique balafre. Qu’est ce qui a changé depuis ? Je suis sûre que tu leur dis de partir pour qu’il ne te voient pas fuir une deuxième fois, la queue entre les jambes. En as tu une, d’ailleurs ? Je me le demande. » Elle rit de nouveau et se jeta sur Siegfried qui bouillait intérieurement.

Le fouet claqua en même temps qu’un rire glacial. L’aelfe avait prestement esquivé, ne laissant pas les railleries le déconcentrer. Pendant ce temps, Fen commençait à entraîner le garçon à l’écart, mais il l’arrêta en entendant de petits cris plaintifs. Il rebroussa aussitôt chemin pour récupérer les petites renardes terrifiées qui s’aggripèrent à lui et, après seulement, rejoignit la louve. Durant sa course, le fouet faillit l’atteindre, mais Siegfried s’interposa une nouvelle fois, découpant au passage un morceau de la cinglante lanière de cuir. A ce moment là, les corbeaux s’abattirent sur Skadi.

Bård et les vanes s’arrêtèrent bien après l’orée de la forêt d’ifs. « Pourquoi n’a-t-il pas voulu que je reste ? s’enquit l’adolescent avec fureur.
– C’était trop dangereux, laissa tomber Fen.
– J’ai pourtant réussi à la blesser ! insista-t-il.
– Oui, et grâce à toi, il va probablement pouvoir en venir à bout, dit la vane pour l’apaiser. Tu lui as offert une sacrée opportunité.
– Et c’est ainsi qu’il me remercie… Il ne m’aime toujours pas, déplora le garçon en caressant les têtes des petites renardes tremblantes afin de les rassurer.
– Je n’en serai pas aussi sûre, déclara Fen. Skadi est très dangereuse. Tu as certes réussi à la blesser, mais en faisant cela, tu devenais sa cible favorite. Je pense qu’il t’a repoussé pour te sauver la vie.
– Il a juste fait cela parce que je suis qu’un simple humain, déplora amèrement Bård. Il était juste jaloux que j’ai réussi à la blesser et pas lui.
– Tu deviens beaucoup trop pessimiste, lui fit remarquer la louve.
– Peut être, en convint il. Mais dans tous les cas, je ne suis pas un simple humain et je possède une épée magique. Il ne faut pas me sous estimer !
– Personne ne te sous estime. » Lui assura sa protectrice qui ne savait plus vraiment quoi dire pour calmer sa colère.

Elle n’eût pas besoin de chercher très loin. Les fillettes sous forme de renardes s’étaient mise à donner des coups de langue affectueux sur tout le visage du garçon avec application. Après un tel traitement, il ne parvint pas à rester fâché très longtemps. La louve sourit par devers elle. « Allez, cessons de traîner, nous devons trouver Ull. » Lorsqu’elle prononça ce nom, toute la forêt émit un frémissement. « Bien, je n’en parlerai plus. » Ajouta-t-elle une fois que tout fut redevenu calme. Elle renifla les alentours, mais la fragrance des ifs lui masquait toute autre odeur. Cela la fit grimacer. Perdre l’utilité de son odorat était pour elle comme perdre la vue. Elle se sentait terriblement amoindrie. Mais rien ne servant de tergiverser, elle s’enfonça plus avant dans la forêt, suivie par les trois jeunes. Elle espérait que Siegfried parviendrait à les rejoindre à temps si ils tombaient sur Ull. Ses deux fils devaient agir ensemble avait dit Dame Doelyn. Fen ne savait pas dans quelle mesure savoir ouvrir des portes les aiderait à combattre l’influence de l’ase, mais elle leur faisait confiance. Elle même n’était là que pour protéger Bård, ainsi qu’elle l’avait promis à Sigurd et à l’adolescent lui même.

La forêt se fit de plus en plus touffue et, bientôt, même la louve ne savait plus dans quelles directions ils allaient, ni si ils ne tournaient pas en rond. Il n’y avait pour ainsi dire pas d’indication dans cette forêt. Tous les arbres étaient des ifs et tout le sol était recouvert de neige. Il y avait bien un rocher çà et là, mais rien qui ne leur permette de prendre de vrais repères. Et, toujours, ce silence oppressant et quasi surnaturel. « Il fait vraiment froid, dans cette forêt, souffla Bård.
– Oui, confirma Fen. Mais c’est normal puisque nous nous aventurons dans la demeure du roi de l’hiver. » Elle ne se risquerait pas une nouvelle fois à invoquer le nom de Ull dans cet étrange bois composé uniquement d’ifs. Ils débouchèrent finalement sur un espace vide. La louve crut un moment qu’ils étaient ressorti de la forêt mais se rendit rapidement compte qu’il ne s’agissait que d’une clairière. Voilà qui semblait étrange. Qu’est ce que Ull ferait d’un trou dans sa forêt ?

« Et si nous nous arrêtions là un instant ? proposa l’adolescent. Nous pourrions faire un feu et nous reposer un peu…
– Oh oui, reposons nous, renchérirent les petites renardes.
– Mmmh, je ne sais. » Fen était réticente. « Inspectons un peu cet endroit avant de nous installer. » Les trois plus jeunes soupirèrent de lassitude, mais obéirent néanmoins. La louve devait savoir de quoi elle parlait et Bård savait d’expérience qu’il valait mieux l’écouter, même si elle disait parfois des choses un peu bizarres. Ils explorèrent la clairière avec minutie et, ne trouvant rien de visiblement dangereux, s’assirent avec délectation. Le garçon avait sorti son épée et l’avait enflammée, ce qui réjouissait Skade et Sylveig au plus haut point. Fen, en revanche, restait sur ses gardes. Le fait de ne pas parvenir à utiliser son odorat l’inquiétait. Se reposer ne paraissait pas une mauvaise idée en soi, même si elle n’en avait pas besoin. Et puis, cela laisserait du temps à Siegfried pour les retrouver. Malgré tous ces bons arguments, la présence de cette clairière ne laissait pas de la questionner. Elle s’efforça de se détendre et tourna son attention sur les trois jeunes blottis ensemble, qui contemplaient avec admiration les flammes qui jaillissaient de l’épée magique reliée à l’anneau.

Un sinistre craquement retentit, interrompant leur repos. Tous se retrouvèrent instantanément sur leurs pieds. Un monstre fit irruption dans la clairière. Il s’agissait d’un loup, mais il était gigantesque ; au moins deux fois plus imposant que Fen lorsqu’elle se trouvait sous forme lupine. Mais surtout, son pelage était plus noir que la nuit. Tellement noir qu’il absorbait la lumière. « Bienvenue chez moi, leur dit il d’une voix caverneuse et grondante. Prenez donc vos aises. » Son haleine était d’un froid intense, bien plus que l’air glacial qui les environnait. D’étranges rubans lui enserraient le cou et leur origine se perdait au loin dans la forêt. Bård et les petites renardes restaient tétanisés par l’apparition. Fen se posta devant eux. « Tu es aussi une louve, remarqua le loup noir. Tu comprendras donc mon désarrois.
– Qui es tu ? s’enquit la vane d’un ton suspicieux.
– Celui qui demande doit se présenter le premier, repartit le fauve au souffle glacé.
– Je me nomme Fen, indiqua celle ci en preuve de bonne foi.
– Oh, voici une étrange coïncidence, se réjouit le loup. Mon nom est Fenrir ; il fait écho au tien. Douce Fen, voudrais tu s’il te plait ôter ces chaînes qui m’empêchent de sortir de ces bois ?
– Il ne s’agit que d’un ruban, s’étonna la louve. Il te suffit de le mordre pour t’en débarrasser.
– J’aimerais, soupira l’immense animal noir. Mais il est magique, m’empêchant de l’enlever. L’hôte de ces bois me retient prisonnier. »

Fen hésitait.