NaNoWriMo 2014 jour 16 : Bård

Pas parce qu’elle comptait le délivrer, non. Son ton enjôleur ne la laissait pas dupe et elle trouvait qu’il lorgnait du côté de Bård avec beaucoup trop de convoitise à son goût. En revanche, elle hésitait sur la marche à suivre. « Qu’est ce qui me prouve que tu ne te mettras pas en tête de nous dévorer ? demanda-t-elle afin de gagner quelques précieuses secondes de réflexion.
– Ma reconnaissance, évidemment, lui assura Fenrir avec un aplomb inébranlable.
– Et que gagnerons nous en échange ? marchanda la louve.
– Ma loyauté indéfectible et je vous prêterai également assistance pour ce que vous êtes venus faire ici, quelle qu’en soit la raison. » La vane en était certaine, son protégé se trouvait en danger en présence de cet animal là. Après tout, ce ruban pouvait être assimilé à une laisse et ce loup noir pouvait tout à fait être une créature dévouée à Ull. Une chose, cependant, était certaine : jamais elle ne pourrait vaincre une telle créature en combat. Alors que son esprit fonctionnait à toute allure, Bård intervint, épée flamboyante dégainée.

« Je ne te fais pas confiance, lança l’adolescent. Je pense, moi, que si tu te trouves attaché, ce doit être pour une bonne raison.
– Le crois tu, petit d’homme arrogant ? s’enquit mielleusement Fenrir.
– Recule Bård ! » S’écria Fen. Alors que celui ci bondissait sur le côté, elle prit sa forme lupine pour bousculer le loup noir dont la mâchoire immense claqua dans le vide. « Prend les petites et va-t-en, ordonna-t-elle au garçon tout en faisant face à Fenrir.
– Mais… commença-t-il.
– Fait ce que je te dis ! » rugit la louve. A son grand soulagement, il obtempéra et battit en retraite avec les renardes, disparaissant rapidement tous les trois dans la forêt. Le grand loup noir s’esclaffa d’un rire qui semblait provenir d’outre tombe, avant de demander :

« Penses tu réellement que tu pourras m’empêcher de mettre la patte dessus ?
– Je te retiendrai le temps qu’il lui faudra pour se mettre hors de ta portée, répondit la vane sur un ton résigné. Ainsi, tu ne pourras pas l’emmener à ton maître.
– Mon maître ? répéta Fenrir. Je n’ai pas de maître, juste un geôlier. Non, je compte vraiment garder cette proie pour moi seul. Je pourrai néanmoins la partager avec toi, si tu consentais à rester à mes côtés.
– Et bien tu ne feras ni l’un ni l’autre, l’informa Fen avec hauteur. Une fois qu’il sera suffisamment loin, tu seras retenu par ta chaîne enrubannée.
– Ne t’en fait pas pour si peu, cette chaîne me permet d’aller où bon me semble dans toute cette forêt.
– Peut être, mais tu ne pourras plus le pister avec ton odorat. Dès lors, il lui sera très facile de se dissimuler.
– Il est vrai que cette envahissante odeur d’if est gênante, concéda le loup noir. Il reste donc juste à voir si tu es capable de me retenir suffisamment longtemps. »

Sur ces mots, il montra les crocs et bondit sur la louve. Malgré qu’elle soit bien plus petite que lui, elle avait de quoi lui répondre. Plusieurs fois elle parvint à se suspendre à la gorge de son ennemi, à la recherche de la veine jugulaire. Mais, à chaque fois, Fenrir parvint à la repousser. Il finit par remarquer la faiblesse qu’avait Fen à la patte où le renard l’avait mordue et commença à prendre sérieusement le dessus. De plus, son haleine glaçante pénétrait la fourrure de la vane et de subir un tel froid l’affaiblissait d’autant plus. Elle se retrouva bientôt avec sa fourrure poisseuse de sang, recouverte qu’elle était des blessures infligées par les redoutables crocs de Fenrir. Elle l’avait blessé également, mais ses crocs à elle paraissaient manquer d’efficacité sur le cuir épais de son opposant. « Je vais me faire un plaisir de te tuer avant de chasser ton petit, se réjouit le loup noir avec expectative.
– Il doit déjà être hors de ta portée, rétorqua la louve en haletant.
– Ah, les mères qui se sacrifient pour leurs enfants, quelle chose admirable. » Ironisa Fenrir. Il attrapa Fen par l’échine et la jeta par terre. Elle luttait contre l’évanouissement et seule la douleur l’empêchait de sombrer totalement. Sa conscience s’effilochait. Elle espéra alors que Bård avait véritablement réussi à se mettre hors de la portée du cruel loup noir. Elle avait promis à Sigurd qu’elle protègerait son fils si il lui arrivait quoique ce soit. Elle espéra que, désormais, il n’aurait plus besoin d’elle, car elle sentait sa vie s’échapper et savait qu’elle ne pourrait plus le protéger. Son grand corps de louve lui demandant trop d’énergie, elle se métamorphosa inconsciemment dans sa forme humanoïde, qui se recroquevilla en position foetale. Toujours dans cet état de semi conscience où elle ne parvenait pas à différencier le rêve de la réalité, elle se demanda si elle était déjà morte ou pas encore. Après avoir vaillamment lutté pour maintenir sa conscience, elle sombra dans les ténèbres.

Pendant ce temps, Bård fuyait de toutes ses forces. Les petites renardes avaient pris appui sur son sac à dos de leurs pattes arrières et s’agrippaient fermement à ses épaules afin qu’il puisse garder ses mains libres. Et de ses mains, il en avait rapidement eu besoin. Après avoir réfléchi qu’il laissait une piste trop visible à suivre dans la neige s’il venait à être poursuivi, que ce soit par le grand loup noir ou n’importe quoi d’autre de dangereux, il s’était vivement hissé sur les branches d’un if. Puis, il avait continué sa course dans les arbres. Même sans se montrer aussi agile que son aelfe de frère, il conservait une cadence hors du commun. Il s’arrêta un moment pour reprendre son souffle : ses poumons le brûlaient. Les deux petites soeurs s’employèrent à lui lécher consciencieusement les oreilles en vue de le réconforter. Toujours un peu apeurées, elles laissaient de temps à autre échapper un petit geignement. « Tout va bien. » Les rassura-t-il brièvement. De cela, il n’en était pourtant pas certain. Si il réussissait à se montrer habile à semer qui que ce soit, comment Fen le retrouverait elle ? Il regrettait de l’avoir laissée seule face à un ennemi. Mais il y avait eu un tel sentiment d’urgence dans sa voix lorsqu’elle lui avait intimé de s’en aller… Il n’avait pu que lui obéir. Il éprouvait beaucoup d’admiration pour la louve. En ce moment encore plus que d’habitude : comment comptait elle se dépêtrer du grand loup noir, telle était son interrogation. Si elle arrivait à accomplir l’exploit de le vaincre, nul doute qu’elle parviendrait à trouver une astuce pour les retrouver dans les bois, ses petites renardes et lui.

L’adolescent reprit sa progression d’arbre en arbre. Plus lentement, mais aussi avec plus de détermination. Il venait de décider qu’il trouverait Ull lui même. Si Fen pouvait battre ce Fenrir, alors lui pouvait vaincre cet ase. Et même si elle trouvait juste une astuce pour ne pas avoir à terrasser son adversaire, lui pouvait trouver une astuce pour débarrasser tout le monde de Ull et montrer qu’ainsi il méritait le respect de tous. Sa mère avait dit qu’il devrait agir de concert avec son frère. Et bien, si Siegfried se trouvait si fort que cela et qu’il voulait sa part de victoire, il n’avait qu’à le retrouver avant que lui même, Bård fils de Sigurd l’humain et Doelyn l’aelfe, ne défasse Ull de ses propres mains. Ses fantasmes de grandeur furent interrompus par des aboiements. Il s’arrêta un moment. Sylveig et Skade dressèrent également les oreilles. « Ils se rapprochent… » Gémit Skade. Sa soeur aux yeux verts signifia son approbation avec force hochements de tête. Le garçon ne réfléchit pas longtemps. Comme il ne pouvait pas rebrousser chemin et que les aboiements provenaient de sa droite, il continua tout droit. Bientôt il s’arrêta de nouveau. Il ne se montrait pas très inquiet vis à vis des chiens. Il y avait de grandes chances qu’ils ne se rendent même pas compte de sa présence. Si même Fen et les renardes ne parvenaient pas à utiliser leur odorat à cause des ifs, aucun chien n’y arriverait non plus. Par contre, il se pouvait que ces chiens ne soient pas seuls et s’ils étaient accompagnés de personnes, elles pourraient avoir l’idée de regarder en l’air et de l’apercevoir.

Il s’arrêta de nouveau. Et si ces chiens étaient une meute de chasse appartenant à Ull ? Il lui suffirait de les suivre pour le trouver, n’est ce pas ? « Surtout, quoiqu’il se passe, ne faites pas un bruit. » Enjoignit il aux renardes. Sur ces mots, il rebroussa chemin. Il sentit Skade se crisper. Il bondit lestement de branche en branche jusqu’à voir les chiens. Il resta tout de même suffisamment loin afin qu’ils ne l’entendent pas. Car, comme les fillettes sur son épaules, il savait qu’ils avaient l’ouïe fine. Il pu dénombrer une vingtaine de chiens, encadrés par deux chasseurs à cheval. L’un des deux était il Ull ? Il se remémora alors Skadi, la femme géante au fouet contre laquelle combattait Siegfried. Il se dit que l’ase devait être plus grand que ces deux là, qui paraissaient avoir taille humaine. Après, l’étaient ils ou non, c’était difficile à dire à cause de leurs capuchons qui dissimulaient leurs visages dans l’ombre. Il suivit la meute et les cavaliers aussi rapidement qu’il le pouvait. Heureusement, dans un bois aussi dense, les chevaux ne pouvaient galoper très vite.

Il glissa et se rattrapa de justesse. Mais Sylveig émit un petit glapissement de surprise qui fit dresser l’oreille des deux cavaliers. Ils arrêtèrent leurs chevaux et rappellèrent leurs chiens. Tandis que Bård s’efforçait de rester immobile, à moitié dissimulé par les branches, la meute commença à chercher une proie éventuelle tout autour de son arbre. De même, les cavaliers cherchaient l’origine du bruit qu’ils avaient entendu de tous les côtés. « Là ! » S’écria soudain l’un des deux en désignant l’adolescent du doigt. Le garçon jura et tourna le dos pour s’enfuir. Il entendit les galopades et les aboiements le suivre, puis les premières flèches commencèrent à siffler à ses oreilles. Il s’efforça de mettre le plus de troncs et de branches possible entre les flèches et lui même. Une douleur ne lui en déchira pas moins le bras gauche. Heureusement, le projectile n’avait fait que lui entamer le bras sans se ficher dedans. Il n’en avait pas moins écopé d’une profonde estafilade. A peine fut il blessé que les chiens aboyèrent de plus belle. Les flèches ne sifflaient plus, mais il ne paraissait pas réussir à semer les chiens. « Bård, l’interpella Sylveig, tu dégages une forte odeur.
– Oui, une odeur facile à suivre. » Renchérit Skade. Cette dernière se pencha sur le bras blessé et reprit : « Cela devait venir de la flèche, les chiens suivent ta blessure.
– Quelle plaie ! » S’exclama l’adolescent.

A présent tout était limpide : il devait absolument se débarrasser de la meute. Il força encore son allure autant que possible, même si il risquait de s’en rompre le cou, afin de prendre un peu d’avance. « Que vas tu faire ? » S’enquit Sylveig. Bård ne répondit pas et continua de courir et de bondir de plus belle. Lorsque enfin il aperçut un gros rocher jaillir du sol de la forêt, il sauta légèrement dessus et se tourna pour faire face aux chiens. Faisant pivoter son anneau sur la rune de l’eau, il pointa son épée sur le rocher et tourna la tête de loup du pommeau. Un puissant jet d’eau survint qui créa une étendue d’eau tout autour de lui en seulement quelques secondes. Au moment où tous les chiens hurlant et aboyant furent entrés dans l’onde, il fit tourner l’encoche de son anneau devant la rune de glace, gelant l’eau jaillissante. Il poussa un soupir de soulagement en même temps que les membres de la meute se mirent à glapir et à geindre. Son stratagème avait fonctionné : il avait emprisonné les pattes des chiens dans la glace. L’adolescent ne s’attarda pas : il n’avait aucune envie de se trouver de nouveau confronté aux deux cavaliers mystérieux. Il grimpa de nouveau dans un arbre, et s’en fut mettre le plus de distance entre lui et eux. Suivre la meute pour retrouver Ull ne s’était finalement pas avéré une si bonne idée que cela. « L’odeur de ta blessure est toujours très forte. » L’informa Skade.

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