NaNoWriMo 2014 jour 18 : Bård

Siegfried se mouvait à une vitesse ahurissante, comme une ombre entre les arbres. Il savait enfin où il devait se rendre. En quittant Fen et les corbeaux, il avait dégainé la corne de narval que lui avait légué sa mère. Il savait que le manche du couteau de Bård était composé de la base de la même corne. En tant qu’aelfe, il avait quelques tours dans son sac. C’était d’ailleurs bien pour cette raison que Ull recherchait à dévorer son pouvoir. Siegfried avait ordonné à sa lame annelée de retrouver la part qui lui manquait. Et, docilement, sa corne recouverte d’acier le dirigeait dans la direction du petit couteau. Un mauvais pressentiment le pressait et l’aelfe courait en réponse. Tout à sa hâte, l’aelfe trébucha presque sur l’une des nombreuses meutes du maître de ce bois d’if. « Je n’ai pas le temps. » Déclara-t-il tout haut en se mettant à bondir de chien en chien, comme si c’était naturel. Lorsqu’il arriva à la hauteur des archers à cheval, sans qu’ils aient eu le temps de réagir dans l’intervalle, il trancha de deux coups précis les cordes des arcs ennemis et reprit sa course comme si de rien n’était. Toute la meute se mit à le poursuivre, mais il allait beaucoup trop vite. Il disparut bientôt à leurs yeux et à leurs truffes.

« Et je suis enchanté de te rencontrer Bård, fils de l’aelfe Doelyn. » La voix de Ull était profonde et veloutée. Il se montrait tellement enchanteur que l’adolescent oublia un instant qu’il était venu le punir de la mort de ses parents. Les deux renardes se firent toutes petites derrière son dos. « Je t’ai fait chercher pendant longtemps, reprit l’ase. Toi, mais aussi ton frère. » Il leva distraitement la tête, comme si il entendait un bruit. Il sourit. « Il est en chemin. Pour te retrouver je suppose. Ou me tuer. Ou les deux. Cet aelfe est plein de colère. » Ull soupira. « Mais je le tuerai avant qu’il ne me tue. Il a assassiné ma tendre Skadi… Elle devait être l’ultime sacrifice pour mon avènement en tant que sauveur de l’univers et, à présent, elle n’est plus. Quelle tristesse. » Une larme glissa sur le visage parfait de l’ase. « Il a aussi rendu Fenrir complètement fou. Mais de cela je ne peux pas lui tenir rigueur. Je ne sais, moi même, pas comment me débarrasser de ce monstre, c’est pourquoi j’ai été contraint de l’enchaîner dans ma forêt. Il se calmera bien. Toutefois, rares sont ceux qui réussissent à le mettre dans une telle rage. » L’ase planta son regard bleu acier dans celui de l’adolescent et lui tendit la main. « Vient à moi, mon garçon, vient participer à la plus grande oeuvre de ta vie. »

Hypnotisé, Bård commença à s’avancer vers la main tendue. Paniquée, Sylveig le mordit fermement à l’épaule. L’adolescent s’arrêta aussitôt en secouant la tête. « Qu’est ce… commença-t-il en regardant autour de lui d’un air hébété.
– Oh, mais voilà une jeune vane très vilaine, la gourmanda Ull. Cela ne se fait pas de se mordre entre sacrifices. » Le charme qui maintenait Bård était rompu grâce à la petite renarde. Il dégaina son épée magique fabriquée par le réputé forgeron des étoiles et son couteau à la lame effilée fabriquée par sa mère. « Venez à moi tous les trois, reprit l’ase. Je vous offre l’opportunité de participer à quelque chose de grand et de magnifique qui vous dépasse.
– Non, posa l’adolescent.
– Non ! Renchérirent les petites soeurs renardes.
– Non ? s’étonna Ull dont le regard s’attardait désormais sur les jeunes vanes. Comment pouvez vous vous allier au meurtrier de votre père ?
– Vous racontez n’importe quoi ! Repartit Sylveig.
– Oui, n’importe quoi ! Appuya Skade.
– Tiens, vous ne me croyez pas, sussurra l’ase chasseur. Dans ce cas là, contemplez et voyez si je vous mens. » De son couteau de chasse, il découpa un cercle de glace de l’étange gelé. Il s’en empara et le tint devant lui comme si il leur présentait un miroir. Alors qu’ils allaient tous les trois intervenir, des images se formèrent à la surface de la glace. Ils purent y voir Bård tirer des flèches en direction du vane renard qui avait essayé de les capturer quelques temps auparavant. Puis la sanglante mise à mort du vane par Fen.

« Tu es vraiment cruel de montrer cela à des petites filles, fulmina le garçon.
– Ce n’est pas moi qui suis cruel, corrigea Ull. C’est la vérité qui l’est. Je ne fais que la dévoiler. Insinuerais tu que tu préfèrerais cacher cette vérité à ces deux charmantes enfants ? Ne méritent elles pas de savoir ?
– Ce n’est pas ce que j’ai dit ! » S’emporta Bård. Depuis que le charme était rompu, cet ase commençait sérieusement à l’énerver. Les renardes avaient glissé par terre. Il devait absolument les convaincre. Il cria à Ull : « Tu détournes la vérité ! Tu avais envoyé ce vane nous capturer Fen et moi. Nous ne faisions que nous défendre, sans même savoir qu’il s’agissait de leur père. » Le regard ironique de l’ase l’insupportait. Il s’écria : « Sylveig ! Skade ! Il essaie de vous tromper ! C’est de sa faute si votre père aussi est mort ! » Un silence pesant accueillit sa déclaration. Il n’osait pas se retourner pour regarder la réaction de ses deux cadettes, de peur de rater un mouvement du chasseur. Il restait en garde, menaçant l’ase. Afin de paraître encore plus dangereux, il fit flamboyer l’épée du forgeron des étoiles. Une soudaine morsure au niveau de sa cheville lui fit pousser un petit cri de surprise. Il baissa les yeux. La renarde aux yeux bleus s’agrippait à sa prise en grondant. « Lâche moi Skade ! s’exclama Bård.
– Lâche le ! » renchérit Sylveig horrifiée. Elle se jeta sur sa soeur afin de lui faire lâcher prise. La renarde aux yeux bleus finit par laisser la cheville de l’adolescent. Il grimaça. Les dents étaient petites mais pointues ; il souffrait atrocement.

« Viens, viens à moi, enjoignit plaisamment Ull à Skade. Je t’accueillerai avec les autres créatures qui font à présent partie de moi. Nous ne ferons qu’un et nous nous vengerons de ce meurtrier qui a tué ton père. » Ces propos résonnèrent profondément en Bård. Meurtrier il l’était, oui. Il avait tué des gens et ces gens étaient venus le hanter dans son sommeil. Il perdit un instant de sa superbe. Il ne pouvait pas en vouloir à Skade de sa réaction : lui même avait tué l’assassin de son propre père. Il se demanda ce qui lui avait pris d’emmener deux fillettes innocentes avec lui. Bien que c’était Fen qui avait mis le vane renard à mort, il ne pouvait s’empêcher de se sentir coupable. De même, il n’avait pas pu sauver leur mère. C’était en réalité plutôt elle qui l’avait sauvé en emmenant tous ses assaillants avec elle. Il ressentit soudain un profond dégoût pour lui même. D’un oeil torve, il contempla Skade aux yeux bleus se diriger lentement, avec timidité, vers Ull. A côté de lui, Sylveig geignait, ne sachant ce qu’elle devait faire. Il pensa de nouveau à cette scène où il s’était pareillemment trouvé impuissant : lorsque la vane renarde s’était laissée tomber de l’à pic. Avant, elle lui avait souri. Elle lui avait confié ses petites. C’était d’ailleurs pour aller les chercher dans le terrier qu’ils s’étaient attardés avant de prendre la fuite et que leur mère avait décidé de mener les chasseurs sur une autre piste, pour lui permettre de se cacher avec Sylveig et Skade.

Il secoua la tête. Il ne pouvait pas laisser la petite renarde se faire absorber par Ull. « Skade, appela-t-il faiblement. Skade, je te demande pardon de ne pas t’avoir dit que Fen et moi avions tué un vane renard. » La fillette sous forme canine s’arrêta d’avancer. « Je suis vraiment désolé d’avoir fait une chose pareille, reprit il. Je sais que je ne mérite pas ton pardon. Mes parents aussi ont été massacrés, tu sais. Alors, je sais exactement ce que tu ressents en ce moment précis. » La renarde baissa la tête. « J’ai tué le meurtrier de mon père. Je ne crois pas que cela m’ait rendu meilleur, si tu veux tout savoir. Mais je comprends ton besoin de sang. C’est pourquoi… » Il se laissa tomber à genoux, bras écartés. « C’est pourquoi je te laisserai prendre ma vie, si c’est vraiment ce que tu souhaites. » Un silence accueillit sa déclaration. Ull lui même se taisait, surpris. Skade se retourna, les yeux remplis de larmes. Bård lui sourit et leva la tête, lui offrant ainsi sa gorge sans défense. « Ne laisse personne se venger pour toi. Si tu dois tuer quelqu’un, fait le toi même. » Conclut il. A ces mots, la renarde se précipita sur l’adolescent, tous crocs dehors. Elle bondit. Mais au lieu de l’attraper à la jugulaire, elle lui mordit l’épaule en pleurant. Le garçon l’étreignit affectueusement d’un bras. Elle le lâcha et retomba à terre. Il lui caressa la tête avec tendresse tandis que sa soeur bondissait sur elle à grands renforts de câlins.

Bård se releva. Il époussetta soigneusement la neige sur ses genoux. Puis il leva les yeux sur l’ase qui assistait à la scène avec ennui, tout en se remettant en garde. « Tes artifices resteront vains contre nous, asséna-t-il.
– Vous préférez donc subir la méthode la moins douce, soupira Ull. Décidément, peu sont ceux qui comprennent qu’en me laissant absorber leurs pouvoirs, je pourrai sauver des millions de vies en évitant le Ragnarök. Vous êtes tous tellement égoïstes à ne penser qu’à vos petites personnes… Méprisable. Vous êtes tous méprisables. » Il fondit sur les petites renardes qui se consolaient l’une l’autre. Mais Bård veillait. Malgré une morsure à la cheville et une autre à l’épaule, il interposa sa lame flamboyante juste à temps sur le chemin de l’ase, qui dut changer de trajectoire si il ne voulait pas voir ses bras tranchés. Comprenant qu’il devait d’abord venir à bout du fils de Doelyn si il voulait s’emparer des petites vanes, Ull concentra sa puissance sur lui. Il s’empara de son grand arc en if qui lui barrait le dos et le banda.

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