NaNoWriMo 2016 : Arkhaiologia Jour 16

« Je vais devoir dormir par terre, décréta Clay.
– Pourquoi donc ? S’étonna Simon.
– Parce qu’il n’y a visiblement pas trois lits et que c’est moi qui ai le plus l’habitude de dormir à la dure, expliqua le jeune homme.
– Il ne faut pas présumer des choses aussi rapidement, le gourmanda l’archéologue. J’avais tout prévu, au cas où j’avais des amis que j’aurais à héberger. » Celui-ci se dirigea fièrement vers son canapé, détacha quelque chose dessous et tira un tiroir, qui s’avérait être en réalité un lit. « Et tadaaam ! S’exclama-t-il en se rengorgeant. Bien sûr, à terme il se peut que nous soyons un peu serrés dans cette maison qui n’est prévue que pour moi. Mais, pour une situation temporaire, cela conviendra très bien. Bien sûr, je vous laisserai vous débrouiller avec le canapé et moi, je vais récupérer mon lit. »

Ethelle était une personne difficile à émerveiller. Néanmoins elle devait bien admettre que leur hôte n’était pas avare en surprises. Après son passage dans la vie de la rue, la jeune femme se rendit à l’évidence : elle avait eu de la chance de tomber sur cet archéologue excentrique. Il était sans aucun doute sa porte de sortie, lui évitant de rester dans sa « maison » du parc, ou de devenir l’un des Faucheux ou de devoir se replier sur une solution de mariage qui ne lui convenait pas non plus. Bien sûr, la jeune femme allait devoir apprendre à vivre en quasi promiscuité avec deux hommes, elle qui avait l’habitude de grands espaces qui lui étaient entièrement dédiés. La rouquine se sentait plutôt optimiste vis à vis de cela ; ils lui laisseraient certainement de l’espace si elle le leur demandait. Passant sa dernière tenue de nuit, qui s’était enroulée autour du pot de confit de canard durant son voyage dans son sac et qu’elle dut défroisser un peu, elle se rendit vers le canapé.

Elle s’attribua égoïstement le lit-tiroir qui lui semblait plus confortable. Le jeune homme se coucha sur le canapé au-dessus d’elle et s’endormit aussitôt. Simon, lui, dormait déjà à l’autre bout de la pièce, ronflant légèrement dans son lit. Ethelle ne parvint pas à fermer l’œil aussi rapidement que ses compagnons. Les pensées se bousculaient dans sa tête. Pour le moment, elle suivait Simon et Clay. Mais voulait-elle vraiment devenir archéologue, elle ? Comment voyait-elle son avenir, maintenant qu’il n’était plus tout tracé ? La jeune femme réalisa que toute une multitude de possibilités s’offraient à elle. D’y songer lui donnait le tournis et elle ne parvenait pas à arrêter le tourbillon de pensées. Le jeune homme en contre-haut bougea un peu. La rouquine espéra un bref instant qu’il se réveille, pour pouvoir discuter un peu. Elle ressentait le besoin d’échanger. Constatant que le jeune homme s’était juste retourné dans son sommeil, elle considéra un instant l’option de le réveiller pour de bon. Mais elle craignait que cela mette son compagnon de mauvaise humeur. Elle lui tourna le dos, déterminée à s’endormir. Son cœur bondit soudain alors que ses yeux captaient une étrange lumière, très faible, fantomatique et colorée. Oubliant toute idée de dormir, Ethelle se redressa à moitié. Et puis elle comprit : la faible lueur provenait du bouquet de pensées. Ces fleurs n’étaient pourtant pas sensées produire de lumière, si ? La jeune femme se demanda brièvement si elle était en train de rêver ou pas.

Pour en être certaine, elle tapota les côtes de Clay du bout du doigt. Il ne se réveilla pas. Elle recommença, plus fort cette fois. Il poussa un grognement étouffé en réponse. La rouquine persista une troisième fois et fut récompensée par une question hébétée : « Quoi ? Que se passe-t-il ?
– Regarde, lui chuchota-t-elle pour ne pas réveiller Simon tout en lui désignant le petit vase improvisé dans le verre à whisky.
– De quoi ? Répéta l’ancien Faucheux qui avait du mal à émerger du sommeil. Oh ! Ca brille…
– Oui, confirma Ethelle tout bas. Mais les fleurs ne brillent pas normalement, si ?
– Je ne sais pas, avoua Clay. Je n’y connais pas grand chose en fleurs. Simon n’a-t-il pas dit que c’étaient des fleurs des fées ou féériques ou quelque chose comme ça ?
– Si, confirma la jeune femme. Sauf que je ne pensais pas que c’était vrai.
– Il y a une façon de s’en assurer. »

L’ancien Faucheux se leva et aida Ethelle à faire de même. Il attrapa sa veste, la pèlerine de sa compagne et leur deux paires de chaussures. Ouvrant tout doucement la porte du wagon, il se glissa dehors, la rouquine à sa suite. Ils s’équipèrent pour ne pas attraper froid et Clay entraîna la jeune femme en direction du rocher aux fées. La gare se situant en périphérie de la ville dans la direction du gros caillou, ils ne mirent que quelques minutes pour y parvenir, malgré l’obscurité car ils n’avaient pas pris la peine d’emmener une lanterne. Ethelle avait eu froid au début et, après avoir marché d’un bon pas, elle était à présent réchauffée. Mais elle ne put retenir un frisson en apercevant le rocher au fées. Ce n’était pas tant la roche en elle-même qui était impressionnante, mais le parterre de pensées autour, qui luisait de douces lumières irisées. « Ce sont vraiment des fleurs féériques. » Murmura pensivement le jeune homme.

Il emmena sa compagne en direction du caillou, se déplaçant précautionneusement à travers le tapis de fleurs lumineux. Il l’aida ensuite à grimper sur le rocher et la suivit, s’asseyant à ses côtés. Ils restèrent quelques minutes à profiter du spectacle, sans mot dire. « Je ne connaissais pas l’existence de fleurs brillant comme des lucioles, avoua Ethelle.
– Moi non plus.
– Il y avait des parterres de pensées dans mon jardin, continua la jeune femme. Mais je ne les ai jamais vues luire ainsi.
– Je n’ai jamais fait très attention aux fleurs en général, lui confia Clay. En tous cas, jamais de nuit. Mais c’est très joli !
– En effet, approuva la rouquine qui admirait rêveusement les alentours irisés. Très joli. » Ils se turent de nouveau, profitant du spectacle malgré la fraîcheur de la petite brise nocturne.

Constatant qu’Ethelle était sur le point de claquer des dents, le jeune homme s’enquit, inquiet : « Voulez vous rentrer ?
– Oh non, restons encore un peu. » Répondit-elle. Clay s’approcha d’elle et passa un bras autour de ses épaules. « Ce n’est pas très convenable, commenta sa compagne. Vous feriez mieux de me prêter votre veste.
– Tant pis, lâcha l’ancien Faucheux sans faire mine de bouger. Je ne suis pas une fréquentation très convenable de toutes façons ; c’est dans ma nature. » La jeune femme, loin de s’offusquer, sourit. Elle ramena ses genoux à son menton et s’occupa de contempler le parterre de pensées brillantes, profitant de la chaleur dispensée par la proximité de son compagnon.

Ethelle dressa soudainement l’oreille : elle avait l’impression d’entendre des chants. Elle tourna la tête vers Clay, qui mit un doigt sur sa bouche pour lui intimer le silence. Ils restèrent tous les deux immobiles et silencieux, aux aguets, afin de surprendre les chanteurs, qui qu’ils soient, balayant les alentours du regard. Les voix se turent. Les deux jeunes gens restèrent coi jusqu’à ce qu’il furent convaincus que les chants ne reprendraient pas. La rouquine, déçue de ne pas avoir découvert la provenance de la musique, effleura de son front le creux de l’épaule de son compagnon. « Et si nous retournions nous coucher à présent ?
– Oui… » Acquiesça Clay dans un soupir. Il était aussi tout aussi dépité qu’elle de ne pas avoir pu apercevoir les chanteurs. Il se laissa glisser le long du rocher, jusqu’au parterre de fleurs. Ethelle le suivit et ils rentrèrent au wagon de Simon Derrington. Ce dernier dormait toujours à poing fermé et ne parut pas être dérangé par l’irruption de ses deux hôtes, qui retournèrent discrètement se coucher. Des lueurs et chants plein la tête, ils réussirent néanmoins à s’endormir presque aussitôt.

Ethelle poussa un grognement. Un rayon de soleil heurtait directement ses paupières closes. Elle se tourna dans la direction du canapé pour fuir le rai agressif. C’est alors qu’elle perçut une odeur de pâtisseries et quelqu’un qui chantait. La jeune femme se redressa d’un coup, espérant voir les mystérieux musiciens de la veille qui chantaient vers le parterre de pensées lumineuses. Elle fut ô combien déçue de constater qu’il ne s’agissait que de Simon qui chantonnait pour lui-même, tout en écrivant furieusement dans un de ses carnets. La rouquine se laissa de nouveau tomber sur le matelas et ferma les yeux, cherchant vainement la félicité somnolente qui venait de la quitter. Mais le sommeil l’avait définitivement déserté, à son grand regret. Elle soupira et se leva pour de bon. « Bonjour, lança-t-elle à l’archéologue occupé.
– Que votre jour soit bon également, charmante demoiselle. » Répartit machinalement Simon sans prendre la peine de lever le nez.

La jeune femme se rendit dans l’espace derrière les paravents où elle pouvait avoir un peu d’intimité. Là elle entreprit de se débarbouiller rapidement et de se vêtir de sa robe confortable. Tout en s’habillant, elle se demanda si elle aurait de nouveau l’occasion de porter sa robe des grandes occasions. Le cerceau ne la rendait pas très pratique et la dernière fois qu’elle l’avait portée – lors de son entrevue avec le Comte Thomas Clayton – elle ne lui avait pas vraiment porté chance. En quittant l’abri des paravents, elle failli heurter Clay. Ce dernier lui adressa un regard embrumé et esquissa un sourire de salutations. Puis il la contourna et se rendit à son tour dans la petite salle de bain pour jeter de l’eau sur son visage. Lorsqu’il leva de nouveau la tête, il paraissait bien plus frais et dispo. Ethelle était surprise : elle ne savait pas que l’eau pouvait produire un tel effet. Sur le jeune homme, c’était impressionnant.

Clay ne resta pas longtemps dans la salle de bain. Sous le regard perplexe de la rouquine, il se dirigea ensuite automatiquement vers le comptoir de la cuisine. Simon avait encore cuisiné des cookies et l’ancien Faucheux se jeta dessus, comme la peste sur le pauvre monde et, surtout, comme si il mourrait de faim. Réalisant que, si il continuait de s’empiffrer de la sorte, il ne lui resterait rien, la jeune femme se précipita sur lui. « Hé ! S’offusqua-t-elle vivement. Laisse m’en un peu tout de même !
– Ejolé. » Postillonna-t-il l’air contrit.

 

 

1750 petits mots pour aujourd’hui, ce qui fait quand même un petit peu plus que le quota journalier ^^

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