NaNoWriMo 2016, c’est fini !

Salutations !

Et voilà, le NaNoWriMo 2016 est fini pour moi. J’ai commencé avec un peu de retard et fini avec un peu d’avance, sur une idée que j’aimais bien, tout parfait, donc. Je suis bien contente d’avoir vu mon inspiration générale revenir courant Juin, après plus d’un an de grosses difficulté à écrire. Et ça m’a fait très plaisir de voir cette session NaNoWriMotesque glisser comme sur du velours.

Alors bien sûr, je ne suis pas arrivée à la fin du roman en question. Quand j’ai un peu dépassé la moitié du NaNo, je me suis rendue compte que j’aurai beaucoup, mais alors beaucoup, de mal à arriver jusqu’à la fin. Ce qui n’est pas une première, puisqu’il m’est arrivé la même chose avec Le Coeur de l’Hiver (anciennement Bård qui, lui, est à présent fini et est deux fois plus gros qu’à la fin du NaNo 2014). Sauf que cette fois, j’ai tellement de choses à rajouter que je pense qu’il faut d’avantage parler en terme de tomes. L’avantage, c’est que je sais où c’est sensé aller (le mot « sensé » a bien sa place : on est jamais à l’abri d’une surprise, puisque j’écris sans préparation sur des idées qui me passent par la tête). En vrai, je crains que là-où-je-suis-sensée-aller ne soit que la fin d’un tome 2, et qu’il y en aurait un troisième qui se profilerait derrière (enfin ça, c’est de la faute de Marine qui m’a dit : « Et si tu faisais une trilogie ? O:-) » ). Mais je préfère ne pas trop regarder, mes persos se moquent de moi après. Si ça se trouve, d’ici là ils se seront lassés, on ne sait jamais !

Quoiqu’il en soit c’est fini, ça fait un peu bizarre cette soudaine coupure de fin de NaNoWriMo ^^ Mais il ne faut pas que je me repose trop sur mes lauriers. Les Haïkus de la Triche et leurs copains vont devoir revenir maintenant.

Bonne soirée et à bientôt pour de nouvelles élucubrations !

 

Winner NaNoWriMo 2016

NaNoWriMo 2016 : Arkhaiologia Jour 28

Loin de là, profondément enterrée sous les racines d’une haute montagne au milieu d’une cordillère enneigée, une immense créature vit son coma s’atténuer un peu, au fur et à mesure que quelques lambeaux timides de magie venaient s’immiscer jusqu’à son lointain abri. Un bout d’aile frémit par réflexe. La quantité de magie était encore beaucoup trop faible pour espérer réveiller la créature plongée dans un profond sommeil. Quelques pensées lui traversèrent néanmoins l’esprit. Des souvenirs, d’abord. Notamment une image horrible de ses œufs brisés. Et la sensation de tristesse mêlée de haine qui avait suivi. Sa volonté s’affermit. Elle n’était pas passée loin de la mort, en fait, de cela aussi, elle était consciente. Elle voulait sortir de son hibernation millénaire, mais le temps n’était pas encore venu.

Avant de s’endormir d’un sommeil qui aurait pu être éternel, elle avait vu l’action des humains : ce voile qui détruisait la magie sur son passage. Se sachant condamnée si ce voile noir la touchait, elle avait rapidement rassemblé quelques objets empreints de magie dans son antre, qu’elle avait creusé le plus profondément possible. Puis elle était entrée dans un état de profonde hibernation, pour utiliser le moins d’énergie – et de magie – possible, espérant pouvoir se réveiller un jour plus propice, lorsque les effets du voiles se seraient estompés. Elle avait déjà cru une fois qu’elle pourrait être réveillée, mais le voile avait de nouveau fait son œuvre avant qu’elle n’ouvre les yeux. Son sommeil s’était fait plus profond et elle avait bien failli trépasser dans son sommeil à ce moment là. La dragonne voulait croire que, cette fois-ci, elle aurait l’occasion de sortir à l’air libre, pour faire passer sa colère millénaire sur tous les humains qu’elle pourrait rencontrer.

Ses babines frémirent sur un grondement silencieux.

FIN !
(et à suivre, dans les faits)

NaNoWriMo 2016 : Arkhaiologia Jour 27

La rouquine fila vers sa robe pour l’enfiler. Sans aide, elle eut un peu de mal avec certaines fixations, mais elle finit par y arriver seule, ce qui lui procura une certaine satisfaction. Elle vérifia que le résultat était correcte grâce au grand miroir de la chambre. Elle était satisfaite du résultat mais remarqua qu’après le sommeil, ses cheveux étaient en bataille. Ethelle entreprit de se coiffer et de les arranger de manière raisonnable. S’inspectant de nouveau dans le miroir, elle constata qu’elle avait repris des couleurs, ce qui la rassura. Elle tomba ensuite sur les médicaments que madame Cartridge avait laissés sur sa table de chevet, leur tira la langue et les ignora. Ceci fait, elle sortit en trombe de la pièce, manquant de percuter la servante qui venait, certainement, la réveiller. « Pardonnez-moi madame ! S’exclama la domestique. Je ne vous avais pas vue.
– Je ne vous avais pas vue non plus, balaya Ethelle. Me cherchiez-vous ?
– Tout à fait, je venais vous aider à vous apprêter pour le dîner avec le jeune maître.
– Fort bien, déclara la rouquine en lissant machinalement sa robe. Je suis prête, vous n’avez plus qu’à m’emmener. »

La servante opina et mena la jeune femme dans la grande salle à manger de réception où le couvert était déjà disposé et où Nicolas se tenait devant l’une des grandes cheminée, admirant les flammes. En entendant les deux femmes entrer, il se retourna et accueillit son invitée avec un joyeux sourire. « Vous paraissez reposée, lui dit-il avec une pointe de soulagement. Je craignais que votre commotion ne s’avère très grave.
– Je vous remercie de votre attention, mais ne vous inquiétez pas, le rassura Ethelle. Je me sens déjà beaucoup mieux.
– J’en suis ravi. » Ils passèrent à table, où ils commencèrent à badiner à propos de folklore campagnard, du temps qui fraîchissait et des dégâts que pourraient infliger quelques bêtes mythologiques si elles venaient à se réveiller.

Puis, le sujet dériva de nouveau sur le père de la rouquine. Merryweather l’interrogea sur Charles Morton et Ethelle fit de son mieux pour raconter ce qu’elle savait des affaires de son père. Ce qui n’était pas grand chose, en réalité, puisqu’elle ne s’était jamais intéressée à ce qu’il faisait et qu’il ne s’étendait jamais dessus non plus. Nicolas la rassura : même le plus infime détail pouvait se révéler important. « De plus, ajouta-t-il, vous n’êtes pas seule dans cette affaire.
– Je vous ai vous, déclara la jeune femme, et je vous remercie encore pour cela.
– Et pas seulement, lui révéla son hôte d’un air espiègle. Vous avez d’autres alliés, bien qu’ils ne se soient pas encore manifestés.
– Vraiment ? S’enquit Ethelle avec incrédulité.
– Mais oui, je vous assure !
– Et qui donc ? »

La jeune femme voulait des noms. Si elle avait des alliés, comment se faisait-il qu’ils n’étaient pas venus l’aider lorsqu’elle en avait eu besoin ? Pourquoi aucun d’entre eux ne s’était manifesté ? Nicolas parlait-il du comte Clayton ? Car celui-ci avait, il est vrai, quelque peu tenté de l’aider. Sauf qu’il n’avait pas tenu à trop se mouiller non plus. La rouquine ne cacha pas sa curiosité auprès de Merryweather, mais celui-ci ne voulut rien lui révéler et fit planer le mystère. Vu l’air taquin qu’il arborait, Ethelle supposa qu’il faisait cela juste pour le plaisir de l’entendre ronchonner. Elle sourit. Nicolas lui assura qu’elle n’aurait pas trop longtemps à patienter avant de savoir. Il avait envoyé des télégrammes le jour même, pendant que son invitée dormait, pour convier certaines de ces personnes deux jours plus tard, dans le manoir. Cette nouvelle donna un peu le trac à Ethelle. Même si elle pensait que sa convalescence serait terminée d’ici là, elle doutait d’avoir suffisamment de temps pour se préparer à ces rencontres.

« Vous savez, je ne possède plus rien pour ainsi dire, expliqua-t-elle d’un air gêné à son hôte.
– Je le sais bien, répondit-il. Pourquoi me dites-vous cela ?
– Car la robe que je porte, par exemple, est ma dernière robe pour les… moyennes occasions, dirons-nous.
– Vous craignez de mal présenter ? S’enquit Merryweather.
– C’est tout à fait cela, oui, avoua-t-elle.
– Vous n’avez rien à craindre de ce côté là, la rassura son hôte.
– Ils vont remarquer et ils ne vont pas trouver cela sérieux, continua Ethelle qui avait l’impression que Nicolas ne voyait pas où elle voulait en venir.
– Ils ne remarqueront rien, lui affirma Merryweather. Je vais vous faire faire quelques tenues, cela devrait suffire.
– Vous feriez ça ? Mais je vous dois déjà tellement… »

La jeune femme était vraiment gênée de dépendre de tant de générosité. Après tout, depuis qu’elle s’était retrouvée livrée à elle-même, elle avait vécu principalement au crochet de Simon Derrington. Mais cela ne lui donnait pas le même sentiment. En effet, en restant avec l’archéologue, elle avait contribué à ses recherches dans la bibliothèque antique. Là, elle n’était qu’invitée. Elle s’ouvrit de sa gêne auprès de son bienfaiteur. Mais celui-ci balaya une fois de plus ses inquiétudes. « Vous trouverez bien de quoi me récompenser plus tard, lui assura-t-il. Je ne me fais pas de souci pour cela. Nous aurons tout le temps de nous en occuper. » Ethelle opina. Elle s’efforça d’enfouir sa gêne. Après tout, elle n’avait pas le choix d’en passer par là, encore une fois, semblerait-il. La jeune femme prit le parti de sourire à Merryweather, se demandant bien de quelle manière elle pourrait le remercier plus tard.

Ses préoccupations furent soufflées par l’arrivée du dessert. Nicolas, la voyant agitée et soucieuse, orienta la conversation de nouveau sur des sujets triviaux. Elle se détendit visiblement, mais était toujours un peu fatiguée suite à sa rencontre avec les korrigans agressifs. Son hôte prévenant ne fit pas durer la conversation, une fois le repas terminé. Il l’emmena pour une petite promenade digestive à l’extérieur qui consista, dans les faits, à faire simplement le tour du manoir. En rentrant, Ethelle avec les joues rosies par le froid. Merryweather l’emmena se réchauffer un instant sur un fauteuil devant une cheminée. Il s’installa sur le fauteuil d’en face et ils devisèrent un moment avant que les bâillements de la rouquine ne la contraignent à prendre congé. Encore une fois, elle s’effondra sur le lit au doux édredon et sombra instantanément dans le sommeil.

Sur le siège passager de la voiture de location chargée, Clay regardait défiler le paysage, songeur et déprimé. Simon continuait de babiller comme à son habitude, mais cela ne parvenait pas à dérider le jeune homme. Celui-ci trouvait le voyage plus fade sans le troisième membre de leur expédition, même si Ethelle ne s’était jamais montrée particulièrement bavarde. Avec qui allait-il pouvoir partager ses craintes et fascinations face aux merveilles de la bibliothèque ? Avec l’archéologue, ce n’était pas pareil. Ce dernier était moins réceptif et noyait rapidement tout sous son enthousiasme et ses connaissances. Et il était tellement passionné par les détails des scènes fantomatiques qu’il avait du mal à comprendre les craintes viscérales du jeune homme envers elles. Malgré les cahots de la route, Clay tenait en main l’un des nouveaux carnets à dessin que la rouquine avait amené comme contribution aux provisions pour les fouilles et essayait d’esquisser quelques traits.

Il abandonna rapidement ; la route était trop inégale. Soupirant, il tenta d’écouter un peu ce que disait Simon. « … Et donc, c’est pour cela que je pense que les korrigans que vous avez rencontrés étaient salement en colère. Ils ont toujours été malicieux, au point d’en arriver à de cruelles taquineries, mais rarement aussi ouvertement agressifs. Qui sait combien de temps ils ont passé enfermés sous terre ? N’importe qui serait furieux à leur place, je pense. Ce qui m’intrigue aussi, c’est cette histoire de poneys… » Clay l’avait déjà entendu dire toutes ces choses et cessa de nouveau d’écouter ce que racontait l’archéologue. Il aurait préféré qu’ils parlent d’Ethelle par exemple. Le jeune homme était toujours inquiet de sa santé, même si Merryweather leur avait assuré qu’un médecin viendrait continuer de l’examiner régulièrement. Il pouffa un profond soupir, qui passa totalement inaperçu. Simon était beaucoup trop concentré sur la route et sur ce qu’il disait.

Lorsqu’ils parvinrent à la clairière qui bordait le site de la bibliothèque, le jeune homme ressentit un grand soulagement. Mais ce soulagement fut de courte durée. Fusant au dessus de leur tête et passant à ras de la colline sous laquelle dormait la bibliothèque multimillénaire, un planeur à moteur (trouver un nom autre que ULM à cette bête là ?) en perdition apparut. Il était très petit et il n’était certainement occupé que par une seule personne, mais son réacteur était en feu et il était clairement en train d’essayer de se poser en catastrophe. Comme il disparut à leurs yeux derrière la colline, Simon et Clay bondirent de nouveau dans leur véhicule et entreprirent de faire le tour pour voir si le pilote avait besoin d’être secouru. Ils purent apercevoir le planeur se diriger à grande vitesse vers le sol. Mais, trop rapide il rebondit plusieurs fois avant de briser son essieu et de déraper dans la prairie en labourant la terre sur son passage et éteignant le feu du réacteur dans la terre.

Simon stoppa la voiture et les deux en sautèrent pour se précipiter sur l’engin volant, qui avait laissé des morceaux un peu partout pendant le dérapage et volerait beaucoup moins bien désormais. Clay fut le premier à arriver. Le pilote lui parut inconscient, mais pas gravement blessé. Aidé de l’archéologue qui stabilisait la structure, le jeune homme traîna le corps hors de l’appareil et le posa délicatement sur l’herbe de la prairie. Le pilote lui parut extrêmement petit. Un flot de cheveux blonds jaillissaient du casque en cuir qui lui recouvrait le crâne. Pris d’un pressentiment, il souleva les lunettes d’aviateur qui lui mangeaient le visage. « Tina ! » S’exclama-t-il, d’un ton où la surprise se mêla aussitôt à l’inquiétude. « Tina ! » L’appela-t-il de nouveau. Il écopa d’un vague grognement en réponse. Simon, qui s’était assuré que le risque d’incendie était définitivement écarté, les rejoignit. « Tina, réveille-toi, répéta Clay.
– La connais-tu ? S’enquit l’archéologue qui commença à enlever le casque de la jeune fille pour vérifier si elle ne s’était pas cogné trop fort quelque part.
– Oui, nous faisions partie d’un groupe, tous les deux, répondit le jeune homme. Nous étions des Faucheux.
– Comme les araignées ? Demanda Simon qui continuait d’inspecter la jeune fille.
– Tout à fait. »

L’archéologue poussa un soudain cri de douleur. Tina lui avait mordu la main et y restait agrippée en grognant comme un chien. « Lâche-le Tina, lui ordonna Clay d’un ton sec.
– Clay ! S’exclama la jeune fille éberluée après avoir lâché la main de Simon. Je suis morte et je rêve pour l’éternité, c’est ça ? Ou alors tu es mort aussi ?
– Non, tu n’es pas morte et moi non plus, l’informa son aîné avec un sourire. J’ai même l’impression que tu vas plutôt bien.
– Tu en es certain ? Vérifia-t-elle en arborant un air sceptique. J’ai vraiment l’impression de flotter.
– C’est juste le choc sur la tête. Peux-tu te lever ?
– Je ne vois pas l’intérêt de me lever si je suis morte, laisse-moi profiter un moment ! Je viens de m’écraser au sol, c’est éprouvant moralement, tu ne te rends pas compte… » Pour toute réponse, Clay lui donna une bourrade et l’aida à se mettre debout. « Ouh ! Ca tangue ! » S’exclama-t-elle, avant de préciser : « Je ne sais pas ce que ça veut dire, mais j’ai toujours rêvé de dire ça.
– Ca a clairement eu un effet sur ta tête. » Commenta l’ancien Faucheux qui ne l’avait jamais entendue dire autant de bêtises. Il commençait à s’inquiéter pour la santé mentale de sa jeune amie, mais celle-ci parut se reprendre.

Elle fit quelques pas puis, avisant l’archéologue, lui lança un regard soupçonneux. « Qui c’est, lui ? Demanda-t-elle crûment.
– Je te présente Simon Derrington, lui expliqua Clay. Il est un éminent archéologue et mon ami, aussi.
– Ton ami ? Répéta Tina d’un ton incrédule. Et tu as perdu ta rousse ?
– Dis-donc, s’emporta Clay. Nous ne nous sommes pas vus depuis une éternité, je viens t’aider et tout ce que tu trouves à faire c’est de mordre mon ami et te montrer désagréable avec moi ?
– Hmpf. » Le jeune fille croisa les bras et détourna le regard, la mine boudeuse. Ils se tournèrent de nouveau vers l’archéologue, qui avait poussé un nouveau petit cri. Il était en train de désinfecter la plaie là où les marques de dents avaient imprimé sa main jusqu’au sang et cela semblait plutôt douloureux. L’ancien Faucheux grimaça avec empathie, puis jeta un nouveau regard furieux à la blondinette.

Celle-ci lui rendit un regard coupable et marmonna des excuses. Clay s’adoucit. Il savait qu’il n’obtiendrait pas mieux et qu’elle se sentait véritablement gênée de son attitude. Le jeune homme soupira et lui ouvrit les bras. « Je suis content de te voir, lui dit-il. Tu m’as manqué. » La jeune fille écarquilla les yeux puis, après un hochement de tête encourageant de son ami, elle se jeta dans ses bras. « Il va falloir que tu m’expliques ce que tu fais là, d’ailleurs, ajouta-t-il.
– J’ai eu peur de mourir, marmonna-t-elle le visage enfoui dans sa poitrine.
– A l’atterrissage ?
– Oui… Avoua-t-elle la voix tremblante.
– C’est fini maintenant, la consola Clay. Tout va bien et tu es même en un seul morceau.
– Ah, vous avez enfin apprivoisé la petite bête sauvage à ce que je vois, intervint Simon qui avait fini par bander sa main mordue. Tant mieux !
– Votre main ? S’enquit le jeune homme.
– Oh, ce n’est rien, le rassura l’archéologue. J’ai connu des chiens plus dangereux. »

La jeune fille se dégagea doucement de l’étreinte de son ancien compagnon et jeta un coup d’oeil à l’appareil qui l’avait menée jusqu’ici. Elle fit rapidement les quelques pas qui la séparaient de l’engin et commença à l’inspecter. « Pfou ! Il est quasiment en miettes, constata-t-elle. Ca va me prendre des jours pour réparer tout ça…
– Tu t’es remise à bricoler des trucs ? S’enquit Clay avec intérêt.
– Oui, confirma la jeune fille en commençant à rassembler quelques débris çà et là. Il m’est apparu que notre bonne vieille veuve noire devenait un peu trop siphonnée à mon goût, tu vois.
– Une veuve noire ? S’enquit l’archéologue en se mettant à aider la blondinette à ramasser les débris de son appareil.
– C’est le nom que se donne notre ancienne cheftaine, précisa Clay. Et, c’est vrai qu’elle est un peu folle.
– Un peu ? Ironisa Tina. C’est peu de le dire. Elle a complètement craqué depuis que tu t’es enfui. Elle a pris ta défection comme une attaque personnelle. »

Le jeune homme ne répondit pas tout de suite, digérant la nouvelle. « Bah, elle ne sait pas où je suis ; elle ne peut rien contre moi, ici.
– J’espère bien, affirma vivement la jeune fille. Je suis partie le plus loin possible pour lui échapper aussi. Et puis comme cet engin appartenait à sa famille et que je le lui ai volé, je pense qu’elle me déteste à vie.
– Elle n’a pas l’air commode, votre veuve noire, commenta Simon. Cela m’étonnerait qu’elle vous trouve ici. Personne ne connait cette endroit, d’une part. Et personne n’aura l’idée de penser que vous vous trouvez ici, au beau milieu de nulle part.
– C’est parfait, on dirait le paradis ! Se réjouit Tina. Il est vraiment en sale état, tout de même.
– J’espère que tu ne comptes pas le réparer sur place, s’inquiéta Clay.
– Bah, je ne vois pas où je pourrais le réparer ailleurs, nota la blondinette.
– Je pense que nous pouvons le remorquer jusqu’à la clairière avec la voiture mécanique, proposa aimablement l’archéologue.
– Oui, je pense qu’elle y sera plus à l’aise, approuva le jeune homme.
– Peu m’importe, moi, tant que je peux le réparer tranquillement. »

Ils étudièrent la question pendant un moment. Tina remit son casque en cuir surmonté de ses lunettes d’aviatrice. Puis, elle suggéra que si ils effectuaient une petite réparation de fortune sur l’essieu, ils auraient plus de facilité pour le traîner car, comme il roulerait, cela reviendrait à une bête remorque. Les deux hommes acquiescèrent et tous se mirent à l’ouvrage. Après plusieurs essais infructueux, ils parvinrent enfin à fixer efficacement le planeur roulant à la voiture. Tina avait ramassé tous les débris et les avait entassés dans le cockpit. Simon conduisit très doucement, pour éviter de nouveaux accidents. Lorsque, enfin, ils parvinrent à la clairière avec l’appareil volant, ce fut un véritable soulagement. Pour fêter cela, l’archéologue sortit de quoi trinquer. En voyant la blondinette boire son verre cul-sec, il partit dans un grand rire. « Ce n’est pas un simple tord-boyau, vous savez, lui expliqua Simon. Il faut prendre le temps de le déguster ! » Ils s’assirent à l’ombre des arbres afin de souffler un peu. Clay en profita pour résumer ce qu’il faisait sur place avec l’archéologue et où se trouvait Ethelle actuellement.

« Et bah, commenta Tina. Tu en as fait du chemin ! Par contre l’idée d’aller dormir là-dessous ne m’intéresse pas.
– Ah ? Comment comptes-tu faire ? S’enquit le jeune homme.
– Je vais dormir ici, à côté de ma machine volante, ou dans la voiture si j’ai le droit.
– Oh oui, faites-vous plaisir, l’autorisa Simon avec un aimable sourire. J’espère que vous parviendrez à réparer votre planeur.
– Le planeur, ça devrait aller, estima la blondinette. C’est surtout le moteur qui m’inquiète. J’aurai peut-être besoin de pièces.
– Nous retournerons à la civilisation dans quelques jours, l’informa Clay. Tu pourras venir avec nous et voir si tu trouves ton bonheur.
– Parfait ! S’exclama la jeune fille qui paraissait de bonne humeur.
– Par contre, nous n’allons pas remonter très souvent, la prévint son ami. Ca ira, là, toute seule ?
– Oh oui, lui assura-t-elle. Tant que j’ai à m’occuper, ça ira.
– Evite de descendre nous rejoindre toute seule, continua-t-il. C’est très dangereux et tu pourrais te blesser.
– Aucun risque, affirma la blondinette. Il n’y a aucun risque que je descende là-dessous. Mais alors, aucun ! »

Après une petite pause, ils se levèrent de nouveau. Les deux hommes déchargèrent la voiture de leur affaires et matériel qu’ils avaient emmenés pour travailler dans la bibliothèque. Ils laissèrent à Tina la part des rations qui aurait du être dévolue à Ethelle, puisque cette dernière n’en aurait pas besoin. Ils lui proposèrent des outils, mais elle était déjà très bien équipée à ce niveau là. Simon se montra d’ailleurs épaté par la collection d’outils qu’elle avait réussi à dérober et à emmener. Ils souhaitèrent ensuite à la jeune fille du courage pour son entreprise. Elle leur répondit de même et les fixa jusqu’à ce qu’ils disparaissent à ses yeux, dans la faille. Tina espéra qu’ils ne risquaient rien dans ce trou noir. Son ami lui avait dit qu’il y avait une bibliothèque antique sous la colline. au delà du fait qu’elle n’avait jamais été très intéressée par ces soi-disant lieux du savoir, les ruines de bibliothèques l’intéressaient encore moins. Au sein des Faucheux, elle avait toujours réussi à ce que personne ne découvre son petit secret, qui aurait sans doute terni sa réputation de dure à cuire. La jeune fille avait peur du noir. Surtout, ce qu’elle craignait, c’étaient les choses tapis dans les recoins sombres. Et un lieu antique devait certainement être hanté de tout un tas de choses effrayantes.

La blondinette frissonna et se détourna rapidement, se mettant immédiatement au travail sur sa machine. Elle se demanda si Clay n’avait pas un peu exagéré lorsqu’il parlait du fait qu’ils recherchaient un moyen de sauver le monde de la magie qui s’avérait dangereuse. Si tel était le cas, elle ne s’en plaindrait pas, bien au contraire. Elle ne le lui avait pas dit, mais si son appareil avait pris feu, c’était le résultat d’une étrange attaque de la part d’un petit lézard volant qui avait craché du feu. Un peu comme la salamandre qui avait causé le grand incendie du parc des Deux Ormes. Evidemment, elle avait cru voir d’autres choses étranges, mais s’était toujours dit qu’elle avait du mal voir ou que son imagination lui jouait des tours. Elle haussa les épaules et se concentra sur sa tâche. Sa fidèle machine nécessitait ses soins attentionnés.

 

 

3430 mots aujourd’hui ! Et je ne sais pas si ceci est la fin du tome. La situation semble placée pour celui d’après, mais bon. De toutes façons il me reste 300 mots pour atteindre les 50 000, donc je me laisse demain pour réfléchir à cette question épineuse !

NaNoWriMo 2016 : Arkhaiologia Jour 26

Le regard d’Ethelle tomba sur le plateau que la servante avait posé à côté de son lit. Son ventre gargouilla. « Vous n’avez pas mangé depuis hier, l’informa Simon. Vous devriez vous remplir un peu l’estomac.
– Je meurs de faim. » Confirma la rouquine. Clay se leva vivement du fauteuil et fit le tour du lit pour approcher le plateau. Remarquant que l’objet possédait des pattes, il les déplia et le posa au-dessus des jambes de la jeune femme. Puis, singeant les domestiques pincés des Merryweather, il souleva délicatement la cloche qui maintenait le repas chaud et s’inclina avec exagération. Comme il continuait ses bêtises, Ethelle finit par pouffer de rire. Puis elle commença à manger, divertie par les conversations de Simon et Clay. Ils lui tinrent compagnie encore quelques temps, avant de prendre congé. Ils lui souhaitèrent un prompt rétablissement et l’ancien Faucheux lui promit de dessiner tout ce qu’il pourrait de leurs découvertes ou scènes fantomatiques qu’elle allait rater. Quant à elle, elle leur souhaita un bon voyage, leur fit quelques recommandations et leur fit promettre de se montrer prudents durant leurs explorations.

Une fois que la porte de sa chambre se fut refermée sur eux, elle ressentit un grand vide. Elle repoussa le plateau hors du lit et s’enfouit sous l’édredon, les larmes aux yeux. Au loin, elle entendit la voiture de location de Simon se mettre en route et s’éloigner sur le chemin de la propriété des Merryweather. Esseulée, elle réprima un sanglot, puis un autre et encore quelques autres avant de parvenir à se maîtriser. Ethelle était un peu surprise de sa réaction. Une telle chose ne lui était encore jamais arrivée. Elle avait déjà pleuré, bien entendu, mais se sentir aussi désemparée après le départ de quelqu’un était quelque chose qu’elle n’avait encore jamais ressenti. Elle décida qu’elle ne devait pas se laisser abattre. Après tout, plus vite elle serait de nouveau sur pied, plus vite elle pourrait rejoindre ses amis. La rouquine réalisa que, même si elle trouvait l’étude de la bibliothèque était intéressante, ce qu’elle avait réellement apprécié était d’avoir accompli tout cela en équipe. Et, plus précisément, en compagnie de deux personnes qui, elle en était certaine cette fois, elle pouvait qualifier d’amis.

Ethelle voulut trouver le sommeil – on lui avait dit de se reposer – mais elle ne parvint pas à fermer l’oeil. Elle roula sur le dos, écartant l’édredon moelleux de sa tête et fixant le plafond. Que pouvait-elle faire à présent ? Devait-elle appeler quelqu’un ? Et si il s’agissait encore de la servante prude ? Est ce que cette servante serait disposée à demander à Nicolas de venir lui tenir compagnie ? Etait-elle condamnée à mourir d’ennui dans ce lit confortable ? La rouquine soupira. Elle dérogea déjà à sa décision de se reposer pour se remettre plus facilement. S’efforçant d’ignorer de son mieux ses maux de crânes qui la lançaient dès qu’elle bougeait, elle se leva du lit. Elle fit quelques pas en grimaçant et se rendit à la fenêtre. Visiblement, sa chambre se trouvait à l’arrière du manoir. La fenêtre s’ouvrait sur un immense jardin fleuri et arboré. Sur la droite, elle aperçut même un petit labyrinthe de buis. Parmi les fleurs, il y avait des massifs entiers de rosiers de toutes les couleurs possibles. Bien sûr, vu l’avancement de la saison, il ne restait plus beaucoup de fleurs fraîches.

Quelqu’un frappa à la porte. « Entrez ! » Lança la jeune femme sans quitter l’extérieur des yeux. Elle entendit le battant s’ouvrir et elle se retourna, se retrouvant face à une femme rigide en robe bordeaux, au chignon gris serré et à la mine sévère, qui portait une petite mallette gonflée en cuir. « Oui ? S’enquit Ethelle.
– Je suis madame Cartridge, le médecin de famille des Merryweather, l’informa formellement la femme qui venait d’entrer. Que faites-vous hors du lit ?
– Je me dégourdissais les jambes.
– Ce n’est pas raisonnable, balaya le médecin un peu revêche. Retournez vous coucher. » La rouquine n’aimait pas le ton de madame Cartridge, mais lui obéit néanmoins, se glissant sous l’édredon encore chaud.

La femme dans la robe bordeaux s’approcha d’elle, lui enleva le bandage qui ceignait son front et commença à l’examiner. Heureusement pour Ethelle, la consultation ne dura pas longtemps. Le médecin lui fit quelques sévères recommandations de repos et lui laissa des médicaments avec de strictes consignes pour les prendre. La jeune femme, pressée de se débarrasser de cette présence envahissante, hocha la tête, faisant mine d’écouter sagement. Madame Cartridge avait du en voir d’autres, car elle insista pour lui faire répéter toutes les instructions. Quand, finalement, le médecin prit congé, elle fut tout de suite remplacée par la servante qui s’était offusquée de voir Clay dans la chambre de la rouquine. Ethelle réprima une soudaine envie de lever les yeux au ciel et s’efforça de lui sourire à la place.

La domestique, qui n’avait pas entendu les recommandations de madame Cartridge, obéit à la rouquine lorsque cette dernière lui demanda de l’aider à se lever et se vêtir. Quand la servante s’empara de son sac de voyage, Ethelle lutta de nouveau contre une vague d’émotion soudaine. Simon et Clay s’étaient montrés suffisamment attentionnés pour lui amener toutes ses affaires. La domestique en sortit la robe que la jeune femme avait mise pour se rendre à son entrevue avec le comte Clayton. Cela lui paraissait s’être déroulé il y a des dizaines d’années. Elle se sentit un peu plus en forme, ainsi vêtue. Soupirant d’aise, elle sortit de la chambre, comptant bien se rendre dans le jardin qu’elle avait vu un peu plus tôt, afin de prendre un peu l’air. La servante tenta bien de l’en dissuader, arguant le fait qu’Ethelle risquait de prendre froid. Mais la rouquine l’ignora et s’en fut dans le jardin, sans plus s’occuper d’elle.

Effectivement, le fond de l’air était frais et une brise jouait avec les pans de sa robe et de sa pèlerine. Tout cela lui donna un petit coup de fouet. Elle marcha un moment entre les dernières fleurs de la saison, ne pouvant s’empêcher de remarquer des pensées, ces petites fleurs des fées, çà et là. La jeune femme se demanda si ces petites fleurs émettaient aussi une lueur la nuit. Elle nota cette question dans un coin de son esprit et prévoyait de vérifier cela la nuit venue. Ses pas la menèrent ensuite devant le petit labyrinthe. Elle sourit par devers elle et y pénétra. Caressant les haies de la main droite sur son passage, Ethelle s’amusa à se perdre et essayer de retrouver la sortie. Le labyrinthe n’était pas très étendu, et cela ne lui prit pas très longtemps avant d’en trouver la fin. De l’autre côté du labyrinthe se tenait Nicolas Merryweather, un doux sourire aux lèvres. Il lui tendit le bras, dans une muette proposition de promenade. La rouquine sourit à son tour et accepta, prenant le bras offert.

« Je vois que vous vous sentez mieux, commenta le jeune homme.
– Oui, confirma Ethelle. J’avais besoin de marcher un peu à l’extérieur.
– Vos amis sont partis tout à l’heure, ils avaient l’air pressés, continua Nicolas dont le ton contenait une interrogation.
– Oh oui, ils devaient repartir le plus rapidement possible, confirma de nouveau la rouquine. Ils pensent pouvoir trouver des moyens de contrer des éruptions de créatures magiques agressives, mais ils doivent le faire avec diligence.
– Je comprends, et je suis heureux qu’au moins vous soyez restée.
– Il semblerait que je sois en convalescence et que je ne puisse voyager, déplora Ethelle avec un soupir.
– Ne vous en faites pas, la rassura Merryweather. Je ferai tout pour vous rendre ce séjour agréable.
– Je n’en doute pas, vous êtes un véritable gentilhomme, lui dit-elle avec un sourire.
– Voyons, vous me flattez, la gourmanda gentiment Nicolas. Je fais seulement tout cela parce que je crains les représailles de vos deux amis si je ne vous traite pas suffisamment bien ! »

La jeune femme se mit à rire. Elle avait du mal à imaginer Simon ou Clay intimidants, eux qui s’étaient toujours montrés prévenants avec elle. Intérieurement, elle avait beaucoup ronchonné à propos de la promiscuité qu’ils avaient eue. Mais elle subodorait que tout cela allait bientôt lui manquer. Elle chassa ces idées de son esprit pour se concentrer de nouveau sur la compagnie de Merryweather. « J’avais une question, osa la rouquine.
– Oui ? L’encouragea Nicolas.
– Jusqu’ici, toutes les personnes que je connaissais avant le décès de mon père m’ont tourné le dos depuis le scandale qui a entouré notre nom (est-ce que j’avais vraiment déterminé cette histoire de scandale au début ou pas ? A expliquer un peu plus.). Pourquoi agissez-vous comme si rien ne s’était passé ?
– Ah, ça. » Le jeune homme se tut un instant, comme si il cherchait la meilleure manière de répondre. Sa mine s’était faite un peu plus grave. Puis il sourit de nouveau.

« C’est très simple, en réalité, exposa-t-il. Je sais qu’il y a eu des problèmes depuis que plusieurs familles ont fait faillite. Je sais aussi que nous autres, qui nous qualifions nous-mêmes de la bonne société, sommes très prompts aux chamailleries. A partir de là, ce n’est pas très compliqué de déduire que le scandale autour de votre père n’est que la partie émergée de l’iceberg. Pour ma part, je préfère ne pas prendre parti sur toute cette histoire. Je pense que votre père a été un bouc émissaire très pratique pour certaines choses dont nous n’avons même pas conscience !
– J’aimerais bien savoir, remarqua pensivement Ethelle. Je m’étais promis de faire la lumière sur cette affaire. Mais, ne sachant pas comment m’y prendre, j’ai profité de tomber sur deux personnes adorables qui m’ont fait passer d’excellents moments pour m’évader de toutes ces choses…
– Vous avez bien fait, je pense ! » Merryweather émit un rire sibyllin.

Ethelle devait bien se rendre à l’évidence : son hôte avait raison. Au moment où elle avait rencontré Clay, elle avait besoin de se changer les idées et de changer d’air, de vie, au moins de manière temporaire. Tout le temps qu’elle avait passé en compagnie de Simon et de l’ancien Faucheux lui avait été salutaire. Elle sourit à son tour. « Je pense qu’à présent je suis prête à reprendre pied avec la réalité, déclara-t-elle finalement en relevant le menton.
– Je vois cela, nota Nicolas. Vous paraissez déterminée.
– Je le suis, confirma la rouquine. Evidemment, je ne sais toujours pas comment je vais m’y prendre pour laver mon nom de famille, mais je n’aurais pas du perdre cet objectif de vue. Je pensais que l’étude du surnaturel m’aiderait à faire cela par un moyen détourné, mais je pense maintenant que ce n’était qu’une échappatoire. »

Elle soupira à ses mots et se tut un moment. Elle lança un regard légèrement meurtri à son hôte. « De plus, ajouta-t-elle, je leur fais totalement confiance. Je sais qu’ils n’ont pas besoin de moi pour trouver les réponses et des solutions au niveau de l’émergence de magie.
– Si tel est votre avis, intervint Merryweather, je suis tout disposer à vous aider.
– A m’aider ?
– Tout à fait, affirma-t-il. En tant qu’ami et ancien admirateur enfantin, je suis prêt à vous concéder mes ressources pour vous prêter assistance dans votre quête. C’est à cela que servent les amis, n’est ce pas ? » La jeune femme resta un bref instant bouche bée et sans voix. Elle savait que Nicolas était une personne dotée d’un bon cœur, mais elle ne s’était pas attendue à tant de générosité. Ethelle adressa un sourire lumineux à son aimable hôte.

« Je serais ravie que nous travaillions ensemble à ce propos, lui dit-elle. Et je vous remercie du fond du cœur de votre générosité, je ne m’attendais pas à autant.
– Allons, mademoiselle Morton, je ne fais qu’écouter ce que me commande ma conscience. Mais avant de nous lancer dans cette croisade, je vous propose de retourner vous reposer un peu.
– Mais je m’ennuie en me reposant, ronchonna la jeune femme.
– Vous vous porterez mieux ensuite, lui assura Merryweather avec une mine encourageante. Et puis, si vous vous reposez suffisamment, je vous invite à dîner. Vous pourrez avoir ce que vous voulez !
– Vraiment ? Minauda Ethelle qui commençait à vraiment beaucoup apprécier son hôte.
– Je vous le promets.
– Je ferai peut-être bien de retourner me coucher, dans ce cas. »

Le jeune homme acquiesça en réprimant un petit rire et la raccompagna doucement jusqu’à sa chambre. Ce faisant, il la félicita sur le temps particulièrement court qu’elle avait mis à sortir du labyrinthe, ce à quoi elle répondit qu’en tant qu’exploratrice, elle ne pouvait se perdre dans aucun labyrinthe. Et ils devisèrent ainsi, de choses et d’autres, toutes très triviales. Une fois à la porte, il lui souhaita un bon repos et un prompt rétablissement et lui donna un tendre baisemain. Encore une fois, elle sourit : elle n’avait plus eu de baisemain gentilhommesque depuis une éternité. Ils se séparèrent. Ethelle se dévêtit rapidement et se glissa de nouveau sous le moelleux édredon, le cœur bien plus léger cette fois. Elle sombra rapidement, un sourire aux lèvres, dans un sommeil réparateur. En se réveillant ensuite, elle ne ressentait plus ses maux de tête. En revanche, elle se leva instantanément, craignant d’avoir trop dormi. En jetant un coup d’œil à la fenêtre, elle constata que le soleil était en train de se coucher.

 

 

2250 mots, ce qui est bien, mais j’aurais préféré faire un peu plus en ce glorieux samedi ^^

NaNoWriMo 2016 : Arkhaiologia Jour 25

« Qu’est ce que c’était que ça ? S’enquit nerveusement Clay.
– Je ne sais pas, répondit la jeune femme sur le même ton inquiet. J’ai déjà entendu parler d’un peuple sous les menhirs lorsque j’étais petite, mais je n’en sais pas plus. Je pense que Simon pourrait nous éclairer à ce propos…
– Oui, il sait certainement de quoi il retourne. Allons lui demander. » Les deux apprentis se trouvèrent soulagés d’avoir une tâche à accomplir. Ils abandonnèrent le petit parc pour retrouver Simon. Les habitants, dans les rues, affichaient une mine incertaine. Venaient-ils bien de voir ce qu’ils avaient vu ? Semblaient-ils tous se demander. Certains blessés, au sol, confirmaient que l’irruption de la chevauchée naine avait été bien réelle. Des médecins commençaient déjà à affluer, avec les voitures hospitalières qui emmenaient les blessés graves à l’hôpital.

Au détour d’une rue, alors qu’ils pensaient s’être éloignés de la catastrophe, les deux jeunes gens tombèrent de nouveau sur la horde sauvage. Ils firent instantanément demi-tour pour s’enfuir, mais les nains sur leurs poneys les avaient repérés et les prirent en chasse, en les invectivant dans une langue que ni Clay, ni Ethelle ne connaissait. Le nain de tête, passant à côté d’elle, s’agrippa à la rouquine, qui hurla. L’ancien Faucheux attrapa son amie à son tour, bien décidé à ne pas la laisser se faire emmener et attrapa la bride du poney de son ravisseur pour le déséquilibrer. Le nain se confondit en imprécations à l’encontre du jeune homme, qui entraîna Ethelle dans une autre rue. Mais quelques assaillants les suivirent. L’un d’entre eux, ne maîtrisant pas très bien sa monture, percuta la rouquine. Elle trébucha et tomba, se heurtant la tête contre les pavés. Elle lutta quelques instants mais perdit conscience sous le choc.

 

Ethelle émergea en même temps que des maux de tête se réveillaient. Elle ouvrit les paupières mais sa conscience avait du mal à se focaliser. Lorsque sa vue se fit plus nette, elle regarda autour d’elle tout en essayant de se souvenir de ce qu’il s’était passé et de savoir où elle se trouvait. Le plafond ne lui rappelait rien, de même que la chambre dans laquelle était confortablement installée. Comme elle se trouvait seule, la rouquine ne pouvait pas non plus s’enquérir à propos des événements récents. Bien décidée à tirer ces mystères au clair, elle tenta de se redresser. Mal lui en prit : son crâne la lança, lui arrachant un léger gémissement.

La porte s’ouvrit alors timidement et Clay passa la tête par l’entrebâillement. Voyant que la jeune femme était réveillée, il entra. « Tu ouvres enfin les yeux ! Se réjouit-il en venant s’asseoir sur un fauteuil près du lit.
– Que s’est-il passé ? Lui demanda la rouquine en ignorant le tutoiement. Où suis-je ?
– Nous sommes chez Merryweather, lui révéla Clay. Lorsque tu es tombée, j’ai cru ma dernière heure arrivée. Je ne sais pas si tu avais pu voir, mais ils étaient armés !
– Je me souviens… » Murmura Ethelle à qui la mémoire revenait peu à peu. Elle se remémorait la horde de petits chevaux qui avaient jailli du menhir, chevauchés par des créatures qui avaient l’air en colère. Portant sa main à la tête, elle réalisa qu’un bandage lui ceignait le front. Il n’était pas très serré, expliquant pourquoi elle ne s’était pas rendu compte de sa présence en ouvrant les yeux.

« Ca va ? S’inquiéta le jeune homme.
– Oui, enfin, non, mais ça ira, le rassura la rouquine en tentant d’esquisser un sourire rassurant.
– Tu m’as fait peur, tu sais, lui avoua-t-il. Il y avait du sang partout et je t’ai crue morte. Heureusement que Merryweather est arrivé pour nous sauver la mise, sinon tu te serais vidée de ton sang et j’aurais certainement été tué.
– Merryweather ? S’enquit Ethelle qui n’avait pas la force de formuler de longues phrases tant elle se sentait lasse.
– Oui, Merryweather, confirma Clay. Il est arrivé juste au bon moment, accompagnant un escadron de gendarmes. Ils ont mis les petits cavaliers en déroute. Et, pendant que je compressais ta blessure, il est allé chercher de l’aide. Ensuite, il a proposé de t’emmener te reposer au manoir, parce que ça serait plus confortable que sur le lit d’appoint de Simon et plus agréable que l’hôpital. Allonge-toi. »

Ce disant, il la repoussa gentiment sur le tas d’oreillers. La rouquine avait encore un peu l’air hagard et son teint pâle l’inquiétait. « Simon ? S’enquit-elle ensuite.
– Il est ici aussi. Il est sorti se promener tout à l’heure, du coup j’ai été chassé de la chambre. Les domestiques d’ici sont bien collets montés !
– Oh. » Emit la jeune femme. Elle en avait presque oublié la bienséance. Evidemment, un jeune homme ne pouvait pas rester seul dans la chambre d’une jeune femme. D’ailleurs, même si elle était réveillée, il n’était toujours pas sensé être là. Elle supposa qu’il avait du attendre de l’autre côté de la porte, puisqu’il était entré dès qu’elle avait fait du bruit. Après réflexion, elle décida de ne pas le renvoyer. Ethelle aimait bien sa présence et qu’il lui raconte ce qu’elle avait manqué.

« Normalement deux jeunes gens ne doivent pas rester seuls sans chaperon, lui expliqua-t-elle tout de même ignorant l’effort que lui demandait de faire une phrase aussi longue.
– Pfff ! Lança Clay. C’est idiot. Nous avons passé plein de temps rien que tous les deux dans la bibliothèque.
– Oui, acquiesça la rouquine qui se sentait un peu mieux. Mais il n’y avait personne pour s’en offusquer.
– C’est vrai que Simon n’est pas du genre à s’offusquer de quoi que ce soit.
– Attendons de voir si quelqu’un abîme un de ses précieux objets antiques, affirma Ethelle. Je suis certaine qu’il pourrait en perdre son sang-froid.
– Je pense aussi. » Pouffa l’ancien Faucheux.

Quelqu’un frappa et la porte s’ouvrit de nouveau. « Que faites-vous là ? Demanda à Clay et d’un air horrifié la servante qui entra.
– J’ai entendu un bruit, alors je suis entré pour voir si tout allait bien, expliqua le jeune homme sur le ton bravache de celui qui se butait.
– Vous devriez sortir, vous savez, le prévint la domestique en posant un plateau sur une tablette de l’autre côté du lit d’Ethelle. Vous allez ruiner la réputation de cette jeune fille sinon.
– Ne vous en faites pas pour cela, répondit la rouquine avec un doux sourire. Ma réputation est déjà ruinée de toutes façons. » La femme qui venait d’entrer ouvrit et ferma la bouche plusieurs fois, visiblement désarçonnée par la douce franchise de cette jeune fille de bonne famille. La servante jeta un coup d’œil furieux à Clay qui riait sous cape. Puis, reprenant rapidement contenance, elle reprit :

« Mais le jeune maître…
– N’a absolument pas son mot à dire dans cette histoire, compléta fermement Ethelle qui n’aimait pas que qui que ce soit lui dicte sa conduite.
– Je… fort bien madame, balbutia la domestique.
– Bonjour bonjour ! Les interrompit joyeusement Derrington en entrant sans frapper. Mais c’est que notre charmante demoiselle est enfin réveillée ! C’est merveilleux !
– Bonjour Simon, le salua aimablement Ethelle. Je suis fort aise de vous voir.
– Et moi donc, appuya l’archéologue avec un grand sourire. Comment se porte votre tête ?
– Elle me fait mal, confessa la jeune femme. Mais je pense que je survivrai.
– J’y compte bien, affirma Simon. J’ai besoin de vous pour mes recherches. Voulez-vous quelque chose ? » Demanda-t-il ensuite, un sourcil levé, à la servante qui se trouvait toujours plantée là.

« Oh, euh, non, pardonnez-moi, je m’en vais… Répondit la domestique qui fila.
– Je me disais, aussi, reprit l’archéologue. Alors, jeune fille, il semblerait que vous ayez fait une rencontre malheureuse, n’est ce pas ?
– Oui, acquiesça Ethelle. Qu’étaient-ils ? Le savez-vous ?
– Ils ont plusieurs noms selon les régions, lui révéla Simon. Lutins, nains… Moi je préfère les appeler des korrigans. J’adore ce nom ! Cependant, je n’avais jamais entendu dire qu’ils étaient des cavaliers guerriers.
– Et pourtant, ils étaient bien armés, insista Clay.
– Oui oui, je vous crois, lui dit l’archéologue. Je suppose que leur longue captivité a du les énerver quelque peu.
– C’est le moins que l’on puisse dire, commenta la rouquine. Que leur est-il arrivé ?
– Aux korrigans ?
– Oui, confirma la jeune femme.
– Ils ont été repoussés, intervint de nouveau Clay. Personne n’a réussi à en capturer et ils ont tous disparus.
– Je suppose qu’en nous voyant loin d’être sans défense, ils sont retournés se réfugier sous leurs menhirs. » Supposa Simon.

Ils se turent tous les trois et Ethelle entreprit de digérer toutes ces nouvelles. Après un instant de silence, Clay déclara : « Il semblerait que les fées deviennent plus présentes et plus fortes.
– Tout à fait, approuva l’archéologue. Je pense que nous allons devoir retourner rapidement à la bibliothèque pour élucider tout cela, voir même, trouver un moyen de contrer leur influence.
– Cela me parait incontournable, nota la rouquine. Quand partons-nous ?
– Et bien… » Commença Simon. Il échangea un regard grave avec Clay et reprit : « Nous deux partirons dès demain. Mais vous, vous devez passer encore quelques jours en convalescence pour vous remettre. Un coup à la tête n’est jamais à négliger, vous savez.
– Oh… » La jeune femme se sentait déçue.

Elle jeta un coup d’œil désespéré à l’ancien Faucheux. Ce dernier détourna le regard. La décision paraissait l’embêter autant qu’elle. Evidemment, au fond d’elle, Ethelle reconnaissait le bien-fondé de la convalescence : elle ne se sentait pas de descendre dans la faille abrupte qui menait jusqu’à l’entrée de la bibliothèque. Mais elle savait aussi très bien qu’elle allait rapidement s’impatienter. La rouquine aussi mourrait d’envie de retourner faire des recherches dans l’antique bâtiment. Elle soupira. « Il ne faut pas s’inquiéter, tenta de la rassurer Simon avec un clin d’œil. Nous reviendrons nous assurer de votre état d’ici quelques jours à peine. Je pense que d’ici là vous irez bien mieux et nous vous emmènerons avec nous !
– Ne partez pas trop longtemps, lui demanda la rouquine. Je meurs d’envie de me pencher de nouveau sur l’étude de cette civilisation.
– Je me doutais bien que vous aviez acquis la fièvre du savoir, vous deux, pouffa l’archéologue guilleret. Soyez assurée que nous ne vous laisserons pas trop longtemps dans cette terrible prison insalubre. » Taquin, il lui adressa un sourire moqueur. Ethelle sourit. Elle relativisa en se disant que Nicolas lui tiendrait certainement compagnie. Cette perspective paraissait plutôt agréable.

 

 

1763 mots aujourd’hui ! Oui, je poste plus tôt que d’habitude, vu que je n’aurai pas l’occasion d’écrire tout à l’heure.

NaNoWriMo 2016 : Arkhaiologia Jour 24

Ce dernier afficha une mine déçue. Il poussa un profond soupir.

« Je comprends, déclara-t-il finalement. Même si je dois dire que je trouve tout cela tellement passionnant qu’il est presque douloureux d’y renoncer.
– Allons Nicolas, le gourmanda Ethelle. Ne vous montrez donc pas si dramatique ; ces envolées lyriques ne fonctionnent que pour le théâtre.
– Vous avez raison, concéda aimablement Merryweather. Je devrais me montrer plus raisonnable. Après tout, vous êtes les professionnels ici et je m’en voudrais d’interférer dans votre travail.
– Je vous remercie pour votre considération, lui dit plaisamment Simon.
– Oh, c’est tout à fait normal, balaya Nicolas. Seulement, j’aimerais que vous me promettiez une chose, vous trois.
– Quoi donc ? S’enquit curieusement Clay.
– Que vous me laisserez être le premier visiteur de votre grandiose découverte.
– Vendu ! S’exclama joyeusement l’archéologue. Vous serez le premier touriste à avoir la chance de visiter ces ruines antiques ! »

Ils trinquèrent à cette promesse. Puis ils trinquèrent de nouveau et profitèrent du dessert. Clay se montra particulièrement joyeux après tout cet alcool ingéré. De plus, il n’avait jamais mangé autant de toute sa vie. Il avait l’impression qu’il allait en être malade, mais il en était heureux néanmoins. Pour lui, avoir décidé de quitter les Faucheux en compagnie d’Ethelle était la meilleure idée qu’il avait pu avoir. Ses conditions d’existences s’étaient grandement améliorées depuis et il s’en trouvait tout à fait satisfait. Il s’était aussi mis d’accord avec Simon, pendant leur exploration de la bibliothèque, que celui-ci lui enseignerait les bases de l’histoire antique, pendant qu’Ethelle lui apprendrait à lire et à écrire. Il comptait devenir un spécialiste de cette civilisation qui avait inventé tellement de choses. Le jeune homme avait fini par tomber amoureux de ces mystérieux ancêtres et sa curiosité pour eux était devenue dévorante.

Il avait été soulagé que Simon décline la venue de Merryweather dans la bibliothèque. Pas qu’il n’appréciait pas leur hôte, au contraire. Il trouvait Nicolas très sympathique, là n’était pas le problème. Clay se sentait juste mal à l’aise à l’idée que quelqu’un d’autre vienne s’immiscer dans la bibliothèque, leur bibliothèque. L’ancien Faucheux se sentait très protecteur vis à vis de la découverte de Derrington. Et il réalisa qu’il n’aimait pas l’idée que des intrus pourraient y entrer à leur tour. Cela ne le dérangeait pas que Simon et Ethelle viennent y vaquer à leurs occupations, au contraire. Concernant l’archéologue, c’était surtout son territoire à lui. Quant à la rouquine, ils avaient découvert cet édifice de savoir ensemble. Pour lui, elle y avait tout à fait sa place. Et puis, sa présence le rassurait lors des apparitions de scènes fantomatiques, même si ces souvenirs vivaces du passé l’inquiétaient également.

En fait, il était impatient de retourner là-bas. Surtout maintenant qu’Ethelle l’avait bien réapprovisionné en carnets et crayons et qu’il avait de quoi s’éclairer à profusion. Même avec les apparitions ; elles le surprenaient à chaque fois, mais il était certain qu’elles contenaient plein d’informations à exploiter. Il se souvenait encore de la scène de la première nuit qu’ils avaient passé dans la bibliothèque, lorsque les jeunes gens paraissaient discuter et rire tout en utilisant la mystérieuse boîte métallique. Après en avoir discuté avec Simon le lendemain, ils avaient pris sur eux de l’ouvrir. Ce qui les avait décidé était qu’ils en avaient trouvé d’autres un peu de partout dans le bâtiment. Armé d’un pied de biche, c’était Clay qui avait eu l’honneur de forcer la porte. Certains des restes présumés de nourriture s’effritèrent sous le choc de la vibration. Une fois ouverte, la boîte recelait toujours bien des trésors. Par exemple, ils firent l’inventaire complet et stockèrent du mieux qu’ils purent les emballages qu’ils supposaient de nourriture et de boisson. Et, surtout, ils avaient eu l’occasion d’étudier le mécanisme intérieur du placard à provisions. Ils ne parvinrent pas à le faire fonctionner – l’appareil devait avoir besoin d’énergie – mais firent l’hypothèse qu’il se contentait de distribuer de la nourriture ou de la boisson en échange d’argent.

Au delà du fait que Simon lui avait permis de garder quelques pièces antiques en guise de récompense, Clay avait été enchanté de cette découverte. Le fait de savoir à quoi servaient ces buffets de métal, l’aidait à lui donner une idée de comment vivaient les gens à cette époque. Il pouvait les imaginer déambuler dans cette enceinte de connaissances, lisant et étudiant aux étages supérieurs, assistant à il ne savait quel genre de représentation au sous-sol, faisant une pause pour acheter des en-cas aux machines… Il avait même commencé à dessiner des scènes de vie qu’il pensait être probables au sein de la bibliothèque, en plus d’essayer d’immortaliser les scènes fantomatiques auxquelles ils avaient la chance – et la terreur parfois – d’assister. Découvrir ce genre de choses avait été une véritable révélation pour l’ancien gamin des rues qu’il était. Il n’avait jamais participé à une activité aussi passionnante. Peut-être était-ce pour cette raison qu’il rechignait à partager une chose aussi importante avec d’autres.

Réalisant qu’il s’était laissé absorber par ses pensées, il secoua la tête et se concentra de nouveau sur la conversation. Celle-ci n’était plus que badinage sur divers sujets qui ne parlaient absolument pas à Clay, comme l’entretien que nécessitait une propriété telle que celle des Merryweather par exemple. Ethelle parut remarquer son manque d’intérêt pour le sujet et lui adressa un sourire complice, auquel il répondit instantanément. Depuis qu’ils s’étaient rencontrés la première fois au parc des Deux Ormes, l’attitude de la jeune femme avait beaucoup changé à son égard. Elle était devenue moins hautaine et distante. A force de discuter de la bibliothèque et de faire des découvertes ensemble, ils s’étaient beaucoup rapprochés. Eux et Simon avaient désormais un lien unique et très fort, forgé par l’élucidation des mystères de cette civilisation et le partage d’un secret connus que d’eux-mêmes. Clay corrigea mentalement cette dernière assertion : en réalité Derrington voulait que d’autres soient au courant. Il pressentait que la ré-émergence du surnaturel pouvait être un danger pour leur propre civilisation. Malheureusement, personne ne l’avait cru jusque là, ce qui était aussi une des raisons pour lesquelles il réunissait des preuves.

La soirée, fort agréable au demeurant, finit tout de même par arriver à sa fin. Nicolas leur proposa de passer une confortable nuit sur place, dans les douillettes chambres de son manoir. L’idée tenta grandement Ethelle. Comme ses deux compagnons et elle dormaient tout le temps dans la même pièce, elle n’aurait pas refusé de passer du temps à dormir toute seule pour une fois. Mais, comme elle s’y attendait, Simon refusa poliment. Il invoqua le fait qu’ils allaient devoir repartir à la bibliothèque d’ici peu de temps et que, si ils restaient ici, le lieu était tellement agréable qu’ils n’en repartiraient jamais. « Cela ne me dérangerait pas de vous garder à vie, déclara Merryweather. Ce n’est pas tous les jours que j’ai l’occasion d’avoir des hôtes aussi agréables !
– Vous nous flattez, le gourmanda la rouquine en remuant un doigt accusateur.
– Si peu, contra Nicolas avec un fin sourire. Quoiqu’il en soit, même si j’aurais bien aimé vous garder plus longtemps, je vous souhaite une bonne nuit mes chers hôtes, ainsi qu’un bon voyage de retour à vos fouilles ! »

Les trois explorateurs le remercièrent chaudement et s’en furent, dans la voiture de location que le majordome leur amena. Clay et Ethelle somnolèrent durant tout le trajet qui les mena au wagon maison de Simon. Ce dernier, qu’il était fatigué lui-même ou qu’il était conscient de leur fatigue à eux, les laissa tranquilles. Sur le bord de la route, une forme blanche lui fit signe de s’arrêter. Bien sûr, l’archéologue connaissait bien son folklore et savait qu’ils ne valait mieux pas faire confiance aux Dames Blanches. Il ne s’arrêta pas pour elle et ne prit même pas la peine de déranger ses deux jeunes compagnons pour qu’ils puissent l’admirer. Après tout, si il avait raison – et il avait certainement raison, estimait-il – ils auraient bientôt l’occasion d’admirer beaucoup d’autres specimens de spectres et de faire connaissance avec leurs spécificités. En revanche, beaucoup de personnes allaient se faire avoir. Qui avait encore l’habitude de côtoyer les fées de nos jours ?

Les trois vaillants explorateurs se levèrent tard le lendemain. Leur soirée avait été plus arrosée que ce dont ils avaient l’habitude. Mais ils avaient décidé qu’ils étaient en congés ; aucun ne se formalisa de leur manque de sérieux. Malgré cela, Simon se plongea tout de même dans ses carnets et certains des livres de sa bibliothèque intramurale personnelle. Il expliqua à ses deux apprentis qu’il avait certaines choses à vérifier, mais qu’eux pouvaient faire ce dont ils avaient envie. Ethelle et Clay échangèrent un regard, puis décidèrent d’un commun accord d’aller se promener ensemble dans la ville. Lors de leurs pérégrinations, ils apprirent qu’un cercle de menhirs se dressait dans un des pars de la petite cité. Curieux de savoir si eux, archéologues en herbe, pouvaient en tirer des informations, ils s’y rendirent avec enthousiasme. Ils étaient conscients qu’ils étaient désormais plus connaisseurs dans une autre forme d’antiquité, mais ils étaient tout autant intéressés de savoir ce qu’ils pouvaient tirer des menhirs.
Le parc n’était pas très étendu. Il consistait surtout à une petite étendue d’herbe plantée de quelques bancs et qui entourait un tertre tout aussi herbeux, sur lequel étaient plantés des pierres en cercle. Les deux jeunes gens s’approchèrent des menhirs pour les inspecter. « Clay ! Appela Ethelle qui s’était accroupie au pied de l’un d’eux. J’ai trouvé des inscriptions gravées… Penses-tu pouvoir les dessiner pour les montrer à Simon ?
– Mmmh, c’est difficile de les voir, commenta l’ancien Faucheux qui était venu voir par dessus son épaule. Mais je peux peut-être en faire une empreinte.
– Oui, la pierre a été bien érodée. » Acquiesça la rouquine en caressant les gravures comme pour mieux distinguer leurs contours.

Soudain le sol, sous leurs pieds, émit des vibrations grondantes. Comme si il y avait une mine sous terre et que des chariots roulaient à tombeau ouvert. Ethelle se redressa vivement, aidée par Clay qui la tira en arrière. Bien lui en prit : le sol sous le menhir parut s’ouvrir et en jaillirent, lancés au grand galop, de petits chevaux, pas plus hauts que des poneys, chevauchés par de petits cavaliers. Ils disparurent bientôt dans les rues citadines, créant une grande confusion sur leur passage. L’ouverture au pied du menhir, quant à elle, paraissait avoir disparu. Les deux apprentis de Derrington restèrent un instant interdits à rassembler leurs esprits. Maintenant que la clameur s’était calmée, ils en étaient à se demander si ils n’avaient pas rêvé. Mais les figures pâles qu’ils affichaient certifiaient le contraire.

 

 

1788 mots pour aujourd’hui, ce qui est plutôt nul pour un jeudi, mais bon.