NaNoWriMo 2016 : Arkhaiologia Jour 23

Le domaine se trouvait à l’extérieur de la ville. Evidemment, avec leur véhicule ils ne mirent qu’une dizaine de minutes à arriver à l’immense portail d’entrée en fer forgé. Comme il était ouvert, attendant certainement leur arrivée, Simon fit entrer la voiture sur le chemin bien entretenu et bordé des arbres d’une petite forêt qui entourait toute la propriété. Les arbres laissèrent place à un grand espace, plein de tertres fleuris, d’un étang et d’un coquet manoir. La petite route menait jusqu’à l’entrée du manoir. Un homme les attendait et leur souhaita la bienvenue au domaine Merryweather. Lorsque les trois invités furent descendus du véhicule, l’archéologue laissa les clefs au majordome qui les avait accueillis et ce dernier emmena la voiture pour la garer ailleurs sur la propriété. A ce moment là, Nicolas descendit les marches qui menaient à la porte d’entrée, afin de leur souhaiter, à son tour, la bienvenue.

Il les fit entrer et s’installer dans un confortable petit salon, doté d’une cheminée dans laquelle un feu crépitait. Ethelle approuva la décoration de la pièce, qui était de bon goût et pas trop chargée. Nicolas Merryweather se montra un hôte délicieux avec ses trois invités. Il ne se moqua pas de Clay qui ne connaissait rien aux alcools prisés. L’ancien Faucheux qui était mal à son aise au début, se trouva rapidement détendu par la frimousse sympathique de leur chaleureux hôte. En compagnie de Simon – qui, lui, paraissait en connaître un rayon – Merryweather commença à faire son éducation en la matière. Ethelle se contenta d’émettre quelques commentaires par ci par là. A la vérité, elle ne connaissait pas grand chose dans ce domaine et se contentait, la plupart du temps, de boire tout ce qu’on lui proposait.

Les discussions apéritives portèrent non seulement sur l’alcool, mais aussi sur l’archéologie. Ou, pour être plus précis, sur la partie exploration. Nicolas paraissait passionné par tous ce que ses invités lui racontaient. Il interrogea longuement Simon sur le matériel qu’il utilisait et à quelles fins. Ils continuaient encore leur discussion à propos d’équipements lorsqu’ils passèrent à table, dans la salle à manger. Celle-ci, qui servait à l’occasion de salle de réception, était assez fastueuse et Clay en fut impressionné. La table était tellement gigantesque qu’elle avait été dressée sur une partie seulement, afin que les convives ne se retrouvent pas séparés par des mètres de table vide, ce qui aurait gêné les conversations.

« Et comment vous êtes-vous tous rencontrés ? S’enquit à un moment du repas Nicolas.
– C’est une excellente question ! S’exclama l’archéologue en se tournant vers Clay et Ethelle. Vous êtes arrivés dans mon wagon tous les deux, mais je ne sais pas comment vous avez eu l’occasion d’être en contact l’un avec l’autre !
– Ils sont entrés chez vous ? S’étonna Merryweather. Comment cela ?
– Oh, un peu par hasard, supposa Simon sans attendre de réponse de la part de ses deux apprentis-explorateurs. Ils ne paraissaient pas avoir de plan très définis quand ils ont fait irruption chez moi.
– Nous cherchions juste un endroit où dormir, expliqua Clay.
– Oui, et pas trop exposé aux intempéries, ajouta Ethelle.
– Et monsieur Derrington vous aurait accueillis sans vous poser de question ? Continua Nicolas.
– Tout à fait, confirma la jeune femme. Monsieur Derrington semble être une personne très généreuse et dépourvue d’inquiétude face aux étrangers. »

Simon se mit à rire joyeusement. « Voyons, mademoiselle Morton, n’exagérons rien ! Je vous avais rencontrée un peu plus tôt au Parlement ; vous ne m’étiez pas totalement inconnue.
– C’est vrai, concéda Ethelle avec un sourire.
– Au Parlement ? Reprit Merryweather sur le ton de celui qui voulait en savoir plus.
– Oui oui, confirma l’archéologue. J’avais rendez-vous avec madame (Avait-elle un nom ?) pour l’entretenir de sujets d’importances qui me tenaient à cœur. Malheureusement, elle m’a pris pour un olibrius et m’a jeté dehors comme un malpropre. C’est là que j’ai vu la jeune Ethelle, qui patientait dans le salon d’attente. Nous avons un peu discuté – je dois dire qu’elle m’inspirait confiance – et puis elle m’a faussé compagnie pour se rendre dans le bureau du Comte Clayton.
– Une rencontre fortuite, en somme, résuma Nicolas. Et vous deux ? Comment vous êtes-vous rencontrés ?
– Nous avons fait connaissance au parc des Deux Ormes, raconta brièvement la rouquine.
– Allons allons, mademoiselle Morton, la gourmanda son hôte en riant. Je suis certain qu’il y a bien plus que cela à dire sur votre rencontre !
– On ne peut rien vous cacher, minauda Ethelle. En effet, nous nous sommes rencontrés de manière banale au parc des Deux Ormes, mais nous en avons fui l’incendie ensemble. Ce qui est, il faut bien l’avouer, un peu moins banal.
– Oh oui, renchérit Nicolas. J’ai entendu parler de cette affaire. Un pâté de maisons a été touché par le feu ; les pompiers ont eu fort à faire ! Et vous vous êtes retrouvée au milieu de tout cela ? C’est vraiment terrible. »

Il paraissait vraiment compatissant et le cœur de la jeune femme se remplit de gratitude. « Il serait tout de même plus juste de dire que je lui ai sauvé la vie, pérora Clay.
– Je n’en doute pas une seconde, s’exclama Merryweather avec enthousiasme. Vous paraissez être une personne courageuse et je vous vois tout à fait comme un héros.
– N’exagérons rien, pouffa l’ancien Faucheux d’un petit rire gêné.
– Et vous, reprit Simon qui préférait prendre la parole assez régulièrement ? Comment avez-vous rencontré la jeune mademoiselle Morton ?
– Oh, s’illumina Nicolas. Nous n’avons pas fait connaissance de manière très originale. En réalité, nous n’avions pas vraiment fait connaissance avant que je la croise à la papeterie tout à l’heure.
– Ah bon ? Mais comment la connaissiez-vous dans ce cas ? S’étonna Clay.
– Lorsque nous étions enfants, nous avons tous les deux participé aux réceptions du Comte Clayton. Et à l’époque, tout le monde connaissait mademoiselle Morton : elle a toujours été facilement repérable avec sa chevelure de feu. Mais qu’elle était intimidante ! Je n’ai pas honte de le dire : j’ai instantanément été subjugué dès que je l’ai vue.
– Et vous, avez-vous aussi été subjuguée par ce jeune gentilhomme ? S’enquit Clay auprès d’Ethelle avec une pointe de taquinerie.
– Pas vraiment lors des soirées du Comte Clayton, je l’avoue. Je ne savais même pas qu’il existait, à l’époque, déclara la jeune femme avec humilité. Mais lors de notre rencontre de tout à l’heure, j’ai été subjuguée par son amabilité. »

La rouquine passa sous silence le passage où le Comte lui avait organisé une rencontre avec Merryweather en vue d’un mariage potentiel. Elle ne savait plus trop quoi penser de tout cela, en réalité. Après avoir passé des moments délicieux avec le jeune homme, elle se disait qu’elle aurait pu tomber plus mal. De plus, comme il ne semblait pas s’offusquer du scandale de son père, elle se demandait si ce serait une bonne idée de songer à l’éventualité d’une union avec lui. Elle fut tirée de ses pensées par la suite de la conversation. « Je fais de mon mieux pour me montrer le plus agréable possible, assura Nicolas à l’assemblée. Je pense que c’est important.
– Je suis on ne peut plus d’accord avec vous, approuva Simon à grand renfort de hochements de tête. C’est important de se montrer aimable. Malheureusement, tout le monde n’est pas de notre avis ! Notamment, il faut bien le dire, dès que je commence à parler de l’invasion du surnaturel, rares sont les personnes qui restent agréables à mon égard. Et je le déplore ! »

La conversation continua quelque peu sur ce mode, avant de dériver de nouveau doucement vers le sujet de l’archéologie. Nicolas s’enquit du lien entre le surnaturel et les recherches de Simon. Ce dernier lui expliqua ce qu’il avait découvert à propos de la disparition de cette merveilleuse civilisation, plus avancée que la leur, qui avait entièrement disparu et ce, certainement à cause de l’invasion de fées, banshees, dragons, licornes, fantômes et autres créatures ou causes surnaturelles à effets plus ou moins cataclysmiques. Le jeune Merryweather lui confessa son soulagement de voir une personne oser parler de ces choses là. Lui-même avait été témoin de certaines choses qu’il n’avait pu expliquer et qu’il n’avait osé aborder avec qui que ce soit, de peur d’être pris pour un fou. Déjà qu’en règle générale, il passait pour un excentrique, leur avoua-t-il. Si il commençait à parler de magie, nul doute qu’il se retrouverait enfermé dans une maison de fous.

« Vous ? Un excentrique ? S’exclama ingénument Clay.
– Cela semble vous étonner, nota Nicolas.
– Oh oui, je vous prenais pour un exemple de gentilhommerie.
– C’est fort aimable à vous de me dire quelque chose d’aussi gentil. Malheureusement, dans la bonne société dans laquelle j’évolue, les carcans sont très étroits et ne laissent guère place à l’imagination ou le sentiment. Par exemple, le fait que je repousse perpétuellement toutes mes prétendantes est assez mal vu. Il m’a même été reproché d’avoir refusé certains de mes partis.
– Je comprends votre problème, compatit Simon. J’ai vécu la même chose. Ma famille ne m’a jamais pardonné d’être devenu un vulgaire archéologue ! J’ai même failli être renié.
– Je comprends également… » Intervint amèrement Ethelle, sans pour autant s’étendre sur tout ce qu’elle avait subi depuis le scandale autour de son père. Elle n’avait pas envie d’aborder le sujet, ni qu’on lui pose des questions qui lui feraient revivre des évènements qu’elle préférait oublier.

« Et bah… Lança Clay. Moi qui pensait que vous autres, gens aisés, aviez des vies toutes roses. Mais vous avez plein de problèmes que vous vous créez vous-mêmes entre gens de la haute société, en fait, n’est ce pas ?
– Je pense que c’est une bonne vision des choses, pouffa Nicolas. Mais je ne suis pas à plaindre, pour ma part. Cela ne m’empêche pas de faire quoique ce soit que j’ai envie de faire. Qu’avez-vous donc eu comme problèmes de votre côté ?
– Oh, ne pas mourir de faim, ne pas dormir dehors, ne pas se faire attraper lorsque l’on mange ce que l’on ne devrait pas et que l’on dort là où il ne faut pas…
– Je vois, les considérations sont plus terres à terres, bien évidemment, acquiesça Merryweather. Quelque part, ce doit être plus sain.
– Si l’on veut, temporisa Clay. Cela ne nous donne quand même pas beaucoup l’occasion de nous élever l’esprit. J’ai appris une foule de choses intéressantes depuis que je voyage avec Simon et Ethelle. Je n’en aurais jamais eu l’occasion sinon. Dessiner par exemple. Je ne savais pas que j’en étais capable. Bien sûr, au début mes esquisses étaient très moyennes, mais plus je dessine, plus j’arrive à faire les choses correctement. »

Ils méditèrent silencieusement sur la question tandis que des domestiques débarrassaient leurs assiettes et préparaient la table pour le dessert. « Vous paraissez vivre des choses tellement passionnantes, tous les trois, soupira Nicolas avec envie. J’aimerais vraiment venir visiter cette merveilleuse bibliothèque antique et hantée avec vous !
– Malheureusement, elle n’est pas encore visitable, refusa discrètement Simon. De telles ruines sont extrêmement dangereuses et il faut être un archéologue aguerri pour pouvoir évoluer à l’intérieur en toute sécurité.
– Ces deux là seraient donc des archéologues aguerris ? Pointa suspicieusement Merryweather sans se départir de son aimable sourire.
– Tout à fait, acquiesça Derrington avec aplomb. Avant de les emmener, je leur ai fait subir un entraînement intensif ! » Bien sûr, l’archéologue prit bien garde de ne pas mentionner en quoi avait consisté l’entraînement. Percevant la réticence qu’avait Simon à propos d’autres visiteurs dans la bibliothèque, Clay et Ethelle n’intervinrent pas. L’un comme l’autre estimait qu’il s’agissait de l’attitude la plus prudente. Ils n’avaient aucune envie de vexer ni l’archéologue, ni leur aimable hôte.

 

 

1984 mots pour aujourd’hui ! C’est plutôt fantastique pour un mercredi !

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