NaNoWriMo 2018 : Arkhaiologia Tome 2, jour 6

Le jeune homme vit briller des crocs juste avant que la masse soit précipitée contre le mur. En voyant que Chaahk avait le bras tendu, il comprit que le dieu avait utilisé ses pouvoirs pour se débarrasser du monstre. Aussitôt après, Chaahk jeta puissamment sa lance en direction de leur assaillant, le clouant au mur antique.

« Nooon ! s’écria Simon. Il ne faut pas abîmer ces ruines, elles so… » Il fut interrompu par un hurlement de rage du monstre, qui arracha furieusement la lance et la jeta sur le côté. À présent que Clay le voyait mieux, ses yeux s’arrondirent : l’être qui leur faisait face ressemblait à un loup aussi grand qu’un humain et revêtu d’un ensemble comme en portaient les majordomes. Ses yeux étincelaient de colère et sa gueule était entrouverte sur des crocs dégoulinants d’écume.

« Comment se fait-il qu’il ne soit pas mort ? s’étonna le professeur Derrington d’une voix blanche. J’ai vu la lance le traverser ! » Personne ne répondit. La bête avait dû être blessée ; Clay voyait du sang sous l’endroit où il avait été transpercé, mais cela paraissait n’avoir eu que peu d’impact. En s’avançant tranquillement en direction du monstre, Chaahk tendit le bras et la lance vint voler jusqu’à sa main. Le loup, qui se tenait sur les deux pattes arrières, se jeta sur le dieu. Ce dernier pointa sa main dans sa direction et la bête se retrouva immobilisée. Elle ne s’avoua pas vaincue et se débattit contre le pouvoir de Chaahk.

Clay, qui s’était un peu détendu en voyant que le nahua maîtrisait la situation, fut assailli par une nouvelle vague de panique en voyant le monstre parvenir à avancer de nouveau dans leur direction. Le dieu se crispa dans son effort pour le stopper, mais ne parvint pas à l’arrêter totalement. Le jeune homme espérait que leur agresseur se fatiguerait avant Chaahk, mais le souvenir l’explication de Simon selon laquelle le dieu était encore très faible le glaça. Le nahua, d’ordinaire si impassible, commençait à grimacer sous l’effort ; il tenait sa lance prête pour le seconder.

« C’est un loup-garou, s’étrangla Simon. J’en suis sûr ! Ces bêtes sont immortelles, nous sommes faits… » Chaahk, qui luttait férocement contre la force de son opposant, prononça quelques mots en langue antique. Le visage de l’archéologue s’éclaira : « De l’argent vous dites ? Mais où trouver de l’argent ici ? »

C’est alors que Tina s’enfuit. « Hé ! Reviens ! » lui lança Clay. Sur un grognement enragé, la bête parvint à faire un bond en avant. Le jeune homme détourna son attention de la blondinette et avisa l’antique balai avec lequel il avait nettoyé la pièce du camp bien des semaines auparavant. Imitant Chaahk, il délaissa son couteau pour s’emparer du balai comme une arme à allonge et le pointa sur le loup-garou en soutien. Il ne se sentait pas si courageux face aux crocs saillants de l’énorme monstre velu, mais il pensait que fuir ne ferait que retarder l’inévitable.

Clay se sentit quitter le sol. Il flottait à peine au-dessus, mais ses pieds ne touchaient plus la poussière millénaire. « Que… ? » lança-t-il avant de se retrouver deux mètres plus loin, à côté de Simon qui avait visiblement subi le même sort. Chaahk relâcha d’un coup la pression qu’il exerçait sur le loup-garou. Déstabilisé, celui-ci trébucha en avant et le dieu l’embrocha de nouveau sur le sol avec sa lance de métal, appuyant dessus de tout son poids pour bloquer le monstre qui se débattait de plus belle.

Ignorant la lance qui le transperçait, le loup-garou se redressa, essayant de mordre le dieu. Ce dernier l’évitait habilement, le repoussant à terre par magie tout en le maintenant avec son arme profondément enfoncée dans le sol. « C’est admirable, se réjouit le professeur Derrington qui était très pâle. Mais nous n’allons pas pouvoir rester dans cette situation indéfiniment. Nous devons trouver de l’argent pour le mettre hors d’état de nuire. » Clay acquiesça, se releva et aida l’archéologue à faire de même malgré ses jambes tremblantes. Il réfléchissait à toute allure à ce qui pouvait être en argent dans cette bibliothèque antique.

Un bruit sec retentit. Le loup-garou hurla à la mort. Quelques instants plus tard, le bruit claqua de nouveau et le monstre se tut presque aussitôt, un trait planté dans le crâne. Sous les yeux ébahis du professeur Derrington et de son apprenti, la bête prit forme humaine. Clay réalisa avec horreur qu’il connaissait l’homme sous la peau du loup-garou. Il s’agissait de Gregory, le majordome de la Veuve-Noire. Cette fois, il paraissait bel et bien mort. En redressant la tête, il aperçut Tina, le regard hanté comme si elle était effrayée de ce qu’elle venait de faire. Les mains de la jeune fille tremblaient en portant une arbalète de fortune. Elle tenait un dernier carreau entre les dents, qui dégoulinait d’une substance argentée.

 

Il était une fois, un petit Siegfried qui avait besoin d’être connecté à un nouveau clavier. Le clavier bluetooth fonctionne ! Mais cela va-t-il être efficace ? Nous le saurons prochainement.

 

Elle ouvrit un peu la mâchoire, laissant tomber le carreau au sol. « Je… ça a marché ? demanda-t-elle.
– Mort, confirma Chaahk.
– Tu nous as sauvé la vie, la remercia Clay, impressionné par sa cadette qui abaissa son arme bricolée. Comment as-tu fait ?
– Je me suis souvenue qu’il y avait de l’argent dans le matériel du photographeur. Et après j’avais juste besoin d’une façon de le lui jeter dessus.
– Très impressionnant ! la félicita Simon. Tu es tellement vive, je suis certain que tu réussiras à remettre en marche toutes les machines de cette bibliothèque. »

La blondinette rosit de plaisir sous le compliment. Elle se figea presque aussitôt, reconnaissant à son tour Gregory. « Clay, il nous a retrouvés, comment allons-nous faire ?
– Il n’y a pas grand chose à faire, l’apaisa le jeune homme. Il est mort, il ne pourra pas nous dénoncer à la Veuve-Noire.
– Mais et si il l’a déjà fait avant de nous attaquer ?
– Il n’aurait pas pu le faire ici, intervint l’archéologue. L’endroit le plus proche d’où il aurait pu envoyer un message est à plusieurs kilomètres de là.
– Et la rousse ? questionna Tina derechef.
– Ethelle ? » s’enquit Clay.

Elle acquiesça. L’ancien Faucheux n’avait pas pensé à ça et l’idée que Gregory ait pu faire du mal à mademoiselle Morton le heurta. Paniqué, il jeta un regard de détresse à Simon. « Je suis certain qu’elle va bien, tenta de le rassurer le professeur Derrington. Elle est en sécurité sur la propriété des Merryweather, qui pourrait la trouver là-bas ? » Ces propos parurent sensés à Clay, dont l’inquiétude se calma un peu. Avant de reprendre de plus belle, à l’idée insidieuse que si le majordome les avait retrouvés dans cet endroit perdu, c’était qu’il avait forcément forcé Ethelle à lui révéler où ils étaient cachés.

Pendant ce temps, Chaahk avait récupéré sa lance et s’occupait de traîner le cadavre de Gregory vers l’extérieur de la bibliothèque. Entre deux vagues d’inquiétude, Clay se demanda s’il comptait ramener le corps jusqu’à la surface et si oui, comment il avait l’intention de s’y prendre. La faille qui reliait l’entrée de la bibliothèque à la clairière était peu pratique d’accès, étroite et ardue. Le jeune homme amorça un mouvement pour aider le dieu, lorsqu’il se souvint de sa capacité à faire bouger les choses par la simple force de son esprit. Chaahk se débrouillerait certainement mieux sans l’avoir dans les pattes.

« Nous devons retourner à Lancy, décréta Clay.
– Mais nous avons encore des provisions, protesta le professeur Derrington.
– Nous devons nous assurer qu’Ethelle va bien.
– Je suis certain qu’elle se porte comme un charme, lui assura Simon. Le jeune Merryweather paraît être une personne fiable et attentionnée, je suis certain qu’il s’occupe très bien d’elle. »

Comment avouer à l’archéologue que ce qu’il venait de dire ne faisait que renforcer la détermination de l’ancien Faucheux à la rejoindre ? « Elle me manque aussi, reprit Simon sur un ton plus doux en constatant le trouble de son apprenti. Nous pouvons faire un aller-retour pour nous assurer que tout va bien. Mais si tout va bien, je peux t’assurer que tu vas pédaler pendant plusieurs jours sans t’arrêter à notre retour !
– Promis. »

Simon plaisantait, mais Clay était sérieux ; il était prêt à tout pour retourner à Lancy le plus rapidement possible. Il partit aussitôt préparer le voyage, pendant que l’archéologue demandait des précisions à Tina sur la façon dont elle avait conçu son arbalète. Pendant que Clay rassemblait des affaires, il entendit la blondinette expliquer que cela faisait plusieurs jours qu’elle la construisait. Elle avait initialement eu cette idée pour aider Chaahk à chasser, mais elle ne pensait pas l’utiliser sur un aussi gros gibier que le loup-garou.

 

1471 petits mots pour aujourd’hui. C’est pas le quota du jour, mais vu le temps que j’ai consacré à vraiment écrire aujourd’hui, c’est plutôt pas mal.

NaNoWriMo 2018 : Arkhaiologia Tome 2, jour 5

Clay avait rarement eu l’occasion de voir Tina intimidée. Les deux seules personnes qui avaient réussi un tel exploit, à sa connaissance, étaient Arabella et Gregory.

« Nous devrions peut-être aller prendre l’air, nous aussi. » commenta Simon d’un ton pensif. L’ancien Faucheux avait l’impression que tout le monde voulait passer le plus de temps possible en compagnie de Chaahk. Le jeune homme devait bien admettre que leur invité suscitait facilement l’admiration. L’aura de mystère qui l’entourait, ses yeux perçants, sa chevelure parfaite, le corps bien dessiné à peine dissimulé, la sérénité qu’il dégageait, la démarche féline et l’intelligence aiguë dont il faisait preuve, étaient toutes autant de choses qui forçaient le respect.

Clay aurait voulu en discuter avec Ethelle. Il pensait qu’elle ne se laisserait pas aveugler par l’impression de perfection qui émanait du dieu. Elle trouverait certainement une remarque cinglante à faire à son propos. La jeune femme rousse lui manquait ; il s’était déjà surpris à plusieurs reprise à faire des esquisses de son visage, ce qu’elle aurait certainement trouvé mièvre. Malgré la propension d’Ethelle à porter des jugements sur tout, elle avait aussi su se montrer prévenante et compréhensive face à sa peur des fantômes. Elle était beaucoup plus gentille qu’elle ne le paraissait de prime abord !

Clay suivit néanmoins Simon à la suite de Tina et Chaahk. L’archéologue avait raison : respirer un peu d’air pur leur ferait du bien après tant de temps passé à respirer l’atmosphère poussiéreuse de la bibliothèque. Ils les rattrapèrent et profitèrent du soleil de fin d’automne (je crois, à un moment il va falloir que je fasse une vraie timeline), encore bien présent dans l’après-midi. La petite blonde n’eut pas besoin de solliciter l’aide du nahua ; il se dirigea de lui-même vers le planeur qui attisa sa curiosité.

« Je pense que nous allons devoir réfléchir à trouver les bureaux de ces professeurs dont parle la dénommée Béatrice, songea tout haut le professeur Derrington. Ils doivent receler des informations précieuses eux aussi.
– Peut-être même qu’ils conservaient leurs notes à l’écrit, espéra Clay.
– Oh non, je ne me lasse pas d’écouter ces souvenirs vocaux.
– Je me doute, mais ils sont épuisants pour moi !
– Allons allons, tu es jeune et solide, tu t’en sors très bien. » Le félicita l’archéologue.

Clay eut la brève impression que Chaahk écoutait leur conversation, ce qu’il trouvait idiot puisque le dieu ne connaissait pas leur langue. Il ne pouvait pas l’avoir apprise en si peu de temps, si ? De plus le nahua paraissait aussi suivre les explications ponctuées de gestes de Tina. L’ancien Faucheux n’eut pas l’occasion de se poser la question plus avant, car Simon commençait un résumé de ce qu’il avait appris en écoutant Béatrice et que ça intéressait beaucoup le jeune homme. Le professeur Derrington continua jusqu’à ce que le soleil se couche, les privant de sa faible chaleur automnale, et que leurs estomacs commencent à gargouiller.

Ils retournèrent se réfugier dans l’atmosphère antique de la bibliothèque pour préparer leur dîner. Chaahk avait attrapé deux lapins, un peu plus tôt, qu’il avait dépecés et qu’ils n’avaient plus qu’à faire cuire. Ses trois compagnons se réjouissaient d’avance de ce gibier qui allait agrémenter leur ordinaire. Ils s’installèrent autour du réchaud qui leur servaient de point de repère et commencèrent leurs préparatifs.

Le nahua se redressa soudain, surprenant les trois angelnish (<- terme à employer un peu plus). Il posa sa main sur le sol, les yeux mi-clos, comme s'il écoutait la terre lui parler. "Quelqu'un, dit-il en ouvrant les yeux. Pas ami." Les pensées se bousculèrent dans l'esprit de Clay : comment avait-il appris leur langue, comment savait-il que le nouvel intrus n'était pas un ami et que devait-il faire face à la menace ? Comme Tina, il s'empara d'un vieux couteau qu'il avait gardé du temps où ils faisaient partie des Faucheux. Simon fouilla dans ses affaires pour en extirper un pistolet qui avait, de toute évidence, très peu servi. Chaahk, s'emparant de sa lance en métal, leur adressa un signe de tête de connivence. Il se leva et s'aventura avec circonspection dans le grand hall. Clay et Tina l'encadraient, jetant des coups d'œil autour d'eux et le professeur Derrington les suivait en chargeant son arme à feu d'une main inexperte.

Clay avait beau fouiller la salle du regard, il ne vit rien de suspect. En revanche il se sentait observé, comme avant leur rencontre avec le dieu. Il sursauta quand une forme se laissa tomber sur Tina.

 

754 glorieux mots pour ce soir x) on va dire que la reprise a été dure

NaNoCamp Avril 2017 J+24 : Préquelles Arkhaiologia

Les trois antiques réalisèrent rapidement qu’ils avaient beaucoup de doublons. Ils en avaient aussi plusieurs avec Valentin qui avait participé aux recherches. Le jeune homme avait compté travailler pendant que ses trois étranges amis fouillaient les ressources de la bibliothèque.

Finalement il s’était laissé prendre par la fièvre de l’enquête. Plus important, il commença un journal pour noter tout ce qu’il pouvait à propos de ce qu’il apprenait des trois êtres surhumains.

[Tout refaire sous forme de journal finalement. Ensuite découvrir l’existence de la machine qui fait apparaître le voile qui absorbe la magie dans une grotte d’une montagne quelconque -> ironiquement créé par un mage et alimenté par la magie. Quelque organisation fournit un générateur avec des gens pour l’installer, parce que le coup des créatures magiques commence à devenir ingérable. Valentin et Béatrice font partie du voyage cette fois. Dans l’intervalle il faut convaincre les sept qu’ils vont devoir une fois de plus disparaître dans l’opération. Ce n’est pas quelque chose qui les enchante particulièrement (voire, crée quelques dissensions ?) D’ailleurs, Valentin et Béatrice ne pensent pas que ça soit la solution. À la montagne il y a des soucis (je suppose des créatures magiques qui n’ont pas trop envie de mourir -> à déterminer) et finalement il ne reste plus que Valentin et Béatrice qui décident de ne pas activer la machine. En gros. Avec l’apparition de créatures/mages/dragons de plus en plus puissants et envahissants et les gouvernements n’arrivant pas à s’organiser, la civilisation s’effondre petit à petit. Valentin finit sa vie comme conteur itinérant et sa copine et lui ont une vie d’une longueur surprenante (mais il faut dire qu’ils connaissent les bonnes personnes -> les sept), d’ailleurs je suppose qu’il va faire partie lui-même du folklore. Il continuera d’aller poser ses recherches à bibliothèque je suppose (ou ailleurs, mais y aura une indication, on verra). Lorsque la magie atteint son apogée, V et B seront certainement morts à ce moment là, quelqu’un se met en tête d’activer la machine (parce que c’est vachement plus drôle quand l’histoire se répète)]

NaNoWriMo 2016 : Arkhaiologia Jour 27

La rouquine fila vers sa robe pour l’enfiler. Sans aide, elle eut un peu de mal avec certaines fixations, mais elle finit par y arriver seule, ce qui lui procura une certaine satisfaction. Elle vérifia que le résultat était correcte grâce au grand miroir de la chambre. Elle était satisfaite du résultat mais remarqua qu’après le sommeil, ses cheveux étaient en bataille. Ethelle entreprit de se coiffer et de les arranger de manière raisonnable. S’inspectant de nouveau dans le miroir, elle constata qu’elle avait repris des couleurs, ce qui la rassura. Elle tomba ensuite sur les médicaments que madame Cartridge avait laissés sur sa table de chevet, leur tira la langue et les ignora. Ceci fait, elle sortit en trombe de la pièce, manquant de percuter la servante qui venait, certainement, la réveiller. « Pardonnez-moi madame ! S’exclama la domestique. Je ne vous avais pas vue.
– Je ne vous avais pas vue non plus, balaya Ethelle. Me cherchiez-vous ?
– Tout à fait, je venais vous aider à vous apprêter pour le dîner avec le jeune maître.
– Fort bien, déclara la rouquine en lissant machinalement sa robe. Je suis prête, vous n’avez plus qu’à m’emmener. »

La servante opina et mena la jeune femme dans la grande salle à manger de réception où le couvert était déjà disposé et où Nicolas se tenait devant l’une des grandes cheminée, admirant les flammes. En entendant les deux femmes entrer, il se retourna et accueillit son invitée avec un joyeux sourire. « Vous paraissez reposée, lui dit-il avec une pointe de soulagement. Je craignais que votre commotion ne s’avère très grave.
– Je vous remercie de votre attention, mais ne vous inquiétez pas, le rassura Ethelle. Je me sens déjà beaucoup mieux.
– J’en suis ravi. » Ils passèrent à table, où ils commencèrent à badiner à propos de folklore campagnard, du temps qui fraîchissait et des dégâts que pourraient infliger quelques bêtes mythologiques si elles venaient à se réveiller.

Puis, le sujet dériva de nouveau sur le père de la rouquine. Merryweather l’interrogea sur Charles Morton et Ethelle fit de son mieux pour raconter ce qu’elle savait des affaires de son père. Ce qui n’était pas grand chose, en réalité, puisqu’elle ne s’était jamais intéressée à ce qu’il faisait et qu’il ne s’étendait jamais dessus non plus. Nicolas la rassura : même le plus infime détail pouvait se révéler important. « De plus, ajouta-t-il, vous n’êtes pas seule dans cette affaire.
– Je vous ai vous, déclara la jeune femme, et je vous remercie encore pour cela.
– Et pas seulement, lui révéla son hôte d’un air espiègle. Vous avez d’autres alliés, bien qu’ils ne se soient pas encore manifestés.
– Vraiment ? S’enquit Ethelle avec incrédulité.
– Mais oui, je vous assure !
– Et qui donc ? »

La jeune femme voulait des noms. Si elle avait des alliés, comment se faisait-il qu’ils n’étaient pas venus l’aider lorsqu’elle en avait eu besoin ? Pourquoi aucun d’entre eux ne s’était manifesté ? Nicolas parlait-il du comte Clayton ? Car celui-ci avait, il est vrai, quelque peu tenté de l’aider. Sauf qu’il n’avait pas tenu à trop se mouiller non plus. La rouquine ne cacha pas sa curiosité auprès de Merryweather, mais celui-ci ne voulut rien lui révéler et fit planer le mystère. Vu l’air taquin qu’il arborait, Ethelle supposa qu’il faisait cela juste pour le plaisir de l’entendre ronchonner. Elle sourit. Nicolas lui assura qu’elle n’aurait pas trop longtemps à patienter avant de savoir. Il avait envoyé des télégrammes le jour même, pendant que son invitée dormait, pour convier certaines de ces personnes deux jours plus tard, dans le manoir. Cette nouvelle donna un peu le trac à Ethelle. Même si elle pensait que sa convalescence serait terminée d’ici là, elle doutait d’avoir suffisamment de temps pour se préparer à ces rencontres.

« Vous savez, je ne possède plus rien pour ainsi dire, expliqua-t-elle d’un air gêné à son hôte.
– Je le sais bien, répondit-il. Pourquoi me dites-vous cela ?
– Car la robe que je porte, par exemple, est ma dernière robe pour les… moyennes occasions, dirons-nous.
– Vous craignez de mal présenter ? S’enquit Merryweather.
– C’est tout à fait cela, oui, avoua-t-elle.
– Vous n’avez rien à craindre de ce côté là, la rassura son hôte.
– Ils vont remarquer et ils ne vont pas trouver cela sérieux, continua Ethelle qui avait l’impression que Nicolas ne voyait pas où elle voulait en venir.
– Ils ne remarqueront rien, lui affirma Merryweather. Je vais vous faire faire quelques tenues, cela devrait suffire.
– Vous feriez ça ? Mais je vous dois déjà tellement… »

La jeune femme était vraiment gênée de dépendre de tant de générosité. Après tout, depuis qu’elle s’était retrouvée livrée à elle-même, elle avait vécu principalement au crochet de Simon Derrington. Mais cela ne lui donnait pas le même sentiment. En effet, en restant avec l’archéologue, elle avait contribué à ses recherches dans la bibliothèque antique. Là, elle n’était qu’invitée. Elle s’ouvrit de sa gêne auprès de son bienfaiteur. Mais celui-ci balaya une fois de plus ses inquiétudes. « Vous trouverez bien de quoi me récompenser plus tard, lui assura-t-il. Je ne me fais pas de souci pour cela. Nous aurons tout le temps de nous en occuper. » Ethelle opina. Elle s’efforça d’enfouir sa gêne. Après tout, elle n’avait pas le choix d’en passer par là, encore une fois, semblerait-il. La jeune femme prit le parti de sourire à Merryweather, se demandant bien de quelle manière elle pourrait le remercier plus tard.

Ses préoccupations furent soufflées par l’arrivée du dessert. Nicolas, la voyant agitée et soucieuse, orienta la conversation de nouveau sur des sujets triviaux. Elle se détendit visiblement, mais était toujours un peu fatiguée suite à sa rencontre avec les korrigans agressifs. Son hôte prévenant ne fit pas durer la conversation, une fois le repas terminé. Il l’emmena pour une petite promenade digestive à l’extérieur qui consista, dans les faits, à faire simplement le tour du manoir. En rentrant, Ethelle avec les joues rosies par le froid. Merryweather l’emmena se réchauffer un instant sur un fauteuil devant une cheminée. Il s’installa sur le fauteuil d’en face et ils devisèrent un moment avant que les bâillements de la rouquine ne la contraignent à prendre congé. Encore une fois, elle s’effondra sur le lit au doux édredon et sombra instantanément dans le sommeil.

Sur le siège passager de la voiture de location chargée, Clay regardait défiler le paysage, songeur et déprimé. Simon continuait de babiller comme à son habitude, mais cela ne parvenait pas à dérider le jeune homme. Celui-ci trouvait le voyage plus fade sans le troisième membre de leur expédition, même si Ethelle ne s’était jamais montrée particulièrement bavarde. Avec qui allait-il pouvoir partager ses craintes et fascinations face aux merveilles de la bibliothèque ? Avec l’archéologue, ce n’était pas pareil. Ce dernier était moins réceptif et noyait rapidement tout sous son enthousiasme et ses connaissances. Et il était tellement passionné par les détails des scènes fantomatiques qu’il avait du mal à comprendre les craintes viscérales du jeune homme envers elles. Malgré les cahots de la route, Clay tenait en main l’un des nouveaux carnets à dessin que la rouquine avait amené comme contribution aux provisions pour les fouilles et essayait d’esquisser quelques traits.

Il abandonna rapidement ; la route était trop inégale. Soupirant, il tenta d’écouter un peu ce que disait Simon. « … Et donc, c’est pour cela que je pense que les korrigans que vous avez rencontrés étaient salement en colère. Ils ont toujours été malicieux, au point d’en arriver à de cruelles taquineries, mais rarement aussi ouvertement agressifs. Qui sait combien de temps ils ont passé enfermés sous terre ? N’importe qui serait furieux à leur place, je pense. Ce qui m’intrigue aussi, c’est cette histoire de poneys… » Clay l’avait déjà entendu dire toutes ces choses et cessa de nouveau d’écouter ce que racontait l’archéologue. Il aurait préféré qu’ils parlent d’Ethelle par exemple. Le jeune homme était toujours inquiet de sa santé, même si Merryweather leur avait assuré qu’un médecin viendrait continuer de l’examiner régulièrement. Il pouffa un profond soupir, qui passa totalement inaperçu. Simon était beaucoup trop concentré sur la route et sur ce qu’il disait.

Lorsqu’ils parvinrent à la clairière qui bordait le site de la bibliothèque, le jeune homme ressentit un grand soulagement. Mais ce soulagement fut de courte durée. Fusant au dessus de leur tête et passant à ras de la colline sous laquelle dormait la bibliothèque multimillénaire, un planeur à moteur (trouver un nom autre que ULM à cette bête là ?) en perdition apparut. Il était très petit et il n’était certainement occupé que par une seule personne, mais son réacteur était en feu et il était clairement en train d’essayer de se poser en catastrophe. Comme il disparut à leurs yeux derrière la colline, Simon et Clay bondirent de nouveau dans leur véhicule et entreprirent de faire le tour pour voir si le pilote avait besoin d’être secouru. Ils purent apercevoir le planeur se diriger à grande vitesse vers le sol. Mais, trop rapide il rebondit plusieurs fois avant de briser son essieu et de déraper dans la prairie en labourant la terre sur son passage et éteignant le feu du réacteur dans la terre.

Simon stoppa la voiture et les deux en sautèrent pour se précipiter sur l’engin volant, qui avait laissé des morceaux un peu partout pendant le dérapage et volerait beaucoup moins bien désormais. Clay fut le premier à arriver. Le pilote lui parut inconscient, mais pas gravement blessé. Aidé de l’archéologue qui stabilisait la structure, le jeune homme traîna le corps hors de l’appareil et le posa délicatement sur l’herbe de la prairie. Le pilote lui parut extrêmement petit. Un flot de cheveux blonds jaillissaient du casque en cuir qui lui recouvrait le crâne. Pris d’un pressentiment, il souleva les lunettes d’aviateur qui lui mangeaient le visage. « Tina ! » S’exclama-t-il, d’un ton où la surprise se mêla aussitôt à l’inquiétude. « Tina ! » L’appela-t-il de nouveau. Il écopa d’un vague grognement en réponse. Simon, qui s’était assuré que le risque d’incendie était définitivement écarté, les rejoignit. « Tina, réveille-toi, répéta Clay.
– La connais-tu ? S’enquit l’archéologue qui commença à enlever le casque de la jeune fille pour vérifier si elle ne s’était pas cogné trop fort quelque part.
– Oui, nous faisions partie d’un groupe, tous les deux, répondit le jeune homme. Nous étions des Faucheux.
– Comme les araignées ? Demanda Simon qui continuait d’inspecter la jeune fille.
– Tout à fait. »

L’archéologue poussa un soudain cri de douleur. Tina lui avait mordu la main et y restait agrippée en grognant comme un chien. « Lâche-le Tina, lui ordonna Clay d’un ton sec.
– Clay ! S’exclama la jeune fille éberluée après avoir lâché la main de Simon. Je suis morte et je rêve pour l’éternité, c’est ça ? Ou alors tu es mort aussi ?
– Non, tu n’es pas morte et moi non plus, l’informa son aîné avec un sourire. J’ai même l’impression que tu vas plutôt bien.
– Tu en es certain ? Vérifia-t-elle en arborant un air sceptique. J’ai vraiment l’impression de flotter.
– C’est juste le choc sur la tête. Peux-tu te lever ?
– Je ne vois pas l’intérêt de me lever si je suis morte, laisse-moi profiter un moment ! Je viens de m’écraser au sol, c’est éprouvant moralement, tu ne te rends pas compte… » Pour toute réponse, Clay lui donna une bourrade et l’aida à se mettre debout. « Ouh ! Ca tangue ! » S’exclama-t-elle, avant de préciser : « Je ne sais pas ce que ça veut dire, mais j’ai toujours rêvé de dire ça.
– Ca a clairement eu un effet sur ta tête. » Commenta l’ancien Faucheux qui ne l’avait jamais entendue dire autant de bêtises. Il commençait à s’inquiéter pour la santé mentale de sa jeune amie, mais celle-ci parut se reprendre.

Elle fit quelques pas puis, avisant l’archéologue, lui lança un regard soupçonneux. « Qui c’est, lui ? Demanda-t-elle crûment.
– Je te présente Simon Derrington, lui expliqua Clay. Il est un éminent archéologue et mon ami, aussi.
– Ton ami ? Répéta Tina d’un ton incrédule. Et tu as perdu ta rousse ?
– Dis-donc, s’emporta Clay. Nous ne nous sommes pas vus depuis une éternité, je viens t’aider et tout ce que tu trouves à faire c’est de mordre mon ami et te montrer désagréable avec moi ?
– Hmpf. » Le jeune fille croisa les bras et détourna le regard, la mine boudeuse. Ils se tournèrent de nouveau vers l’archéologue, qui avait poussé un nouveau petit cri. Il était en train de désinfecter la plaie là où les marques de dents avaient imprimé sa main jusqu’au sang et cela semblait plutôt douloureux. L’ancien Faucheux grimaça avec empathie, puis jeta un nouveau regard furieux à la blondinette.

Celle-ci lui rendit un regard coupable et marmonna des excuses. Clay s’adoucit. Il savait qu’il n’obtiendrait pas mieux et qu’elle se sentait véritablement gênée de son attitude. Le jeune homme soupira et lui ouvrit les bras. « Je suis content de te voir, lui dit-il. Tu m’as manqué. » La jeune fille écarquilla les yeux puis, après un hochement de tête encourageant de son ami, elle se jeta dans ses bras. « Il va falloir que tu m’expliques ce que tu fais là, d’ailleurs, ajouta-t-il.
– J’ai eu peur de mourir, marmonna-t-elle le visage enfoui dans sa poitrine.
– A l’atterrissage ?
– Oui… Avoua-t-elle la voix tremblante.
– C’est fini maintenant, la consola Clay. Tout va bien et tu es même en un seul morceau.
– Ah, vous avez enfin apprivoisé la petite bête sauvage à ce que je vois, intervint Simon qui avait fini par bander sa main mordue. Tant mieux !
– Votre main ? S’enquit le jeune homme.
– Oh, ce n’est rien, le rassura l’archéologue. J’ai connu des chiens plus dangereux. »

La jeune fille se dégagea doucement de l’étreinte de son ancien compagnon et jeta un coup d’oeil à l’appareil qui l’avait menée jusqu’ici. Elle fit rapidement les quelques pas qui la séparaient de l’engin et commença à l’inspecter. « Pfou ! Il est quasiment en miettes, constata-t-elle. Ca va me prendre des jours pour réparer tout ça…
– Tu t’es remise à bricoler des trucs ? S’enquit Clay avec intérêt.
– Oui, confirma la jeune fille en commençant à rassembler quelques débris çà et là. Il m’est apparu que notre bonne vieille veuve noire devenait un peu trop siphonnée à mon goût, tu vois.
– Une veuve noire ? S’enquit l’archéologue en se mettant à aider la blondinette à ramasser les débris de son appareil.
– C’est le nom que se donne notre ancienne cheftaine, précisa Clay. Et, c’est vrai qu’elle est un peu folle.
– Un peu ? Ironisa Tina. C’est peu de le dire. Elle a complètement craqué depuis que tu t’es enfui. Elle a pris ta défection comme une attaque personnelle. »

Le jeune homme ne répondit pas tout de suite, digérant la nouvelle. « Bah, elle ne sait pas où je suis ; elle ne peut rien contre moi, ici.
– J’espère bien, affirma vivement la jeune fille. Je suis partie le plus loin possible pour lui échapper aussi. Et puis comme cet engin appartenait à sa famille et que je le lui ai volé, je pense qu’elle me déteste à vie.
– Elle n’a pas l’air commode, votre veuve noire, commenta Simon. Cela m’étonnerait qu’elle vous trouve ici. Personne ne connait cette endroit, d’une part. Et personne n’aura l’idée de penser que vous vous trouvez ici, au beau milieu de nulle part.
– C’est parfait, on dirait le paradis ! Se réjouit Tina. Il est vraiment en sale état, tout de même.
– J’espère que tu ne comptes pas le réparer sur place, s’inquiéta Clay.
– Bah, je ne vois pas où je pourrais le réparer ailleurs, nota la blondinette.
– Je pense que nous pouvons le remorquer jusqu’à la clairière avec la voiture mécanique, proposa aimablement l’archéologue.
– Oui, je pense qu’elle y sera plus à l’aise, approuva le jeune homme.
– Peu m’importe, moi, tant que je peux le réparer tranquillement. »

Ils étudièrent la question pendant un moment. Tina remit son casque en cuir surmonté de ses lunettes d’aviatrice. Puis, elle suggéra que si ils effectuaient une petite réparation de fortune sur l’essieu, ils auraient plus de facilité pour le traîner car, comme il roulerait, cela reviendrait à une bête remorque. Les deux hommes acquiescèrent et tous se mirent à l’ouvrage. Après plusieurs essais infructueux, ils parvinrent enfin à fixer efficacement le planeur roulant à la voiture. Tina avait ramassé tous les débris et les avait entassés dans le cockpit. Simon conduisit très doucement, pour éviter de nouveaux accidents. Lorsque, enfin, ils parvinrent à la clairière avec l’appareil volant, ce fut un véritable soulagement. Pour fêter cela, l’archéologue sortit de quoi trinquer. En voyant la blondinette boire son verre cul-sec, il partit dans un grand rire. « Ce n’est pas un simple tord-boyau, vous savez, lui expliqua Simon. Il faut prendre le temps de le déguster ! » Ils s’assirent à l’ombre des arbres afin de souffler un peu. Clay en profita pour résumer ce qu’il faisait sur place avec l’archéologue et où se trouvait Ethelle actuellement.

« Et bah, commenta Tina. Tu en as fait du chemin ! Par contre l’idée d’aller dormir là-dessous ne m’intéresse pas.
– Ah ? Comment comptes-tu faire ? S’enquit le jeune homme.
– Je vais dormir ici, à côté de ma machine volante, ou dans la voiture si j’ai le droit.
– Oh oui, faites-vous plaisir, l’autorisa Simon avec un aimable sourire. J’espère que vous parviendrez à réparer votre planeur.
– Le planeur, ça devrait aller, estima la blondinette. C’est surtout le moteur qui m’inquiète. J’aurai peut-être besoin de pièces.
– Nous retournerons à la civilisation dans quelques jours, l’informa Clay. Tu pourras venir avec nous et voir si tu trouves ton bonheur.
– Parfait ! S’exclama la jeune fille qui paraissait de bonne humeur.
– Par contre, nous n’allons pas remonter très souvent, la prévint son ami. Ca ira, là, toute seule ?
– Oh oui, lui assura-t-elle. Tant que j’ai à m’occuper, ça ira.
– Evite de descendre nous rejoindre toute seule, continua-t-il. C’est très dangereux et tu pourrais te blesser.
– Aucun risque, affirma la blondinette. Il n’y a aucun risque que je descende là-dessous. Mais alors, aucun ! »

Après une petite pause, ils se levèrent de nouveau. Les deux hommes déchargèrent la voiture de leur affaires et matériel qu’ils avaient emmenés pour travailler dans la bibliothèque. Ils laissèrent à Tina la part des rations qui aurait du être dévolue à Ethelle, puisque cette dernière n’en aurait pas besoin. Ils lui proposèrent des outils, mais elle était déjà très bien équipée à ce niveau là. Simon se montra d’ailleurs épaté par la collection d’outils qu’elle avait réussi à dérober et à emmener. Ils souhaitèrent ensuite à la jeune fille du courage pour son entreprise. Elle leur répondit de même et les fixa jusqu’à ce qu’ils disparaissent à ses yeux, dans la faille. Tina espéra qu’ils ne risquaient rien dans ce trou noir. Son ami lui avait dit qu’il y avait une bibliothèque antique sous la colline. au delà du fait qu’elle n’avait jamais été très intéressée par ces soi-disant lieux du savoir, les ruines de bibliothèques l’intéressaient encore moins. Au sein des Faucheux, elle avait toujours réussi à ce que personne ne découvre son petit secret, qui aurait sans doute terni sa réputation de dure à cuire. La jeune fille avait peur du noir. Surtout, ce qu’elle craignait, c’étaient les choses tapis dans les recoins sombres. Et un lieu antique devait certainement être hanté de tout un tas de choses effrayantes.

La blondinette frissonna et se détourna rapidement, se mettant immédiatement au travail sur sa machine. Elle se demanda si Clay n’avait pas un peu exagéré lorsqu’il parlait du fait qu’ils recherchaient un moyen de sauver le monde de la magie qui s’avérait dangereuse. Si tel était le cas, elle ne s’en plaindrait pas, bien au contraire. Elle ne le lui avait pas dit, mais si son appareil avait pris feu, c’était le résultat d’une étrange attaque de la part d’un petit lézard volant qui avait craché du feu. Un peu comme la salamandre qui avait causé le grand incendie du parc des Deux Ormes. Evidemment, elle avait cru voir d’autres choses étranges, mais s’était toujours dit qu’elle avait du mal voir ou que son imagination lui jouait des tours. Elle haussa les épaules et se concentra sur sa tâche. Sa fidèle machine nécessitait ses soins attentionnés.

 

 

3430 mots aujourd’hui ! Et je ne sais pas si ceci est la fin du tome. La situation semble placée pour celui d’après, mais bon. De toutes façons il me reste 300 mots pour atteindre les 50 000, donc je me laisse demain pour réfléchir à cette question épineuse !

NaNoWriMo 2016 : Arkhaiologia Jour 25

« Qu’est ce que c’était que ça ? S’enquit nerveusement Clay.
– Je ne sais pas, répondit la jeune femme sur le même ton inquiet. J’ai déjà entendu parler d’un peuple sous les menhirs lorsque j’étais petite, mais je n’en sais pas plus. Je pense que Simon pourrait nous éclairer à ce propos…
– Oui, il sait certainement de quoi il retourne. Allons lui demander. » Les deux apprentis se trouvèrent soulagés d’avoir une tâche à accomplir. Ils abandonnèrent le petit parc pour retrouver Simon. Les habitants, dans les rues, affichaient une mine incertaine. Venaient-ils bien de voir ce qu’ils avaient vu ? Semblaient-ils tous se demander. Certains blessés, au sol, confirmaient que l’irruption de la chevauchée naine avait été bien réelle. Des médecins commençaient déjà à affluer, avec les voitures hospitalières qui emmenaient les blessés graves à l’hôpital.

Au détour d’une rue, alors qu’ils pensaient s’être éloignés de la catastrophe, les deux jeunes gens tombèrent de nouveau sur la horde sauvage. Ils firent instantanément demi-tour pour s’enfuir, mais les nains sur leurs poneys les avaient repérés et les prirent en chasse, en les invectivant dans une langue que ni Clay, ni Ethelle ne connaissait. Le nain de tête, passant à côté d’elle, s’agrippa à la rouquine, qui hurla. L’ancien Faucheux attrapa son amie à son tour, bien décidé à ne pas la laisser se faire emmener et attrapa la bride du poney de son ravisseur pour le déséquilibrer. Le nain se confondit en imprécations à l’encontre du jeune homme, qui entraîna Ethelle dans une autre rue. Mais quelques assaillants les suivirent. L’un d’entre eux, ne maîtrisant pas très bien sa monture, percuta la rouquine. Elle trébucha et tomba, se heurtant la tête contre les pavés. Elle lutta quelques instants mais perdit conscience sous le choc.

 

Ethelle émergea en même temps que des maux de tête se réveillaient. Elle ouvrit les paupières mais sa conscience avait du mal à se focaliser. Lorsque sa vue se fit plus nette, elle regarda autour d’elle tout en essayant de se souvenir de ce qu’il s’était passé et de savoir où elle se trouvait. Le plafond ne lui rappelait rien, de même que la chambre dans laquelle était confortablement installée. Comme elle se trouvait seule, la rouquine ne pouvait pas non plus s’enquérir à propos des événements récents. Bien décidée à tirer ces mystères au clair, elle tenta de se redresser. Mal lui en prit : son crâne la lança, lui arrachant un léger gémissement.

La porte s’ouvrit alors timidement et Clay passa la tête par l’entrebâillement. Voyant que la jeune femme était réveillée, il entra. « Tu ouvres enfin les yeux ! Se réjouit-il en venant s’asseoir sur un fauteuil près du lit.
– Que s’est-il passé ? Lui demanda la rouquine en ignorant le tutoiement. Où suis-je ?
– Nous sommes chez Merryweather, lui révéla Clay. Lorsque tu es tombée, j’ai cru ma dernière heure arrivée. Je ne sais pas si tu avais pu voir, mais ils étaient armés !
– Je me souviens… » Murmura Ethelle à qui la mémoire revenait peu à peu. Elle se remémorait la horde de petits chevaux qui avaient jailli du menhir, chevauchés par des créatures qui avaient l’air en colère. Portant sa main à la tête, elle réalisa qu’un bandage lui ceignait le front. Il n’était pas très serré, expliquant pourquoi elle ne s’était pas rendu compte de sa présence en ouvrant les yeux.

« Ca va ? S’inquiéta le jeune homme.
– Oui, enfin, non, mais ça ira, le rassura la rouquine en tentant d’esquisser un sourire rassurant.
– Tu m’as fait peur, tu sais, lui avoua-t-il. Il y avait du sang partout et je t’ai crue morte. Heureusement que Merryweather est arrivé pour nous sauver la mise, sinon tu te serais vidée de ton sang et j’aurais certainement été tué.
– Merryweather ? S’enquit Ethelle qui n’avait pas la force de formuler de longues phrases tant elle se sentait lasse.
– Oui, Merryweather, confirma Clay. Il est arrivé juste au bon moment, accompagnant un escadron de gendarmes. Ils ont mis les petits cavaliers en déroute. Et, pendant que je compressais ta blessure, il est allé chercher de l’aide. Ensuite, il a proposé de t’emmener te reposer au manoir, parce que ça serait plus confortable que sur le lit d’appoint de Simon et plus agréable que l’hôpital. Allonge-toi. »

Ce disant, il la repoussa gentiment sur le tas d’oreillers. La rouquine avait encore un peu l’air hagard et son teint pâle l’inquiétait. « Simon ? S’enquit-elle ensuite.
– Il est ici aussi. Il est sorti se promener tout à l’heure, du coup j’ai été chassé de la chambre. Les domestiques d’ici sont bien collets montés !
– Oh. » Emit la jeune femme. Elle en avait presque oublié la bienséance. Evidemment, un jeune homme ne pouvait pas rester seul dans la chambre d’une jeune femme. D’ailleurs, même si elle était réveillée, il n’était toujours pas sensé être là. Elle supposa qu’il avait du attendre de l’autre côté de la porte, puisqu’il était entré dès qu’elle avait fait du bruit. Après réflexion, elle décida de ne pas le renvoyer. Ethelle aimait bien sa présence et qu’il lui raconte ce qu’elle avait manqué.

« Normalement deux jeunes gens ne doivent pas rester seuls sans chaperon, lui expliqua-t-elle tout de même ignorant l’effort que lui demandait de faire une phrase aussi longue.
– Pfff ! Lança Clay. C’est idiot. Nous avons passé plein de temps rien que tous les deux dans la bibliothèque.
– Oui, acquiesça la rouquine qui se sentait un peu mieux. Mais il n’y avait personne pour s’en offusquer.
– C’est vrai que Simon n’est pas du genre à s’offusquer de quoi que ce soit.
– Attendons de voir si quelqu’un abîme un de ses précieux objets antiques, affirma Ethelle. Je suis certaine qu’il pourrait en perdre son sang-froid.
– Je pense aussi. » Pouffa l’ancien Faucheux.

Quelqu’un frappa et la porte s’ouvrit de nouveau. « Que faites-vous là ? Demanda à Clay et d’un air horrifié la servante qui entra.
– J’ai entendu un bruit, alors je suis entré pour voir si tout allait bien, expliqua le jeune homme sur le ton bravache de celui qui se butait.
– Vous devriez sortir, vous savez, le prévint la domestique en posant un plateau sur une tablette de l’autre côté du lit d’Ethelle. Vous allez ruiner la réputation de cette jeune fille sinon.
– Ne vous en faites pas pour cela, répondit la rouquine avec un doux sourire. Ma réputation est déjà ruinée de toutes façons. » La femme qui venait d’entrer ouvrit et ferma la bouche plusieurs fois, visiblement désarçonnée par la douce franchise de cette jeune fille de bonne famille. La servante jeta un coup d’œil furieux à Clay qui riait sous cape. Puis, reprenant rapidement contenance, elle reprit :

« Mais le jeune maître…
– N’a absolument pas son mot à dire dans cette histoire, compléta fermement Ethelle qui n’aimait pas que qui que ce soit lui dicte sa conduite.
– Je… fort bien madame, balbutia la domestique.
– Bonjour bonjour ! Les interrompit joyeusement Derrington en entrant sans frapper. Mais c’est que notre charmante demoiselle est enfin réveillée ! C’est merveilleux !
– Bonjour Simon, le salua aimablement Ethelle. Je suis fort aise de vous voir.
– Et moi donc, appuya l’archéologue avec un grand sourire. Comment se porte votre tête ?
– Elle me fait mal, confessa la jeune femme. Mais je pense que je survivrai.
– J’y compte bien, affirma Simon. J’ai besoin de vous pour mes recherches. Voulez-vous quelque chose ? » Demanda-t-il ensuite, un sourcil levé, à la servante qui se trouvait toujours plantée là.

« Oh, euh, non, pardonnez-moi, je m’en vais… Répondit la domestique qui fila.
– Je me disais, aussi, reprit l’archéologue. Alors, jeune fille, il semblerait que vous ayez fait une rencontre malheureuse, n’est ce pas ?
– Oui, acquiesça Ethelle. Qu’étaient-ils ? Le savez-vous ?
– Ils ont plusieurs noms selon les régions, lui révéla Simon. Lutins, nains… Moi je préfère les appeler des korrigans. J’adore ce nom ! Cependant, je n’avais jamais entendu dire qu’ils étaient des cavaliers guerriers.
– Et pourtant, ils étaient bien armés, insista Clay.
– Oui oui, je vous crois, lui dit l’archéologue. Je suppose que leur longue captivité a du les énerver quelque peu.
– C’est le moins que l’on puisse dire, commenta la rouquine. Que leur est-il arrivé ?
– Aux korrigans ?
– Oui, confirma la jeune femme.
– Ils ont été repoussés, intervint de nouveau Clay. Personne n’a réussi à en capturer et ils ont tous disparus.
– Je suppose qu’en nous voyant loin d’être sans défense, ils sont retournés se réfugier sous leurs menhirs. » Supposa Simon.

Ils se turent tous les trois et Ethelle entreprit de digérer toutes ces nouvelles. Après un instant de silence, Clay déclara : « Il semblerait que les fées deviennent plus présentes et plus fortes.
– Tout à fait, approuva l’archéologue. Je pense que nous allons devoir retourner rapidement à la bibliothèque pour élucider tout cela, voir même, trouver un moyen de contrer leur influence.
– Cela me parait incontournable, nota la rouquine. Quand partons-nous ?
– Et bien… » Commença Simon. Il échangea un regard grave avec Clay et reprit : « Nous deux partirons dès demain. Mais vous, vous devez passer encore quelques jours en convalescence pour vous remettre. Un coup à la tête n’est jamais à négliger, vous savez.
– Oh… » La jeune femme se sentait déçue.

Elle jeta un coup d’œil désespéré à l’ancien Faucheux. Ce dernier détourna le regard. La décision paraissait l’embêter autant qu’elle. Evidemment, au fond d’elle, Ethelle reconnaissait le bien-fondé de la convalescence : elle ne se sentait pas de descendre dans la faille abrupte qui menait jusqu’à l’entrée de la bibliothèque. Mais elle savait aussi très bien qu’elle allait rapidement s’impatienter. La rouquine aussi mourrait d’envie de retourner faire des recherches dans l’antique bâtiment. Elle soupira. « Il ne faut pas s’inquiéter, tenta de la rassurer Simon avec un clin d’œil. Nous reviendrons nous assurer de votre état d’ici quelques jours à peine. Je pense que d’ici là vous irez bien mieux et nous vous emmènerons avec nous !
– Ne partez pas trop longtemps, lui demanda la rouquine. Je meurs d’envie de me pencher de nouveau sur l’étude de cette civilisation.
– Je me doutais bien que vous aviez acquis la fièvre du savoir, vous deux, pouffa l’archéologue guilleret. Soyez assurée que nous ne vous laisserons pas trop longtemps dans cette terrible prison insalubre. » Taquin, il lui adressa un sourire moqueur. Ethelle sourit. Elle relativisa en se disant que Nicolas lui tiendrait certainement compagnie. Cette perspective paraissait plutôt agréable.

 

 

1763 mots aujourd’hui ! Oui, je poste plus tôt que d’habitude, vu que je n’aurai pas l’occasion d’écrire tout à l’heure.

NaNoWriMo 2016 : Arkhaiologia Jour 24

Ce dernier afficha une mine déçue. Il poussa un profond soupir.

« Je comprends, déclara-t-il finalement. Même si je dois dire que je trouve tout cela tellement passionnant qu’il est presque douloureux d’y renoncer.
– Allons Nicolas, le gourmanda Ethelle. Ne vous montrez donc pas si dramatique ; ces envolées lyriques ne fonctionnent que pour le théâtre.
– Vous avez raison, concéda aimablement Merryweather. Je devrais me montrer plus raisonnable. Après tout, vous êtes les professionnels ici et je m’en voudrais d’interférer dans votre travail.
– Je vous remercie pour votre considération, lui dit plaisamment Simon.
– Oh, c’est tout à fait normal, balaya Nicolas. Seulement, j’aimerais que vous me promettiez une chose, vous trois.
– Quoi donc ? S’enquit curieusement Clay.
– Que vous me laisserez être le premier visiteur de votre grandiose découverte.
– Vendu ! S’exclama joyeusement l’archéologue. Vous serez le premier touriste à avoir la chance de visiter ces ruines antiques ! »

Ils trinquèrent à cette promesse. Puis ils trinquèrent de nouveau et profitèrent du dessert. Clay se montra particulièrement joyeux après tout cet alcool ingéré. De plus, il n’avait jamais mangé autant de toute sa vie. Il avait l’impression qu’il allait en être malade, mais il en était heureux néanmoins. Pour lui, avoir décidé de quitter les Faucheux en compagnie d’Ethelle était la meilleure idée qu’il avait pu avoir. Ses conditions d’existences s’étaient grandement améliorées depuis et il s’en trouvait tout à fait satisfait. Il s’était aussi mis d’accord avec Simon, pendant leur exploration de la bibliothèque, que celui-ci lui enseignerait les bases de l’histoire antique, pendant qu’Ethelle lui apprendrait à lire et à écrire. Il comptait devenir un spécialiste de cette civilisation qui avait inventé tellement de choses. Le jeune homme avait fini par tomber amoureux de ces mystérieux ancêtres et sa curiosité pour eux était devenue dévorante.

Il avait été soulagé que Simon décline la venue de Merryweather dans la bibliothèque. Pas qu’il n’appréciait pas leur hôte, au contraire. Il trouvait Nicolas très sympathique, là n’était pas le problème. Clay se sentait juste mal à l’aise à l’idée que quelqu’un d’autre vienne s’immiscer dans la bibliothèque, leur bibliothèque. L’ancien Faucheux se sentait très protecteur vis à vis de la découverte de Derrington. Et il réalisa qu’il n’aimait pas l’idée que des intrus pourraient y entrer à leur tour. Cela ne le dérangeait pas que Simon et Ethelle viennent y vaquer à leurs occupations, au contraire. Concernant l’archéologue, c’était surtout son territoire à lui. Quant à la rouquine, ils avaient découvert cet édifice de savoir ensemble. Pour lui, elle y avait tout à fait sa place. Et puis, sa présence le rassurait lors des apparitions de scènes fantomatiques, même si ces souvenirs vivaces du passé l’inquiétaient également.

En fait, il était impatient de retourner là-bas. Surtout maintenant qu’Ethelle l’avait bien réapprovisionné en carnets et crayons et qu’il avait de quoi s’éclairer à profusion. Même avec les apparitions ; elles le surprenaient à chaque fois, mais il était certain qu’elles contenaient plein d’informations à exploiter. Il se souvenait encore de la scène de la première nuit qu’ils avaient passé dans la bibliothèque, lorsque les jeunes gens paraissaient discuter et rire tout en utilisant la mystérieuse boîte métallique. Après en avoir discuté avec Simon le lendemain, ils avaient pris sur eux de l’ouvrir. Ce qui les avait décidé était qu’ils en avaient trouvé d’autres un peu de partout dans le bâtiment. Armé d’un pied de biche, c’était Clay qui avait eu l’honneur de forcer la porte. Certains des restes présumés de nourriture s’effritèrent sous le choc de la vibration. Une fois ouverte, la boîte recelait toujours bien des trésors. Par exemple, ils firent l’inventaire complet et stockèrent du mieux qu’ils purent les emballages qu’ils supposaient de nourriture et de boisson. Et, surtout, ils avaient eu l’occasion d’étudier le mécanisme intérieur du placard à provisions. Ils ne parvinrent pas à le faire fonctionner – l’appareil devait avoir besoin d’énergie – mais firent l’hypothèse qu’il se contentait de distribuer de la nourriture ou de la boisson en échange d’argent.

Au delà du fait que Simon lui avait permis de garder quelques pièces antiques en guise de récompense, Clay avait été enchanté de cette découverte. Le fait de savoir à quoi servaient ces buffets de métal, l’aidait à lui donner une idée de comment vivaient les gens à cette époque. Il pouvait les imaginer déambuler dans cette enceinte de connaissances, lisant et étudiant aux étages supérieurs, assistant à il ne savait quel genre de représentation au sous-sol, faisant une pause pour acheter des en-cas aux machines… Il avait même commencé à dessiner des scènes de vie qu’il pensait être probables au sein de la bibliothèque, en plus d’essayer d’immortaliser les scènes fantomatiques auxquelles ils avaient la chance – et la terreur parfois – d’assister. Découvrir ce genre de choses avait été une véritable révélation pour l’ancien gamin des rues qu’il était. Il n’avait jamais participé à une activité aussi passionnante. Peut-être était-ce pour cette raison qu’il rechignait à partager une chose aussi importante avec d’autres.

Réalisant qu’il s’était laissé absorber par ses pensées, il secoua la tête et se concentra de nouveau sur la conversation. Celle-ci n’était plus que badinage sur divers sujets qui ne parlaient absolument pas à Clay, comme l’entretien que nécessitait une propriété telle que celle des Merryweather par exemple. Ethelle parut remarquer son manque d’intérêt pour le sujet et lui adressa un sourire complice, auquel il répondit instantanément. Depuis qu’ils s’étaient rencontrés la première fois au parc des Deux Ormes, l’attitude de la jeune femme avait beaucoup changé à son égard. Elle était devenue moins hautaine et distante. A force de discuter de la bibliothèque et de faire des découvertes ensemble, ils s’étaient beaucoup rapprochés. Eux et Simon avaient désormais un lien unique et très fort, forgé par l’élucidation des mystères de cette civilisation et le partage d’un secret connus que d’eux-mêmes. Clay corrigea mentalement cette dernière assertion : en réalité Derrington voulait que d’autres soient au courant. Il pressentait que la ré-émergence du surnaturel pouvait être un danger pour leur propre civilisation. Malheureusement, personne ne l’avait cru jusque là, ce qui était aussi une des raisons pour lesquelles il réunissait des preuves.

La soirée, fort agréable au demeurant, finit tout de même par arriver à sa fin. Nicolas leur proposa de passer une confortable nuit sur place, dans les douillettes chambres de son manoir. L’idée tenta grandement Ethelle. Comme ses deux compagnons et elle dormaient tout le temps dans la même pièce, elle n’aurait pas refusé de passer du temps à dormir toute seule pour une fois. Mais, comme elle s’y attendait, Simon refusa poliment. Il invoqua le fait qu’ils allaient devoir repartir à la bibliothèque d’ici peu de temps et que, si ils restaient ici, le lieu était tellement agréable qu’ils n’en repartiraient jamais. « Cela ne me dérangerait pas de vous garder à vie, déclara Merryweather. Ce n’est pas tous les jours que j’ai l’occasion d’avoir des hôtes aussi agréables !
– Vous nous flattez, le gourmanda la rouquine en remuant un doigt accusateur.
– Si peu, contra Nicolas avec un fin sourire. Quoiqu’il en soit, même si j’aurais bien aimé vous garder plus longtemps, je vous souhaite une bonne nuit mes chers hôtes, ainsi qu’un bon voyage de retour à vos fouilles ! »

Les trois explorateurs le remercièrent chaudement et s’en furent, dans la voiture de location que le majordome leur amena. Clay et Ethelle somnolèrent durant tout le trajet qui les mena au wagon maison de Simon. Ce dernier, qu’il était fatigué lui-même ou qu’il était conscient de leur fatigue à eux, les laissa tranquilles. Sur le bord de la route, une forme blanche lui fit signe de s’arrêter. Bien sûr, l’archéologue connaissait bien son folklore et savait qu’ils ne valait mieux pas faire confiance aux Dames Blanches. Il ne s’arrêta pas pour elle et ne prit même pas la peine de déranger ses deux jeunes compagnons pour qu’ils puissent l’admirer. Après tout, si il avait raison – et il avait certainement raison, estimait-il – ils auraient bientôt l’occasion d’admirer beaucoup d’autres specimens de spectres et de faire connaissance avec leurs spécificités. En revanche, beaucoup de personnes allaient se faire avoir. Qui avait encore l’habitude de côtoyer les fées de nos jours ?

Les trois vaillants explorateurs se levèrent tard le lendemain. Leur soirée avait été plus arrosée que ce dont ils avaient l’habitude. Mais ils avaient décidé qu’ils étaient en congés ; aucun ne se formalisa de leur manque de sérieux. Malgré cela, Simon se plongea tout de même dans ses carnets et certains des livres de sa bibliothèque intramurale personnelle. Il expliqua à ses deux apprentis qu’il avait certaines choses à vérifier, mais qu’eux pouvaient faire ce dont ils avaient envie. Ethelle et Clay échangèrent un regard, puis décidèrent d’un commun accord d’aller se promener ensemble dans la ville. Lors de leurs pérégrinations, ils apprirent qu’un cercle de menhirs se dressait dans un des pars de la petite cité. Curieux de savoir si eux, archéologues en herbe, pouvaient en tirer des informations, ils s’y rendirent avec enthousiasme. Ils étaient conscients qu’ils étaient désormais plus connaisseurs dans une autre forme d’antiquité, mais ils étaient tout autant intéressés de savoir ce qu’ils pouvaient tirer des menhirs.
Le parc n’était pas très étendu. Il consistait surtout à une petite étendue d’herbe plantée de quelques bancs et qui entourait un tertre tout aussi herbeux, sur lequel étaient plantés des pierres en cercle. Les deux jeunes gens s’approchèrent des menhirs pour les inspecter. « Clay ! Appela Ethelle qui s’était accroupie au pied de l’un d’eux. J’ai trouvé des inscriptions gravées… Penses-tu pouvoir les dessiner pour les montrer à Simon ?
– Mmmh, c’est difficile de les voir, commenta l’ancien Faucheux qui était venu voir par dessus son épaule. Mais je peux peut-être en faire une empreinte.
– Oui, la pierre a été bien érodée. » Acquiesça la rouquine en caressant les gravures comme pour mieux distinguer leurs contours.

Soudain le sol, sous leurs pieds, émit des vibrations grondantes. Comme si il y avait une mine sous terre et que des chariots roulaient à tombeau ouvert. Ethelle se redressa vivement, aidée par Clay qui la tira en arrière. Bien lui en prit : le sol sous le menhir parut s’ouvrir et en jaillirent, lancés au grand galop, de petits chevaux, pas plus hauts que des poneys, chevauchés par de petits cavaliers. Ils disparurent bientôt dans les rues citadines, créant une grande confusion sur leur passage. L’ouverture au pied du menhir, quant à elle, paraissait avoir disparu. Les deux apprentis de Derrington restèrent un instant interdits à rassembler leurs esprits. Maintenant que la clameur s’était calmée, ils en étaient à se demander si ils n’avaient pas rêvé. Mais les figures pâles qu’ils affichaient certifiaient le contraire.

 

 

1788 mots pour aujourd’hui, ce qui est plutôt nul pour un jeudi, mais bon.

NaNoWriMo 2016 : Arkhaiologia Jour 23

Le domaine se trouvait à l’extérieur de la ville. Evidemment, avec leur véhicule ils ne mirent qu’une dizaine de minutes à arriver à l’immense portail d’entrée en fer forgé. Comme il était ouvert, attendant certainement leur arrivée, Simon fit entrer la voiture sur le chemin bien entretenu et bordé des arbres d’une petite forêt qui entourait toute la propriété. Les arbres laissèrent place à un grand espace, plein de tertres fleuris, d’un étang et d’un coquet manoir. La petite route menait jusqu’à l’entrée du manoir. Un homme les attendait et leur souhaita la bienvenue au domaine Merryweather. Lorsque les trois invités furent descendus du véhicule, l’archéologue laissa les clefs au majordome qui les avait accueillis et ce dernier emmena la voiture pour la garer ailleurs sur la propriété. A ce moment là, Nicolas descendit les marches qui menaient à la porte d’entrée, afin de leur souhaiter, à son tour, la bienvenue.

Il les fit entrer et s’installer dans un confortable petit salon, doté d’une cheminée dans laquelle un feu crépitait. Ethelle approuva la décoration de la pièce, qui était de bon goût et pas trop chargée. Nicolas Merryweather se montra un hôte délicieux avec ses trois invités. Il ne se moqua pas de Clay qui ne connaissait rien aux alcools prisés. L’ancien Faucheux qui était mal à son aise au début, se trouva rapidement détendu par la frimousse sympathique de leur chaleureux hôte. En compagnie de Simon – qui, lui, paraissait en connaître un rayon – Merryweather commença à faire son éducation en la matière. Ethelle se contenta d’émettre quelques commentaires par ci par là. A la vérité, elle ne connaissait pas grand chose dans ce domaine et se contentait, la plupart du temps, de boire tout ce qu’on lui proposait.

Les discussions apéritives portèrent non seulement sur l’alcool, mais aussi sur l’archéologie. Ou, pour être plus précis, sur la partie exploration. Nicolas paraissait passionné par tous ce que ses invités lui racontaient. Il interrogea longuement Simon sur le matériel qu’il utilisait et à quelles fins. Ils continuaient encore leur discussion à propos d’équipements lorsqu’ils passèrent à table, dans la salle à manger. Celle-ci, qui servait à l’occasion de salle de réception, était assez fastueuse et Clay en fut impressionné. La table était tellement gigantesque qu’elle avait été dressée sur une partie seulement, afin que les convives ne se retrouvent pas séparés par des mètres de table vide, ce qui aurait gêné les conversations.

« Et comment vous êtes-vous tous rencontrés ? S’enquit à un moment du repas Nicolas.
– C’est une excellente question ! S’exclama l’archéologue en se tournant vers Clay et Ethelle. Vous êtes arrivés dans mon wagon tous les deux, mais je ne sais pas comment vous avez eu l’occasion d’être en contact l’un avec l’autre !
– Ils sont entrés chez vous ? S’étonna Merryweather. Comment cela ?
– Oh, un peu par hasard, supposa Simon sans attendre de réponse de la part de ses deux apprentis-explorateurs. Ils ne paraissaient pas avoir de plan très définis quand ils ont fait irruption chez moi.
– Nous cherchions juste un endroit où dormir, expliqua Clay.
– Oui, et pas trop exposé aux intempéries, ajouta Ethelle.
– Et monsieur Derrington vous aurait accueillis sans vous poser de question ? Continua Nicolas.
– Tout à fait, confirma la jeune femme. Monsieur Derrington semble être une personne très généreuse et dépourvue d’inquiétude face aux étrangers. »

Simon se mit à rire joyeusement. « Voyons, mademoiselle Morton, n’exagérons rien ! Je vous avais rencontrée un peu plus tôt au Parlement ; vous ne m’étiez pas totalement inconnue.
– C’est vrai, concéda Ethelle avec un sourire.
– Au Parlement ? Reprit Merryweather sur le ton de celui qui voulait en savoir plus.
– Oui oui, confirma l’archéologue. J’avais rendez-vous avec madame (Avait-elle un nom ?) pour l’entretenir de sujets d’importances qui me tenaient à cœur. Malheureusement, elle m’a pris pour un olibrius et m’a jeté dehors comme un malpropre. C’est là que j’ai vu la jeune Ethelle, qui patientait dans le salon d’attente. Nous avons un peu discuté – je dois dire qu’elle m’inspirait confiance – et puis elle m’a faussé compagnie pour se rendre dans le bureau du Comte Clayton.
– Une rencontre fortuite, en somme, résuma Nicolas. Et vous deux ? Comment vous êtes-vous rencontrés ?
– Nous avons fait connaissance au parc des Deux Ormes, raconta brièvement la rouquine.
– Allons allons, mademoiselle Morton, la gourmanda son hôte en riant. Je suis certain qu’il y a bien plus que cela à dire sur votre rencontre !
– On ne peut rien vous cacher, minauda Ethelle. En effet, nous nous sommes rencontrés de manière banale au parc des Deux Ormes, mais nous en avons fui l’incendie ensemble. Ce qui est, il faut bien l’avouer, un peu moins banal.
– Oh oui, renchérit Nicolas. J’ai entendu parler de cette affaire. Un pâté de maisons a été touché par le feu ; les pompiers ont eu fort à faire ! Et vous vous êtes retrouvée au milieu de tout cela ? C’est vraiment terrible. »

Il paraissait vraiment compatissant et le cœur de la jeune femme se remplit de gratitude. « Il serait tout de même plus juste de dire que je lui ai sauvé la vie, pérora Clay.
– Je n’en doute pas une seconde, s’exclama Merryweather avec enthousiasme. Vous paraissez être une personne courageuse et je vous vois tout à fait comme un héros.
– N’exagérons rien, pouffa l’ancien Faucheux d’un petit rire gêné.
– Et vous, reprit Simon qui préférait prendre la parole assez régulièrement ? Comment avez-vous rencontré la jeune mademoiselle Morton ?
– Oh, s’illumina Nicolas. Nous n’avons pas fait connaissance de manière très originale. En réalité, nous n’avions pas vraiment fait connaissance avant que je la croise à la papeterie tout à l’heure.
– Ah bon ? Mais comment la connaissiez-vous dans ce cas ? S’étonna Clay.
– Lorsque nous étions enfants, nous avons tous les deux participé aux réceptions du Comte Clayton. Et à l’époque, tout le monde connaissait mademoiselle Morton : elle a toujours été facilement repérable avec sa chevelure de feu. Mais qu’elle était intimidante ! Je n’ai pas honte de le dire : j’ai instantanément été subjugué dès que je l’ai vue.
– Et vous, avez-vous aussi été subjuguée par ce jeune gentilhomme ? S’enquit Clay auprès d’Ethelle avec une pointe de taquinerie.
– Pas vraiment lors des soirées du Comte Clayton, je l’avoue. Je ne savais même pas qu’il existait, à l’époque, déclara la jeune femme avec humilité. Mais lors de notre rencontre de tout à l’heure, j’ai été subjuguée par son amabilité. »

La rouquine passa sous silence le passage où le Comte lui avait organisé une rencontre avec Merryweather en vue d’un mariage potentiel. Elle ne savait plus trop quoi penser de tout cela, en réalité. Après avoir passé des moments délicieux avec le jeune homme, elle se disait qu’elle aurait pu tomber plus mal. De plus, comme il ne semblait pas s’offusquer du scandale de son père, elle se demandait si ce serait une bonne idée de songer à l’éventualité d’une union avec lui. Elle fut tirée de ses pensées par la suite de la conversation. « Je fais de mon mieux pour me montrer le plus agréable possible, assura Nicolas à l’assemblée. Je pense que c’est important.
– Je suis on ne peut plus d’accord avec vous, approuva Simon à grand renfort de hochements de tête. C’est important de se montrer aimable. Malheureusement, tout le monde n’est pas de notre avis ! Notamment, il faut bien le dire, dès que je commence à parler de l’invasion du surnaturel, rares sont les personnes qui restent agréables à mon égard. Et je le déplore ! »

La conversation continua quelque peu sur ce mode, avant de dériver de nouveau doucement vers le sujet de l’archéologie. Nicolas s’enquit du lien entre le surnaturel et les recherches de Simon. Ce dernier lui expliqua ce qu’il avait découvert à propos de la disparition de cette merveilleuse civilisation, plus avancée que la leur, qui avait entièrement disparu et ce, certainement à cause de l’invasion de fées, banshees, dragons, licornes, fantômes et autres créatures ou causes surnaturelles à effets plus ou moins cataclysmiques. Le jeune Merryweather lui confessa son soulagement de voir une personne oser parler de ces choses là. Lui-même avait été témoin de certaines choses qu’il n’avait pu expliquer et qu’il n’avait osé aborder avec qui que ce soit, de peur d’être pris pour un fou. Déjà qu’en règle générale, il passait pour un excentrique, leur avoua-t-il. Si il commençait à parler de magie, nul doute qu’il se retrouverait enfermé dans une maison de fous.

« Vous ? Un excentrique ? S’exclama ingénument Clay.
– Cela semble vous étonner, nota Nicolas.
– Oh oui, je vous prenais pour un exemple de gentilhommerie.
– C’est fort aimable à vous de me dire quelque chose d’aussi gentil. Malheureusement, dans la bonne société dans laquelle j’évolue, les carcans sont très étroits et ne laissent guère place à l’imagination ou le sentiment. Par exemple, le fait que je repousse perpétuellement toutes mes prétendantes est assez mal vu. Il m’a même été reproché d’avoir refusé certains de mes partis.
– Je comprends votre problème, compatit Simon. J’ai vécu la même chose. Ma famille ne m’a jamais pardonné d’être devenu un vulgaire archéologue ! J’ai même failli être renié.
– Je comprends également… » Intervint amèrement Ethelle, sans pour autant s’étendre sur tout ce qu’elle avait subi depuis le scandale autour de son père. Elle n’avait pas envie d’aborder le sujet, ni qu’on lui pose des questions qui lui feraient revivre des évènements qu’elle préférait oublier.

« Et bah… Lança Clay. Moi qui pensait que vous autres, gens aisés, aviez des vies toutes roses. Mais vous avez plein de problèmes que vous vous créez vous-mêmes entre gens de la haute société, en fait, n’est ce pas ?
– Je pense que c’est une bonne vision des choses, pouffa Nicolas. Mais je ne suis pas à plaindre, pour ma part. Cela ne m’empêche pas de faire quoique ce soit que j’ai envie de faire. Qu’avez-vous donc eu comme problèmes de votre côté ?
– Oh, ne pas mourir de faim, ne pas dormir dehors, ne pas se faire attraper lorsque l’on mange ce que l’on ne devrait pas et que l’on dort là où il ne faut pas…
– Je vois, les considérations sont plus terres à terres, bien évidemment, acquiesça Merryweather. Quelque part, ce doit être plus sain.
– Si l’on veut, temporisa Clay. Cela ne nous donne quand même pas beaucoup l’occasion de nous élever l’esprit. J’ai appris une foule de choses intéressantes depuis que je voyage avec Simon et Ethelle. Je n’en aurais jamais eu l’occasion sinon. Dessiner par exemple. Je ne savais pas que j’en étais capable. Bien sûr, au début mes esquisses étaient très moyennes, mais plus je dessine, plus j’arrive à faire les choses correctement. »

Ils méditèrent silencieusement sur la question tandis que des domestiques débarrassaient leurs assiettes et préparaient la table pour le dessert. « Vous paraissez vivre des choses tellement passionnantes, tous les trois, soupira Nicolas avec envie. J’aimerais vraiment venir visiter cette merveilleuse bibliothèque antique et hantée avec vous !
– Malheureusement, elle n’est pas encore visitable, refusa discrètement Simon. De telles ruines sont extrêmement dangereuses et il faut être un archéologue aguerri pour pouvoir évoluer à l’intérieur en toute sécurité.
– Ces deux là seraient donc des archéologues aguerris ? Pointa suspicieusement Merryweather sans se départir de son aimable sourire.
– Tout à fait, acquiesça Derrington avec aplomb. Avant de les emmener, je leur ai fait subir un entraînement intensif ! » Bien sûr, l’archéologue prit bien garde de ne pas mentionner en quoi avait consisté l’entraînement. Percevant la réticence qu’avait Simon à propos d’autres visiteurs dans la bibliothèque, Clay et Ethelle n’intervinrent pas. L’un comme l’autre estimait qu’il s’agissait de l’attitude la plus prudente. Ils n’avaient aucune envie de vexer ni l’archéologue, ni leur aimable hôte.

 

 

1984 mots pour aujourd’hui ! C’est plutôt fantastique pour un mercredi !