NaNoWriMo 2016 : Arkhaiologia Jour 19

Suivant du regard les traces que Simon avait laissées lors de sa précédente visite, elle pouvait retracer tout son parcours. Comme il y avait de grandes trainées dans la poussière qui partaient dans tous les sens, Ethelle supposa qu’il s’était laissé submerger par son émerveillement et avait couru dans tous les coins pour voir le plus de choses possible. Elle fit également l’hypothèse qu’au début il avait certainement du avoir du mal à se poser à un endroit précis pour étudier plus précisément une zone donnée. Au grand soulagement de la rouquine, l’archéologue paraissait plutôt calme, en dépit du feu de l’enthousiasme qui couvait dans ses yeux. Il semblait parvenir à se maîtriser. Il en était de même pour Clay ; elle poussa un soupir de soulagement intérieur.

Ils étaient arrivé dans un grand hall. Très haut de plafond, le hall était spacieux. Un îlot trônait au centre de la pièce et, derrière, s’élevait une volée d’escalier, bordé de chaque côté par d’étranges marches en ferraille. Un autre escalier bordé, lui aussi, de marche en ferraille descendait. « Il s’agit certainement du comptoir d’accueil, lui expliqua Simon qui avait suivi le regard de la jeune femme. Je ne sais pas à quoi servaient ces… Machins. » Ajouta-t-il en désignant des poteaux en forme d’échelle qui bordaient les deux côtés de l’îlot central. « Peut-être qu’à l’époque ils étaient des portes qui empêchaient l’accès aux salles importantes, suggéra l’archéologue. Je compte bien élucider tous ces mystères. Sinon, vous pouvez voir des salles qui bordent le hall, pas très bien avec la lumière de la lanterne je vous l’accorde. Je ne sais pas à quoi servaient toutes les salles, encore. Mais l’une d’entre elle était clairement une zone de détente. Je vous propose que nous allions monter notre camp là-bas. » Ses deux compagnons acquiescèrent et entreprirent d’emmener toutes leurs affaires dans la pièce indiquée.

D’un commun accord, Clay et Ethelle décidèrent que la pièce était trop envahie de poussière pour pouvoir y dormir sans s’étouffer pendant leur sommeil. Le jeune homme ressortit de l’endroit et fureta un peu. Dans un renfoncement du grand hall, il repéra une porte dans un mur, qui pouvait passer pour un placard. Il l’ouvrit et se sentit très fier d’avoir supposé juste. Il avisa un objet qui ressemblait à un balai au manche de métal et s’en empara. Soulagé que l’objet ne se désagrège pas entre ses doigts malgré son grand âge, il l’emmena auprès de sa compagne. « C’est impressionnant, il a encore toutes ses franges, constata-t-elle.
– Je pense que c’est parce qu’elles sont faites d’un matériau… Bizarre, déclara Clay. Je ne sais pas ce que c’est, mais ça a défié le temps.
– Simon a dit que les conditions de conservation de la bibliothèque étaient exceptionnelles vu son âge, ajouta Ethelle. Il pense qu’elle a été ensevelie juste comme il faut pour que tout se conserve au mieux.
– Oui, je me souviens qu’il a dit ces choses là, acquiesça le jeune homme. J’ai du mal à m’imaginer tout ça. Comment étaient les gens qui vivaient ici par exemple.
– Ils ne vivaient pas ici, corrigea-t-elle. Si il s’agissait vraiment d’une bibliothèque, il y a fort à parier qu’ils étudiaient ou travaillaient ici.
– C’est ça, précisa-t-il. J’ai du mal à m’imaginer toutes ces choses. »

Ils échangèrent un sourire. Puis ils entreprirent d’évacuer la plus grosse partie de la poussière de l’endroit. Comme Clay n’avait trouvé qu’un balai, Ethelle s’empara d’une grosse brosse d’archéologie de Simon pour l’aider. Alors qu’ils avaient fini de se débarrasser du plus gros de la poussière, le jeune homme reprit : « Qui sait si ce que je tiens actuellement dans les mains est véritablement un balai ?
– Oh, c’est une bonne question, réalisa la rouquine. Quoiqu’il en soit, il a parfaitement réussi son office.
– Je suis en train de me demander si Simon va m’en vouloir d’avoir utilisé un artefact millénaire pour nettoyer la pièce.
– Quoi de mieux qu’un balai de plusieurs milliers d’années pour nettoyer une bibliothèque de plusieurs milliers d’années ? Ironisa Ethelle.
– Très bonne excuse ! » Pouffa son compagnon. Avisant le mobilier qui restait dans la pièce, il continua : « Je me demande si ces sièges sont confortables.
– Je ne les testerais pas, si j’étais vous, le prévint la rouquine. Ils risqueraient de se désagréger sous votre poids. » Le jeune homme acquiesça, il se disait certainement la même chose, mais cela ne l’empêchait pas de paraître déçu.

Après avoir nettoyé et installé un semblant de camp, les deux jeunes gens sortirent de la salle, lanterne en main, pour retrouver l’archéologue. Celui-ci ne se trouvait plus dans le grand hall. Lorsqu’ils l’avaient laissé, il admirait pensivement les poteaux en forme d’échelle qui se dressaient de part et d’autre de l’îlot d’accueil, les fixant intensément comme pour les faire parler. Il n’avait pas du en tirer quoi que ce soit et s’était certainement lassé, préférant explorer d’autres parties du bâtiment. Simon ne se trouvait nulle part au rez-de-chaussée, de ce qu’ils purent constater. Ils se rendirent aux grands escaliers derrière l’îlot et ses poteaux. « En haut ou en bas ? Interrogea Clay.
– Monsieur Derrington ? » Appela Ethelle. Mais l’interpellé ne répondit pas. Les deux apprentis explorateurs tendirent l’oreille, à l’affût d’un indice sur la position de l’archéologue.

« Ces traces là ont l’air plus fraîches que toutes les autres qu’il a laissées la dernière fois qu’il est venu, déclara le jeune homme en désignant des empreintes qui se dirigeaient vers le bas.
– En effet, en convint la rouquine. Descendons voir ; j’espère qu’il ne s’est pas blessé. » Ils prirent les marches qui descendaient avec précaution. Etant donné leur âge, ils craignaient qu’elles ne s’effritent sous leurs pieds. Malgré leurs craintes, ils arrivèrent à l’étage du dessous sans encombre. Clay leva haut sa lanterne pour leur permettre de voir les alentours. Le hall de cet étage disposait de dimensions plus modestes que celui du dessus et plusieurs couloirs en partaient. Examinant les traces, ils empruntèrent celui qui paraissait avoir les traces de Simon les plus fraîches. Des portes perçaient les murs de part et d’autre de ce couloir et Ethelle se demanda ce qu’elle renfermaient. Elle hésita même à arrêter de chercher l’archéologue pour ouvrir certaines d’entre elles. La crainte de faire une bêtise la retint.

« Monsieur Derrington ? Appela-t-elle. Où êtes-vous ? Ce n’est pas très aimable de votre part d’être parti explorer les lieux sans nous !
– Par ici ! » Lança joyeusement Simon. Il passa une tête dans le couloir, un peu plus loin et leur fit vivement signe de s’approcher. « Venez voir ce que j’ai trouvé ! » Soulagés d’avoir retrouvé leur excentrique archéologue, ils se précipitèrent à sa rencontre et se glissèrent dans la pièce qu’il avait ouverte. « Regardez-moi ça !
– Regarder quoi ? Demanda Clay.
– Et pourquoi cette pièce en particulier ? Compléta Ethelle intriguée.
– Oh, une intuition, balaya Simon. Mais admirez donc cette installation ! » La pièce était plus vaste que ce à quoi s’attendait la rouquine. Il s’agissait d’un petit amphithéâtre et tous les sièges étaient tournés dans leur direction. Elle se tourna et le mur, derrière elle, était blanc.

L’archéologue était déjà en train de monter à l’assaut des marches en direction d’un étrange boîtier. « On dirait un photographeur (j’avais pas déjà donné un autre nom à ça ? x) ), commenta la jeune femme.
– Tiens donc, s’étonna l’archéologue qui ouvrait précautionneusement le boîtier. Il semblerait que vous ayez raison mademoiselle ! Du moins, cet objet comporte de nombreuses similitudes. Bien sûr, je ne suis pas un spécialiste de ces appareils. Nous allons devoir étudier la question… Ah mince ! Ils ont fixé leur machine. Mmmh… » Clay s’approcha à son tour. Il examina l’objet avec attention. La machine possédait effectivement quelque chose qui ressemblait à leurs objectifs de photographeurs. Mais il avait une forme peu conventionnelle et beaucoup de choses manquaient, selon lui, qui avait eu l’occasion de longuement inspecter un de ces objets qui se trouvait sur le zeppelin de la veuve noire. Il toussota, puis expliqua :

« Je ne vois aucun des mécanismes qui permettent de le faire fonctionner. Et puis, il se trouvait dans une boîte fermée et je ne vois pas de place où se mettre en tant que photographe (?)… Etes-vous certain qu’il s’agit d’un photographeur ?
– Je ne suis certain de rien, soupira Simon. Et vos propos font sens. Moi qui était tellement content de trouver un point commun entre eux et nous…
– Avez-vous entendu parler de cette récente invention ? Intervint Ethelle. J’ai entendu dire que des gens avaient trouvé le moyen d’enregistrer des images mouvantes et non juste des images fixes.
– Est-ce vrai ? S’émerveilla Clay qui n’avait jamais entendu parler d’un tel prodige.
– Tout à fait, confirma pompeusement la jeune femme. Il se peut que cela soit ce type d’appareil.
– C’est ingénieux ce que vous dites là mademoiselle, se réjouit l’archéologue. Ce pourrait en effet être un appareil qui immortaliserait des spectacles ou des conférences ou des choses comme ça. J’ai vraiment bien fait de vous emmener avec moi, vous êtes vifs mes amis ! »

Ses deux apprentis sourirent, ravis du compliment. Ils se sentaient aussi très fiers de proposer des idées et hypothèses que l’archéologue considérait sérieusement. Ethelle faisait le tour de la pièce tandis que ses deux compagnons continuaient d’inspecter la machine. « Je ne vois toujours pas de mécanisme qui permette d’activer la machine, persista Clay.
– Cela ne m’étonne pas, soupira Simon. Et cela peut, en fait, confirmer une de mes hypothèses.
– Vraiment ? S’enquit curieusement l’ancien Faucheux.
– Oui, continua l’archéologue. Il me semble avoir compris qu’ils utilisaient une énergie autre que mécanique pour leurs appareils. Quelque chose de plus volatile.
– Comme du gaz ? Supposa Ethelle de loin.
– Mmmh, considéra Simon. Peut-être quelque chose comme cela. Mais définitivement pas de gaz. J’ai déjà vu des tuyaux, mais ils ressemblent plutôt à des câbles et des câbles pleins qui plus est ; je ne vois pas comment du gaz pourrait passer à l’intérieur. »

Les deux hommes tournèrent leur attention vers la rouquine qui s’intéressait à un étrange petit placard accroché à un mur près d’une des portes du haut de l’amphithéâtre. Elle l’ouvrit et il grinça sur ses gonds. A l’intérieur, la jeune femme aperçut plusieurs boutons et un gros levier. Elle ne put déchiffrer ce qu’il y avait d’écrit à côté de chacun des boutons ni des deux positions possibles du levier. Grisée par la curiosité contagieuse de ses compagnons, elle saisit le levier et tenta de le lever. Ce fut tellement difficile qu’elle dut y mettre les deux mains et, enfin, il se débloqua d’un coup sur un bruit affreux, tenant à la fois du craquement et du grincement. En réponse, de faibles lumières vertes et sourdes s’allumèrent au-dessus des portes, l’appareil au-dessus lequel se tenaient Clay et Simon se mit à ronronner et des grésillements provenant de petites boîtiers à grilles en haut des murs se firent entendre. Les trois explorateurs étaient subjugués tant cela semblait à la fois merveilleux et effrayant.

Une image s’afficha soudain sur le mur blanc en face du mystérieux appareil, en bas de l’amphithéâtre. D’après le faisceau lumineux qui jaillissait de l’objectif de l’appareil, les explorateurs déduisirent que c’était lui qui produisait l’image. Il s’agissait d’un texte qui clignota plusieurs fois avant de rester stable. « Qu’est ce que cela signifie ? Demanda Ethelle la gorge nouée.
– Je n’en suis pas entièrement certain, hésita l’archéologue. Il est clair qu’il s’agit d’un message de mise en garde.
– Sommes-nous en danger ? S’inquiéta Clay.
– Non non, je ne pense pas, le rassura Simon. Je dirais que ça parle de faibles ressources d’énergie qui risquent de bientôt s’éteindre. Et il y a quelque chose à propos d’un système de secours qu’il faut… Lancer ? Brancher ? Si l’on veut continuer à profiter de l’installation. »

Sans aucun signe avant-coureur, tout se coupa. Le silence et l’obscurité revinrent. « Je crois que les ressources d’énergie, quelles qu’elles soient, sont épuisées, commenta platement Simon.
– C’était impressionnant, déclara Ethelle qui avait été époustouflée par cette démonstration. Je n’en reviens pas !
– On aurait dit de la magie, renchérit Clay. Pensez-vous que nous puissions trouver ce système de secours ?
– Je ne sais pas, avoua l’archéologue en se mâchouillant pensivement la lèvre inférieure. Ce que je sais, en revanche, c’est que ce que nous venons de vivre confirme que ma découverte est colossale !
– Si nous découvrons comment cette civilisation faisait fonctionner toutes ces choses, appuya la rouquine, cela pourrait même changer la face du monde.
– Wow, lâcha Clay. Je ne pensais pas prendre part à quelque chose d’aussi important un jour… C’est… C’est complètement fou ! »

Les trois explorateurs restèrent un moment à digérer ce qu’ils venaient de vivre. « Comment des gens qui pouvaient réussir à faire des choses aussi merveilleuses ont-ils pu disparaître ? Lança l’ancien Faucheux. Je n’arrive pas à le concevoir !
– Les créatures surnaturelles, rappela Ethelle. Ils n’ont rien pu faire comme la magie, si ce que Simon nous a dit était exact.
– Oui, confirma l’archéologue tout aussi pensif que ses deux compagnons. C’est effectivement ce qu’il m’a semblé comprendre dans ce que j’ai lu. Enfin, ce n’était pas aussi clair que cela, bien sûr. Disons que j’ai trouvé beaucoup de documents qui parlaient du problème récurrent de l’apparition de choses surnaturelles. Et aussi qu’ils avaient découvert comment enrayer cela, mais que d’aucuns s’inquiétaient que des factions cherchent à détruire leur monde en sabotant ce dispositif. J’ai mis des mois à découvrir tout cela !
– Des mois ? S’étonna Clay. Mais combien de temps avez-vous donc passé ici ?
– Plusieurs mois, répondit évasivement Simon. Il y a tellement de choses à découvrir ici ! Et puis, il a d’abord fallu que j’apprenne comment déchiffrer la langue avant de pouvoir essayer de décrypter tout ce savoir ! »

Pour Ethelle, abattre autant de travail tout seul devait plutôt nécessiter plusieurs années.

 

 

2340 mots pour aujourd’hui, je commence même à prendre de l’avance dis-donc !

NaNoWriMo 2016 : Arkhaiologia Jour 18

Le train ne s’était pas encore arrêté que Simon sortit de sa maison pour sauter lestement sur le quai, afin de bien vérifier que la gare avait bien reçu son télégramme qu’il avait envoyé de Covempton à propos du stockage de son wagon-appartement. L’archéologue ne revint pas tout de suite, mais les deux jeunes gens perçurent des vibrations dans le sol de la voiture, puis celle-ci s’ébranla de nouveau, en arrière cette fois. Cela dura peu de temps : le wagon tourna et se retrouva rapidement rangé sur une voie de garage. L’archéologue fit de nouveau irruption, souriant comme à son habitude. « Tout va bien, leur assura-t-il. Ils garderont ma maisonnette au chaud pendant que nous partons en expédition. » Les deux jeunes gens acquiescèrent de concert. Ils passèrent la suite et la fin de leur soirée à préparer du matériel tout en discutant ensemble de choses et d’autres et, notamment, de ce qu’ils risquaient de trouver dans la bibliothèque. En vue de leur future journée de labeur, ils partirent tous trois se coucher très tôt.

 

Bien équipés, les trois explorateurs se rendirent à AllMobile, une petite société qui louait tout un tas de moyens de transport. Les alentours de cette ville étaient très touristiques, avec son lac aux eaux claires, ses ruines historiques et ses randonnées montagnardes. AllMobile était donc une petite affaire plutôt prospère. Simon jeta son dévolu sur ce que le loueur appelait pompeusement une mécamobile. Il régla et signa quelques papiers, puis les trois posèrent toutes leurs affaires dans le véhicule. Ils montèrent aussitôt en voiture et l’archéologue se mit vivement au volant. Ethelle put remarquer qu’il conduisait plutôt bien pour quelqu’un d’apparence aussi éparpillée. Il les mena d’abord acheter de quoi pique-niquer pendant l’expédition avant de se mettre véritablement en route.
(Insérer une péripétie incluant NM ?)

En quittant la ville, ils décapotèrent la voiture, pour profiter au mieux du voyage. Clay, à qui ils avaient laissé toute la banquette arrière, était penché vers l’extérieur pour mieux sentir l’air fouetter son visage. Il rappela à Ethelle les chiens de ses amis qui agissaient de même dès qu’ils montaient en voiture, enthousiasmés par le voyage et le vent dans leur truffe. Simon les emmena très loin dans la nature. Il n’y avait même plus de route et, pourtant, il continuait de rouler avec détermination au milieu de nulle part. Ils avaient quitté les hautes montagnes et l’endroit était vallonné, teinté des jaunes, oranges et rouges de l’automne. L’herbe était encore bien verte et des fleurs persistaient ça et là. La rouquine finit par se sentir fatiguée, enivrée par le grand air ; elle ferma les yeux et s’endormit paisiblement.

L’arrêt du véhicule la tira du sommeil. Elle bâilla et s’étira longuement. Ceci fait, la jeune femme inspecta les alentours de là où ils s’étaient garés. Ils se trouvaient dans une étrange clairière bordée de feuillus clairsemés d’un côté et du flanc d’une grande colline de l’autre. Simon avait garé la voiture au milieu de la clairière et était en train d’installer de nouveau le capot, probablement au cas où il y ait des intempéries ; il ne comptait certainement pas laisser la caution qu’il avait laissée à AllMobile. Clay avait commencé à décharger le véhicule mais, intrigué par l’endroit, avait arrêté pour faire le tour de la clairière, examinant tout avec attention. « Fait attention où tu marches, le prévint Simon. Vers la colline le terrain est de plus en plus instable. » Ethelle descendit à son tour et, malgré son manque d’habitude dans le domaine, songea à aider l’archéologue à sortir leurs affaires.

« Sortons tout, déclara Simon. Nous allons carrément monter notre camp dans la bibliothèque.
– Est-ce bien raisonnable ? S’inquiéta la jeune femme. Ne risquons-nous pas de nous retrouver ensevelis là-dessous si nous y dormons ?
– Oh non, il n’y a pas de souci à avoir, lui assura l’archéologue. Lors de ma dernière visite, j’ai repéré un endroit tout à fait stable et sain.
– Vous nous avez dit que vous aviez découvert l’entrée dans une faille qui s’était ouverte suite à un tremblement de terre, pointa la rouquine. Comment est-ce que l’endroit peut être stable ?
– Oh mais le tremblement de terre a eu lieu il y a bien longtemps de cela, la région n’a plus vraiment d’activité sismique ! » Comme toujours, Simon débordait d’enthousiasme. L’effet rassurant de ses propos était donc mitigé sur Ethelle. Elle se laissa tout de même convaincre. Les yeux de l’archéologue brillaient de millions d’étoiles à chaque fois qu’il mentionnait qu’ils allaient passer quelques jours entiers dans ce bâtiment antique. Et comme elle doutait que Clay se montre plus raisonnable, elle se résigna à les suivre dans leur douce folie exploratrice.

« Wow ! S’exclama d’ailleurs celui-ci. Euh ? Hem… Les gars ? Je crois que j’ai trouvé la faille ! » Il y eut un silence. « J’ai failli tomber dedans ! » Les informa-t-il ensuite. La rouquine leva les yeux au ciel. Elle craignait que l’enthousiasme débordant des deux homme qu’elle accompagnait ne leur fasse faire des bêtises. Légèrement inquiète et ayant l’impression d’être la seule personne raisonnable de l’équipe, la jeune femme se promit de les surveiller pour éviter qu’ils se blessent dans leur entreprise. Ce fut, entre autre, pour cette raison qu’elle observa avec intérêt Simon qui sortait le matériel pour les assurer pendant leur descente. Ils n’allaient pas avoir à escalader à proprement parler, mais la descente promettait d’être abrupte. Et cela risquait d’être d’autant plus dangereux qu’ils seraient chargés. Et encore, Derrington leur avait dit qu’il restreignait le poids au minimum, car ils auraient certainement des trésors archéologiques à ramener de leur voyage dans le passé.

Après les dernières recommandations de Simon – qui paraissaient étrangement sérieuses par rapport à ses habitudes légères – les trois explorateurs entreprirent de descendre dans les entrailles de la terre, avec précaution. L’archéologue ouvrait la marche en l’éclairant d’une lanterne, puisqu’il connaissait mieux le terrain, Ethelle suivait et Clay fermait la marche en portant le plus gros du matériel. A certains moments, le passage devenait très étroit, en plus d’être abrupt, ce qui ralentit encore leur progression. Le gros avantage du métier d’archéologue, se dit la rouquine, c’est qu’au moins ils n’étaient pas pressés : les vestiges n’iraient nulle part. C’était peut-être même pour cette raison que Simon parvenait actuellement à prendre son temps à marcher précautionneusement au lieu de sautiller vers sa bibliothèque chérie. Dans tous les cas, cette attitude mature rassurait Ethelle. Clay se montrait également prudent, ce qui la réconfortait d’autant plus.

La descente ne s’éternisa pas autant que la jeune femme le craignait, même si il y avait eu des passages très compliqués. Ils posèrent enfin le pied sur des marches de pierre qui montaient sur leur droite pour arriver devant des portes, originellement en verre, dont les débris d’une d’entre elles jonchaient le sol. L’archéologue avait l’air un peu gêné. Il se tint un bref instant devant eux, les mains se tordant d’embarras comme un enfant. La rouquine décida de profiter de la situation pour le taquiner. Cela ne lui ressemblait pas d’ordinaire, mais elle ne put s’en empêcher. « C’est vous qui avez cassé cette porte millénaire, n’est ce pas ? » S’enquit-elle. La jeune femme récolta un hochement de tête affirmatif et contrit. « Ne nous avez-vous pas dit que de détruire de telles pièces allait à l’encontre de tous vos principes archéologiques ?
– Oui, je sais, soupira-t-il. Mais je n’avais pas le choix ! Les armatures étaient trop vieilles pour ne pas se désagréger lorsque j’ai essayé d’ouvrir, tout a lâché d’un coup et la vitre est tombée d’un coup.
– Comment sont-elles sensées s’ouvrir ? » Demanda Clay qui observait curieusement les portes. La question parut rendre sa personnalité passionnée à Simon.

« Oh ! Elles sont sensées coulisser, expliqua-t-il joyeusement.
– Je suppose que le système de coulissage ne fonctionne plus, déplora l’ancien Faucheux. Et où se trouve la poignée ?
– Je me suis posé la même question ! Se réjouit l’archéologue.
– Et donc ? S’enquit Ethelle alors que l’explication se faisait attendre.
– Je ne sais pas, avoua Simon. Je n’ai pas réussi à déterminer comment cela fonctionnait. Ca ressemble à quelque chose qui aurait été activé de manière mécanique, ou quelque chose comme ça.
– Si c’est le cas, c’est ingénieux, commenta Clay. Tous les mécanismes doivent être cachés dans les murs.
– Je pense, oui, approuva l’archéologue. Il faudrait que j’amène des techniciens ici pour étudier la question. Je… Je n’ai pas l’habitude de ne pas comprendre les techniques de l’antiquité. Normalement ils sont sensés être moins avancés que nous sur le plan technologique. Mais eux… » Il se mâchouilla la lèvre inférieure.

« Eux je les soupçonne d’avoir été beaucoup mais alors, vraiment beaucoup plus avancés que nous.
– Cela semble vous perturber, nota Ethelle.
– Je suppose que oui, en un sens, réfléchit Simon. C’est comme si je m’aventurais en territoire totalement inconnu. Ce qui est particulièrement excitant ! Mais aussi, un peu effrayant je dois bien l’avouer.
– Qu’est-il écrit là au-dessus ? S’enquit Clay en désignant le fronton de la porte.
– Oh ! Ca, je le sais ! Se pavana l’archéologue. Leur alphabet est une version antérieure de plusieurs alphabets antiques que je connais (trouver des noms de langues antiques de différentes régions et s’étendre sur le sujet) et qui ont beaucoup de points communs. Je pense qu’ils sont tous issus de cet alphabet là. Les deux mots sont aussi assez ressemblants à ces langues en question.
– Cela ne nous dit pas la signification de ces deux mots, lui rappela la rouquine.
– Haha oui, excusez-moi mademoiselle, je me suis encore laissé emporter, se repentit Simon avec un sourire rayonnant. Ces deux mots veulent dire Bibliothèque Universitaire.
– Wow ! S’exclama Clay. Cela faisait donc partie d’une école ?
– Pas seulement, s’enthousiasma l’archéologue. De ce que j’ai compris, cet endroit faisait partie de tout un ensemble dédié à toutes sortes de recherches et d’érudition.
– Ca semble particulièrement important et intéressant, s’émerveilla le jeune homme.
– Oh oui, assurément, approuva vivement Simon. Et encore, je ne comprends pas toute leur langue ! C’est une forme vraiment ancienne par rapport à celles que je connais et je ne suis pas linguiste de formation en plus.
– S’agit-il d’une forme plus archaïque ? S’enquit Ethelle.
– Non, au contraire, soupira l’archéologue, elle est plus subtile et complexe. Surtout complexe. Comme je regrette de ne pas avoir été plus sérieux, j’aurais du passer cette formation de linguiste !
– Vous avez pourtant l’air de bien vous débrouiller, le rassura Clay appuyé par un hochement de tête de la jeune femme rousse.
– Merci, vous êtes tellement adorables tous les deux, s’attendrit Simon. Il n’empêche que j’aurais été plus efficace ici si j’avais été linguiste. Mais vous avez raison, après tout je connais toutes ces langues mortes comme si elles étaient mes langues maternelles. Je finirai bien par vaincre cette langue originelle ! »

Après cette petite discussion édifiante sur le palier de la bibliothèque, l’archéologue les fit entrer dans le bâtiment par la porte qu’il avait cassée auparavant. L’intérieur avait très peu bougé, pour quelque chose qui datait de plusieurs millénaires. Bien sûr, une épaisse couche de poussière et quelques débris recouvraient le tout, mais Ethelle estima qu’il n’y aurait pas besoin de beaucoup de rénovation pour rendre à l’édifice son état d’antan. Cela l’impressionna. Elle commençait à se laisser gagner par l’enthousiasme de ses deux compagnons d’exploration.

 

 

1910 mots pour aujourd’hui et retard rattrapé \o/