NaNoWriMo 2018 : Arkhaiologia Tome 2, jour 23, 24 et 25

– Que faisiez-vous avec mon père ? demanda Ethelle. Est-ce qu’il allait bien ? Est-ce vous qui lui avez permis d’accéder à la fortune de RotorCorp, AérosTech et MécanInc ? Est-ce à cause de vous qu’il a été tué ? Connaissez-vous son assassin ?
– Oh, euh, un instant mademoiselle, s’il vous plait ! plaida Julien [noter avant aussi qu’il a un fort accent] Vous parlez vite et je ne connais pas encore très bien votre langue. Je n’ai pas retenu toutes les questions ; pouvez-vous me les rappeler une par une ?
– Oui bien sûr, pardonnez mon impatience. Reprenons. »

La jeune femme rousse prit une grande inspiration pour s’enjoindre à réfréner son impétuosité. Cet homme qui se trouvait face à elle ressemblait, en quelque sorte, à un érudit, comme ceux qu’elle avait pu rencontrer lors de certains dîner organisés par Charles Morton. A l’époque où elle était encore une personne aidée d’Eastlond, elle avait souvent regardé de haut ces rats de bibliothèque qui s’effrayaient du moindre contact humain. Celui-là leur ressemblait beaucoup et elle décida de le ménager. « Comment avez-vous connu mon père ? reprit-elle d’une voix plus douce.
– Il a trouvé le code pour ouvrir la boîte. Ce n’est pas très difficile, je suis surpris qu’il n’y ait pas plus de gens qui me fassent sortir.
– Hum, moui, c’est surprenant. »

Ethelle avait trouvé la résolution de l’énigme plutôt difficile. Si [Bidulette] n’avait pas été là, elle n’y serait sans doute pas parvenue. « Que vous demandait-il ? s’enquit-elle ensuite, bien décidée à apprendre le plus de choses possible de cet esprit.
– Il me demandait principalement d’effectuer des calculs, répondit Julien.
– Des calculs ?
– Oui, il voulait que je fasse des estimations sur la [mot que je ne trouve pas qui doit ressembler à rendement] d’entreprises selon divers paramètres.
– Oh, je vois, déclara Ethelle. Etait-ce efficace ?
– Je pense oui, je ne sais pas. Les calculs théoriques fonctionnaient en tous cas !
– Vos calculs prenaient-ils en compte les créatures magiques ?
– Bien sûr bien sûr ! » Julien hocha vigoureusement la tête. « C’était même le coeur du problème. Mais je pense que votre père a réussi à en tirer parti. »

La jeune femme rousse baissa les yeux dans son giron, où elle tenait ses mains croisées. Elle était impressionnée que son père, loin de paniquer en constatant l’arrivée de créatures magiques, avait décidé d’en tirer parti. Il avait dû tout de suite comprendre son aubaine en tombant sur la boîte avec l’esprit érudit. Elle était toute aussi impressionnée que Charles Morton ait réussi à résoudre l’énigme du cube coloré, même si Julien trouvait que c’était facile.

« Savez-vous quoi que ce soit au sujet de… son décès ? demanda Ethelle en relevant la tête vers son interlocuteur.
– Son décès ? s’ébahit l’homme. J’ai bien peur que non. Je me demandais pourquoi il ne m’appelait plus, mais jamais je n’aurai pensé que… [préciser avant que Julien est étonné de la mort de Charles Morton ou alors enlever les mentions de décès ou alors dire qu’il comprend pas parce qu’elle parle trop vite et préciser qu’après Ethelle fait attention à son débit de paroles] Je suis désolé, mes condoléances mademoiselle. » Il ôta ses lunettes pour les nettoyer machinalement avec son haut, tandis que la jeune femme hochait la tête.

Ethelle était déçue. Elle connaissait à présent la raison du succès de son père, mais elle n’avait toujours aucune idée des raisons de sa mort. Plus exactement, elle se doutait des raison, mais elle ne savait pas qui pouvait être le coupable. La jeune femme avait très envie de rendre Arabella Finley responsable de tout. Cette femme infâme avait dérobé la mallette de son père et envoyé son majordome à ses trousses : elle faisait une coupable idéale. Mais comme les actions de Charles Morton avaient initialement fait la fortune de la famille Finley, Ethelle n’était pas certaine que la Veuve-Noire était véritablement coupable. Tout au plus s’était-elle montrée opportuniste.

« Vous a-t-il parlé de choses qui l’inquiétaient ? s’enquit ensuite Ethelle pour voir si elle pouvait obtenir des indices de manière indirecte.
– Oui, confirma Julien en rechaussant ses lunettes. Il était inquiet lorsque les trois entreprises qu’il suivait ont commencé à subir des revers qui n’entraient pas dans les calculs prévisionnels. Malheureusement, je ne pouvais pas lui apporter de réponses quant aux origines des probèmes, juste faire des calculs pour redresser la situation ! C’est là qu’il ne m’a plus appelé. J’ai pensé qu’il ne me trouvait plus utile.
– Je vois, déclara la jeune femme rousse. [Bidulette], l’esprit de mon pendentif, peut voir et entendre ce qu’il se passe lorsqu’elle est enfermée. N’est ce pas le cas pour vous ?
– Malheureusement non. Je n’ai pas cette chance. Je pense que la personne qui m’a enfermé n’y connaissait pas grand chose. »

Le ton de Julien était amer. « Ce n’est pas quelque chose de compliqué d’enfermer un esprit dans un objet ? demanda Ethelle.
– Je n’étais pas un esprit. J’étais un être humain normal à la base. Mes camarades et moi faisions des tests sur la magie. C’était quelque chose de nouveau et, au début, personne ne nous croyait quand on expliquait que l’un d’entre nous était en train de développer des pouvoirs magiques.
– Vous avez vécu une résurgence de la magie vous aussi, alors.
– Oui, c’est ça. Et nous n’étions pas prudents, je dois bien l’avouer. Et mon ami magicien encore moins que nous autres. Je pense qu’on pouvait dire qu’il est très vite devenu accro à ses nouveaux pouvoirs. Et aussi, qu’il estimait qu’il avait ainsi la chance de trouver un moyen d’acquérir la vie éternelle.
– Rien que ça, commenta Ethelle. A-t-il réussi ?
– Je ne sais pas. J’ai fait partie de ses expériences ratées avant de voir un résultat concluant.
– Il a expérimenté sur vous ?
– Oui, il m’a enfermé dans un rubik’s cube – c’est le nom de cette boîte – et je suis devenu l’esprit de l’objet.
– Au final, il vous a fait atteindre une forme d’immortalité, déclara la jeune femme rousse. Il aurait dû se lier à un objet lui aussi !
– C’est vrai, acquiesça Julien. Je ne sais pas combien de temps j’ai passé dans mon cube, mais entre temps le monde a bien changé et moi… et moi je n’ai pas vieilli. Ensuite, il ne m’a jamais rappelé hors du cube, je ne sais pas s’il a trouvé une immortalité moins… contraignante pourrait-on dire.
– Comment s’appelle-t-il ? Peut-être en entendrai-je parler.
– Il s’appelle RD. En tous cas, il se faisait appeler ainsi.
– RD, c’est étrange, remarqua Ethelle. Je prends note, sait-on jamais.
– Oh, je ne peux plus rester. »

Il disparut dans un nuage de fumée et réintégra son cube, comme [Bidulette] le faisait avec le camée. Ethelle récupéra le cube qui avait repris l’apparence d’une cassette. Elle rangea le tout dans la mallette de son père qu’elle dissimula de nouveau. Elle resta pensive un instant, se remémorant la conversation avec l’esprit de la boîte. Entre lui, [Truc] et [Bidulette], elle avait beaucoup de sujets de réflexion. Parmis tous ces sujets de réflexion, elle se demanda si Nicolas avait fini par digérer l’apparition de l’esprit de sa grand-mère décédée. Elle décida de quitter sa chambre pour se renseigner.

Ethelle ne trouva son hôte ni dans le salon de sa mère qu’il affectionnait particulièrement, ni dans la grande salle ni dans la bibliothèque. Elle jeta un coup d’oeil par toutes les fenêtres, mais ne l’aperçut pas non plus dans les jardins à présent dépouillés de toute verdure. Lorsqu’elle croisa Henry, elle lui demanda s’il savait où se trouvait le maître des lieux. « Monsieur Merryweather se morfond dans ses appartements, lui apprit-il. Il ne veut voir personne pour le moment. [Il me semble que j’ai un problème temporel, je me demande si j’ai pas oublié de faire passer la nuit]
– Je comprends, dit Ethelle. Sauriez-vous où je pourrais trouver [Truc] dans ce cas ? [si Henry sait que Truc s’appelle Truc]
– Oui, vous le trouverez sur la berge du lac. Du moins était-il là la dernière fois que je l’ai aperçu.
– Merci. »

La jeune femme s’empressa d’aller chercher son carnet et d’enfiler des vêtements chauds. En sortant dehors, elle frissonna. Une brise glacée se faufila dans son cou. Elle resserra son écharpe et se dirigea vers la plage privée des Merryweather. [Truc] se tenait au bord de l’eau, bras croisés, face à une créature du lac. A la grande surprise d’Ethelle, ils paraissaient absorbés dans une grande discussion, paisible qui plus est. Après un bref instant d’arrêt, la jeune femme s’approcha d’eux.

En la voyant arriver vers eux, la créature aquatique eut un mouvement de recul. [Truc] tourna la tête pour voir ce qui effrayait son inquiétante interlocutrice et l’apaisa en constatant qu’il s’agissait de la jeune femme rousse. Il adressa un sourire lumineux à Ethelle et, lorsqu’elle se trouva proche de lui, il la salua de manière hésitante : « Bonjour mademoiselle. Je suis heureux de vous voir, je vous présente… » Mademoiselle Morton ne comprit pas le mot qu’il prononça ensuite et aurait été bien incapable de le prononcer. Elle inclina la tête à l’intention de la créature, puis s’exclama :

« Mais ! Depuis quand parlez-vous ma langue ?
– Depuis peu, avoua [Truc]. Belisama s’est réveillée, c’est grâce à elle que je peux parler avec vous. Pas encore très bien parce que c’est un tour qui lui demande beaucoup d’énergie et il n’y a pas encore assez de magie dans laquelle puiser.
– Où est-elle ? s’enquit Ethelle en espérant qu’il ne parlait pas de l’hideuse créature aquatique.
– Elle a été recueillie par le peuple qui vit dans ce lac, elle est tout près. Si elle était plus loin, nous ne pourrions pas encore communiquer. Notre discussion a été édifiante et j’en suis content : nous ne nous étions pas quittés en très bons termes.
– Comment donc en pas très bons termes ? s’enquit curieusement la jeune femme rousse.
– Disons que nous étions engagés dans un combat à mort, déclara platement [Truc]. Pour des êtres comme nous, c’est très long et dévastateur.
– Pour quelle raison vous étiez-vous… hum… disputés ?
– Je n’ai pas très envie d’en parler à vrai dire. »

Ethelle hocha la tête et n’insista pas. « Quand pourrons-nous voir cette Belisama ? s’enquit-elle avec curiosité.
– Bientôt. Attendons. » [Truc] avait le regard distant, qui fixait de ses yeux violets un point au large du lac de Lancy. La jeune femme rousse n’osa rien ajouter et patienta près de lui. Elle se demandait comment il se faisait qu’il n’ait pas froid. Il n’avait revêtu aucun manteau et ne paraissait pas souffrir des températures glaciales.

Au bout de quelques minutes, Ethelle eut l’impression que l’eau au centre du lac se mettait à bouillonner. Pour cause, une troupe entière de créatures aquatiques crevaient la surface de l’eau, se mettant ensuite à nager en direction du domaine des Merryweather. La jeune femme rousse s’enjoignit à rester stoïque en les voyant foncer vers eux. C’est alors qu’elle aperçut que quelqu’un se tenait sur le dos de l’une de ces créatures. Lorsqu’elles s’approchèrent, Ethelle réalisa que ce quelqu’un était une femme et que, là où [Truc] avait les yeux violets et Chaahk verts, Belisama les avait dorés.

La femme qui chevauchait la créature lacustre leur fit un signe joyeux de la main. [Truc] émit un rire bref, pinçant les lèvres derechef dans une petite moue comme pour s’empêcher de pleurer, avant de répondre de même. Ethelle remarqua qu’il avait les larmes aux yeux. En arrivant, Belisama bondit sur la petite plage et se pendit au cou de [Truc], qui lui rendit tendrement son étreinte. Les deux riaient et pleuraient en même temps ; face à la puissance manifeste de leurs sentiments, Ethelle sentit des larmes lui piquer les yeux.

[vérifier si j’ai assez insisté sur la souffrance de Truc avant]

Se séparant, ils échangèrent quelques mots dans une langue qu’Ethelle ne comprenait pas. Elle n’était pas sûre qu’il s’agisse de la langue antique dont Simon Derrington lui avait appris quelques bribes. Sensible à l’émotion ambiante, la jeune femme rousse resta poliment en retrait. Elle remarqua que les créatures aquatiques faisaient de même, en produisant quant à elles des vocalises qui sonnaient étrangement à l’oreille d’Ethelle. Cette dernière commençait à s’habituer à l’apparence, selon elle repoussante, des habitants lacustres. Elle devait même admettre que leurs chants – s’il s’agissait bien de musique – étaient plutôt agréables.

« Je te présente mademoiselle Ethelle Morton, déclara [Truc] dans la langue de la jeune femme rousse.
– Enchantée, mademoiselle Morton, déclara Belisama presque sans accent.
– De même, répondit machinalement Ethelle.
– Je vous suis reconnaissante d’avoir pris soin de [Truc] pendant qu’il récupérait ses esprits.
– Pendant qu’il récupérait ses esprits ? répéta la jeune femme rousse. Avait-il perdu la tête ?
– Oh, non non, lui assura Belisama. C’est juste que lorsque nous revenons à la vie grâce à une quantité de magie suffisante, nous sommes un peu perdus. »

La femme aux yeux dorés s’interrompit ; les habitants du lac essayaient d’attirer son attention. Elle se tourna vers eux et discuta un petit moment dans leur langue qu’Ethelle trouvait aussi incompréhensible qu’imprononçable. Après leur échange, les créatures leur firent des signes et retournèrent s’engloutir dans les eaux lacustres. « Pardonnez-moi, lança Ethelle une fois qu’ils eurent disparu. Mais quelle est cette histoire de montagne dont [Truc] parlait lorsque nous l’avons trouvé ?
– Ah, la montagne, oui. » dit Belisama.

Les deux dieux échangèrent un regard entendu. « Cette montagne est l’endroit d’où l’on peut éradiquer la magie. »

 

Je ne sais pas combien de mots pour ces trois jours, mais je dirais un peu plus de 2000

NaNoWriMo 2018 : Arkhaiologia Tome 2, jour 21 et 22

Elle comprit très rapidement qu’il ne le ferait pas. Il lui expliqua qu’il n’avait encore que très peu de forces et qu’invoquer les esprits des morts lui demandait trop d’énergie. Après une hésitation, il ajouta qu’il le ferait avec plaisir une fois sa magie revenue. Ethelle ne put s’empêcher de se sentir un peu déçue ; elle avait tellement envie de voir son père ! De savoir qu’il existait une possibilité exacerbait ce sentiment.

Elle réprima un bâillement. Il commençait à se faire tard, elle prit donc congé et retourna dans sa chambre. A peine avait-elle refermé la porte, qu’elle sentit son pendentif émettre de la chaleur et [Bidulette] apparut face à elle. La jeune fille affichait une moue un peu boudeuse. « Quelque chose ne va pas ? s’enquit Ethelle qui n’avait pas l’habitude de la voir pas souriante. (y a des jours où mes phrases sont vraiment nulles)
– Oui, acquiesça [Bidulette]. Je suis très triste de constater que vous n’avez pas pensé à moi pour faire la traduction entre vous et ce mystérieux grand homme ténébreux.
– Oh ! s’exclama la jeune femme rousse. Je n’y avais même pas songé, je dois bien l’avouer. Je suis confuse.
– Haha ! Ce n’est rien ! Je ne comprenais pas sa langue de toutes façons, elle ne ressemblait à rien de ce que j’ai déjà entendu. »

[Bidulette] paraissait fière d’elle et se trouvait très drôle. Elle gloussait doucement en tournant sur elle-même. Cela fit cependant réfléchir Ethelle. Si l’esprit du pendentif ne connaissait pas la langue que parlait [Truc], cela voulait certainement dire que celui-ci était beaucoup plus âgé qu’elle. Ou alors, qu’elle était beaucoup plus âgée que lui. Peu importait globalement, mais ça l’intriguait de savoir.

Ethelle se désintéressa de ses hypothèses qu’elle pensait invérifiables pour extirper la mallette de son père de sa cachette. Elle caressa pensivement le cuir avant de sortir la boîte et les papiers. Tout en pianotant machinalement sur le mystérieux écrin, la jeune femme rousse examina avec attention les dossiers et papiers de l’attaché-case. Elle se disait que, caché au milieu des dossiers et papiers, se trouvaient peut-être des indices concernant la boîte.

Après avoir attentivement lu les quelques dossiers en sa possession, elle estima qu’il s’agissait seulement d’affaires courantes liées au conseil municipal d’Eastlond. Elle garda néanmoins de côté le dossier qui concernait des incidents au niveau de la Conquise près des entrepôts des Modernités. [détailler les papiers qu’elle étudie ensuite et trouver des indices sur comment ouvrir la boîte, avec l’aide de Bidulette]
[décrire comment elle arrive à ouvrir la boîte]

Une multitude de petits cliquetis retentirent, comme si autant de minuscules mécanismes se mettaient en branle, puis le couvercle s’entrouvrit dans un bref sursaut. De la brume colorée s’échappa de l’écrin, pour former un homme d’âge moyen, aux cheveux sombres coupés courts qui contrastaient avec sa peau pâle, portant d’étranges lunettes aux verres rectangulaires ainsi que des vêtements tous aussi hors du commun. Ces derniers ne furent pas sans rappeler à Ethelle les habits que portaient les étudiants dans les réminiscences fantomatiques qu’elle avait vues dans la bibliothèque.

« Hum, bonjour, la salua l’esprit de la boîte en remontant les lunettes sur son nez.
– Bonjour, lui retourna poliment la jeune femme rousse. Je suis Ethelle et c’est moi qui vous ai appelé hors de la boîte.
– Je vous remercie, c’est ennuyeux là-dedans à force. Je commence à avoir un peu assez de faire des mathématiques théoriques tout seul sans pouvoir en parler.
– Et moi je suis [Bidulette], les interrompit cette dernière qui ne voulait pas se trouver en reste.
– Enchanté, moi c’est Julien. [Ce qui est un vrai prénom, contrairement à ce que me répétait une vieille grand’tante gâteuse]
– Connaissiez-vous mon père, Charles Morton ? s’enquit impatiemment Ethelle.
– Oh non… déplora [Bidulette] qui s’évanouit en fumée pour réintégrer le pendentif.
– Oh, euh oui, répondit Julien.

 

Environ 650 mots je crois, j’écris de moins en moins par jour x)

NaNoWriMo 2018 : Arkhaiologia Tome 2, jour 20

– Nicolas ? » l’interpella Ethelle, mais le jeune homme blond quitta la pièce sans lui accorder la moindre attention.

La jeune femme ne savait que faire. Les domestiques avaient emmené leur camarade inconscient, [Truc] serrait les poings sur la nappe et Henry paraissait attendre ses instructions. Elle ne savait pas quoi lui ordonner ; elle aussi avait perdu l’appétit, mais elle ne pensait pas qu’il était convenable d’abandonner leur invité à sa solitude au beau milieu d’un repas. Ethelle se leva. « Vous pouvez faire débarrasser, Henry, déclara-t-elle en se dirigeant vers [Truc]. Je pense que tout le monde a perdu l’appétit. »

Alors que le majordome inclinait brièvement la tête, la jeune femme rousse posa une main sur l’épaule du dieu. Il leva ses yeux violets vers elle et elle lui fit signe de la suivre. Son humeur était toujours sombre mais il lui emboîta néanmoins le pas. Mademoiselle Morton demanda à une servante de trouver un manteau chaud pour son invité et elle fit de même. La nuit étant tombée, elle requit également une lanterne. Lorsqu’on la lui donna, elle sourit par devers elle, s’imaginant retourner dans la bibliothèque de Simon Derrington. Secouant la tête, elle sortit, suivie par [Truc] qui se laissait guider sans rien dire.

« Il fait froid, mais cela nous aèrera l’esprit, déclara Ethelle. Nous ne resterons pas dehors très longtemps de toutes façons. » L’homme aux yeux violets la suivait sans mot dire. La jeune femme savait qu’il ne comprenait pas un mot de ce qu’elle disait, mais elle était gênée de laisser le silence s’installer entre eux. « Je me pose beaucoup de questions vis à vis de vous, continua-t-elle. Par exemple, je me demande comment l’esprit de la grand-mère de Nicolas – car c’était bien un fantôme, n’est ce pas ? – vous comprenait alors que nous ne parlons pas la même langue. Je suis persuadée que le professeur Derrington vous trouverait fascinant. »

Elle s’arrêta près d’un banc en fer forgé peint en blanc et tapota la place à côté d’elle pour enjoindre [Truc] à faire de même. Il s’assit, l’esprit visiblement préoccupé. « Vous me rappelez l’homme qui est venu l’autre jour, avec Simon, Clay et Tina. Il avait des yeux verts aussi éclatants que les vôtres. Est-ce une caractéristique des personnes qui vivaient à votre époque ? » L’homme saisit l’intonation interrogative et la regarda d’un air désolé en haussant les épaules. « Il s’appelait Chaahk. » poursuivit Ethelle.

Pour la première fois, une lueur illumina le regard de [Truc]. « Chaahk ? répéta-t-il d’une voix profonde.
– Oui, acquiesça la jeune femme en souriant. J’arrive enfin à avoir votre attention ! » Elle sortit son carnet d’un revers de son manteau et en approcha la lanterne. « Bien, essayons de voir si nous pouvons communiquer maintenant. »

Elle tenta plusieurs mots et avec plusieurs prononciations. [Truc] l’écoutait, la mine concentrée. Il tenta plusieurs mots lui aussi, mais ils avaient encore beaucoup de mal à trouver une façon sûre de se comprendre l’un l’autre. L’homme finit par s’emparer du carnet d’Ethelle et l’examina attentivement. Puis, il hocha la tête et désigna des mots écrits. Cela faisait des phrases sommaires, mais la jeune femme sourit, ravie de pouvoir enfin communiquer avec lui.

Elle frissonna ; la brise nocturne était glaciale. [Truc] la considéra un instant, puis fit quelques brefs mouvements de mains. Ethelle ne ressentit soudainement plus le vent et lança un regard interrogateur à l’homme à côté d’elle. Il lui sourit – le premier sourire qu’elle voyait se dessiner sur son visage – et lui désigna quelques mots de son carnet. Elle comprit qu’il avait ordonné à la brise de passer à côté d’eux. La jeune femme était impressionnée. Jusqu’ici elle n’avait porté que peu de foi à cette appellation de dieu. Elle décida qu’il devait au moins être un véritable magicien.

Même si le vent ne la frigorifiait plus, la température de la nuit restait très basse et ils retournèrent au manoir, le cœur un peu plus léger que lorsqu’ils l’avaient quitté. Installés dans la salle à manger, devant la cheminée où crépitaient toujours de longues flammes claires, une idée traversa l’esprit d’Ethelle en repensant au fantôme de madame Jocelyn Merryweather. « [Truc], déclara-t-elle. Pourriez-vous convoquer l’esprit de mon père ? J’ai des choses importantes à lui demander et… à lui dire, aussi. » Alors que l’homme lui lançait un regard aussi violet qu’interrogateur, elle ravala la boule qui s’était formée dans sa gorge et désigna quelques mots dans son carnet, espérant ardemment qu’elle réussirait à se faire comprendre.

[Truc] la considéra gravement. Ethelle se demanda brièvement combien de centaines de fois il avait dû entendre cette requête. Son cœur battait à tout rompre alors qu’il feuilletait le carnet.

 

776 mots pour aujourd’hui, ça y est j’ai de nouveau du retard

NaNoWriMo 2018 : Arkhaiologia Tome 2, jour 19

(changement de chapitre)

Lors du dîner, l’inconnu afficha une mine abattue. Jusqu’à la fin du plat principal, il ne réagit ni aux tentatives de communication de Nicolas ni à ceux d’Ethelle. La tête dans son assiette, il n’en picora qu’un peu et passa le plus clair de son temps à se morfondre. Plusieurs fois, les deux jeunes gens échangèrent des regards impuissants : comment réconforter quelqu’un à qui l’on ne pouvait pas parler ?

Soudain, l’atmosphère autour de l’homme se fit plus sombre et froide. Ethelle et Nicolas eurent l’impression qu’une fine brume émanait de lui et recouvrait le sol de la grande salle à manger. Son regard s’était fait très dur, comme s’il était en pleine concentration. Un souffle se fit entendre et une forme apparut à côté de l’inconnu. Le domestique qui s’apprêtait à débarrasser les assiettes poussa un bref cri d’effroi avant de s’évanouir. Effrayés, les deux jeunes gens se figèrent en voyant que la forme était une vieille femme aux cheveux immaculés enserrés dans une coiffure compliquée, d’une pâleur mortelle et vêtue d’une robe qui avait dû être à la mode une trentaine d’années auparavant.

« Nicolas, mon petit, tu as bien grandi ! se réjouit la dame âgée.
– B… bonne maman Jocelyn ? s’ébahit le jeune Merryweather les yeux se remplissant de larmes.
– Je crains de n’être plus qu’un souvenir, déclara Jocelyn Merryweather en jetant un coup d’œil à l’inconnu concentré qui murmurait rapidement entre ses dents. J’ai été appelée par ce monsieur.
– Pourquoi ? demanda son petit fils qui faisait beaucoup d’efforts pour s’empêcher de pleurer.
– Il n’arrivait pas à vous parler, il m’a donc réveillée afin que je lui serve de porte-parole. Il s’appelle [Truc], dieu des morts et du temps et… Bah, il est bien pompeux cet homme là je trouve ! Peu importe ce qu’il dit qu’il est. Il a un message pour vous : il voudrait retrouver une certaine Belisama. Je ne sais pas si c’est pour s’excuser ou si c’est pour l’achever, ce n’est pas très clair. Il semblerait qu’ils aient une relation complexe ces deux là ! Et, aussi, il exige que vous passiez le message au monde qu’il fera tomber la foudre sur quiconque s’approchera de la montagne… la montagne mangeuse de magie ? Je n’ai jamais entendu parler d’une telle montagne. Mais il a l’air très sûr de lui. Et en colère, aussi. Prend garde mon petit. »

Sur ces mots, elle disparut et, en même temps que la brume se dispersait, Ethelle et Nicolas réalisèrent que [Truc] avait perdu connaissance, la tête posée sur son bras à côté de son assiette. Il se réveilla, papillonnant des paupières, alors qu’Henry et deux autres domestiques faisaient irruption pour voir ce qui était à l’origine du cri qu’ils avaient entendu. Les deux domestiques relevèrent leur camarade qui s’était évanoui et Henry s’enquit auprès de son maître si tout allait bien, avec son flegme habituel. Nicolas ne répondit pas tout de suite. Ethelle supposa qu’il ne devait pas être certain de la réponse à donner.

« Je pense que tout va bien, oui, finit par dire le jeune Merryweather encore sous le choc de la discussion avec sa défunte grand-mère. En revanche, je n’ai plus faim. Je vais me retirer.

 

542 glorieux mots pour aujourd’hui.

NaNoWriMo 2018 : Arkhaiologia Tome 2, jour 18

J’espère que ma lettre vous trouvera en bonne santé après avoir fait un bon voyage. Les créatures magiques pullulent tellement à présent que je crains qu’elle ne perturbent le bon fonctionnement des trains en créant des accidents. Nous concernant, nous n’avons pas vécu d’autres épisodes aussi effrayants que celui des créatures sorties du lac. J’espère que nous continuerons à être tranquilles de ce côté là et que vous aussi.

J’ai beaucoup songé à ce que vous m’avez raconté concernant les secrets de mon père, mais j’aimerais en savoir plus encore. Vous m’avez certainement rapporté tout ce qui vous semblait utile. Si vous le pouvez, j’apprécierais que vous me racontiez tout ce qui vous passe par la tête concernant ce secret. Je suis convaincue que le moindre détail peut s’avérer important dans cette affaire. Si je veux pouvoir retrouver et utiliser ce secret, j’ai besoin d’en connaître le plus possible à ce sujet.

Je vous remercie par avance de tout ce que vous pourrez me dire à ce sujet et vous assure de l’expression de mes sentiments les plus amicaux,

Ethelle Morton. »

 

La jeune femme sécha l’encre en tamponnant délicatement sa lettre avec du papier buvard, puis la relut. Elle la trouva courte, mais estima que cette amorce de conversation suffirait ; elle aurait tout le temps de s’épancher plus avant lors des prochains échanges épistoliers. Ethelle s’empara d’une enveloppe dans laquelle elle glissa sa lettre et la cacheta, écrivant ensuite soigneusement l’adresse de la famille [Machintruc], puis sortit de sa chambre et pria le premier domestique croisé de poster son courrier.

En essayant de retourner dans le petit salon où se tenait précédemment Nicolas, Ethelle manqua de percuter madame Cartridge au détour d’un couloir. « Pardonnez-moi ! s’excusa prestement la jeune femme rousse.
– Vous n’auriez pas à vous excuser si vous n’étiez pas en train de courir de manière inconvenante dans les couloirs, lui reprocha madame Cartridge toujours très collet monté. Vous n’êtes plus une enfant il me semble. »

Ethelle rougit de colère. Comment cette vieille pie osait-elle l’insulter de la sorte ? Elle réitéra ses excuses, sur un ton plus froid et emboîta le pas à madame Cartridge qui avait décidé qu’elle était trop pressée et de passer outre. Les deux femmes se dirigèrent de concert jusqu’à la chambre de l’inconnu. Nicolas, qui attendait madame Cartridge, adressa un sourire à Ethelle et fit signe à Henry d’ouvrir la porte. En pénétrant dans la pièce, madame Cartridge se retourna vers mademoiselle Morton et les deux hommes pour leur intimer de rester dehors, afin de la laisser seule avec son patient.

Les trois obtempérèrent. Ethelle et Nicolas patientèrent à l’extérieur, tandis qu’Henry retournait à ses tâches de majordome. « J’espère que ce n’est pas trop grave, déclara la jeune femme rousse.
– Je pense qu’il a surtout des soucis dans sa tête, soupira Nicolas. Je doute que madame Cartridge puisse y faire grand chose.
– Nous verrons bien. »

De longues minutes plus tard, madame Cartridge sortit de la pièce en rajustant ses lunettes. « Votre invité est particulièrement épuisé, expliqua-t-elle. Je ne sais pas quelle prouesse il a bien pu accomplir, mais il est à bout de forces. Néanmoins il a l’air de se remettre de minute en minute. Je n’ai donc que du repos à lui prescrire.
– Et… c’est tout ? s’étonna Nicolas.
– C’est tout. A présent, si vous voulez bien m’excuser, j’ai encore d’autres patients à voir. »

Nicolas la remercia et la régla avant qu’elle ne s’en aille. Comme elle avait prescrit du repos, ils quittèrent l’endroit et allèrent vaquer à d’autres occupations. Le jeune Merryweather assura Ethelle qu’il s’arrangerait pour que leur invité dîne avec eux, sous réserve qu’il soit assez en forme. La jeune femme espéra que ce serait le cas. Elle passa le reste de sa journée à parcourir ses notes et à ajouter ce dont elle se souvenait de la langue antique dans son petit carnet. Elle comptait l’utiliser pour essayer de communiquer avec l’inconnu.

 

(changement de chapitre)

 

Après quelques temps à chercher des indices concernant une possible apparition d’Amaterasu, Valentin soupira. Il ne savait pas vraiment comment amorcer efficacement ces recherches. Pourtant, il était plutôt doué dans le domaine. Il lâcha : « Ce qui est beau avec Internet, c’est qu’on trouve de tout. Après, l’inconvénient avec Internet, c’est qu’on trouve de tout aussi.
– Je te fais confiance, lui assura Asklepios. Ton amie et toi êtes des personnes généreuses et curieuses. Nous avons beaucoup de chance de vous avoir rencontrés.
– Oh, merci. »

Valentin ne s’attendait pas à recevoir un compliment ; il sourit à son interlocuteur d’un air gêné. Asklepios lui rendit un sourire apaisant. Il avait une physionomie qui mettait le jeune homme en confiance. « Qu’est ce que c’est ? S’enquit le médecin en voyant une fenêtre d’information apparaître sur un coin de l’écran.
– Oh, ça, ce sont les infos. Je suppose qu’une des personnes qui utilise ce poste aime bien rester au courant de ce qu’il se passe dans le monde. Ah mais c’est l’éruption d’un volcan ! »

Curieux, le jeune homme ouvrit la fenêtre en grand, pour lire rapidement l’article. « Waw… Émit-il. Un nouveau volcan vient d’apparaître dans le Pacifique… C’est impressionnant !
– Vraiment ?
– Euh… Oui, les volcans m’impressionnent, avoua Valentin.
– Je te comprends, les éruptions sont un spectacle cataclysmique, c’est très beau. Où se trouve le Pacifique ? »

Pour lui répondre, le jeune homme chercha une carte du monde à montrer. Malheureusement, la classique carte n’évoquait pas grand chose à Asklepios. Il n’arrivait pas à reconnaître le tracé et avait eu peu d’occasions de voir des cartes auparavant. « Tant pis, ce n’est pas important, balaya Valentin.
– J’aimerais beaucoup savoir, insista plaisamment le médecin.
– Hum, bon… » Après un moment de réflexion, le jeune homme lui montra un globe holographique et lui expliqua où ils se trouvaient eux et où se trouvait la zone volcanique. Asklepios se gratta pensivement la tête en étudiant le globe.

« Ceci, est-ce bien la route de la soie ? s’enquit-il finalement.
– Oui, c’est bien ça, acquiesça Valentin.
– Je vois mieux maintenant ! se réjouit le médecin. D’après la description des lieux, Belisama m’informe qu’il est possible que ce soit une région où s’étaient rendus deux d’entre nous.
– Et tu as déduit ça grâce au volcan… Parce que ?
– Parce que les deux qui sont partis là-bas sont de sacrés lurons. Et que l’un maîtrise la terre et l’autre le feu.
– Non… C’est pas possible ! s’exclama Valentin. Tu penses que l’éruption vient d’eux ?
– Ça leur ressemblerait bien, ce sont de vrais plaisantins.
– Mais les volcans ne sont pas des plaisanteries, s’offusqua le jeune homme effaré. C’est très dangereux !
– Ne t’inquiète pas, le rassura Asklepios. Notre but n’est pas de blesser les populations. Ils ont toujours été très porté sur les blagues mais ils ne feraient de mal à personne. »

Valentin n’était pas très sûr d’apprécier l’humour de la création d’un volcan. Il tenta de relativiser en se disant qu’il n’était pas à même de réfléchir comme des personnes aussi puissantes. Il se disait qu’il fallait disposer de très grands pouvoirs pour créer un volcan sur un coup de tête. Une question se mit à lui tarauder l’esprit : « Comment s’appellent-ils ?
– Chaahk et [Bidule]. »

Le jeune homme n’était pas calé dans toutes les mythologies du monde, mais il se promit de faire des recherches sur ces deux-là. Il était sûr d’avoir entendu parler d’au moins l’un des deux. En attendant que l’ordinateur termine la recherche demandée, ils épluchèrent les premières suggestions. Malheureusement, rien de sérieux dans les évènements mondiaux ne rapportait la découverte de personnes hors du commun qui parleraient des langues inconnues. « J’espère qu’ils n’ont pas eu le problème de mémoire comme Déa, s’inquiéta Asklepios. Sinon nous mettrons beaucoup plus de temps à les retrouver. » Il s’interrompit un instant, penchant la tête sur le côté. « Déa nous appelle. »

Au moins, elle ne paraissait plus envahir ses pensées à lui, songeait Valentin alors qu’ils se levaient pour se rendre dans l’annexe. Les deux femmes, qui avaient réceptionné le dragon un peu avant, l’avaient laissé sortir de sa cage. Béatrice en avait profité pour mettre en route une partie du matériel et avait convaincu Déa d’installer quelques capteurs sur l’animal. Elles le contemplaient à présent voler dans l’annexe aux hauts plafonds et Béatrice prenait des mesures tandis que la femme aux yeux dorés fixait le dragon d’un air attendri. Valentin était certain que son amie comptait étudier le dragon le plus possible.

« C’est prudent de le laisser faire ce qu’il veut ?
– Oh, ne t’en fais pas pour ça, répondit Béatrice tout en restant concentrée sur son ordinateur. Déa a dit qu’elle pouvait le convaincre de ne pas faire de bêtises, alors je me suis dit que c’était une occasion idéale ! En plus, comme elle peut discuter avec lui, j’ai déjà tout un tas d’informations sur les jeunes dragons à peine sortis du nid : je sais ce qu’ils mangent, je sais combien de temps ils ont besoin de dormir, et plein d’autres choses. » Elle quitta l’écran qu’elle couvait des yeux pour tourner la tête vers son ami et reprit, toute excitée :

« Tu savais que les dragons avaient une mémoire génétique ? De ce que je sais, je suis actuellement la seule spécialiste sur les dragons au monde : c’est trop bien !
– Tu sais que ça ne va pas durer ? temporisa Valentin avec un sourire. Je suppose que s’il y a un dragon, il y en aura plein d’autres d’ici peu.
– Ha-HA ! Triompha Béatrice avec un sourire jusqu’aux oreilles. Et à qui crois-tu qu’ils vont les amener, tous ces dragons ? Heureusement que l’annexe est terminée, je ne sais pas ce que j’en aurais fait sinon… En tous cas, Massamba et Pommier vont être surpris en revenant. Je veux rassembler le plus d’informations possible sur ces animaux-là avant leur retour. Oh, et ne t’inquiète pas, je te filerai mes notes et on en discutera looonguement tous les deux. »

Vaincu par tant d’enthousiasme, Valentin acquiesça avec un franc sourire. Il remarqua alors qu’Asklepios et Belisama avaient entamé un dialogue, dans ce qu’il supposait être leur langue d’origine. « Pourquoi vous ne parlez pas par télépathie ? leur demanda-t-il.
– Parfois nous préférons parler à haute-voix, lui répondit simplement Déa. Je ne me l’explique pas, d’autant que la conversation est plus rapide et claire dans nos têtes, mais c’est ainsi. » Elle se tut un instant. « J’ai commencé à apprendre quelques mots de votre langue à Ouranos.
– Ouranos ?
– Le dragonnet, expliqua-t-elle. Je trouvais que ça lui allait bien. »

Ils contemplèrent l’animal évoluer dans les airs. Il était un peu gauche, comme tous les jeunes, et il lui arrivait de mal négocier certains virages. « Pourquoi tu lui apprends notre langue ? s’enquit ensuite Valentin qui avait l’impression de ne poser que des questions depuis la veille.
– Pour qu’il puisse vous comprendre ton amie et toi, si jamais nous sommes séparés. Quelque chose me dit que ça sera plus simple pour votre travail s’il comprend ce que vous dites.
– Je pensais que tu voudrais le garder avec toi.
– Peut-être, nous verrons bien. » Conclut Déa.

Le dragonnet atterrit en glissant sur le sol près de la femme aux yeux dorés et lui réclama des caresses. Celle-ci s’exécuta avec plaisir et reprit : « Tant que nous n’avons pas de nouvelles d’Amaterasu notre voyageuse rapide, j’aimerais savoir s’il y aurait un moyen de nous rendre vers ce volcan dans le Pacifique.
– Oulà non, s’exclama Valentin. Enfin, il y a des moyens, mais pas à notre portée. Et même si on pouvait, ça resterait long d’aller là-bas.
– Oh, commenta Belisama avec une moue déçue. J’espérais que votre technologie pouvait tout faire. Même de nos jours, il y a toujours des limitations, n’est ce pas ?
– De moins en moins, répartit Valentin. Mais toujours, oui.
– Tu vois, Askel, lança-t-elle à son compagnon avec un fin sourire. Après tout, nous ne sommes peut-être pas si obsolètes que cela. »

Son sourire s’effaça au profit d’une mine concentrée. Elle cracha un mot que Valentin ne comprit pas mais que, d’après le ton frustré, il estima être un juron. « Un problème ? s’enquit-il.
– Ils sont trop loin pour que j’arrive à les atteindre, déplora la femme aux yeux dorés. J’espère qu’ils ne feront pas trop de bêtises en attendant. Si ce sont bien eux à l’origine de ce volcan, bien entendu.
– Je suis confiant à ce propos. » Intervint calmement Asklepios.

Valentin ne savait pas quoi répondre à ça et il retourna vers Béatrice, qui était totalement transportée par tout ce qu’elle apprenait sur le dragon. La conversation entre les quatre tourna ensuite surtout autour de ces animaux. Les deux mages fournirent quelques informations supplémentaires sur ce qu’ils savaient des dragons adultes. « Tu es seule à travailler dans ce grand bâtiment ? S’enquit Déa auprès de Béatrice.
– Oh non, nous sommes plusieurs, expliqua celle-ci. Mais nous sommes samedi. Et, le samedi, personne ne travaille.
– Sauf toi, pointa la femme aux yeux dorés d’un ton malicieux.
– Oui, mais c’est une situation exceptionnelle !
– J’en ai l’impression, commenta Belisama. Où en sont les recherches ? » Continua-t-elle en se tournant vers Valentin.

« Je pense qu’elles sont terminées, estima celui-ci. Allons voir ; il va falloir trier. » Curieux, ils se rendirent tous dans le bâtiment principal, suivis par le jeune dragon qui ne voulait pas quitter la femme aux yeux dorés. Béatrice accepta que le jeune animal les accompagne à la condition que Déa s’assure qu’il ne fasse pas de bêtises. Valentin leur attribua des postes à tous et répartit les résultats de recherche. Ils s’installèrent tous et le jeune homme leur conseilla de garder le moindre article qui leur laisserait le moindre doute.

« Comment ils vont réussir à lire tout ça ? interrogea Béatrice.
– Je peux lire n’importe quelle langue, en plus de la parler, leur assura Déa. Cela ne me prend que quelques secondes à intégrer. Un peu plus si je ne connais pas l’alphabet.
– Oh tant mieux, se réjouit Valentin. J’avais prévu le mode aveugle pour eux, avec des écouteurs.
– Je n’en aurai pas besoin, mais Askel si j’en ai peur, reprit la femme aux yeux dorés. Je suis désolée, mais dans mon état ce sera plus simple de traduire ce qu’il entend que ce qu’il voit. J’essaie de chercher les autres en même temps et cela me demande beaucoup d’énergie.
– Tu n’as pas besoin de te justifier, la rassura Béatrice. Valentin avait tout prévu de toutes façons. Si tu préfères les écouteurs, n’hésite pas à lui dire.
– Ça ira, chantonna Belisama avec un grand sourire. Je suis impatiente de voir les styles d’écriture de toutes façons. »

Ils se mirent au travail sans tarder. Cela leur prit beaucoup de temps et, lorsque midi fut passé, Béatrice proposa de commander à manger. Après le repas, ils pourraient faire un point sur ce qu’ils avaient trouvé. « Je peux nous fournir de quoi nous nourrir, suggéra Déa. Comme les autres fois.
– À vrai dire, si ça ne dérange personne, j’aimerais beaucoup goûter à la nourriture de ce temps. » Comme toujours, Asklepios était intervenu de sa voix profonde et de son ton poli. La femme aux yeux dorés le considéra avec surprise. Puis, avec un sourire, elle acquiesça. « C’est une bonne idée, approuva-t-elle. Après tout, nous allons devoir vivre… maintenant, n’est ce pas ? »

Concernant leurs recherches, tous étaient tombés sur beaucoup d’histoires insolites, mais aucune ne pouvait être considérée comme une piste certaine sur l’un des membres manquant de leur petit groupe de mages. Le tri avaient été fortement ralenti pour Belisama et Asklepios, car ils avaient étudié les articles beaucoup plus en profondeur, émerveillés par toutes les nouveautés du monde d’aujourd’hui. La femme aux yeux dorés avaient même trouvé le moyen de naviguer elle-même sur Internet et en avait profité pour naviguer, faisant partager ses découvertes par télépathie à son compagnon.

Béatrice s’était mise à pianoter à toute vitesse sur son téléphone, pour assurer Massamba que tout allait bien se passer. Elle espérait ainsi arrêter le flot ininterrompu de son tuteur bavard et généreux en recommandations. « Qui c’est qui te harcèle comme ça ? s’enquit Valentin.
– C’est Massamba. Enfin, j’ai eu un message de Pommier et bientôt quinze de Massamba.
– On dirait qu’il est aussi enthousiaste que toi, plaisanta le jeune homme.
– Voire même encore plus ! renchérit Béatrice. Et encore, je ne lui ai pas dit que j’ai déjà commencé à étudier un dragon. »

 

(Ces passage là, je sais pas si je les laisse ou pas :

Pendant ce temps, dans une jungle en plein cœur de l’Afrique, une jeune femme reposait entièrement nue sur un lit de pétales de cerisiers. Elle se réveilla en sursaut, repoussa ses mèches noires et lisses qui encombraient son visage et grimaça au souvenir de l’intense douleur qu’elle avait subie en guérissant. Qu’est ce qui avait bien pu la blesser à ce point ? Était-ce ce voile noir qui avait eu l’air de recouvrir l’horizon tout entier ? Combien de temps avait-elle dormi ? Et combien de temps son esprit allait-il rester brumeux ? Elle prit sa tête entre ses deux mains, plissant ses yeux en amande. Que de questions ; elle se sentait aussi confuse que ses souvenirs.

La jeune femme se leva. Une autre question lui traversa l’esprit : d’où venaient ces pétales roses sur lesquels elle était couchée à l’instant ? Elle scruta les alentours du regard. Cet environnement lui paraissait presque étranger, comme si elle n’avait pas l’habitude de se trouver dans un tel endroit, et percevait sa présence comme saugrenue en ce lieu. Elle toucha pensivement les grandes feuilles alentours. Celles-ci, comme répondant à son appel silencieux, se penchèrent vers elle, la caressant doucement, presque avec tendresse.

La jeune femme demanda aux plantes alentours si elle pouvait leur prendre quelques feuilles pour se vêtir. Sa requête fut acceptée et des morceaux entiers de végétation tombèrent d’eux-mêmes autour d’elle. Pour remercier la généreuse flore de ces lieux, elle posa ses mains sur les plantes. Une lumière rouge nimba son corps et les végétaux s’étant montrés généreux virent leurs feuilles manquantes repousser. Grâce aux abondantes feuilles immenses qu’elle avait à sa disposition, la jeune femme se confectionna un kimono végétal.

Sa confusion se dissipait peu à peu, elle le sentait. Une certitude s’imposa : elle devait retrouver les autres. C’était important. La jeune femme s’auréola de lumière et sourit. Elle se souvenait enfin qu’elle était Amaterasu.

 

Au même moment, deux énergumènes profitaient du soleil sur le sable fin d’un îlot dangereusement proche d’un volcan. « Hé, Chaahk, tu crois que ça suffira à les alerter ? S’enquit l’un des deux d’une langue que plus personne n’avait entendu parler depuis longtemps.
– Je ne sais pas trop [Bidule], répondit l’autre d’un air dubitatif. C’est bruyant, c’est sûr, mais est ce que ça les atteindra ? Rien n’est moins sûr.
– Normalement Askel devrait entendre, supposa le premier avec entrain.
– Sauf s’il ne s’est pas encore éveillé, temporisa le second. C’est un paramètre à prendre en compte.
– Rha tu es trop sérieux ! »

[Bidule] se leva et commença un véritable échauffement, faisant rouler ses muscles fins sous sa peau. Très vite, il se lança dans des acrobaties de plus en plus impressionnantes. Il n’était pas très grand, mais disposait d’une excellente détente. « Et toi, tu ne tiens pas en place. » rétorqua Chaahk. Celui-ci était beaucoup plus grand et costaud que son agile compagnon.

Il se nimba de vert et fit un petit geste vers le haut. Un poisson sortit de l’eau, frétillant furieusement, et se dirigea vers la main de l’homme, visiblement contre son gré. Le grand Chaahk répéta l’opération, avec plusieurs poissons cette fois. « Tiens, j’ai pêché le repas, tu t’en occupes ? lança-t-il à [Bidule] qui continuait de s’activer tout seul sur la plage.
– D’accord. Tu pourrais pas nous apporter du fromage aussi ?
– Je crains que non. Je n’en vois pas à portée.
– C’est nul, se plaignit [Bidule]. Vivement que nous retrouvions le chef.
– Pour pouvoir avoir du fromage ?
– Oui. »

Ce disant, le petit homme commença à s’occuper des poissons grâce à un bout de bois qu’il avait effilé. Pendant qu’il œuvrait, le plus grand commença à son tour une série d’exercices. Ils demandaient moins d’agilité mais plus de puissance. « Tu es sûr que tu ne veux pas m’envoyer valser sur le continent ? S’enquit [Bidule]. Il est dans cette direction. » Précisa-t-il en montrant l’est d’un petit signe négligeant. Chaahk secoua la tête en souriant par devers lui. Son ami était aussi petit que déterminé. Quand il avait quelque chose en tête, c’était très difficile de l’en détacher.

« Je n’ai pas encore récupéré toute ma force, expliqua une nouvelle fois le plus grand. Tu ne ferais pas trop ton malin de rester au milieu de l’océan.
– Je nagerai la fin du voyage, argumenta [Bidule]. Comme je vais vite, ça devrait suffire.
– J’en doute. Et puis, qu’irais-tu faire sur ce continent ? De ce que nous savons, il n’y a personne d’entre nous et ce ne sont pas les populations locales qui pourront nous être d’une grande aide.
– Peut-être que c’est nous qui pourrons les aider, suggéra innocemment le plus petit qui plantait les poissons évidés et écaillés sur des pics en vue de les faire cuire.
– Mmmh… » Grommela Chaahk en arrêtant de s’exercer. Il vint s’asseoir à côté de son ami qui préparait un petit foyer et reprit :

« Je ne voulais pas t’inquiéter, mais je suppose que tu n’as pas regardé les étoiles cette nuit ?
– J’ai vu qu’il y en avait, mais je n’y ai pas prêté attention plus que ça, j’étais trop faible et je me suis endormi tout de suite.
– Les étoiles ne sont pas là où elles étaient avant l’épisode du voile noir, expliqua sombrement Chaahk. C’est perturbant. Je préfère ne pas t’envoyer n’importe où avant que nous soyons certains de la situation.
– Je vois… Commença [Bidule] en allumant un petit feu d’un claquement de doigts et en disposant les poissons pour la cuisson. Ou alors, tu pourrais m’envoyer là-bas quand même et comme ça nous pourrions peut-être être fixés. »

Le plus grand hocha négativement la tête. Il ne voulait pas tenter quoique ce soit d’inconsidéré. Il savait que si la situation s’éternisaient, ils devraient agir. La question étant : quand devaient-ils considérer que la situation s’éternisait ? C’était une question difficile. « Les autres ne doivent pas avoir récupéré la totalité de leur puissance non plus, déclara-t-il finalement. Il n’y a pas assez de magie ; ça me chiffonne ça aussi.
– Je pense que c’est ce voile noir qui a volé toute la magie, déclara [Bidule] en s’emparant de deux bouts de bois ressemblant à des baguettes afin de tourner les poissons. Quand il est passé sur nous, c’est ce que j’ai senti.
– Étant donné qu’il couvrait tout l’horizon et que nous n’avons pas de nouvelles des autres, je suppose que le monde entier a été touché et eux aussi.
– Tu es pessimiste. Mange du poisson, ça ira mieux après. »

Chaahk obtempéra ; il avait faim. Il mordit dans la chair et soupira d’aise. Le poisson n’était pas totalement cuit, mais il n’en avait cure. L’homme appréciait tout autant le poisson cru. « Je pense plutôt que je suis réaliste, en fait, reprit Chaahk. Maintenant, la question à se poser, c’est : si le voile noir a absorbé toute la magie du monde, combien de temps a-t-il fallu au monde pour la régénérer ?
– Hum, marmonna [Bidule], très longtemps à mon avis. Surtout qu’elle n’est pas toujours pas au niveau où nous l’avons connue. »

Sur la plage de sable fin, dévorant leurs poissons, les deux amis méditaient à propos de leur situation. Ils s’ennuyèrent assez rapidement sur leur île après leur repas. Heureusement, ils étaient créatifs et improvisèrent rapidement des occupations, qui consistèrent principalement en des duels, tant intellectuels que physiques. Ils alternèrent entre des jeux de stratégie improvisés comme les échecs et des affrontements armés de bâtons. Les morceaux de bois ne tinrent pas longtemps et ils passèrent rapidement à l’entraînement à mains nues.

Ils s’interrompirent dans leurs exercices en entendant un bruit lointain. Aucun des deux n’avait jamais entendu un bruit pareil, ni jamais vu d’hélicoptère comme celui qui s’approchait de leur île, provenant d’un endroit soigneusement éloigné du volcan en éruption, qui s’était entre temps calmé. Les deux amis regardèrent l’engin voler dans leur direction avec perplexité. « Chaahk, as-tu déjà vu un animal pareil ?
– Je dois bien admettre que non, [Bidule]. Regarde, il y a des gens à l’intérieur.
– Des gens ? Ah oui, tiens. Ce serait un peu comme une charrette volante, alors ? »

Le plus grand acquiesça sans mot dire. À présent silencieux, ils se contentèrent de contempler le spectacle inédit de cette machine volante en acier les survoler et descendre petit à petit sur la plage.

Fin du passage que je sais pas si je laisse ou pas.)

 

4197 mots pour aujourd’hui, dont beaucoup de triche et de questionnements.

NaNoWriMo 2018 : Arkhaiologia Tome 2, jour 17

Ethelle rejoignit Nicolas au moment où un gendarme expliquait à ce dernier que mademoiselle Finley ne pourrait être retenue très longtemps. En effet, personne n’avait été tué ou blessé et, en l’absence de témoins, il s’agissait de la parole d’Arabella contre celle d’Ethelle. Les gendarmes acceptaient donc de faire sortir cette mademoiselle Finley qui les importunaient, mais ils ne pourraient rien lui faire de plus.

Rien de ce que put leur dire Nicolas ne les fit changer d’avis. « Bon, et bien peu importe dans ce cas, capitula le jeune Merryweather. Emmenez la déjà hors de ma vue, ce sera une bonne chose. » Les gendarmes prirent congé et escortèrent Arabella, ainsi que la jeune fille qui l’accompagnait, jusqu’aux limites du domaine. « Ma chère, je suis désolé de n’avoir pu les convaincre de vous faire justice.
– Ce n’est rien, le rassura mademoiselle Morton. Je pense que ce sera suffisant. Cela m’étonnerait fort qu’elle revienne après cela !
– Peut-être, mais elle semble vous vouloir beaucoup de mal, nota Nicolas. Je doute qu’elle en reste là. »

Ethelle lui offrit un sourire rassurant, mais elle savait qu’il parlait juste. La Veuve-Noire était à la tête de beaucoup de Faucheux. Leur apparence anodine les rendait dangereux car ils pouvaient facilement s’infiltrer de partout. La jeune femme rousse espéra qu’Arabella n’avait pas emmené trop de ses araignées avec elle, car elle n’avait pas envie de devoir s’inquiéter du moindre garçon de courses ou de la moindre fille de cuisine. Elle mentionna tout de même à Nicolas de se montrer particulièrement vigilant concernant les nouveaux employés, ce à quoi il acquiesça ; il paraissait particulièrement soucieux.

Pour se changer les idées, ils sortirent tous les deux se promener dans le parc, bien emmitouflés à cause du froid. « Je suis heureux que nous ayons retrouvé un peu d’intimité, déclara Nicolas alors que son souffle créait de la fumée dans l’atmosphère presque glaciale.
– Il est vrai que vos invités se sont montrés tellement enthousiastes qu’ils ont dévoré toute mon énergie.
– C’est bien vrai. En parlant d’invités, vos amis ont réussi à partir pendant que vous… vous disputiez avec mademoiselle Finley.
– Tant mieux, au moins tous ces éclats n’auront pas été vains s’ils ont pu partir discrètement et en toute sécurité. »

Ethelle affichait un doux sourire, mais elle se sentait très triste du départ de ses amis. Elle avait été ravie de les voir et déplorait que leurs retrouvailles aient été si courtes. La jeune femme aurait voulu discuter plus longuements des découvertes dans la bibliothèque et passer plus de temps avec Clay. La complicité qu’ils avaient développé pendant leur séjour en antiquité lui manquait. Elle n’était pas parvenue à tisser le même genre de lien avec Nicolas. Ils s’entendaient pourtant plutôt bien en général, mais elle avait l’impression que, malgré toute sa gentillesse, il ne la comprenait pas vraiment. Il paraissait être à l’écoute pourtant, mais ses réactions tombaient toujours à côté de ce à quoi Ethelle s’attendait.

Néanmoins il était gentil et prévenant et la jeune femme rousse en avait bien besoin. Elle lui était reconnaissante de tout ce qu’il avait fait pour elle. Même si une grosse partie de ce qu’il avait fait avait été initié par sa mère. Ethelle n’appréciait que moyennement Heather Merryweather en revanche. Cette femme était beaucoup trop envahissante à son goût. Selon la jeune femme, cela empêchait même son fils de s’épanouir. Elle espérait que Nicolas le réaliserait un jour et qu’il finirait par s’envoler du nid familial, devenant ainsi son propre maître.

Elle frissonna. Le vent était vraiment froid. Un vol coloré fila d’un arbre, au-dessus de leurs têtes. « Qu’est ce que cela ? s’étonna Nicolas.
– Des lucioles ou quelque chose de ressemblant ? suggéra Ethelle.
– Si ce sont des lucioles, elles sont sacrément grosses.
– C’est vrai, en plus j’ai l’impression que certaines ont des ailes de papillon.
– J’ai bien peur que ce soient encore de nouvelles créatures magiques, soupira le jeune Merryweather.
– Elles sont tellement jolies ! Bien plus que ces créatures difformes qui sont sorties du lac l’autre jour.
– Je pense que ce n’est pas très difficile. »

La jeune femme rousse acquiesça en pouffant de rire. Elle se demanda ce qu’avaient voulu faire ces créatures aquatiques lorsu’elles étaient sorties à leur rencontre. Elle aurait bien aimé parler de cela aussi à Simon Derrington : Ethelle était certaine qu’il aurait eu une explication. Ou, du moins, un début d’explication. Cet homme savait tellement de choses et était tellement intéressant !

Comme elle frissonnait de nouveau à cause du froid, Nicolas proposa qu’ils retournent au manoir pour s’installer dans de confortables fauteuils devant une cheminée où flamberait un bon feu. Enchantée par l’idée de se retrouver devant la chaleur de flammes crépitantes, la jeune femme accepta et ils obliquèrent sur leur trajectoire pour rejoindre la maison de campagne des Merryweather.

C’est alors qu’Ethelle aperçut quelque chose qui bougeait dans les feuilles, à côté du sentier. « Qu’est ce ? s’enquit-elle auprès de Nicolas.
– Quoi donc ?
– Ce qui est là, cela bouge. Serait-ce… quelqu’un recouvert de feuilles ?
– Je vais voir, ne bougez-pas. » lui intima le jeune Merryweather.

Il s’approcha et sursauta lorsque les feuilles donnèrent l’impression d’exploser, volant brusquement de toutes parts. Un homme en émergea, entièrement nu et l’air en colère. Ethelle n’avait jamais vu une peau si noire et n’avait jamais vu non plus de parties intimes masculines ailleurs que sur les statues antiques. L’inconnu cria quelque choes à l’intention de Nicolas qui s’était approché, mais ni lui ni mademoiselle Morton ne comprirent ses mots.

Apeuré et choqué, le jeune Merryweather lui intima en retour, d’une voix qu’il espérait ferme : « Que faites-vous là ? Vous êtes sur une propriété privée ! Je vais devoir vous demander de partir, mais… mais si vous êtes dans le besoin, exprimez-vous clairement et je verrai ce que je peux faire pour vous. » Ethelle était certaine qu’il avait ajouté la dernière partie pour l’impressionner par sa clémence et sa bonté. Tant mieux pour elle, car elle avait remarqué que l’inconnu avait les yeux aussi éclatants que ceux Chaahk. Ils brillaient d’un violet vif quant à eux.

En entendant Nicolas lui parler, l’homme l’invectiva de nouveau dans une langue inconnue. « Je ne comprends pas ce que vous dites. » crut bon de mentionner le jeune Merryweather. Le vent s’accentua tandis que l’inconnu aux yeux violets fixait le jeune homme blond. Il se prit ensuite la tête dans les mains en débitant des mots à toute vitesse. Ils parurent prononcés sur un ton de profond désespoir à Ethelle. Elle allait s’approcher lorsque l’homme laissa retomber ses bras, poings fermés, et leva la tête vers le ciel. Alors que les nuages noircissaient, il hurla quelque chose qui ressemblait à : « Belisamaaaaa ! » Des éclairs zébrèrent le ciel en réponse et le tonnerre gronda.

Quand son hurlement mourut dans sa gorge, il tomba au sol au milieu des feuilles, inanimé. L’orage s’était tu et les nuages étaient redevenus gris clair. « Je pense qu’il est perdu, supposa Ethelle sans se préoccuper du temps capricieux. Nous ne pouvons pas le laisser là.
– Vous avez raison, concéda Nicolas. Allez donc chercher de l’aide, pendant que je le surveille. »

La jeune femme rousse acquiesça et s’en fut chercher Henry. Avec l’aide de plusieurs autres domestiques, ils transportèrent l’inconnu dans le manoir. Avant qu’Ethelle ne revienne avec les renforts, Nicolas avait placé son manteau comme couverture sur le corps de l’homme aux yeux violets. Il ne voulut pas le récupérer et c’est en grelottant qu’il parvint au manoir. Ils laissèrent Henry s’occuper d’installer leur étrange invité évanoui dans un lit et d’appeler un médecin de toute urgence, en espérant qu’il en trouverait un de disponible.

Ethelle et Nicolas firent ce qu’ils avaient décidé : ils s’installèrent sur des fauteuils devant les flammes d’une cheminée. Ils se trouvaient dans le salon décoré par Heather Merryweather. La jeune femme rousse s’était assise dos au portrait pour ne pas subir le jugement permanent de son regard. Au début, elle regretta car elle sentait le regard peser sur ses épaules, mais petit à petit elle parvint à l’ignorer, puis à l’oublier. Les deux jeunes gens profitèrent longuement de ce moment de calme à contempler les flammes claires qui crépitaient dans l’âtre. Nicolas s’était emparé d’un tisonnier et jouait avec les braises d’un air absent.

« Je me demande qui est cet homme que nous avons secouru, déclara Ethelle.
– C’est sûr que c’est un homme en tous cas, appuya le jeune Merryweather. Mais je me demande aussi qui il peut être ; j’ai presque eu l’impression que c’était lui qui avait commandé le tonnerre.
– Ce serait phénoménal. Un peu trop même, je pense que ce n’est qu’une coïncidence.
– Peut-être. Il est certainement juste un pauvre hère sans abri. »

Sur un grincement, la porte s’ouvrit, faisant se retourner Ethelle et Nicolas. Ils écarquillèrent les yeux en reconnaissant l’inconnu qui s’accrochait au chambranle de la porte pour s’empêcher de tomber. Il avait une étrange allure vêtu d’habits de nuits qui devaient avoir appartenu à monsieur Merryweather. L’homme luttait aussi visiblement contre la perte de connaissance, s’efforçant de garder les yeux ouverts. Il respirait profondément, comme s’il était essoufflé. Faisant un effort pour rassembler ses forces, il prononça un mot, qu’il répéta plusieurs fois, avant de tomber à genoux, visiblement épuisé. Il répéta encore le mot, puis resta silencieux, prostré contre le chambranle.

« Comment est-ce possible ? souffla Ethelle.
– Avez-vous compris ce qu’il vient de dire ? s’étonna Nicolas.
– Oui, il… Il vient d’utiliser la langue de la civilisation qu’étudie le professeur Derrington, j’en suis sûre !
– Et que dit-il ?
– Il répète le mot montagne, révéla la jeune femme rousse.
– Mais pourquoi parle-t-il donc d’une montagne ?
– Cela, je ne sais pas. »

L’inconnu aux yeux violet répéta le mot encore plusieurs fois, avant d’enfouir son visage dans ses mains et de sangloter. Ethelle se leva et s’approcha de l’homme. « Pouvez-vous communiquer avec lui ? s’enquit Nicolas.
– Je ne pense pas, déplora la jeune femme en posant une main compatissante sur l’épaule de l’inconnu. Je ne sais pas comment se prononcent la plupart des mots de cette langue. C’est un hasard que j’ai pu saisir celui-là. »

L’homme à genoux s’agrippa à la taille d’Ethelle, enfouissant son visage dans sa robe, et continua à laisser libre cours à ses larmes. « Vous importune-t-il mademoiselle ? s’enquit calmement Henry qui venait d’arriver dans le dos de l’inconnu.
– Oh, non non, ça ira, balaya la jeune femme qui se sentait gênée par la proximité physique de cet homme mais qui ne voulait pas lui attirer d’ennuis. Le pauvre a l’air désemparé et exténué.
– Assurément, approuva platement Henry. Je venais informer monsieur Merryweather que madame Cartridge compte bientôt trouver le temps de venir examiner notre nouvel invité.
– Fort bien, fort bien, commenta Nicolas. Veuillez donc ramener monsieur notre invité jusqu’à son lit. Il semblerait qu’il ait encore besoin de repos. »

Lorsqu’Henry l’approcha pour l’aider à se relever, l’homme se laissa faire. Il ne sanglotait plus mais les larmes coulaient toujours à flot le long de ses joues. Après avoir brièvement incliné la tête à l’intention d’Ethelle, l’inconnu se laissa guider jusqu’à la chambre où il avait été installé. « Ses yeux brillent aussi fort que ceux de l’homme que votre ami, Simon Derrington, a amené ici, constata pensivement Nicolas.
– C’est ce que j’ai remarqué aussi, acquiesça la jeune femme rousse. Mais je ne sais pas ce que cela signifie, ni même si cela signifie quelque chose. Je vais aller m’étendre un moment, je me sens terriblement lasse. »

Le jeune homme lui souhaita un repos réparateur et Ethelle se rendit rapidement à sa chambre. Au lieu de se coucher sur le lit, elle sortit la mallette de son père de sa cachette et s’assit à son secrétaire. Elle s’empara ensuite de papier à lettres et de quoi écrire. Mademoiselle Morton contempla un instant le papier en caressant machinalement le cuir de l’attaché-case, avant de se lancer dans la rédaction.

« Chère famille [Machintruc], vous êtes à peine partis que vous me manquez déjà beaucoup.

 

 

2022 mots pour aujourd’hui, mais sans tricher cette fois hahaha ! Par contre, c’est pas pratique d’écrire quand on s’endort sur son ordi toutes les 5 minutes.

NaNoWriMo 2018 : Arkhaiologia Tome 2, jour 15

(préciser à un moment qu’Ethelle se sent plus brave face à la Veuve-Noire parce qu’elle sait que son majordome est mort)

« Rendez-moi mon bien ! ordonna Arabella.
– Venez le chercher. »

Sur ces mots, mademoiselle Morton lui tourna dédaigneusement le dos et sortit de la pièce avec l’attaché-case de son père dans les bras. Elle entendit un cliquetis, en même temps que son pendentif s’éveillait, que [Bidulette] apparaissait et la poussait sur le côté. Un coup de feu retentit. Des éclats de bois chutèrent sur Ethelle, à genoux sur le parquet du corridor, qui serrait toujours très fort le bien de Charles Morton. Elle aperçut alors un trou creusé par une balle dans le lambris en face d’elle. Si sa protectrice n’était pas intervenue, Arabella l’aurait sans aucun doute tuée.

Horrifiée, elle tourna la tête, juste à temps pour voir [Bidulette] s’emparer du petit revolver que tenait la Veuve-Noire et le mettre en morceaux, sous le regard choqué de la tireuse. Une fois l’arme détruite, la jeune fille disparut aussi rapidement qu’elle était apparue. Les jambes flageolantes, Ethelle se releva avec peine. Livide et échevelée, elle pointa un doigt accusateur vers Arabella. « Meurtrière !
– Voleuse ! » rétorqua Arabella.

Elles se lancèrent dans un échange d’insultes bien peu convenant à leur rang, jusqu’à ce que les serviteurs et les servantes, alertés par le coup de feu, ne fassent irruption. Nicolas, inquiet lui aussi, s’approcha de la jeune femme rousse. « Que vous est-il arrivé ? lui demanda-t-il sur un ton tendu.
– Cette vieille chaudière à cervelas a essayé de m’assassiner ! glapit Ethelle.
– Cette v… répéta le jeune Merryweather éberlué. Comment ? »

Mademoiselle Morton, toujours agrippée à l’attaché-case de son père, lui désigna la balle dans le lambris et les morceaux du revolver sur le parquet. Le visage de Nicolas changea de couleur alors qu’il réalisait ce qu’il venait de se passer. « Comment avez-vous osé essayer de commettre un meurtre en ma maison ? s’emporta-t-il. Que l’on appelle la police et que l’on escorte cette femme en bas, là où elle ne pourra plus nuire en attendant leur arrivée ! » Après avoir donné d’autres ordres plus ou moins utiles pour évacuer sa frustration, il fit appeler madame Cartridge pour qu’elle examine Ethelle. Cette dernière essaya de l’en dissuader, car elle n’estimait pas avoir besoin de soin, n’ayant pas été blessée.

En attendant l’arrivée de la femme de médecine, Nicolas raccompagna la jeune femme rousse dans sa chambre. Il voulut la convaincre de s’étendre pour se reposer, mais Ethelle bouillait trop pour avoir envie de fermer les yeux. Elle prétexta l’envie de se retrouver un peu seule après toutes ces émotions et, une fois le jeune Merryweather parti, elle contempla un instant la mallette de son père. Elle la posa sur son secrétaire et s’assit devant. Après avoir pensivement caressé les lettres C et M gravées dans le cuir, elle l’ouvrit.

(et là, il faudrait que je sache ce qu’elle trouve…)

Ethelle en sortit quelques papiers et vieux dossiers du Parlement. Elle espéra pour les employés là-bas qu’il n’y avait rien d’important dans les documents qu’elle détenait. En les parcourant, elle ne parvint pas à déterminer leur degré d’importance. Elle supposa que le fameux secret se trouvait donc ailleurs, à moins que son père n’utilise des codes, mais elle en doutait ; elle supposait que si tel était le cas, il le lui aurait appris. En regardant plus au fond de la mallette, elle découvrit une boîte rutilante en bois d’acajou vernis, incrusté d’entrelacs brillants composés d’une matière qu’elle ne connaissait pas. La jeune femme sourit. Voilà qui ressemblait beaucoup plus à un secret qui amenait la bonne fortune.

Ethelle essaya d’ouvrir la boîte, mais n’y parvint pas. Elle l’examinait sous toutes les coutures lorsque quelqu’un frappa à la porte. La jeune femme rousse dissimula prestement l’objet mystérieux dans la mallette, se retourna vers l’entrée de la chambre et lança : « Entrez !
– Excusez-moi mademoiselle Morton, déclara la servante qui ouvrit la porte, mais vous ne pourrez pas être examinée aujourd’hui car madame Cartridge est occupée avec une urgence en ville.
– Une urgence ? Mais quelle urgence ? » s’enquit Ethelle.

Peu lui importait que la femme acariâtre ne vienne pas l’examiner – après tout elle n’était pas blessée – mais elle était intriguée par la nature de l’urgence en ville. Les nains étaient-ils ressortis de leur abri sous le menhir, semant le chaos sur leur passage ? Voilà ce qui l’intriguait. « Il y a encore eu une catastrophe en ville, expliqua la servante, mais je n’en sais pas plus. Je crois que la menace venait du lac cette fois, comme les monstres qui ont envahi le jardin hier. (c’était hier ? x) ) Mais je ne sais rien de plus.
– Très bien, dit Ethelle. Dans ce cas, vous pouvez disposer. »

La servante obtempéra et referma la porte. La jeune femme rousse se retourna aussitôt vers la mallette pour en sortir de nouveau la mystérieuse boîte. Elle s’empara pensivement de son camée, qui répondit en pulsant d’une lueur chaleureuse. « J’ai des questions à poser. » déclara Ethelle. En réponse, [Bidulette] apparut à côté d’elle, jetant un bref coup d’oeil à la boîte vernie. « Qu’est ce que cette boîte ? Peut-on l’ouvrir ?
– Cette boîte est un peu comme le pendentif, l’informa l’esprit du camée. Quelqu’un ou quelque chose a été enfermé à l’intérieur pour rendre des services.
– Enfermé ?
– Oui, moi aussi j’ai été enfermée dans le bijou pour protéger celles qui me portent. Je n’ai jamais demandé cela !
– Mais c’est affreux, s’horrifia Ethelle qui n’osait pas s’imaginer subir un sort similaire.
– Après plusieurs centaines d’années, j’ai fini par m’y faire, précisa [Bidulette] sur un ton où perçait une profonde mélancolie.
– Qui a pu te faire subir une chose pareille ? (vérifier ces histoires de tutoiement)
– Un puissant sorcier. Il ne voulait pas que j’épouse mon promis, parce qu’il voulait lui marier sa fille. Alors il m’a piégée dans ce collier pour m’éliminer et, au passage, que je lui serve de protectrice si elle devait être menacée. »

Ethelle hocha la tête. Elle avait déjà entendu des histoires similaires – la magie en moins – à propos de parents prêts à tout pour que leurs enfants fassent un bon mariage. C’était même quelque chose d’assez courant dans son milieu. « Quant à l’autre question, poursuivit [Bidulette], je doute que l’on puisse l’ouvrir à proprement parler. En revanche, il est possible de faire apparaître l’esprit de cette boîte. Il faut juste trouver le déclencheur.
– Comment trouve-t-on un déclencheur ? s’enquit Ethelle.
– Ah ça, voilà une question compliquée. Des fois il s’agit d’une formule, des fois il s’agit d’une situation donnée, des fois il s’agit d’un moment particulier. Le problème avec la magie, c’est que quelqu’un d’un peu créatif peut faire tout et n’importe quoi. »

Ethelle contempla pensivement la boîte aux entrelacs brillants. Elle était certaine de détenir le secret du succès de son père. Cela signifiait qu’il avait réussi à s’en servir et qu’elle avait peut-être la possibilité de faire de même. La jeune femme rousse se demanda si Arabella avait réussi à convoquer l’esprit de la boîte. Elle estimait qu’il y avait peu de chances, sinon pourquoi serait-elle restée dans son zeppelin inachevé au milieu d’un hangar abandonné sur les bord de la Conquise ? Si cet esprit menait au succès ou à la fortune, la Veuve-Noire aurait certainement retrouvé son train de vie grâce à lui.

Ethelle sourit. Son vol avait bien peu profité à Arabella Finley. La jeune femme, en revanche, comptait bien élucider le mystère de la boîte afin d’en profiter et de restaurer la gloire des Morton. Et puis, qui sait, peut-être arriverait-elle à amasser suffisamment de fonds pour aider Simon Derrington à financer ses recherches. Elle se leva, en même temps que [Bidulette] regagnait le camée, et réfléchit à un endroit où elle pourrait dissimuler la mallette de son père.

 

(changement de chapitre)

 

« Un petit dragon, précisa Béatrice, mais un dragon quand même. J’espère qu’ils vont réussir à le capturer vivant et à nous l’amener demain ! J’ai t… » Elle fut interrompue par une infirmière qui les mena près de Déa. La femme aux yeux dorés patientait en balançant ses jambes, assise sur un lit d’auscultation. En les voyant entrer, elle leur sourit.

« Bonsoir, leur lança le médecin sur un ton fatigué. Il semblerait que votre amie aille très bien physiquement. En revanche, elle a des soucis de mémoire, mais aucun test ne nous a permis d’en savoir plus pour le moment. » Il prescrivit ensuite d’autres tests à effectuer à partir du lendemain et les autorisa à prendre Déa en charge. Celle-ci paraissait impatiente de sortir et penchait souvent la tête sur le côté, comme si elle entendait quelque chose.

« Déa ? l’interpella Valentin alors qu’ils sortaient de la pièce. Tout va bien ? Tu as l’air un peu absente depuis un moment.
– Mmhmm… émit machinalement la femme aux yeux dorés. Il y a quelque chose ici.
– Quelque chose ? répéta Béatrice.
– Oui. »

Déa ne s’étendit pas en explication. Valentin vit que son amie rongeait son frein, curieuse qu’elle était. Elle prenait sur elle pour le moment, mais ce n’était qu’une question de temps : elle recommencerait bientôt à lui poser des questions. Il sourit par devers lui. Comment lui en vouloir ? Il se sentait au moins aussi curieux qu’elle. Ses pensées s’interrompirent lorsqu’il vit la femme aux yeux dorés se lever et quitter la salle d’attente. « Déa ? l’appela-t-il.
– Tu cherches quelque chose ? » continua Béatrice en se levant pour la rattraper. Valentin bondit à son tour de son siège pour suivre les deux femmes.

Celle aux yeux dorés continuait de marcher dans le couloir de l’hôpital sans leur répondre. « Déa, je ne pense pas que nous ayons le droit d’aller par là… » tenta le jeune homme, mais elle continuait de faire la sourde oreille. Elle s’arrêta tout aussi soudainement qu’elle s’était levée. « Déa… » reprit Béatrice à son tour, mais elle se tut en voyant un homme se dresser au bout du couloir, face à eux. Il avait noué une blouse médicale autour de sa taille, laissant à l’air libre son physique presque corpulent, et leur faisait face, sa mine affichant la stupeur à la vue de la femme aux yeux dorés qui lui faisait face.

Une porte du couloir s’ouvrit brusquement, interrompant le silence presque surréaliste. Une adolescente sortit, gémissant de douleur, titubant sous l’effet d’un calmant quelconque. L’homme attrapa lestement la jeune fille et posa sa main sur sa tête. Surprise, l’adolescente ne songea même pas à se débattre. Une douce lueur orangée nimba la main et se propagea le long du corps de la jeune fille, s’arrêtant au niveau du ventre. Là, la lueur orangée se fit plus forte et l’homme ferma les yeux, l’air concentré. L’opération ne prit pas plus d’une poignée de secondes. Lorsque la lumière orangée disparut, l’adolescente était endormie.

L’homme se redressa, la portant jusqu’à la chambre qu’elle venait de quitter. Il en ressortit presque aussitôt, referma soigneusement la porte, et s’approcha de Déa. Celle-ci ne bougea pas et ses deux accompagnateurs ne savaient pas comment ils devaient réagir. L’inconnu prit le visage de Déa dans ses mains et posa son front sur le sien. Les mains se nimbèrent de nouveau de la douce lueur orangée, ainsi que la tête de la femme aux yeux dorés. Cette fois, l’opération prit un peu plus de temps, à la grande nervosité de Valentin et Béatrice.

Ils frissonnèrent. La lueur orangée disparut progressivement et l’homme fit un pas en arrière. Il prononça quelques mots d’une voix profonde et sur une intonation interrogative, mais ni Valentin, ni Béatrice ne comprirent sa question. Déa hocha affirmativement la tête en réponse, puis se tourna vers les deux amis. Elle souriait. « Je suis guérie ! se réjouit-elle. Je savais bien que je connaissais un bon médecin.
– Euh, oui d’accord… balbutia Valentin.
– On devrait peut-être s’en aller, du coup, non ? suggéra Béatrice. Déa n’a plus besoin de soins et son ami se balade en petite tenue dans les couloirs de l’hôpital… »

 

2023 mots, mais avec de la triche après 1500-1600 mots ! J’ai un peu plus d’un jour de retard, mais je m’accroche ^^