NaNoWriMo 2018 : Arkhaiologia Tome 2, jour 14

Bon, c’est très court aujourd’hui, mais je le mets quand même :

(changement de chapitre)

Après s’être faite violence pour continuer à faire perdre du temps à Arabella sans mentionner l’attaché-case de son père posé sur le bureau, Ethelle n’y tint plus. Espérant que Clay et les autres avaient eu le temps de s’en aller, elle se dirigea à grands pas vers son bien et s’en saisit. « Comment avez-vous obtenu ceci ? demanda-t-elle en faisant de grands efforts pour rester calme.
– Je l’ai emprunté, répondit la Veuve-Noire.
– A qui ?
– J’ai ma petite idée, mais rien de certain. Après tout, je ne l’ai emprunté que par procuration.
– Comment ça par procuration ?
– C’est une de mes araignées qui me l’a apporté, expliqua Arabella avec un sourire mauvais. Je dois dire que le secret que cette serviette renferme m’a bien rendu service. Je pensais que je ne remercierai jamais assez Clay pour cette trouvaille ! Du moins, jusqu’à ce qu’il devienne un déserteur. »

Ethelle s’apprêta à s’emporter, mais se retint de justesse. Pour ce qu’elle en savait, Arabella lui mentait juste pour la mettre en colère. Cela était d’une efficacité redoutable ; la jeune femme rousse luttait de toutes ses forces contre le raz-de-marée d’énervement qui menaçait de la submerger. Elle ferait mieux d’en discuter avec Clay, même si elle lui en voulait déjà. Son regard se posant sur l’attaché-case de son père, elle s’en empara. « Je vais récupérer ceci, décréta-t-elle. Après tout, j’en suis la légitime héritière.
– Je ne vous laisserai pas m’enlever ce bien qui m’appartient à présent, vociféra mademoiselle Finley.
– Et comment comptez-vous m’en empêcher ? la railla Ethelle. Gregory a disparu, vous n’avez plus de recours.
– Je ne me montrerais pas si sûre si j’étais vous, espèce de petite insolente !
– Nous verrons bien dans ce cas. » conclut dédaigneusement mademoiselle Morton.

 

301 mots pour aujourd’hui. Quand ça veut pas, ça veut pas.

NaNoWriMo 2018 : Arkhaiologia Tome 2, jour 10

Elle jeta un nouveau coup d’œil à l’assemblée. Tout en hochant la tête à l’intention de l’adolescent, elle se prépara à affronter de nouvelles discussions à propos de son père et se composa un nouveau sourire. Ceci fait, elle se tourna vers Izel pour vérifier si elle faisait suffisamment bonne figure. Il donna son approbation. Ethelle lui sourit et se lança dans un nouveau bain de foule.

Elle redoubla d’attentions envers ses interlocuteurs et s’efforça de leur donner une image positive d’elle-même, espérant en donner une meilleure que celle d’Arabella. Elle avait l’avantage de paraître moins sèche et excentrique que l’héritière de Jeremiah Finley, mais cela ne suffirait pas à ranger les convives de son côté si jamais un conflit d’intérêt venait à se déclarer entre elles. Ethelle fit de son mieux pour faire miroiter le mystérieux secret de son père qui avait fait la richesse de MecanInc, AerosTech et RotorCorp.

A ce propos, la jeune femme rousse était déçue de constater qu’elle n’apprenait pas grand chose concernant le décès de Charles Morton. Toutes les personnes présentes paraissaient certaines qu’il n’y était pour rien dans la chute des trois entreprises florissantes, mais personne ne sut lui expliquer pourquoi ni n’avait d’idée précise sur le mobile du crime. Certains appuyaient même la thèse du suicide. En discutant avec les convives, Ethelle était tout de même parvenue à la certitude que son père avait dû être assassiné pour son secret. Cela lui semblait évident.

(rajouter des trucs peut-être ? Et présenter quelques personnes présentes ? Pas beaucoup de Eastlondiens je suppose. Est ce qu’on dit Eastlondiens déjà ? Je ne sais plus)

Ethelle avait décidé qu’elle ne quitterait pas la salle la première. Arabella devait avoir pris la même décision, car elle ne montrait aucun signe de vouloir prendre congé. Mademoiselle Morton devait admettre qu’elle était impressionnée par l’endurance de la Veuve-Noire qui sortait tout juste d’un long voyage. Tout en devisant avec d’anciens amis de son père qui avaient quitté Eastlond quand elle était encore petite, Ethelle surveillait mademoiselle Finley du coin de l’œil. Cette dernière faisait mine d’ignorer la jeune femme rousse, mais Ethelle pensait que ce n’était qu’une impression et qu’elle la surveillait tout autant.

Les invités de madame Merryweather, fatigués, finirent par quitter la salle de réception d’eux-mêmes. Lorsqu’il ne resta plus suffisamment de personnes à charmer, la Veuve-Noire se retira à son tour. Ethelle n’attendit que quelques minutes pour suivre son exemple. Elle avait la tête pleine d’informations sur les convives de la soirée et d’alcool dont elle avait un peu abusé.

Elle gravissait l’escalier principal, pressée de retrouver sa chambre, lorsqu’elle s’aperçut qu’Arabella Finley l’attendait au balcon intérieur, qui faisait office de palier. « Nous nous retrouvons enfin. » susurra la Veuve-Noire et la jeune femme perçut son camée palpiter de nouveau sur sa gorge. Ethelle regarda tout autour d’elle, paniquée, à la recherche de quelqu’un qui pourrait lui servir de prétexte pour ne pas se retrouver seule en présence de cette femme qui l’effrayait. Mais elles étaient seules. Mademoiselle Morton n’avait d’autre choix que de lui faire face.

« En effet, déclara Ethelle. Je dois avouer que je suis surprise de vous voir ici.
– J’ai reçu un message de mon majordome, qui m’expliquait qu’une réunion vous impliquant allait se tenir ici. J’ai donc contacté madame Merryweather, qui m’a aimablement conviée en tant qu’héritière de Jeremiah Finley. En revanche, je n’ai pas eu de nouvelles de Gregory depuis. Auriez-vous eu de ses nouvelles ?
– Si l’on veut, répondit la jeune femme en tentant de garder son calme. Il a essayé de m’assassiner, avant d’être arrêté et emprisonné.
– Voilà qui est fâcheux. » commenta la Veuve-Noire en fronçant ses fins sourcils.

Certaine que son interlocutrice ne trouvait pas fâcheux le fait que son majordome ait tenté de la tuer, Ethelle ne releva pas. Elle se demandait si Arabella l’avait attendue parce qu’elle tenait à lui dire – ou peut-être à lui faire subir – quelque chose en particulier, ou cela avait juste été une coïncidence de la croiser. Dans le doute, et parce que mademoiselle Finley semblait plongée dans ses pensées, la jeune femme amorça un mouvement pour s’en aller.

« Vous avez disparu en même temps qu’une de mes petites araignées, l’interrompit finalement Arabella. Où est Clay ? Et Tina ? Elle a déserté plus tard, mais je me suis laissée dire qu’elle vous avait peut-être rejoints.
– Tina ? s’étonna sincèrement Ethelle avant d’avoir la présence d’esprit de rajouter : Clay ? Qui sont-ils ? Je ne fraie pas avec les araignées.
– Je ne vous crois pas. Mais peu importe ; Gregory ne restera pas emprisonné bien longtemps. Si c’est trop dangereux pour lui de revenir ici, il se lancera à la poursuite de Tina et Clay.
– Grand bien lui fasse. Maintenant, si vous me le permettez, je vais aller me coucher. »

Arabella ne prit pas la peine de lui répondre, à son grand soulagement. Ethelle s’en alla dignement jusqu’à sa chambre. Après avoir fermé la porte, elle toucha légèrement son pendentif. Il produisit de la chaleur et [Bidulette] apparut. (vérifier où on en est du tutoiement/vouvoiement)
« J’ai cru que j’allais devoir sortir plusieurs fois aujourd’hui, déclara la jeune fille du camée. Tu avais l’air souvent inquiète et le collier me poussait à sortir ! Mais comme tu m’as ordonné de ne pas bouger tant qu’il y avait du monde, j’ai fait de mon mieux pour résister.
– Merci, je préférais t’avoir avec moi, mais j’avoue que j’aurais été bien en peine d’expliquer ton apparition soudaine.
– Oh, bientôt ça ne posera plus de problème, balaya [Bidulette] en faisant des étirements au milieu de la pièce. Tout le monde va finir par s’habituer, ils ne s’étonneront pas de voir quelqu’un jaillir de ton collier.
– Je ne sais pas. Simon et Clay sont retournés à la bibliothèque pour trouver des moyens de pallier à la résurgence du surnaturel. Peut-être qu’ils trouveront une solution avant que tout le monde s’habitue et que notre système en place ne s’effondre avant l’arrivée d’un dragon ou de je ne sais quoi.
– Moi, ça m’arrangerait qu’ils ne trouvent pas : j’aime bien sortir du pendentif pour marcher dans le monde et interagir avec d’autres personnes que moi-même. »

Ethelle ne répondit pas. Elle avait rapidement considéré [Bidulette] comme faisant partie de son entourage et n’avait même pas pensé qu’une solution pour pallier à la magie pourrait avoir une influence sur sa petite protectrice, alors que c’était l’évidence même. « Pourquoi m’as-tu demandé de sortir ? s’enquit [Bidulette].
– J’avais besoin de parler un peu.
– Parlons dans ce cas ! »

L’esprit du pendentif bondit sur le lit où elle atterrit déjà en tailleur. Ethelle s’assit à côté d’elle. « Je suis inquiète pour Clay et Simon, avoua la jeune femme rousse.
– À cause de ce majordome-loup qui a essayé de te tuer ?
– Oui, je crains qu’il se soit lancé à leur poursuite, ne pouvant pas m’atteindre ici.
– Ce que je comprends, acquiesça [Bidulette]. Il est très fort, alors même qu’il n’a pas encore la force d’un vrai loup-garou. Il aurait mangé le garçon qui s’est dressé face à lui, mais il avait à faire à une trop forte partie avec moi. Je ne peux pas encore rester dehors longtemps, mais je maîtrise parfaitement les arts martiaux qui m’ont été enseignés.
– Mais mes amis n’ont personne pour les protéger.
– Je te proposerai bien d’aller les aider, malheureusement je suis beaucoup trop liée au collier. Et puis je préfère rester avec toi ! Mais ne t’inquiète pas trop : le majordome-loup est peut-être juste parti chasser parce qu’il avait faim.
– Cela fait tout de même plusieurs jours qu’il a disparu, précisa Ethelle peu convaincue.
– Quand une bête comme ça a faim, elle a très très faim. En plus, une fois qu’elle a bien mangé, elle peut se priver de nourriture pendant plusieurs jours ensuite, donc c’est tout à fait possible. »

L’explication ne suffit pas à rassurer complètement la jeune femme rousse. Elle en venait à espérer que le majordome se cachait quelque part dans le parc du domaine Merryweather. Il y avait en effet un point sur lequel elle était d’accord avec [Bidulette] : c’était que la jeune fille pouvait tenir tête à l’effrayant Gregory. La présence de l’esprit de son camée la rassurait. Elle s’en voulait à présent de s’être laissée aller à la panique ; tant que [Bidulette] était là, elle ne risquait rien. Elle bâilla.

« Je vais me coucher maintenant. » déclara Ethelle en se levant pour commencer à défaire sa robe. Il s’agissait cette fois d’une robe qu’elle avait commandé elle-même et elle l’avait demandée facile à mettre et à enlever seule. La couturière avait paru étonnée par une telle demande, mais s’était exécutée sans commentaire. [Bidulette] ne bougea pas, la fixant toujours tandis qu’elle revêtait sa robe de nuit. « Pourquoi es-tu toujours là ? s’enquit Ethelle.
– Ces habits que tu as me fascinent, j’aime bien te regarder les changer.
– Ah, et bien je n’en changerai plus avant demain, tu peux t’en aller. »

La jeune fille rousse se coucha dans son lit, sous l’édredon moelleux. Complètement épuisée, elle ignora [Bidulette] et s’endormit aussitôt la tête posée sur l’oreiller. L’esprit du pendentif s’allongea face à elle et la regarda dormir un moment. « Oh non… » souffla-t-elle avant de se transformer en fumée et de rejoindre le camée délicatement posé sur la table de nuit.

 

Le lendemain, Ethelle eut la désagréable surprise de constater qu’Arabella s’installait face à elle pour le petit déjeuner. La jeune femme se dit qu’elle aurait mieux fait de prendre son repas au lit. Elle espéra que la Veuve-Noire ne comptait pas la suivre à la trace toute la journée, car cela allait rapidement lui mettre les nerfs en pelote. Ethelle plissa les yeux ; peut-être était-ce là ce que cherchait à faire Arabella. Souriant de nouveau, elle s’occupa de ses voisins de table – Nicolas et Xochitl – et ignora totalement mademoiselle Finley.

Ethelle passa ensuite le reste de sa journée à récupérer les adresses des convives qui avaient promis de la soutenir dans la réhabilitation du nom des Morton et à récolter les promesses d’aide. Elle savait que tous ne répondraient pas à l’appel si elle leur demandait, mais une partie d’entre eux suffirait à l’épauler. La jeune femme devait à présent se constituer un dossier de défense, ce qui s’annonçait difficile vu le peu de témoignages fiables qu’elle avait pu réunir au sujet de Charles Morton. Elle se disait qu’elle aurait peut-être dû essayer de rassembler les éléments avant d’essayer de rallier les gens à elle, mais il était à présent un peu tard pour recommencer ; les choses étaient lancées.

Pendant tout ce temps, elle faisait de son mieux pour rester hors de portée d’Arabella Finley. Ce faisant, elle réalisa qu’elle ne voyait pas beaucoup Nicolas ces derniers temps. Lui aussi avait beaucoup à faire en tant qu’hôte. En revanche, où qu’elle se trouve, elle remarquait qu’Izel n’était jamais loin. Pourtant, à chaque fois qu’elle tournait le regard vers lui, il faisait mine de ne pas faire attention à elle.

C’est alors qu’un grand bruit retentit, suivi de hurlements de terreur. Cette fois, ce n’était pas un saladier brisé. Des créatures sorties du lac de Lancy avaient brisé une barque amarrée et se dirigeaient à présent vers le bout de jardins où se trouvaient les invités. Tout le monde se mit à courir dans l’autre sens. Ils n’avaient pas besoin de se presser, constata Ethelle, car les êtres sortis de l’eau n’avaient pas de pattes arrières. L’avant ressemblait à celui d’un humain déformé et l’arrière presque à une queue de poisson. Ils poussaient des borborygmes et ne cessèrent leur avancée que lorsque des coups de feu retentirent.

L’un d’entre eux s’effondra en criant de douleur, touché par une balle. Les autres paniquèrent et fuirent en l’emmenant le plus rapidement qu’ils pouvaient dans la sécurité des eaux lacustres. « Tout va bien. » commenta [Bidulette]. Ethelle ne l’avait même pas vue apparaître tant elle avait été hypnotisée par le spectacle des habitants du lac.

 

2016 mots pour aujourd’hui. J’espère rogner encore plus de retard demain !

NaNoWriMo 2018 : Arkhaiologia Tome 2, jour 9

(changement de chapitre je crois)

« Comment ça « il a disparu » ? s’emporta Nicolas. Un simple majordome emprisonné ne peut pas disparaître aussi facilement !
– Et bien, il n’a pas exactement disparu, précisa un gendarme gêné après avoir échangé un regard avec son collègue qui l’avait accompagné. Il… Et bien il s’est enfui.
– Enfui ?
– Oui, confirma le deuxième. Il a fait un énorme trou dans le mur de la prison.
– Comment est-ce possible ? s’étonna le jeune Merryweather.
– Il semblerait qu’il ait juste défoncé la pierre à mains nues, reprit le premier gendarme.
– Comment peut-il avoir eu assez de force pour ça ? »

Nicolas ne revenait pas de sa surprise et Ethelle, qui pourtant avait subi la force de Gregory, était toute aussi impressionnée. Et inquiète, aussi. Un nouvel éclat de voix de la part de son hôte la fit sursauter. « Plusieurs jours ? Mais pourquoi ne me prévenez-vous que maintenant ? Avez-vous la moindre idée de ce qui aurait pu arriver pendant ces quelques jours ? Quand je pense que nous étions confiants, alors qu’un monstre rôde peut-être sur mon domaine. »

Ethelle n’avait jamais vu Nicolas aussi en colère. En ce moment il n’avait plus rien du jeune homme mesuré qu’elle avait rencontré. Il congédia les deux gendarmes, après qu’ils lui eurent expliqué qu’ils avaient mis en place une surveillance du manoir, au cas où Gregory revienne terminer ses noirs desseins. Merryweather se tourna vers la jeune femme rousse, le visage reflétant son inquiétude. « Je ne laisserai pas cet homme vous faire du mal. Désormais, vous ne resterez plus seule, c’est trop dangereux.
– Je ne suis déjà pratiquement jamais seule, protesta Ethelle. Et puis, j’ai déjà une protection personnelle.
– La jeune fille du pendentif ?
– Tout à fait. Elle s’est montrée efficace aux deux occasions qu’elle a eues de rencontrer cet homme.
– Mais elle est toute menue et vous ne l’avez pas revue depuis : comment savoir si elle se manifestera au prochain danger ?
– J’ai confiance, lui assura Ethelle. Maintenant, nous devrions retourner nous occuper des invités : ils doivent se demander où nous sommes passés. Cela risque de jaser. »

Nicolas Merryweather ne paraissait pas convaincu par l’argument du pendentif, mais il se rangea à la suggestion de retourner divertir les invités. Présentant son bras à la jeune femme, qu’elle saisit avec légèreté, ils retournèrent dans la salle de réception du manoir. Ils furent accueillis par une ambiance colorée et de la musique qui les enveloppa aussitôt avec des rires et des discussions. La salle foisonnait de monde qui avait revêtu leurs toilettes les plus tapageuses et qui avaient décidé de profiter de leur soirée.

Tous parurent enchantés de retrouver Ethelle et elle fut très rapidement accaparée par ces personnes qui voulaient lui parler de son père. Elle les gratifiait tous de son plus gracieux sourire, qu’elle parvenait de nouveau à afficher après la pause bienvenue octroyée par les gendarmes. Ils avaient certes été annonciateurs de mauvaises nouvelles, mais s’aérer la tête de tous ces gens qui venaient lui remémorer son père disparu s’était avéré une véritable aubaine et lui avait rendu un peu d’énergie.

Mademoiselle Morton se laissa emporter dans le tourbillon des mondanités. Elle trouvait l’ambiance trop festive pour engager des conversations utiles. De toutes façons, elle ne se sentait pas le courage de ne faire que parler de Charles Morton toute la soirée. Les moments de discussions légères étaient les bienvenues entre deux discussions sérieuses sur les affaires de son père.

Bien que parfois ennuyeuses et déprimantes pour la jeune femme, ces conversations n’en recelaient pas moins de nombreuses informations. Ethelle découvrait une facette de Charles Morton qu’elle ne connaissait pas du tout, ce qu’elle regrettait à présent. Cuauhtli n’était pas le seul à lui assurer que son père était doué en affaires. L’impression semblait générale et pas seulement parce que les convives se montraient polis.

Elle apprit qu’il n’était pas qu’un simple collaborateur des entreprises MecanInc, AérosTech et RotorCorp. Il était chargé d’affaires dans chacune d’elles en plus de son poste de conseiller municipal et au Parlement (vérifier tout ça). Au vu de toutes ces activité, il n’était pas étonnant que la jeune femme n’ait eu que peu de temps à passer avec lui. Tout le monde lui parlait d’un secret que détenait Charles Morton et la plupart des invités paraissaient convaincu qu’elle en avait hérité. Ne sachant trop comment réagir à cette confiance qu’ils plaçaient en elle, Ethelle ne les détrompa pas. Elle temporisa seulement en précisant qu’elle n’avait pas encore bien compris toutes les ficelles du secret.

Les parents de la famille [Machintruc] la présentaient à tout le monde, la mine fière comme si elle était leur fille. Leur véritable fille, Miztli, ne faisait pas grand cas du foisonnement d’intérêt autour d’Ethelle. Elle préférait courir et jouer avec les autres enfants qui avaient à peu près son âge. En plus de temps, elle se retrouva avec la robe déchirée en plusieurs endroits, riante et essoufflée. Izel non plus ne s’intéressait pas aux histoires de Charles Morton. Négligeamment adossé à une colonne, il contemplait la foule d’un air blasé. Ethelle ne parvenait pas à savoir ce qu’il pensait d’elle. Miztli l’aimait bien, elle en était certaine, leurs parents la couvaient comme si elle faisait partie de la famille, mais Izel maîtrisait trop bien l’attitude nonchalente des adolescents.

Un fracas interrompit les musiciens. Ethelle, tendue, était prête à s’enfuir lorsqu’elle réalisa qu’il s’agissait juste d’un saladier qui s’était écrasé au sol après avoir été maladroitement poussé par quelqu’un. La jeune femme expira. Elle croyait qu’elle avait enfoui ses inquiétudes au fond de son esprit, mais le premier bruit venu les avait libérées. Ethelle s’efforça de calmer les battements de son coeur ; elle avait eu l’impression de voir son camée briller et la dernière chose dont elle avait besoin était une apparition impromptue de [Bidulette].

Avant que les conversations reprennent après cette bruyante interruption, la porte de la salle de bal s’ouvrit. Ethelle sentit son coeur battre la chamade de plus belle. L’invitée en retard n’était autre qu’Arabella Finley. Toujours filiforme et vêtue d’une robe noire près du corps, elle affichait une mine contrariée, qui s’éclaira d’un sourire mauvais lorsqu’elle repéra la jeune femme rousse au milieu d’un attroupement.

Ethelle se raccrocha à cette idée : au milieu de tant de monde, la Veuve-Noire ne pouvait lui faire de mal. Mademoiselle Morton devrait aviser pour les jours suivants. Elle se méfiait d’Arabella. Sans compter que si elle se trouvait ici, Gregory ne devait pas se trouver bien loin. Elle chercha Nicolas du regard pour le prier de se méfier de mademoiselle Finley, mais le jeune homme était déjà en train de l’accueillir avec empressement et sourires. Il lui apportait un verre pour contrer les effets du voyage qu’elle venait d’effectuer et qui avait été, confirma-t-elle, particulièrement éprouvant. Les trains n’avaient eu que des retards et leur confort s’était avéré moins que relatif.

Ethelle remarqua bien vite que l’héritière de Jeremiah Finley recevait presque autant d’attentions qu’elle. Cela blessa son ego, mais surtout, cela l’inquiéta. Ces gens étaient destinés à être ses alliés, pas ceux de la Veuve-Noire. Mademoiselle Morton savait bien qu’elles étaient censées être du même côté et elle se demanda comment Arabella comptait agir envers elle. Cependant elle ne pouvait pas s’empêcher d’avoir l’impression que la Veuve-Noire était en train de tisser une toile mortelle autour d’elle.

« Comment se fait-il que mademoiselle Finley se trouve ici ? s’enquit Ethelle auprès de Nicolas qui s’était éloignée de la dernière arrivée.
– Oh, et bien je suppose que tout le monde la croyait folle quand elle disait que la ruine de l’entreprise de son oncle était liée à des dragons. Mais maintenant que tout le monde commence à avoir été témoin d’évènements surnaturels au point que même les journaux en parlent… et bien elle est devenue une sorte de génie incompris.
– C’est sûr que cela a dû lui demander beaucoup de courage de défendre ses théories surnaturelles. » nota Ethelle en buvant nerveusement une gorgée de son verre, plein d’un alcool pétillant. Le jeune Merryweather lui adressa un sourire lumineux, heureux de constater qu’ils se comprenaient. Mademoiselle Morton ne le détrompa pas non plus. Elle estimait que cela lui demanderait trop d’énergie pour un probable piètre résultat.

La jeune femme s’éloigna un peu, se postant près du buffet. Son estomac n’avait pas envie de nourriture, mais elle avait envie de boire. Elle percevait son camée pulser contre sa gorge et décida de l’ignorer. « Vous buvez trop, commenta une voix jeune alors qu’elle venait d’avaler un deuxième verre et commençait à en ressentir les effets.
– Pardon ? s’offusqua-t-elle en se tournant vers son interlocuteur.
– Vous allez vous endormir sous la table si vous continuez ainsi, la prévint Izel qui s’était approché d’elle.
– Non non, s’exclama-t-elle. Je ne dois pas m’endormir ici, c’est beaucoup trop dangereux. »

Joignant le geste à la parole, elle délaissa son verre sur la table où il fut prestement débarrassé par une servante zélée. « Pourquoi est-ce dangereux ? s’enquit Izel faisant ainsi preuve d’un semblant d’intéret.
– Parce qu’Arabella ne m’aime pas.
– Boah, plein de gens n’en aiment pas d’autres, je ne vois pas en quoi ce serait dangereux.
– Vous ne comprenez pas, se plaignit Ethelle.
– J’ai bien peur que non.
– Ce n’est rien, balaya la jeune femme. Je pense que je devrais me retirer.
– Déjà ? s’étonna Izel de façon un peu moqueuse. Ne craignez-vous pas que les invités se sentent blessés par votre absence ? »

Il avait raison. Ethelle ne pouvait pas abandonner tous ces gens que madame Merryweather avait conviés spécialement pour la rencontrer. Elle se tourna pour contempler l’assemblée, se tordant les mains. Le ballet tourbillonnant des gens qui venaient lui parler de son père faisaient à présent de même autour d’Arabella. Au milieu de toutes ces attentions, elle affichait une mine triomphante, s’efforçant de se montrer sympathique. Mademoiselle Morton se sentit dégoûtée par la situation. « Tant pis, lâcha-t-elle à son jeune interlocuteur. Je vais quand même me coucher.
– Non ! s’exclama-t-il. Ne faites pas cela, elle va gagner sinon.
– Gagner ?
– Mais oui, elle n’aura rien besoin de faire pour s’attirer les faveurs de tous ces gens si vous vous en allez. »

Elle devait reconnaître qu’une fois de plus, Izel faisait preuve d’une sagesse assez incroyable pour un adolescent de – quoi – seize ans ?

 

1741 mots pour aujourd’hui, j’ai du mal à atteindre le quota minimum, mais j’y arrive ! J’espère que je réussirai à récupérer mon retard ce week end 🙂