NaNoWriMo 2018 : Arkhaiologia Tome 2, jour 10

Elle jeta un nouveau coup d’œil à l’assemblée. Tout en hochant la tête à l’intention de l’adolescent, elle se prépara à affronter de nouvelles discussions à propos de son père et se composa un nouveau sourire. Ceci fait, elle se tourna vers Izel pour vérifier si elle faisait suffisamment bonne figure. Il donna son approbation. Ethelle lui sourit et se lança dans un nouveau bain de foule.

Elle redoubla d’attentions envers ses interlocuteurs et s’efforça de leur donner une image positive d’elle-même, espérant en donner une meilleure que celle d’Arabella. Elle avait l’avantage de paraître moins sèche et excentrique que l’héritière de Jeremiah Finley, mais cela ne suffirait pas à ranger les convives de son côté si jamais un conflit d’intérêt venait à se déclarer entre elles. Ethelle fit de son mieux pour faire miroiter le mystérieux secret de son père qui avait fait la richesse de MecanInc, AerosTech et RotorCorp.

A ce propos, la jeune femme rousse était déçue de constater qu’elle n’apprenait pas grand chose concernant le décès de Charles Morton. Toutes les personnes présentes paraissaient certaines qu’il n’y était pour rien dans la chute des trois entreprises florissantes, mais personne ne sut lui expliquer pourquoi ni n’avait d’idée précise sur le mobile du crime. Certains appuyaient même la thèse du suicide. En discutant avec les convives, Ethelle était tout de même parvenue à la certitude que son père avait dû être assassiné pour son secret. Cela lui semblait évident.

(rajouter des trucs peut-être ? Et présenter quelques personnes présentes ? Pas beaucoup de Eastlondiens je suppose. Est ce qu’on dit Eastlondiens déjà ? Je ne sais plus)

Ethelle avait décidé qu’elle ne quitterait pas la salle la première. Arabella devait avoir pris la même décision, car elle ne montrait aucun signe de vouloir prendre congé. Mademoiselle Morton devait admettre qu’elle était impressionnée par l’endurance de la Veuve-Noire qui sortait tout juste d’un long voyage. Tout en devisant avec d’anciens amis de son père qui avaient quitté Eastlond quand elle était encore petite, Ethelle surveillait mademoiselle Finley du coin de l’œil. Cette dernière faisait mine d’ignorer la jeune femme rousse, mais Ethelle pensait que ce n’était qu’une impression et qu’elle la surveillait tout autant.

Les invités de madame Merryweather, fatigués, finirent par quitter la salle de réception d’eux-mêmes. Lorsqu’il ne resta plus suffisamment de personnes à charmer, la Veuve-Noire se retira à son tour. Ethelle n’attendit que quelques minutes pour suivre son exemple. Elle avait la tête pleine d’informations sur les convives de la soirée et d’alcool dont elle avait un peu abusé.

Elle gravissait l’escalier principal, pressée de retrouver sa chambre, lorsqu’elle s’aperçut qu’Arabella Finley l’attendait au balcon intérieur, qui faisait office de palier. « Nous nous retrouvons enfin. » susurra la Veuve-Noire et la jeune femme perçut son camée palpiter de nouveau sur sa gorge. Ethelle regarda tout autour d’elle, paniquée, à la recherche de quelqu’un qui pourrait lui servir de prétexte pour ne pas se retrouver seule en présence de cette femme qui l’effrayait. Mais elles étaient seules. Mademoiselle Morton n’avait d’autre choix que de lui faire face.

« En effet, déclara Ethelle. Je dois avouer que je suis surprise de vous voir ici.
– J’ai reçu un message de mon majordome, qui m’expliquait qu’une réunion vous impliquant allait se tenir ici. J’ai donc contacté madame Merryweather, qui m’a aimablement conviée en tant qu’héritière de Jeremiah Finley. En revanche, je n’ai pas eu de nouvelles de Gregory depuis. Auriez-vous eu de ses nouvelles ?
– Si l’on veut, répondit la jeune femme en tentant de garder son calme. Il a essayé de m’assassiner, avant d’être arrêté et emprisonné.
– Voilà qui est fâcheux. » commenta la Veuve-Noire en fronçant ses fins sourcils.

Certaine que son interlocutrice ne trouvait pas fâcheux le fait que son majordome ait tenté de la tuer, Ethelle ne releva pas. Elle se demandait si Arabella l’avait attendue parce qu’elle tenait à lui dire – ou peut-être à lui faire subir – quelque chose en particulier, ou cela avait juste été une coïncidence de la croiser. Dans le doute, et parce que mademoiselle Finley semblait plongée dans ses pensées, la jeune femme amorça un mouvement pour s’en aller.

« Vous avez disparu en même temps qu’une de mes petites araignées, l’interrompit finalement Arabella. Où est Clay ? Et Tina ? Elle a déserté plus tard, mais je me suis laissée dire qu’elle vous avait peut-être rejoints.
– Tina ? s’étonna sincèrement Ethelle avant d’avoir la présence d’esprit de rajouter : Clay ? Qui sont-ils ? Je ne fraie pas avec les araignées.
– Je ne vous crois pas. Mais peu importe ; Gregory ne restera pas emprisonné bien longtemps. Si c’est trop dangereux pour lui de revenir ici, il se lancera à la poursuite de Tina et Clay.
– Grand bien lui fasse. Maintenant, si vous me le permettez, je vais aller me coucher. »

Arabella ne prit pas la peine de lui répondre, à son grand soulagement. Ethelle s’en alla dignement jusqu’à sa chambre. Après avoir fermé la porte, elle toucha légèrement son pendentif. Il produisit de la chaleur et [Bidulette] apparut. (vérifier où on en est du tutoiement/vouvoiement)
« J’ai cru que j’allais devoir sortir plusieurs fois aujourd’hui, déclara la jeune fille du camée. Tu avais l’air souvent inquiète et le collier me poussait à sortir ! Mais comme tu m’as ordonné de ne pas bouger tant qu’il y avait du monde, j’ai fait de mon mieux pour résister.
– Merci, je préférais t’avoir avec moi, mais j’avoue que j’aurais été bien en peine d’expliquer ton apparition soudaine.
– Oh, bientôt ça ne posera plus de problème, balaya [Bidulette] en faisant des étirements au milieu de la pièce. Tout le monde va finir par s’habituer, ils ne s’étonneront pas de voir quelqu’un jaillir de ton collier.
– Je ne sais pas. Simon et Clay sont retournés à la bibliothèque pour trouver des moyens de pallier à la résurgence du surnaturel. Peut-être qu’ils trouveront une solution avant que tout le monde s’habitue et que notre système en place ne s’effondre avant l’arrivée d’un dragon ou de je ne sais quoi.
– Moi, ça m’arrangerait qu’ils ne trouvent pas : j’aime bien sortir du pendentif pour marcher dans le monde et interagir avec d’autres personnes que moi-même. »

Ethelle ne répondit pas. Elle avait rapidement considéré [Bidulette] comme faisant partie de son entourage et n’avait même pas pensé qu’une solution pour pallier à la magie pourrait avoir une influence sur sa petite protectrice, alors que c’était l’évidence même. « Pourquoi m’as-tu demandé de sortir ? s’enquit [Bidulette].
– J’avais besoin de parler un peu.
– Parlons dans ce cas ! »

L’esprit du pendentif bondit sur le lit où elle atterrit déjà en tailleur. Ethelle s’assit à côté d’elle. « Je suis inquiète pour Clay et Simon, avoua la jeune femme rousse.
– À cause de ce majordome-loup qui a essayé de te tuer ?
– Oui, je crains qu’il se soit lancé à leur poursuite, ne pouvant pas m’atteindre ici.
– Ce que je comprends, acquiesça [Bidulette]. Il est très fort, alors même qu’il n’a pas encore la force d’un vrai loup-garou. Il aurait mangé le garçon qui s’est dressé face à lui, mais il avait à faire à une trop forte partie avec moi. Je ne peux pas encore rester dehors longtemps, mais je maîtrise parfaitement les arts martiaux qui m’ont été enseignés.
– Mais mes amis n’ont personne pour les protéger.
– Je te proposerai bien d’aller les aider, malheureusement je suis beaucoup trop liée au collier. Et puis je préfère rester avec toi ! Mais ne t’inquiète pas trop : le majordome-loup est peut-être juste parti chasser parce qu’il avait faim.
– Cela fait tout de même plusieurs jours qu’il a disparu, précisa Ethelle peu convaincue.
– Quand une bête comme ça a faim, elle a très très faim. En plus, une fois qu’elle a bien mangé, elle peut se priver de nourriture pendant plusieurs jours ensuite, donc c’est tout à fait possible. »

L’explication ne suffit pas à rassurer complètement la jeune femme rousse. Elle en venait à espérer que le majordome se cachait quelque part dans le parc du domaine Merryweather. Il y avait en effet un point sur lequel elle était d’accord avec [Bidulette] : c’était que la jeune fille pouvait tenir tête à l’effrayant Gregory. La présence de l’esprit de son camée la rassurait. Elle s’en voulait à présent de s’être laissée aller à la panique ; tant que [Bidulette] était là, elle ne risquait rien. Elle bâilla.

« Je vais me coucher maintenant. » déclara Ethelle en se levant pour commencer à défaire sa robe. Il s’agissait cette fois d’une robe qu’elle avait commandé elle-même et elle l’avait demandée facile à mettre et à enlever seule. La couturière avait paru étonnée par une telle demande, mais s’était exécutée sans commentaire. [Bidulette] ne bougea pas, la fixant toujours tandis qu’elle revêtait sa robe de nuit. « Pourquoi es-tu toujours là ? s’enquit Ethelle.
– Ces habits que tu as me fascinent, j’aime bien te regarder les changer.
– Ah, et bien je n’en changerai plus avant demain, tu peux t’en aller. »

La jeune fille rousse se coucha dans son lit, sous l’édredon moelleux. Complètement épuisée, elle ignora [Bidulette] et s’endormit aussitôt la tête posée sur l’oreiller. L’esprit du pendentif s’allongea face à elle et la regarda dormir un moment. « Oh non… » souffla-t-elle avant de se transformer en fumée et de rejoindre le camée délicatement posé sur la table de nuit.

 

Le lendemain, Ethelle eut la désagréable surprise de constater qu’Arabella s’installait face à elle pour le petit déjeuner. La jeune femme se dit qu’elle aurait mieux fait de prendre son repas au lit. Elle espéra que la Veuve-Noire ne comptait pas la suivre à la trace toute la journée, car cela allait rapidement lui mettre les nerfs en pelote. Ethelle plissa les yeux ; peut-être était-ce là ce que cherchait à faire Arabella. Souriant de nouveau, elle s’occupa de ses voisins de table – Nicolas et Xochitl – et ignora totalement mademoiselle Finley.

Ethelle passa ensuite le reste de sa journée à récupérer les adresses des convives qui avaient promis de la soutenir dans la réhabilitation du nom des Morton et à récolter les promesses d’aide. Elle savait que tous ne répondraient pas à l’appel si elle leur demandait, mais une partie d’entre eux suffirait à l’épauler. La jeune femme devait à présent se constituer un dossier de défense, ce qui s’annonçait difficile vu le peu de témoignages fiables qu’elle avait pu réunir au sujet de Charles Morton. Elle se disait qu’elle aurait peut-être dû essayer de rassembler les éléments avant d’essayer de rallier les gens à elle, mais il était à présent un peu tard pour recommencer ; les choses étaient lancées.

Pendant tout ce temps, elle faisait de son mieux pour rester hors de portée d’Arabella Finley. Ce faisant, elle réalisa qu’elle ne voyait pas beaucoup Nicolas ces derniers temps. Lui aussi avait beaucoup à faire en tant qu’hôte. En revanche, où qu’elle se trouve, elle remarquait qu’Izel n’était jamais loin. Pourtant, à chaque fois qu’elle tournait le regard vers lui, il faisait mine de ne pas faire attention à elle.

C’est alors qu’un grand bruit retentit, suivi de hurlements de terreur. Cette fois, ce n’était pas un saladier brisé. Des créatures sorties du lac de Lancy avaient brisé une barque amarrée et se dirigeaient à présent vers le bout de jardins où se trouvaient les invités. Tout le monde se mit à courir dans l’autre sens. Ils n’avaient pas besoin de se presser, constata Ethelle, car les êtres sortis de l’eau n’avaient pas de pattes arrières. L’avant ressemblait à celui d’un humain déformé et l’arrière presque à une queue de poisson. Ils poussaient des borborygmes et ne cessèrent leur avancée que lorsque des coups de feu retentirent.

L’un d’entre eux s’effondra en criant de douleur, touché par une balle. Les autres paniquèrent et fuirent en l’emmenant le plus rapidement qu’ils pouvaient dans la sécurité des eaux lacustres. « Tout va bien. » commenta [Bidulette]. Ethelle ne l’avait même pas vue apparaître tant elle avait été hypnotisée par le spectacle des habitants du lac.

 

2016 mots pour aujourd’hui. J’espère rogner encore plus de retard demain !

NaNoWriMo 2018 : Arkhaiologia Tome 2, jour 9

(changement de chapitre je crois)

« Comment ça « il a disparu » ? s’emporta Nicolas. Un simple majordome emprisonné ne peut pas disparaître aussi facilement !
– Et bien, il n’a pas exactement disparu, précisa un gendarme gêné après avoir échangé un regard avec son collègue qui l’avait accompagné. Il… Et bien il s’est enfui.
– Enfui ?
– Oui, confirma le deuxième. Il a fait un énorme trou dans le mur de la prison.
– Comment est-ce possible ? s’étonna le jeune Merryweather.
– Il semblerait qu’il ait juste défoncé la pierre à mains nues, reprit le premier gendarme.
– Comment peut-il avoir eu assez de force pour ça ? »

Nicolas ne revenait pas de sa surprise et Ethelle, qui pourtant avait subi la force de Gregory, était toute aussi impressionnée. Et inquiète, aussi. Un nouvel éclat de voix de la part de son hôte la fit sursauter. « Plusieurs jours ? Mais pourquoi ne me prévenez-vous que maintenant ? Avez-vous la moindre idée de ce qui aurait pu arriver pendant ces quelques jours ? Quand je pense que nous étions confiants, alors qu’un monstre rôde peut-être sur mon domaine. »

Ethelle n’avait jamais vu Nicolas aussi en colère. En ce moment il n’avait plus rien du jeune homme mesuré qu’elle avait rencontré. Il congédia les deux gendarmes, après qu’ils lui eurent expliqué qu’ils avaient mis en place une surveillance du manoir, au cas où Gregory revienne terminer ses noirs desseins. Merryweather se tourna vers la jeune femme rousse, le visage reflétant son inquiétude. « Je ne laisserai pas cet homme vous faire du mal. Désormais, vous ne resterez plus seule, c’est trop dangereux.
– Je ne suis déjà pratiquement jamais seule, protesta Ethelle. Et puis, j’ai déjà une protection personnelle.
– La jeune fille du pendentif ?
– Tout à fait. Elle s’est montrée efficace aux deux occasions qu’elle a eues de rencontrer cet homme.
– Mais elle est toute menue et vous ne l’avez pas revue depuis : comment savoir si elle se manifestera au prochain danger ?
– J’ai confiance, lui assura Ethelle. Maintenant, nous devrions retourner nous occuper des invités : ils doivent se demander où nous sommes passés. Cela risque de jaser. »

Nicolas Merryweather ne paraissait pas convaincu par l’argument du pendentif, mais il se rangea à la suggestion de retourner divertir les invités. Présentant son bras à la jeune femme, qu’elle saisit avec légèreté, ils retournèrent dans la salle de réception du manoir. Ils furent accueillis par une ambiance colorée et de la musique qui les enveloppa aussitôt avec des rires et des discussions. La salle foisonnait de monde qui avait revêtu leurs toilettes les plus tapageuses et qui avaient décidé de profiter de leur soirée.

Tous parurent enchantés de retrouver Ethelle et elle fut très rapidement accaparée par ces personnes qui voulaient lui parler de son père. Elle les gratifiait tous de son plus gracieux sourire, qu’elle parvenait de nouveau à afficher après la pause bienvenue octroyée par les gendarmes. Ils avaient certes été annonciateurs de mauvaises nouvelles, mais s’aérer la tête de tous ces gens qui venaient lui remémorer son père disparu s’était avéré une véritable aubaine et lui avait rendu un peu d’énergie.

Mademoiselle Morton se laissa emporter dans le tourbillon des mondanités. Elle trouvait l’ambiance trop festive pour engager des conversations utiles. De toutes façons, elle ne se sentait pas le courage de ne faire que parler de Charles Morton toute la soirée. Les moments de discussions légères étaient les bienvenues entre deux discussions sérieuses sur les affaires de son père.

Bien que parfois ennuyeuses et déprimantes pour la jeune femme, ces conversations n’en recelaient pas moins de nombreuses informations. Ethelle découvrait une facette de Charles Morton qu’elle ne connaissait pas du tout, ce qu’elle regrettait à présent. Cuauhtli n’était pas le seul à lui assurer que son père était doué en affaires. L’impression semblait générale et pas seulement parce que les convives se montraient polis.

Elle apprit qu’il n’était pas qu’un simple collaborateur des entreprises MecanInc, AérosTech et RotorCorp. Il était chargé d’affaires dans chacune d’elles en plus de son poste de conseiller municipal et au Parlement (vérifier tout ça). Au vu de toutes ces activité, il n’était pas étonnant que la jeune femme n’ait eu que peu de temps à passer avec lui. Tout le monde lui parlait d’un secret que détenait Charles Morton et la plupart des invités paraissaient convaincu qu’elle en avait hérité. Ne sachant trop comment réagir à cette confiance qu’ils plaçaient en elle, Ethelle ne les détrompa pas. Elle temporisa seulement en précisant qu’elle n’avait pas encore bien compris toutes les ficelles du secret.

Les parents de la famille [Machintruc] la présentaient à tout le monde, la mine fière comme si elle était leur fille. Leur véritable fille, Miztli, ne faisait pas grand cas du foisonnement d’intérêt autour d’Ethelle. Elle préférait courir et jouer avec les autres enfants qui avaient à peu près son âge. En plus de temps, elle se retrouva avec la robe déchirée en plusieurs endroits, riante et essoufflée. Izel non plus ne s’intéressait pas aux histoires de Charles Morton. Négligeamment adossé à une colonne, il contemplait la foule d’un air blasé. Ethelle ne parvenait pas à savoir ce qu’il pensait d’elle. Miztli l’aimait bien, elle en était certaine, leurs parents la couvaient comme si elle faisait partie de la famille, mais Izel maîtrisait trop bien l’attitude nonchalente des adolescents.

Un fracas interrompit les musiciens. Ethelle, tendue, était prête à s’enfuir lorsqu’elle réalisa qu’il s’agissait juste d’un saladier qui s’était écrasé au sol après avoir été maladroitement poussé par quelqu’un. La jeune femme expira. Elle croyait qu’elle avait enfoui ses inquiétudes au fond de son esprit, mais le premier bruit venu les avait libérées. Ethelle s’efforça de calmer les battements de son coeur ; elle avait eu l’impression de voir son camée briller et la dernière chose dont elle avait besoin était une apparition impromptue de [Bidulette].

Avant que les conversations reprennent après cette bruyante interruption, la porte de la salle de bal s’ouvrit. Ethelle sentit son coeur battre la chamade de plus belle. L’invitée en retard n’était autre qu’Arabella Finley. Toujours filiforme et vêtue d’une robe noire près du corps, elle affichait une mine contrariée, qui s’éclaira d’un sourire mauvais lorsqu’elle repéra la jeune femme rousse au milieu d’un attroupement.

Ethelle se raccrocha à cette idée : au milieu de tant de monde, la Veuve-Noire ne pouvait lui faire de mal. Mademoiselle Morton devrait aviser pour les jours suivants. Elle se méfiait d’Arabella. Sans compter que si elle se trouvait ici, Gregory ne devait pas se trouver bien loin. Elle chercha Nicolas du regard pour le prier de se méfier de mademoiselle Finley, mais le jeune homme était déjà en train de l’accueillir avec empressement et sourires. Il lui apportait un verre pour contrer les effets du voyage qu’elle venait d’effectuer et qui avait été, confirma-t-elle, particulièrement éprouvant. Les trains n’avaient eu que des retards et leur confort s’était avéré moins que relatif.

Ethelle remarqua bien vite que l’héritière de Jeremiah Finley recevait presque autant d’attentions qu’elle. Cela blessa son ego, mais surtout, cela l’inquiéta. Ces gens étaient destinés à être ses alliés, pas ceux de la Veuve-Noire. Mademoiselle Morton savait bien qu’elles étaient censées être du même côté et elle se demanda comment Arabella comptait agir envers elle. Cependant elle ne pouvait pas s’empêcher d’avoir l’impression que la Veuve-Noire était en train de tisser une toile mortelle autour d’elle.

« Comment se fait-il que mademoiselle Finley se trouve ici ? s’enquit Ethelle auprès de Nicolas qui s’était éloignée de la dernière arrivée.
– Oh, et bien je suppose que tout le monde la croyait folle quand elle disait que la ruine de l’entreprise de son oncle était liée à des dragons. Mais maintenant que tout le monde commence à avoir été témoin d’évènements surnaturels au point que même les journaux en parlent… et bien elle est devenue une sorte de génie incompris.
– C’est sûr que cela a dû lui demander beaucoup de courage de défendre ses théories surnaturelles. » nota Ethelle en buvant nerveusement une gorgée de son verre, plein d’un alcool pétillant. Le jeune Merryweather lui adressa un sourire lumineux, heureux de constater qu’ils se comprenaient. Mademoiselle Morton ne le détrompa pas non plus. Elle estimait que cela lui demanderait trop d’énergie pour un probable piètre résultat.

La jeune femme s’éloigna un peu, se postant près du buffet. Son estomac n’avait pas envie de nourriture, mais elle avait envie de boire. Elle percevait son camée pulser contre sa gorge et décida de l’ignorer. « Vous buvez trop, commenta une voix jeune alors qu’elle venait d’avaler un deuxième verre et commençait à en ressentir les effets.
– Pardon ? s’offusqua-t-elle en se tournant vers son interlocuteur.
– Vous allez vous endormir sous la table si vous continuez ainsi, la prévint Izel qui s’était approché d’elle.
– Non non, s’exclama-t-elle. Je ne dois pas m’endormir ici, c’est beaucoup trop dangereux. »

Joignant le geste à la parole, elle délaissa son verre sur la table où il fut prestement débarrassé par une servante zélée. « Pourquoi est-ce dangereux ? s’enquit Izel faisant ainsi preuve d’un semblant d’intéret.
– Parce qu’Arabella ne m’aime pas.
– Boah, plein de gens n’en aiment pas d’autres, je ne vois pas en quoi ce serait dangereux.
– Vous ne comprenez pas, se plaignit Ethelle.
– J’ai bien peur que non.
– Ce n’est rien, balaya la jeune femme. Je pense que je devrais me retirer.
– Déjà ? s’étonna Izel de façon un peu moqueuse. Ne craignez-vous pas que les invités se sentent blessés par votre absence ? »

Il avait raison. Ethelle ne pouvait pas abandonner tous ces gens que madame Merryweather avait conviés spécialement pour la rencontrer. Elle se tourna pour contempler l’assemblée, se tordant les mains. Le ballet tourbillonnant des gens qui venaient lui parler de son père faisaient à présent de même autour d’Arabella. Au milieu de toutes ces attentions, elle affichait une mine triomphante, s’efforçant de se montrer sympathique. Mademoiselle Morton se sentit dégoûtée par la situation. « Tant pis, lâcha-t-elle à son jeune interlocuteur. Je vais quand même me coucher.
– Non ! s’exclama-t-il. Ne faites pas cela, elle va gagner sinon.
– Gagner ?
– Mais oui, elle n’aura rien besoin de faire pour s’attirer les faveurs de tous ces gens si vous vous en allez. »

Elle devait reconnaître qu’une fois de plus, Izel faisait preuve d’une sagesse assez incroyable pour un adolescent de – quoi – seize ans ?

 

1741 mots pour aujourd’hui, j’ai du mal à atteindre le quota minimum, mais j’y arrive ! J’espère que je réussirai à récupérer mon retard ce week end 🙂

NaNoWriMo 2018 : Arkhaiologia Tome 2, jour 4

Alors qu’elle réfléchissait, elle se posta machinalement devant sa fenêtre. Le vent agitait les plantations du parc des Merryweather et quelques gouttes venaient frapper la fenêtre. C’est alors qu’elle aperçut quelqu’un s’aventurer dans le jardin en proie à la grisaille et aux éléments. Seulement vêtu de sortes de braies parées de plumes colorées et la tête surmontée d’une coiffe elle aussi piquée de plumes, il était pied nus sur les graviers et portait un long bâton de bois. Lorsqu’il se posta sur un carré d’herbe, il se tourna en direction du bâtiment et Ethelle reconnut avec surprise Izel, l’aîné des [Machintruc]. De le voir ainsi, il lui parut un peu plus âgé que de prime abord ; elle estimait qu’il devait avoir seize ou dix-sept ans.

Le garçon joignit les mains sur son bâton, levant les yeux vers le ciel et poussa un cri puissant. Ethelle n’eut pas le temps de sursauter qu’il avait déjà entamé une série de mouvements rapides, accompagné du long bâton qu’il maniait comme une lance. Izel se montrait un bon acrobate. Ses pas lui faisaient tracer un cercle dans l’herbe mouillée et le bâton tournoyait de plus en plus rapidement autour de lui. Sous les yeux ébahis de la jeune femme rousse, Miztli rejoignit son frère, se plaçant au centre du cercle qu’il était en train de tracer. Elle à peine plus vêtue, portait une coiffe emplumée encore plus imposante et ne portait pas de bâton. À la place, elle portait une flûte qu’elle porta à sa bouche pour en jouer. Pour l’écouter, Ethelle ouvrit sa fenêtre, ignorant les quelques gouttes qui l’éclaboussaient.

La jeune femme avait déjà rencontré des ressortissants nahuas de l’Empire Nueva Azteca, mais n’avait jamais assisté à une démonstration de danse traditionnelle. Elle en était subjuguée : les notes de la flûte étaient entêtantes et la danse hypnotisante. Ethelle se demanda combien de temps allait durer leur performance ; Izel allait bien se fatiguer à ce rythme, n’est ce pas ? Mais ni le frère, ni la sœur ne paraissaient pas vouloir s’arrêter. Ils continuèrent jusqu’à ce que les gouttes cessent de tomber et qu’un timide rayon de soleil traverse la masse nuageuse. Même là, ils persistèrent encore un peu, jusqu’à ce que l’aîné s’arrête de danser et plante son bâton en terre, essoufflé.

Miztli se précipita vers le manoir en sautillant et lançant joyeusement quelques mots de nahuatl à quelqu’un qu’Ethelle ne pouvait pas voir. Les parents de la fillette sortirent à leur tour dans le jardin humide. Eux n’avaient pas quitté leurs riches vêtements et parurent féliciter leurs enfants. Mademoiselle Morton approuva intérieurement : elle avait été impressionnée par leur prestation. C’est alors qu’elle remarqua qu’Izel la fixait de ses yeux noirs. Gênée, elle lui adressa un bref signe de main avant de refermer sa fenêtre.

Au dîner, elle félicita à son tour les deux enfants [Machintruc] du merveilleux spectacle auquel elle avait assisté. Xochitl lui expliqua qu’il s’agissait de la danse du soleil, astre cher au cœur nahua, et qu’Izel et Miztli avaient été tellement performants qu’ils avaient réussi à chasser la pluie pendant quelques minutes. Nicolas rit, pensant à une plaisanterie, mais Ethelle avait l’impression que Xochitl était sérieuse. Après tout, à la fin de la danse, la pluie s’était effectivement arrêtée de tomber et un rayon de soleil était même apparu. Était-ce juste une coïncidence ? La famille [Machintruc] paraissait certaine du pouvoir de la danse du soleil. Ethelle, quant à elle, avait été témoin de tellement de choses étranges qu’elle n’était pas loin de les croire.

Lorsque le valet de service se pencha à côté d’elle pour remplir son verre de vin, elle sursauta et étouffa un cri. Elle ne l’avait pas remarqué jusqu’ici – n’ayant pas l’habitude de prêter attention au personnel – mais celui qui venait de compléter de son verre était Gregory, le majordome qui l’avait attaquée la veille (à vérifier). Constatant qu’elle l’avait reconnu, l’homme de main d’Arabella s’empara d’un couteau et en porta un coup à Ethelle, qui repoussa précipitamment sa chaise pour l’éviter avant de se lever pour reculer encore.

Poussant un grognement inhumain, Gregory se jeta sur la jeune femme, mais le deuxième coup de couteau fut stoppé par Xochitl qui se trouvait à côté. Cuauhtli arriva en renfort de sa femme pour ceinturer le majordome d’Arabella. Celui-ci se débattit comme une furie. D’un coup de coude dirigé vers la figure, il se débarrassa de Xochitl. Comme elle poussa un petit cri de douleur en portant les mains à son nez, il se dégagea facilement de son mari qui l’avait lâché pour soutenir sa compagne. Gregory se précipita de nouveau vers sa cible rousse, qui avait prudemment placé la table entre son agresseur et elle. Il sauta sur la nappe, au milieu des plats et des assiettes, comme s’il s’agissait d’une simple marche.

Ethelle pensait sa dernière heure arrivée lorsque deux formes s’élevèrent face au majordome enragé. La première provenait de son pendentif et la deuxième n’était autre qu’Izel. Face à l’homme grand et costaud qu’était Gregory, [Bidulette] et le fils [Machintruc] paraissaient faibles et sans défense. Avec eux, il ne fallait pourtant pas se fier à l’apparence. [Bidulette] balaya les jambes du majordome tandis qu’Izel finissait de le déstabiliser par un coup de pied aérien. Grégory tomba, roula et se retrouva aussitôt sur ses pieds. À présent il avait quitté Ethelle des yeux et décida de se concentrer sur ses deux petits opposants.

La jeune femme rousse avait l’impression de se retrouver au milieu d’un cauchemar : le visage du majordome s’était allongé, sa pilosité s’était accentuée et ses canines paraissaient avoir poussé. Ce qui attaqua [Bidulette] et Izel tenait désormais plus de la bête que de l’être humain. Les deux poids plumes se tinrent prêts à contrer l’assaut de Gregory, mais il n’arriva pas jusqu’à eux. Un coup de feu avait retenti, qui avait fait sursauter tout le monde. Interrompu dans son élan, le majordome roula des yeux furieux avant de s’effondrer sur la table, puis de rouler sur le sol.

[Bidulette] fit la grimace en constatant qu’une fois de plus, elle se changeait en fumée contre son gré pour réintégrer le pendentif. Mais personne ne lui prêtait attention : tous avaient tourné la tête en direction de Nicolas, qui avait tiré le coup de feu. Il replaça le pistolet dans l’écrin qu’Henry maintenait ouvert à sa disposition et où se trouvait nichée une arme jumelle. Ceci fait, il s’empressa de rejoindre Ethelle pour s’assurer qu’elle n’avait pas été blessée. Izel se tenait déjà auprès de sa mère, qui maintenait contre son nez une serviette de table que lui avait apportée Miztli.

Quelques instants plus tard, madame Cartridge arriva pour ausculter Xochitl et des gendarmes arrivèrent pour examiner la scène et poser des questions. Ils remarquèrent que Gregory n’était pas mort des suites de sa blessure par balle. Après qu’il eut été examiné à son tour par madame Cartridge, les gendarmes emmenèrent le majordome qui avait repris conscience. Il ressemblait de nouveau à un être humain normal, mais le regard qu’il jeta à Ethelle en quittant la pièce la fit frissonner.

(changement de chapitre)

Pfiou ! Ces fées me fatiguent. Elles produisent un tel brouhaha que je ne peux pas rester dans leur pièce plus d’un quart d’heure. Et les différentes races sont trop… Ben différentes, en fait. Malgré les nouvelles nomenclatures mises en place par Massamba et Pommier, je trouve toutes ces créatures surnaturelles vraiment perturbantes. Par exemple, concernant les pillys (les petites fées Clochette), rien ne les rapproche des mammifères, ou des reptiles, ou des batraciens, ou des oiseaux, ou même des poissons. J’ai essayé de démontrer qu’ils étaient plus proches des insectes en se basant sur leurs ailes et leurs antennes, notamment, mais force avait été de constater qu’ils ne font pas partie de cette famille là non plus. Certains fabriquent même des pigments bleus… Il n’existe qu’une ou deux espèces connues au monde qui sont capables de ça !

Je sais que je me répète, mais on dirait que quelqu’un a à moitié modelé ces créatures et à moitié collé des morceaux de créatures existantes. Ils ressemblent à de petits humains à qui on aurait attaché des caractéristiques d’insectes. En plus, leurs mamelles ne sont pas fonctionnelles et celles qui ressemblent à des femmes pondent des œufs mous ; c’est n’importe quoi. Ils n’ont pas l’air totalement… naturels, pour ainsi dire, mais je n’ai entendu parler de personne qui ait la connaissance ou la technologie pour créer des bestioles pareilles. Et puis je n’ai pas très envie d’entamer une nouvelle théorie du complot. Même avec toutes les connaissances qu’il a accumulées au sujets des créatures surnaturelles, Valentin n’a pas su me proposer une hypothèse sur leur origine. Apparemment il n’existe aucune indication dans aucune légende.

Je lui ai quand même donné une petite pilly. Après tout, c’est lui qui m’a dit qu’un des noms pour ces petites créatures était “pillywiggin”. Je sais qu’il s’en occupera bien et puis ici il y en a déjà tellement. J’en relâche tous les jours. Les gens nous les amènent par seaux entiers tellement ces petites bêtes foisonnent de partout. Ils n’ont toujours pas compris que ce serait la même chose que de nous amener des pigeons par seaux entiers… Valentin dit qu’ils vont finir par comprendre, mais il est toujours très optimiste concernant l’humanité. Moi un peu moins, surtout que certains des chasseurs de fées (comme ils se surnomment) sont déjà venus plusieurs fois et, à chaque fois, je leur explique que nous avons trop de fées et je leur fais la comparaison avec les pigeons.

C’est même encore pire que les pigeons, parce qu’au moins les pigeons ne nous empêchent pas de nous rendre sur les sites archéologiques ! Ils les abîment, au pire. Le moindre menhir ou dolmen est devenu un endroit dangereux d’où sortent des elfes ou des korrigans à des moments complètement incongrus. L’armée a mis des barrières et surveille les endroits les plus dangereux… Ça aurait pu faire un bon sujet de roman. J’ai encore du mal à réaliser tout ça à certains moments.

Le pire, c’est quand les gens me demandent si les dragons aussi vont faire leur apparition. Comment le saurais-je ? La seule chose que l’on peut affirmer avec certitude, c’est que plus le temps passe, plus on observe de créatures et plus on en observe des grosses. Après, nous n’avons pas de véritables preuves de l’existence des dragons, alors personne ne peut affirmer si nous allons en voir à un moment ou à un autre. Je ne sais absolument pas comment on pourrait gérer l’existence de dragons ; je préfère ne pas y penser !

Bon, je vais proposer à Valentin de venir manger une pizza. Rien de tel qu’une pizza entre amis pour se remonter le moral…

Pizzas commandées : quattro formaggi et prosciutto, livrées dans vingt minutes.

« Cet enregistrement a été effectué le même jour que le premier enregistrement de Valentin que nous avons écouté, nota le professeur Derrington.
– Béatrice, ajouta Chaahk.
– Béatrice ? Serait-ce le prénom de cette jeune scientifique ? Vous la connaissiez aussi alors ? C’est merveilleux ! se réjouit Simon. Il faut dire qu’ils paraissaient se connaître eux aussi. Pouvoir suivre deux points de vue va être tellement intéressant, je suis impatient de pouvoir écouter la suite. Clay, es-tu prêt à continuer ? »

L’interpellé était affalé sur le guidon du cyclopède, épuisé d’avoir pédalé si longtemps. Tina avait rendu le système plus efficace pour qu’il ait moins d’efforts à fournir, mais l’archéologue en avait profité pour écouter les enregistrements plus longtemps. Après tout, il lui fallait de nombreuses écoutes avant de pouvoir prendre suffisamment de notes sur un seul enregistrement, ses notions de langue antique étant loin d’être parfaites. Sans compter les sessions où il se contentait de profiter des sonorités de cette langue qu’il aimait tellement. Cela faisait déjà une demi-douzaine d’écoutes qu’il effectuait d’affilée et son apprenti n’en pouvait plus.

« Bon, ce n’est pas grave, concéda Simon. Prend le temps de te reposer, je vais relire mes notes.
– Merci. » souffla Clay en enfouissant son visage entre ses bras. Après quelques respirations, il tourna la tête sur le côté. Tina, qui le regardait d’un air inquiet, détourna les yeux, faisant mine de réparer une des lanternes qui était défectueuse. Le professeur Derrington s’était assis au bureau antique, mais sur son propre tabouret portatif. Il avait essayé de s’asseoir sur la chaise à roulettes originelle quelques jours auparavant, mais celle-ci s’était brisée sous son poids. Chaahk, lui, était adossé au mur et avait ses yeux verts dans le vague, la tête légèrement penchée sur le côté, comme s’il essayait d’entendre quelque chose.

Le nahua réalisa soudain que Clay le fixait, ce à quoi il expliqua : « Belisama. » avant de soupirer et de quitter la pièce. Tina délaissa ce qu’elle était en train de bricoler pour lui emboîter le pas. Le jeune homme soupçonnait sa cadette de vouloir embaucher Chaahk pour l’aider à réparer son planeur qui ne fonctionnait toujours pas très bien. Comme il l’intimidait, elle s’arrangeait pour se trouver toujours en sa présence afin de saisir au vol le moment opportun où elle pourrait essayer de lui demander son aide.

 

2222 mots pour aujourd’hui, ce qui n’est pas exceptionnel pour un dimanche, mais Siegfried me manque beaucoup au niveau de l’efficacité ! Enfin bon, j’ai pris de l’avance, c’est déjà pas mal.

NaNoWriMo 2018 : Arkhaiologia Tome 2, jour 3

Nicolas les convia tous dans le petit salon surveillé par la peinture de sa mère. En l’honneur de ses invités, il fit servir du chocolat en lieu et place du thé. Tandis qu’Henry, le majordome, servait et distribuait les tasses de breuvage fumant, Cuauhtli entama la conversation : « Je suis enchanté de vous rencontrer enfin, mademoiselle Morton. Je connaissais – pour ainsi dire – bien votre père : nous échangions beaucoup de lettres. J’ai été profondément affligé d’apprendre sa disparition et vous prie d’accepter nos sincères condoléances. » Les trois autres membres de la famille [Machintruc] acquiescèrent de concert.

Ethelle les remercia chaleureusement, tout en fouillant sa mémoire pour se rappeler si Charles Morton lui avait déjà parlé de Cuauhtli [Machintruc]. Elle n’en avait pas le moindre souvenir et elle était certaine de ne jamais l’avoir vu invité chez eux à Eastlond. « Vous échangiez des lettres, mais je ne me souviens pas avoir eu l’honneur de vous recevoir chez nous, osa-t-elle.
– En effet, confirma le lointain ami de son père. Je n’ai pas eu l’occasion de prévoir un voyage jusqu’à Eastlond durant le temps qu’à duré notre échange épistolier et je le déplore. Votre père était un homme intéressant qui avait le sens des affaires. Il m’a aussi beaucoup parlé de vous et je vous ai tout de suite reconnue en vous apercevant ! »

Henry, après avoir servi les tasses de chocolat, avait été sollicité par une servante qui lui avait communiqué un message. Il se permit d’interrompre la conversation en s’adressant à Nicolas : « Monsieur, [trouver une excuse qui appelle Nicolas]
– Je pensais que mère s’était occupée de ces formalités, soupira le jeune maître de maison.
– Apparemment, il manque quelques informations, précisa le majordome. Je suis certain que vos invités sauront se passer de vous quelques instants.
– Très bien, je viens. »

Joignant le geste à la parole, le jeune homme se leva et quitta la pièce en compagnie d’Henry. « C’est le moment, glissa Xochitl à son mari lorsque la porte se fut refermée sur eux. Parle-lui des notes de Charles.
– Je suis désolé de vous affliger avec mes questions, reprit Cuauhtli à l’intention d’Ethelle. Mais je vais profiter de l’absence de notre hôte pour vous entretenir en toute discrétion des papiers secrets de votre père. Depuis que j’ai appris cette tragique nouvelle, je me demande si vous avez eu l’occasion de les récupérer.
– Les papiers… secrets de mon père ? »

Ethelle n’avait aucune idée de ce à quoi monsieur [Machintruc] faisait référence et elle était étonner qu’il parle de discrétion à propos d’un sujet qu’il se permettait d’aborder en présence de ses enfants. Izel et Miztli sirotaient leurs tasses respectives, l’air de rien. La perplexité de la jeune femme était telle qu’elle ne parvint pas à la masquer complètement. Cuauhtli hocha la tête avec compassion. « C’est ce que je craignais, déplora-t-il. Charles n’a pas eu le temps de vous transmettre ce qu’il appelait le secret de sa réussite. Mais tout espoir n’est pas perdu !
– Comment donc ? demanda Ethelle.
– Votre père m’a assuré que vous trouveriez ses secrets par vous-même car vous connaissez la cachette. »

La jeune femme rousse réfléchit à toute allure, visualisant l’une après l’autre toutes les pièces de la maison qu’elle avait habité avec Charles Morton. Elle réprima une montée de larmes : elle craignait que son père ne se soit montré trop confiant envers elle, car Ethelle n’avait aucune idée d’où il pouvait avoir dissimulé des informations secrètes. Elle-même n’avait jamais pris la peine de cacher quoi que ce soit ; elle n’en avait jamais ressenti le besoin. « La maison a été saisie, informa-t-elle Cuauhtli qui paraissait attendre une réponse. Retrouver une cachette dans ces conditions risque d’être très difficile.
– Je me doute, acquiesça monsieur [Machintruc] avec tout de même une pointe de déception dans la voix. Mais il m’a assuré que vous finiriez par trouver. »

C’est ce moment que choisirent Nicolas et Henry pour revenir dans le petit salon. Le jeune Merryweather se posta devant la cheminée en se frottant les mains ; toutes les salles du manoir n’étaient pas aussi bien chauffées. « J’espère ne pas avoir été trop long. » déclara-t-il à ses hôtes, qui lui assurèrent qu’ils n’avaient pas eu le temps de s’ennuyer. Xochitl, la main sur le ventre, prit congé, emmenant sa famille avec elle dans les appartements qui leur avaient été dédiés.

Comme les invités étaient parti, Ethelle prit congé à son tour malgré l’empressement de Nicolas à lui tenir compagnie ; elle ressentait le besoin de réfléchir aux propos de Cuauhtli [Machintruc] à tête reposée. Elle s’enferma dans sa chambre et s’assit sur le lit, jouant pensivement avec son camée en pendentif. Réalisant ce qu’elle était en train de faire, elle écarta brusquement sa main du collier, mais la précaution était inutile : [Bidulette] n’apparut pas.

Ses pensées se dirigèrent aussitôt vers son père. Elle et lui n’avaient jamais abordés de sujets importants ou concernant les activités professionnelles de Charles Morton. Si son père avait voulu lui transmettre de précieux secrets, il n’en avait probablement pas eu le temps. Et, s’il les avait dissimulé dans leur ancienne maison, ce serait une tâche impossible de les retrouver. Peut-être même avaient-ils été découverts par les nouveaux propriétaires.

Une larme ruissela le long de sa joue pour finir sur sa main. Le temps passait mais la douleur était toujours là. Ethelle avait l’impression d’être passée à côté de la personne qu’était son père. Elle ne s’était jamais particulièrement intéressée à lui et elle pensait désormais qu’elle avait raté quelque chose d’important. Et, surtout, que c’était irrattrapable. Laver le nom des Morton de l’opprobre suffirait-il à la réconforter ?

Elle essuya ses joues et se redressa. Ce n’était pas en se laissant aller qu’elle arrangerait quoi que ce soit. Ethelle vérifia devant le miroir que ses yeux n’étaient pas rouges. Ils l’étaient à peine, quelques minutes suffiraient à leur rendre leur couleur habituelle. Elle lissa sa robe et fit quelques pas dans la pièce, se demandant comment elle allait pouvoir occuper son temps avant le dîner qu’elle devrait passer en compagnie de Nicolas et ses invités. La jeune femme avait envie de passer du temps seule. Elle resta donc dans sa chambre, assise à son secrétaire, notant dans son carnet neuf ce dont elle se souvenait de la langue antique que lui avait apprise l’excentrique professeur Derrington. Ce faisant, ses pensées se dirigèrent vers Clay. Ils s’étaient beaucoup rapprochés pendant leur séjour dans la bibliothèque et cette proximité lui manquait.

Même si Nicolas Merryweather lui correspondait mieux au niveau du statut social, elle réalisait que cela ne suffisait pas à la faire se sentir aussi à l’aise qu’avec l’ancien Faucheux. Nicolas était pourtant charmant et prévenant, mais cette admiration sans borne qu’il éprouvait pour sa mère l’agaçait un peu. Bien sûr, Clay aussi savait l’irriter. Il ne lui avait que très peu témoigné le respect dû à son rang. Parfois il s’y pliait, mais de manière moqueuse. Néanmoins leurs discussions nocturnes destinées à les rassurer lors des apparitions fantomatiques avaient créé une véritable complicité entre eux. Elle ne pouvait s’empêcher de sourire à ce souvenir.

Ethelle se rembrunit aussitôt. Elle venait de songer à Gregory et Arabella Finley. S’ils apprenaient où se trouvait Clay, il n’aurait peut-être pas autant de chance que la jeune femme de s’en sortir. Elle aurait voulu se rendre à la bibliothèque pour le prévenir, mais elle n’avait aucune idée de la route à prendre pour s’y rendre. Elle leva les yeux au ciel ; Nicolas était peut-être la meilleure solution pour régler ce problème. Peut-être pourrait-il faire arrêter le violent majordome qui avait bien failli l’étrangler ? La question était : comment allait-elle expliquer qu’elle avait réussi à fuir Gregory ? Il paraitrait peu probable qu’elle ait réussi à s’en tirer toute seule. Pour une raison qu’elle ne pouvait s’expliquer, elle n’avait pas envie de parler de l’esprit qui habitait son camée.

 

1304 mots pour aujourd’hui : c’est complètement nul pour un samedi, j’espère que je vais arrêter d’écrire de moins en moins. L’avantage, c’est que je n’ai pas de retard, l’inconvénient, c’est que j’ai mangé toute la petite avance que j’avais accumulée le premier jour.

NaNoWriMo 2018 : Arkhaiologia Tome 2, jour 2

En tous cas, ça devait être vraiment intéressant, puisque le professeur Derrington finit par s’emparer d’un carnet au milieu de la conversation pour griffonner frénétiquement dessus.

À la fin de leur échange, Chaahk paraissait presque aussi troublé que Simon et se servit une nouvelle tasse d’eau bouillante tandis que l’archéologue parcourait rapidement les notes qu’il avait prises. Tandis que l’homme vêtu de peaux et de végétaux sirotait son thé brûlant, Simon se tourna vers son apprenti, les yeux brillants. « Clay, mon ami, nous avons en cette personne un témoin de première main de l’antiquité.
– Comment ça ?
– Il était là, précisa l’archéologue. Il a vu la bibliothèque en activité.
– Mais c’est pas possible ! s’exclama Tina qui les avait rejoints, intriguée. Personne ne peut vivre si longtemps que ça !
– J’ai peur qu’il ne cherche à vous arnaquer, ajouta Clay qui trouvait que le professeur Derrington ne se montrait pas assez méfiant avec l’étranger.
– Impossible ! se récria Simon. Il n’aurait jamais pu apprendre la langue antique tout seul sans de solides bases de linguistiques. Et puis regardez ses yeux : avez-vous déjà vu des yeux aussi verts et brillants ?
– Il volait dans nos affaires quand même, précisa Tina avec un reniflement.
– On ne peut reprocher à quelqu’un d’avoir faim, argumenta l’archéologue. Dans le pire des cas, il s’agit d’un érudit qui essaye de m’arnaquer. Auquel cas, c’est un plaisir de se faire jouer par un esprit si brillant. Il t’a bien montré comment nettoyer, ou régler ou réparer ou que sais-je, cette machine antique. Il semble s’y connaître. »

Les deux anciens Faucheux s’entre regardèrent et décidèrent d’un commun accord de laisser tomber leurs craintes. « Je ne sais pas comment vous faites pour être si confiant m’sieur Derrington, le complimenta même Tina.
– Je suis un très bon juge de caractère, répondit Simon avec un clin d’œil. Cela vous intéresse-t-il de savoir ce que j’ai appris grâce à notre invité ? »

Clay et Tina hochèrent la tête. Ils se sentaient aussi curieux que l’archéologue vis à vis de l’homme qui se servait une troisième tasse de thé. « Entre ce qu’il m’a dit et ce que j’en ai déduit, nous avons avec nous une créature presque entièrement constituée de magie.
– Pourquoi il ressemble à un homme alors ? l’interrompit Tina.
– Parce qu’il était un humain comme vous et moi avant de devenir un dieu.
– C’est vraiment un dieu alors ? s’étonna Clay d’une voix inquiète.
– Allez-vous continuer à m’interrompre à chaque phrase ? pouffa Simon. Vous êtes exactement comme je l’étais avec mes professeurs. »

Les deux plus jeunes se turent, la mine coupable. L’archéologue reprit : « Je ne suis, bien sûr, pas certain d’avoir tout compris. La communication n’était pas si aisée, nos connaissances de la langue antique étant parcellaire, n’est ce pas. Il m’a affirmé être plus vieux que cette civilisation antique que nous connaissons et pense même faire partie de l’antiquité de notre propre civilisation antique, qui faisait certainement partie de l’antiquité de notre antiquité.
– Euh… l’interrompit timidement Clay. Ça devient un peu difficile à suivre toutes ces antiquités…
– Je me doute, acquiesça Simon. Mais ce n’est pas grave, je vous expliquerai tout cela lorsque j’aurai un tableau à disposition. Bref. Nous avons là un être terriblement vieux, même s’il nous semble dans la fleur de l’âge, et qui a assisté à de nombreuses époques. Il me dit qu’il en a aussi raté beaucoup car il a souvent été en sommeil.
– Comme les ours ? s’enquit Tina.
– Plus ou moins, oui, confirma le professeur Derrington. Comme il est fait de magie, il a tendance à disparaître en même temps que la magie disparaît, et lorsqu’elle est de nouveau assez présente dans le monde, il revit. »

Ses deux interlocuteurs jetèrent un coup d’œil ébahi à Chaahk qui leur rendit un regard paisible de ses yeux verts. « Il est immortel alors ? demanda Clay.
– Pratiquement, je suppose, répondit Simon. Je n’en suis pas certain. Ce qui est sûr en revanche, c’est que sa puissance dépend de la quantité de magie présente dans le monde. Il m’a affirmé qu’il était pour le moment très faible ; il y a actuellement juste assez d’énergie magique pour qu’il soit en vie.
– Et Belisama ? interrogea Tina qui voulait enfin comprendre.
– Belisama serait sa cheffe, expliqua le professeur Derrington. En fait, avant que le voile noir soit créé – je n’ai pas encore bien saisi ce dont il s’agissait – la magie était présente en permanence dans le monde et sept êtres… et bien magiques étaient choisis pour assurer l’équilibre. Ils ont changé suivant certains cycles. Lui fait partie de ceux du dernier cycle, qui est toujours en cours d’ailleurs puisqu’il a été plusieurs fois entrecoupé de looongues centaines d’années sans magie.
– Comment ils ont été choisi ? demanda Clay qui était à présent entré dans l’histoire corps et âme.
– Par les dieux précédents. Une fois que les dieux d’un cycle sont fatigués, ils se mettent en quête de leurs successeurs, piochés dans le monde entier. Je trouvais ça étrange qu’ils ne soient que sept en tout et pour tout, car il existe énormément de dieux de par le monde !
– Je croyais que les dieux c’étaient des histoires pour enfant de l’ancien temps, intervint Tina.
– On peut le voir comme ça, en convint Simon. Leur souvenir est resté fortement ancré dans les esprits, mais nous ne les prenons effectivement plus très au sérieux.
– Ça va peut-être devoir changer, dit Clay.
– Tu crois ? lâcha la bricoleuse. Il n’a pas l’air si terrible que ça comme dieu. Je veux dire, il est doué, ça c’est sûr. Mais de là à dire que c’est un dieu, c’est exagéré. »

Les trois interlocuteurs s’interrompirent pour fixer Chaahk. Comme il l’avait déjà fait, il leur rendit paisiblement leurs regards. Un demi sourire étira un coin de ses lèvres, il leva une main et Tina poussa un petit cri. Un tournevis était sorti de l’une de ses multiples poches et flottait à présent au dessus d’elle. Chaahk tendit ensuite sa main et l’outil s’y précipita. Alors que Simon applaudissait la démonstration, ravi, l’homme inspecta l’objet qu’il tenait sous toutes les coutures, avant de le rendre à sa propriétaire. « Ça montre surtout que c’est un magicien avec un humour douteux. » Grommela Tina en récupérant vivement son bien. Clay réprima un pouffement de rire et Simon affichait un de ses sourires lumineux.

« Dans tous les cas, reprit soudainement l’archéologue, notre ami Chaahk va pouvoir nous aider à en savoir plus sur les gens qui ont construit cette bibliothèque et qui l’utilisaient. Il sait même comment leur civilisation s’est écroulée ! Nous allons avoir beaucoup de discussions intéressantes grâce à lui. Et puis… Je dois bien avouer qu’il connait mieux la langue antique que moi. Je vais apprendre et comprendre tellement de choses grâce à lui ! »

(changement de chapitre)

Les premiers invités d’Heather Merryweather firent leur apparition au manoir le lendemain soir de la mésaventure d’Ethelle avec le majordome d’Arabella Finley. La jeune femme et Nicolas étaient sorti les accueillir sur le perron. Les nouveaux arrivants étaient une famille de quatre et se réjouissaient d’avoir pu arriver si tôt ; la qualité des lignes de train depuis l’Empire de Nueva Azteca s’était nettement améliorée ces dernières années.

Mademoiselle Morton trouvait les tenues nahua aussi jolies que tape à l’œil. Les tissus de leurs vêtements étaient somptueux, vivement colorés et brodés de fils d’or importé de leur empire jumeau de l’autre côté de l’océan. De nombreux pans de leurs habits étaient également ornés de plumes bariolées. La benjamine de la famille, une fillette d’une douzaine d’années, n’arrivait pas à s’empêcher de jouer avec et se faisait souvent reprendre par son père. C’est ainsi qu’Ethelle apprit son prénom, Miztli, avant même les présentations.

« Bienvenue au domaine Merryweather ! » les accueillit Nicolas avec chaleur. Il présenta ensuite à Ethelle les membres de la famille [Machintruc] : Cuauhtli le père, Xochitl la mère, Izel le fils aîné et Miztli la benjamine. La jeune femme rousse les salua poliment avec son plus beau sourire et n’oublia pas de complimenter Xochitl sur sa grossesse mise en valeur par ses riches atours. Une fois les formalités dûment échangées, tous rentrèrent se réfugier à l’intérieur, le temps étant particulièrement froid et humide.

 

Seulement 1403 mots, je suis rentrée trop tard de l’animation que je devais faire ce soir !

NaNoWriMo 2018 : Arkhaiologia Tome 2, jour 1

D’abord, un petit résumé du début du tome 2 qui est déjà commencé pour ne pas trop embrouiller :

Simon, Clay et Tina découvrent des enregistrements d’un doctorant de la civilisation antique, qu’ils arrivent à écouter grâce à un bricolage de Tina. Pour le professeur Simon Derrington, cela présage d’imminentes grandes découvertes. Pendant ce temps, son apprenti l’ancien Faucheux, Clay, se débat avec la même impression d’être surveillé qu’Ethelle.
Cette dernière a laissé ses compagnons pour enfin laver le nom des Morton et retrouver ses marques dans son monde de richesses. Mais elle commence à déchanter en constatant qu’Heather Merryweather, la mère de son hôte Nicolas, aime contrôler la vie de son entourage, y compris la sienne. La jeune femme prend l’habitude de s’isoler pour s’aérer l’esprit et, décidant de se rendre à Lancy pour ce faire, croise le chemin de Gregory, l’inquiétant majordome d’Arabella Finley, aussi connue sous le nom de la Veuve-Noire.
Elle manque de se faire étrangler par l’homme de main d’Arabella mais est sauvée par l’esprit qui habite son pendentif, une jeune fille aux yeux en amandes qui pratique des arts martiaux exotiques. Le NaNoWriMo commence au moment où l’étrange sauveuse d’Ethelle a mis Gregory à terre et se présente.

 

Je suis restée attachée autour de votre cou et celui de votre mère avant vous et celui de votre grand-mère encore avant elle. J’ai été consciente de ce qui m’entourait pendant toute la durée de mon enfermement, même si cela a parfois été difficile de ne pas m’endormir. J’avais l’impression que si je m’endormais, je ne me réveillerai jamais ! »

Elle marqua une légère pause, fronçant les sourcils. « Oh non… » Déplora-t-elle en regardant ses mains qui devenaient translucides. Le corps de [Bidulette] se changea en fumée et réintégra le camée d’Ethelle qui resta interdite pendant de longues secondes sous la pluie. Grégory venait-il de bouger ? Non, ce devait être une impression. Le doute se muant en panique, la jeune femme récupéra son parapluie et s’enfuit. Elle se précipita dans les grandes artères, qui lui paraissaient toujours bien modestes à côté des boulevards d’Eastlond, à la recherche d’une voiture qui pourrait la ramener jusqu’à la propriété des Merryweather.

Trempée et frissonnante, elle monta dans le premier fiacre qu’elle croisa. Enfin assise et s’estimant en sécurité, elle expira de soulagement et se mit à réfléchir. Comment le majordome d’Arabella l’avait-il retrouvée ? Pouvait-elle espérer que ce ne soit qu’une coïncidence ? Elle secoua la tête ; même s’il s’agissait d’une coïncidence, maintenant il savait qu’elle se trouvait à Lancy ce qui signifiait que mademoiselle Finley serait aussi bientôt au courant. Elle devait trouver un moyen de mettre Clay au courant puisque Grégory était à ses trousses.

Il y avait aussi la question de [Bidulette]. Ethelle caressa machinalement son pendentif, avant d’ôter prestement sa main. Elle craignait de provoquer une nouvelle apparition de l’étrange jeune femme – ou jeune fille, elle ne savait pas le déterminer – et n’avait pas l’esprit à se retrouver encore confrontée à l’esprit de son camée. Elle ôta le collier pour examiner le bijou de plus près. La femme gravée ne paraissait pas être originaire de l’extrême orient, mais il était difficile d’en être certain sur un si petit ouvrage, d’autant que les traits du visage étaient à peine esquissés.

Lorsque le fiacre la déposa à la grille de la propriété des Merryweather, Ethelle ressassait encore ses inquiétudes et se demandait si elle devait parler de Grégory avec Nicolas. La pluie s’arrêta lorsqu’elle parvint au manoir, où Henry lui ouvrit avec diligence, lui dépêchant une servante pour l’emmener s’essuyer et se changer. La jeune femme rousse avait gardé son collier en main et le remit soigneusement autour du cou après avoir revêtu une robe sèche. Après tout, le pouvoir de son pendentif lui avait sauvé la vie. Elle ne savait pas comment il fonctionnait, mais se sentait rassurée de le garder à portée de main.

Ethelle doutait que Grégory parvienne à s’infiltrer dans la demeure des Merryweather, sans compter qu’elle n’était pas certaine qu’il ait survécu à sa rencontre avec [Bidulette]. Elle se redressa inconsciemment à l’idée que le majordome de mademoiselle Finley ne pourrait peut-être pas prévenir sa maîtresse qu’il avait retrouvé Ethelle. Cette idée lui plaisait bien ; elle sourit par devers elle. Mademoiselle Morton sortit de sa chambre d’une humeur bien plus guillerette qu’elle n’y était entrée.

(changement de chapitre)

Le professeur Derrington se frottait les mains de satisfaction. Il était tellement émoustillé par ses découvertes qu’il n’en arrivait plus à travailler sur ses notes et parcourait la pièce alternant grands pas et petits sauts de joie. En plus des enregistrements du doctorant Valentin [Nomdefamille], il avait trouvé ceux de l’une de ses collègues, une certaine Béatrice [Autrenomdefamille]. Il était impatient de les écouter, mais il devait attendre que Clay reprenne son souffle ; le jeune homme était épuisé d’avoir pédalé pour fournir assez d’énergie afin que l’archéologue puisse prendre des notes sur l’enregistrement. Il avait donc décrété une pause à contrecœur et l’ancien Faucheux était retourné au rez-de-chaussé pour se reposer dans la pièce qui leur servait de camp. Tina, quant à elle, bricolait le cyclopède et sa dynamo.

Un grand cri les interrompit. Dans le silence de la bibliothèque, les sons portaient bien. « Clay… » Émit la jeune fille tout en s’emparant de la lanterne pour se précipiter au rez-de-chaussée, suivie de près par Simon. Ils découvrirent Clay qui se tenait dans l’encadrement de la porte. Il leur tournait le dos, faisant face à quelqu’un ou quelque chose qui se trouvait dans leur salle de campement en l’invectivant : « Qui es-tu ? Qu’est ce que tu fais là ? Ne t’approche surtout pas ! »

En s’approchant, Tina et le professeur Derrington purent jeter un œil sur l’objet de la colère de leur compagnon. Un homme de haute stature leur faisait face. Il était armé d’une lance de métal, dont il avait posé le bout au sol et à laquelle il se tenait nonchalamment. Il était tel l’intrus que Clay leur avait décrit lorsqu’il s’était évanoui en revenant dans la bibliothèque. Simon devait bien reconnaître son erreur : ils n’étaient pas seuls dans ce temple de l’antiquité. Avec pommettes saillantes, ses yeux en amandes et les plumes piquées dans sa longue chevelure noire, il évoquait au professeur Derrington le peuple nahua qui, venu de l’autre côté de l’océan, avait pris pied sur les terres ibériques et les avaient conquises bien des années auparavant.

L’homme n’était cependant pas vêtu de riches vêtements comme l’archéologue avait l’habitude de voir les ressortissants nahuas. Il ne portait que quelques petites peaux et végétaux, ne laissant d’ailleurs que peu de place à l’imagination. Simon se surprit à rougir. Son regard fut alors attiré par les yeux d’un vert hors du commun de l’intrus : ils étaient presque brillants dans la pénombre de la bibliothèque. Le professeur Derrington se demanda s’il ne se trouvait pas face à une créature magique et il cherchait dans ses connaissances pour déterminer laquelle.

« Qui es-tu ? » répéta Clay toujours aussi nerveux par la présence intruse. L’homme répondit dans une langue que le jeune homme ne comprit pas. Sachant que Tina ne parlait que l’angelnish, comme lui, l’ancien Faucheux se tourna vers Simon. « C’est fâcheux, avoua ce dernier. Je ne parle pas le nahuatl… Enfin, seulement quelques mots, mais je n’ai pas compris ce qu’il a dit. Tant pis, nous allons communiquer à l’ancienne. » Clay se demanda ce que signifiait communiquer à l’ancienne tandis que l’archéologue se plaçait face à l’inconnu et se désignait lui-même en répétant : « Simon ! » Après quelques secondes d’incompréhension où l’homme brisa le masque d’impassibilité de son visage pour afficher une mine perplexe, il finit par comprendre et plaça à son tour sa main libre sur sa poitrine en disant :

« Chaahk. »

Le professeur Derrington se tourna alors vers ses deux jeunes compagnons, la mine radieuse, pour leur dire : « Il s’appelle Chaahk !
– Ça va être long, commenta Tina d’un air désabusé.
– Qui il est et comment il est arrivé là ? s’enquit Clay. Qu’est ce qu’il veut ?
– Voilà beaucoup de questions, voyons voir si nous pouvons avoir une conversation avec notre invité. »

Avant que les deux anciens Faucheux aient pu protester, l’archéologue s’assit à côté du réchaud qui leur servait à cuisiner et invita l’inconnu à faire de même. Après un bref regard en direction des deux plus jeunes, le nahua aux yeux verts se laissa glisser en tailleur, faisant tournoyer sa lance pour l’installer en travers sur ses genoux. Pendant que Simon allumait le réchaud tout en s’emparant de sa bouilloire, il insista auprès de Clay et Tina pour qu’ils s’asseyent avec eux. Ils obtempérèrent après une brève hésitation. La lance les inquiétait, mais l’intrus ne paraissait pas avoir l’intention de s’en servir dans l’immédiat.

Tandis que l’eau chauffait dans la bouilloire, l’archéologue essaya de discuter avec Chaahk. Les débuts furent laborieux. Les seuls mots de nahuatl sur lequel ils se retrouvaient étaient les mots nahuatl et xocolatl, chocolat, ce qui n’allait pas leur être très utile pour tenir une véritable conversation. Heureusement, Simon était d’un naturel persistant et, à force d’essais et de gesticulations, les deux hommes finirent par réussir à communiquer un peu. « Si j’ai bien compris, il profitait du fait que nous n’étions pas là pour nous voler de la nourriture, expliqua l’archéologue à ses deux compagnons en affichant un sourire ravi.
– Pourquoi ça vous réjouit qu’il nous pique des trucs ? demanda Tina qui était souvent désarçonnée par les réactions du professeur Derrington. Il aurait pu demander en plus.
– Cela ne me réjouit pas qu’il vole dans nos affaires, c’est le fait de parvenir à discuter avec lui qui me rend heureux ! Je crois que cela fait longtemps qu’il réside dans cette bibliothèque, peut-être qu’il pourra nous aider dans nos travaux. »

Chaahk assistait à leur discussion sans mot dire, jusqu’à ce qu’il y ait un silence. Il en profita pour s’enquérir : « Belisama ?
– Belisama ? répéta l’archéologue un peu perdu. Comme la déesse Belisama ? » Le nahua ne comprit pas l’interrogation de Simon, mais l’avoir entendu répéter le nom à plusieurs reprises, il gratifia le professeur Derrington d’un regard plein d’espoir.

« C’est qui Belisama ? s’informa Tina qui était agacée de ne rien comprendre à la situation.
– C’est le nom d’une déesse celte, répondit l’archéologue qui réfléchissait en même temps. Mais je dois avoir mal compris : s’il est un nahua il ne peut pas me parler de cette Belisama-là.
– Celte, acquiesça soudainement Chaahk qui suivait attentivement leurs propos. Belisama, celte. Belisama ?
– Je… Euh… Mais les dieux… balbutia Simon. Les dieux sont un concept, à moins que…
– À moins que quoi ? demanda à son tour Clay qui espérait pouvoir comprendre.
– À moins que les dieux ne soient des créatures folkloriques comme les autres, répondit l’archéologue en tournant des yeux écarquillés vers son apprenti.
– C’est possible ça ? s’étonna le jeune homme.
– Bah, je vois pas pourquoi ça serait différent, commenta Tina en haussant les épaules.
– Bien sûr bien sûr, acquiesça vivement Simon. Mais si les dieux sont des créatures issues du folklore comme les autres, cela signifie que nous devons nous attendre à en rencontrer ! Imaginez, s’ils ont été qualifiés de dieux, c’est parce qu’ils étaient des êtes particulièrement puissants. Je ne sais pas comment les gouvernements vont gérer la cohabitation avec des dieux. C’est fabuleux ! Et effrayant aussi, un peu. »

Chaahk posa son coude sur sa cuisse et sa tête dans le creux de sa main. Il semblait avoir décidé de prendre son mal en patience le temps que quelqu’un daigne répondre à sa question. Cela n’arriva pas tout de suite, car la bouilloire se mit à siffler et Simon s’empressa de servir des tasses de thé à tout le monde. Le nahua repoussa sa chevelure en arrière d’un coup de tête avant de flairer le contenu de sa tasse où les feuilles infusaient. « Tcha ? Ti ? s’enquit-il.
– Du thé, précisa Simon.
– Thé, répéta Chaahk. Amaterasu, thé. Amaterasu ? »

Cette fois-ci, l’archéologue afficha une mine désemparée. Il ne comprenait pas de quoi parlait son invité. Voyant qu’il avait perturbé son interlocuteur, Chaahk fit un mouvement de main comme pour balayer ses propos et reprit : « Belisama ?
– Je ne sais pas. » avoua l’archéologue en haussant les épaules pour appuyer ses dires. Comment aurait-il pu savoir s’il était possible de rencontrer Belisama ? Il manqua de renverser son breuvage brûlant sur ses cuisses, mais le nahua acquiesça en signe qu’il avait compris. Simon continua à essayer de communiquer avec Chaahk, se disant qu’il savait peut-être des choses sur cette bibliothèque.

Ennuyée de ne rien comprendre à la conversation, Tina se leva pour ouvrir l’antique placard à provisions de la salle où ils campaient. Lorsqu’elle avait réalisé que ce distributeur de provisions était une machine, elle avait décidé qu’elle parviendrait à la remettre en marche. Malheureusement, comme pour tout le reste des installations, il semblait qu’il faille de l’électricité pour la faire vraiment fonctionner. Elle avait tout de même réussi à faire bouger certains mécanismes à la main, mais le temps avait fait son œuvre et elle avait besoin de nettoyer tout le système si elle espérait le voir fonctionner un jour.

Intrigué par ce qu’elle faisait, Chaahk finit par délaisser les tentatives de conversation avec Simon pour s’approcher de la machine. Comprenant ce qu’elle essayait de faire, l’homme s’approcha et inspecta le mécanisme à son tour. Puis il commença à triturer le système, tout en donnant des explications dans sa langue. Tina le regarda œuvrer et finit par le rejoindre dans son bricolage sans mot dire. Il la guida au début, puis elle termina sa réfection toute seule. Entre ces deux là, il ne semblait pas y avoir besoin de paroles.

Clay, qui sirotait paisiblement son thé, jeta un coup d’œil à Simon qui paraissait jaloux de leur connivence. De dépit, l’archéologue se plongea dans les notes qu’il avait prises pendant que son apprenti pédalait pour fournir de l’énergie. L’ancien Faucheux l’écouta marmonner dans un jargon mêlant l’angelnish et la langue antique et se lança lui-même dans une esquisse de Tina et Chaahk qui travaillaient ensemble sur la machine.

Lorsque le nahua laissa Tina bricoler toute seule, il retourna s’asseoir près du professeur Derrington. Là, il pencha la tête en l’écoutant parler. Comme Simon parlait vite et dans un mélange des deux langues, il fronça les sourcils ; Clay supposa qu’il essayait de comprendre des mots au vol. « Valentin ? s’enquit finalement l’homme à la longue chevelure noire piquée de plumes.
– Pardon ? » s’interrompit l’archéologue. Chaahk répéta avec hésitation quelques mots de langue antique que Simon venait de prononcer, en ajoutant le prénom du doctorant qui avait produit les enregistrements sur lesquels le professeur Derrington avait pris des notes. Le visage de ce dernier s’illumina. Si leur invité connaissait lui aussi ce langage perdu, ils allaient enfin pouvoir communiquer de manière plus efficace.

Clay ne connaissait pas suffisamment la langue pour suivre leur conversation, qui était par ailleurs hésitante des deux côtés. Simon, qui était particulièrement enthousiaste au début, finit par montrer une perplexité de plus en plus grande au fur et à mesure que Chaahk lui donnait des explications. L’ancien Faucheux se demandait ce que leur intrus pouvait bien lui raconter de si étonnant.

 

2358 petits mots, j’aurais voulu en faire plus, mais c’est toujours comme ça au démarrage !

NaNoWriMo 2016 : Arkhaiologia Jour 27

La rouquine fila vers sa robe pour l’enfiler. Sans aide, elle eut un peu de mal avec certaines fixations, mais elle finit par y arriver seule, ce qui lui procura une certaine satisfaction. Elle vérifia que le résultat était correcte grâce au grand miroir de la chambre. Elle était satisfaite du résultat mais remarqua qu’après le sommeil, ses cheveux étaient en bataille. Ethelle entreprit de se coiffer et de les arranger de manière raisonnable. S’inspectant de nouveau dans le miroir, elle constata qu’elle avait repris des couleurs, ce qui la rassura. Elle tomba ensuite sur les médicaments que madame Cartridge avait laissés sur sa table de chevet, leur tira la langue et les ignora. Ceci fait, elle sortit en trombe de la pièce, manquant de percuter la servante qui venait, certainement, la réveiller. « Pardonnez-moi madame ! S’exclama la domestique. Je ne vous avais pas vue.
– Je ne vous avais pas vue non plus, balaya Ethelle. Me cherchiez-vous ?
– Tout à fait, je venais vous aider à vous apprêter pour le dîner avec le jeune maître.
– Fort bien, déclara la rouquine en lissant machinalement sa robe. Je suis prête, vous n’avez plus qu’à m’emmener. »

La servante opina et mena la jeune femme dans la grande salle à manger de réception où le couvert était déjà disposé et où Nicolas se tenait devant l’une des grandes cheminée, admirant les flammes. En entendant les deux femmes entrer, il se retourna et accueillit son invitée avec un joyeux sourire. « Vous paraissez reposée, lui dit-il avec une pointe de soulagement. Je craignais que votre commotion ne s’avère très grave.
– Je vous remercie de votre attention, mais ne vous inquiétez pas, le rassura Ethelle. Je me sens déjà beaucoup mieux.
– J’en suis ravi. » Ils passèrent à table, où ils commencèrent à badiner à propos de folklore campagnard, du temps qui fraîchissait et des dégâts que pourraient infliger quelques bêtes mythologiques si elles venaient à se réveiller.

Puis, le sujet dériva de nouveau sur le père de la rouquine. Merryweather l’interrogea sur Charles Morton et Ethelle fit de son mieux pour raconter ce qu’elle savait des affaires de son père. Ce qui n’était pas grand chose, en réalité, puisqu’elle ne s’était jamais intéressée à ce qu’il faisait et qu’il ne s’étendait jamais dessus non plus. Nicolas la rassura : même le plus infime détail pouvait se révéler important. « De plus, ajouta-t-il, vous n’êtes pas seule dans cette affaire.
– Je vous ai vous, déclara la jeune femme, et je vous remercie encore pour cela.
– Et pas seulement, lui révéla son hôte d’un air espiègle. Vous avez d’autres alliés, bien qu’ils ne se soient pas encore manifestés.
– Vraiment ? S’enquit Ethelle avec incrédulité.
– Mais oui, je vous assure !
– Et qui donc ? »

La jeune femme voulait des noms. Si elle avait des alliés, comment se faisait-il qu’ils n’étaient pas venus l’aider lorsqu’elle en avait eu besoin ? Pourquoi aucun d’entre eux ne s’était manifesté ? Nicolas parlait-il du comte Clayton ? Car celui-ci avait, il est vrai, quelque peu tenté de l’aider. Sauf qu’il n’avait pas tenu à trop se mouiller non plus. La rouquine ne cacha pas sa curiosité auprès de Merryweather, mais celui-ci ne voulut rien lui révéler et fit planer le mystère. Vu l’air taquin qu’il arborait, Ethelle supposa qu’il faisait cela juste pour le plaisir de l’entendre ronchonner. Elle sourit. Nicolas lui assura qu’elle n’aurait pas trop longtemps à patienter avant de savoir. Il avait envoyé des télégrammes le jour même, pendant que son invitée dormait, pour convier certaines de ces personnes deux jours plus tard, dans le manoir. Cette nouvelle donna un peu le trac à Ethelle. Même si elle pensait que sa convalescence serait terminée d’ici là, elle doutait d’avoir suffisamment de temps pour se préparer à ces rencontres.

« Vous savez, je ne possède plus rien pour ainsi dire, expliqua-t-elle d’un air gêné à son hôte.
– Je le sais bien, répondit-il. Pourquoi me dites-vous cela ?
– Car la robe que je porte, par exemple, est ma dernière robe pour les… moyennes occasions, dirons-nous.
– Vous craignez de mal présenter ? S’enquit Merryweather.
– C’est tout à fait cela, oui, avoua-t-elle.
– Vous n’avez rien à craindre de ce côté là, la rassura son hôte.
– Ils vont remarquer et ils ne vont pas trouver cela sérieux, continua Ethelle qui avait l’impression que Nicolas ne voyait pas où elle voulait en venir.
– Ils ne remarqueront rien, lui affirma Merryweather. Je vais vous faire faire quelques tenues, cela devrait suffire.
– Vous feriez ça ? Mais je vous dois déjà tellement… »

La jeune femme était vraiment gênée de dépendre de tant de générosité. Après tout, depuis qu’elle s’était retrouvée livrée à elle-même, elle avait vécu principalement au crochet de Simon Derrington. Mais cela ne lui donnait pas le même sentiment. En effet, en restant avec l’archéologue, elle avait contribué à ses recherches dans la bibliothèque antique. Là, elle n’était qu’invitée. Elle s’ouvrit de sa gêne auprès de son bienfaiteur. Mais celui-ci balaya une fois de plus ses inquiétudes. « Vous trouverez bien de quoi me récompenser plus tard, lui assura-t-il. Je ne me fais pas de souci pour cela. Nous aurons tout le temps de nous en occuper. » Ethelle opina. Elle s’efforça d’enfouir sa gêne. Après tout, elle n’avait pas le choix d’en passer par là, encore une fois, semblerait-il. La jeune femme prit le parti de sourire à Merryweather, se demandant bien de quelle manière elle pourrait le remercier plus tard.

Ses préoccupations furent soufflées par l’arrivée du dessert. Nicolas, la voyant agitée et soucieuse, orienta la conversation de nouveau sur des sujets triviaux. Elle se détendit visiblement, mais était toujours un peu fatiguée suite à sa rencontre avec les korrigans agressifs. Son hôte prévenant ne fit pas durer la conversation, une fois le repas terminé. Il l’emmena pour une petite promenade digestive à l’extérieur qui consista, dans les faits, à faire simplement le tour du manoir. En rentrant, Ethelle avec les joues rosies par le froid. Merryweather l’emmena se réchauffer un instant sur un fauteuil devant une cheminée. Il s’installa sur le fauteuil d’en face et ils devisèrent un moment avant que les bâillements de la rouquine ne la contraignent à prendre congé. Encore une fois, elle s’effondra sur le lit au doux édredon et sombra instantanément dans le sommeil.

Sur le siège passager de la voiture de location chargée, Clay regardait défiler le paysage, songeur et déprimé. Simon continuait de babiller comme à son habitude, mais cela ne parvenait pas à dérider le jeune homme. Celui-ci trouvait le voyage plus fade sans le troisième membre de leur expédition, même si Ethelle ne s’était jamais montrée particulièrement bavarde. Avec qui allait-il pouvoir partager ses craintes et fascinations face aux merveilles de la bibliothèque ? Avec l’archéologue, ce n’était pas pareil. Ce dernier était moins réceptif et noyait rapidement tout sous son enthousiasme et ses connaissances. Et il était tellement passionné par les détails des scènes fantomatiques qu’il avait du mal à comprendre les craintes viscérales du jeune homme envers elles. Malgré les cahots de la route, Clay tenait en main l’un des nouveaux carnets à dessin que la rouquine avait amené comme contribution aux provisions pour les fouilles et essayait d’esquisser quelques traits.

Il abandonna rapidement ; la route était trop inégale. Soupirant, il tenta d’écouter un peu ce que disait Simon. « … Et donc, c’est pour cela que je pense que les korrigans que vous avez rencontrés étaient salement en colère. Ils ont toujours été malicieux, au point d’en arriver à de cruelles taquineries, mais rarement aussi ouvertement agressifs. Qui sait combien de temps ils ont passé enfermés sous terre ? N’importe qui serait furieux à leur place, je pense. Ce qui m’intrigue aussi, c’est cette histoire de poneys… » Clay l’avait déjà entendu dire toutes ces choses et cessa de nouveau d’écouter ce que racontait l’archéologue. Il aurait préféré qu’ils parlent d’Ethelle par exemple. Le jeune homme était toujours inquiet de sa santé, même si Merryweather leur avait assuré qu’un médecin viendrait continuer de l’examiner régulièrement. Il pouffa un profond soupir, qui passa totalement inaperçu. Simon était beaucoup trop concentré sur la route et sur ce qu’il disait.

Lorsqu’ils parvinrent à la clairière qui bordait le site de la bibliothèque, le jeune homme ressentit un grand soulagement. Mais ce soulagement fut de courte durée. Fusant au dessus de leur tête et passant à ras de la colline sous laquelle dormait la bibliothèque multimillénaire, un planeur à moteur (trouver un nom autre que ULM à cette bête là ?) en perdition apparut. Il était très petit et il n’était certainement occupé que par une seule personne, mais son réacteur était en feu et il était clairement en train d’essayer de se poser en catastrophe. Comme il disparut à leurs yeux derrière la colline, Simon et Clay bondirent de nouveau dans leur véhicule et entreprirent de faire le tour pour voir si le pilote avait besoin d’être secouru. Ils purent apercevoir le planeur se diriger à grande vitesse vers le sol. Mais, trop rapide il rebondit plusieurs fois avant de briser son essieu et de déraper dans la prairie en labourant la terre sur son passage et éteignant le feu du réacteur dans la terre.

Simon stoppa la voiture et les deux en sautèrent pour se précipiter sur l’engin volant, qui avait laissé des morceaux un peu partout pendant le dérapage et volerait beaucoup moins bien désormais. Clay fut le premier à arriver. Le pilote lui parut inconscient, mais pas gravement blessé. Aidé de l’archéologue qui stabilisait la structure, le jeune homme traîna le corps hors de l’appareil et le posa délicatement sur l’herbe de la prairie. Le pilote lui parut extrêmement petit. Un flot de cheveux blonds jaillissaient du casque en cuir qui lui recouvrait le crâne. Pris d’un pressentiment, il souleva les lunettes d’aviateur qui lui mangeaient le visage. « Tina ! » S’exclama-t-il, d’un ton où la surprise se mêla aussitôt à l’inquiétude. « Tina ! » L’appela-t-il de nouveau. Il écopa d’un vague grognement en réponse. Simon, qui s’était assuré que le risque d’incendie était définitivement écarté, les rejoignit. « Tina, réveille-toi, répéta Clay.
– La connais-tu ? S’enquit l’archéologue qui commença à enlever le casque de la jeune fille pour vérifier si elle ne s’était pas cogné trop fort quelque part.
– Oui, nous faisions partie d’un groupe, tous les deux, répondit le jeune homme. Nous étions des Faucheux.
– Comme les araignées ? Demanda Simon qui continuait d’inspecter la jeune fille.
– Tout à fait. »

L’archéologue poussa un soudain cri de douleur. Tina lui avait mordu la main et y restait agrippée en grognant comme un chien. « Lâche-le Tina, lui ordonna Clay d’un ton sec.
– Clay ! S’exclama la jeune fille éberluée après avoir lâché la main de Simon. Je suis morte et je rêve pour l’éternité, c’est ça ? Ou alors tu es mort aussi ?
– Non, tu n’es pas morte et moi non plus, l’informa son aîné avec un sourire. J’ai même l’impression que tu vas plutôt bien.
– Tu en es certain ? Vérifia-t-elle en arborant un air sceptique. J’ai vraiment l’impression de flotter.
– C’est juste le choc sur la tête. Peux-tu te lever ?
– Je ne vois pas l’intérêt de me lever si je suis morte, laisse-moi profiter un moment ! Je viens de m’écraser au sol, c’est éprouvant moralement, tu ne te rends pas compte… » Pour toute réponse, Clay lui donna une bourrade et l’aida à se mettre debout. « Ouh ! Ca tangue ! » S’exclama-t-elle, avant de préciser : « Je ne sais pas ce que ça veut dire, mais j’ai toujours rêvé de dire ça.
– Ca a clairement eu un effet sur ta tête. » Commenta l’ancien Faucheux qui ne l’avait jamais entendue dire autant de bêtises. Il commençait à s’inquiéter pour la santé mentale de sa jeune amie, mais celle-ci parut se reprendre.

Elle fit quelques pas puis, avisant l’archéologue, lui lança un regard soupçonneux. « Qui c’est, lui ? Demanda-t-elle crûment.
– Je te présente Simon Derrington, lui expliqua Clay. Il est un éminent archéologue et mon ami, aussi.
– Ton ami ? Répéta Tina d’un ton incrédule. Et tu as perdu ta rousse ?
– Dis-donc, s’emporta Clay. Nous ne nous sommes pas vus depuis une éternité, je viens t’aider et tout ce que tu trouves à faire c’est de mordre mon ami et te montrer désagréable avec moi ?
– Hmpf. » Le jeune fille croisa les bras et détourna le regard, la mine boudeuse. Ils se tournèrent de nouveau vers l’archéologue, qui avait poussé un nouveau petit cri. Il était en train de désinfecter la plaie là où les marques de dents avaient imprimé sa main jusqu’au sang et cela semblait plutôt douloureux. L’ancien Faucheux grimaça avec empathie, puis jeta un nouveau regard furieux à la blondinette.

Celle-ci lui rendit un regard coupable et marmonna des excuses. Clay s’adoucit. Il savait qu’il n’obtiendrait pas mieux et qu’elle se sentait véritablement gênée de son attitude. Le jeune homme soupira et lui ouvrit les bras. « Je suis content de te voir, lui dit-il. Tu m’as manqué. » La jeune fille écarquilla les yeux puis, après un hochement de tête encourageant de son ami, elle se jeta dans ses bras. « Il va falloir que tu m’expliques ce que tu fais là, d’ailleurs, ajouta-t-il.
– J’ai eu peur de mourir, marmonna-t-elle le visage enfoui dans sa poitrine.
– A l’atterrissage ?
– Oui… Avoua-t-elle la voix tremblante.
– C’est fini maintenant, la consola Clay. Tout va bien et tu es même en un seul morceau.
– Ah, vous avez enfin apprivoisé la petite bête sauvage à ce que je vois, intervint Simon qui avait fini par bander sa main mordue. Tant mieux !
– Votre main ? S’enquit le jeune homme.
– Oh, ce n’est rien, le rassura l’archéologue. J’ai connu des chiens plus dangereux. »

La jeune fille se dégagea doucement de l’étreinte de son ancien compagnon et jeta un coup d’oeil à l’appareil qui l’avait menée jusqu’ici. Elle fit rapidement les quelques pas qui la séparaient de l’engin et commença à l’inspecter. « Pfou ! Il est quasiment en miettes, constata-t-elle. Ca va me prendre des jours pour réparer tout ça…
– Tu t’es remise à bricoler des trucs ? S’enquit Clay avec intérêt.
– Oui, confirma la jeune fille en commençant à rassembler quelques débris çà et là. Il m’est apparu que notre bonne vieille veuve noire devenait un peu trop siphonnée à mon goût, tu vois.
– Une veuve noire ? S’enquit l’archéologue en se mettant à aider la blondinette à ramasser les débris de son appareil.
– C’est le nom que se donne notre ancienne cheftaine, précisa Clay. Et, c’est vrai qu’elle est un peu folle.
– Un peu ? Ironisa Tina. C’est peu de le dire. Elle a complètement craqué depuis que tu t’es enfui. Elle a pris ta défection comme une attaque personnelle. »

Le jeune homme ne répondit pas tout de suite, digérant la nouvelle. « Bah, elle ne sait pas où je suis ; elle ne peut rien contre moi, ici.
– J’espère bien, affirma vivement la jeune fille. Je suis partie le plus loin possible pour lui échapper aussi. Et puis comme cet engin appartenait à sa famille et que je le lui ai volé, je pense qu’elle me déteste à vie.
– Elle n’a pas l’air commode, votre veuve noire, commenta Simon. Cela m’étonnerait qu’elle vous trouve ici. Personne ne connait cette endroit, d’une part. Et personne n’aura l’idée de penser que vous vous trouvez ici, au beau milieu de nulle part.
– C’est parfait, on dirait le paradis ! Se réjouit Tina. Il est vraiment en sale état, tout de même.
– J’espère que tu ne comptes pas le réparer sur place, s’inquiéta Clay.
– Bah, je ne vois pas où je pourrais le réparer ailleurs, nota la blondinette.
– Je pense que nous pouvons le remorquer jusqu’à la clairière avec la voiture mécanique, proposa aimablement l’archéologue.
– Oui, je pense qu’elle y sera plus à l’aise, approuva le jeune homme.
– Peu m’importe, moi, tant que je peux le réparer tranquillement. »

Ils étudièrent la question pendant un moment. Tina remit son casque en cuir surmonté de ses lunettes d’aviatrice. Puis, elle suggéra que si ils effectuaient une petite réparation de fortune sur l’essieu, ils auraient plus de facilité pour le traîner car, comme il roulerait, cela reviendrait à une bête remorque. Les deux hommes acquiescèrent et tous se mirent à l’ouvrage. Après plusieurs essais infructueux, ils parvinrent enfin à fixer efficacement le planeur roulant à la voiture. Tina avait ramassé tous les débris et les avait entassés dans le cockpit. Simon conduisit très doucement, pour éviter de nouveaux accidents. Lorsque, enfin, ils parvinrent à la clairière avec l’appareil volant, ce fut un véritable soulagement. Pour fêter cela, l’archéologue sortit de quoi trinquer. En voyant la blondinette boire son verre cul-sec, il partit dans un grand rire. « Ce n’est pas un simple tord-boyau, vous savez, lui expliqua Simon. Il faut prendre le temps de le déguster ! » Ils s’assirent à l’ombre des arbres afin de souffler un peu. Clay en profita pour résumer ce qu’il faisait sur place avec l’archéologue et où se trouvait Ethelle actuellement.

« Et bah, commenta Tina. Tu en as fait du chemin ! Par contre l’idée d’aller dormir là-dessous ne m’intéresse pas.
– Ah ? Comment comptes-tu faire ? S’enquit le jeune homme.
– Je vais dormir ici, à côté de ma machine volante, ou dans la voiture si j’ai le droit.
– Oh oui, faites-vous plaisir, l’autorisa Simon avec un aimable sourire. J’espère que vous parviendrez à réparer votre planeur.
– Le planeur, ça devrait aller, estima la blondinette. C’est surtout le moteur qui m’inquiète. J’aurai peut-être besoin de pièces.
– Nous retournerons à la civilisation dans quelques jours, l’informa Clay. Tu pourras venir avec nous et voir si tu trouves ton bonheur.
– Parfait ! S’exclama la jeune fille qui paraissait de bonne humeur.
– Par contre, nous n’allons pas remonter très souvent, la prévint son ami. Ca ira, là, toute seule ?
– Oh oui, lui assura-t-elle. Tant que j’ai à m’occuper, ça ira.
– Evite de descendre nous rejoindre toute seule, continua-t-il. C’est très dangereux et tu pourrais te blesser.
– Aucun risque, affirma la blondinette. Il n’y a aucun risque que je descende là-dessous. Mais alors, aucun ! »

Après une petite pause, ils se levèrent de nouveau. Les deux hommes déchargèrent la voiture de leur affaires et matériel qu’ils avaient emmenés pour travailler dans la bibliothèque. Ils laissèrent à Tina la part des rations qui aurait du être dévolue à Ethelle, puisque cette dernière n’en aurait pas besoin. Ils lui proposèrent des outils, mais elle était déjà très bien équipée à ce niveau là. Simon se montra d’ailleurs épaté par la collection d’outils qu’elle avait réussi à dérober et à emmener. Ils souhaitèrent ensuite à la jeune fille du courage pour son entreprise. Elle leur répondit de même et les fixa jusqu’à ce qu’ils disparaissent à ses yeux, dans la faille. Tina espéra qu’ils ne risquaient rien dans ce trou noir. Son ami lui avait dit qu’il y avait une bibliothèque antique sous la colline. au delà du fait qu’elle n’avait jamais été très intéressée par ces soi-disant lieux du savoir, les ruines de bibliothèques l’intéressaient encore moins. Au sein des Faucheux, elle avait toujours réussi à ce que personne ne découvre son petit secret, qui aurait sans doute terni sa réputation de dure à cuire. La jeune fille avait peur du noir. Surtout, ce qu’elle craignait, c’étaient les choses tapis dans les recoins sombres. Et un lieu antique devait certainement être hanté de tout un tas de choses effrayantes.

La blondinette frissonna et se détourna rapidement, se mettant immédiatement au travail sur sa machine. Elle se demanda si Clay n’avait pas un peu exagéré lorsqu’il parlait du fait qu’ils recherchaient un moyen de sauver le monde de la magie qui s’avérait dangereuse. Si tel était le cas, elle ne s’en plaindrait pas, bien au contraire. Elle ne le lui avait pas dit, mais si son appareil avait pris feu, c’était le résultat d’une étrange attaque de la part d’un petit lézard volant qui avait craché du feu. Un peu comme la salamandre qui avait causé le grand incendie du parc des Deux Ormes. Evidemment, elle avait cru voir d’autres choses étranges, mais s’était toujours dit qu’elle avait du mal voir ou que son imagination lui jouait des tours. Elle haussa les épaules et se concentra sur sa tâche. Sa fidèle machine nécessitait ses soins attentionnés.

 

 

3430 mots aujourd’hui ! Et je ne sais pas si ceci est la fin du tome. La situation semble placée pour celui d’après, mais bon. De toutes façons il me reste 300 mots pour atteindre les 50 000, donc je me laisse demain pour réfléchir à cette question épineuse !

NaNoWriMo 2016 : Arkhaiologia Jour 26

Le regard d’Ethelle tomba sur le plateau que la servante avait posé à côté de son lit. Son ventre gargouilla. « Vous n’avez pas mangé depuis hier, l’informa Simon. Vous devriez vous remplir un peu l’estomac.
– Je meurs de faim. » Confirma la rouquine. Clay se leva vivement du fauteuil et fit le tour du lit pour approcher le plateau. Remarquant que l’objet possédait des pattes, il les déplia et le posa au-dessus des jambes de la jeune femme. Puis, singeant les domestiques pincés des Merryweather, il souleva délicatement la cloche qui maintenait le repas chaud et s’inclina avec exagération. Comme il continuait ses bêtises, Ethelle finit par pouffer de rire. Puis elle commença à manger, divertie par les conversations de Simon et Clay. Ils lui tinrent compagnie encore quelques temps, avant de prendre congé. Ils lui souhaitèrent un prompt rétablissement et l’ancien Faucheux lui promit de dessiner tout ce qu’il pourrait de leurs découvertes ou scènes fantomatiques qu’elle allait rater. Quant à elle, elle leur souhaita un bon voyage, leur fit quelques recommandations et leur fit promettre de se montrer prudents durant leurs explorations.

Une fois que la porte de sa chambre se fut refermée sur eux, elle ressentit un grand vide. Elle repoussa le plateau hors du lit et s’enfouit sous l’édredon, les larmes aux yeux. Au loin, elle entendit la voiture de location de Simon se mettre en route et s’éloigner sur le chemin de la propriété des Merryweather. Esseulée, elle réprima un sanglot, puis un autre et encore quelques autres avant de parvenir à se maîtriser. Ethelle était un peu surprise de sa réaction. Une telle chose ne lui était encore jamais arrivée. Elle avait déjà pleuré, bien entendu, mais se sentir aussi désemparée après le départ de quelqu’un était quelque chose qu’elle n’avait encore jamais ressenti. Elle décida qu’elle ne devait pas se laisser abattre. Après tout, plus vite elle serait de nouveau sur pied, plus vite elle pourrait rejoindre ses amis. La rouquine réalisa que, même si elle trouvait l’étude de la bibliothèque était intéressante, ce qu’elle avait réellement apprécié était d’avoir accompli tout cela en équipe. Et, plus précisément, en compagnie de deux personnes qui, elle en était certaine cette fois, elle pouvait qualifier d’amis.

Ethelle voulut trouver le sommeil – on lui avait dit de se reposer – mais elle ne parvint pas à fermer l’oeil. Elle roula sur le dos, écartant l’édredon moelleux de sa tête et fixant le plafond. Que pouvait-elle faire à présent ? Devait-elle appeler quelqu’un ? Et si il s’agissait encore de la servante prude ? Est ce que cette servante serait disposée à demander à Nicolas de venir lui tenir compagnie ? Etait-elle condamnée à mourir d’ennui dans ce lit confortable ? La rouquine soupira. Elle dérogea déjà à sa décision de se reposer pour se remettre plus facilement. S’efforçant d’ignorer de son mieux ses maux de crânes qui la lançaient dès qu’elle bougeait, elle se leva du lit. Elle fit quelques pas en grimaçant et se rendit à la fenêtre. Visiblement, sa chambre se trouvait à l’arrière du manoir. La fenêtre s’ouvrait sur un immense jardin fleuri et arboré. Sur la droite, elle aperçut même un petit labyrinthe de buis. Parmi les fleurs, il y avait des massifs entiers de rosiers de toutes les couleurs possibles. Bien sûr, vu l’avancement de la saison, il ne restait plus beaucoup de fleurs fraîches.

Quelqu’un frappa à la porte. « Entrez ! » Lança la jeune femme sans quitter l’extérieur des yeux. Elle entendit le battant s’ouvrir et elle se retourna, se retrouvant face à une femme rigide en robe bordeaux, au chignon gris serré et à la mine sévère, qui portait une petite mallette gonflée en cuir. « Oui ? S’enquit Ethelle.
– Je suis madame Cartridge, le médecin de famille des Merryweather, l’informa formellement la femme qui venait d’entrer. Que faites-vous hors du lit ?
– Je me dégourdissais les jambes.
– Ce n’est pas raisonnable, balaya le médecin un peu revêche. Retournez vous coucher. » La rouquine n’aimait pas le ton de madame Cartridge, mais lui obéit néanmoins, se glissant sous l’édredon encore chaud.

La femme dans la robe bordeaux s’approcha d’elle, lui enleva le bandage qui ceignait son front et commença à l’examiner. Heureusement pour Ethelle, la consultation ne dura pas longtemps. Le médecin lui fit quelques sévères recommandations de repos et lui laissa des médicaments avec de strictes consignes pour les prendre. La jeune femme, pressée de se débarrasser de cette présence envahissante, hocha la tête, faisant mine d’écouter sagement. Madame Cartridge avait du en voir d’autres, car elle insista pour lui faire répéter toutes les instructions. Quand, finalement, le médecin prit congé, elle fut tout de suite remplacée par la servante qui s’était offusquée de voir Clay dans la chambre de la rouquine. Ethelle réprima une soudaine envie de lever les yeux au ciel et s’efforça de lui sourire à la place.

La domestique, qui n’avait pas entendu les recommandations de madame Cartridge, obéit à la rouquine lorsque cette dernière lui demanda de l’aider à se lever et se vêtir. Quand la servante s’empara de son sac de voyage, Ethelle lutta de nouveau contre une vague d’émotion soudaine. Simon et Clay s’étaient montrés suffisamment attentionnés pour lui amener toutes ses affaires. La domestique en sortit la robe que la jeune femme avait mise pour se rendre à son entrevue avec le comte Clayton. Cela lui paraissait s’être déroulé il y a des dizaines d’années. Elle se sentit un peu plus en forme, ainsi vêtue. Soupirant d’aise, elle sortit de la chambre, comptant bien se rendre dans le jardin qu’elle avait vu un peu plus tôt, afin de prendre un peu l’air. La servante tenta bien de l’en dissuader, arguant le fait qu’Ethelle risquait de prendre froid. Mais la rouquine l’ignora et s’en fut dans le jardin, sans plus s’occuper d’elle.

Effectivement, le fond de l’air était frais et une brise jouait avec les pans de sa robe et de sa pèlerine. Tout cela lui donna un petit coup de fouet. Elle marcha un moment entre les dernières fleurs de la saison, ne pouvant s’empêcher de remarquer des pensées, ces petites fleurs des fées, çà et là. La jeune femme se demanda si ces petites fleurs émettaient aussi une lueur la nuit. Elle nota cette question dans un coin de son esprit et prévoyait de vérifier cela la nuit venue. Ses pas la menèrent ensuite devant le petit labyrinthe. Elle sourit par devers elle et y pénétra. Caressant les haies de la main droite sur son passage, Ethelle s’amusa à se perdre et essayer de retrouver la sortie. Le labyrinthe n’était pas très étendu, et cela ne lui prit pas très longtemps avant d’en trouver la fin. De l’autre côté du labyrinthe se tenait Nicolas Merryweather, un doux sourire aux lèvres. Il lui tendit le bras, dans une muette proposition de promenade. La rouquine sourit à son tour et accepta, prenant le bras offert.

« Je vois que vous vous sentez mieux, commenta le jeune homme.
– Oui, confirma Ethelle. J’avais besoin de marcher un peu à l’extérieur.
– Vos amis sont partis tout à l’heure, ils avaient l’air pressés, continua Nicolas dont le ton contenait une interrogation.
– Oh oui, ils devaient repartir le plus rapidement possible, confirma de nouveau la rouquine. Ils pensent pouvoir trouver des moyens de contrer des éruptions de créatures magiques agressives, mais ils doivent le faire avec diligence.
– Je comprends, et je suis heureux qu’au moins vous soyez restée.
– Il semblerait que je sois en convalescence et que je ne puisse voyager, déplora Ethelle avec un soupir.
– Ne vous en faites pas, la rassura Merryweather. Je ferai tout pour vous rendre ce séjour agréable.
– Je n’en doute pas, vous êtes un véritable gentilhomme, lui dit-elle avec un sourire.
– Voyons, vous me flattez, la gourmanda gentiment Nicolas. Je fais seulement tout cela parce que je crains les représailles de vos deux amis si je ne vous traite pas suffisamment bien ! »

La jeune femme se mit à rire. Elle avait du mal à imaginer Simon ou Clay intimidants, eux qui s’étaient toujours montrés prévenants avec elle. Intérieurement, elle avait beaucoup ronchonné à propos de la promiscuité qu’ils avaient eue. Mais elle subodorait que tout cela allait bientôt lui manquer. Elle chassa ces idées de son esprit pour se concentrer de nouveau sur la compagnie de Merryweather. « J’avais une question, osa la rouquine.
– Oui ? L’encouragea Nicolas.
– Jusqu’ici, toutes les personnes que je connaissais avant le décès de mon père m’ont tourné le dos depuis le scandale qui a entouré notre nom (est-ce que j’avais vraiment déterminé cette histoire de scandale au début ou pas ? A expliquer un peu plus.). Pourquoi agissez-vous comme si rien ne s’était passé ?
– Ah, ça. » Le jeune homme se tut un instant, comme si il cherchait la meilleure manière de répondre. Sa mine s’était faite un peu plus grave. Puis il sourit de nouveau.

« C’est très simple, en réalité, exposa-t-il. Je sais qu’il y a eu des problèmes depuis que plusieurs familles ont fait faillite. Je sais aussi que nous autres, qui nous qualifions nous-mêmes de la bonne société, sommes très prompts aux chamailleries. A partir de là, ce n’est pas très compliqué de déduire que le scandale autour de votre père n’est que la partie émergée de l’iceberg. Pour ma part, je préfère ne pas prendre parti sur toute cette histoire. Je pense que votre père a été un bouc émissaire très pratique pour certaines choses dont nous n’avons même pas conscience !
– J’aimerais bien savoir, remarqua pensivement Ethelle. Je m’étais promis de faire la lumière sur cette affaire. Mais, ne sachant pas comment m’y prendre, j’ai profité de tomber sur deux personnes adorables qui m’ont fait passer d’excellents moments pour m’évader de toutes ces choses…
– Vous avez bien fait, je pense ! » Merryweather émit un rire sibyllin.

Ethelle devait bien se rendre à l’évidence : son hôte avait raison. Au moment où elle avait rencontré Clay, elle avait besoin de se changer les idées et de changer d’air, de vie, au moins de manière temporaire. Tout le temps qu’elle avait passé en compagnie de Simon et de l’ancien Faucheux lui avait été salutaire. Elle sourit à son tour. « Je pense qu’à présent je suis prête à reprendre pied avec la réalité, déclara-t-elle finalement en relevant le menton.
– Je vois cela, nota Nicolas. Vous paraissez déterminée.
– Je le suis, confirma la rouquine. Evidemment, je ne sais toujours pas comment je vais m’y prendre pour laver mon nom de famille, mais je n’aurais pas du perdre cet objectif de vue. Je pensais que l’étude du surnaturel m’aiderait à faire cela par un moyen détourné, mais je pense maintenant que ce n’était qu’une échappatoire. »

Elle soupira à ses mots et se tut un moment. Elle lança un regard légèrement meurtri à son hôte. « De plus, ajouta-t-elle, je leur fais totalement confiance. Je sais qu’ils n’ont pas besoin de moi pour trouver les réponses et des solutions au niveau de l’émergence de magie.
– Si tel est votre avis, intervint Merryweather, je suis tout disposer à vous aider.
– A m’aider ?
– Tout à fait, affirma-t-il. En tant qu’ami et ancien admirateur enfantin, je suis prêt à vous concéder mes ressources pour vous prêter assistance dans votre quête. C’est à cela que servent les amis, n’est ce pas ? » La jeune femme resta un bref instant bouche bée et sans voix. Elle savait que Nicolas était une personne dotée d’un bon cœur, mais elle ne s’était pas attendue à tant de générosité. Ethelle adressa un sourire lumineux à son aimable hôte.

« Je serais ravie que nous travaillions ensemble à ce propos, lui dit-elle. Et je vous remercie du fond du cœur de votre générosité, je ne m’attendais pas à autant.
– Allons, mademoiselle Morton, je ne fais qu’écouter ce que me commande ma conscience. Mais avant de nous lancer dans cette croisade, je vous propose de retourner vous reposer un peu.
– Mais je m’ennuie en me reposant, ronchonna la jeune femme.
– Vous vous porterez mieux ensuite, lui assura Merryweather avec une mine encourageante. Et puis, si vous vous reposez suffisamment, je vous invite à dîner. Vous pourrez avoir ce que vous voulez !
– Vraiment ? Minauda Ethelle qui commençait à vraiment beaucoup apprécier son hôte.
– Je vous le promets.
– Je ferai peut-être bien de retourner me coucher, dans ce cas. »

Le jeune homme acquiesça en réprimant un petit rire et la raccompagna doucement jusqu’à sa chambre. Ce faisant, il la félicita sur le temps particulièrement court qu’elle avait mis à sortir du labyrinthe, ce à quoi elle répondit qu’en tant qu’exploratrice, elle ne pouvait se perdre dans aucun labyrinthe. Et ils devisèrent ainsi, de choses et d’autres, toutes très triviales. Une fois à la porte, il lui souhaita un bon repos et un prompt rétablissement et lui donna un tendre baisemain. Encore une fois, elle sourit : elle n’avait plus eu de baisemain gentilhommesque depuis une éternité. Ils se séparèrent. Ethelle se dévêtit rapidement et se glissa de nouveau sous le moelleux édredon, le cœur bien plus léger cette fois. Elle sombra rapidement, un sourire aux lèvres, dans un sommeil réparateur. En se réveillant ensuite, elle ne ressentait plus ses maux de tête. En revanche, elle se leva instantanément, craignant d’avoir trop dormi. En jetant un coup d’œil à la fenêtre, elle constata que le soleil était en train de se coucher.

 

 

2250 mots, ce qui est bien, mais j’aurais préféré faire un peu plus en ce glorieux samedi ^^

NaNoWriMo 2016 : Arkhaiologia Jour 25

« Qu’est ce que c’était que ça ? S’enquit nerveusement Clay.
– Je ne sais pas, répondit la jeune femme sur le même ton inquiet. J’ai déjà entendu parler d’un peuple sous les menhirs lorsque j’étais petite, mais je n’en sais pas plus. Je pense que Simon pourrait nous éclairer à ce propos…
– Oui, il sait certainement de quoi il retourne. Allons lui demander. » Les deux apprentis se trouvèrent soulagés d’avoir une tâche à accomplir. Ils abandonnèrent le petit parc pour retrouver Simon. Les habitants, dans les rues, affichaient une mine incertaine. Venaient-ils bien de voir ce qu’ils avaient vu ? Semblaient-ils tous se demander. Certains blessés, au sol, confirmaient que l’irruption de la chevauchée naine avait été bien réelle. Des médecins commençaient déjà à affluer, avec les voitures hospitalières qui emmenaient les blessés graves à l’hôpital.

Au détour d’une rue, alors qu’ils pensaient s’être éloignés de la catastrophe, les deux jeunes gens tombèrent de nouveau sur la horde sauvage. Ils firent instantanément demi-tour pour s’enfuir, mais les nains sur leurs poneys les avaient repérés et les prirent en chasse, en les invectivant dans une langue que ni Clay, ni Ethelle ne connaissait. Le nain de tête, passant à côté d’elle, s’agrippa à la rouquine, qui hurla. L’ancien Faucheux attrapa son amie à son tour, bien décidé à ne pas la laisser se faire emmener et attrapa la bride du poney de son ravisseur pour le déséquilibrer. Le nain se confondit en imprécations à l’encontre du jeune homme, qui entraîna Ethelle dans une autre rue. Mais quelques assaillants les suivirent. L’un d’entre eux, ne maîtrisant pas très bien sa monture, percuta la rouquine. Elle trébucha et tomba, se heurtant la tête contre les pavés. Elle lutta quelques instants mais perdit conscience sous le choc.

 

Ethelle émergea en même temps que des maux de tête se réveillaient. Elle ouvrit les paupières mais sa conscience avait du mal à se focaliser. Lorsque sa vue se fit plus nette, elle regarda autour d’elle tout en essayant de se souvenir de ce qu’il s’était passé et de savoir où elle se trouvait. Le plafond ne lui rappelait rien, de même que la chambre dans laquelle était confortablement installée. Comme elle se trouvait seule, la rouquine ne pouvait pas non plus s’enquérir à propos des événements récents. Bien décidée à tirer ces mystères au clair, elle tenta de se redresser. Mal lui en prit : son crâne la lança, lui arrachant un léger gémissement.

La porte s’ouvrit alors timidement et Clay passa la tête par l’entrebâillement. Voyant que la jeune femme était réveillée, il entra. « Tu ouvres enfin les yeux ! Se réjouit-il en venant s’asseoir sur un fauteuil près du lit.
– Que s’est-il passé ? Lui demanda la rouquine en ignorant le tutoiement. Où suis-je ?
– Nous sommes chez Merryweather, lui révéla Clay. Lorsque tu es tombée, j’ai cru ma dernière heure arrivée. Je ne sais pas si tu avais pu voir, mais ils étaient armés !
– Je me souviens… » Murmura Ethelle à qui la mémoire revenait peu à peu. Elle se remémorait la horde de petits chevaux qui avaient jailli du menhir, chevauchés par des créatures qui avaient l’air en colère. Portant sa main à la tête, elle réalisa qu’un bandage lui ceignait le front. Il n’était pas très serré, expliquant pourquoi elle ne s’était pas rendu compte de sa présence en ouvrant les yeux.

« Ca va ? S’inquiéta le jeune homme.
– Oui, enfin, non, mais ça ira, le rassura la rouquine en tentant d’esquisser un sourire rassurant.
– Tu m’as fait peur, tu sais, lui avoua-t-il. Il y avait du sang partout et je t’ai crue morte. Heureusement que Merryweather est arrivé pour nous sauver la mise, sinon tu te serais vidée de ton sang et j’aurais certainement été tué.
– Merryweather ? S’enquit Ethelle qui n’avait pas la force de formuler de longues phrases tant elle se sentait lasse.
– Oui, Merryweather, confirma Clay. Il est arrivé juste au bon moment, accompagnant un escadron de gendarmes. Ils ont mis les petits cavaliers en déroute. Et, pendant que je compressais ta blessure, il est allé chercher de l’aide. Ensuite, il a proposé de t’emmener te reposer au manoir, parce que ça serait plus confortable que sur le lit d’appoint de Simon et plus agréable que l’hôpital. Allonge-toi. »

Ce disant, il la repoussa gentiment sur le tas d’oreillers. La rouquine avait encore un peu l’air hagard et son teint pâle l’inquiétait. « Simon ? S’enquit-elle ensuite.
– Il est ici aussi. Il est sorti se promener tout à l’heure, du coup j’ai été chassé de la chambre. Les domestiques d’ici sont bien collets montés !
– Oh. » Emit la jeune femme. Elle en avait presque oublié la bienséance. Evidemment, un jeune homme ne pouvait pas rester seul dans la chambre d’une jeune femme. D’ailleurs, même si elle était réveillée, il n’était toujours pas sensé être là. Elle supposa qu’il avait du attendre de l’autre côté de la porte, puisqu’il était entré dès qu’elle avait fait du bruit. Après réflexion, elle décida de ne pas le renvoyer. Ethelle aimait bien sa présence et qu’il lui raconte ce qu’elle avait manqué.

« Normalement deux jeunes gens ne doivent pas rester seuls sans chaperon, lui expliqua-t-elle tout de même ignorant l’effort que lui demandait de faire une phrase aussi longue.
– Pfff ! Lança Clay. C’est idiot. Nous avons passé plein de temps rien que tous les deux dans la bibliothèque.
– Oui, acquiesça la rouquine qui se sentait un peu mieux. Mais il n’y avait personne pour s’en offusquer.
– C’est vrai que Simon n’est pas du genre à s’offusquer de quoi que ce soit.
– Attendons de voir si quelqu’un abîme un de ses précieux objets antiques, affirma Ethelle. Je suis certaine qu’il pourrait en perdre son sang-froid.
– Je pense aussi. » Pouffa l’ancien Faucheux.

Quelqu’un frappa et la porte s’ouvrit de nouveau. « Que faites-vous là ? Demanda à Clay et d’un air horrifié la servante qui entra.
– J’ai entendu un bruit, alors je suis entré pour voir si tout allait bien, expliqua le jeune homme sur le ton bravache de celui qui se butait.
– Vous devriez sortir, vous savez, le prévint la domestique en posant un plateau sur une tablette de l’autre côté du lit d’Ethelle. Vous allez ruiner la réputation de cette jeune fille sinon.
– Ne vous en faites pas pour cela, répondit la rouquine avec un doux sourire. Ma réputation est déjà ruinée de toutes façons. » La femme qui venait d’entrer ouvrit et ferma la bouche plusieurs fois, visiblement désarçonnée par la douce franchise de cette jeune fille de bonne famille. La servante jeta un coup d’œil furieux à Clay qui riait sous cape. Puis, reprenant rapidement contenance, elle reprit :

« Mais le jeune maître…
– N’a absolument pas son mot à dire dans cette histoire, compléta fermement Ethelle qui n’aimait pas que qui que ce soit lui dicte sa conduite.
– Je… fort bien madame, balbutia la domestique.
– Bonjour bonjour ! Les interrompit joyeusement Derrington en entrant sans frapper. Mais c’est que notre charmante demoiselle est enfin réveillée ! C’est merveilleux !
– Bonjour Simon, le salua aimablement Ethelle. Je suis fort aise de vous voir.
– Et moi donc, appuya l’archéologue avec un grand sourire. Comment se porte votre tête ?
– Elle me fait mal, confessa la jeune femme. Mais je pense que je survivrai.
– J’y compte bien, affirma Simon. J’ai besoin de vous pour mes recherches. Voulez-vous quelque chose ? » Demanda-t-il ensuite, un sourcil levé, à la servante qui se trouvait toujours plantée là.

« Oh, euh, non, pardonnez-moi, je m’en vais… Répondit la domestique qui fila.
– Je me disais, aussi, reprit l’archéologue. Alors, jeune fille, il semblerait que vous ayez fait une rencontre malheureuse, n’est ce pas ?
– Oui, acquiesça Ethelle. Qu’étaient-ils ? Le savez-vous ?
– Ils ont plusieurs noms selon les régions, lui révéla Simon. Lutins, nains… Moi je préfère les appeler des korrigans. J’adore ce nom ! Cependant, je n’avais jamais entendu dire qu’ils étaient des cavaliers guerriers.
– Et pourtant, ils étaient bien armés, insista Clay.
– Oui oui, je vous crois, lui dit l’archéologue. Je suppose que leur longue captivité a du les énerver quelque peu.
– C’est le moins que l’on puisse dire, commenta la rouquine. Que leur est-il arrivé ?
– Aux korrigans ?
– Oui, confirma la jeune femme.
– Ils ont été repoussés, intervint de nouveau Clay. Personne n’a réussi à en capturer et ils ont tous disparus.
– Je suppose qu’en nous voyant loin d’être sans défense, ils sont retournés se réfugier sous leurs menhirs. » Supposa Simon.

Ils se turent tous les trois et Ethelle entreprit de digérer toutes ces nouvelles. Après un instant de silence, Clay déclara : « Il semblerait que les fées deviennent plus présentes et plus fortes.
– Tout à fait, approuva l’archéologue. Je pense que nous allons devoir retourner rapidement à la bibliothèque pour élucider tout cela, voir même, trouver un moyen de contrer leur influence.
– Cela me parait incontournable, nota la rouquine. Quand partons-nous ?
– Et bien… » Commença Simon. Il échangea un regard grave avec Clay et reprit : « Nous deux partirons dès demain. Mais vous, vous devez passer encore quelques jours en convalescence pour vous remettre. Un coup à la tête n’est jamais à négliger, vous savez.
– Oh… » La jeune femme se sentait déçue.

Elle jeta un coup d’œil désespéré à l’ancien Faucheux. Ce dernier détourna le regard. La décision paraissait l’embêter autant qu’elle. Evidemment, au fond d’elle, Ethelle reconnaissait le bien-fondé de la convalescence : elle ne se sentait pas de descendre dans la faille abrupte qui menait jusqu’à l’entrée de la bibliothèque. Mais elle savait aussi très bien qu’elle allait rapidement s’impatienter. La rouquine aussi mourrait d’envie de retourner faire des recherches dans l’antique bâtiment. Elle soupira. « Il ne faut pas s’inquiéter, tenta de la rassurer Simon avec un clin d’œil. Nous reviendrons nous assurer de votre état d’ici quelques jours à peine. Je pense que d’ici là vous irez bien mieux et nous vous emmènerons avec nous !
– Ne partez pas trop longtemps, lui demanda la rouquine. Je meurs d’envie de me pencher de nouveau sur l’étude de cette civilisation.
– Je me doutais bien que vous aviez acquis la fièvre du savoir, vous deux, pouffa l’archéologue guilleret. Soyez assurée que nous ne vous laisserons pas trop longtemps dans cette terrible prison insalubre. » Taquin, il lui adressa un sourire moqueur. Ethelle sourit. Elle relativisa en se disant que Nicolas lui tiendrait certainement compagnie. Cette perspective paraissait plutôt agréable.

 

 

1763 mots aujourd’hui ! Oui, je poste plus tôt que d’habitude, vu que je n’aurai pas l’occasion d’écrire tout à l’heure.

NaNoWriMo 2016 : Arkhaiologia Jour 24

Ce dernier afficha une mine déçue. Il poussa un profond soupir.

« Je comprends, déclara-t-il finalement. Même si je dois dire que je trouve tout cela tellement passionnant qu’il est presque douloureux d’y renoncer.
– Allons Nicolas, le gourmanda Ethelle. Ne vous montrez donc pas si dramatique ; ces envolées lyriques ne fonctionnent que pour le théâtre.
– Vous avez raison, concéda aimablement Merryweather. Je devrais me montrer plus raisonnable. Après tout, vous êtes les professionnels ici et je m’en voudrais d’interférer dans votre travail.
– Je vous remercie pour votre considération, lui dit plaisamment Simon.
– Oh, c’est tout à fait normal, balaya Nicolas. Seulement, j’aimerais que vous me promettiez une chose, vous trois.
– Quoi donc ? S’enquit curieusement Clay.
– Que vous me laisserez être le premier visiteur de votre grandiose découverte.
– Vendu ! S’exclama joyeusement l’archéologue. Vous serez le premier touriste à avoir la chance de visiter ces ruines antiques ! »

Ils trinquèrent à cette promesse. Puis ils trinquèrent de nouveau et profitèrent du dessert. Clay se montra particulièrement joyeux après tout cet alcool ingéré. De plus, il n’avait jamais mangé autant de toute sa vie. Il avait l’impression qu’il allait en être malade, mais il en était heureux néanmoins. Pour lui, avoir décidé de quitter les Faucheux en compagnie d’Ethelle était la meilleure idée qu’il avait pu avoir. Ses conditions d’existences s’étaient grandement améliorées depuis et il s’en trouvait tout à fait satisfait. Il s’était aussi mis d’accord avec Simon, pendant leur exploration de la bibliothèque, que celui-ci lui enseignerait les bases de l’histoire antique, pendant qu’Ethelle lui apprendrait à lire et à écrire. Il comptait devenir un spécialiste de cette civilisation qui avait inventé tellement de choses. Le jeune homme avait fini par tomber amoureux de ces mystérieux ancêtres et sa curiosité pour eux était devenue dévorante.

Il avait été soulagé que Simon décline la venue de Merryweather dans la bibliothèque. Pas qu’il n’appréciait pas leur hôte, au contraire. Il trouvait Nicolas très sympathique, là n’était pas le problème. Clay se sentait juste mal à l’aise à l’idée que quelqu’un d’autre vienne s’immiscer dans la bibliothèque, leur bibliothèque. L’ancien Faucheux se sentait très protecteur vis à vis de la découverte de Derrington. Et il réalisa qu’il n’aimait pas l’idée que des intrus pourraient y entrer à leur tour. Cela ne le dérangeait pas que Simon et Ethelle viennent y vaquer à leurs occupations, au contraire. Concernant l’archéologue, c’était surtout son territoire à lui. Quant à la rouquine, ils avaient découvert cet édifice de savoir ensemble. Pour lui, elle y avait tout à fait sa place. Et puis, sa présence le rassurait lors des apparitions de scènes fantomatiques, même si ces souvenirs vivaces du passé l’inquiétaient également.

En fait, il était impatient de retourner là-bas. Surtout maintenant qu’Ethelle l’avait bien réapprovisionné en carnets et crayons et qu’il avait de quoi s’éclairer à profusion. Même avec les apparitions ; elles le surprenaient à chaque fois, mais il était certain qu’elles contenaient plein d’informations à exploiter. Il se souvenait encore de la scène de la première nuit qu’ils avaient passé dans la bibliothèque, lorsque les jeunes gens paraissaient discuter et rire tout en utilisant la mystérieuse boîte métallique. Après en avoir discuté avec Simon le lendemain, ils avaient pris sur eux de l’ouvrir. Ce qui les avait décidé était qu’ils en avaient trouvé d’autres un peu de partout dans le bâtiment. Armé d’un pied de biche, c’était Clay qui avait eu l’honneur de forcer la porte. Certains des restes présumés de nourriture s’effritèrent sous le choc de la vibration. Une fois ouverte, la boîte recelait toujours bien des trésors. Par exemple, ils firent l’inventaire complet et stockèrent du mieux qu’ils purent les emballages qu’ils supposaient de nourriture et de boisson. Et, surtout, ils avaient eu l’occasion d’étudier le mécanisme intérieur du placard à provisions. Ils ne parvinrent pas à le faire fonctionner – l’appareil devait avoir besoin d’énergie – mais firent l’hypothèse qu’il se contentait de distribuer de la nourriture ou de la boisson en échange d’argent.

Au delà du fait que Simon lui avait permis de garder quelques pièces antiques en guise de récompense, Clay avait été enchanté de cette découverte. Le fait de savoir à quoi servaient ces buffets de métal, l’aidait à lui donner une idée de comment vivaient les gens à cette époque. Il pouvait les imaginer déambuler dans cette enceinte de connaissances, lisant et étudiant aux étages supérieurs, assistant à il ne savait quel genre de représentation au sous-sol, faisant une pause pour acheter des en-cas aux machines… Il avait même commencé à dessiner des scènes de vie qu’il pensait être probables au sein de la bibliothèque, en plus d’essayer d’immortaliser les scènes fantomatiques auxquelles ils avaient la chance – et la terreur parfois – d’assister. Découvrir ce genre de choses avait été une véritable révélation pour l’ancien gamin des rues qu’il était. Il n’avait jamais participé à une activité aussi passionnante. Peut-être était-ce pour cette raison qu’il rechignait à partager une chose aussi importante avec d’autres.

Réalisant qu’il s’était laissé absorber par ses pensées, il secoua la tête et se concentra de nouveau sur la conversation. Celle-ci n’était plus que badinage sur divers sujets qui ne parlaient absolument pas à Clay, comme l’entretien que nécessitait une propriété telle que celle des Merryweather par exemple. Ethelle parut remarquer son manque d’intérêt pour le sujet et lui adressa un sourire complice, auquel il répondit instantanément. Depuis qu’ils s’étaient rencontrés la première fois au parc des Deux Ormes, l’attitude de la jeune femme avait beaucoup changé à son égard. Elle était devenue moins hautaine et distante. A force de discuter de la bibliothèque et de faire des découvertes ensemble, ils s’étaient beaucoup rapprochés. Eux et Simon avaient désormais un lien unique et très fort, forgé par l’élucidation des mystères de cette civilisation et le partage d’un secret connus que d’eux-mêmes. Clay corrigea mentalement cette dernière assertion : en réalité Derrington voulait que d’autres soient au courant. Il pressentait que la ré-émergence du surnaturel pouvait être un danger pour leur propre civilisation. Malheureusement, personne ne l’avait cru jusque là, ce qui était aussi une des raisons pour lesquelles il réunissait des preuves.

La soirée, fort agréable au demeurant, finit tout de même par arriver à sa fin. Nicolas leur proposa de passer une confortable nuit sur place, dans les douillettes chambres de son manoir. L’idée tenta grandement Ethelle. Comme ses deux compagnons et elle dormaient tout le temps dans la même pièce, elle n’aurait pas refusé de passer du temps à dormir toute seule pour une fois. Mais, comme elle s’y attendait, Simon refusa poliment. Il invoqua le fait qu’ils allaient devoir repartir à la bibliothèque d’ici peu de temps et que, si ils restaient ici, le lieu était tellement agréable qu’ils n’en repartiraient jamais. « Cela ne me dérangerait pas de vous garder à vie, déclara Merryweather. Ce n’est pas tous les jours que j’ai l’occasion d’avoir des hôtes aussi agréables !
– Vous nous flattez, le gourmanda la rouquine en remuant un doigt accusateur.
– Si peu, contra Nicolas avec un fin sourire. Quoiqu’il en soit, même si j’aurais bien aimé vous garder plus longtemps, je vous souhaite une bonne nuit mes chers hôtes, ainsi qu’un bon voyage de retour à vos fouilles ! »

Les trois explorateurs le remercièrent chaudement et s’en furent, dans la voiture de location que le majordome leur amena. Clay et Ethelle somnolèrent durant tout le trajet qui les mena au wagon maison de Simon. Ce dernier, qu’il était fatigué lui-même ou qu’il était conscient de leur fatigue à eux, les laissa tranquilles. Sur le bord de la route, une forme blanche lui fit signe de s’arrêter. Bien sûr, l’archéologue connaissait bien son folklore et savait qu’ils ne valait mieux pas faire confiance aux Dames Blanches. Il ne s’arrêta pas pour elle et ne prit même pas la peine de déranger ses deux jeunes compagnons pour qu’ils puissent l’admirer. Après tout, si il avait raison – et il avait certainement raison, estimait-il – ils auraient bientôt l’occasion d’admirer beaucoup d’autres specimens de spectres et de faire connaissance avec leurs spécificités. En revanche, beaucoup de personnes allaient se faire avoir. Qui avait encore l’habitude de côtoyer les fées de nos jours ?

Les trois vaillants explorateurs se levèrent tard le lendemain. Leur soirée avait été plus arrosée que ce dont ils avaient l’habitude. Mais ils avaient décidé qu’ils étaient en congés ; aucun ne se formalisa de leur manque de sérieux. Malgré cela, Simon se plongea tout de même dans ses carnets et certains des livres de sa bibliothèque intramurale personnelle. Il expliqua à ses deux apprentis qu’il avait certaines choses à vérifier, mais qu’eux pouvaient faire ce dont ils avaient envie. Ethelle et Clay échangèrent un regard, puis décidèrent d’un commun accord d’aller se promener ensemble dans la ville. Lors de leurs pérégrinations, ils apprirent qu’un cercle de menhirs se dressait dans un des pars de la petite cité. Curieux de savoir si eux, archéologues en herbe, pouvaient en tirer des informations, ils s’y rendirent avec enthousiasme. Ils étaient conscients qu’ils étaient désormais plus connaisseurs dans une autre forme d’antiquité, mais ils étaient tout autant intéressés de savoir ce qu’ils pouvaient tirer des menhirs.
Le parc n’était pas très étendu. Il consistait surtout à une petite étendue d’herbe plantée de quelques bancs et qui entourait un tertre tout aussi herbeux, sur lequel étaient plantés des pierres en cercle. Les deux jeunes gens s’approchèrent des menhirs pour les inspecter. « Clay ! Appela Ethelle qui s’était accroupie au pied de l’un d’eux. J’ai trouvé des inscriptions gravées… Penses-tu pouvoir les dessiner pour les montrer à Simon ?
– Mmmh, c’est difficile de les voir, commenta l’ancien Faucheux qui était venu voir par dessus son épaule. Mais je peux peut-être en faire une empreinte.
– Oui, la pierre a été bien érodée. » Acquiesça la rouquine en caressant les gravures comme pour mieux distinguer leurs contours.

Soudain le sol, sous leurs pieds, émit des vibrations grondantes. Comme si il y avait une mine sous terre et que des chariots roulaient à tombeau ouvert. Ethelle se redressa vivement, aidée par Clay qui la tira en arrière. Bien lui en prit : le sol sous le menhir parut s’ouvrir et en jaillirent, lancés au grand galop, de petits chevaux, pas plus hauts que des poneys, chevauchés par de petits cavaliers. Ils disparurent bientôt dans les rues citadines, créant une grande confusion sur leur passage. L’ouverture au pied du menhir, quant à elle, paraissait avoir disparu. Les deux apprentis de Derrington restèrent un instant interdits à rassembler leurs esprits. Maintenant que la clameur s’était calmée, ils en étaient à se demander si ils n’avaient pas rêvé. Mais les figures pâles qu’ils affichaient certifiaient le contraire.

 

 

1788 mots pour aujourd’hui, ce qui est plutôt nul pour un jeudi, mais bon.