NaNoWriMo 2018 : Arkhaiologia Tome 2, jour 3

Nicolas les convia tous dans le petit salon surveillé par la peinture de sa mère. En l’honneur de ses invités, il fit servir du chocolat en lieu et place du thé. Tandis qu’Henry, le majordome, servait et distribuait les tasses de breuvage fumant, Cuauhtli entama la conversation : « Je suis enchanté de vous rencontrer enfin, mademoiselle Morton. Je connaissais – pour ainsi dire – bien votre père : nous échangions beaucoup de lettres. J’ai été profondément affligé d’apprendre sa disparition et vous prie d’accepter nos sincères condoléances. » Les trois autres membres de la famille [Machintruc] acquiescèrent de concert.

Ethelle les remercia chaleureusement, tout en fouillant sa mémoire pour se rappeler si Charles Morton lui avait déjà parlé de Cuauhtli [Machintruc]. Elle n’en avait pas le moindre souvenir et elle était certaine de ne jamais l’avoir vu invité chez eux à Eastlond. « Vous échangiez des lettres, mais je ne me souviens pas avoir eu l’honneur de vous recevoir chez nous, osa-t-elle.
– En effet, confirma le lointain ami de son père. Je n’ai pas eu l’occasion de prévoir un voyage jusqu’à Eastlond durant le temps qu’à duré notre échange épistolier et je le déplore. Votre père était un homme intéressant qui avait le sens des affaires. Il m’a aussi beaucoup parlé de vous et je vous ai tout de suite reconnue en vous apercevant ! »

Henry, après avoir servi les tasses de chocolat, avait été sollicité par une servante qui lui avait communiqué un message. Il se permit d’interrompre la conversation en s’adressant à Nicolas : « Monsieur, [trouver une excuse qui appelle Nicolas]
– Je pensais que mère s’était occupée de ces formalités, soupira le jeune maître de maison.
– Apparemment, il manque quelques informations, précisa le majordome. Je suis certain que vos invités sauront se passer de vous quelques instants.
– Très bien, je viens. »

Joignant le geste à la parole, le jeune homme se leva et quitta la pièce en compagnie d’Henry. « C’est le moment, glissa Xochitl à son mari lorsque la porte se fut refermée sur eux. Parle-lui des notes de Charles.
– Je suis désolé de vous affliger avec mes questions, reprit Cuauhtli à l’intention d’Ethelle. Mais je vais profiter de l’absence de notre hôte pour vous entretenir en toute discrétion des papiers secrets de votre père. Depuis que j’ai appris cette tragique nouvelle, je me demande si vous avez eu l’occasion de les récupérer.
– Les papiers… secrets de mon père ? »

Ethelle n’avait aucune idée de ce à quoi monsieur [Machintruc] faisait référence et elle était étonner qu’il parle de discrétion à propos d’un sujet qu’il se permettait d’aborder en présence de ses enfants. Izel et Miztli sirotaient leurs tasses respectives, l’air de rien. La perplexité de la jeune femme était telle qu’elle ne parvint pas à la masquer complètement. Cuauhtli hocha la tête avec compassion. « C’est ce que je craignais, déplora-t-il. Charles n’a pas eu le temps de vous transmettre ce qu’il appelait le secret de sa réussite. Mais tout espoir n’est pas perdu !
– Comment donc ? demanda Ethelle.
– Votre père m’a assuré que vous trouveriez ses secrets par vous-même car vous connaissez la cachette. »

La jeune femme rousse réfléchit à toute allure, visualisant l’une après l’autre toutes les pièces de la maison qu’elle avait habité avec Charles Morton. Elle réprima une montée de larmes : elle craignait que son père ne se soit montré trop confiant envers elle, car Ethelle n’avait aucune idée d’où il pouvait avoir dissimulé des informations secrètes. Elle-même n’avait jamais pris la peine de cacher quoi que ce soit ; elle n’en avait jamais ressenti le besoin. « La maison a été saisie, informa-t-elle Cuauhtli qui paraissait attendre une réponse. Retrouver une cachette dans ces conditions risque d’être très difficile.
– Je me doute, acquiesça monsieur [Machintruc] avec tout de même une pointe de déception dans la voix. Mais il m’a assuré que vous finiriez par trouver. »

C’est ce moment que choisirent Nicolas et Henry pour revenir dans le petit salon. Le jeune Merryweather se posta devant la cheminée en se frottant les mains ; toutes les salles du manoir n’étaient pas aussi bien chauffées. « J’espère ne pas avoir été trop long. » déclara-t-il à ses hôtes, qui lui assurèrent qu’ils n’avaient pas eu le temps de s’ennuyer. Xochitl, la main sur le ventre, prit congé, emmenant sa famille avec elle dans les appartements qui leur avaient été dédiés.

Comme les invités étaient parti, Ethelle prit congé à son tour malgré l’empressement de Nicolas à lui tenir compagnie ; elle ressentait le besoin de réfléchir aux propos de Cuauhtli [Machintruc] à tête reposée. Elle s’enferma dans sa chambre et s’assit sur le lit, jouant pensivement avec son camée en pendentif. Réalisant ce qu’elle était en train de faire, elle écarta brusquement sa main du collier, mais la précaution était inutile : [Bidulette] n’apparut pas.

Ses pensées se dirigèrent aussitôt vers son père. Elle et lui n’avaient jamais abordés de sujets importants ou concernant les activités professionnelles de Charles Morton. Si son père avait voulu lui transmettre de précieux secrets, il n’en avait probablement pas eu le temps. Et, s’il les avait dissimulé dans leur ancienne maison, ce serait une tâche impossible de les retrouver. Peut-être même avaient-ils été découverts par les nouveaux propriétaires.

Une larme ruissela le long de sa joue pour finir sur sa main. Le temps passait mais la douleur était toujours là. Ethelle avait l’impression d’être passée à côté de la personne qu’était son père. Elle ne s’était jamais particulièrement intéressée à lui et elle pensait désormais qu’elle avait raté quelque chose d’important. Et, surtout, que c’était irrattrapable. Laver le nom des Morton de l’opprobre suffirait-il à la réconforter ?

Elle essuya ses joues et se redressa. Ce n’était pas en se laissant aller qu’elle arrangerait quoi que ce soit. Ethelle vérifia devant le miroir que ses yeux n’étaient pas rouges. Ils l’étaient à peine, quelques minutes suffiraient à leur rendre leur couleur habituelle. Elle lissa sa robe et fit quelques pas dans la pièce, se demandant comment elle allait pouvoir occuper son temps avant le dîner qu’elle devrait passer en compagnie de Nicolas et ses invités. La jeune femme avait envie de passer du temps seule. Elle resta donc dans sa chambre, assise à son secrétaire, notant dans son carnet neuf ce dont elle se souvenait de la langue antique que lui avait apprise l’excentrique professeur Derrington. Ce faisant, ses pensées se dirigèrent vers Clay. Ils s’étaient beaucoup rapprochés pendant leur séjour dans la bibliothèque et cette proximité lui manquait.

Même si Nicolas Merryweather lui correspondait mieux au niveau du statut social, elle réalisait que cela ne suffisait pas à la faire se sentir aussi à l’aise qu’avec l’ancien Faucheux. Nicolas était pourtant charmant et prévenant, mais cette admiration sans borne qu’il éprouvait pour sa mère l’agaçait un peu. Bien sûr, Clay aussi savait l’irriter. Il ne lui avait que très peu témoigné le respect dû à son rang. Parfois il s’y pliait, mais de manière moqueuse. Néanmoins leurs discussions nocturnes destinées à les rassurer lors des apparitions fantomatiques avaient créé une véritable complicité entre eux. Elle ne pouvait s’empêcher de sourire à ce souvenir.

Ethelle se rembrunit aussitôt. Elle venait de songer à Gregory et Arabella Finley. S’ils apprenaient où se trouvait Clay, il n’aurait peut-être pas autant de chance que la jeune femme de s’en sortir. Elle aurait voulu se rendre à la bibliothèque pour le prévenir, mais elle n’avait aucune idée de la route à prendre pour s’y rendre. Elle leva les yeux au ciel ; Nicolas était peut-être la meilleure solution pour régler ce problème. Peut-être pourrait-il faire arrêter le violent majordome qui avait bien failli l’étrangler ? La question était : comment allait-elle expliquer qu’elle avait réussi à fuir Gregory ? Il paraitrait peu probable qu’elle ait réussi à s’en tirer toute seule. Pour une raison qu’elle ne pouvait s’expliquer, elle n’avait pas envie de parler de l’esprit qui habitait son camée.

 

1304 mots pour aujourd’hui : c’est complètement nul pour un samedi, j’espère que je vais arrêter d’écrire de moins en moins. L’avantage, c’est que je n’ai pas de retard, l’inconvénient, c’est que j’ai mangé toute la petite avance que j’avais accumulée le premier jour.

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