NaNoWriMo 2016 : Arkhaiologia Jour 23

Le domaine se trouvait à l’extérieur de la ville. Evidemment, avec leur véhicule ils ne mirent qu’une dizaine de minutes à arriver à l’immense portail d’entrée en fer forgé. Comme il était ouvert, attendant certainement leur arrivée, Simon fit entrer la voiture sur le chemin bien entretenu et bordé des arbres d’une petite forêt qui entourait toute la propriété. Les arbres laissèrent place à un grand espace, plein de tertres fleuris, d’un étang et d’un coquet manoir. La petite route menait jusqu’à l’entrée du manoir. Un homme les attendait et leur souhaita la bienvenue au domaine Merryweather. Lorsque les trois invités furent descendus du véhicule, l’archéologue laissa les clefs au majordome qui les avait accueillis et ce dernier emmena la voiture pour la garer ailleurs sur la propriété. A ce moment là, Nicolas descendit les marches qui menaient à la porte d’entrée, afin de leur souhaiter, à son tour, la bienvenue.

Il les fit entrer et s’installer dans un confortable petit salon, doté d’une cheminée dans laquelle un feu crépitait. Ethelle approuva la décoration de la pièce, qui était de bon goût et pas trop chargée. Nicolas Merryweather se montra un hôte délicieux avec ses trois invités. Il ne se moqua pas de Clay qui ne connaissait rien aux alcools prisés. L’ancien Faucheux qui était mal à son aise au début, se trouva rapidement détendu par la frimousse sympathique de leur chaleureux hôte. En compagnie de Simon – qui, lui, paraissait en connaître un rayon – Merryweather commença à faire son éducation en la matière. Ethelle se contenta d’émettre quelques commentaires par ci par là. A la vérité, elle ne connaissait pas grand chose dans ce domaine et se contentait, la plupart du temps, de boire tout ce qu’on lui proposait.

Les discussions apéritives portèrent non seulement sur l’alcool, mais aussi sur l’archéologie. Ou, pour être plus précis, sur la partie exploration. Nicolas paraissait passionné par tous ce que ses invités lui racontaient. Il interrogea longuement Simon sur le matériel qu’il utilisait et à quelles fins. Ils continuaient encore leur discussion à propos d’équipements lorsqu’ils passèrent à table, dans la salle à manger. Celle-ci, qui servait à l’occasion de salle de réception, était assez fastueuse et Clay en fut impressionné. La table était tellement gigantesque qu’elle avait été dressée sur une partie seulement, afin que les convives ne se retrouvent pas séparés par des mètres de table vide, ce qui aurait gêné les conversations.

« Et comment vous êtes-vous tous rencontrés ? S’enquit à un moment du repas Nicolas.
– C’est une excellente question ! S’exclama l’archéologue en se tournant vers Clay et Ethelle. Vous êtes arrivés dans mon wagon tous les deux, mais je ne sais pas comment vous avez eu l’occasion d’être en contact l’un avec l’autre !
– Ils sont entrés chez vous ? S’étonna Merryweather. Comment cela ?
– Oh, un peu par hasard, supposa Simon sans attendre de réponse de la part de ses deux apprentis-explorateurs. Ils ne paraissaient pas avoir de plan très définis quand ils ont fait irruption chez moi.
– Nous cherchions juste un endroit où dormir, expliqua Clay.
– Oui, et pas trop exposé aux intempéries, ajouta Ethelle.
– Et monsieur Derrington vous aurait accueillis sans vous poser de question ? Continua Nicolas.
– Tout à fait, confirma la jeune femme. Monsieur Derrington semble être une personne très généreuse et dépourvue d’inquiétude face aux étrangers. »

Simon se mit à rire joyeusement. « Voyons, mademoiselle Morton, n’exagérons rien ! Je vous avais rencontrée un peu plus tôt au Parlement ; vous ne m’étiez pas totalement inconnue.
– C’est vrai, concéda Ethelle avec un sourire.
– Au Parlement ? Reprit Merryweather sur le ton de celui qui voulait en savoir plus.
– Oui oui, confirma l’archéologue. J’avais rendez-vous avec madame (Avait-elle un nom ?) pour l’entretenir de sujets d’importances qui me tenaient à cœur. Malheureusement, elle m’a pris pour un olibrius et m’a jeté dehors comme un malpropre. C’est là que j’ai vu la jeune Ethelle, qui patientait dans le salon d’attente. Nous avons un peu discuté – je dois dire qu’elle m’inspirait confiance – et puis elle m’a faussé compagnie pour se rendre dans le bureau du Comte Clayton.
– Une rencontre fortuite, en somme, résuma Nicolas. Et vous deux ? Comment vous êtes-vous rencontrés ?
– Nous avons fait connaissance au parc des Deux Ormes, raconta brièvement la rouquine.
– Allons allons, mademoiselle Morton, la gourmanda son hôte en riant. Je suis certain qu’il y a bien plus que cela à dire sur votre rencontre !
– On ne peut rien vous cacher, minauda Ethelle. En effet, nous nous sommes rencontrés de manière banale au parc des Deux Ormes, mais nous en avons fui l’incendie ensemble. Ce qui est, il faut bien l’avouer, un peu moins banal.
– Oh oui, renchérit Nicolas. J’ai entendu parler de cette affaire. Un pâté de maisons a été touché par le feu ; les pompiers ont eu fort à faire ! Et vous vous êtes retrouvée au milieu de tout cela ? C’est vraiment terrible. »

Il paraissait vraiment compatissant et le cœur de la jeune femme se remplit de gratitude. « Il serait tout de même plus juste de dire que je lui ai sauvé la vie, pérora Clay.
– Je n’en doute pas une seconde, s’exclama Merryweather avec enthousiasme. Vous paraissez être une personne courageuse et je vous vois tout à fait comme un héros.
– N’exagérons rien, pouffa l’ancien Faucheux d’un petit rire gêné.
– Et vous, reprit Simon qui préférait prendre la parole assez régulièrement ? Comment avez-vous rencontré la jeune mademoiselle Morton ?
– Oh, s’illumina Nicolas. Nous n’avons pas fait connaissance de manière très originale. En réalité, nous n’avions pas vraiment fait connaissance avant que je la croise à la papeterie tout à l’heure.
– Ah bon ? Mais comment la connaissiez-vous dans ce cas ? S’étonna Clay.
– Lorsque nous étions enfants, nous avons tous les deux participé aux réceptions du Comte Clayton. Et à l’époque, tout le monde connaissait mademoiselle Morton : elle a toujours été facilement repérable avec sa chevelure de feu. Mais qu’elle était intimidante ! Je n’ai pas honte de le dire : j’ai instantanément été subjugué dès que je l’ai vue.
– Et vous, avez-vous aussi été subjuguée par ce jeune gentilhomme ? S’enquit Clay auprès d’Ethelle avec une pointe de taquinerie.
– Pas vraiment lors des soirées du Comte Clayton, je l’avoue. Je ne savais même pas qu’il existait, à l’époque, déclara la jeune femme avec humilité. Mais lors de notre rencontre de tout à l’heure, j’ai été subjuguée par son amabilité. »

La rouquine passa sous silence le passage où le Comte lui avait organisé une rencontre avec Merryweather en vue d’un mariage potentiel. Elle ne savait plus trop quoi penser de tout cela, en réalité. Après avoir passé des moments délicieux avec le jeune homme, elle se disait qu’elle aurait pu tomber plus mal. De plus, comme il ne semblait pas s’offusquer du scandale de son père, elle se demandait si ce serait une bonne idée de songer à l’éventualité d’une union avec lui. Elle fut tirée de ses pensées par la suite de la conversation. « Je fais de mon mieux pour me montrer le plus agréable possible, assura Nicolas à l’assemblée. Je pense que c’est important.
– Je suis on ne peut plus d’accord avec vous, approuva Simon à grand renfort de hochements de tête. C’est important de se montrer aimable. Malheureusement, tout le monde n’est pas de notre avis ! Notamment, il faut bien le dire, dès que je commence à parler de l’invasion du surnaturel, rares sont les personnes qui restent agréables à mon égard. Et je le déplore ! »

La conversation continua quelque peu sur ce mode, avant de dériver de nouveau doucement vers le sujet de l’archéologie. Nicolas s’enquit du lien entre le surnaturel et les recherches de Simon. Ce dernier lui expliqua ce qu’il avait découvert à propos de la disparition de cette merveilleuse civilisation, plus avancée que la leur, qui avait entièrement disparu et ce, certainement à cause de l’invasion de fées, banshees, dragons, licornes, fantômes et autres créatures ou causes surnaturelles à effets plus ou moins cataclysmiques. Le jeune Merryweather lui confessa son soulagement de voir une personne oser parler de ces choses là. Lui-même avait été témoin de certaines choses qu’il n’avait pu expliquer et qu’il n’avait osé aborder avec qui que ce soit, de peur d’être pris pour un fou. Déjà qu’en règle générale, il passait pour un excentrique, leur avoua-t-il. Si il commençait à parler de magie, nul doute qu’il se retrouverait enfermé dans une maison de fous.

« Vous ? Un excentrique ? S’exclama ingénument Clay.
– Cela semble vous étonner, nota Nicolas.
– Oh oui, je vous prenais pour un exemple de gentilhommerie.
– C’est fort aimable à vous de me dire quelque chose d’aussi gentil. Malheureusement, dans la bonne société dans laquelle j’évolue, les carcans sont très étroits et ne laissent guère place à l’imagination ou le sentiment. Par exemple, le fait que je repousse perpétuellement toutes mes prétendantes est assez mal vu. Il m’a même été reproché d’avoir refusé certains de mes partis.
– Je comprends votre problème, compatit Simon. J’ai vécu la même chose. Ma famille ne m’a jamais pardonné d’être devenu un vulgaire archéologue ! J’ai même failli être renié.
– Je comprends également… » Intervint amèrement Ethelle, sans pour autant s’étendre sur tout ce qu’elle avait subi depuis le scandale autour de son père. Elle n’avait pas envie d’aborder le sujet, ni qu’on lui pose des questions qui lui feraient revivre des évènements qu’elle préférait oublier.

« Et bah… Lança Clay. Moi qui pensait que vous autres, gens aisés, aviez des vies toutes roses. Mais vous avez plein de problèmes que vous vous créez vous-mêmes entre gens de la haute société, en fait, n’est ce pas ?
– Je pense que c’est une bonne vision des choses, pouffa Nicolas. Mais je ne suis pas à plaindre, pour ma part. Cela ne m’empêche pas de faire quoique ce soit que j’ai envie de faire. Qu’avez-vous donc eu comme problèmes de votre côté ?
– Oh, ne pas mourir de faim, ne pas dormir dehors, ne pas se faire attraper lorsque l’on mange ce que l’on ne devrait pas et que l’on dort là où il ne faut pas…
– Je vois, les considérations sont plus terres à terres, bien évidemment, acquiesça Merryweather. Quelque part, ce doit être plus sain.
– Si l’on veut, temporisa Clay. Cela ne nous donne quand même pas beaucoup l’occasion de nous élever l’esprit. J’ai appris une foule de choses intéressantes depuis que je voyage avec Simon et Ethelle. Je n’en aurais jamais eu l’occasion sinon. Dessiner par exemple. Je ne savais pas que j’en étais capable. Bien sûr, au début mes esquisses étaient très moyennes, mais plus je dessine, plus j’arrive à faire les choses correctement. »

Ils méditèrent silencieusement sur la question tandis que des domestiques débarrassaient leurs assiettes et préparaient la table pour le dessert. « Vous paraissez vivre des choses tellement passionnantes, tous les trois, soupira Nicolas avec envie. J’aimerais vraiment venir visiter cette merveilleuse bibliothèque antique et hantée avec vous !
– Malheureusement, elle n’est pas encore visitable, refusa discrètement Simon. De telles ruines sont extrêmement dangereuses et il faut être un archéologue aguerri pour pouvoir évoluer à l’intérieur en toute sécurité.
– Ces deux là seraient donc des archéologues aguerris ? Pointa suspicieusement Merryweather sans se départir de son aimable sourire.
– Tout à fait, acquiesça Derrington avec aplomb. Avant de les emmener, je leur ai fait subir un entraînement intensif ! » Bien sûr, l’archéologue prit bien garde de ne pas mentionner en quoi avait consisté l’entraînement. Percevant la réticence qu’avait Simon à propos d’autres visiteurs dans la bibliothèque, Clay et Ethelle n’intervinrent pas. L’un comme l’autre estimait qu’il s’agissait de l’attitude la plus prudente. Ils n’avaient aucune envie de vexer ni l’archéologue, ni leur aimable hôte.

 

 

1984 mots pour aujourd’hui ! C’est plutôt fantastique pour un mercredi !

NaNoWriMo 2016 : Arkhaiologia Jour 22

Ils profitèrent d’ailleurs d’une de leurs sorties, au bout de nombreux jours (penser à faire un calendrier) pour faire un aller-retour en ville. Ils avaient besoin de ravitaillement en terme de nourriture, principalement. Et d’eau, aussi, car Ethelle insistait pour que tout le monde fasse un minimum de toilette, pour éviter trop d’odeurs corporelles.

Comme ils avaient bien travaillé durant ces derniers jours, ils décidèrent même de s’octroyer tout un petit séjour vacancier pour se reposer. Ils commencèrent par faire un petit saut au wagon-habitation qui était toujours sagement garé sur sa voie. La rouquine en profita pour user de la petite baignoire. Pendant ce temps, Simon fit découvrir les joies du bon whisky à Clay. Une fois qu’ils eurent terminé de se reposer, bain et sieste à l’appui, ils prirent le parti de se rendre en ville afin de faire quelques emplettes de ce qu’ils estimaient leur manquer pour leur séjour en antiquité. Les trois explorateurs se séparèrent pour faire tranquillement leurs achats chacun de leur côté. Simon avait attribué à tout le monde une petite somme afin qu’ils en fassent ce qu’il leur chantait. Toute guillerette, Ethelle se rendit joyeusement dans les rues citadines, bien décidée à trouver entre autre chose de quoi s’attacher correctement les cheveux qu’elle avait du mal à discipliner tandis qu’elle travaillait sur des documents de la bibliothèque. L’archéologue s’était montré généreux envers eux – la rouquine se demandait d’ailleurs d’où lui venait autant d’argent – et la jeune femme comptait bien en profiter. Notamment, comme Clay et elle avaient bien entamé la provision de carnets de Simon, l’un en dessinant et l’autre en écrivant, Ethelle commença par se rendre dans une papeterie.

La vendeuse l’accueillit aimablement et la laissa visiter le contenu de la boutique. Absorbée par l’étude des cahiers et des plumes, la jeune femme ignorait les allées et venues des autres visiteurs. Lorsque l’un d’entre eux l’interpella, elle sursauta. « Mademoiselle Morton ! Quelle surprise de vous trouver ici ! » La jeune femme se tourna dans la direction de son interlocuteur. Il s’agissait clairement d’un jeune homme de la bonne société ; le genre de personne qu’elle fréquentait auparavant. Environ aussi grand que Clay, il avait une chevelure blonde soignée et des yeux pétillants. Mais elle ne parvenait pas à se souvenir de celui-là. Elle lui offrit néanmoins un sourire poli, surprise qu’il s’abaisse à aborder la fille d’un homme à la réputation déchue. Après tout, tous ses soi-disant amis lui avaient tourné le dos, alors qu’un inconnu lui adresse ainsi la parole était inattendu. « Je comprends que vous soyez surprise de me voir ici, reprit le jeune homme. Ma famille possède une maison de campagne dans les environs. Cela fait un peu loin, je vous l’accorde, mais c’est tout de même agréable et le terrain est charmant. Vous devriez venir un de ces jours ! »

Ethelle resta interdite, un sourire automatique plaqué sur sa figure. Elle avait beau réfléchir, elle ne se souvenait pas où elle avait bien pu rencontrer ce jeune homme. Comme ce dernier restait planté là, ravi de la rencontre, en attendant visiblement une réaction de sa part, elle capitula face à son manque de souvenirs. « Je suis vraiment désolée, s’excusa-t-elle. Mais je ne me souviens pas où nous nous sommes rencontrés, cher monsieur.
– Oh, oui, suis-je bête, vous ne devez même pas vous souvenir de moi, réalisa l’étrange jeune homme qui lui adressa une gracieuse révérence. Je suis Nicolas Merryweather, mademoiselle Morton. Nous avons eu le bonheur de nous rencontrer à trois occasions, lors des réceptions du Comte Thomas Clayton.
– Vraiment ? » S’étonna la rouquine. Au vu des nouveaux éléments, elle réfléchissait à toute allure pour se remémorer, toute en étant surprise que le Nicolas Merryweather, celui-là même dont elle avait évité le rendez-vous qui aurait potentiellement mené à un mariage, la connaissait. Et il paraissait plus sympathique que ce à quoi elle s’attendait. Elle était presque déçue de ne pas s’être rendue à l’entrevue avec lui que lui avait concocté Clayton.

« Oui oui, lui assura Merryweather. Bien sûr, nous n’avions que dix ou douze ans à l’époque, cela date un peu.
– Ah, c’est donc pour cela que j’ai du mal à me remémorer.
– Je pense oui, acquiesça Nicolas. Surtout que pendant ces réceptions, nous ne nous étions pas vraiment adressés la parole.
– Ah.
– Et puis, je ne suis même pas certain que vous m’ayez vu, en fait, continua le jeune homme.
– Oh, lâcha Ethelle qui ne savait pas quoi répondre à cela.
– Quoiqu’il en soit, reprit-il, je n’ai jamais oublié votre éclatante chevelure et votre gracieux maintien et j’attendais avec impatience que nous ayons une occasion de nous retrouver de nouveau.
– Ah bon ? » Il semblait à la jeune femme qu’elle n’arrivait plus à s’exprimer autrement qu’en onomatopées. Elle ne trouvait rien d’intelligent à dire et se contentait d’écouter son interlocuteur badiner.

« C’est vrai que c’est un peu étrange d’avouer ce genre de chose, confessa-t-il avec un petit rire nerveux. Il me semblait que le Comte Clayton nous avait arrangé une entrevue, mais vous n’y êtes jamais apparue.
– Oh, oui, se souvint la rouquine. Je suis sincèrement désolée pour ce manquement. J’ai eu quelques… Contretemps, dirons-nous.
– Ce n’est pas grave, ne vous inquiétez pas pour cela, lui assura vivement Nicolas. Je suis content de vous croiser maintenant, dans une ambiance plus informelle.
– J’en suis également enchantée, déclara Ethelle en réalisant qu’il s’agissait de la vérité. Je me suis toujours demandée comment se serait déroulé notre rendez-vous.
– Et moi donc ! » Le jeune Merryweather paraissait avoir des réactions bien plus naturelles que les autres jeunes hommes de bonne famille qu’elle avait eu l’occasion de côtoyer. La rouquine le trouvait agréable et, par certains côtés, attendrissant. Elle commençait à vraiment regretter d’avoir manqué cette entrevue.

« Oh ! S’exclama Nicolas. J’ai failli oublier de vous demander, mais que faites-vous par ici ?
– Euh… Hésita Ethelle. Comme j’ai perdu ma fortune, j’ai du me tourner vers d’autres activités. Je suis actuellement en train d’assister à des fouilles archéologiques.
– Ca semble terriblement intéressant, s’émerveilla le jeune homme. Je savais que vous étiez une personne fascinante ! Vu votre accoutrement, je me disais bien que vous étiez occupée à quelque chose de captivant.
– Merci, répondit-elle un peu au hasard.
– Et si je vous invitais dans la maison de campagne de mes parents ce soir ? Lui proposa Nicolas. Vous pourriez me raconter toutes ces choses fantastiques que vous avez l’air de faire !
– Oh, je, euh… Balbutia Ethelle surprise une fois de plus. C’est à dire que je suis avec deux compagnons archéologues.
– Peu importe, balaya Merryweather. Je les invite également : cela promet d’être passionnant ! »

Encore une fois, la jeune femme resta un instant interdite. Elle se reprit rapidement et accepta l’invitation, certaine que Simon et Clay ne rechigneraient pas sur l’offre. Ils convinrent d’un horaire et Nicolas donna l’adresse de la demeure de plaisance de ses parents à la rouquine. Enchantés de cette rencontre, le jeune homme accompagna Ethelle durant le restant de ses emplettes. Ils passèrent un excellent moment : Merryweather s’avéra être une personne vive et il avait beaucoup d’aisance en terme de conversation. La rouquine se surprit à lui confier plus de choses qu’elle n’en avait eu l’intention. A chaque fois, il se montra à l’écoute, acquiesça d’un air entendu aux mentions d’évènements surnaturels et jamais il ne lui adressa les airs de dégoût dont l’avaient gratifiée ses anciens amis.

Après avoir terminé ses achats, elle prit congé de Nicolas et retourna au wagon de Simon. Elle était la dernière à rentrer et les deux hommes la saluèrent chaleureusement. Ils firent tous les trois les inventaires de ce qu’ils avaient trouvé. Simon s’était équipé en corde et de quoi maintenir la stabilité des étages les plus hauts de la bibliothèque qui, plus exposés sous la cime de la colline qui la recouvrait, s’étaient avérés un peu plus fragiles. Clay avait fait des provisions tant de nourriture que de quoi les éclairer. Il trouvait l’obscurité totale de la bibliothèque pesante et tenait à l’éclairer mieux pour la rendre moins effrayante. Elle ne le dit pas tout haut, mais Ethelle supposait qu’à défaut d’éviter les apparitions fantomatiques, la lumière les rendrait moins terrorisantes pour le jeune homme. Quant à elle, elle leur montra sa provision de carnets, de crayons et ce qu’elle avait prévu pour leur assurer une meilleure hygiène durant leurs fouilles. Elle passa rapidement sur ce qu’elle avait acheté en terme d’outils pour maîtriser sa chevelure indisciplinée, se disant que cela ne devait pas les intéresser.

Ceci fait, elle les informa de l’invitation de Nicolas Merryweather. L’archéologue se montra positivement enchanté de cette perspective, en témoignèrent ses applaudissements enthousiastes. « Ah ! Voilà bien longtemps que je n’ai plus eu l’occasion d’avoir été invité où que ce soit, se réjouit-il. Votre ami m’a l’air d’être une personne qui a le cœur sur la main.
– Certainement, approuva Ethelle qui avait eu le temps d’en être convaincue pendant le temps qu’elle avait passé avec lui. Qu’en pensez-vous, Clay ?
– Je… Hésita-t-il d’un air gêné. Je ne suis pas vraiment fait pour les réceptions mondaines, n’est ce pas ?
– Ne vous en faites pas pour quelque chose d’aussi trivial, répartit vivement Simon en coupant la parole à la jeune femme. Tout le monde est aussi mal à l’aise les uns que les autres durant ce genre de soirées. Le jeu, c’est d’être celui qui parait le plus à l’aise ! »

Clay parut considérer les propos de l’archéologue et se détendre un peu. Il esquissa un sourire et lança : « Très bien, dans ce cas, allons à cette petite fête ! Je suis impatient de voir comment vous autres, de la haute, savez recevoir.
– Nous ne sommes pas du tout vêtus en conséquence, s’inquiéta soudainement Ethelle.
– Ne vous inquiétez pas pour cela non plus, balaya de nouveau l’archéologue. Ce Merryweather veut voir des explorateurs ! Nous allons lui montrer ce qu’est un explorateur et confirmer tous les mystérieux mythes qui tournent autour. Ce sera un excellent moyen de lui faire passer une bonne soirée et, par là même, de le remercier pour sa généreuse invitation. » La rouquine réfléchit un instant et, voyant que Clay paraissait enthousiaste à cette perspective, elle se rangea à l’idée de Simon. Après tout, Nicolas avait semblé émerveillé de la voir devenir archéologue et l’avait même complimentée sur sa tenue d’exploratrice.

Bien sûr, le soir arriva rapidement. Prenant la voiture mécanique qu’ils avaient loué pour se rendre jusqu’au site de la bibliothèque antique, ils conduisirent jusqu’à la maison de campagne des Merryweather.

 

 

1779 mots pour aujourd’hui, on y croit : on va continuer de prendre de l’avance ^^

NaNoWriMo 2016 : Arkhaiologia Jour 21

En guise de souper, il s’était juste contenté de réchauffer l’un des plats qu’il avait emporté de la ville où était garée sa maison voyageuse. Mais cela leur parut, à tous, festif. Clay n’était pas difficile et Ethelle avait appris à ne plus faire la fine bouche. C’est ainsi qu’un pique nique peu goûteux, mais très nourrissant il fallait bien l’admettre, leur donna l’impression d’être un festin de fins gourmets. « Pensez-vous que nous pourrions essayer de goûter de la nourriture antique issue du placard à provisions ? Suggéra l’ancien Faucheux dans son élan.
– Je ne pense pas que ce soit une bonne idée, répondit la rouquine.
– Malgré le fait que j’aimerais vraiment goûter la cuisine de cette civilisation, qui doit être merveilleusement divine, je pense que notre demoiselle parle sagement, déplora Simon. Même si nous trouvions des fragments de nourriture dans les emballages de cet étrange placard, elle serait impropre à la consommation, j’en ai bien peur.
– Quel dommage. » Soupira le jeune homme.

Ils discutèrent encore un peu de leurs découvertes. Puis, l’archéologue sortit de leurs bagages ce qu’il appelait des lits de poche, car ils ressemblaient à une poche dans laquelle se blottir. Puisqu’ils ne tenaient pas, à proprement parler, dans une poche, Ethelle avait suggéré de les nommer des lits de voyage, plutôt. Mais Simon préférait son nom, même si Clay s’était prononcé en faveur de l’avis de la jeune femme. D’humeur guillerette, les deux jeunes gens échangèrent un regard complice et, d’un accord tacite, convinrent de nommer définitivement leurs couches des lits de voyage. Ils réalisèrent, à leur grand amusement, que cela faisait ronchonner l’archéologue et en profitèrent comme des enfants facétieux. Le sommeil et les émotions de la journée les rappelèrent bientôt à leur fatigue et ils se coulèrent avec délectation dans les lits. Ceux-ci étaient même un peu renflés au niveau de la tête, en guise d’oreiller de fortune. Ce n’était pas, à proprement parler, un véritable lit confortable comme Ethelle en avait eu l’habitude dans son autre vie. Mais comme couche temporaire pendant un voyage éprouvant physiquement et moralement, cela faisait amplement l’affaire.

La rouquine fut réveillée dans son sommeil. Simon dormait comme un bébé, mais elle sentit que Clay venait d’approcher son lit de poche du sien à elle. « Que faites-vous ? » Lui chuchota-t-elle. Le jeune homme ne lui répondit pas, mais désigna le placard à provisions antique. Ethelle réalisa alors que l’obscurité n’était pas totale. Plusieurs lueurs fantomatiques se tenaient à côté de la grande boîte métallique. Sa vue s’accommodant, la jeune femme se rendit compte qu’il s’agissait d’images de trois personnes regroupées autour de l’armoire antique. Elles paraissaient discuter et rire ensemble et l’une d’entre elle inséra quelque chose sur le côté de la boîte, avant de se pencher vers le bas de celle-ci pour en sortir une bouteille. L’apparition fantomatique disparut aussitôt.

Ethelle, le cœur battant la chamade, se concentra sur les propos que Simon avait tenu un peu plus tôt, selon lesquels ces fantômes ne leur feraient pas de mal, qu’il ne s’agissait que de souvenirs de scènes passées. « Ils sont partis, souffla Clay dont le soulagement était perceptible. Ils m’ont collé une de ces frousses…
– A moi aussi, avoua la rouquine. J’aurais préféré ne pas me réveiller, je vais avoir un mal fou à me rendormir après une chose pareille !
– Je suis désolé, s’excusa le jeune homme. Ce n’était pas le but. C’est juste que je n’avais pas envie de rester tout seul face à cette apparition.
– Hum, je comprends, finit par dire Ethelle. Mais ce n’est pas très convenable.
– Alors ça, ça m’est complètement égal. » Clay se blottit de nouveau dans son lit de poche qu’il avait amené tout près de celui de la jeune femme. Cette dernière décida que, malgré la situation inconvenante aux yeux de la bonne société, la présence de l’ancien Faucheux la rassurait. Même en sachant que ces fantômes étaient inoffensifs, elle n’arrivait pas à s’empêcher de rester tétanisée en les voyant.

La rouquine se coucha de nouveau, à son tour, imitant son compagnon, qu’elle sentait tourné dans sa direction. Toujours un peu inquiets dans l’obscurité totale qu’ils craignaient de voir s’éclairer d’une soudaine apparition spectrale, les deux jeunes gens entamèrent une conversation. Ils chuchotèrent, afin de ne pas réveiller l’archéologue, pendant longtemps. Ils devisèrent de sujets très divers : de leur ancienne vie, de leurs découverte, de Simon, de ce qu’ils ressentaient sur tout ce qu’ils avaient vécu et de bien d’autres choses encore. Rassurés par la présence l’un de l’autre, ils finirent par s’endormir côte à côte, sans avoir aucunement l’impression qu’ils faisaient quelque chose d’inconvenant. Si d’autres spectres avaient fait leur silencieuse apparition, ils ne s’en trouvèrent pas dérangés, dormant paisiblement le reste de la nuit.

Les jours suivants, les trois explorateurs entreprirent de visiter, d’inventorier, de dépoussiérer, de recopier certaines choses qui menaçaient de se perdre et moult autres tâches. Comme Simon avait emmené une immense réserve de carnets, il en céda volontiers un ou deux à Ethelle pour son usage personnel. Il accepta également de lui enseigner ce qu’il pouvait de la langue de cette civilisation disparue. Très motivée, la jeune femme acquis rapidement suffisamment de rudiments pour déchiffrer toute seule quelques écrits qu’elle trouvait dans la bibliothèque. Et, comme elle s’entraînait sans cesse, elle finit par en comprendre de plus en plus toute seule. Cela lui permettait de seconder l’archéologue dans la compréhension de ces personnes disparues et ils avançaient petit à petit à cerner ce qu’ils étudiaient dans cette bibliothèque, qui servait également de lieu d’étude et de travail.

Clay, quant à lui, n’essaya pas d’apprendre à lire cette langue morte. Il ne savait déjà pas lire du tout. Mais il avait une bonne mémoire photographique et il retint quelques mots qui surmontaient les portes. Cela lui permit d’évoluer au sein du bâtiment tout seul, tout en restant précis sur les endroits où il s’était rendu lorsqu’il rapportait ce qu’il avait vu à ses compagnons. Il avait également réalisé qu’il avait un bon coup de crayon et, depuis, faisait des croquis de tout ce qui l’intriguait. Bien sûr, ils ne pouvaient pas rester trop longtemps dans l’obscurité. Tous les deux jours environ, ils faisaient une petite expédition de sortie dans la clairière qui bordait l’entrée de la faille menant à la bibliothèque. Ils profitaient d’un bon bol d’air et vérifiaient que la voiture qu’ils avaient abandonnée là fonctionnait toujours et qu’elle ne souffrait pas trop des intempéries. Les deux jeunes gens avaient tendance à perdre un peu la notion du temps, mais Simon tenait un calendrier scrupuleux du temps qu’ils passaient à explorer l’imposant bâtiment. Il leur expliqua qu’il n’avait pas du tout aimé ne plus savoir où il en était la dernière fois. Il ne savait plus si il avait passé des jours, des mois ou des années à visiter la bibliothèque. C’est pour cela qu’il s’était équipé en conséquence cette fois-ci.

 

 

1155 petits mots aujourd’hui, mais j’avais pris de l’avance exprès ! Ca sera plus efficace demain ^^

NaNoWriMo 2016 : Arkhaiologia Jour 20

Surtout avec quelqu’un d’aussi éparpillé que Simon. Pour le moment, celui-ci paraissait être plongé dans une intense réflexion. Comme cela ne changerait plus rien désormais, la rouquine rabaissa le levier. « Bon bon bon, émit l’archéologue. Il faut que je prenne quelques notes pour ne rien oublier. » Il s’assit sur les marches pour griffonner furieusement dans son carnet. Ethelle en profita pour redescendre vers la porte par laquelle ils étaient entrés. Clay la suivit avec sa lanterne. Une fois qu’ils se retrouvèrent dans le couloir avec toutes les portes, le jeune homme lança :

« Ne trouvez-vous pas cela étrange que nous n’ayons trouvé personne ?
– Non, ils sont morts, répondit la rouquine.
– Oui, non mais je sais cela, s’irrita un peu l’ancien Faucheux. Je ne suis pas totalement stupide. Je demandais pourquoi nous ne trouvons pas de corps ?
– Ils ont du se décomposer, proposa la jeune femme en haussant les épaules.
– Ah ? Je croyais que les conditions de conservation étaient exceptionnelles. Tout le mobilier est encore là, jusqu’à des objets insignifiants comme des balais. Sans compter que nous avons réussi à faire fonctionner une machine plusieurs milliers après ! Nous devrions au moins trouver des morceaux de squelettes, ne pensez-vous pas ?
– Je ne sais pas, s’irrita la jeune femme à son tour un peu vexée de ne pas avoir eu l’idée la première. C’est vrai que c’est étrange. Mais je n’ai pas d’explication. »

Même si elle était déçue de ne pas avoir songé aux cadavres plus tôt, Ethelle songea qu’elle préférait qu’il en soit ainsi. La bibliothèque fantôme, bien que très intéressante, aurait été complètement lugubre avec des corps éparpillés ça et là dans la poussière millénaire environnante. Elle frissonna et secoua la tête pour enlever les images morbides qu’elle avait dans la tête. « Et nous ouvrions d’autres portes ? Proposa-t-elle à son compagnon.
– Excellente idée ! » Se réjouit Clay. Grâce à l’appui offert par le jeune homme, elle prit sur elle d’abaisser la poignée de la porte située en face de celle de l’amphithéâtre. A sa grande déception, elle ne s’ouvrit pas.

« Tiens moi ça, lui enjoignit l’ancien Faucheux en lui tendant la lanterne. Je suis un expert en terme d’ouverture de portes.
– Même des portes d’une civilisation avancée disparue ? Se moqua Ethelle.
– Elles restent des portes, je devrais y arriver. » Décréta-t-il. Tout en s’emparant de petits crochets dans sa poche, il commença par essayer d’ouvrir la porte de manière conventionnelle. Comme sa compagne n’avait pas réussi, il poussa de toutes ses forces. Cela n’eut aucun effet. Il se pencha vers la serrure et se mit à fouailler l’intérieur avec ses outils de crochetage. « J’espère que leurs serrures fonctionnent comme les nôtres, souffla-t-il.
– Je l’espère également. » Approuva la jeune femme qui assistait à la scène dans l’expectative. Elle leva les yeux sur l’inscription au-dessus de la porte. Ne sachant la déchiffrer, la rouquine fut assaillie par une vague de frustration et elle se promit de demander à Simon de lui enseigner les rudiments de cette langue.

« Je ne sais pas trop ce que je suis en train de faire, l’informa Clay les traits tirés par la concentration. Mais je fais des choses, c’est certain. » Un cliquetis lui donna raison et la porte s’ouvrit enfin. Ethelle leva la lanterne tandis que son compagnon découvrait l’intérieur de la pièce. Les tables de la pièces étaient carrelées. Aucun des deux n’avait jamais vu de telles tables. Il y avait également des installations dont ils n’avaient aucune idée de l’utilité. Dans un angle de la salle trônait un grand tube d’un mètre de diamètre qui allait du sol au plafond. Il était rempli d’un liquide et d’une créature, visiblement morte, mais extrêmement bien conservée. « Vous vouliez voir des corps ? Ironisa la rouquine à l’intention de son compagnon. En voici un…
– Oui, acquiesça-t-il en s’approchant du tube. Mais cette chose n’est pas humaine.
– C’est le moins qu’on puisse dire, approuva la jeune femme en le suivant.
– Qu’est ce que c’est ? » La question de Clay resta en suspend.

Ils examinèrent créature avec un mélange de curiosité et de dégoût. Elle n’était pas humaine, mais avait tout de même deux bras et, si l’on exceptait la forme serpentine qui lui tenait lieu de jambes, elle pouvait passer pour un humain femelle. Elle était nue, bien sûr, et sa bouche était grande ouverte en un rictus d’effroi sur un cri silencieux. « Je ne sais pas ce que c’est, répondit finalement Ethelle. Mais… Elle semble effrayée.
– Penses-tu qu’ils lui ont fait du mal ici ?
– Peut-être, ou alors elle est morte comme ça.
– Je pense que nous sommes face à une créature surnaturelle, supposa Clay.
– C’est également mon avis, approuva la rouquine. Sinon, pourquoi aurait-elle une queue de serpent à la place des jambes ?
– Qu’avez-vous trouvé ? »

La soudaine irruption de Simon les fit sursauter et l’un comme l’autre durent se faire violence pour réprimer un cri de terreur. « Vous pourriez être un peu moins effrayant, lui reprocha Ethelle.
– Je suis désolé de vous avoir surpris, s’excusa l’archéologue avec un sourire rayonnant qui démentait quelque peu ses propos. Voyons voir ce que nous avons là… » Il examina à son tour la créature qui flottait dans le tube. « Elle est morte, conservée dans quelque chose qui doit ressembler à du formol, je suppose, déclara-t-il mécaniquement comme si il se trouvait tout seul. Regardez, sous sa chevelure, on ne peut pas voir de vraies oreilles comme les nôtres ; elles sont réduites à un petit trou… C’est tout bonnement fascinant. Une banshee.
– Une quoi ? Interrogea Ethelle qui n’avait pas compris le dernier mot.
– Une banshee, répéta Simon. Depuis que je suis venu ici et que j’ai découvert que cette merveilleuse civilisation avait eu des soucis avec des évènements surnaturels, je me suis beaucoup intéressé au folklore des régions. Encore plus qu’avant, veux-je dire, parce que je me suis toujours beaucoup intéressé à tous les folklores régionaux : je trouve cela passionnant. »

Ils restèrent tous silencieux un bref instant. « Et que font les banshees ? S’enquit Clay qui continuait de fixer la créature.
– Oh, elles informent de la mort prochaine d’un membre de la famille de la personne qui les voit hurler, expliqua brièvement l’archéologue. Elles sont annonciatrices de malheurs et celle-ci… Et bien il semblerait qu’elle ait été capturée ou tuée au beau milieu d’un cri. C’est vraiment fascinant, je n’aurais jamais cru voir une vrai banshee un jour.
– Mais comment avez-vous su qu’il s’agissait d’une banshee ? S’enquit Ethelle. Elles sont sensées avoir une queue de serpent et manquer d’oreilles ?
– Non, pas vraiment. En fait, la description physique change d’un conte à l’autre. Certains les décrivent comme de magnifiques jeunes femmes, d’autres comme des fantômes sans véritable forme et il existe beaucoup d’autres descriptions à leur sujet.
– Comment avez-vous su dans ce cas ? Demanda Clay en répétant la question de la jeune femme rousse.
– Et bien, en fait, c’est juste écrit en bas du tube, leur révéla Simon. Sur cette petite plaque de métal vissée. »

Les deux jeunes gens baissèrent la tête. Il y avait effectivement une inscription mais, comme aucun des deux ne pouvait la comprendre, ils ne s’étaient pas attardés dessus, rapidement hypnotisés par la chose inconnue flottante. « Mmmh, reprit Simon en inspectant la pièce autour d’eux. Cet endroit est étrange, je n’ai jamais rien vu de tel.
– Pensez-vous qu’ils étudiaient cette créature ici ? S’enquit l’ancien Faucheux.
– Je ne crois pas non, répondit l’archéologue. Je pense qu’elle est plutôt placée là comme un ornement.
– C’est étrange, comme ornement, commenta Ethelle qui n’aurait jamais mis une telle chose en guise de décoration chez elle. Je trouve cela un peu de mauvais goût.
– Il faut le voir plutôt comme un trophée, expliqua Simon. Et pense que cet endroit était un lieu de travail.
– Pourquoi y a-t-il de petits éviers à chacune de ces tables ? Demanda la jeune femme rousse. Et pourquoi ces tables sont-elles carrelées ?
– Ahlàlà, si seulement je savais tout cela ! Se désola l’archéologue. Il y a tellement de choses que j’ignore encore ! »

Ethelle et Clay compatissaient intérieurement avec l’homme. La compréhension de cette civilisation disparue allait demander beaucoup de travail, c’était évident. Et la vie seule de Simon risquait de ne pas suffire pour élucider tous les mystères de cette bibliothèque. « Pourquoi appelle-t-on cet endroit une bibliothèque ? S’enquit soudainement Clay. Ne sommes-nous pas sensés trouver des livres ici ?
– Oh oui, il y en a, lui assura Simon. Les étages supérieurs sont emplis de livres. Mais cette bibliothèque est un lieu de travail en général, pas seulement de lecture, loin de là. Il y a beaucoup de zones dédiées à diverses choses un peu partout.
– Ils avaient l’air tellement intelligents, s’émerveilla le jeune homme.
– Il devait y avoir des génies et des gens bêtes, comme toujours, temporisa l’archéologue avec un fin sourire. Ce qu’ils ont construit est particulièrement impressionnant et il est clair qu’ils cultivaient tout ce qui est intellectuel, mais ils n’étaient certainement pas des surhommes. Ils paraissaient en proie aux mêmes chamailleries que les humains de notre époque, de ce que j’ai pu comprendre de leurs écrits. »

L’ancien Faucheux hocha la tête, songeur. Il avait l’esprit plein de merveilles à démêler et à digérer. Cela faisait beaucoup d’information pour un seul homme. Ethelle avait moins de difficulté à ingérer toutes ces choses, même si cela lui donnait parfois le tournis. Elle essayait de s’imaginer ce que pouvait être la vie des personnes qui peuplaient cette bibliothèque autrefois. C’était un exercice difficile d’extrapoler ce que ces gens pouvaient bien faire dans cette pièce. Alors que son regard errait sur les tables carrelées, la jeune femme se figea. Des personnes translucides se tenaient à présent autour des étranges établis. Certains faisant mine d’écrire, d’autres devisaient en riant. Ils avaient l’air jeunes, environ son âge et celui de Clay, et ils étaient vêtus d’étranges vêtements. Plusieurs des jeunes femmes portaient des pantalons – ce qui ne se faisait pour elle que dans le cadre de l’équitation et de l’exploration, encore que dans ces cas son vêtement comportait quand même un jupon jusqu’aux genoux – et des corsages particulièrement évocateurs. Les jeunes hommes, quant à eux, paraissaient cultiver une attitude négligée.

Alors que la rouquine restait bouche-bée, de même que ses compagnons qui avaient tourné la tête et gardaient leurs yeux écarquillés devant le spectacle qui s’offrait à eux, une autre ombre translucide arriva de la porte par laquelle ils étaient entrés. Il s’agissait d’une femme, plus âgée que les jeunes gens de la pièce. Elle portait un étrange manteau blanc qu’elle n’avait pas boutonné et qui laissait apparaître le même type d’accoutrement que celui des jeunes femmes assises aux tables. Puis, comme les ombres étaient apparues, elles disparurent d’un coup, comme par enchantement. L’archéologue et ses deux compagnons restèrent un long moment interdits, immobiles et silencieux. Puis Clay prit une profonde inspiration et brisa le silence : « Qu’était-ce donc que cela ? Lança-t-il d’une voix un peu plus aiguë qu’à l’ordinaire.
– Une autre manifestation de la technologie antique ? » Suggéra Ethelle.

Simon ne répondit pas tout de suite. Il paraissait aussi abasourdi qu’en pleine réflexion. Finalement, en constatant que ses deux apprentis attendaient une réponse de sa part, il se reprit et déclara : « Je ne pense pas que ce que nous venons de voir ait un rapport avec la technologie de cette civilisation. Nous n’avons rien déclenché qui aurait pu produire cela. Non. Selon moi, il s’agit de ce qui a causé la destruction de cette civilisation.
– Comment donc ? S’enquit Ethelle qui n’était pas certaine de voir où l’archéologue voulait en venir.
– C’était, je pense, une manifestation de fantômes, ou quelque chose de ce genre là, tenta d’expliquer Simon.
– Vous pensez qu’il s’agissait d’une apparition surnaturelle ? Vérifia Clay.
– Oui, acquiesça l’archéologue. N’oubliez pas que nous sommes dans une phase de réapparition du surnaturel. Dans un endroit aussi chargé de souvenirs, il est normal que nous soyons confrontés à quelques spectres.
– Vous dites cela comme si ce n’était pas une perspective effrayante, lui reprocha la rouquine d’un ton accusateur.
– Parce que cela ne l’est pas, raisonna Simon avec enthousiasme et comme si cela était évident. Ce que nous avons vu était certainement juste une réminiscence d’une scène qui s’est produite il y a des milliers d’années. Nous ne risquions rien avec eux, ils n’étaient pas là. »

Les deux apprentis explorateurs restèrent de nouveau silencieux quelques instants, le temps d’intégrer les explications de monsieur Derrington. « Y a-t-il des risques que nous voyions d’autres réminiscences comme celle-ci ? Demanda finalement Ethelle.
– Tout est possible ! Eluda l’archéologue.
– Est-ce un oui ? Vérifia Clay.
– Il n’y a aucun moyen d’en être sûr, avoua finalement Simon. Mais selon moi, il y a de grandes chances pour que nous assistions à d’autres scènes fantomatiques.
– C’est une perspective un peu morbide, grommela l’ancien Faucheux.
– Oui, approuva la rouquine. Mais cela pourrait peut-être nous permettre de comprendre certaines choses sur cet endroit… Tant que cela reste inoffensif. » L’archéologue adressa à la jeune femme l’un de ses fameux sourires radieux, l’air de penser qu’elle venait enfin d’avoir eu l’illumination qu’il attendait qu’elle atteigne. Après un long instant de réflexion, Clay finit par se ranger également du point de vue qu’il pourrait être intéressant d’assister à d’autres scènes jouées par des fantômes. « Mais pas trop. » Ajouta-t-il en frottant la chair de poule sur ses bras.

Cette fois, les deux jeunes gens attendirent que Simon termine de griffonner dans son carnet au lieu de partir de nouveau explorer tous seuls. Ils avaient l’irrationnelle impression qu’en restant avec lui, ils risquaient de faire moins de mauvaises rencontres. Un peu comme si, par ses raisonnements, tout devenait moins effrayant. En jetant un coup d’œil par dessus l’épaule de l’archéologue, Ethelle put constater qu’il ne faisait pas que prendre des notes. Il gribouillait aussi des schémas et était actuellement en train de faire une esquisse de la banshee présumée qui flottait dans son tube de verre. « J’aurais bien aimé emmener un photographeur avec nous, badina-t-il en constatant que ses deux compagnons étaient très attentifs à ce qu’il faisait ou parce que le silence environnant était étouffant. Malheureusement tout est tellement sombre ici que cela n’aurait pas donné de clichés satisfaisants. C’est pour cela que, pour le moment, je dessine. Pour oublier le moins de détails possibles. »

Pour patienter, ils errèrent tout de même dans la salle, pour l’inspecter. Ils ouvrirent les placards qui se trouvèrent sous les étranges bureaux carrelés, mais ils ne trouvèrent rien qui leur évoquait quoique ce soit. Clay découvrit un récipient plein de petites boules colorées à appendice et un autre plein de petits tubes rigides. Une étrange construction leur laissa penser que les petites boules pouvaient être fixées les unes aux autres grâces au tuyaux rigides, afin de former des structures tridimensionnelles. Mais ils n’avaient aucune idée de ce que cela était sensé représenter ou à quoi cela pouvait bien servir. Evidemment, Simon trouvait tout très intéressant et décida de conserver la construction, qu’il manipula avec beaucoup de précautions, la plaça minutieusement dans une boite rembourrée qu’il rangea ensuite dans sa besace. « Il y a tellement d’objets, ici, dont je n’ai pas la moindre idée de l’utilité, soupira Clay. C’est un peu désespérant.
– Je comprends votre émoi, croyez-moi, compatit Simon. Dans ce métier, nous avons besoin d’être très patients. A force d’étude, nous finissons par élucider tout un tas de mystères ! Et c’est merveilleux, vous verrez ! »

Les paroles de l’homme excentrique et passionné firent mouche. Ses deux apprentis explorateurs récupérèrent un peu de motivation et examinèrent la salle de fond en comble, avec beaucoup de minutie. Ethelle fit la remarque que le grand tableau blanc sur le mur qui faisait face aux tables carrelées ressemblait beaucoup aux tableaux verts qu’elle avait eu dans son école de Notre Dame des Roses. En touchant sa surface, craquelée par endroits, elle estima qu’elle n’avait aucune idée de la matière dont il s’agissait, et que des craies auraient du mal à écrire dessus. Simon, qui en avait emporté, leur donna une craie pour qu’ils puissent faire un essai. Comme la jeune femme l’avait subodoré, la craie n’écrivait pas sur ce tableau là. Clay entreprit donc de chercher ce qui pourrait bien écrire sur cet objet blanc. Il trouva d’étranges tubes aux bouchons colorés et se montra certain que ces objets devaient être les craies qu’ils recherchaient. Malheureusement, les pinceaux sous les capuchons étaient secs. Ils ne purent donc pas vérifier son hypothèse.

Ils passèrent beaucoup de temps dans cette pièce à examiner le moindre objet et à en discuter passionnément. Ethelle était définitivement conquise par l’exercice. Au point qu’elle commençait à ressentir le besoin de tenir, elle aussi, un carnet pour noter ses pensées. Une fois qu’ils eurent passé la salle au peigne fin, Clay se mit à bâiller, faisant pouffer Simon. « Il est tard, effectivement, en convint l’archéologue en rangeant sa montre à gousset qu’il venait d’examiner. J’ai même entendu mon estomac gargouiller tout à l’heure. Je pense qu’il est grand temps que nous allions nous restaurer et nous reposer au camp ! » Il n’eut pas besoin de convaincre les deux jeunes gens qui étaient en train de prendre conscience de leur fatigue et de la faim qu’ils ressentaient. Les trois compères empruntèrent de nouveau le couloir, dans la direction des escaliers qui allaient les mener au rez-de-chaussée.

En arrivant dans la petite pièce qui servait, selon Simon, de zone de détente à l’époque, l’archéologue les félicita pour le ménage qu’ils y avaient fait. « Nous n’avions pas eu le temps de vous demander, puisque vous étiez déjà parti, commença Clay en désignant un énorme objet métallique rectangulaire plus grand que lui, mais savez-vous à quoi servait cette grande boîte en métal ?
– J’ai mes présomptions, oui, lui avoua l’archéologue. Voyons voir si vous en venez aux mêmes conclusions que moi. » Piquée par le défi, Ethelle s’approcha de la boite en métal sur le devant de laquelle avait été fixé un grand panneau en verre qui permettait de voir à l’intérieur. Le panneau était recouvert de poussière, mais quelqu’un en avait un peu enlevé. La rouquine supposa qu’il s’agissait de l’œuvre de Simon. Elle enleva un peu plus de poussière et examina l’intérieur.

« Ha ! s’exclama-t-elle triomphalement après quelques minutes d’observation et de réflexion. Il s’agit d’un placard à provisions !
– A quoi voyez-vous cela ? S’enquit Clay éberlué par la confiance que la jeune femme avait placé dans ses propos.
– Aux bouteilles, révéla Ethelle. Du moins, à celles qui restent. Certaines ont une forme très bizarre, mais je suis certaines que ce sont des récipients. Et au-dessus… Et bien c’est difficile à dire parce que la plupart des choses se sont désagrégées, mais ce devait être de la nourriture.
– Bravo ! Se réjouit Simon en applaudissant. J’en étais arrivé à la même conclusion ! En parlant nourriture, le repas est prêt. Venez donc profiter de notre premier souper dans cette merveilleuse bibliothèque antique. »

 

 

3204 mots pour aujourd’hui, encore de l’avance de prise !

NaNoWriMo 2016 : Arkhaiologia Jour 19

Suivant du regard les traces que Simon avait laissées lors de sa précédente visite, elle pouvait retracer tout son parcours. Comme il y avait de grandes trainées dans la poussière qui partaient dans tous les sens, Ethelle supposa qu’il s’était laissé submerger par son émerveillement et avait couru dans tous les coins pour voir le plus de choses possible. Elle fit également l’hypothèse qu’au début il avait certainement du avoir du mal à se poser à un endroit précis pour étudier plus précisément une zone donnée. Au grand soulagement de la rouquine, l’archéologue paraissait plutôt calme, en dépit du feu de l’enthousiasme qui couvait dans ses yeux. Il semblait parvenir à se maîtriser. Il en était de même pour Clay ; elle poussa un soupir de soulagement intérieur.

Ils étaient arrivé dans un grand hall. Très haut de plafond, le hall était spacieux. Un îlot trônait au centre de la pièce et, derrière, s’élevait une volée d’escalier, bordé de chaque côté par d’étranges marches en ferraille. Un autre escalier bordé, lui aussi, de marche en ferraille descendait. « Il s’agit certainement du comptoir d’accueil, lui expliqua Simon qui avait suivi le regard de la jeune femme. Je ne sais pas à quoi servaient ces… Machins. » Ajouta-t-il en désignant des poteaux en forme d’échelle qui bordaient les deux côtés de l’îlot central. « Peut-être qu’à l’époque ils étaient des portes qui empêchaient l’accès aux salles importantes, suggéra l’archéologue. Je compte bien élucider tous ces mystères. Sinon, vous pouvez voir des salles qui bordent le hall, pas très bien avec la lumière de la lanterne je vous l’accorde. Je ne sais pas à quoi servaient toutes les salles, encore. Mais l’une d’entre elle était clairement une zone de détente. Je vous propose que nous allions monter notre camp là-bas. » Ses deux compagnons acquiescèrent et entreprirent d’emmener toutes leurs affaires dans la pièce indiquée.

D’un commun accord, Clay et Ethelle décidèrent que la pièce était trop envahie de poussière pour pouvoir y dormir sans s’étouffer pendant leur sommeil. Le jeune homme ressortit de l’endroit et fureta un peu. Dans un renfoncement du grand hall, il repéra une porte dans un mur, qui pouvait passer pour un placard. Il l’ouvrit et se sentit très fier d’avoir supposé juste. Il avisa un objet qui ressemblait à un balai au manche de métal et s’en empara. Soulagé que l’objet ne se désagrège pas entre ses doigts malgré son grand âge, il l’emmena auprès de sa compagne. « C’est impressionnant, il a encore toutes ses franges, constata-t-elle.
– Je pense que c’est parce qu’elles sont faites d’un matériau… Bizarre, déclara Clay. Je ne sais pas ce que c’est, mais ça a défié le temps.
– Simon a dit que les conditions de conservation de la bibliothèque étaient exceptionnelles vu son âge, ajouta Ethelle. Il pense qu’elle a été ensevelie juste comme il faut pour que tout se conserve au mieux.
– Oui, je me souviens qu’il a dit ces choses là, acquiesça le jeune homme. J’ai du mal à m’imaginer tout ça. Comment étaient les gens qui vivaient ici par exemple.
– Ils ne vivaient pas ici, corrigea-t-elle. Si il s’agissait vraiment d’une bibliothèque, il y a fort à parier qu’ils étudiaient ou travaillaient ici.
– C’est ça, précisa-t-il. J’ai du mal à m’imaginer toutes ces choses. »

Ils échangèrent un sourire. Puis ils entreprirent d’évacuer la plus grosse partie de la poussière de l’endroit. Comme Clay n’avait trouvé qu’un balai, Ethelle s’empara d’une grosse brosse d’archéologie de Simon pour l’aider. Alors qu’ils avaient fini de se débarrasser du plus gros de la poussière, le jeune homme reprit : « Qui sait si ce que je tiens actuellement dans les mains est véritablement un balai ?
– Oh, c’est une bonne question, réalisa la rouquine. Quoiqu’il en soit, il a parfaitement réussi son office.
– Je suis en train de me demander si Simon va m’en vouloir d’avoir utilisé un artefact millénaire pour nettoyer la pièce.
– Quoi de mieux qu’un balai de plusieurs milliers d’années pour nettoyer une bibliothèque de plusieurs milliers d’années ? Ironisa Ethelle.
– Très bonne excuse ! » Pouffa son compagnon. Avisant le mobilier qui restait dans la pièce, il continua : « Je me demande si ces sièges sont confortables.
– Je ne les testerais pas, si j’étais vous, le prévint la rouquine. Ils risqueraient de se désagréger sous votre poids. » Le jeune homme acquiesça, il se disait certainement la même chose, mais cela ne l’empêchait pas de paraître déçu.

Après avoir nettoyé et installé un semblant de camp, les deux jeunes gens sortirent de la salle, lanterne en main, pour retrouver l’archéologue. Celui-ci ne se trouvait plus dans le grand hall. Lorsqu’ils l’avaient laissé, il admirait pensivement les poteaux en forme d’échelle qui se dressaient de part et d’autre de l’îlot d’accueil, les fixant intensément comme pour les faire parler. Il n’avait pas du en tirer quoi que ce soit et s’était certainement lassé, préférant explorer d’autres parties du bâtiment. Simon ne se trouvait nulle part au rez-de-chaussée, de ce qu’ils purent constater. Ils se rendirent aux grands escaliers derrière l’îlot et ses poteaux. « En haut ou en bas ? Interrogea Clay.
– Monsieur Derrington ? » Appela Ethelle. Mais l’interpellé ne répondit pas. Les deux apprentis explorateurs tendirent l’oreille, à l’affût d’un indice sur la position de l’archéologue.

« Ces traces là ont l’air plus fraîches que toutes les autres qu’il a laissées la dernière fois qu’il est venu, déclara le jeune homme en désignant des empreintes qui se dirigeaient vers le bas.
– En effet, en convint la rouquine. Descendons voir ; j’espère qu’il ne s’est pas blessé. » Ils prirent les marches qui descendaient avec précaution. Etant donné leur âge, ils craignaient qu’elles ne s’effritent sous leurs pieds. Malgré leurs craintes, ils arrivèrent à l’étage du dessous sans encombre. Clay leva haut sa lanterne pour leur permettre de voir les alentours. Le hall de cet étage disposait de dimensions plus modestes que celui du dessus et plusieurs couloirs en partaient. Examinant les traces, ils empruntèrent celui qui paraissait avoir les traces de Simon les plus fraîches. Des portes perçaient les murs de part et d’autre de ce couloir et Ethelle se demanda ce qu’elle renfermaient. Elle hésita même à arrêter de chercher l’archéologue pour ouvrir certaines d’entre elles. La crainte de faire une bêtise la retint.

« Monsieur Derrington ? Appela-t-elle. Où êtes-vous ? Ce n’est pas très aimable de votre part d’être parti explorer les lieux sans nous !
– Par ici ! » Lança joyeusement Simon. Il passa une tête dans le couloir, un peu plus loin et leur fit vivement signe de s’approcher. « Venez voir ce que j’ai trouvé ! » Soulagés d’avoir retrouvé leur excentrique archéologue, ils se précipitèrent à sa rencontre et se glissèrent dans la pièce qu’il avait ouverte. « Regardez-moi ça !
– Regarder quoi ? Demanda Clay.
– Et pourquoi cette pièce en particulier ? Compléta Ethelle intriguée.
– Oh, une intuition, balaya Simon. Mais admirez donc cette installation ! » La pièce était plus vaste que ce à quoi s’attendait la rouquine. Il s’agissait d’un petit amphithéâtre et tous les sièges étaient tournés dans leur direction. Elle se tourna et le mur, derrière elle, était blanc.

L’archéologue était déjà en train de monter à l’assaut des marches en direction d’un étrange boîtier. « On dirait un photographeur (j’avais pas déjà donné un autre nom à ça ? x) ), commenta la jeune femme.
– Tiens donc, s’étonna l’archéologue qui ouvrait précautionneusement le boîtier. Il semblerait que vous ayez raison mademoiselle ! Du moins, cet objet comporte de nombreuses similitudes. Bien sûr, je ne suis pas un spécialiste de ces appareils. Nous allons devoir étudier la question… Ah mince ! Ils ont fixé leur machine. Mmmh… » Clay s’approcha à son tour. Il examina l’objet avec attention. La machine possédait effectivement quelque chose qui ressemblait à leurs objectifs de photographeurs. Mais il avait une forme peu conventionnelle et beaucoup de choses manquaient, selon lui, qui avait eu l’occasion de longuement inspecter un de ces objets qui se trouvait sur le zeppelin de la veuve noire. Il toussota, puis expliqua :

« Je ne vois aucun des mécanismes qui permettent de le faire fonctionner. Et puis, il se trouvait dans une boîte fermée et je ne vois pas de place où se mettre en tant que photographe (?)… Etes-vous certain qu’il s’agit d’un photographeur ?
– Je ne suis certain de rien, soupira Simon. Et vos propos font sens. Moi qui était tellement content de trouver un point commun entre eux et nous…
– Avez-vous entendu parler de cette récente invention ? Intervint Ethelle. J’ai entendu dire que des gens avaient trouvé le moyen d’enregistrer des images mouvantes et non juste des images fixes.
– Est-ce vrai ? S’émerveilla Clay qui n’avait jamais entendu parler d’un tel prodige.
– Tout à fait, confirma pompeusement la jeune femme. Il se peut que cela soit ce type d’appareil.
– C’est ingénieux ce que vous dites là mademoiselle, se réjouit l’archéologue. Ce pourrait en effet être un appareil qui immortaliserait des spectacles ou des conférences ou des choses comme ça. J’ai vraiment bien fait de vous emmener avec moi, vous êtes vifs mes amis ! »

Ses deux apprentis sourirent, ravis du compliment. Ils se sentaient aussi très fiers de proposer des idées et hypothèses que l’archéologue considérait sérieusement. Ethelle faisait le tour de la pièce tandis que ses deux compagnons continuaient d’inspecter la machine. « Je ne vois toujours pas de mécanisme qui permette d’activer la machine, persista Clay.
– Cela ne m’étonne pas, soupira Simon. Et cela peut, en fait, confirmer une de mes hypothèses.
– Vraiment ? S’enquit curieusement l’ancien Faucheux.
– Oui, continua l’archéologue. Il me semble avoir compris qu’ils utilisaient une énergie autre que mécanique pour leurs appareils. Quelque chose de plus volatile.
– Comme du gaz ? Supposa Ethelle de loin.
– Mmmh, considéra Simon. Peut-être quelque chose comme cela. Mais définitivement pas de gaz. J’ai déjà vu des tuyaux, mais ils ressemblent plutôt à des câbles et des câbles pleins qui plus est ; je ne vois pas comment du gaz pourrait passer à l’intérieur. »

Les deux hommes tournèrent leur attention vers la rouquine qui s’intéressait à un étrange petit placard accroché à un mur près d’une des portes du haut de l’amphithéâtre. Elle l’ouvrit et il grinça sur ses gonds. A l’intérieur, la jeune femme aperçut plusieurs boutons et un gros levier. Elle ne put déchiffrer ce qu’il y avait d’écrit à côté de chacun des boutons ni des deux positions possibles du levier. Grisée par la curiosité contagieuse de ses compagnons, elle saisit le levier et tenta de le lever. Ce fut tellement difficile qu’elle dut y mettre les deux mains et, enfin, il se débloqua d’un coup sur un bruit affreux, tenant à la fois du craquement et du grincement. En réponse, de faibles lumières vertes et sourdes s’allumèrent au-dessus des portes, l’appareil au-dessus lequel se tenaient Clay et Simon se mit à ronronner et des grésillements provenant de petites boîtiers à grilles en haut des murs se firent entendre. Les trois explorateurs étaient subjugués tant cela semblait à la fois merveilleux et effrayant.

Une image s’afficha soudain sur le mur blanc en face du mystérieux appareil, en bas de l’amphithéâtre. D’après le faisceau lumineux qui jaillissait de l’objectif de l’appareil, les explorateurs déduisirent que c’était lui qui produisait l’image. Il s’agissait d’un texte qui clignota plusieurs fois avant de rester stable. « Qu’est ce que cela signifie ? Demanda Ethelle la gorge nouée.
– Je n’en suis pas entièrement certain, hésita l’archéologue. Il est clair qu’il s’agit d’un message de mise en garde.
– Sommes-nous en danger ? S’inquiéta Clay.
– Non non, je ne pense pas, le rassura Simon. Je dirais que ça parle de faibles ressources d’énergie qui risquent de bientôt s’éteindre. Et il y a quelque chose à propos d’un système de secours qu’il faut… Lancer ? Brancher ? Si l’on veut continuer à profiter de l’installation. »

Sans aucun signe avant-coureur, tout se coupa. Le silence et l’obscurité revinrent. « Je crois que les ressources d’énergie, quelles qu’elles soient, sont épuisées, commenta platement Simon.
– C’était impressionnant, déclara Ethelle qui avait été époustouflée par cette démonstration. Je n’en reviens pas !
– On aurait dit de la magie, renchérit Clay. Pensez-vous que nous puissions trouver ce système de secours ?
– Je ne sais pas, avoua l’archéologue en se mâchouillant pensivement la lèvre inférieure. Ce que je sais, en revanche, c’est que ce que nous venons de vivre confirme que ma découverte est colossale !
– Si nous découvrons comment cette civilisation faisait fonctionner toutes ces choses, appuya la rouquine, cela pourrait même changer la face du monde.
– Wow, lâcha Clay. Je ne pensais pas prendre part à quelque chose d’aussi important un jour… C’est… C’est complètement fou ! »

Les trois explorateurs restèrent un moment à digérer ce qu’ils venaient de vivre. « Comment des gens qui pouvaient réussir à faire des choses aussi merveilleuses ont-ils pu disparaître ? Lança l’ancien Faucheux. Je n’arrive pas à le concevoir !
– Les créatures surnaturelles, rappela Ethelle. Ils n’ont rien pu faire comme la magie, si ce que Simon nous a dit était exact.
– Oui, confirma l’archéologue tout aussi pensif que ses deux compagnons. C’est effectivement ce qu’il m’a semblé comprendre dans ce que j’ai lu. Enfin, ce n’était pas aussi clair que cela, bien sûr. Disons que j’ai trouvé beaucoup de documents qui parlaient du problème récurrent de l’apparition de choses surnaturelles. Et aussi qu’ils avaient découvert comment enrayer cela, mais que d’aucuns s’inquiétaient que des factions cherchent à détruire leur monde en sabotant ce dispositif. J’ai mis des mois à découvrir tout cela !
– Des mois ? S’étonna Clay. Mais combien de temps avez-vous donc passé ici ?
– Plusieurs mois, répondit évasivement Simon. Il y a tellement de choses à découvrir ici ! Et puis, il a d’abord fallu que j’apprenne comment déchiffrer la langue avant de pouvoir essayer de décrypter tout ce savoir ! »

Pour Ethelle, abattre autant de travail tout seul devait plutôt nécessiter plusieurs années.

 

 

2340 mots pour aujourd’hui, je commence même à prendre de l’avance dis-donc !

NaNoWriMo 2016 : Arkhaiologia Jour 18

Le train ne s’était pas encore arrêté que Simon sortit de sa maison pour sauter lestement sur le quai, afin de bien vérifier que la gare avait bien reçu son télégramme qu’il avait envoyé de Covempton à propos du stockage de son wagon-appartement. L’archéologue ne revint pas tout de suite, mais les deux jeunes gens perçurent des vibrations dans le sol de la voiture, puis celle-ci s’ébranla de nouveau, en arrière cette fois. Cela dura peu de temps : le wagon tourna et se retrouva rapidement rangé sur une voie de garage. L’archéologue fit de nouveau irruption, souriant comme à son habitude. « Tout va bien, leur assura-t-il. Ils garderont ma maisonnette au chaud pendant que nous partons en expédition. » Les deux jeunes gens acquiescèrent de concert. Ils passèrent la suite et la fin de leur soirée à préparer du matériel tout en discutant ensemble de choses et d’autres et, notamment, de ce qu’ils risquaient de trouver dans la bibliothèque. En vue de leur future journée de labeur, ils partirent tous trois se coucher très tôt.

 

Bien équipés, les trois explorateurs se rendirent à AllMobile, une petite société qui louait tout un tas de moyens de transport. Les alentours de cette ville étaient très touristiques, avec son lac aux eaux claires, ses ruines historiques et ses randonnées montagnardes. AllMobile était donc une petite affaire plutôt prospère. Simon jeta son dévolu sur ce que le loueur appelait pompeusement une mécamobile. Il régla et signa quelques papiers, puis les trois posèrent toutes leurs affaires dans le véhicule. Ils montèrent aussitôt en voiture et l’archéologue se mit vivement au volant. Ethelle put remarquer qu’il conduisait plutôt bien pour quelqu’un d’apparence aussi éparpillée. Il les mena d’abord acheter de quoi pique-niquer pendant l’expédition avant de se mettre véritablement en route.
(Insérer une péripétie incluant NM ?)

En quittant la ville, ils décapotèrent la voiture, pour profiter au mieux du voyage. Clay, à qui ils avaient laissé toute la banquette arrière, était penché vers l’extérieur pour mieux sentir l’air fouetter son visage. Il rappela à Ethelle les chiens de ses amis qui agissaient de même dès qu’ils montaient en voiture, enthousiasmés par le voyage et le vent dans leur truffe. Simon les emmena très loin dans la nature. Il n’y avait même plus de route et, pourtant, il continuait de rouler avec détermination au milieu de nulle part. Ils avaient quitté les hautes montagnes et l’endroit était vallonné, teinté des jaunes, oranges et rouges de l’automne. L’herbe était encore bien verte et des fleurs persistaient ça et là. La rouquine finit par se sentir fatiguée, enivrée par le grand air ; elle ferma les yeux et s’endormit paisiblement.

L’arrêt du véhicule la tira du sommeil. Elle bâilla et s’étira longuement. Ceci fait, la jeune femme inspecta les alentours de là où ils s’étaient garés. Ils se trouvaient dans une étrange clairière bordée de feuillus clairsemés d’un côté et du flanc d’une grande colline de l’autre. Simon avait garé la voiture au milieu de la clairière et était en train d’installer de nouveau le capot, probablement au cas où il y ait des intempéries ; il ne comptait certainement pas laisser la caution qu’il avait laissée à AllMobile. Clay avait commencé à décharger le véhicule mais, intrigué par l’endroit, avait arrêté pour faire le tour de la clairière, examinant tout avec attention. « Fait attention où tu marches, le prévint Simon. Vers la colline le terrain est de plus en plus instable. » Ethelle descendit à son tour et, malgré son manque d’habitude dans le domaine, songea à aider l’archéologue à sortir leurs affaires.

« Sortons tout, déclara Simon. Nous allons carrément monter notre camp dans la bibliothèque.
– Est-ce bien raisonnable ? S’inquiéta la jeune femme. Ne risquons-nous pas de nous retrouver ensevelis là-dessous si nous y dormons ?
– Oh non, il n’y a pas de souci à avoir, lui assura l’archéologue. Lors de ma dernière visite, j’ai repéré un endroit tout à fait stable et sain.
– Vous nous avez dit que vous aviez découvert l’entrée dans une faille qui s’était ouverte suite à un tremblement de terre, pointa la rouquine. Comment est-ce que l’endroit peut être stable ?
– Oh mais le tremblement de terre a eu lieu il y a bien longtemps de cela, la région n’a plus vraiment d’activité sismique ! » Comme toujours, Simon débordait d’enthousiasme. L’effet rassurant de ses propos était donc mitigé sur Ethelle. Elle se laissa tout de même convaincre. Les yeux de l’archéologue brillaient de millions d’étoiles à chaque fois qu’il mentionnait qu’ils allaient passer quelques jours entiers dans ce bâtiment antique. Et comme elle doutait que Clay se montre plus raisonnable, elle se résigna à les suivre dans leur douce folie exploratrice.

« Wow ! S’exclama d’ailleurs celui-ci. Euh ? Hem… Les gars ? Je crois que j’ai trouvé la faille ! » Il y eut un silence. « J’ai failli tomber dedans ! » Les informa-t-il ensuite. La rouquine leva les yeux au ciel. Elle craignait que l’enthousiasme débordant des deux homme qu’elle accompagnait ne leur fasse faire des bêtises. Légèrement inquiète et ayant l’impression d’être la seule personne raisonnable de l’équipe, la jeune femme se promit de les surveiller pour éviter qu’ils se blessent dans leur entreprise. Ce fut, entre autre, pour cette raison qu’elle observa avec intérêt Simon qui sortait le matériel pour les assurer pendant leur descente. Ils n’allaient pas avoir à escalader à proprement parler, mais la descente promettait d’être abrupte. Et cela risquait d’être d’autant plus dangereux qu’ils seraient chargés. Et encore, Derrington leur avait dit qu’il restreignait le poids au minimum, car ils auraient certainement des trésors archéologiques à ramener de leur voyage dans le passé.

Après les dernières recommandations de Simon – qui paraissaient étrangement sérieuses par rapport à ses habitudes légères – les trois explorateurs entreprirent de descendre dans les entrailles de la terre, avec précaution. L’archéologue ouvrait la marche en l’éclairant d’une lanterne, puisqu’il connaissait mieux le terrain, Ethelle suivait et Clay fermait la marche en portant le plus gros du matériel. A certains moments, le passage devenait très étroit, en plus d’être abrupt, ce qui ralentit encore leur progression. Le gros avantage du métier d’archéologue, se dit la rouquine, c’est qu’au moins ils n’étaient pas pressés : les vestiges n’iraient nulle part. C’était peut-être même pour cette raison que Simon parvenait actuellement à prendre son temps à marcher précautionneusement au lieu de sautiller vers sa bibliothèque chérie. Dans tous les cas, cette attitude mature rassurait Ethelle. Clay se montrait également prudent, ce qui la réconfortait d’autant plus.

La descente ne s’éternisa pas autant que la jeune femme le craignait, même si il y avait eu des passages très compliqués. Ils posèrent enfin le pied sur des marches de pierre qui montaient sur leur droite pour arriver devant des portes, originellement en verre, dont les débris d’une d’entre elles jonchaient le sol. L’archéologue avait l’air un peu gêné. Il se tint un bref instant devant eux, les mains se tordant d’embarras comme un enfant. La rouquine décida de profiter de la situation pour le taquiner. Cela ne lui ressemblait pas d’ordinaire, mais elle ne put s’en empêcher. « C’est vous qui avez cassé cette porte millénaire, n’est ce pas ? » S’enquit-elle. La jeune femme récolta un hochement de tête affirmatif et contrit. « Ne nous avez-vous pas dit que de détruire de telles pièces allait à l’encontre de tous vos principes archéologiques ?
– Oui, je sais, soupira-t-il. Mais je n’avais pas le choix ! Les armatures étaient trop vieilles pour ne pas se désagréger lorsque j’ai essayé d’ouvrir, tout a lâché d’un coup et la vitre est tombée d’un coup.
– Comment sont-elles sensées s’ouvrir ? » Demanda Clay qui observait curieusement les portes. La question parut rendre sa personnalité passionnée à Simon.

« Oh ! Elles sont sensées coulisser, expliqua-t-il joyeusement.
– Je suppose que le système de coulissage ne fonctionne plus, déplora l’ancien Faucheux. Et où se trouve la poignée ?
– Je me suis posé la même question ! Se réjouit l’archéologue.
– Et donc ? S’enquit Ethelle alors que l’explication se faisait attendre.
– Je ne sais pas, avoua Simon. Je n’ai pas réussi à déterminer comment cela fonctionnait. Ca ressemble à quelque chose qui aurait été activé de manière mécanique, ou quelque chose comme ça.
– Si c’est le cas, c’est ingénieux, commenta Clay. Tous les mécanismes doivent être cachés dans les murs.
– Je pense, oui, approuva l’archéologue. Il faudrait que j’amène des techniciens ici pour étudier la question. Je… Je n’ai pas l’habitude de ne pas comprendre les techniques de l’antiquité. Normalement ils sont sensés être moins avancés que nous sur le plan technologique. Mais eux… » Il se mâchouilla la lèvre inférieure.

« Eux je les soupçonne d’avoir été beaucoup mais alors, vraiment beaucoup plus avancés que nous.
– Cela semble vous perturber, nota Ethelle.
– Je suppose que oui, en un sens, réfléchit Simon. C’est comme si je m’aventurais en territoire totalement inconnu. Ce qui est particulièrement excitant ! Mais aussi, un peu effrayant je dois bien l’avouer.
– Qu’est-il écrit là au-dessus ? S’enquit Clay en désignant le fronton de la porte.
– Oh ! Ca, je le sais ! Se pavana l’archéologue. Leur alphabet est une version antérieure de plusieurs alphabets antiques que je connais (trouver des noms de langues antiques de différentes régions et s’étendre sur le sujet) et qui ont beaucoup de points communs. Je pense qu’ils sont tous issus de cet alphabet là. Les deux mots sont aussi assez ressemblants à ces langues en question.
– Cela ne nous dit pas la signification de ces deux mots, lui rappela la rouquine.
– Haha oui, excusez-moi mademoiselle, je me suis encore laissé emporter, se repentit Simon avec un sourire rayonnant. Ces deux mots veulent dire Bibliothèque Universitaire.
– Wow ! S’exclama Clay. Cela faisait donc partie d’une école ?
– Pas seulement, s’enthousiasma l’archéologue. De ce que j’ai compris, cet endroit faisait partie de tout un ensemble dédié à toutes sortes de recherches et d’érudition.
– Ca semble particulièrement important et intéressant, s’émerveilla le jeune homme.
– Oh oui, assurément, approuva vivement Simon. Et encore, je ne comprends pas toute leur langue ! C’est une forme vraiment ancienne par rapport à celles que je connais et je ne suis pas linguiste de formation en plus.
– S’agit-il d’une forme plus archaïque ? S’enquit Ethelle.
– Non, au contraire, soupira l’archéologue, elle est plus subtile et complexe. Surtout complexe. Comme je regrette de ne pas avoir été plus sérieux, j’aurais du passer cette formation de linguiste !
– Vous avez pourtant l’air de bien vous débrouiller, le rassura Clay appuyé par un hochement de tête de la jeune femme rousse.
– Merci, vous êtes tellement adorables tous les deux, s’attendrit Simon. Il n’empêche que j’aurais été plus efficace ici si j’avais été linguiste. Mais vous avez raison, après tout je connais toutes ces langues mortes comme si elles étaient mes langues maternelles. Je finirai bien par vaincre cette langue originelle ! »

Après cette petite discussion édifiante sur le palier de la bibliothèque, l’archéologue les fit entrer dans le bâtiment par la porte qu’il avait cassée auparavant. L’intérieur avait très peu bougé, pour quelque chose qui datait de plusieurs millénaires. Bien sûr, une épaisse couche de poussière et quelques débris recouvraient le tout, mais Ethelle estima qu’il n’y aurait pas besoin de beaucoup de rénovation pour rendre à l’édifice son état d’antan. Cela l’impressionna. Elle commençait à se laisser gagner par l’enthousiasme de ses deux compagnons d’exploration.

 

 

1910 mots pour aujourd’hui et retard rattrapé \o/

NaNoWriMo 2016 : Arkhaiologia Jour 17

Elle ne resta pas offusquée très longtemps alors qu’ils se partageaient les gâteaux restants. Ils étaient encore chauds et se régalèrent. « J’espère que vous savez qu’il faut les laisser reposer avant de les manger, les informa Simon. Bande de gloutons ! » Les deux jeunes gens échangèrent un regard complice, avant de terminer l’assiette. Clay s’occupa même de terminer toutes les miettes. L’archéologue faisait semblant d’être fâché, mais il était évident qu’il était ravi du succès de ses petites pâtisseries. Ses hôtes étaient même tellement les bienvenus qu’il leur avait encore prévu une surprise avant que le train, qui devait emmener l’appartement mobile, n’arrive.

Un couple de tailleur-couturier frappa bientôt à la porte. Simon leur avait demandé de venir pour équiper en vêtements d’explorateurs décents ceux qu’il avait décidé de proclamer ses apprentis. Les deux tailleurs se montrèrent très aimables envers l’archéologue qui leur expliqua en long, en large et en travers ce qu’il attendait d’eux. Ils avaient un certain âge et se contentèrent de le considérer avec bienveillance. Lorsqu’ils commencèrent à se mettre au travail, Simon ne put s’empêcher de tourner autour d’eux pour leur poser des questions ou émettre des suggestions. Ethelle songa qu’elle n’aimerait pas être à la place des deux artisans. La femme du couple finit par l’informer que se tenait actuellement le marché de la gare, l’un des plus gros de la région, qu’y était vendue toute une variété de produits locaux et que ce serait dommage de rater une telle occasion.

Toujours enthousiaste, l’archéologue se laissa piéger et sortit aussitôt faire des emplettes. « Vous avez bien fait de l’envoyer ailleurs, commenta la rouquine. Il me mettait les nerfs en pelote !
– Je sais bien, pouffa la couturière. Il mettait également les nerfs en pelote à mon mari, n’est ce pas mon amour ?
– Hmpf, commenta le tailleur.
– Et je pense que cela aurait été dommage que l’un d’entre vous se retrouve piqué d’une aiguille sur un geste d’énervement.
– Je suis bien d’accord, confirma Clay qui louchait d’un air inquiet sur les nombreuses épingles.
– Nous n’aurons pas le temps de faire grand chose, précisa l’homme. Juste un vêtement, dit d’explorateur comme commandé par monsieur Derrington, pour chacun d’entre vous.
– Ca sera suffisant ! » Lui assura joyeusement l’ancien Faucheux à qui c’était la première fois qu’on taillait un vêtement sur mesure.

Ethelle, quant à elle, profitait de ce moment qu’elle n’avait plus eu l’occasion de vivre ces derniers temps. Le couple de tailleurs travaillait vite et bien. De plus, la couturière se montrait de plaisante compagnie, conversant selon les envies de ses clients. Le tailleur, lui, restait silencieux, n’ouvrant la bouche que lorsque cela était nécessaire. Entre les mains des professionnels, les habits prenaient forme. La rouquine estima le tissu de bonne qualité et le travail efficace. Simon savait choisir la qualité. Elle se demandait de quel origine sociale provenait cet énergumène. Il leur avait parlé de ses aventures dans le domaine de l’archéologie, mais pas de sa famille. Cela l’intriguait. Elle nota dans un coin de sa tête de penser à l’interroger à ce sujet un de ces jours. Un jour où elle serait d’humeur pour l’écouter digresser sur tous les détails de son enfance, bien sûr. Ce ne serait pas toujours le cas, subodorait-elle. La jeune femme nota aussi l’astuce d’envoyer Simon courir loin voir quelque chose qui l’intéressait. Cela avait l’air facile : l’archéologue s’intéressait à tout et ça pouvait s’avérer pratique si il se montrait un peu trop envahissant.

Le couple d’artisans était parti de vêtements déjà existants qu’ils se contentèrent d’ajuster à leurs nouveaux propriétaires. Ils œuvrèrent tant et si bien qu’ils eurent terminé bien avant que le train qui allait les emmener n’arrive en gare. Lorsque Simon fit de nouveau son apparition, ils discutaient tous les quatre, équipés de tasses de thé fumantes. « Vous buvez du thé sans moi ! Se plaignit-il aussitôt.
– Oh non, nous n’aurions pas osé, lui assura vivement Clay. Nous avons sorti une tasse de plus et il y a encore de quoi faire dans la théière.
– Oooh, mais vous êtes adorables. » S’émut l’archéologue. Il se reprit rapidement lorsque le tailleur lui annonça le prix de la rapide prestation effectuée par sa femme et lui. Simon paya sans rechigner la somme demandée. Le couple les salua et s’en fut, après les avoir remerciés pour le thé. « Le train ne va pas tarder, reprit Derrington après leur départ. Je vais aller m’assurer que notre wagon sera bien attaché pour le départ ! » Il fila de nouveau.

Clay se tortillait sur lui-même dans ses nouveaux vêtements. « Que t’arrive-t-il ? Finit par lui demander Ethelle qui s’était servie une nouvelle tasse de thé fumant et l’observait s’agiter dans tous les sens.
– J’ai envie de voir ce que ça donne, geignit-il. Est ce que cela me va bien ?
– Oui, ces nouveaux habits te vont à ravir, vous avez l’air d’un véritable explorateur là-dedans. » Elle n’avait pas mis beaucoup de conviction dans son ton, mais elle n’en pensait pas moins. L’ancien Faucheux avait l’air d’un autre homme dans ce nouvel accoutrement. Il avait gardé son côté un peu voyou de gamin des rues, mais il paraissait aussi plus mature à présent. Clay avait gagné une prestance certaine. Il ne s’en rendait pas compte, bien sûr, et d’en être conscient altérerait certainement son allure, comme c’était le cas pour la plupart des bellâtres qu’elle avait eu l’occasion de côtoyer.

« C’est vrai ? Insista le jeune homme.
– Mais oui, persista la rouquine. Vous n’avez plus qu’à apprendre des connaissances sur la haute antiquité et vous ferez un parfait deuxième Simon.
– Ce serait fantastique ! S’enthousiasma Clay. En portant un habit aussi élégant, je me sens plus intelligent. Nul doute que je vais devenir quelqu’un d’important maintenant !
– Ce sont juste des habits, tempéra Ethelle. Ils ne changent pas qui vous êtes à l’intérieur.
– Ah ? Bof, vous savez, avec toutes ces choses magiques qui se passent, je pense que tout est possible. » La jeune femme n’avait rien à répondre à cela. Elle n’en eût pas besoin : Simon fit irruption avec entrain. Il avait tout arrangé avec le personnel de la gare et leur train allait arriver d’une minute à l’autre. Lorsque Clay se plaignit à lui qu’il ne pouvait pas s’admirer dans sa nouvelle vêture, l’archéologue ouvrit l’une des portes des placards qui encadraient son lit. L’intérieur de la grande porte portait un long miroir que Simon désigna fièrement au jeune homme.

Les deux s’amusèrent à s’amuser devant la glace jusqu’à ce que le wagon ne s’ébranle, sous le regard désabusé d’Ethelle qui se noyait au thé, à défaut d’alcool. La voiture venait d’être attachée à l’arrière de son nouveau train. L’archéologue était tout excité à l’idée du voyage et Clay se montrait tout aussi enthousiaste. A force, ils parvinrent à communiquer leur bonne humeur à leur compagne blasée. Elle finit bientôt par rire à leurs pitreries. Le train se mit en route peu de temps après que le wagon l’ait rejoint. Les trois habitants entamèrent leur voyage sous de joyeux auspices. Ils se calmèrent bientôt, Simon passant aux choses sérieuses. Il mit les quelques heures de voyage à profit pour enseigner à ses jeunes hôtes les rudiments de l’archéologie. Il ne digressa pas sur l’histoire, non. Il s’en tint aux techniques de base dont ils auraient tous besoin pour explorer la bibliothèque antique, sans rien abîmer des trésors à l’intérieur, ni se mettre en danger dans un bâtiment datant de plusieurs millénaires.

Le trajet passa rapidement ainsi. Simon parvenait à rendre même les détails les plus techniques intéressants ou, au moins, un peu ludiques. A la grande surprise d’Ethelle, Clay se montra passionné par tout ce que leur expliquait l’archéologue. Il semblait avoir véritablement décidé de se lancer à son tour dans cette voie et il gratifiait Simon de regards admiratifs. Elle devait avouer que toutes ces choses qu’elle découvrait ne lui étaient pas inintéressantes non plus. Etant donné la facilité qu’avait leur hôte à les captiver et la mine de connaissance qu’il semblait être, elle se demanda pourquoi on ne lui avait pas attribué de chaire dans une université. Peut-être que les autres spécialistes du domaine rechignaient à l’accepter comme collègue un peu trop enthousiaste. Quoiqu’il en soit, ils passaient un bon moment, la rouquine dut bien se rendre à l’évidence.

Lorsque Simon estima qu’il avait terminé de leur transmettre le minimum vital de connaissances, il leur fit visiter toutes les subtilités de sa petite maison, même si ils devaient bientôt la quitter. Ethelle apprit ainsi que l’étrange machine cubique dotée d’un hublot de la salle de bain servait à laver les vêtements. Elle ne savait même pas si ces choses existaient à grande échelle, ne s’étant jamais posé la question de savoir comment les domestiques lavaient ses vêtements. Néanmoins la jeune femme trouva ce dispositif ingénieux ; il suffisait de mettre les vêtements, du savon et de l’eau chaude dans le tambour, puis de l’activer à la main grâce à une manivelle qui décuplait la force imprimée et faisait tourner le tambour à toute vitesse. Ils s’en servirent au passage pour leurs vêtements précédents, histoire d’avoir des habits propres pour se changer lorsqu’ils rentreraient de leur expédition.

Simon leur expliqua qu’ils allaient arriver trop tard à la prochaine gare pour partir tout de suite à l’assaut de la bibliothèque antique. Clay se montra particulièrement déçu. « Ne pourrions-nous pas y aller, même de nuit ? Plaida-t-il. Après tout, vous avez dit qu’il ferait noir là-bas et que nous aurions besoin d’emmener de la lumière avec nous.
– Je suis enchanté de voir tant d’enthousiasme ! Se réjouit l’archéologue. Malheureusement, nous devons aller loin de la gare, louer une voiture ou des chevaux et prévoir d’autres choses qui ne peuvent se faire qu’en journée. Mais sache que je le déplore autant que vous. » Ethelle ne le déplorait pas tant que cela, elle. Elle s’abstint tout de même de dire quoique ce soit pour ne pas briser leurs ardeurs. La rouquine réalisa qu’elle aimait bien les voir ainsi. Ce qui ne l’empêchait pas de vouloir profiter d’une bonne nuit de sommeil avant de partir explorer des ruines antiques, dont elle avait appris qu’elles étaient enfouies très loin dans le sol et que le seul moyen d’y accéder passait par un précipice. Elle préférait affronter ce genre de choses en étant bien reposée. Surtout si il devait y avoir un trajet en voiture ou à cheval avant.

Pendant qu’elle réfléchissait, le train siffla, prévenant qu’il allait entrer en gare.

 

 

1760 petits mots aujourd’hui ! Si je suis sage (et je le serai plus qu’aujourd’hui car je ne boirai pas de vin avant de me mettre à écrire), je finirai de rattraper mon retard demain \o/

NaNoWriMo 2016 : Arkhaiologia Jour 16

« Je vais devoir dormir par terre, décréta Clay.
– Pourquoi donc ? S’étonna Simon.
– Parce qu’il n’y a visiblement pas trois lits et que c’est moi qui ai le plus l’habitude de dormir à la dure, expliqua le jeune homme.
– Il ne faut pas présumer des choses aussi rapidement, le gourmanda l’archéologue. J’avais tout prévu, au cas où j’avais des amis que j’aurais à héberger. » Celui-ci se dirigea fièrement vers son canapé, détacha quelque chose dessous et tira un tiroir, qui s’avérait être en réalité un lit. « Et tadaaam ! S’exclama-t-il en se rengorgeant. Bien sûr, à terme il se peut que nous soyons un peu serrés dans cette maison qui n’est prévue que pour moi. Mais, pour une situation temporaire, cela conviendra très bien. Bien sûr, je vous laisserai vous débrouiller avec le canapé et moi, je vais récupérer mon lit. »

Ethelle était une personne difficile à émerveiller. Néanmoins elle devait bien admettre que leur hôte n’était pas avare en surprises. Après son passage dans la vie de la rue, la jeune femme se rendit à l’évidence : elle avait eu de la chance de tomber sur cet archéologue excentrique. Il était sans aucun doute sa porte de sortie, lui évitant de rester dans sa « maison » du parc, ou de devenir l’un des Faucheux ou de devoir se replier sur une solution de mariage qui ne lui convenait pas non plus. Bien sûr, la jeune femme allait devoir apprendre à vivre en quasi promiscuité avec deux hommes, elle qui avait l’habitude de grands espaces qui lui étaient entièrement dédiés. La rouquine se sentait plutôt optimiste vis à vis de cela ; ils lui laisseraient certainement de l’espace si elle le leur demandait. Passant sa dernière tenue de nuit, qui s’était enroulée autour du pot de confit de canard durant son voyage dans son sac et qu’elle dut défroisser un peu, elle se rendit vers le canapé.

Elle s’attribua égoïstement le lit-tiroir qui lui semblait plus confortable. Le jeune homme se coucha sur le canapé au-dessus d’elle et s’endormit aussitôt. Simon, lui, dormait déjà à l’autre bout de la pièce, ronflant légèrement dans son lit. Ethelle ne parvint pas à fermer l’œil aussi rapidement que ses compagnons. Les pensées se bousculaient dans sa tête. Pour le moment, elle suivait Simon et Clay. Mais voulait-elle vraiment devenir archéologue, elle ? Comment voyait-elle son avenir, maintenant qu’il n’était plus tout tracé ? La jeune femme réalisa que toute une multitude de possibilités s’offraient à elle. D’y songer lui donnait le tournis et elle ne parvenait pas à arrêter le tourbillon de pensées. Le jeune homme en contre-haut bougea un peu. La rouquine espéra un bref instant qu’il se réveille, pour pouvoir discuter un peu. Elle ressentait le besoin d’échanger. Constatant que le jeune homme s’était juste retourné dans son sommeil, elle considéra un instant l’option de le réveiller pour de bon. Mais elle craignait que cela mette son compagnon de mauvaise humeur. Elle lui tourna le dos, déterminée à s’endormir. Son cœur bondit soudain alors que ses yeux captaient une étrange lumière, très faible, fantomatique et colorée. Oubliant toute idée de dormir, Ethelle se redressa à moitié. Et puis elle comprit : la faible lueur provenait du bouquet de pensées. Ces fleurs n’étaient pourtant pas sensées produire de lumière, si ? La jeune femme se demanda brièvement si elle était en train de rêver ou pas.

Pour en être certaine, elle tapota les côtes de Clay du bout du doigt. Il ne se réveilla pas. Elle recommença, plus fort cette fois. Il poussa un grognement étouffé en réponse. La rouquine persista une troisième fois et fut récompensée par une question hébétée : « Quoi ? Que se passe-t-il ?
– Regarde, lui chuchota-t-elle pour ne pas réveiller Simon tout en lui désignant le petit vase improvisé dans le verre à whisky.
– De quoi ? Répéta l’ancien Faucheux qui avait du mal à émerger du sommeil. Oh ! Ca brille…
– Oui, confirma Ethelle tout bas. Mais les fleurs ne brillent pas normalement, si ?
– Je ne sais pas, avoua Clay. Je n’y connais pas grand chose en fleurs. Simon n’a-t-il pas dit que c’étaient des fleurs des fées ou féériques ou quelque chose comme ça ?
– Si, confirma la jeune femme. Sauf que je ne pensais pas que c’était vrai.
– Il y a une façon de s’en assurer. »

L’ancien Faucheux se leva et aida Ethelle à faire de même. Il attrapa sa veste, la pèlerine de sa compagne et leur deux paires de chaussures. Ouvrant tout doucement la porte du wagon, il se glissa dehors, la rouquine à sa suite. Ils s’équipèrent pour ne pas attraper froid et Clay entraîna la jeune femme en direction du rocher aux fées. La gare se situant en périphérie de la ville dans la direction du gros caillou, ils ne mirent que quelques minutes pour y parvenir, malgré l’obscurité car ils n’avaient pas pris la peine d’emmener une lanterne. Ethelle avait eu froid au début et, après avoir marché d’un bon pas, elle était à présent réchauffée. Mais elle ne put retenir un frisson en apercevant le rocher au fées. Ce n’était pas tant la roche en elle-même qui était impressionnante, mais le parterre de pensées autour, qui luisait de douces lumières irisées. « Ce sont vraiment des fleurs féériques. » Murmura pensivement le jeune homme.

Il emmena sa compagne en direction du caillou, se déplaçant précautionneusement à travers le tapis de fleurs lumineux. Il l’aida ensuite à grimper sur le rocher et la suivit, s’asseyant à ses côtés. Ils restèrent quelques minutes à profiter du spectacle, sans mot dire. « Je ne connaissais pas l’existence de fleurs brillant comme des lucioles, avoua Ethelle.
– Moi non plus.
– Il y avait des parterres de pensées dans mon jardin, continua la jeune femme. Mais je ne les ai jamais vues luire ainsi.
– Je n’ai jamais fait très attention aux fleurs en général, lui confia Clay. En tous cas, jamais de nuit. Mais c’est très joli !
– En effet, approuva la rouquine qui admirait rêveusement les alentours irisés. Très joli. » Ils se turent de nouveau, profitant du spectacle malgré la fraîcheur de la petite brise nocturne.

Constatant qu’Ethelle était sur le point de claquer des dents, le jeune homme s’enquit, inquiet : « Voulez vous rentrer ?
– Oh non, restons encore un peu. » Répondit-elle. Clay s’approcha d’elle et passa un bras autour de ses épaules. « Ce n’est pas très convenable, commenta sa compagne. Vous feriez mieux de me prêter votre veste.
– Tant pis, lâcha l’ancien Faucheux sans faire mine de bouger. Je ne suis pas une fréquentation très convenable de toutes façons ; c’est dans ma nature. » La jeune femme, loin de s’offusquer, sourit. Elle ramena ses genoux à son menton et s’occupa de contempler le parterre de pensées brillantes, profitant de la chaleur dispensée par la proximité de son compagnon.

Ethelle dressa soudainement l’oreille : elle avait l’impression d’entendre des chants. Elle tourna la tête vers Clay, qui mit un doigt sur sa bouche pour lui intimer le silence. Ils restèrent tous les deux immobiles et silencieux, aux aguets, afin de surprendre les chanteurs, qui qu’ils soient, balayant les alentours du regard. Les voix se turent. Les deux jeunes gens restèrent coi jusqu’à ce qu’il furent convaincus que les chants ne reprendraient pas. La rouquine, déçue de ne pas avoir découvert la provenance de la musique, effleura de son front le creux de l’épaule de son compagnon. « Et si nous retournions nous coucher à présent ?
– Oui… » Acquiesça Clay dans un soupir. Il était aussi tout aussi dépité qu’elle de ne pas avoir pu apercevoir les chanteurs. Il se laissa glisser le long du rocher, jusqu’au parterre de fleurs. Ethelle le suivit et ils rentrèrent au wagon de Simon Derrington. Ce dernier dormait toujours à poing fermé et ne parut pas être dérangé par l’irruption de ses deux hôtes, qui retournèrent discrètement se coucher. Des lueurs et chants plein la tête, ils réussirent néanmoins à s’endormir presque aussitôt.

Ethelle poussa un grognement. Un rayon de soleil heurtait directement ses paupières closes. Elle se tourna dans la direction du canapé pour fuir le rai agressif. C’est alors qu’elle perçut une odeur de pâtisseries et quelqu’un qui chantait. La jeune femme se redressa d’un coup, espérant voir les mystérieux musiciens de la veille qui chantaient vers le parterre de pensées lumineuses. Elle fut ô combien déçue de constater qu’il ne s’agissait que de Simon qui chantonnait pour lui-même, tout en écrivant furieusement dans un de ses carnets. La rouquine se laissa de nouveau tomber sur le matelas et ferma les yeux, cherchant vainement la félicité somnolente qui venait de la quitter. Mais le sommeil l’avait définitivement déserté, à son grand regret. Elle soupira et se leva pour de bon. « Bonjour, lança-t-elle à l’archéologue occupé.
– Que votre jour soit bon également, charmante demoiselle. » Répartit machinalement Simon sans prendre la peine de lever le nez.

La jeune femme se rendit dans l’espace derrière les paravents où elle pouvait avoir un peu d’intimité. Là elle entreprit de se débarbouiller rapidement et de se vêtir de sa robe confortable. Tout en s’habillant, elle se demanda si elle aurait de nouveau l’occasion de porter sa robe des grandes occasions. Le cerceau ne la rendait pas très pratique et la dernière fois qu’elle l’avait portée – lors de son entrevue avec le Comte Thomas Clayton – elle ne lui avait pas vraiment porté chance. En quittant l’abri des paravents, elle failli heurter Clay. Ce dernier lui adressa un regard embrumé et esquissa un sourire de salutations. Puis il la contourna et se rendit à son tour dans la petite salle de bain pour jeter de l’eau sur son visage. Lorsqu’il leva de nouveau la tête, il paraissait bien plus frais et dispo. Ethelle était surprise : elle ne savait pas que l’eau pouvait produire un tel effet. Sur le jeune homme, c’était impressionnant.

Clay ne resta pas longtemps dans la salle de bain. Sous le regard perplexe de la rouquine, il se dirigea ensuite automatiquement vers le comptoir de la cuisine. Simon avait encore cuisiné des cookies et l’ancien Faucheux se jeta dessus, comme la peste sur le pauvre monde et, surtout, comme si il mourrait de faim. Réalisant que, si il continuait de s’empiffrer de la sorte, il ne lui resterait rien, la jeune femme se précipita sur lui. « Hé ! S’offusqua-t-elle vivement. Laisse m’en un peu tout de même !
– Ejolé. » Postillonna-t-il l’air contrit.

 

 

1750 petits mots pour aujourd’hui, ce qui fait quand même un petit peu plus que le quota journalier ^^

NaNoWriMo 2016 : Arkhaiologia Jour 15

Elle séchait, debout, en pleine réflexion, lorsque quelque chose effleura le dessus de sa tête. La jeune femme sursauta et leva les yeux, apercevant son sac qui pendouillait au dessus d’elle, maintenu par une main masculine qui émergeait du dessus du paravent. « J’ai pensé que cela pourrait vous être utile ! Lui lança joyeusement Simon de l’autre côté du paravent.
– Oh, merci. » Ethelle ne savait pas trop que dire de plus. Sous ses dehors extravagants, cet homme pouvait se montrer prévenant. Sans plus attendre, elle enfila une robe confortable et sortit de l’espace salle de bain.

« J’aime beaucoup votre installation, déclara la rouquine à l’archéologue. Vous avez tout le confort possible ici !
– Je suis ravi que cela vous plaise, se réjouit Simon. Je suis plutôt fier de ma petite maison ; elle est un véritable petit havre de paix mobile.
– Les murs sont bien épais, non ? Remarqua Clay.
– Oh oui ! S’exclama l’archéologue. J’avais besoin de place pour mes livres ! » Il leur fit la démonstration que tous ses murs libres glissaient pour dévoiler des étagères cachées derrière. Celles-ci étaient chargées d’ouvrages sur divers sujets, mais surtout traitant d’antiquité et d’archéologie en général, pour ce qu’Ethelle pouvait en juger. Le bas des étagères était en revanche, non pas empli de livres, mais de matériel divers : cordes, lanternes, moult outils divers aux fonctions pas toujours très claires, et ainsi de suite. La rouquine ne savait pas qu’être archéologue demandait autant de matériel. « En réalité, la seule chose qui manque, ce sont les commodités, continua Simon. Je n’avais pas envie de les avoir dans la même pièce que tout le reste.
– Comment faites-vous dans ce cas ? S’enquit curieusement la jeune femme.
– J’utilise celles du train, en général. » Expliqua l’homme.

Clay hocha la tête. Il paraissait particulièrement emballé par tout ce que leur montrait Simon. « Pour nous rendre à la bibliothèque, nous allons devoir changer de train à la prochaine gare, les informa l’archéologue. Et puis arrivera un moment où nous ne pourrons plus prendre le train. Ce sera le début de l’aventure !
– Irons-nous à pied ? S’enquit le jeune homme.
– Oh, non, nous aurons beaucoup de choses à transporter, ce serait beaucoup trop fastidieux, balaya Simon.
– C’est génial. » Commenta Clay complètement époustouflé. On aurait dit qu’il venait de faire la découverte de sa vie, supposa Ethelle. Il venait de trouver sa voie d’explorateur. Pour sa part, elle ne savait pas trop où elle en était, mais elle décida de profiter de l’instant présent de son mieux. Après tout, voyager avec un archéologue promettait d’être au moins intéressant.

Le voyage jusqu’à la prochaine gare, celle de Covempton, ne dura pas plus de quelques minutes après la fin de leur conversation. Simon les abandonna un instant à l’intérieur tandis qu’il se rendait sur le quai pour parlementer au sujet de sa maison qu’il voulait accrocher à un autre train, qui partait vers le nord-ouest tandis que celui avec lequel ils étaient arrivés partait vers le plein nord. Lorsqu’il revint dans son appartement mobile, il affichait son éternel sourire lumineux. « Tout va bien, les informa-t-il. Nous serons attachés au prochain train demain soir. Cela nous laisse le reste de l’après-midi et demain matin pour visiter les alentours, qu’en dites-vous ? » Ses jeunes hôtes se levèrent avec entrain. Après s’être bien reposés chez Simon, ils étaient impatients de se dégourdir les jambes. Ethelle ne s’était pas posé la question de si elle avait envie de visiter tranquillement la bourgade de Covempton. L’archéologue s’invita lui-même pour accompagner ses nouveaux compagnons de route. Il connaissait bien l’endroit, puisqu’il y avait arrêté sa maison mobile à plusieurs occasions et il leur fit visiter ses endroits préférés à grand renfort d’explications exhaustives.

Simon les emmena un peu à l’extérieur de la ville, pour leur montrer le rocher des fées. Il s’agissait d’une unique formation rocheuse, arrivée là on ne savait comment – même si le folklore parlait de géants, leur confia l’archéologue – entourée d’un champ de pensées multicolores. « Pourquoi appelle-t-on cet endroit le rocher aux fées ? S’enquit Clay.
– Ceci est une excellente question, se réjouit Simon qui adorait qu’on lui pose des questions. Figurez-vous, mon jeune ami, que ces petites fleurs sont appelées des fleurs-féériques et que certains leur prêtent des propriétés magiques.
– En ont-elles ? S’informa Clay qui paraissait prêt à croire que tout était possible depuis que l’archéologue lui avait promis monts et merveilles antiques.
– Je pense que cela dépend du degré auquel on y croit, répondit Simon avec entrain. Mais, qui sait ? Peut-être recèlent-elles vraiment un peu de la magie des fées. Les folklores doivent bien provenir de quelque part. » Il adressa un clin d’œil espiègle au jeune homme qui paraissait ébloui par le champ de pensées multicolores.

« Ou alors, l’esprit des gens est créatif et crédule, suggéra Ethelle qui cueillait un petit bouquet chamarré pour elle-même.
– Ah, vous êtes une personne terre à terre mademoiselle, lui lança l’archéologue avec un sourire. Les gens ont besoin de croire en certaines choses ! » La jeune femme ne répondit pas. Pour sa part elle avait du mal à croire en grand chose pour le moment, mais elle ne demandait qu’à être impressionnée. Le rocher au fées entouré de fleurs était fort joli, mais il lui en fallait plus pour être impressionnée. La rouquine se demanda d’où venait cet esprit désabusé, alors même que les choses allaient mieux pour elle. Peu lui importait ; elle disposait à présent d’un mignon bouquet de pensées qui agrémenterait parfaitement l’appartement mobile de leur hôte.

Un mouvement à côté d’un pan de sa robe lui attira l’œil. Une petite créature fila dans le champ de fleurs. Ethelle la distingua mal car elle se dissimulait derrière les corolles. Mais elle était prête à parier qu’il s’agissait d’une minuscule personne. Ou, du moins, d’une créature qui courait sur deux pattes. La jeune femme esquissa un pas en direction du petit être, sauf qu’il filait trop rapidement et qu’il eut bientôt disparu. Elle ouvrit la bouche pour interpeller ses deux compagnons et la referma. Elle n’avait rien à leur montrer. Et, si elle disait à Clay qu’elle avait vu une mystérieuse créature, il serait convaincu que la magie existait. Ce n’était pas parce qu’il existait de tous petits êtres ou des lucioles à visages ou des salamandres qui produisaient des étincelles, que ces créatures étaient forcément magiques. Après tout, toutes les espèces du monde n’avaient pas encore été découvertes, se souvenait-elle avoir entendu dire l’un de ses professeurs de sa vie d’avant, lorsqu’elle était encore une élève moyennement studieuse de Notre Dame des Roses.

Simon avait eu l’air de penser qu’un dragon pouvait très bien avoir détruit le Titania, mais c’était également ce que pensait Arabella Finley et elle était folle. Ethelle ne se sentait pas sûre d’affirmer que l’archéologue était sain d’esprit. Dans tous les cas, elle était bien déterminée à obtenir des preuves de tout cela. Magie ou pas, elle sentait qu’elle était sur la piste de quelque chose d’important. Elle finirait par savoir pourquoi Charles Morton avait été assassiné. La jeune femme cueillit encore quelques pensées pour compléter les couleurs de son bouquet et leva la tête en direction de ses joyeux compagnons. « Je vais à présent vous montrer une vraie fée ! » Venait de lancer Simon avec entrain. Les deux hommes avaient également ramassé des petites fleurs. Ils s’en étaient ornés un peu partout : en boutonnière, derrière l’oreille et dans le moindre interstice où il était possible d’en faire tenir une. Ils en étaient visiblement très fiers et se complimentaient avec moult courbettes en singeant des personnes de la haute société. L’archéologue s’était, de surcroît, équipés d’éventails de pensées. Se tenant droit et guindé, il se mit à agiter gracieusement ses bras pour imiter le vol d’une fée. Ce faisant, il esquissait des pas de danses plus ou moins grotesques autour des deux jeunes gens. Clay riait de bon cœur. Elle trouvait Simon tellement cocasse qu’Ethelle ne put s’empêcher de rire à son tour. L’apparence fleurie de l’ancien Faucheux ne l’aida pas à reprendre son calme. La rouquine partit dans un irrépressible fou-rire, bientôt accompagnée par les deux hommes fleuris. Pour les imiter, elle piqua quelques fleurs dans ses cheveux.

Ils rentrèrent ainsi au wagon, bras dessus, bras dessous, rieurs et envahis de couleurs aux douces senteurs. Simon leur prépara de quoi grignoter pendant que la jeune femme disposait son petit bouquet au sein d’un verre à whisky propre dans lequel elle avait versé de l’eau. Elle se sentait légère, comme si le fou-rire lui avait enlevé un poids. Ethelle était même sur le point de se mettre à chantonner alors qu’elle arrangeait les pensées dans le vase improvisé. Clay, quant à lui, avait découvert que le comptoir qui séparait l’espace cuisine du reste de la pièce comprenait une planche qui, à l’envie, pouvait se relever pour servir de table ou se rabattre pour ne pas envahir l’espace. Il trouva cela fort ingénieux et, après avoir observé les petits gonds qui permettaient une telle astuce, entreprit de dresser – littéralement – la table pour eux trois. Les voyageurs qui attendaient leur train de la soirée sur le quai voisin devaient se demander qui étaient ces gens qui faisaient la fête dans un endroit aussi saugrenu qu’un wagon remisé sur une voie de stockage. Mais ils ne purent jeter des coups d’oeil indiscrets : Simon avait fermé les épais rideaux de son habitation.

Ils veillèrent assez tard ; l’archéologue était volubile et avait beaucoup d’histoires à raconter. Il leur narra ses débuts dans la profession d’archéologue es explorateur. Comme de bien entendu, il en avait fait voir de toutes les couleurs à son mentor. Mais ses connaissances et sa vivacité d’esprit avaient réussi à compenser son excentricité. Le Simon adolescent, passionné par sa voie, avait fini par passer toutes les certifications avec brio, devenant l’un des plus jeunes archéologues de métier de l’histoire. Son maître avait été fier autant que soulagé que son apprenti obtienne ses diplômes qui le délivraient de sa garde. Le pauvre homme en avait récolté beaucoup de cheveux blancs et s’était déclaré en congés depuis lors, léguant une grande partie de ses affaires à son apprenti survolté. Simon avait publié plusieurs articles, devenant rapidement une sommité dans le domaine de la lointaine antiquité. Il déplorait néanmoins que ses confrères ne l’invitaient que rarement pour des colloques ou conférences et ne paraissait pas comprendre pourquoi ils évitaient sa présence.

Ethelle réalisa que l’archéologue, malgré l’éternel sourire qu’il affichait, était en fait blessé de ce semi-rejet de la part de sa communauté. Ce qu’il avait recherché en donnant tout son cœur à l’ouvrage n’était rien d’autre que la reconnaissance. Il l’avait obtenue dans les faits, mais pas de la manière qu’il avait souhaitée. Simon Derrington était devenu un ponte, certes, mais un ponte dont la présence gênait nombre de ses pairs : il était trop exubérant, envahissant, naturel, enthousiaste, brillant… Peu importait la raison. La jeune femme supposa que c’était pour cela qu’il avait été aussi enchanté de les accueillir, Clay et elle, pour lui tenir compagnie. Il obtenait de l’ancien Faucheux toute la reconnaissance du monde et, même si elle provenait d’un ignare, cela paraissait le combler. La rouquine se promit de donner un peu plus d’attention à l’archéologue ; c’était la moindre des choses qu’elle pouvait lui offrir. En attendant, plus la nuit avançait, plus les conversations perdaient de leur entrain et se posa la question de dormir.

 

 

Aujourd’hui, 1920 mots ! Je prends un peu d’avance pour demain 😛

NaNoWriMo 2016 : Arkhaiologia Jour 14

– Voulez-vous une petite collation ? Lui proposa leur hôte.
– Volontiers ! S’enthousiasma Clay instantanément réveillé.
– Venez donc, votre amie a laissé de quoi faire. »

Le jeune homme bondit sur ses pieds et vint prendre place à côté d’Ethelle. Avisant l’assiette de cookies, il se jeta dessus, engloutissant le reste avec appétit, sans s’embarrasser d’étiquette. La rouquine le contempla un instant, les yeux écarquillés, puis reprit le fil de ses pensées et tourna de nouveau son attention vers l’archéologue. « Vous disiez, lui lança-t-elle, que vos travaux avaient un rapport avec l’émergence du surnaturel et une civilisation qui aurait disparu.
– Oui oui, c’est tout à fait ce que je disais, acquiesça Simon. C’est vraiment dommage que personne, au gouvernement, n’ait voulu m’écouter. Et pourtant, j’ai essayé à plusieurs niveaux ! » Ethelle ne parvenait pas à s’empêcher de se demander quelles étaient les natures exactes des connections de Simon avec le gouvernement. Un archéologue était-il suffisamment important pour avoir ses entrées à tous les niveaux du gouvernement ?

« Il faut que je retourne à cette bibliothèque pour en savoir plus, continua Simon. J’ai lu quelque chose à propos d’un certain dispositif et j’aimerais bien en savoir plus à ce sujet. Quoiqu’il en soit, je pense que cette civilisation avait atteint un niveau bien plus avancé que le nôtre. En fait, rien que cette découverte ferait un tapage monumental dans le monde de l’archéologie ! Mais nous faisons face à quelque chose de trop grave pour courir après la notoriété et les récompenses…
– Et moi qui pensait que nous étions au summum de la modernité. » Commenta la jeune femme rousse qui avait du mal à concevoir que leur vie n’était pas la plus avancée possible. Ils avaient inventé les zeppelins tout de même ! Et les submersibles, aussi, et tant d’autres merveilles de tecnologie. Que pouvait-il y avoir de plus impressionant que de voler dans le ciel ou de voyager sous l’eau ? Ethelle restait sceptique quant à l’avancement de cette civilisation. Elle supposait que l’archéologue se montrait juste un peu trop enthousiaste vis à vis de sa découverte.

« Nous avons du tout redécouvrir, pointa Simon qui paraissait sérieux lorsqu’il parlait d’un sujet en rapport avec l’archéologie. Nous n’avons juste pas encore eu le temps d’évoluer autant qu’eux.
– Je vois. » Acquiesça Ethelle qui jeta un bref coup d’oeil à Clay. Ce dernier n’écoutait la conversation que d’une oreille, occupé qu’il était à faire un sort aux cookies qui avaient survécu à sa compagne. Mais il levait régulièrement la tête en direction de l’archéologue pour le regarder gesticuler avec passion. « Comment une civilisation aussi avancée a pu être détruite par des créature surnaturelles ? Et elles, ces créatures surnaturelles, d’où viennent-elles ? » Questionna la jeune femme. Leur hôte ne répondit pas tout de suite, se cala de nouveau dans sa chaise et afficha un sourire narquois.

« Vous savez, je dois avouer que même si vous deux ne m’allez être d’aucune aide, cela me fait plaisir de pouvoir enfin discuter de ce sujet avec des personnes qui ne m’envoient pas directement sur les roses.
– Vous nous avez offert le gîte, monsieur, intervint Clay entre deux bouchées. Vous écouter est la moindre des choses que nous puissions faire pour vous remercier.
– C’est vrai, approuva Ethelle qui n’avait pas vu les choses sous cet angle mais qui aimait bien l’idée.
– Vous êtes de sympathiques jeunes gens, estima Simon en leur adressant un sourire lumineux. Bon ! Puisque vous êtes coincés ici avec moi, autant que je mette ce temps à profit pour vous bassiner en bonne et due forme. » Il se leva et s’étira longuement le dos en grimaçant. Puis, il invita ses deux spectateurs à s’installer plus confortablement dans son petit salon. Clay termina le dernier gâteau avant de se lever.

Comme le matin avant qu’ils ne s’endorment, ils prirent tous les deux place l’un à côté de l’autre, Simon face à eux dans l’un des fauteuils. L’archéologue était d’une merveilleuse humeur, il paraissait tout émoustillé d’avoir enfin l’occasion de parler de ses découvertes. Elles lui tenaient visiblement beaucoup à cœur. Ce qui était compréhensible, songea Ethelle, puisque si il avait raison, une civilisation plus avancée avait entièrement disparue à cause de l’émergence des contes de fées dans la vie réelle. Le monde qu’ils connaissaient était en danger, si la jeune femme devait en croire les signes qu’elle avait vus. Comme la luciole qui avait un visage par exemple. Elle ne savait pas trop quoi penser de l’histoire d’Arabella Finley, à propos du dragon qui aurait déchiré le ballon du Titania. Mais cela ne paraissait plus aussi fou tout d’un coup.

« Ah ! Où en étais-je ? Lança joyeusement l’archéologue.
– Vous vous apprêtiez à nous expliquer comment une civilisation avancée avait pu disparaître et d’où venaient les créatures surnaturelles. » Rappela Clay. Captant un regard perplexe de la jeune femme à sa droite, il s’enquit : « Quoi ?
– Hum, je ne savais pas que tu écoutais notre conversation, expliqua Ethelle.
– Oui oui oui, c’était bien cela, continua Simon en ignorant la conversation entre ses deux jeunes hôtes. Pour le moment je ne sais pas d’où viennent toutes ces choses magiques, je dois bien l’avouer. Cela fait partie des raisons pour lesquelles je dois retourner à la bibliothèque. Je dois encore trouver des réponses et essayer de ramener des preuves. C’est un peu compliqué de ramener intacts des ouvrages qui ont plusieurs milliers d’années… C’est un véritable problème. » Il se tut un instant, puis ses yeux brillèrent alors qu’il passait ses souvenirs dans sa tête. « Vous savez, il y a aussi des machines, là-bas. Je rêve d’en faire fonctionner une ! »

Les deux jeunes gens s’entre regardèrent tandis que leur hôte avait l’air perdu dans ses pensées à propos d’antiques machines merveilleuses. « Je n’ai pas tout compris, mais ces découvertes m’ont l’air passionnantes, s’enthousiasma Clay.
-Je ne sais pas… » Ethelle émettait des réserves. Mais si cette histoire de dragon était vraie, cela signifiait certainement que, à un niveau ou à un autre, l’émergence des contes de fées avait quelque chose à voir avec l’assassinat de son père et pas seulement avec la faillite d’AérosTech. Elle ne connaissait pas les détails, bien sûr, mais elle était certaine que la mort de son père était liée quelque part à la faillite de ses trois principaux contributeurs / collaborateurs. La rouquine en étant d’autant plus certaine qu’au moins l’un d’entre eux était également décédé, si elle en croyait les propos d’Arabella Finley. Cela devait forcément avoir un rapport.

Son compagnon, en revanche, avait l’air complètement emballé par tout ce qu’il avait entendu, même si il avait raté tout le début de la conversation. Ethelle supposa qu’il devat voir tout cela comme une merveilleuse aventure en perspective. A cette allure, il s’auto-qualifierait bientôt d’explorateur et deviendrait aussi excentrique que Simon. La jeune femme espéra que cela n’était pas trop contagieux. Néanmoins elle ne pouvait s’empêcher de ressentir une certaine curiosité vis à vis de toute cette histoire. Et, qui sait, cela pourrait peut-être lui permettre de faire la lumière sur l’assassinat de Charles Morton. Elle s’autorisa un sourire, que Clay prit comme un encouragement. Il s’illumina en retour et lança : « Monsieur, pouvons-nous vous accompagner dans votre exploration de la vieille bibliothèque ?
– Vous voulez m’accompagner dans la bibliothèque ? Répéta l’archéologue. Mais savez-vous au moins lire ?
– Oui évidemment, répondit Ethelle.
– Non. » Répondit en même temps Clay. Comme les deux autres le gratifiaient de regards perplexes, il ajouta : « Mais tout ça m’intéresse, et vous avez parlé de machines, ça a l’air passionnant ! »

Simon hocha la tête avec un sourire. Puis il produisit un petit rire ravi tout en se frottant les mains. « Mes amis, je sens que vous et moi allons bien nous amuser tous ensemble ! » Il se leva pour se mettre à danser une valse tout seul, accompagné par la musique du gramophone qui jouait toujours. « Evidemment, je vais devoir vous enseigner quelques petites choses, chantonna l’archéologue. Mais je suis enchanté d’avoir de petits assistants ! C’est la première fois, j’en suis presque ému ; personne n’avait jamais voulu être mon assistant avant cela, et voilà qu’à présent j’en ai deux ! C’est meeerveilleuuux ! » Il parlait et chantait en même temps, ce qui produisait un étrange effet, qui s’avérait plutôt désagréable à l’oreille raffinée d’Ethelle. Mais l’enthousiasme de l’archéologue était contagieux et elle laissa échapper un sourire. D’autant plus qu’il avait l’air complètement ridicule à danser avec une partenaire imaginaire en chantonnant à moitié l’air délivré par le gramophone. Clay, pour sa part, se mit à rire de bon coeur. Il avait tout de suite trouvé Simon sympathique, cela se voyait, et ne demandait rien de mieux que de partir à l’aventure avec ce joyeux compagnon.

La rouquine, elle, restait très terre à terre et n’avait pas oublié qu’elle avait très envie de prendre un bain. Elle attendit que l’archéologue soit un peu plus calme pour s’enquérir de la possibilité d’ablutions. « Oh, bien sûr ! S’exclama-t-il avec fierté. J’ai un appartement mobile tout confort mademoiselle. Il y a un réservoir entre le plafond et le toit de la voiture, je le fais compléter à chaque gare. Vous pouvez vous rendre derrière les paravents, c’est là que se trouve la salle de bain. » Ethelle le remercia chaleureusement et se glissa aussitôt dans l’abri intime procuré par les grands paravents. Ils dissimulaient effectivement une petite baignoire aux pattes de lion, un petit lavabo et une petite machine cubique avec un hublot en guise d’ouverture, située sous le lavabo. Se désintéressant aussitôt de la petite machine, elle avisa que le robinet pouvait fournir de l’eau chaude aussi bien que de l’eau froide. La jeune femme du se retenir de pousser un petit cri de joie. Elle le camoufla en prévenant les deux hommes de l’autre côté : « Le premier qui vient regarder, je le noie ! »

Elle vérifia qu’elle ne se faisait pas une fausse joie en tournant l’arrivée d’eau chaude. En même temps que l’eau coulait, un bruit de mécanisme qui se mettait en route se fit entendre dans le plafond au dessus d’elle. Puis l’eau devint chaude et, très rapidement, bouillante. Ethelle régla la température en ajoutant de l’eau froide. Se débarrassant de ses vêtements en quelques secondes, elle se plongea sans attendre dans l’eau tiède de la baignoire. La jeune femme laissa échapper un soupir de bien-être, écoutant distraitement Clay et Simon discuter à côté ; apparemment l’archéologue s’était mis en tête d’apprendre à lire à l’ancien Faucheux. Elle avait l’impression de baigner dans le luxe et elle s’empara vivement du savon pour compléter le tableau. La rouquine se frotta la peau jusqu’à ce qu’elle en devienne rouge et que l’eau se couvre de mousse. Une fois qu’elle se trouva satisfaite de son impression d’avoir décrassé le moindre pore de sa peau, elle entreprit de se rincer et de se laver les cheveux.

Ethelle aurait volontiers profité de rester plus longtemps dans l’eau chaude. Mais elle était pudique et ne se sentait pas très à l’aise avec deux personnes séparées d’elle par seulement des paravents. Elle emprunta de quoi se sécher dans l’armoire-lit dont une partie des portes donnait derrière les paravents. Enroulée dans une serviette et en se séchant les cheveux à l’aide d’une deuxième, la rouquine jeta un regard dégoûté à sa fidèle tenue d’équitation. Elle ne comptait pas s’en débarrasser, bien évidemment. Mais ses vêtements mériteraient largement d’être lavés. Debout, au milieu de l’espace offert par les paravents, la jeune femme se demanda soudain comment elle allait pouvoir s’habiller. Il était hors de question de remettre cette tenue crasseuse, mais ses autres affaires se trouvaient dans son sac de voyage, lui-même posé à côté du canapé avec Clay. C’était un problème épineux.

 

 

1971 mots du jour et, non, je ne me suis pas embêtée à faire les 30 mots de plus pour arriver aux 2000, je suis trop flemmarde.