NaNoWriMo 2018 : Arkhaiologia Tome 2, jour 18

J’espère que ma lettre vous trouvera en bonne santé après avoir fait un bon voyage. Les créatures magiques pullulent tellement à présent que je crains qu’elle ne perturbent le bon fonctionnement des trains en créant des accidents. Nous concernant, nous n’avons pas vécu d’autres épisodes aussi effrayants que celui des créatures sorties du lac. J’espère que nous continuerons à être tranquilles de ce côté là et que vous aussi.

J’ai beaucoup songé à ce que vous m’avez raconté concernant les secrets de mon père, mais j’aimerais en savoir plus encore. Vous m’avez certainement rapporté tout ce qui vous semblait utile. Si vous le pouvez, j’apprécierais que vous me racontiez tout ce qui vous passe par la tête concernant ce secret. Je suis convaincue que le moindre détail peut s’avérer important dans cette affaire. Si je veux pouvoir retrouver et utiliser ce secret, j’ai besoin d’en connaître le plus possible à ce sujet.

Je vous remercie par avance de tout ce que vous pourrez me dire à ce sujet et vous assure de l’expression de mes sentiments les plus amicaux,

Ethelle Morton. »

 

La jeune femme sécha l’encre en tamponnant délicatement sa lettre avec du papier buvard, puis la relut. Elle la trouva courte, mais estima que cette amorce de conversation suffirait ; elle aurait tout le temps de s’épancher plus avant lors des prochains échanges épistoliers. Ethelle s’empara d’une enveloppe dans laquelle elle glissa sa lettre et la cacheta, écrivant ensuite soigneusement l’adresse de la famille [Machintruc], puis sortit de sa chambre et pria le premier domestique croisé de poster son courrier.

En essayant de retourner dans le petit salon où se tenait précédemment Nicolas, Ethelle manqua de percuter madame Cartridge au détour d’un couloir. « Pardonnez-moi ! s’excusa prestement la jeune femme rousse.
– Vous n’auriez pas à vous excuser si vous n’étiez pas en train de courir de manière inconvenante dans les couloirs, lui reprocha madame Cartridge toujours très collet monté. Vous n’êtes plus une enfant il me semble. »

Ethelle rougit de colère. Comment cette vieille pie osait-elle l’insulter de la sorte ? Elle réitéra ses excuses, sur un ton plus froid et emboîta le pas à madame Cartridge qui avait décidé qu’elle était trop pressée et de passer outre. Les deux femmes se dirigèrent de concert jusqu’à la chambre de l’inconnu. Nicolas, qui attendait madame Cartridge, adressa un sourire à Ethelle et fit signe à Henry d’ouvrir la porte. En pénétrant dans la pièce, madame Cartridge se retourna vers mademoiselle Morton et les deux hommes pour leur intimer de rester dehors, afin de la laisser seule avec son patient.

Les trois obtempérèrent. Ethelle et Nicolas patientèrent à l’extérieur, tandis qu’Henry retournait à ses tâches de majordome. « J’espère que ce n’est pas trop grave, déclara la jeune femme rousse.
– Je pense qu’il a surtout des soucis dans sa tête, soupira Nicolas. Je doute que madame Cartridge puisse y faire grand chose.
– Nous verrons bien. »

De longues minutes plus tard, madame Cartridge sortit de la pièce en rajustant ses lunettes. « Votre invité est particulièrement épuisé, expliqua-t-elle. Je ne sais pas quelle prouesse il a bien pu accomplir, mais il est à bout de forces. Néanmoins il a l’air de se remettre de minute en minute. Je n’ai donc que du repos à lui prescrire.
– Et… c’est tout ? s’étonna Nicolas.
– C’est tout. A présent, si vous voulez bien m’excuser, j’ai encore d’autres patients à voir. »

Nicolas la remercia et la régla avant qu’elle ne s’en aille. Comme elle avait prescrit du repos, ils quittèrent l’endroit et allèrent vaquer à d’autres occupations. Le jeune Merryweather assura Ethelle qu’il s’arrangerait pour que leur invité dîne avec eux, sous réserve qu’il soit assez en forme. La jeune femme espéra que ce serait le cas. Elle passa le reste de sa journée à parcourir ses notes et à ajouter ce dont elle se souvenait de la langue antique dans son petit carnet. Elle comptait l’utiliser pour essayer de communiquer avec l’inconnu.

 

(changement de chapitre)

 

Après quelques temps à chercher des indices concernant une possible apparition d’Amaterasu, Valentin soupira. Il ne savait pas vraiment comment amorcer efficacement ces recherches. Pourtant, il était plutôt doué dans le domaine. Il lâcha : « Ce qui est beau avec Internet, c’est qu’on trouve de tout. Après, l’inconvénient avec Internet, c’est qu’on trouve de tout aussi.
– Je te fais confiance, lui assura Asklepios. Ton amie et toi êtes des personnes généreuses et curieuses. Nous avons beaucoup de chance de vous avoir rencontrés.
– Oh, merci. »

Valentin ne s’attendait pas à recevoir un compliment ; il sourit à son interlocuteur d’un air gêné. Asklepios lui rendit un sourire apaisant. Il avait une physionomie qui mettait le jeune homme en confiance. « Qu’est ce que c’est ? S’enquit le médecin en voyant une fenêtre d’information apparaître sur un coin de l’écran.
– Oh, ça, ce sont les infos. Je suppose qu’une des personnes qui utilise ce poste aime bien rester au courant de ce qu’il se passe dans le monde. Ah mais c’est l’éruption d’un volcan ! »

Curieux, le jeune homme ouvrit la fenêtre en grand, pour lire rapidement l’article. « Waw… Émit-il. Un nouveau volcan vient d’apparaître dans le Pacifique… C’est impressionnant !
– Vraiment ?
– Euh… Oui, les volcans m’impressionnent, avoua Valentin.
– Je te comprends, les éruptions sont un spectacle cataclysmique, c’est très beau. Où se trouve le Pacifique ? »

Pour lui répondre, le jeune homme chercha une carte du monde à montrer. Malheureusement, la classique carte n’évoquait pas grand chose à Asklepios. Il n’arrivait pas à reconnaître le tracé et avait eu peu d’occasions de voir des cartes auparavant. « Tant pis, ce n’est pas important, balaya Valentin.
– J’aimerais beaucoup savoir, insista plaisamment le médecin.
– Hum, bon… » Après un moment de réflexion, le jeune homme lui montra un globe holographique et lui expliqua où ils se trouvaient eux et où se trouvait la zone volcanique. Asklepios se gratta pensivement la tête en étudiant le globe.

« Ceci, est-ce bien la route de la soie ? s’enquit-il finalement.
– Oui, c’est bien ça, acquiesça Valentin.
– Je vois mieux maintenant ! se réjouit le médecin. D’après la description des lieux, Belisama m’informe qu’il est possible que ce soit une région où s’étaient rendus deux d’entre nous.
– Et tu as déduit ça grâce au volcan… Parce que ?
– Parce que les deux qui sont partis là-bas sont de sacrés lurons. Et que l’un maîtrise la terre et l’autre le feu.
– Non… C’est pas possible ! s’exclama Valentin. Tu penses que l’éruption vient d’eux ?
– Ça leur ressemblerait bien, ce sont de vrais plaisantins.
– Mais les volcans ne sont pas des plaisanteries, s’offusqua le jeune homme effaré. C’est très dangereux !
– Ne t’inquiète pas, le rassura Asklepios. Notre but n’est pas de blesser les populations. Ils ont toujours été très porté sur les blagues mais ils ne feraient de mal à personne. »

Valentin n’était pas très sûr d’apprécier l’humour de la création d’un volcan. Il tenta de relativiser en se disant qu’il n’était pas à même de réfléchir comme des personnes aussi puissantes. Il se disait qu’il fallait disposer de très grands pouvoirs pour créer un volcan sur un coup de tête. Une question se mit à lui tarauder l’esprit : « Comment s’appellent-ils ?
– Chaahk et [Bidule]. »

Le jeune homme n’était pas calé dans toutes les mythologies du monde, mais il se promit de faire des recherches sur ces deux-là. Il était sûr d’avoir entendu parler d’au moins l’un des deux. En attendant que l’ordinateur termine la recherche demandée, ils épluchèrent les premières suggestions. Malheureusement, rien de sérieux dans les évènements mondiaux ne rapportait la découverte de personnes hors du commun qui parleraient des langues inconnues. « J’espère qu’ils n’ont pas eu le problème de mémoire comme Déa, s’inquiéta Asklepios. Sinon nous mettrons beaucoup plus de temps à les retrouver. » Il s’interrompit un instant, penchant la tête sur le côté. « Déa nous appelle. »

Au moins, elle ne paraissait plus envahir ses pensées à lui, songeait Valentin alors qu’ils se levaient pour se rendre dans l’annexe. Les deux femmes, qui avaient réceptionné le dragon un peu avant, l’avaient laissé sortir de sa cage. Béatrice en avait profité pour mettre en route une partie du matériel et avait convaincu Déa d’installer quelques capteurs sur l’animal. Elles le contemplaient à présent voler dans l’annexe aux hauts plafonds et Béatrice prenait des mesures tandis que la femme aux yeux dorés fixait le dragon d’un air attendri. Valentin était certain que son amie comptait étudier le dragon le plus possible.

« C’est prudent de le laisser faire ce qu’il veut ?
– Oh, ne t’en fais pas pour ça, répondit Béatrice tout en restant concentrée sur son ordinateur. Déa a dit qu’elle pouvait le convaincre de ne pas faire de bêtises, alors je me suis dit que c’était une occasion idéale ! En plus, comme elle peut discuter avec lui, j’ai déjà tout un tas d’informations sur les jeunes dragons à peine sortis du nid : je sais ce qu’ils mangent, je sais combien de temps ils ont besoin de dormir, et plein d’autres choses. » Elle quitta l’écran qu’elle couvait des yeux pour tourner la tête vers son ami et reprit, toute excitée :

« Tu savais que les dragons avaient une mémoire génétique ? De ce que je sais, je suis actuellement la seule spécialiste sur les dragons au monde : c’est trop bien !
– Tu sais que ça ne va pas durer ? temporisa Valentin avec un sourire. Je suppose que s’il y a un dragon, il y en aura plein d’autres d’ici peu.
– Ha-HA ! Triompha Béatrice avec un sourire jusqu’aux oreilles. Et à qui crois-tu qu’ils vont les amener, tous ces dragons ? Heureusement que l’annexe est terminée, je ne sais pas ce que j’en aurais fait sinon… En tous cas, Massamba et Pommier vont être surpris en revenant. Je veux rassembler le plus d’informations possible sur ces animaux-là avant leur retour. Oh, et ne t’inquiète pas, je te filerai mes notes et on en discutera looonguement tous les deux. »

Vaincu par tant d’enthousiasme, Valentin acquiesça avec un franc sourire. Il remarqua alors qu’Asklepios et Belisama avaient entamé un dialogue, dans ce qu’il supposait être leur langue d’origine. « Pourquoi vous ne parlez pas par télépathie ? leur demanda-t-il.
– Parfois nous préférons parler à haute-voix, lui répondit simplement Déa. Je ne me l’explique pas, d’autant que la conversation est plus rapide et claire dans nos têtes, mais c’est ainsi. » Elle se tut un instant. « J’ai commencé à apprendre quelques mots de votre langue à Ouranos.
– Ouranos ?
– Le dragonnet, expliqua-t-elle. Je trouvais que ça lui allait bien. »

Ils contemplèrent l’animal évoluer dans les airs. Il était un peu gauche, comme tous les jeunes, et il lui arrivait de mal négocier certains virages. « Pourquoi tu lui apprends notre langue ? s’enquit ensuite Valentin qui avait l’impression de ne poser que des questions depuis la veille.
– Pour qu’il puisse vous comprendre ton amie et toi, si jamais nous sommes séparés. Quelque chose me dit que ça sera plus simple pour votre travail s’il comprend ce que vous dites.
– Je pensais que tu voudrais le garder avec toi.
– Peut-être, nous verrons bien. » Conclut Déa.

Le dragonnet atterrit en glissant sur le sol près de la femme aux yeux dorés et lui réclama des caresses. Celle-ci s’exécuta avec plaisir et reprit : « Tant que nous n’avons pas de nouvelles d’Amaterasu notre voyageuse rapide, j’aimerais savoir s’il y aurait un moyen de nous rendre vers ce volcan dans le Pacifique.
– Oulà non, s’exclama Valentin. Enfin, il y a des moyens, mais pas à notre portée. Et même si on pouvait, ça resterait long d’aller là-bas.
– Oh, commenta Belisama avec une moue déçue. J’espérais que votre technologie pouvait tout faire. Même de nos jours, il y a toujours des limitations, n’est ce pas ?
– De moins en moins, répartit Valentin. Mais toujours, oui.
– Tu vois, Askel, lança-t-elle à son compagnon avec un fin sourire. Après tout, nous ne sommes peut-être pas si obsolètes que cela. »

Son sourire s’effaça au profit d’une mine concentrée. Elle cracha un mot que Valentin ne comprit pas mais que, d’après le ton frustré, il estima être un juron. « Un problème ? s’enquit-il.
– Ils sont trop loin pour que j’arrive à les atteindre, déplora la femme aux yeux dorés. J’espère qu’ils ne feront pas trop de bêtises en attendant. Si ce sont bien eux à l’origine de ce volcan, bien entendu.
– Je suis confiant à ce propos. » Intervint calmement Asklepios.

Valentin ne savait pas quoi répondre à ça et il retourna vers Béatrice, qui était totalement transportée par tout ce qu’elle apprenait sur le dragon. La conversation entre les quatre tourna ensuite surtout autour de ces animaux. Les deux mages fournirent quelques informations supplémentaires sur ce qu’ils savaient des dragons adultes. « Tu es seule à travailler dans ce grand bâtiment ? S’enquit Déa auprès de Béatrice.
– Oh non, nous sommes plusieurs, expliqua celle-ci. Mais nous sommes samedi. Et, le samedi, personne ne travaille.
– Sauf toi, pointa la femme aux yeux dorés d’un ton malicieux.
– Oui, mais c’est une situation exceptionnelle !
– J’en ai l’impression, commenta Belisama. Où en sont les recherches ? » Continua-t-elle en se tournant vers Valentin.

« Je pense qu’elles sont terminées, estima celui-ci. Allons voir ; il va falloir trier. » Curieux, ils se rendirent tous dans le bâtiment principal, suivis par le jeune dragon qui ne voulait pas quitter la femme aux yeux dorés. Béatrice accepta que le jeune animal les accompagne à la condition que Déa s’assure qu’il ne fasse pas de bêtises. Valentin leur attribua des postes à tous et répartit les résultats de recherche. Ils s’installèrent tous et le jeune homme leur conseilla de garder le moindre article qui leur laisserait le moindre doute.

« Comment ils vont réussir à lire tout ça ? interrogea Béatrice.
– Je peux lire n’importe quelle langue, en plus de la parler, leur assura Déa. Cela ne me prend que quelques secondes à intégrer. Un peu plus si je ne connais pas l’alphabet.
– Oh tant mieux, se réjouit Valentin. J’avais prévu le mode aveugle pour eux, avec des écouteurs.
– Je n’en aurai pas besoin, mais Askel si j’en ai peur, reprit la femme aux yeux dorés. Je suis désolée, mais dans mon état ce sera plus simple de traduire ce qu’il entend que ce qu’il voit. J’essaie de chercher les autres en même temps et cela me demande beaucoup d’énergie.
– Tu n’as pas besoin de te justifier, la rassura Béatrice. Valentin avait tout prévu de toutes façons. Si tu préfères les écouteurs, n’hésite pas à lui dire.
– Ça ira, chantonna Belisama avec un grand sourire. Je suis impatiente de voir les styles d’écriture de toutes façons. »

Ils se mirent au travail sans tarder. Cela leur prit beaucoup de temps et, lorsque midi fut passé, Béatrice proposa de commander à manger. Après le repas, ils pourraient faire un point sur ce qu’ils avaient trouvé. « Je peux nous fournir de quoi nous nourrir, suggéra Déa. Comme les autres fois.
– À vrai dire, si ça ne dérange personne, j’aimerais beaucoup goûter à la nourriture de ce temps. » Comme toujours, Asklepios était intervenu de sa voix profonde et de son ton poli. La femme aux yeux dorés le considéra avec surprise. Puis, avec un sourire, elle acquiesça. « C’est une bonne idée, approuva-t-elle. Après tout, nous allons devoir vivre… maintenant, n’est ce pas ? »

Concernant leurs recherches, tous étaient tombés sur beaucoup d’histoires insolites, mais aucune ne pouvait être considérée comme une piste certaine sur l’un des membres manquant de leur petit groupe de mages. Le tri avaient été fortement ralenti pour Belisama et Asklepios, car ils avaient étudié les articles beaucoup plus en profondeur, émerveillés par toutes les nouveautés du monde d’aujourd’hui. La femme aux yeux dorés avaient même trouvé le moyen de naviguer elle-même sur Internet et en avait profité pour naviguer, faisant partager ses découvertes par télépathie à son compagnon.

Béatrice s’était mise à pianoter à toute vitesse sur son téléphone, pour assurer Massamba que tout allait bien se passer. Elle espérait ainsi arrêter le flot ininterrompu de son tuteur bavard et généreux en recommandations. « Qui c’est qui te harcèle comme ça ? s’enquit Valentin.
– C’est Massamba. Enfin, j’ai eu un message de Pommier et bientôt quinze de Massamba.
– On dirait qu’il est aussi enthousiaste que toi, plaisanta le jeune homme.
– Voire même encore plus ! renchérit Béatrice. Et encore, je ne lui ai pas dit que j’ai déjà commencé à étudier un dragon. »

 

(Ces passage là, je sais pas si je les laisse ou pas :

Pendant ce temps, dans une jungle en plein cœur de l’Afrique, une jeune femme reposait entièrement nue sur un lit de pétales de cerisiers. Elle se réveilla en sursaut, repoussa ses mèches noires et lisses qui encombraient son visage et grimaça au souvenir de l’intense douleur qu’elle avait subie en guérissant. Qu’est ce qui avait bien pu la blesser à ce point ? Était-ce ce voile noir qui avait eu l’air de recouvrir l’horizon tout entier ? Combien de temps avait-elle dormi ? Et combien de temps son esprit allait-il rester brumeux ? Elle prit sa tête entre ses deux mains, plissant ses yeux en amande. Que de questions ; elle se sentait aussi confuse que ses souvenirs.

La jeune femme se leva. Une autre question lui traversa l’esprit : d’où venaient ces pétales roses sur lesquels elle était couchée à l’instant ? Elle scruta les alentours du regard. Cet environnement lui paraissait presque étranger, comme si elle n’avait pas l’habitude de se trouver dans un tel endroit, et percevait sa présence comme saugrenue en ce lieu. Elle toucha pensivement les grandes feuilles alentours. Celles-ci, comme répondant à son appel silencieux, se penchèrent vers elle, la caressant doucement, presque avec tendresse.

La jeune femme demanda aux plantes alentours si elle pouvait leur prendre quelques feuilles pour se vêtir. Sa requête fut acceptée et des morceaux entiers de végétation tombèrent d’eux-mêmes autour d’elle. Pour remercier la généreuse flore de ces lieux, elle posa ses mains sur les plantes. Une lumière rouge nimba son corps et les végétaux s’étant montrés généreux virent leurs feuilles manquantes repousser. Grâce aux abondantes feuilles immenses qu’elle avait à sa disposition, la jeune femme se confectionna un kimono végétal.

Sa confusion se dissipait peu à peu, elle le sentait. Une certitude s’imposa : elle devait retrouver les autres. C’était important. La jeune femme s’auréola de lumière et sourit. Elle se souvenait enfin qu’elle était Amaterasu.

 

Au même moment, deux énergumènes profitaient du soleil sur le sable fin d’un îlot dangereusement proche d’un volcan. « Hé, Chaahk, tu crois que ça suffira à les alerter ? S’enquit l’un des deux d’une langue que plus personne n’avait entendu parler depuis longtemps.
– Je ne sais pas trop [Bidule], répondit l’autre d’un air dubitatif. C’est bruyant, c’est sûr, mais est ce que ça les atteindra ? Rien n’est moins sûr.
– Normalement Askel devrait entendre, supposa le premier avec entrain.
– Sauf s’il ne s’est pas encore éveillé, temporisa le second. C’est un paramètre à prendre en compte.
– Rha tu es trop sérieux ! »

[Bidule] se leva et commença un véritable échauffement, faisant rouler ses muscles fins sous sa peau. Très vite, il se lança dans des acrobaties de plus en plus impressionnantes. Il n’était pas très grand, mais disposait d’une excellente détente. « Et toi, tu ne tiens pas en place. » rétorqua Chaahk. Celui-ci était beaucoup plus grand et costaud que son agile compagnon.

Il se nimba de vert et fit un petit geste vers le haut. Un poisson sortit de l’eau, frétillant furieusement, et se dirigea vers la main de l’homme, visiblement contre son gré. Le grand Chaahk répéta l’opération, avec plusieurs poissons cette fois. « Tiens, j’ai pêché le repas, tu t’en occupes ? lança-t-il à [Bidule] qui continuait de s’activer tout seul sur la plage.
– D’accord. Tu pourrais pas nous apporter du fromage aussi ?
– Je crains que non. Je n’en vois pas à portée.
– C’est nul, se plaignit [Bidule]. Vivement que nous retrouvions le chef.
– Pour pouvoir avoir du fromage ?
– Oui. »

Ce disant, le petit homme commença à s’occuper des poissons grâce à un bout de bois qu’il avait effilé. Pendant qu’il œuvrait, le plus grand commença à son tour une série d’exercices. Ils demandaient moins d’agilité mais plus de puissance. « Tu es sûr que tu ne veux pas m’envoyer valser sur le continent ? S’enquit [Bidule]. Il est dans cette direction. » Précisa-t-il en montrant l’est d’un petit signe négligeant. Chaahk secoua la tête en souriant par devers lui. Son ami était aussi petit que déterminé. Quand il avait quelque chose en tête, c’était très difficile de l’en détacher.

« Je n’ai pas encore récupéré toute ma force, expliqua une nouvelle fois le plus grand. Tu ne ferais pas trop ton malin de rester au milieu de l’océan.
– Je nagerai la fin du voyage, argumenta [Bidule]. Comme je vais vite, ça devrait suffire.
– J’en doute. Et puis, qu’irais-tu faire sur ce continent ? De ce que nous savons, il n’y a personne d’entre nous et ce ne sont pas les populations locales qui pourront nous être d’une grande aide.
– Peut-être que c’est nous qui pourrons les aider, suggéra innocemment le plus petit qui plantait les poissons évidés et écaillés sur des pics en vue de les faire cuire.
– Mmmh… » Grommela Chaahk en arrêtant de s’exercer. Il vint s’asseoir à côté de son ami qui préparait un petit foyer et reprit :

« Je ne voulais pas t’inquiéter, mais je suppose que tu n’as pas regardé les étoiles cette nuit ?
– J’ai vu qu’il y en avait, mais je n’y ai pas prêté attention plus que ça, j’étais trop faible et je me suis endormi tout de suite.
– Les étoiles ne sont pas là où elles étaient avant l’épisode du voile noir, expliqua sombrement Chaahk. C’est perturbant. Je préfère ne pas t’envoyer n’importe où avant que nous soyons certains de la situation.
– Je vois… Commença [Bidule] en allumant un petit feu d’un claquement de doigts et en disposant les poissons pour la cuisson. Ou alors, tu pourrais m’envoyer là-bas quand même et comme ça nous pourrions peut-être être fixés. »

Le plus grand hocha négativement la tête. Il ne voulait pas tenter quoique ce soit d’inconsidéré. Il savait que si la situation s’éternisaient, ils devraient agir. La question étant : quand devaient-ils considérer que la situation s’éternisait ? C’était une question difficile. « Les autres ne doivent pas avoir récupéré la totalité de leur puissance non plus, déclara-t-il finalement. Il n’y a pas assez de magie ; ça me chiffonne ça aussi.
– Je pense que c’est ce voile noir qui a volé toute la magie, déclara [Bidule] en s’emparant de deux bouts de bois ressemblant à des baguettes afin de tourner les poissons. Quand il est passé sur nous, c’est ce que j’ai senti.
– Étant donné qu’il couvrait tout l’horizon et que nous n’avons pas de nouvelles des autres, je suppose que le monde entier a été touché et eux aussi.
– Tu es pessimiste. Mange du poisson, ça ira mieux après. »

Chaahk obtempéra ; il avait faim. Il mordit dans la chair et soupira d’aise. Le poisson n’était pas totalement cuit, mais il n’en avait cure. L’homme appréciait tout autant le poisson cru. « Je pense plutôt que je suis réaliste, en fait, reprit Chaahk. Maintenant, la question à se poser, c’est : si le voile noir a absorbé toute la magie du monde, combien de temps a-t-il fallu au monde pour la régénérer ?
– Hum, marmonna [Bidule], très longtemps à mon avis. Surtout qu’elle n’est pas toujours pas au niveau où nous l’avons connue. »

Sur la plage de sable fin, dévorant leurs poissons, les deux amis méditaient à propos de leur situation. Ils s’ennuyèrent assez rapidement sur leur île après leur repas. Heureusement, ils étaient créatifs et improvisèrent rapidement des occupations, qui consistèrent principalement en des duels, tant intellectuels que physiques. Ils alternèrent entre des jeux de stratégie improvisés comme les échecs et des affrontements armés de bâtons. Les morceaux de bois ne tinrent pas longtemps et ils passèrent rapidement à l’entraînement à mains nues.

Ils s’interrompirent dans leurs exercices en entendant un bruit lointain. Aucun des deux n’avait jamais entendu un bruit pareil, ni jamais vu d’hélicoptère comme celui qui s’approchait de leur île, provenant d’un endroit soigneusement éloigné du volcan en éruption, qui s’était entre temps calmé. Les deux amis regardèrent l’engin voler dans leur direction avec perplexité. « Chaahk, as-tu déjà vu un animal pareil ?
– Je dois bien admettre que non, [Bidule]. Regarde, il y a des gens à l’intérieur.
– Des gens ? Ah oui, tiens. Ce serait un peu comme une charrette volante, alors ? »

Le plus grand acquiesça sans mot dire. À présent silencieux, ils se contentèrent de contempler le spectacle inédit de cette machine volante en acier les survoler et descendre petit à petit sur la plage.

Fin du passage que je sais pas si je laisse ou pas.)

 

4197 mots pour aujourd’hui, dont beaucoup de triche et de questionnements.

NaNoWriMo 2018 : Arkhaiologia Tome 2, jour 11

Avec l’agitation, personne d’autre ne l’avait vue non plus. L’esprit du pendentif fit un clin d’œil à Ethelle avant de retourner se cacher dans le camée.

Izel se retrouva près d’elle et lui enjoignit à s’écarter du lac. Ils remontèrent au manoir et croisèrent Nicolas Merryweather qui en descendait. Il était pâle et armé de son pistolet. « Ethelle, ma chère, je suis soulagé de vous voir saine et sauve.
– Je suis resté à ses côtés pour la protéger, mentionna Izel avec hauteur.
– Oh, euh et bien je vous en suis reconnaissant, le remercia Nicolas tandis que le rouge lui montait aux joues. Cela m’a permis de récupérer mon arme pour les faire fuir. »

Les gendarmes détachés à la protection du domaine Merryweather au cas où Gregory se montrerait avaient, eux aussi, tiré en direction des êtres lacustres pour les faire fuir. Ils étaient à présent regroupés sur la petite plage du lac, tenant une conversation animée. Ethelle supposa qu’avec des apparitions surnaturelles de plus en plus nombreuses, les gens d’armes ne devaient plus savoir où donner de la tête. L’un d’entre eux, quitta le petit groupe et, arrivant à la hauteur de Nicolas, l’informa qu’il devait quitter la surveillance du domaine pour aller informer son supérieur des évènements. Sans attendre de réponse, il inclina brièvement la tête et s’en fut.

« Vous devriez conserver votre arme avec vous, conseilla Izel à l’héritier Merryweather avec un demi-sourire.
– J’y songe, répondit Nicolas avec agacement. Venez, Ethelle, rentrons. » La jeune femme acquiesça et saisit le bras qu’il lui tendait. Ils rentrèrent paisiblement, accompagné par le nahua qui irritait le maître des lieux.

 

Le jour suivant, de nombreux convives avaient déjà quitté le manoir pour regagner leur maisonnée. Les gendarmes s’étaient retirés du domaine, leur supérieur ayant décidé que des affaires plus pressantes les appelaient. Il regnait une ambiance qu’Ethelle trouvait morne. Les membres de la famille [Machintruc], qui préparaient à leur tour leur départ, lui demandèrent de les retrouver dans leurs appartements.

Lorsque la jeune femme pénétra dans le petit salon des [Machintruc], Miztli se précipita vers elle avec joie. « Viens, papa et maman veulent te parler ! » Elle s’empara ensuite de la main d’Ethelle pour l’entraîner vers le fauteuil près de la cheminée où se tenait Xochitl. Entendant sa fille parler à Ethelle, Cuauhtli les rejoignit. Madame [Machintruc] adressa un aimable sourire à mademoiselle Morton et l’invita à s’assoir sur le fauteuil en face d’elle.

« Nous avons été très heureux de faire votre connaissance, commença Xochitl.
– Moi de même, lui assura Ethelle avec chaleur.
– J’en suis ravie. Nous vous avons demandé de venir car nous avons quelque chose à vous proposer.
– Vraiment ?
– Oui, intervint Cuauhtli. Nous en avons beaucoup discuté et nous pensons que c’est une très bonne idée.
– Nous voulions vous proposer de partir avec nous, précisa Xochitl.
– Avec vous ? s’étonna Ethelle prise de court.
– Oui, confirma Xochitl. Cuauhtli connaissait bien votre père, qu’il tenait en haute estime, et vous nous avez fait une excellente impression. C’est pourquoi nous comptions vous proposer de vous accueillir chez nous à Nueva Tenochtitlan (ou Yancuic Tenochtitlan ? Quelle quantité d’espagnol a été finalement conservée et est utilisée ? Quid du portugais ? Et puis d’abord où ça se trouve ?) où vous pourriez repartir du bon pied dans une ville riche et foisonnante. De là, vous pourrez tout de même retourner à Eastlond si vous en ressentez l’envie.
– C’est vraiment généreux de votre part comme proposition. » déclara Ethelle qui ne savait pas si elle avait envie d’aller vivre si loin dans le sud.

De fait, elle ne savait pas non plus si elle avait envie de faire partie de cette famille. Ils s’étaient certes montrés toujours agréables et attentionnés à son égard, mais elle ne les connaissait que très peu. Aurait-elle de mauvaises surprises plus tard ? D’un autre côté, l’autre solution qu’elle avait était de continuer de vivre au crochet de la famille Merryweather. Heather était pénible et envahissante, mais au moins la jeune femme savait à quoi s’attendre. Et puis, en restant à Lancy, elle restait à la portée de la bibliothèque antique de Simon Derrington. Ethelle ne savait pas si elle aurait l’occasion d’y retourner, mais elle préférait ne pas trop s’en éloigner.

« Les enfants nous ont assuré qu’ils apprécieraient beaucoup vous avoir comme compagne, précisa Cuauhtli. De plus, dans quelques mois (réfléchir à combien de temps exactement), Izel sera en âge de prendre une épouse. Nous pourrions vous marier et vous bénéficierez ainsi du prestige de la famille [Machintruc], cela vous aidera certainement dans vos affaires.
– Oh, mais je ne comptais pas profiter d’autant de générosité ! » s’exclama Ethelle.

Décidément, pourquoi y avait-il tant de monde qui considérait que le mariage était la solution à tout ? La jeune femme repensa à ce que lui avait dit Cuauhtli au sujet de son père, qui avait un soi-disant secret autout de sa réussite en affaires. La famille [Machintruc] lui faisait-elle miroiter un avenir radieux avec elle juste pour pouvoir mettre la main sur ce fameux secret ? Elle s’en voulut de penser cela de personnes qui s’étaient montrées avenantes et aimables avec elle depuis le début. Izel s’était même porté à son secours à plusieurs reprises.

« Nous aurions dû vous en parler avant, déplora Xochitl. Vous n’avez que peu de temps pour vous décider.
– Il est vrai que c’est difficile pour moi de prendre une décision si importante dans un laps de temps si court, confirma Ethelle.
– Écoutez, temporisa Cuauhtli, si cela vous convient mieux, vous pouvez partir avec nous en considérant que vous prenez des vacances et, si la vie avec nous ne vous convient pas, vous pourrez certainement revenir ici auprès de la famille Merryweather. »

Présentée ainsi, l’offre était plutôt tentante. Ethelle n’avait jamais eu l’occasion de se rendre dans l’Empire de Nueva Azteca et elle était curieuse de visiter Nueva Tenochtitlan. Alors qu’Ethelle s’apprêtait à dire qu’elle s’en voudrait de les mettre en retard, quelqu’un frappa à la porte. Henry, le majordome des Merryweather, entra dans la pièce, s’inclina et déclara : « Mademoiselle Morton est requise dans le salon de réception de madame Merryweather. Si vous voulez bien me suivre.
– Pour quelle raison est-elle convoquée ? s’enquit Xochitl sur un timbre un peu irrité.
– Monsieur Merryweather la mande car ses amis sont revenus d’un périple archéologique.
– Un périple archéologique ? s’étonna Cuauhtli. Cela ne peut-il pas attendre ? Nous sommes au milieu d’une conversation importante.
– Prenez votre temps, déclara calmement Henry. Je patienterai de l’autre côté de la porte. »

Ce qu’il fit. Le coeur d’Ethelle battait la chamade ; elle était impatiente de retrouver Simon et Clay et très heureuse de savoir qu’ils n’avaient pas eu à faire à Gregory. Elle nota de leur en parler au cas où. La jeune femme repoussa ses pensées dans sa tête pour s’occuper de ne pas froisser la famille [Machintruc]. « Je suis navrée, leur dit-elle, et aussi profondément flattée par votre proposition, mais je ne vais pas pouvoir vous accompagner dès aujourd’hui. Le devoir m’appelle, mais peut-être pourrai-je me mettre en route d’ici quelques jours, si votre invitation tient toujours bien entendu.
– Bien sûr, lui assura Xochitl. Nous sommes un peu déçus de ne pas pouvoir profiter de votre présence dès maintenant, mais nous vous accueillerons avec joie lorsque vous serez prête à venir chez nous. »

Ethelle sourit. Elle avait réussi à garder la porte ouverte tout en déclinant l’invitation, ce dont elle était soulagée ; elle aurait ainsi le temps d’y réfléchir à tête reposée. En les remerciant une nouvelle fois, elle prit poliment congé, pour suivre Henry qui l’attendait, stoïque, dans le couloir. Tandis qu’elle lui emboîtait le pas, une inquiétude survint : Arabella Finley avait-elle déjà quitté le manoir ? Il serait très fâcheux qu’elle croise Clay dans un couloir. Qui sait comment elle réagirait en le voyant ?

Lorsqu’Henry lui ouvrit la porte du salon, Ethelle fut soulagée de ne pas y trouver la Veuve-Noire, mais aussi de constater que Clay et Simon étaient indemnes de toute blessure qui aurait pu signifier une rencontre avec Gregory. En plus de Nicolas qui devisait avec le professeur Derrington, la jeune femme rousse fut surprise de voir Tina, mais aussi un grand homme aux yeux verts étincelants et à la longue chevelure noire qu’elle ne connaissait pas.

Avant qu’elle n’ait eu le temps de dire quoi que ce soit, Clay avait franchi les quelques pas qui les séparaient pour l’étreindre brièvement. Il la lâcha avant qu’elle puisse s’offusquer et lui adressa un franc sourire en lui disant : « Je suis content de voir que tu… vous allez bien !
– Je… moi aussi, avoua Ethelle. Je suis heureuse de vous voir et surprise, aussi.
– Nous n’avons pas eu l’occasion d’envoyer un message. » s’excusa Simon en venant l’étreindre à son tour.

Tina ne vint pas l’étreindre – l’inverse aurait profondément surpris mademoiselle Morton – et se contenta de la fixer d’un air insolent en croisant les bras. L’homme aux étranges yeux verts la fixait également, l’air impassible. Il était vêtu d’un costume neuf, qu’Ethelle soupçonnait l’archéologue d’avoir fait tailler à ses frais peu de temps auparavant. L’inconnu ne semblait pas encore tout à fait à l’aise avec ces vêtements typiquement angelnish.

« Que faites-vous là ? s’enquit la jeune femme rousse. Je pensais que vous ne reviendriez pas avant encore plusieurs jours.
– Il s’est passé des choses dans la bibliothèque, expliqua vivement Clay tandis que l’archéologue les poussait à s’installer sur le canapé ou les fauteuils.
– Quelles choses ? demanda Ethelle en s’asseyant à côté de l’ancien Faucheux sur le canapé.
– Gregory nous a attaqués, tu sais, le majordome de la Veuve-Noire. »

Dans son impatience, le jeune homme en oubliait de la vouvoyer. « Je me souviens bien de lui, renchérit Ethelle. Il a voulu me tuer lors d’un dîner…
– Il a… ? Ohlàlà… J’avais raison de m’inquiéter. » Clay se passa nerveusement la main dans les cheveux, avant de reprendre : « Je suis content que tu sois saine et sauve.
– J’ai arrêté cet homme grâce à mon pistolet, précisa Nicolas dont les joues étaient une fois de plus colorées de rouge. Puis il a été emmené par les gendarmes.
– Et puis il s’est enfui, continua Ethelle. C’est à ce moment là qu’il a dû se lancer à votre poursuite.
– Comment a-t-il fait pour nous retrouver ? demanda Tina. C’est toi qui lui a balancé Clay ? »

Le ton de la jeune fille blonde, dirigé à l’intention de mademoiselle Morton, était accusateur. « Je n’ai rien dit, démentit Ethelle.
– Chaahk et moi pensons que cet homme, Grégory, étant un loup-garou, avait des capacités de pistage surhumaines, intervint le professeur Derrington avec une pointe de fierté. Nous avons émit l’hypothèse qu’il a suivi Clay à la trace depuis Lancy.
– Un loup-garou ? balbutia Nicolas.
– En y repensant, c’est vrai qu’il avait une tête bizarre lorsqu’il m’a attaquée, réfléchit Ethelle. Comme s’il était déformé… et avec plus de poils aussi.
– Un loup-garou, répéta Simon, ou lycanthrope. J’en suis sûr et certain ! D’ailleurs, sa force était impressionnante. Nous avons eu beaucoup de chance de nous en sortir ; nous n’en serions pas là si Tina n’avait eu la présence d’esprit d’utiliser l’argent dévolu à mes photographeurs pour vaincre la bête. »

La blondinette jeta un regard triomphant à Ethelle. Cette dernière, bien qu’impressionnée par l’exploit de Tina, n’en laissa rien paraître. Elle se sentait soulagée de savoir que Gregory avait été vaincu. En revanche, même sans son majordome, la Veuve-Noire devait avoir des moyens de leur porter préjudice. Sans compter que la disparition de son homme de main la mettrait certainement dans une colère noire. Et ce n’était pas quelque chose à laquelle Ethelle avait envie d’assister.

« Il faut que je vous dise, déclara-t-elle à ses compagnons, qu’Arabella Finley se trouve ici. (est-ce que Simon est au courant pour Arabella/Veuve-Noire ? Si non, à préciser avant et vérifier aussi à propos de Nicolas) Il ne faut pas qu’elle aperçoive Clay ou Tina.
– Arabella Finley ? répéta Nicolas. Mais pourquoi cela ? Que ne m’avez-vous pas dit ? »

2033 mots pour aujourd’hui. Je continue de rogner sur mon retard, pas aussi vite que je le voudrais, mais je rogne !

NaNoWriMo 2018 : Arkhaiologia Tome 2, jour 7 et 8

Lorsque Clay ressortit du camp avec leurs affaires, Tina s’empressa de venir l’aider. Suivis de l’archéologue qui traînait, répugnant à quitter sa chère bibliothèque, ils gravirent la faille qui menait à l’air libre. Alors qu’ils chargeaient la mécamobile, les trois angelnish perçurent un tremblement du sol sous leurs pieds. Ils tournèrent la tête en direction de Chaahk, quelques mètres plus loin. A leur grande surprise, la terre paraissait se mouvoir de sa propre volonté, absorbant le corps de Gregory sous le regard grave du dieu. « Qu’est ce qu’il fait ? s’étonna Tina.
– Il l’enterre, je suppose, répondit Simon qui paraissait fasciné par la scène. Je vais en profiter pour lui demander s’il veut venir avec nous. »

Clay amorça un mouvement pour demander si se promener avec un homme à moitié nu ne risquait pas d’attirer l’attention une fois qu’ils seraient à Lancy. Il s’arrêta, voyant bien que c’était inutile : Simon était déjà près de Chaahk pour lui proposer de voyager avec eux. L’ancien Faucheux était certain que l’archéologue lui faisait miroiter des découvertes passionnantes en se fondant dans une ville typiquement actuelle.

Le dieu écouta attentivement le professeur Derrington, puis prononça quelques mots ponctués d’un signe de tête en direction de la bibliothèque. Cela parut faire réfléchir Simon qui se gratta le cuir chevelu d’un air pensif. Puis il se tourna de nouveau vers Chaahk pour lui répondre en haussant les épaules. Le dieu pencha la tête sur le côté et parut faire une proposition à l’archéologue qui accepta aussitôt.

Un nouveau tremblement de terre fit sursauter Clay et Tina. « Regarde ! » s’exclama la blondinette en désignant la colline qui recouvrait la bibliothèque. La terre autour de la faille paraissait avoir pris vie et bouchait l’entrée par laquelle ils passaient pour pénétrer dans l’antique bâtiment. « Il a vraiment des pouvoirs impressionnants, commenta Tina.
– Ca, c’est sûr, approuva Clay.
– Imaginer qu’il y a des gens aussi puissants qui se promènent dans le monde, ça m’inquiète un peu.
– Je te comprends, je dois dire que ça me met aussi mal à l’aise. Surtout en sachant qu’il se sent tout faible…
– Je ne veux même pas essayer d’imaginer quand il se sent fort. » acquiesça Tina.

Les deux anciens Faucheux regardèrent Chaahk et Simon revenir vers eux, avec un brin d’appréhension. Ils espéraient que le dieu ne se ferait pas remarquer en ville et que rien ne l’obligerait à utiliser ses pouvoirs. En montant en voiture, Clay tenta de se rassurer en se disant que Chaahk paraissait être une personne raisonnable et qu’il ne se mettrait pas de lui-même dans une situation gênante. En fait, il paraissait surtout observer ce qu’il se passait autour de lui. Peut-être était-ce pour ne pas agir de manière imprudente. D’ailleurs, le jeune homme le trouvait bien calme face à sa situation : le dieu avait été endormi pendant des centaines et des centaines d’années, s’était réveillé dans un lieu en ruine, et ne paraissait pas en faire grand cas.

Tandis que la mécamobile atteignait une ébauche de chemin de terre, Clay essaya de se mettre à la place de Chaahk. Quand ce dernier avait ouvert les yeux dans la bibliothèque, il avait dû se sentir perdu. S’était-il seulement réveillé avec les idées claires ? En tous cas, l’ancien Faucheux savait qu’il aurait paniqué en se retrouvant seul dans un lieu connu devenu une ruine peuplée de fantômes. Il frissonna. En plus d’avoir des pouvoirs merveilleux et un physique sans défaut, Chaahk paraissait aussi intelligent et avoir un moral d’acier. C’était donc cela d’être un dieu ? On incarnait la perfection ? Le jeune homme se sentait un peu jaloux de tant de qualités. A côté de Chaahk, il avait l’impression d’être insignifiant et il n’aimait pas cette sensation. D’un autre côté, les dieux étant restés dans les mémoires tellement de centaines d’années après avoir disparu, ce n’était pas étonnant qu’ils soient des êtres exceptionnels.

Il fut interrompu dans le flot de ses pensées par Tina qui demanda en désignant Chaahk d’un petit mouvement de menton : « Dites, m’sieur Derrington, vous ne pensez pas qu’il faudrait l’habiller un peu plus pour aller en ville ?
– Oh si si, confirma Simon. J’y ai songé, mais je ne pense pas que nous trouverons de tailleur convenable entre ici et Lancy.
– Mais il a pas besoin d’un tailleur convenable, juste de pas être tout nu ! protesta la jeune fille.
– Rho, mais il n’est pas techniquement nu… » Temporisa l’archéologue.

Tina leva les yeux au ciel et se cala de nouveau au fond de son siège, à côté de Clay ; ils étaient à l’arrière, séparés par un sac qui ne tenait pas dans le coffre avec le reste des bagages. Ils n’avaient pas pris le temps d’enlever le matériel de remplacement qu’ils stockaient dans le véhicule pendant qu’ils travaillaient dans la bibliothèque, la mécamobile était donc un peu chargée.

Chaahk ne disait rien. Il contemplait le paysage qui défilait à l’extérieur, l’air impassible. Cet air presque toujours impénétrable rendait Clay nerveux. Il aimait bien avoir des indications sur ce que pensaient les personnes face à lui. Simon engagea la conversation avec son silencieux passager en langue antique. Le dieu répondait brièvement aux questions du professeur Derrington. « Qu’est ce qu’il dit ? s’enquit Tina qui n’aimait pas ne pas comprendre.
– Je lui ai demandé ce qu’il pensait de nos petites merveilles de technologie que sont les mécamobiles, répondit plaisamment l’archéologue. Et il m’a expliqué que la civilisation antique que nous étudions avait des moyens de transport encore plus performants. Et aussi qu’il était prêt à m’expliquer comment tout cela fonctionnait à l’époque, mais qu’il doutait que j’ai le bagage de… mmmh… d’ingénierie nécessaire pour bien comprendre. »

L’archéologue avait essayé de garder un ton détaché en prononçant la dernière phrase, mais Clay sentait bien qu’il s’était senti un peu piqué par la remarque. Au moins, Simon était facile à lire, lui. L’ancien Faucheux s’était très vite senti en confiance en présence du professeur Derrington. Il savait que Tina aussi. Même Ethelle, qu’il sentait plus circonspecte, lui avait rapidement accordé sa confiance. Simon était ainsi : il attirait la sympathie. Clay sourit par devers lui en se disant que la plupart des gens devaient le trouver sympathique jusqu’au moment où il leur faisait subir son enthousiasme sans limite.

L’ancien Faucheux était en train d’organiser ses idées pour savoir comment les raconter à Ethelle quand il la retrouverait, lorsqu’il s’assoupit. Il commença par rêver qu’il était à un mariage. Il se sentait un peu gêné de voir qu’il avait été convié à une réception de la haute, mais Tina était avec lui, ce qui le rassurait. C’est alors qu’il vit Ethelle, qui lui parut resplendissante avec ses cheveux roux qui contrastaient avec sa robe blanche. Il comprit que c’était elle qui l’avait invité à son mariage. Avec un grand sourire, il lui fit un signe de la main, auquel elle répondit chaleureusement.

Juste avant de remarquer qu’elle ne le regardait pas directement. Nicolas Merryweather le dépassa allègrement et il comprit que c’était au jeune homme blond qu’Ethelle faisait signe et non à lui. Nicolas était également vêtu de blanc et les deux jeunes mariés s’étreignirent avec tendresse. Alors que de les voir ainsi serrait le cœur de Clay, une ombre enfla derrière les tourtereaux. Avec horreur, l’ancien Faucheux réalisa qu’il s’agissait d’une araignée géante, noire et rouge avec les chélicères frémissantes, qui s’apprêtait à dévorer le couple.

Clay voulait les prévenir, surtout Ethelle, mais il n’arrivait pas à bouger et aucun son ne sortait de sa bouche. La gorge nouée, il détourna les yeux et son regard tomba sur Tina qui était armée de son arbalète chargée d’un carreau d’argent. Avec espoir, il la regarda tirer en direction de l’araignée. Le premier carreau fit mouche, le monstre recula d’un pas, agitant ses chélicères de douleur, et la blondinette chargea aussitôt son arme avec un nouveau projectile. Le deuxième carreau fila vers Ethelle et Clay cria silencieusement d’horreur.

Une fois parvenu juste devant le front de la jeune femme rousse, le projectile s’arrêta, de même que toute la scène du rêve de Clay. Au milieu de la scène suspendue, une femme s’avança vers l’ancien Faucheux. Elle fronçait les sourcils, comme si elle était déçue de ce qu’elle voyait et commença à parler dans une langue que le jeune homme ne comprenait pas. Comme il ne répondait pas, elle secoua la tête en levant les yeux au ciel, avant de le toucher brièvement. Clay sentit disparaître la boule qui lui nouait la gorge. « Je ne comprends pas… » Parvint-il à dire. La femme soupira et claqua des doigts.

Le jeune homme se sentit projeté jusqu’à une nouvelle scène, toujours en compagnie de la femme qui avait apparemment le pouvoir de diriger les rêves. S’y tenaient plusieurs personnes, dans une grande salle blanche remplie de cages peuplés de créatures diverses. Il se rendit compte qu’il s’agissait d’animaux qu’il ne connaissait pas et, apercevant une banshee, il supposa que les autres devaient aussi être des créatures magiques.

Parmi les personnes présentes, il reconnut la femme qui était intervenue dans son cauchemar et Chaahk. Tous discutaient de manière animée, puis la scène se suspendit comme l’avait fait son rêve. La maîtresse des rêves désigna Chaahk. « Oui, je le connais. » déclara Clay qui ne savait pas quoi dire d’autre. Visiblement, la femme ne le comprenait pas plus qu’il ne la comprenait. Elle ouvrit la bouche.

Mais le jeune homme se réveilla dans la mécamobile. « Qu’est ce qui t’arrive ? lui lança Tina. T’as envie de vomir ? T’es tout pâle.
– Pas loin, grommela Clay. J’ai fait un de ces cauchemars ! Et après une femme est venue arrêter mon rêve. Je crois qu’elle voulait parler à Chaahk. » Entendant son prénom, le dieu se tourna vers la banquette arrière. Simon lui traduisit les propos de Clay. Le visage de Chaahk s’éclaira et il déclara avec soulagement :

« Yingana.
– C’est le nom de la femme de mon rêve ? vérifia le jeune homme.
– Oui, répondit Chaahk après la traduction du professeur Derrington. Amie, dieu.
– Je suis bien content qu’elle soit intervenue en tous cas, reprit Clay. Ce rêve prenait un tour qui m’a rendu malade.
– Raconte ! lui enjoignit Tina.
– Je préfère pas. C’était suffisamment horrible comme ça. » Clay n’avait pas envie de raconter à sa cadette qu’il l’avait vue presque tuer Ethelle.

Le reste du trajet se déroula calmement. Simon fredonnait par intermittence, les deux anciens Faucheux contemplaient l’extérieur et Chaahk s’était endormi. Clay se dit qu’il devait essayer de retrouver la dénommée Yingana dans ses rêves. Il se sentait content pour le dieu et espérait qu’il arriverait à joindre sa semblable. En revanche, il préférait ne pas penser aux pouvoirs cumulés de deux dieux, surtout une fois qu’ils auraient retrouvé leurs forces.

 

1805 mots pour ces deux jours, dont le quota pour aujourd’hui ! Utiliser Siegfried aide donc vraiment ^^

NaNoWriMo 2018 : Arkhaiologia Tome 2, jour 6

Le jeune homme vit briller des crocs juste avant que la masse soit précipitée contre le mur. En voyant que Chaahk avait le bras tendu, il comprit que le dieu avait utilisé ses pouvoirs pour se débarrasser du monstre. Aussitôt après, Chaahk jeta puissamment sa lance en direction de leur assaillant, le clouant au mur antique.

« Nooon ! s’écria Simon. Il ne faut pas abîmer ces ruines, elles so… » Il fut interrompu par un hurlement de rage du monstre, qui arracha furieusement la lance et la jeta sur le côté. À présent que Clay le voyait mieux, ses yeux s’arrondirent : l’être qui leur faisait face ressemblait à un loup aussi grand qu’un humain et revêtu d’un ensemble comme en portaient les majordomes. Ses yeux étincelaient de colère et sa gueule était entrouverte sur des crocs dégoulinants d’écume.

« Comment se fait-il qu’il ne soit pas mort ? s’étonna le professeur Derrington d’une voix blanche. J’ai vu la lance le traverser ! » Personne ne répondit. La bête avait dû être blessée ; Clay voyait du sang sous l’endroit où il avait été transpercé, mais cela paraissait n’avoir eu que peu d’impact. En s’avançant tranquillement en direction du monstre, Chaahk tendit le bras et la lance vint voler jusqu’à sa main. Le loup, qui se tenait sur les deux pattes arrières, se jeta sur le dieu. Ce dernier pointa sa main dans sa direction et la bête se retrouva immobilisée. Elle ne s’avoua pas vaincue et se débattit contre le pouvoir de Chaahk.

Clay, qui s’était un peu détendu en voyant que le nahua maîtrisait la situation, fut assailli par une nouvelle vague de panique en voyant le monstre parvenir à avancer de nouveau dans leur direction. Le dieu se crispa dans son effort pour le stopper, mais ne parvint pas à l’arrêter totalement. Le jeune homme espérait que leur agresseur se fatiguerait avant Chaahk, mais le souvenir l’explication de Simon selon laquelle le dieu était encore très faible le glaça. Le nahua, d’ordinaire si impassible, commençait à grimacer sous l’effort ; il tenait sa lance prête pour le seconder.

« C’est un loup-garou, s’étrangla Simon. J’en suis sûr ! Ces bêtes sont immortelles, nous sommes faits… » Chaahk, qui luttait férocement contre la force de son opposant, prononça quelques mots en langue antique. Le visage de l’archéologue s’éclaira : « De l’argent vous dites ? Mais où trouver de l’argent ici ? »

C’est alors que Tina s’enfuit. « Hé ! Reviens ! » lui lança Clay. Sur un grognement enragé, la bête parvint à faire un bond en avant. Le jeune homme détourna son attention de la blondinette et avisa l’antique balai avec lequel il avait nettoyé la pièce du camp bien des semaines auparavant. Imitant Chaahk, il délaissa son couteau pour s’emparer du balai comme une arme à allonge et le pointa sur le loup-garou en soutien. Il ne se sentait pas si courageux face aux crocs saillants de l’énorme monstre velu, mais il pensait que fuir ne ferait que retarder l’inévitable.

Clay se sentit quitter le sol. Il flottait à peine au-dessus, mais ses pieds ne touchaient plus la poussière millénaire. « Que… ? » lança-t-il avant de se retrouver deux mètres plus loin, à côté de Simon qui avait visiblement subi le même sort. Chaahk relâcha d’un coup la pression qu’il exerçait sur le loup-garou. Déstabilisé, celui-ci trébucha en avant et le dieu l’embrocha de nouveau sur le sol avec sa lance de métal, appuyant dessus de tout son poids pour bloquer le monstre qui se débattait de plus belle.

Ignorant la lance qui le transperçait, le loup-garou se redressa, essayant de mordre le dieu. Ce dernier l’évitait habilement, le repoussant à terre par magie tout en le maintenant avec son arme profondément enfoncée dans le sol. « C’est admirable, se réjouit le professeur Derrington qui était très pâle. Mais nous n’allons pas pouvoir rester dans cette situation indéfiniment. Nous devons trouver de l’argent pour le mettre hors d’état de nuire. » Clay acquiesça, se releva et aida l’archéologue à faire de même malgré ses jambes tremblantes. Il réfléchissait à toute allure à ce qui pouvait être en argent dans cette bibliothèque antique.

Un bruit sec retentit. Le loup-garou hurla à la mort. Quelques instants plus tard, le bruit claqua de nouveau et le monstre se tut presque aussitôt, un trait planté dans le crâne. Sous les yeux ébahis du professeur Derrington et de son apprenti, la bête prit forme humaine. Clay réalisa avec horreur qu’il connaissait l’homme sous la peau du loup-garou. Il s’agissait de Gregory, le majordome de la Veuve-Noire. Cette fois, il paraissait bel et bien mort. En redressant la tête, il aperçut Tina, le regard hanté comme si elle était effrayée de ce qu’elle venait de faire. Les mains de la jeune fille tremblaient en portant une arbalète de fortune. Elle tenait un dernier carreau entre les dents, qui dégoulinait d’une substance argentée.

 

Il était une fois, un petit Siegfried qui avait besoin d’être connecté à un nouveau clavier. Le clavier bluetooth fonctionne ! Mais cela va-t-il être efficace ? Nous le saurons prochainement.

 

Elle ouvrit un peu la mâchoire, laissant tomber le carreau au sol. « Je… ça a marché ? demanda-t-elle.
– Mort, confirma Chaahk.
– Tu nous as sauvé la vie, la remercia Clay, impressionné par sa cadette qui abaissa son arme bricolée. Comment as-tu fait ?
– Je me suis souvenue qu’il y avait de l’argent dans le matériel du photographeur. Et après j’avais juste besoin d’une façon de le lui jeter dessus.
– Très impressionnant ! la félicita Simon. Tu es tellement vive, je suis certain que tu réussiras à remettre en marche toutes les machines de cette bibliothèque. »

La blondinette rosit de plaisir sous le compliment. Elle se figea presque aussitôt, reconnaissant à son tour Gregory. « Clay, il nous a retrouvés, comment allons-nous faire ?
– Il n’y a pas grand chose à faire, l’apaisa le jeune homme. Il est mort, il ne pourra pas nous dénoncer à la Veuve-Noire.
– Mais et si il l’a déjà fait avant de nous attaquer ?
– Il n’aurait pas pu le faire ici, intervint l’archéologue. L’endroit le plus proche d’où il aurait pu envoyer un message est à plusieurs kilomètres de là.
– Et la rousse ? questionna Tina derechef.
– Ethelle ? » s’enquit Clay.

Elle acquiesça. L’ancien Faucheux n’avait pas pensé à ça et l’idée que Gregory ait pu faire du mal à mademoiselle Morton le heurta. Paniqué, il jeta un regard de détresse à Simon. « Je suis certain qu’elle va bien, tenta de le rassurer le professeur Derrington. Elle est en sécurité sur la propriété des Merryweather, qui pourrait la trouver là-bas ? » Ces propos parurent sensés à Clay, dont l’inquiétude se calma un peu. Avant de reprendre de plus belle, à l’idée insidieuse que si le majordome les avait retrouvés dans cet endroit perdu, c’était qu’il avait forcément forcé Ethelle à lui révéler où ils étaient cachés.

Pendant ce temps, Chaahk avait récupéré sa lance et s’occupait de traîner le cadavre de Gregory vers l’extérieur de la bibliothèque. Entre deux vagues d’inquiétude, Clay se demanda s’il comptait ramener le corps jusqu’à la surface et si oui, comment il avait l’intention de s’y prendre. La faille qui reliait l’entrée de la bibliothèque à la clairière était peu pratique d’accès, étroite et ardue. Le jeune homme amorça un mouvement pour aider le dieu, lorsqu’il se souvint de sa capacité à faire bouger les choses par la simple force de son esprit. Chaahk se débrouillerait certainement mieux sans l’avoir dans les pattes.

« Nous devons retourner à Lancy, décréta Clay.
– Mais nous avons encore des provisions, protesta le professeur Derrington.
– Nous devons nous assurer qu’Ethelle va bien.
– Je suis certain qu’elle se porte comme un charme, lui assura Simon. Le jeune Merryweather paraît être une personne fiable et attentionnée, je suis certain qu’il s’occupe très bien d’elle. »

Comment avouer à l’archéologue que ce qu’il venait de dire ne faisait que renforcer la détermination de l’ancien Faucheux à la rejoindre ? « Elle me manque aussi, reprit Simon sur un ton plus doux en constatant le trouble de son apprenti. Nous pouvons faire un aller-retour pour nous assurer que tout va bien. Mais si tout va bien, je peux t’assurer que tu vas pédaler pendant plusieurs jours sans t’arrêter à notre retour !
– Promis. »

Simon plaisantait, mais Clay était sérieux ; il était prêt à tout pour retourner à Lancy le plus rapidement possible. Il partit aussitôt préparer le voyage, pendant que l’archéologue demandait des précisions à Tina sur la façon dont elle avait conçu son arbalète. Pendant que Clay rassemblait des affaires, il entendit la blondinette expliquer que cela faisait plusieurs jours qu’elle la construisait. Elle avait initialement eu cette idée pour aider Chaahk à chasser, mais elle ne pensait pas l’utiliser sur un aussi gros gibier que le loup-garou.

 

1471 petits mots pour aujourd’hui. C’est pas le quota du jour, mais vu le temps que j’ai consacré à vraiment écrire aujourd’hui, c’est plutôt pas mal.

NaNoWriMo 2018 : Arkhaiologia Tome 2, jour 5

Clay avait rarement eu l’occasion de voir Tina intimidée. Les deux seules personnes qui avaient réussi un tel exploit, à sa connaissance, étaient Arabella et Gregory.

« Nous devrions peut-être aller prendre l’air, nous aussi. » commenta Simon d’un ton pensif. L’ancien Faucheux avait l’impression que tout le monde voulait passer le plus de temps possible en compagnie de Chaahk. Le jeune homme devait bien admettre que leur invité suscitait facilement l’admiration. L’aura de mystère qui l’entourait, ses yeux perçants, sa chevelure parfaite, le corps bien dessiné à peine dissimulé, la sérénité qu’il dégageait, la démarche féline et l’intelligence aiguë dont il faisait preuve, étaient toutes autant de choses qui forçaient le respect.

Clay aurait voulu en discuter avec Ethelle. Il pensait qu’elle ne se laisserait pas aveugler par l’impression de perfection qui émanait du dieu. Elle trouverait certainement une remarque cinglante à faire à son propos. La jeune femme rousse lui manquait ; il s’était déjà surpris à plusieurs reprise à faire des esquisses de son visage, ce qu’elle aurait certainement trouvé mièvre. Malgré la propension d’Ethelle à porter des jugements sur tout, elle avait aussi su se montrer prévenante et compréhensive face à sa peur des fantômes. Elle était beaucoup plus gentille qu’elle ne le paraissait de prime abord !

Clay suivit néanmoins Simon à la suite de Tina et Chaahk. L’archéologue avait raison : respirer un peu d’air pur leur ferait du bien après tant de temps passé à respirer l’atmosphère poussiéreuse de la bibliothèque. Ils les rattrapèrent et profitèrent du soleil de fin d’automne (je crois, à un moment il va falloir que je fasse une vraie timeline), encore bien présent dans l’après-midi. La petite blonde n’eut pas besoin de solliciter l’aide du nahua ; il se dirigea de lui-même vers le planeur qui attisa sa curiosité.

« Je pense que nous allons devoir réfléchir à trouver les bureaux de ces professeurs dont parle la dénommée Béatrice, songea tout haut le professeur Derrington. Ils doivent receler des informations précieuses eux aussi.
– Peut-être même qu’ils conservaient leurs notes à l’écrit, espéra Clay.
– Oh non, je ne me lasse pas d’écouter ces souvenirs vocaux.
– Je me doute, mais ils sont épuisants pour moi !
– Allons allons, tu es jeune et solide, tu t’en sors très bien. » Le félicita l’archéologue.

Clay eut la brève impression que Chaahk écoutait leur conversation, ce qu’il trouvait idiot puisque le dieu ne connaissait pas leur langue. Il ne pouvait pas l’avoir apprise en si peu de temps, si ? De plus le nahua paraissait aussi suivre les explications ponctuées de gestes de Tina. L’ancien Faucheux n’eut pas l’occasion de se poser la question plus avant, car Simon commençait un résumé de ce qu’il avait appris en écoutant Béatrice et que ça intéressait beaucoup le jeune homme. Le professeur Derrington continua jusqu’à ce que le soleil se couche, les privant de sa faible chaleur automnale, et que leurs estomacs commencent à gargouiller.

Ils retournèrent se réfugier dans l’atmosphère antique de la bibliothèque pour préparer leur dîner. Chaahk avait attrapé deux lapins, un peu plus tôt, qu’il avait dépecés et qu’ils n’avaient plus qu’à faire cuire. Ses trois compagnons se réjouissaient d’avance de ce gibier qui allait agrémenter leur ordinaire. Ils s’installèrent autour du réchaud qui leur servaient de point de repère et commencèrent leurs préparatifs.

Le nahua se redressa soudain, surprenant les trois angelnish (<- terme à employer un peu plus). Il posa sa main sur le sol, les yeux mi-clos, comme s'il écoutait la terre lui parler. "Quelqu'un, dit-il en ouvrant les yeux. Pas ami." Les pensées se bousculèrent dans l'esprit de Clay : comment avait-il appris leur langue, comment savait-il que le nouvel intrus n'était pas un ami et que devait-il faire face à la menace ? Comme Tina, il s'empara d'un vieux couteau qu'il avait gardé du temps où ils faisaient partie des Faucheux. Simon fouilla dans ses affaires pour en extirper un pistolet qui avait, de toute évidence, très peu servi. Chaahk, s'emparant de sa lance en métal, leur adressa un signe de tête de connivence. Il se leva et s'aventura avec circonspection dans le grand hall. Clay et Tina l'encadraient, jetant des coups d'œil autour d'eux et le professeur Derrington les suivait en chargeant son arme à feu d'une main inexperte.

Clay avait beau fouiller la salle du regard, il ne vit rien de suspect. En revanche il se sentait observé, comme avant leur rencontre avec le dieu. Il sursauta quand une forme se laissa tomber sur Tina.

 

754 glorieux mots pour ce soir x) on va dire que la reprise a été dure

NaNoWriMo 2018 : Arkhaiologia Tome 2, jour 4

Alors qu’elle réfléchissait, elle se posta machinalement devant sa fenêtre. Le vent agitait les plantations du parc des Merryweather et quelques gouttes venaient frapper la fenêtre. C’est alors qu’elle aperçut quelqu’un s’aventurer dans le jardin en proie à la grisaille et aux éléments. Seulement vêtu de sortes de braies parées de plumes colorées et la tête surmontée d’une coiffe elle aussi piquée de plumes, il était pied nus sur les graviers et portait un long bâton de bois. Lorsqu’il se posta sur un carré d’herbe, il se tourna en direction du bâtiment et Ethelle reconnut avec surprise Izel, l’aîné des [Machintruc]. De le voir ainsi, il lui parut un peu plus âgé que de prime abord ; elle estimait qu’il devait avoir seize ou dix-sept ans.

Le garçon joignit les mains sur son bâton, levant les yeux vers le ciel et poussa un cri puissant. Ethelle n’eut pas le temps de sursauter qu’il avait déjà entamé une série de mouvements rapides, accompagné du long bâton qu’il maniait comme une lance. Izel se montrait un bon acrobate. Ses pas lui faisaient tracer un cercle dans l’herbe mouillée et le bâton tournoyait de plus en plus rapidement autour de lui. Sous les yeux ébahis de la jeune femme rousse, Miztli rejoignit son frère, se plaçant au centre du cercle qu’il était en train de tracer. Elle à peine plus vêtue, portait une coiffe emplumée encore plus imposante et ne portait pas de bâton. À la place, elle portait une flûte qu’elle porta à sa bouche pour en jouer. Pour l’écouter, Ethelle ouvrit sa fenêtre, ignorant les quelques gouttes qui l’éclaboussaient.

La jeune femme avait déjà rencontré des ressortissants nahuas de l’Empire Nueva Azteca, mais n’avait jamais assisté à une démonstration de danse traditionnelle. Elle en était subjuguée : les notes de la flûte étaient entêtantes et la danse hypnotisante. Ethelle se demanda combien de temps allait durer leur performance ; Izel allait bien se fatiguer à ce rythme, n’est ce pas ? Mais ni le frère, ni la sœur ne paraissaient pas vouloir s’arrêter. Ils continuèrent jusqu’à ce que les gouttes cessent de tomber et qu’un timide rayon de soleil traverse la masse nuageuse. Même là, ils persistèrent encore un peu, jusqu’à ce que l’aîné s’arrête de danser et plante son bâton en terre, essoufflé.

Miztli se précipita vers le manoir en sautillant et lançant joyeusement quelques mots de nahuatl à quelqu’un qu’Ethelle ne pouvait pas voir. Les parents de la fillette sortirent à leur tour dans le jardin humide. Eux n’avaient pas quitté leurs riches vêtements et parurent féliciter leurs enfants. Mademoiselle Morton approuva intérieurement : elle avait été impressionnée par leur prestation. C’est alors qu’elle remarqua qu’Izel la fixait de ses yeux noirs. Gênée, elle lui adressa un bref signe de main avant de refermer sa fenêtre.

Au dîner, elle félicita à son tour les deux enfants [Machintruc] du merveilleux spectacle auquel elle avait assisté. Xochitl lui expliqua qu’il s’agissait de la danse du soleil, astre cher au cœur nahua, et qu’Izel et Miztli avaient été tellement performants qu’ils avaient réussi à chasser la pluie pendant quelques minutes. Nicolas rit, pensant à une plaisanterie, mais Ethelle avait l’impression que Xochitl était sérieuse. Après tout, à la fin de la danse, la pluie s’était effectivement arrêtée de tomber et un rayon de soleil était même apparu. Était-ce juste une coïncidence ? La famille [Machintruc] paraissait certaine du pouvoir de la danse du soleil. Ethelle, quant à elle, avait été témoin de tellement de choses étranges qu’elle n’était pas loin de les croire.

Lorsque le valet de service se pencha à côté d’elle pour remplir son verre de vin, elle sursauta et étouffa un cri. Elle ne l’avait pas remarqué jusqu’ici – n’ayant pas l’habitude de prêter attention au personnel – mais celui qui venait de compléter de son verre était Gregory, le majordome qui l’avait attaquée la veille (à vérifier). Constatant qu’elle l’avait reconnu, l’homme de main d’Arabella s’empara d’un couteau et en porta un coup à Ethelle, qui repoussa précipitamment sa chaise pour l’éviter avant de se lever pour reculer encore.

Poussant un grognement inhumain, Gregory se jeta sur la jeune femme, mais le deuxième coup de couteau fut stoppé par Xochitl qui se trouvait à côté. Cuauhtli arriva en renfort de sa femme pour ceinturer le majordome d’Arabella. Celui-ci se débattit comme une furie. D’un coup de coude dirigé vers la figure, il se débarrassa de Xochitl. Comme elle poussa un petit cri de douleur en portant les mains à son nez, il se dégagea facilement de son mari qui l’avait lâché pour soutenir sa compagne. Gregory se précipita de nouveau vers sa cible rousse, qui avait prudemment placé la table entre son agresseur et elle. Il sauta sur la nappe, au milieu des plats et des assiettes, comme s’il s’agissait d’une simple marche.

Ethelle pensait sa dernière heure arrivée lorsque deux formes s’élevèrent face au majordome enragé. La première provenait de son pendentif et la deuxième n’était autre qu’Izel. Face à l’homme grand et costaud qu’était Gregory, [Bidulette] et le fils [Machintruc] paraissaient faibles et sans défense. Avec eux, il ne fallait pourtant pas se fier à l’apparence. [Bidulette] balaya les jambes du majordome tandis qu’Izel finissait de le déstabiliser par un coup de pied aérien. Grégory tomba, roula et se retrouva aussitôt sur ses pieds. À présent il avait quitté Ethelle des yeux et décida de se concentrer sur ses deux petits opposants.

La jeune femme rousse avait l’impression de se retrouver au milieu d’un cauchemar : le visage du majordome s’était allongé, sa pilosité s’était accentuée et ses canines paraissaient avoir poussé. Ce qui attaqua [Bidulette] et Izel tenait désormais plus de la bête que de l’être humain. Les deux poids plumes se tinrent prêts à contrer l’assaut de Gregory, mais il n’arriva pas jusqu’à eux. Un coup de feu avait retenti, qui avait fait sursauter tout le monde. Interrompu dans son élan, le majordome roula des yeux furieux avant de s’effondrer sur la table, puis de rouler sur le sol.

[Bidulette] fit la grimace en constatant qu’une fois de plus, elle se changeait en fumée contre son gré pour réintégrer le pendentif. Mais personne ne lui prêtait attention : tous avaient tourné la tête en direction de Nicolas, qui avait tiré le coup de feu. Il replaça le pistolet dans l’écrin qu’Henry maintenait ouvert à sa disposition et où se trouvait nichée une arme jumelle. Ceci fait, il s’empressa de rejoindre Ethelle pour s’assurer qu’elle n’avait pas été blessée. Izel se tenait déjà auprès de sa mère, qui maintenait contre son nez une serviette de table que lui avait apportée Miztli.

Quelques instants plus tard, madame Cartridge arriva pour ausculter Xochitl et des gendarmes arrivèrent pour examiner la scène et poser des questions. Ils remarquèrent que Gregory n’était pas mort des suites de sa blessure par balle. Après qu’il eut été examiné à son tour par madame Cartridge, les gendarmes emmenèrent le majordome qui avait repris conscience. Il ressemblait de nouveau à un être humain normal, mais le regard qu’il jeta à Ethelle en quittant la pièce la fit frissonner.

(changement de chapitre)

Pfiou ! Ces fées me fatiguent. Elles produisent un tel brouhaha que je ne peux pas rester dans leur pièce plus d’un quart d’heure. Et les différentes races sont trop… Ben différentes, en fait. Malgré les nouvelles nomenclatures mises en place par Massamba et Pommier, je trouve toutes ces créatures surnaturelles vraiment perturbantes. Par exemple, concernant les pillys (les petites fées Clochette), rien ne les rapproche des mammifères, ou des reptiles, ou des batraciens, ou des oiseaux, ou même des poissons. J’ai essayé de démontrer qu’ils étaient plus proches des insectes en se basant sur leurs ailes et leurs antennes, notamment, mais force avait été de constater qu’ils ne font pas partie de cette famille là non plus. Certains fabriquent même des pigments bleus… Il n’existe qu’une ou deux espèces connues au monde qui sont capables de ça !

Je sais que je me répète, mais on dirait que quelqu’un a à moitié modelé ces créatures et à moitié collé des morceaux de créatures existantes. Ils ressemblent à de petits humains à qui on aurait attaché des caractéristiques d’insectes. En plus, leurs mamelles ne sont pas fonctionnelles et celles qui ressemblent à des femmes pondent des œufs mous ; c’est n’importe quoi. Ils n’ont pas l’air totalement… naturels, pour ainsi dire, mais je n’ai entendu parler de personne qui ait la connaissance ou la technologie pour créer des bestioles pareilles. Et puis je n’ai pas très envie d’entamer une nouvelle théorie du complot. Même avec toutes les connaissances qu’il a accumulées au sujets des créatures surnaturelles, Valentin n’a pas su me proposer une hypothèse sur leur origine. Apparemment il n’existe aucune indication dans aucune légende.

Je lui ai quand même donné une petite pilly. Après tout, c’est lui qui m’a dit qu’un des noms pour ces petites créatures était “pillywiggin”. Je sais qu’il s’en occupera bien et puis ici il y en a déjà tellement. J’en relâche tous les jours. Les gens nous les amènent par seaux entiers tellement ces petites bêtes foisonnent de partout. Ils n’ont toujours pas compris que ce serait la même chose que de nous amener des pigeons par seaux entiers… Valentin dit qu’ils vont finir par comprendre, mais il est toujours très optimiste concernant l’humanité. Moi un peu moins, surtout que certains des chasseurs de fées (comme ils se surnomment) sont déjà venus plusieurs fois et, à chaque fois, je leur explique que nous avons trop de fées et je leur fais la comparaison avec les pigeons.

C’est même encore pire que les pigeons, parce qu’au moins les pigeons ne nous empêchent pas de nous rendre sur les sites archéologiques ! Ils les abîment, au pire. Le moindre menhir ou dolmen est devenu un endroit dangereux d’où sortent des elfes ou des korrigans à des moments complètement incongrus. L’armée a mis des barrières et surveille les endroits les plus dangereux… Ça aurait pu faire un bon sujet de roman. J’ai encore du mal à réaliser tout ça à certains moments.

Le pire, c’est quand les gens me demandent si les dragons aussi vont faire leur apparition. Comment le saurais-je ? La seule chose que l’on peut affirmer avec certitude, c’est que plus le temps passe, plus on observe de créatures et plus on en observe des grosses. Après, nous n’avons pas de véritables preuves de l’existence des dragons, alors personne ne peut affirmer si nous allons en voir à un moment ou à un autre. Je ne sais absolument pas comment on pourrait gérer l’existence de dragons ; je préfère ne pas y penser !

Bon, je vais proposer à Valentin de venir manger une pizza. Rien de tel qu’une pizza entre amis pour se remonter le moral…

Pizzas commandées : quattro formaggi et prosciutto, livrées dans vingt minutes.

« Cet enregistrement a été effectué le même jour que le premier enregistrement de Valentin que nous avons écouté, nota le professeur Derrington.
– Béatrice, ajouta Chaahk.
– Béatrice ? Serait-ce le prénom de cette jeune scientifique ? Vous la connaissiez aussi alors ? C’est merveilleux ! se réjouit Simon. Il faut dire qu’ils paraissaient se connaître eux aussi. Pouvoir suivre deux points de vue va être tellement intéressant, je suis impatient de pouvoir écouter la suite. Clay, es-tu prêt à continuer ? »

L’interpellé était affalé sur le guidon du cyclopède, épuisé d’avoir pédalé si longtemps. Tina avait rendu le système plus efficace pour qu’il ait moins d’efforts à fournir, mais l’archéologue en avait profité pour écouter les enregistrements plus longtemps. Après tout, il lui fallait de nombreuses écoutes avant de pouvoir prendre suffisamment de notes sur un seul enregistrement, ses notions de langue antique étant loin d’être parfaites. Sans compter les sessions où il se contentait de profiter des sonorités de cette langue qu’il aimait tellement. Cela faisait déjà une demi-douzaine d’écoutes qu’il effectuait d’affilée et son apprenti n’en pouvait plus.

« Bon, ce n’est pas grave, concéda Simon. Prend le temps de te reposer, je vais relire mes notes.
– Merci. » souffla Clay en enfouissant son visage entre ses bras. Après quelques respirations, il tourna la tête sur le côté. Tina, qui le regardait d’un air inquiet, détourna les yeux, faisant mine de réparer une des lanternes qui était défectueuse. Le professeur Derrington s’était assis au bureau antique, mais sur son propre tabouret portatif. Il avait essayé de s’asseoir sur la chaise à roulettes originelle quelques jours auparavant, mais celle-ci s’était brisée sous son poids. Chaahk, lui, était adossé au mur et avait ses yeux verts dans le vague, la tête légèrement penchée sur le côté, comme s’il essayait d’entendre quelque chose.

Le nahua réalisa soudain que Clay le fixait, ce à quoi il expliqua : « Belisama. » avant de soupirer et de quitter la pièce. Tina délaissa ce qu’elle était en train de bricoler pour lui emboîter le pas. Le jeune homme soupçonnait sa cadette de vouloir embaucher Chaahk pour l’aider à réparer son planeur qui ne fonctionnait toujours pas très bien. Comme il l’intimidait, elle s’arrangeait pour se trouver toujours en sa présence afin de saisir au vol le moment opportun où elle pourrait essayer de lui demander son aide.

 

2222 mots pour aujourd’hui, ce qui n’est pas exceptionnel pour un dimanche, mais Siegfried me manque beaucoup au niveau de l’efficacité ! Enfin bon, j’ai pris de l’avance, c’est déjà pas mal.

NaNoWriMo 2018 : Arkhaiologia Tome 2, jour 2

En tous cas, ça devait être vraiment intéressant, puisque le professeur Derrington finit par s’emparer d’un carnet au milieu de la conversation pour griffonner frénétiquement dessus.

À la fin de leur échange, Chaahk paraissait presque aussi troublé que Simon et se servit une nouvelle tasse d’eau bouillante tandis que l’archéologue parcourait rapidement les notes qu’il avait prises. Tandis que l’homme vêtu de peaux et de végétaux sirotait son thé brûlant, Simon se tourna vers son apprenti, les yeux brillants. « Clay, mon ami, nous avons en cette personne un témoin de première main de l’antiquité.
– Comment ça ?
– Il était là, précisa l’archéologue. Il a vu la bibliothèque en activité.
– Mais c’est pas possible ! s’exclama Tina qui les avait rejoints, intriguée. Personne ne peut vivre si longtemps que ça !
– J’ai peur qu’il ne cherche à vous arnaquer, ajouta Clay qui trouvait que le professeur Derrington ne se montrait pas assez méfiant avec l’étranger.
– Impossible ! se récria Simon. Il n’aurait jamais pu apprendre la langue antique tout seul sans de solides bases de linguistiques. Et puis regardez ses yeux : avez-vous déjà vu des yeux aussi verts et brillants ?
– Il volait dans nos affaires quand même, précisa Tina avec un reniflement.
– On ne peut reprocher à quelqu’un d’avoir faim, argumenta l’archéologue. Dans le pire des cas, il s’agit d’un érudit qui essaye de m’arnaquer. Auquel cas, c’est un plaisir de se faire jouer par un esprit si brillant. Il t’a bien montré comment nettoyer, ou régler ou réparer ou que sais-je, cette machine antique. Il semble s’y connaître. »

Les deux anciens Faucheux s’entre regardèrent et décidèrent d’un commun accord de laisser tomber leurs craintes. « Je ne sais pas comment vous faites pour être si confiant m’sieur Derrington, le complimenta même Tina.
– Je suis un très bon juge de caractère, répondit Simon avec un clin d’œil. Cela vous intéresse-t-il de savoir ce que j’ai appris grâce à notre invité ? »

Clay et Tina hochèrent la tête. Ils se sentaient aussi curieux que l’archéologue vis à vis de l’homme qui se servait une troisième tasse de thé. « Entre ce qu’il m’a dit et ce que j’en ai déduit, nous avons avec nous une créature presque entièrement constituée de magie.
– Pourquoi il ressemble à un homme alors ? l’interrompit Tina.
– Parce qu’il était un humain comme vous et moi avant de devenir un dieu.
– C’est vraiment un dieu alors ? s’étonna Clay d’une voix inquiète.
– Allez-vous continuer à m’interrompre à chaque phrase ? pouffa Simon. Vous êtes exactement comme je l’étais avec mes professeurs. »

Les deux plus jeunes se turent, la mine coupable. L’archéologue reprit : « Je ne suis, bien sûr, pas certain d’avoir tout compris. La communication n’était pas si aisée, nos connaissances de la langue antique étant parcellaire, n’est ce pas. Il m’a affirmé être plus vieux que cette civilisation antique que nous connaissons et pense même faire partie de l’antiquité de notre propre civilisation antique, qui faisait certainement partie de l’antiquité de notre antiquité.
– Euh… l’interrompit timidement Clay. Ça devient un peu difficile à suivre toutes ces antiquités…
– Je me doute, acquiesça Simon. Mais ce n’est pas grave, je vous expliquerai tout cela lorsque j’aurai un tableau à disposition. Bref. Nous avons là un être terriblement vieux, même s’il nous semble dans la fleur de l’âge, et qui a assisté à de nombreuses époques. Il me dit qu’il en a aussi raté beaucoup car il a souvent été en sommeil.
– Comme les ours ? s’enquit Tina.
– Plus ou moins, oui, confirma le professeur Derrington. Comme il est fait de magie, il a tendance à disparaître en même temps que la magie disparaît, et lorsqu’elle est de nouveau assez présente dans le monde, il revit. »

Ses deux interlocuteurs jetèrent un coup d’œil ébahi à Chaahk qui leur rendit un regard paisible de ses yeux verts. « Il est immortel alors ? demanda Clay.
– Pratiquement, je suppose, répondit Simon. Je n’en suis pas certain. Ce qui est sûr en revanche, c’est que sa puissance dépend de la quantité de magie présente dans le monde. Il m’a affirmé qu’il était pour le moment très faible ; il y a actuellement juste assez d’énergie magique pour qu’il soit en vie.
– Et Belisama ? interrogea Tina qui voulait enfin comprendre.
– Belisama serait sa cheffe, expliqua le professeur Derrington. En fait, avant que le voile noir soit créé – je n’ai pas encore bien saisi ce dont il s’agissait – la magie était présente en permanence dans le monde et sept êtres… et bien magiques étaient choisis pour assurer l’équilibre. Ils ont changé suivant certains cycles. Lui fait partie de ceux du dernier cycle, qui est toujours en cours d’ailleurs puisqu’il a été plusieurs fois entrecoupé de looongues centaines d’années sans magie.
– Comment ils ont été choisi ? demanda Clay qui était à présent entré dans l’histoire corps et âme.
– Par les dieux précédents. Une fois que les dieux d’un cycle sont fatigués, ils se mettent en quête de leurs successeurs, piochés dans le monde entier. Je trouvais ça étrange qu’ils ne soient que sept en tout et pour tout, car il existe énormément de dieux de par le monde !
– Je croyais que les dieux c’étaient des histoires pour enfant de l’ancien temps, intervint Tina.
– On peut le voir comme ça, en convint Simon. Leur souvenir est resté fortement ancré dans les esprits, mais nous ne les prenons effectivement plus très au sérieux.
– Ça va peut-être devoir changer, dit Clay.
– Tu crois ? lâcha la bricoleuse. Il n’a pas l’air si terrible que ça comme dieu. Je veux dire, il est doué, ça c’est sûr. Mais de là à dire que c’est un dieu, c’est exagéré. »

Les trois interlocuteurs s’interrompirent pour fixer Chaahk. Comme il l’avait déjà fait, il leur rendit paisiblement leurs regards. Un demi sourire étira un coin de ses lèvres, il leva une main et Tina poussa un petit cri. Un tournevis était sorti de l’une de ses multiples poches et flottait à présent au dessus d’elle. Chaahk tendit ensuite sa main et l’outil s’y précipita. Alors que Simon applaudissait la démonstration, ravi, l’homme inspecta l’objet qu’il tenait sous toutes les coutures, avant de le rendre à sa propriétaire. « Ça montre surtout que c’est un magicien avec un humour douteux. » Grommela Tina en récupérant vivement son bien. Clay réprima un pouffement de rire et Simon affichait un de ses sourires lumineux.

« Dans tous les cas, reprit soudainement l’archéologue, notre ami Chaahk va pouvoir nous aider à en savoir plus sur les gens qui ont construit cette bibliothèque et qui l’utilisaient. Il sait même comment leur civilisation s’est écroulée ! Nous allons avoir beaucoup de discussions intéressantes grâce à lui. Et puis… Je dois bien avouer qu’il connait mieux la langue antique que moi. Je vais apprendre et comprendre tellement de choses grâce à lui ! »

(changement de chapitre)

Les premiers invités d’Heather Merryweather firent leur apparition au manoir le lendemain soir de la mésaventure d’Ethelle avec le majordome d’Arabella Finley. La jeune femme et Nicolas étaient sorti les accueillir sur le perron. Les nouveaux arrivants étaient une famille de quatre et se réjouissaient d’avoir pu arriver si tôt ; la qualité des lignes de train depuis l’Empire de Nueva Azteca s’était nettement améliorée ces dernières années.

Mademoiselle Morton trouvait les tenues nahua aussi jolies que tape à l’œil. Les tissus de leurs vêtements étaient somptueux, vivement colorés et brodés de fils d’or importé de leur empire jumeau de l’autre côté de l’océan. De nombreux pans de leurs habits étaient également ornés de plumes bariolées. La benjamine de la famille, une fillette d’une douzaine d’années, n’arrivait pas à s’empêcher de jouer avec et se faisait souvent reprendre par son père. C’est ainsi qu’Ethelle apprit son prénom, Miztli, avant même les présentations.

« Bienvenue au domaine Merryweather ! » les accueillit Nicolas avec chaleur. Il présenta ensuite à Ethelle les membres de la famille [Machintruc] : Cuauhtli le père, Xochitl la mère, Izel le fils aîné et Miztli la benjamine. La jeune femme rousse les salua poliment avec son plus beau sourire et n’oublia pas de complimenter Xochitl sur sa grossesse mise en valeur par ses riches atours. Une fois les formalités dûment échangées, tous rentrèrent se réfugier à l’intérieur, le temps étant particulièrement froid et humide.

 

Seulement 1403 mots, je suis rentrée trop tard de l’animation que je devais faire ce soir !