NaNoWriMo 2018 : Arkhaiologia Tome 2, jour 11

Avec l’agitation, personne d’autre ne l’avait vue non plus. L’esprit du pendentif fit un clin d’œil à Ethelle avant de retourner se cacher dans le camée.

Izel se retrouva près d’elle et lui enjoignit à s’écarter du lac. Ils remontèrent au manoir et croisèrent Nicolas Merryweather qui en descendait. Il était pâle et armé de son pistolet. « Ethelle, ma chère, je suis soulagé de vous voir saine et sauve.
– Je suis resté à ses côtés pour la protéger, mentionna Izel avec hauteur.
– Oh, euh et bien je vous en suis reconnaissant, le remercia Nicolas tandis que le rouge lui montait aux joues. Cela m’a permis de récupérer mon arme pour les faire fuir. »

Les gendarmes détachés à la protection du domaine Merryweather au cas où Gregory se montrerait avaient, eux aussi, tiré en direction des êtres lacustres pour les faire fuir. Ils étaient à présent regroupés sur la petite plage du lac, tenant une conversation animée. Ethelle supposa qu’avec des apparitions surnaturelles de plus en plus nombreuses, les gens d’armes ne devaient plus savoir où donner de la tête. L’un d’entre eux, quitta le petit groupe et, arrivant à la hauteur de Nicolas, l’informa qu’il devait quitter la surveillance du domaine pour aller informer son supérieur des évènements. Sans attendre de réponse, il inclina brièvement la tête et s’en fut.

« Vous devriez conserver votre arme avec vous, conseilla Izel à l’héritier Merryweather avec un demi-sourire.
– J’y songe, répondit Nicolas avec agacement. Venez, Ethelle, rentrons. » La jeune femme acquiesça et saisit le bras qu’il lui tendait. Ils rentrèrent paisiblement, accompagné par le nahua qui irritait le maître des lieux.

 

Le jour suivant, de nombreux convives avaient déjà quitté le manoir pour regagner leur maisonnée. Les gendarmes s’étaient retirés du domaine, leur supérieur ayant décidé que des affaires plus pressantes les appelaient. Il regnait une ambiance qu’Ethelle trouvait morne. Les membres de la famille [Machintruc], qui préparaient à leur tour leur départ, lui demandèrent de les retrouver dans leurs appartements.

Lorsque la jeune femme pénétra dans le petit salon des [Machintruc], Miztli se précipita vers elle avec joie. « Viens, papa et maman veulent te parler ! » Elle s’empara ensuite de la main d’Ethelle pour l’entraîner vers le fauteuil près de la cheminée où se tenait Xochitl. Entendant sa fille parler à Ethelle, Cuauhtli les rejoignit. Madame [Machintruc] adressa un aimable sourire à mademoiselle Morton et l’invita à s’assoir sur le fauteuil en face d’elle.

« Nous avons été très heureux de faire votre connaissance, commença Xochitl.
– Moi de même, lui assura Ethelle avec chaleur.
– J’en suis ravie. Nous vous avons demandé de venir car nous avons quelque chose à vous proposer.
– Vraiment ?
– Oui, intervint Cuauhtli. Nous en avons beaucoup discuté et nous pensons que c’est une très bonne idée.
– Nous voulions vous proposer de partir avec nous, précisa Xochitl.
– Avec vous ? s’étonna Ethelle prise de court.
– Oui, confirma Xochitl. Cuauhtli connaissait bien votre père, qu’il tenait en haute estime, et vous nous avez fait une excellente impression. C’est pourquoi nous comptions vous proposer de vous accueillir chez nous à Nueva Tenochtitlan (ou Yancuic Tenochtitlan ? Quelle quantité d’espagnol a été finalement conservée et est utilisée ? Quid du portugais ? Et puis d’abord où ça se trouve ?) où vous pourriez repartir du bon pied dans une ville riche et foisonnante. De là, vous pourrez tout de même retourner à Eastlond si vous en ressentez l’envie.
– C’est vraiment généreux de votre part comme proposition. » déclara Ethelle qui ne savait pas si elle avait envie d’aller vivre si loin dans le sud.

De fait, elle ne savait pas non plus si elle avait envie de faire partie de cette famille. Ils s’étaient certes montrés toujours agréables et attentionnés à son égard, mais elle ne les connaissait que très peu. Aurait-elle de mauvaises surprises plus tard ? D’un autre côté, l’autre solution qu’elle avait était de continuer de vivre au crochet de la famille Merryweather. Heather était pénible et envahissante, mais au moins la jeune femme savait à quoi s’attendre. Et puis, en restant à Lancy, elle restait à la portée de la bibliothèque antique de Simon Derrington. Ethelle ne savait pas si elle aurait l’occasion d’y retourner, mais elle préférait ne pas trop s’en éloigner.

« Les enfants nous ont assuré qu’ils apprécieraient beaucoup vous avoir comme compagne, précisa Cuauhtli. De plus, dans quelques mois (réfléchir à combien de temps exactement), Izel sera en âge de prendre une épouse. Nous pourrions vous marier et vous bénéficierez ainsi du prestige de la famille [Machintruc], cela vous aidera certainement dans vos affaires.
– Oh, mais je ne comptais pas profiter d’autant de générosité ! » s’exclama Ethelle.

Décidément, pourquoi y avait-il tant de monde qui considérait que le mariage était la solution à tout ? La jeune femme repensa à ce que lui avait dit Cuauhtli au sujet de son père, qui avait un soi-disant secret autout de sa réussite en affaires. La famille [Machintruc] lui faisait-elle miroiter un avenir radieux avec elle juste pour pouvoir mettre la main sur ce fameux secret ? Elle s’en voulut de penser cela de personnes qui s’étaient montrées avenantes et aimables avec elle depuis le début. Izel s’était même porté à son secours à plusieurs reprises.

« Nous aurions dû vous en parler avant, déplora Xochitl. Vous n’avez que peu de temps pour vous décider.
– Il est vrai que c’est difficile pour moi de prendre une décision si importante dans un laps de temps si court, confirma Ethelle.
– Écoutez, temporisa Cuauhtli, si cela vous convient mieux, vous pouvez partir avec nous en considérant que vous prenez des vacances et, si la vie avec nous ne vous convient pas, vous pourrez certainement revenir ici auprès de la famille Merryweather. »

Présentée ainsi, l’offre était plutôt tentante. Ethelle n’avait jamais eu l’occasion de se rendre dans l’Empire de Nueva Azteca et elle était curieuse de visiter Nueva Tenochtitlan. Alors qu’Ethelle s’apprêtait à dire qu’elle s’en voudrait de les mettre en retard, quelqu’un frappa à la porte. Henry, le majordome des Merryweather, entra dans la pièce, s’inclina et déclara : « Mademoiselle Morton est requise dans le salon de réception de madame Merryweather. Si vous voulez bien me suivre.
– Pour quelle raison est-elle convoquée ? s’enquit Xochitl sur un timbre un peu irrité.
– Monsieur Merryweather la mande car ses amis sont revenus d’un périple archéologique.
– Un périple archéologique ? s’étonna Cuauhtli. Cela ne peut-il pas attendre ? Nous sommes au milieu d’une conversation importante.
– Prenez votre temps, déclara calmement Henry. Je patienterai de l’autre côté de la porte. »

Ce qu’il fit. Le coeur d’Ethelle battait la chamade ; elle était impatiente de retrouver Simon et Clay et très heureuse de savoir qu’ils n’avaient pas eu à faire à Gregory. Elle nota de leur en parler au cas où. La jeune femme repoussa ses pensées dans sa tête pour s’occuper de ne pas froisser la famille [Machintruc]. « Je suis navrée, leur dit-elle, et aussi profondément flattée par votre proposition, mais je ne vais pas pouvoir vous accompagner dès aujourd’hui. Le devoir m’appelle, mais peut-être pourrai-je me mettre en route d’ici quelques jours, si votre invitation tient toujours bien entendu.
– Bien sûr, lui assura Xochitl. Nous sommes un peu déçus de ne pas pouvoir profiter de votre présence dès maintenant, mais nous vous accueillerons avec joie lorsque vous serez prête à venir chez nous. »

Ethelle sourit. Elle avait réussi à garder la porte ouverte tout en déclinant l’invitation, ce dont elle était soulagée ; elle aurait ainsi le temps d’y réfléchir à tête reposée. En les remerciant une nouvelle fois, elle prit poliment congé, pour suivre Henry qui l’attendait, stoïque, dans le couloir. Tandis qu’elle lui emboîtait le pas, une inquiétude survint : Arabella Finley avait-elle déjà quitté le manoir ? Il serait très fâcheux qu’elle croise Clay dans un couloir. Qui sait comment elle réagirait en le voyant ?

Lorsqu’Henry lui ouvrit la porte du salon, Ethelle fut soulagée de ne pas y trouver la Veuve-Noire, mais aussi de constater que Clay et Simon étaient indemnes de toute blessure qui aurait pu signifier une rencontre avec Gregory. En plus de Nicolas qui devisait avec le professeur Derrington, la jeune femme rousse fut surprise de voir Tina, mais aussi un grand homme aux yeux verts étincelants et à la longue chevelure noire qu’elle ne connaissait pas.

Avant qu’elle n’ait eu le temps de dire quoi que ce soit, Clay avait franchi les quelques pas qui les séparaient pour l’étreindre brièvement. Il la lâcha avant qu’elle puisse s’offusquer et lui adressa un franc sourire en lui disant : « Je suis content de voir que tu… vous allez bien !
– Je… moi aussi, avoua Ethelle. Je suis heureuse de vous voir et surprise, aussi.
– Nous n’avons pas eu l’occasion d’envoyer un message. » s’excusa Simon en venant l’étreindre à son tour.

Tina ne vint pas l’étreindre – l’inverse aurait profondément surpris mademoiselle Morton – et se contenta de la fixer d’un air insolent en croisant les bras. L’homme aux étranges yeux verts la fixait également, l’air impassible. Il était vêtu d’un costume neuf, qu’Ethelle soupçonnait l’archéologue d’avoir fait tailler à ses frais peu de temps auparavant. L’inconnu ne semblait pas encore tout à fait à l’aise avec ces vêtements typiquement angelnish.

« Que faites-vous là ? s’enquit la jeune femme rousse. Je pensais que vous ne reviendriez pas avant encore plusieurs jours.
– Il s’est passé des choses dans la bibliothèque, expliqua vivement Clay tandis que l’archéologue les poussait à s’installer sur le canapé ou les fauteuils.
– Quelles choses ? demanda Ethelle en s’asseyant à côté de l’ancien Faucheux sur le canapé.
– Gregory nous a attaqués, tu sais, le majordome de la Veuve-Noire. »

Dans son impatience, le jeune homme en oubliait de la vouvoyer. « Je me souviens bien de lui, renchérit Ethelle. Il a voulu me tuer lors d’un dîner…
– Il a… ? Ohlàlà… J’avais raison de m’inquiéter. » Clay se passa nerveusement la main dans les cheveux, avant de reprendre : « Je suis content que tu sois saine et sauve.
– J’ai arrêté cet homme grâce à mon pistolet, précisa Nicolas dont les joues étaient une fois de plus colorées de rouge. Puis il a été emmené par les gendarmes.
– Et puis il s’est enfui, continua Ethelle. C’est à ce moment là qu’il a dû se lancer à votre poursuite.
– Comment a-t-il fait pour nous retrouver ? demanda Tina. C’est toi qui lui a balancé Clay ? »

Le ton de la jeune fille blonde, dirigé à l’intention de mademoiselle Morton, était accusateur. « Je n’ai rien dit, démentit Ethelle.
– Chaahk et moi pensons que cet homme, Grégory, étant un loup-garou, avait des capacités de pistage surhumaines, intervint le professeur Derrington avec une pointe de fierté. Nous avons émit l’hypothèse qu’il a suivi Clay à la trace depuis Lancy.
– Un loup-garou ? balbutia Nicolas.
– En y repensant, c’est vrai qu’il avait une tête bizarre lorsqu’il m’a attaquée, réfléchit Ethelle. Comme s’il était déformé… et avec plus de poils aussi.
– Un loup-garou, répéta Simon, ou lycanthrope. J’en suis sûr et certain ! D’ailleurs, sa force était impressionnante. Nous avons eu beaucoup de chance de nous en sortir ; nous n’en serions pas là si Tina n’avait eu la présence d’esprit d’utiliser l’argent dévolu à mes photographeurs pour vaincre la bête. »

La blondinette jeta un regard triomphant à Ethelle. Cette dernière, bien qu’impressionnée par l’exploit de Tina, n’en laissa rien paraître. Elle se sentait soulagée de savoir que Gregory avait été vaincu. En revanche, même sans son majordome, la Veuve-Noire devait avoir des moyens de leur porter préjudice. Sans compter que la disparition de son homme de main la mettrait certainement dans une colère noire. Et ce n’était pas quelque chose à laquelle Ethelle avait envie d’assister.

« Il faut que je vous dise, déclara-t-elle à ses compagnons, qu’Arabella Finley se trouve ici. (est-ce que Simon est au courant pour Arabella/Veuve-Noire ? Si non, à préciser avant et vérifier aussi à propos de Nicolas) Il ne faut pas qu’elle aperçoive Clay ou Tina.
– Arabella Finley ? répéta Nicolas. Mais pourquoi cela ? Que ne m’avez-vous pas dit ? »

2033 mots pour aujourd’hui. Je continue de rogner sur mon retard, pas aussi vite que je le voudrais, mais je rogne !

NaNoWriMo 2018 : Arkhaiologia Tome 2, jour 4

Alors qu’elle réfléchissait, elle se posta machinalement devant sa fenêtre. Le vent agitait les plantations du parc des Merryweather et quelques gouttes venaient frapper la fenêtre. C’est alors qu’elle aperçut quelqu’un s’aventurer dans le jardin en proie à la grisaille et aux éléments. Seulement vêtu de sortes de braies parées de plumes colorées et la tête surmontée d’une coiffe elle aussi piquée de plumes, il était pied nus sur les graviers et portait un long bâton de bois. Lorsqu’il se posta sur un carré d’herbe, il se tourna en direction du bâtiment et Ethelle reconnut avec surprise Izel, l’aîné des [Machintruc]. De le voir ainsi, il lui parut un peu plus âgé que de prime abord ; elle estimait qu’il devait avoir seize ou dix-sept ans.

Le garçon joignit les mains sur son bâton, levant les yeux vers le ciel et poussa un cri puissant. Ethelle n’eut pas le temps de sursauter qu’il avait déjà entamé une série de mouvements rapides, accompagné du long bâton qu’il maniait comme une lance. Izel se montrait un bon acrobate. Ses pas lui faisaient tracer un cercle dans l’herbe mouillée et le bâton tournoyait de plus en plus rapidement autour de lui. Sous les yeux ébahis de la jeune femme rousse, Miztli rejoignit son frère, se plaçant au centre du cercle qu’il était en train de tracer. Elle à peine plus vêtue, portait une coiffe emplumée encore plus imposante et ne portait pas de bâton. À la place, elle portait une flûte qu’elle porta à sa bouche pour en jouer. Pour l’écouter, Ethelle ouvrit sa fenêtre, ignorant les quelques gouttes qui l’éclaboussaient.

La jeune femme avait déjà rencontré des ressortissants nahuas de l’Empire Nueva Azteca, mais n’avait jamais assisté à une démonstration de danse traditionnelle. Elle en était subjuguée : les notes de la flûte étaient entêtantes et la danse hypnotisante. Ethelle se demanda combien de temps allait durer leur performance ; Izel allait bien se fatiguer à ce rythme, n’est ce pas ? Mais ni le frère, ni la sœur ne paraissaient pas vouloir s’arrêter. Ils continuèrent jusqu’à ce que les gouttes cessent de tomber et qu’un timide rayon de soleil traverse la masse nuageuse. Même là, ils persistèrent encore un peu, jusqu’à ce que l’aîné s’arrête de danser et plante son bâton en terre, essoufflé.

Miztli se précipita vers le manoir en sautillant et lançant joyeusement quelques mots de nahuatl à quelqu’un qu’Ethelle ne pouvait pas voir. Les parents de la fillette sortirent à leur tour dans le jardin humide. Eux n’avaient pas quitté leurs riches vêtements et parurent féliciter leurs enfants. Mademoiselle Morton approuva intérieurement : elle avait été impressionnée par leur prestation. C’est alors qu’elle remarqua qu’Izel la fixait de ses yeux noirs. Gênée, elle lui adressa un bref signe de main avant de refermer sa fenêtre.

Au dîner, elle félicita à son tour les deux enfants [Machintruc] du merveilleux spectacle auquel elle avait assisté. Xochitl lui expliqua qu’il s’agissait de la danse du soleil, astre cher au cœur nahua, et qu’Izel et Miztli avaient été tellement performants qu’ils avaient réussi à chasser la pluie pendant quelques minutes. Nicolas rit, pensant à une plaisanterie, mais Ethelle avait l’impression que Xochitl était sérieuse. Après tout, à la fin de la danse, la pluie s’était effectivement arrêtée de tomber et un rayon de soleil était même apparu. Était-ce juste une coïncidence ? La famille [Machintruc] paraissait certaine du pouvoir de la danse du soleil. Ethelle, quant à elle, avait été témoin de tellement de choses étranges qu’elle n’était pas loin de les croire.

Lorsque le valet de service se pencha à côté d’elle pour remplir son verre de vin, elle sursauta et étouffa un cri. Elle ne l’avait pas remarqué jusqu’ici – n’ayant pas l’habitude de prêter attention au personnel – mais celui qui venait de compléter de son verre était Gregory, le majordome qui l’avait attaquée la veille (à vérifier). Constatant qu’elle l’avait reconnu, l’homme de main d’Arabella s’empara d’un couteau et en porta un coup à Ethelle, qui repoussa précipitamment sa chaise pour l’éviter avant de se lever pour reculer encore.

Poussant un grognement inhumain, Gregory se jeta sur la jeune femme, mais le deuxième coup de couteau fut stoppé par Xochitl qui se trouvait à côté. Cuauhtli arriva en renfort de sa femme pour ceinturer le majordome d’Arabella. Celui-ci se débattit comme une furie. D’un coup de coude dirigé vers la figure, il se débarrassa de Xochitl. Comme elle poussa un petit cri de douleur en portant les mains à son nez, il se dégagea facilement de son mari qui l’avait lâché pour soutenir sa compagne. Gregory se précipita de nouveau vers sa cible rousse, qui avait prudemment placé la table entre son agresseur et elle. Il sauta sur la nappe, au milieu des plats et des assiettes, comme s’il s’agissait d’une simple marche.

Ethelle pensait sa dernière heure arrivée lorsque deux formes s’élevèrent face au majordome enragé. La première provenait de son pendentif et la deuxième n’était autre qu’Izel. Face à l’homme grand et costaud qu’était Gregory, [Bidulette] et le fils [Machintruc] paraissaient faibles et sans défense. Avec eux, il ne fallait pourtant pas se fier à l’apparence. [Bidulette] balaya les jambes du majordome tandis qu’Izel finissait de le déstabiliser par un coup de pied aérien. Grégory tomba, roula et se retrouva aussitôt sur ses pieds. À présent il avait quitté Ethelle des yeux et décida de se concentrer sur ses deux petits opposants.

La jeune femme rousse avait l’impression de se retrouver au milieu d’un cauchemar : le visage du majordome s’était allongé, sa pilosité s’était accentuée et ses canines paraissaient avoir poussé. Ce qui attaqua [Bidulette] et Izel tenait désormais plus de la bête que de l’être humain. Les deux poids plumes se tinrent prêts à contrer l’assaut de Gregory, mais il n’arriva pas jusqu’à eux. Un coup de feu avait retenti, qui avait fait sursauter tout le monde. Interrompu dans son élan, le majordome roula des yeux furieux avant de s’effondrer sur la table, puis de rouler sur le sol.

[Bidulette] fit la grimace en constatant qu’une fois de plus, elle se changeait en fumée contre son gré pour réintégrer le pendentif. Mais personne ne lui prêtait attention : tous avaient tourné la tête en direction de Nicolas, qui avait tiré le coup de feu. Il replaça le pistolet dans l’écrin qu’Henry maintenait ouvert à sa disposition et où se trouvait nichée une arme jumelle. Ceci fait, il s’empressa de rejoindre Ethelle pour s’assurer qu’elle n’avait pas été blessée. Izel se tenait déjà auprès de sa mère, qui maintenait contre son nez une serviette de table que lui avait apportée Miztli.

Quelques instants plus tard, madame Cartridge arriva pour ausculter Xochitl et des gendarmes arrivèrent pour examiner la scène et poser des questions. Ils remarquèrent que Gregory n’était pas mort des suites de sa blessure par balle. Après qu’il eut été examiné à son tour par madame Cartridge, les gendarmes emmenèrent le majordome qui avait repris conscience. Il ressemblait de nouveau à un être humain normal, mais le regard qu’il jeta à Ethelle en quittant la pièce la fit frissonner.

(changement de chapitre)

Pfiou ! Ces fées me fatiguent. Elles produisent un tel brouhaha que je ne peux pas rester dans leur pièce plus d’un quart d’heure. Et les différentes races sont trop… Ben différentes, en fait. Malgré les nouvelles nomenclatures mises en place par Massamba et Pommier, je trouve toutes ces créatures surnaturelles vraiment perturbantes. Par exemple, concernant les pillys (les petites fées Clochette), rien ne les rapproche des mammifères, ou des reptiles, ou des batraciens, ou des oiseaux, ou même des poissons. J’ai essayé de démontrer qu’ils étaient plus proches des insectes en se basant sur leurs ailes et leurs antennes, notamment, mais force avait été de constater qu’ils ne font pas partie de cette famille là non plus. Certains fabriquent même des pigments bleus… Il n’existe qu’une ou deux espèces connues au monde qui sont capables de ça !

Je sais que je me répète, mais on dirait que quelqu’un a à moitié modelé ces créatures et à moitié collé des morceaux de créatures existantes. Ils ressemblent à de petits humains à qui on aurait attaché des caractéristiques d’insectes. En plus, leurs mamelles ne sont pas fonctionnelles et celles qui ressemblent à des femmes pondent des œufs mous ; c’est n’importe quoi. Ils n’ont pas l’air totalement… naturels, pour ainsi dire, mais je n’ai entendu parler de personne qui ait la connaissance ou la technologie pour créer des bestioles pareilles. Et puis je n’ai pas très envie d’entamer une nouvelle théorie du complot. Même avec toutes les connaissances qu’il a accumulées au sujets des créatures surnaturelles, Valentin n’a pas su me proposer une hypothèse sur leur origine. Apparemment il n’existe aucune indication dans aucune légende.

Je lui ai quand même donné une petite pilly. Après tout, c’est lui qui m’a dit qu’un des noms pour ces petites créatures était “pillywiggin”. Je sais qu’il s’en occupera bien et puis ici il y en a déjà tellement. J’en relâche tous les jours. Les gens nous les amènent par seaux entiers tellement ces petites bêtes foisonnent de partout. Ils n’ont toujours pas compris que ce serait la même chose que de nous amener des pigeons par seaux entiers… Valentin dit qu’ils vont finir par comprendre, mais il est toujours très optimiste concernant l’humanité. Moi un peu moins, surtout que certains des chasseurs de fées (comme ils se surnomment) sont déjà venus plusieurs fois et, à chaque fois, je leur explique que nous avons trop de fées et je leur fais la comparaison avec les pigeons.

C’est même encore pire que les pigeons, parce qu’au moins les pigeons ne nous empêchent pas de nous rendre sur les sites archéologiques ! Ils les abîment, au pire. Le moindre menhir ou dolmen est devenu un endroit dangereux d’où sortent des elfes ou des korrigans à des moments complètement incongrus. L’armée a mis des barrières et surveille les endroits les plus dangereux… Ça aurait pu faire un bon sujet de roman. J’ai encore du mal à réaliser tout ça à certains moments.

Le pire, c’est quand les gens me demandent si les dragons aussi vont faire leur apparition. Comment le saurais-je ? La seule chose que l’on peut affirmer avec certitude, c’est que plus le temps passe, plus on observe de créatures et plus on en observe des grosses. Après, nous n’avons pas de véritables preuves de l’existence des dragons, alors personne ne peut affirmer si nous allons en voir à un moment ou à un autre. Je ne sais absolument pas comment on pourrait gérer l’existence de dragons ; je préfère ne pas y penser !

Bon, je vais proposer à Valentin de venir manger une pizza. Rien de tel qu’une pizza entre amis pour se remonter le moral…

Pizzas commandées : quattro formaggi et prosciutto, livrées dans vingt minutes.

« Cet enregistrement a été effectué le même jour que le premier enregistrement de Valentin que nous avons écouté, nota le professeur Derrington.
– Béatrice, ajouta Chaahk.
– Béatrice ? Serait-ce le prénom de cette jeune scientifique ? Vous la connaissiez aussi alors ? C’est merveilleux ! se réjouit Simon. Il faut dire qu’ils paraissaient se connaître eux aussi. Pouvoir suivre deux points de vue va être tellement intéressant, je suis impatient de pouvoir écouter la suite. Clay, es-tu prêt à continuer ? »

L’interpellé était affalé sur le guidon du cyclopède, épuisé d’avoir pédalé si longtemps. Tina avait rendu le système plus efficace pour qu’il ait moins d’efforts à fournir, mais l’archéologue en avait profité pour écouter les enregistrements plus longtemps. Après tout, il lui fallait de nombreuses écoutes avant de pouvoir prendre suffisamment de notes sur un seul enregistrement, ses notions de langue antique étant loin d’être parfaites. Sans compter les sessions où il se contentait de profiter des sonorités de cette langue qu’il aimait tellement. Cela faisait déjà une demi-douzaine d’écoutes qu’il effectuait d’affilée et son apprenti n’en pouvait plus.

« Bon, ce n’est pas grave, concéda Simon. Prend le temps de te reposer, je vais relire mes notes.
– Merci. » souffla Clay en enfouissant son visage entre ses bras. Après quelques respirations, il tourna la tête sur le côté. Tina, qui le regardait d’un air inquiet, détourna les yeux, faisant mine de réparer une des lanternes qui était défectueuse. Le professeur Derrington s’était assis au bureau antique, mais sur son propre tabouret portatif. Il avait essayé de s’asseoir sur la chaise à roulettes originelle quelques jours auparavant, mais celle-ci s’était brisée sous son poids. Chaahk, lui, était adossé au mur et avait ses yeux verts dans le vague, la tête légèrement penchée sur le côté, comme s’il essayait d’entendre quelque chose.

Le nahua réalisa soudain que Clay le fixait, ce à quoi il expliqua : « Belisama. » avant de soupirer et de quitter la pièce. Tina délaissa ce qu’elle était en train de bricoler pour lui emboîter le pas. Le jeune homme soupçonnait sa cadette de vouloir embaucher Chaahk pour l’aider à réparer son planeur qui ne fonctionnait toujours pas très bien. Comme il l’intimidait, elle s’arrangeait pour se trouver toujours en sa présence afin de saisir au vol le moment opportun où elle pourrait essayer de lui demander son aide.

 

2222 mots pour aujourd’hui, ce qui n’est pas exceptionnel pour un dimanche, mais Siegfried me manque beaucoup au niveau de l’efficacité ! Enfin bon, j’ai pris de l’avance, c’est déjà pas mal.

NaNoWriMo 2018 : Arkhaiologia Tome 2, jour 1

D’abord, un petit résumé du début du tome 2 qui est déjà commencé pour ne pas trop embrouiller :

Simon, Clay et Tina découvrent des enregistrements d’un doctorant de la civilisation antique, qu’ils arrivent à écouter grâce à un bricolage de Tina. Pour le professeur Simon Derrington, cela présage d’imminentes grandes découvertes. Pendant ce temps, son apprenti l’ancien Faucheux, Clay, se débat avec la même impression d’être surveillé qu’Ethelle.
Cette dernière a laissé ses compagnons pour enfin laver le nom des Morton et retrouver ses marques dans son monde de richesses. Mais elle commence à déchanter en constatant qu’Heather Merryweather, la mère de son hôte Nicolas, aime contrôler la vie de son entourage, y compris la sienne. La jeune femme prend l’habitude de s’isoler pour s’aérer l’esprit et, décidant de se rendre à Lancy pour ce faire, croise le chemin de Gregory, l’inquiétant majordome d’Arabella Finley, aussi connue sous le nom de la Veuve-Noire.
Elle manque de se faire étrangler par l’homme de main d’Arabella mais est sauvée par l’esprit qui habite son pendentif, une jeune fille aux yeux en amandes qui pratique des arts martiaux exotiques. Le NaNoWriMo commence au moment où l’étrange sauveuse d’Ethelle a mis Gregory à terre et se présente.

 

Je suis restée attachée autour de votre cou et celui de votre mère avant vous et celui de votre grand-mère encore avant elle. J’ai été consciente de ce qui m’entourait pendant toute la durée de mon enfermement, même si cela a parfois été difficile de ne pas m’endormir. J’avais l’impression que si je m’endormais, je ne me réveillerai jamais ! »

Elle marqua une légère pause, fronçant les sourcils. « Oh non… » Déplora-t-elle en regardant ses mains qui devenaient translucides. Le corps de [Bidulette] se changea en fumée et réintégra le camée d’Ethelle qui resta interdite pendant de longues secondes sous la pluie. Grégory venait-il de bouger ? Non, ce devait être une impression. Le doute se muant en panique, la jeune femme récupéra son parapluie et s’enfuit. Elle se précipita dans les grandes artères, qui lui paraissaient toujours bien modestes à côté des boulevards d’Eastlond, à la recherche d’une voiture qui pourrait la ramener jusqu’à la propriété des Merryweather.

Trempée et frissonnante, elle monta dans le premier fiacre qu’elle croisa. Enfin assise et s’estimant en sécurité, elle expira de soulagement et se mit à réfléchir. Comment le majordome d’Arabella l’avait-il retrouvée ? Pouvait-elle espérer que ce ne soit qu’une coïncidence ? Elle secoua la tête ; même s’il s’agissait d’une coïncidence, maintenant il savait qu’elle se trouvait à Lancy ce qui signifiait que mademoiselle Finley serait aussi bientôt au courant. Elle devait trouver un moyen de mettre Clay au courant puisque Grégory était à ses trousses.

Il y avait aussi la question de [Bidulette]. Ethelle caressa machinalement son pendentif, avant d’ôter prestement sa main. Elle craignait de provoquer une nouvelle apparition de l’étrange jeune femme – ou jeune fille, elle ne savait pas le déterminer – et n’avait pas l’esprit à se retrouver encore confrontée à l’esprit de son camée. Elle ôta le collier pour examiner le bijou de plus près. La femme gravée ne paraissait pas être originaire de l’extrême orient, mais il était difficile d’en être certain sur un si petit ouvrage, d’autant que les traits du visage étaient à peine esquissés.

Lorsque le fiacre la déposa à la grille de la propriété des Merryweather, Ethelle ressassait encore ses inquiétudes et se demandait si elle devait parler de Grégory avec Nicolas. La pluie s’arrêta lorsqu’elle parvint au manoir, où Henry lui ouvrit avec diligence, lui dépêchant une servante pour l’emmener s’essuyer et se changer. La jeune femme rousse avait gardé son collier en main et le remit soigneusement autour du cou après avoir revêtu une robe sèche. Après tout, le pouvoir de son pendentif lui avait sauvé la vie. Elle ne savait pas comment il fonctionnait, mais se sentait rassurée de le garder à portée de main.

Ethelle doutait que Grégory parvienne à s’infiltrer dans la demeure des Merryweather, sans compter qu’elle n’était pas certaine qu’il ait survécu à sa rencontre avec [Bidulette]. Elle se redressa inconsciemment à l’idée que le majordome de mademoiselle Finley ne pourrait peut-être pas prévenir sa maîtresse qu’il avait retrouvé Ethelle. Cette idée lui plaisait bien ; elle sourit par devers elle. Mademoiselle Morton sortit de sa chambre d’une humeur bien plus guillerette qu’elle n’y était entrée.

(changement de chapitre)

Le professeur Derrington se frottait les mains de satisfaction. Il était tellement émoustillé par ses découvertes qu’il n’en arrivait plus à travailler sur ses notes et parcourait la pièce alternant grands pas et petits sauts de joie. En plus des enregistrements du doctorant Valentin [Nomdefamille], il avait trouvé ceux de l’une de ses collègues, une certaine Béatrice [Autrenomdefamille]. Il était impatient de les écouter, mais il devait attendre que Clay reprenne son souffle ; le jeune homme était épuisé d’avoir pédalé pour fournir assez d’énergie afin que l’archéologue puisse prendre des notes sur l’enregistrement. Il avait donc décrété une pause à contrecœur et l’ancien Faucheux était retourné au rez-de-chaussé pour se reposer dans la pièce qui leur servait de camp. Tina, quant à elle, bricolait le cyclopède et sa dynamo.

Un grand cri les interrompit. Dans le silence de la bibliothèque, les sons portaient bien. « Clay… » Émit la jeune fille tout en s’emparant de la lanterne pour se précipiter au rez-de-chaussée, suivie de près par Simon. Ils découvrirent Clay qui se tenait dans l’encadrement de la porte. Il leur tournait le dos, faisant face à quelqu’un ou quelque chose qui se trouvait dans leur salle de campement en l’invectivant : « Qui es-tu ? Qu’est ce que tu fais là ? Ne t’approche surtout pas ! »

En s’approchant, Tina et le professeur Derrington purent jeter un œil sur l’objet de la colère de leur compagnon. Un homme de haute stature leur faisait face. Il était armé d’une lance de métal, dont il avait posé le bout au sol et à laquelle il se tenait nonchalamment. Il était tel l’intrus que Clay leur avait décrit lorsqu’il s’était évanoui en revenant dans la bibliothèque. Simon devait bien reconnaître son erreur : ils n’étaient pas seuls dans ce temple de l’antiquité. Avec pommettes saillantes, ses yeux en amandes et les plumes piquées dans sa longue chevelure noire, il évoquait au professeur Derrington le peuple nahua qui, venu de l’autre côté de l’océan, avait pris pied sur les terres ibériques et les avaient conquises bien des années auparavant.

L’homme n’était cependant pas vêtu de riches vêtements comme l’archéologue avait l’habitude de voir les ressortissants nahuas. Il ne portait que quelques petites peaux et végétaux, ne laissant d’ailleurs que peu de place à l’imagination. Simon se surprit à rougir. Son regard fut alors attiré par les yeux d’un vert hors du commun de l’intrus : ils étaient presque brillants dans la pénombre de la bibliothèque. Le professeur Derrington se demanda s’il ne se trouvait pas face à une créature magique et il cherchait dans ses connaissances pour déterminer laquelle.

« Qui es-tu ? » répéta Clay toujours aussi nerveux par la présence intruse. L’homme répondit dans une langue que le jeune homme ne comprit pas. Sachant que Tina ne parlait que l’angelnish, comme lui, l’ancien Faucheux se tourna vers Simon. « C’est fâcheux, avoua ce dernier. Je ne parle pas le nahuatl… Enfin, seulement quelques mots, mais je n’ai pas compris ce qu’il a dit. Tant pis, nous allons communiquer à l’ancienne. » Clay se demanda ce que signifiait communiquer à l’ancienne tandis que l’archéologue se plaçait face à l’inconnu et se désignait lui-même en répétant : « Simon ! » Après quelques secondes d’incompréhension où l’homme brisa le masque d’impassibilité de son visage pour afficher une mine perplexe, il finit par comprendre et plaça à son tour sa main libre sur sa poitrine en disant :

« Chaahk. »

Le professeur Derrington se tourna alors vers ses deux jeunes compagnons, la mine radieuse, pour leur dire : « Il s’appelle Chaahk !
– Ça va être long, commenta Tina d’un air désabusé.
– Qui il est et comment il est arrivé là ? s’enquit Clay. Qu’est ce qu’il veut ?
– Voilà beaucoup de questions, voyons voir si nous pouvons avoir une conversation avec notre invité. »

Avant que les deux anciens Faucheux aient pu protester, l’archéologue s’assit à côté du réchaud qui leur servait à cuisiner et invita l’inconnu à faire de même. Après un bref regard en direction des deux plus jeunes, le nahua aux yeux verts se laissa glisser en tailleur, faisant tournoyer sa lance pour l’installer en travers sur ses genoux. Pendant que Simon allumait le réchaud tout en s’emparant de sa bouilloire, il insista auprès de Clay et Tina pour qu’ils s’asseyent avec eux. Ils obtempérèrent après une brève hésitation. La lance les inquiétait, mais l’intrus ne paraissait pas avoir l’intention de s’en servir dans l’immédiat.

Tandis que l’eau chauffait dans la bouilloire, l’archéologue essaya de discuter avec Chaahk. Les débuts furent laborieux. Les seuls mots de nahuatl sur lequel ils se retrouvaient étaient les mots nahuatl et xocolatl, chocolat, ce qui n’allait pas leur être très utile pour tenir une véritable conversation. Heureusement, Simon était d’un naturel persistant et, à force d’essais et de gesticulations, les deux hommes finirent par réussir à communiquer un peu. « Si j’ai bien compris, il profitait du fait que nous n’étions pas là pour nous voler de la nourriture, expliqua l’archéologue à ses deux compagnons en affichant un sourire ravi.
– Pourquoi ça vous réjouit qu’il nous pique des trucs ? demanda Tina qui était souvent désarçonnée par les réactions du professeur Derrington. Il aurait pu demander en plus.
– Cela ne me réjouit pas qu’il vole dans nos affaires, c’est le fait de parvenir à discuter avec lui qui me rend heureux ! Je crois que cela fait longtemps qu’il réside dans cette bibliothèque, peut-être qu’il pourra nous aider dans nos travaux. »

Chaahk assistait à leur discussion sans mot dire, jusqu’à ce qu’il y ait un silence. Il en profita pour s’enquérir : « Belisama ?
– Belisama ? répéta l’archéologue un peu perdu. Comme la déesse Belisama ? » Le nahua ne comprit pas l’interrogation de Simon, mais l’avoir entendu répéter le nom à plusieurs reprises, il gratifia le professeur Derrington d’un regard plein d’espoir.

« C’est qui Belisama ? s’informa Tina qui était agacée de ne rien comprendre à la situation.
– C’est le nom d’une déesse celte, répondit l’archéologue qui réfléchissait en même temps. Mais je dois avoir mal compris : s’il est un nahua il ne peut pas me parler de cette Belisama-là.
– Celte, acquiesça soudainement Chaahk qui suivait attentivement leurs propos. Belisama, celte. Belisama ?
– Je… Euh… Mais les dieux… balbutia Simon. Les dieux sont un concept, à moins que…
– À moins que quoi ? demanda à son tour Clay qui espérait pouvoir comprendre.
– À moins que les dieux ne soient des créatures folkloriques comme les autres, répondit l’archéologue en tournant des yeux écarquillés vers son apprenti.
– C’est possible ça ? s’étonna le jeune homme.
– Bah, je vois pas pourquoi ça serait différent, commenta Tina en haussant les épaules.
– Bien sûr bien sûr, acquiesça vivement Simon. Mais si les dieux sont des créatures issues du folklore comme les autres, cela signifie que nous devons nous attendre à en rencontrer ! Imaginez, s’ils ont été qualifiés de dieux, c’est parce qu’ils étaient des êtes particulièrement puissants. Je ne sais pas comment les gouvernements vont gérer la cohabitation avec des dieux. C’est fabuleux ! Et effrayant aussi, un peu. »

Chaahk posa son coude sur sa cuisse et sa tête dans le creux de sa main. Il semblait avoir décidé de prendre son mal en patience le temps que quelqu’un daigne répondre à sa question. Cela n’arriva pas tout de suite, car la bouilloire se mit à siffler et Simon s’empressa de servir des tasses de thé à tout le monde. Le nahua repoussa sa chevelure en arrière d’un coup de tête avant de flairer le contenu de sa tasse où les feuilles infusaient. « Tcha ? Ti ? s’enquit-il.
– Du thé, précisa Simon.
– Thé, répéta Chaahk. Amaterasu, thé. Amaterasu ? »

Cette fois-ci, l’archéologue afficha une mine désemparée. Il ne comprenait pas de quoi parlait son invité. Voyant qu’il avait perturbé son interlocuteur, Chaahk fit un mouvement de main comme pour balayer ses propos et reprit : « Belisama ?
– Je ne sais pas. » avoua l’archéologue en haussant les épaules pour appuyer ses dires. Comment aurait-il pu savoir s’il était possible de rencontrer Belisama ? Il manqua de renverser son breuvage brûlant sur ses cuisses, mais le nahua acquiesça en signe qu’il avait compris. Simon continua à essayer de communiquer avec Chaahk, se disant qu’il savait peut-être des choses sur cette bibliothèque.

Ennuyée de ne rien comprendre à la conversation, Tina se leva pour ouvrir l’antique placard à provisions de la salle où ils campaient. Lorsqu’elle avait réalisé que ce distributeur de provisions était une machine, elle avait décidé qu’elle parviendrait à la remettre en marche. Malheureusement, comme pour tout le reste des installations, il semblait qu’il faille de l’électricité pour la faire vraiment fonctionner. Elle avait tout de même réussi à faire bouger certains mécanismes à la main, mais le temps avait fait son œuvre et elle avait besoin de nettoyer tout le système si elle espérait le voir fonctionner un jour.

Intrigué par ce qu’elle faisait, Chaahk finit par délaisser les tentatives de conversation avec Simon pour s’approcher de la machine. Comprenant ce qu’elle essayait de faire, l’homme s’approcha et inspecta le mécanisme à son tour. Puis il commença à triturer le système, tout en donnant des explications dans sa langue. Tina le regarda œuvrer et finit par le rejoindre dans son bricolage sans mot dire. Il la guida au début, puis elle termina sa réfection toute seule. Entre ces deux là, il ne semblait pas y avoir besoin de paroles.

Clay, qui sirotait paisiblement son thé, jeta un coup d’œil à Simon qui paraissait jaloux de leur connivence. De dépit, l’archéologue se plongea dans les notes qu’il avait prises pendant que son apprenti pédalait pour fournir de l’énergie. L’ancien Faucheux l’écouta marmonner dans un jargon mêlant l’angelnish et la langue antique et se lança lui-même dans une esquisse de Tina et Chaahk qui travaillaient ensemble sur la machine.

Lorsque le nahua laissa Tina bricoler toute seule, il retourna s’asseoir près du professeur Derrington. Là, il pencha la tête en l’écoutant parler. Comme Simon parlait vite et dans un mélange des deux langues, il fronça les sourcils ; Clay supposa qu’il essayait de comprendre des mots au vol. « Valentin ? s’enquit finalement l’homme à la longue chevelure noire piquée de plumes.
– Pardon ? » s’interrompit l’archéologue. Chaahk répéta avec hésitation quelques mots de langue antique que Simon venait de prononcer, en ajoutant le prénom du doctorant qui avait produit les enregistrements sur lesquels le professeur Derrington avait pris des notes. Le visage de ce dernier s’illumina. Si leur invité connaissait lui aussi ce langage perdu, ils allaient enfin pouvoir communiquer de manière plus efficace.

Clay ne connaissait pas suffisamment la langue pour suivre leur conversation, qui était par ailleurs hésitante des deux côtés. Simon, qui était particulièrement enthousiaste au début, finit par montrer une perplexité de plus en plus grande au fur et à mesure que Chaahk lui donnait des explications. L’ancien Faucheux se demandait ce que leur intrus pouvait bien lui raconter de si étonnant.

 

2358 petits mots, j’aurais voulu en faire plus, mais c’est toujours comme ça au démarrage !

NaNoWriMo 2017 : À l’École de l’Autre Côté du Miroir, jour 29

L’histoire est finie, mais j’écris de « grosses » scènes que je vais insérer au milieu, alors je vous les donne :

 

Cédric revenait des toilettes lorsqu’il croisa la lycéenne blonde dans l’escalier. « Salut, lui lança-t-elle.
– Salut, répondit-il en essayant de paraître cool. Qu’est ce que tu fais là ?
– Je vais à un cours de mathémagiques, et toi ?
– Je vais en magie pratique, on va apprendre à faire des potions.
– Oh, c’est intéressant la confection de potions, commenta la jeune fille. J’en ai une rigolote, là, à te faire tester.
– Fais voir ! » Se réjouit le garçon tandis que son interlocutrice fouillait dans son sac à la recherche d’une fiole.

Ils furent interrompus par la voix de Stéphanie : « Cédric ! Tu es revenu ? » L’apprenti maître du brouillard se tourna et la fillette brune émergea du coin de mur à côté, juste à la sortie de l’escalier. « Ah, tu es là ! Se réjouit-elle. Mais avec qui tu parlais ?
– Oh… Euh… Balbutia le garçon en constatant que la lycéenne avait disparu sans qu’il ne s’en rende compte. Personne.
– Viens alors, on va être en retard sinon. »

Après un dernier regard en arrière à la recherche de la jeune fille blonde, Cédric suivit Stéphanie jusqu’à la salle de magie pratique, celle avec les chaudrons sur les paillasses. [professeur quelconque] était déjà là et leur intima de se dépêcher de s’asseoir. La fillette brune alla rejoindre son amie blonde et Cédric s’installa à côté de Jérémy. [professeur quelconque] demanda ensuite à l’ensemble de la classe de mettre leurs blouses noires dévolues pour les cours impliquant des potions.

Cela fit rire les élèves issus du monde sans magie de se voir ainsi vêtus ; ils trouvaient qu’ils ressemblaient à des sorciers et sorcières de contes. [professeur quelconque] réclama le calme et commença le cours. « Bien ! C’est la première fois que vous allez vous essayer à la confection de potions. Jusqu’aux vacances de samhain, vous avez surtout appris de la théorie. Il va maintenant falloir mettre toutes ces connaissances en pratique. Nous allons commencer par une potion qui ne sera pas une vraie potion, mais un baume contre les brûlures, dont nous avons parlé il y a deux semaines, si vous vous souvenez bien. »

[professeur quelconque] leur rappela ensuite les précautions à prendre à propos du feu sous le chaudron et à propos des liquides bouillants qu’ils allaient produire et manipuler. Pour plus de précaution, [professeur quelconque] leur fit répéter les consignes de sécurité plusieurs fois, avant de leur montrer la marche à suivre. Emballés, les élèves suivirent les instructions avec entrain.

Jérémy manqua de se brûler avec le feu sous le chaudron et Stéphanie se brûla effectivement en touchant la marmite. Elle eut ainsi l’occasion de tester son propre baume contre les brûlures, qui fonctionna plutôt bien. La fillette n’avait plus mal et il ne resta qu’une petite marque. La plupart des élèves parvinrent à obtenir un baume satisfaisant aux yeux de [professeur quelconque] et toute la classe sortit de ce cours ravie.

« Vivement qu’on fasse des choses plus compliquées ! S’exclama Jérémy.
– Il faudra que tu apprennes à ne pas te brûler avant de faire des choses plus compliquées, le taquina Valentine. J’aimerais bien essayer de faire une potion de sommeil, moi. Ca a l’air intéressant.
– Tu pourras peut-être essayer pendant l’étude de ce soir ? » Suggéra Stéphanie. En continuant à parler de potions, les quatre amis se dirigèrent vers leur prochain cours.

 

***

 

Après avoir posé le choix de ses langues auprès de madame Verone, Cédric se dépêcha en direction du gymnase où il devait avoir un cours de magie pratique. Il croisa une silhouette qu’il connaissait : « Tiens, salut ! Lui lança la lycéenne blonde qu’il avait rencontré pendant la fête de samhain.
– Salut, ça va ? La salua le garçon blond avec un sourire.
– Oui, ça va. Puisque tu es là, tu aurais quelques minutes pour que je te montre quelque chose ?
– Mmmh, oui, pourquoi pas. » Accepta Cédric en commençant à chercher à tout allure une justification pour son retard, qu’il pourrait donner à monsieur Apowain lorsqu’il arriverait en cours.

La porte du bâtiment à côté d’eux s’ouvrit. Le garçon tourna machinalement la tête et aperçut Stéphanie qui sortait en trombe en s’essuyant les mains sur son pantalon. Elle sortait probablement des toilettes. « Ah ! Cédric tu es là, viens vite, on va être en retard. Apowain ne nous dira rien parce qu’il t’aime bien, mais il faudrait mieux qu’on tarde pas trop, on ne sait jamais. »

L’apprenti maître du brouillard regarda de nouveau la lycéenne qui voulait lui montrer quelque chose, mais elle avait disparu comme un courant d’air. Elle n’était nulle part en vue et même la loutre de Stéphanie paraissait ne pas avoir remarqué sa présence. Il se demanda comme elle arrivait à disparaître de manière aussi discrète et, aussi, pourquoi elle s’enfuyait dès que quelqu’un arrivait. Il en voulait un peu à Stéphanie de les avoir interrompus. Il se demandait ce que la lycéenne blonde avait bien voulu lui montrer ; il était certain que ça devait être vraiment intéressant.

Un peu déçu, le garçon suivit néanmoins son amie jusqu’au gymnase. Presque toute la classe était arrivée ; Valentine et Jérémy les attendaient déjà. Le garçon brun était d’ailleurs en train de montrer qu’il parvenait presque à métamorphoser son changeforme en serpent autonome. « Félicitations, Rivière, commenta monsieur Apowain qui passait à ce moment là. Tu as fait de gros progrès. Bien ! La classe du brouillard ! L’entraînement va commencer, arrêtez de bavarder et commencez à vous concentrer. »

Cédric trouvait qu’il devait être difficile d’être monsieur Apowain. Chaque catalyseur étant différent, il passait sans cesse d’un élève à l’autre. Le garçon blond se demandait comment leur professeur de magie pratique parvenait à leur expliquer autant de choses en courant partout. Stéphanie, Jérémy et Cédric avaient quand même remarqué que monsieur Apowain semblait passer un peu plus de temps auprès de Valentine qu’auprès des autres élèves.

Le professeur appréciait la cartomancie et la fillette blonde comprenait vite ce qu’on lui expliquait, ce que monsieur Apowain appréciait plus encore. Valentine avait pris l’initiative d’essayer de modeler un filet avec ses cartes. Il s’agissait d’un tour que Stéphanie et elle avaient vu dans un livre, mais la fillette avait du mal à le construire. Elle parvenait à tresser un réseau d’énergie entre deux cartes, mais ne savait pas comment continuer.

Monsieur Apowain prit tout son temps pour lui expliquer en détail ce qu’elle pouvait travailler pour arriver à modeler un filet entier. Il en profita pour s’étendre sur quelques anecdotes à propos de [Bidule de Machinchose], un grand cartomancien des Belles Gens, qui vivait deux siècles auparavant et qu’il tenait en haute estime. Les trois amis de Valentine écoutèrent les histoires avec grand intérêt.

« On dirait qu’elle peut faire tellement de choses avec ses cartes, soupira Stéphanie avec envie. J’ai l’impression de ne pas faire grand chose avec ma loutre, même si je l’adore !
– Détrompe-toi ! S’exclama monsieur Apowain. Les catalyseurs animaux sont souvent sous-estimés. Même par moi, je l’avoue. Avoir un catalyseur animal ne consiste pas seulement à en faire une créature géante qui détruira tout sur son passage. Mais ! Ce n’est pas tout. Un tel catalyseur peut te permettre d’avoir quelques avantages physiques. Tes sens, notamment, peuvent s’aiguiser sous l’action de ton catalyseur. Je vais te montrer. »

Ce cours-ci, Stéphanie bénéficia de l’attention du professeur autant que Valentine. Il lui donna toute une série d’exercices visant à profiter directement des sens de sa loutre. Lorsque la fillette brune déclara qu’elle voulait être la possesseuse d’un catalyseur animal la plus polyvalente, le regard de monsieur Apowain brilla d’un éclair soudain. Il assura à son élève qu’elle aurait son soutien indéfectible dans cette entreprise et lui fit miroiter qu’il avait encore beaucoup de choses à lui apprendre sur le potentiel des catalyseurs animaux.

En sortant du cours, manquant de trébucher sur un gros champignon orange qui dormait avant d’être dérangé par le garçon, Jérémy déclara : « La prochaine fois, c’est Cédric et moi qui accaparerons Apowain ! Je suis certain qu’il va trouver plein de choses à faire avec mon Mollasson et avec le brouillard de Cédric.
– Vous pourrez même lui demander pendant la session de magie défensive, pointa Stéphanie. C’est facile avec Apowain, il suffit d’avoir l’air intéressé.
– Mais je suis intéressé ! » Lui assura Jérémy.

Au prochain cours de magie défensive en question, Jérémy accapara le professeur en essayant de lui soutirer des informations sur le potentiel de son changeforme. Tout le monde le lui avait déjà dit : son catalyseur n’avait de limite que son imagination. Monsieur Apowain lui conseilla donc de la nourrir en travaillant sa culture générale et en lisant de la littérature de l’imaginaire. Le garçon était un peu déçu de devoir faire des exercices qui n’impliquaient pas Mollasson directement.

Pendant le reste de la défense magique, Jérémy s’entraîna tout de même à modeler son catalyseur en un mur qui pouvait le protéger d’une attaque. Cédric vit soudain un filet d’énergie magique, dont les nœuds étaient des cartes, contourner le mur et s’enrouler autour de Jérémy. Ce dernier tomba par terre sous le coup de la surprise et son mur se désagrégea aussitôt.

Monsieur Apowain intervint : « Rivière, il faut que tu essaies de garder une partie de ton attention perpétuellement dédiée au maintien de ton catalyseur. Surtout s’il te sert directement de bouclier. » A la grande joie de Jérémy, le professeur lui donna des petits exercices pour s’entraîner à la défense avec Mollasson. Puis il félicita chaudement Valentine pour sa performance. Monsieur Apowain était surpris que la fillette blonde ait déjà réussi à maîtriser un filet complet et opérationnel.

Malheureusement, elle ne parvint pas à réitérer son exploit. Le professeur la rassura en lui disant qu’elle était sur la bonne voie et qu’elle n’aurait pas besoin de beaucoup d’entraînement pour parvenir à générer un filet à volonté. Il avait déjà été surpris par sa rapidité en tissage d’énergie magique. Le professeur félicita aussi Stéphanie dont la loutre atteignait maintenant la taille d’un loup et Cédric qui arrivait à produire les quatre autres éléments à partir de ses filets de brume. Monsieur Apowain estimait que ses élèves s’étaient bien améliorés. Lorsqu’ils s’en furent pour rentrer chez eux, leur professeur se félicitait de leur succès.

Cédric se sentait tout de même un peu frustré d’avoir toujours sa magie bridée [à vérifier quand il a l’information].

 

1750 mots pour aujourd’hui, et il m’en restera encore 1400 à faire demain !

NaNoWriMo 2017 : À l’École de l’Autre Côté du Miroir, jour 28

Les enfants avaient encore toute la journée dont ils pouvaient profiter avant de retourner auprès de leurs parents. Le père de Jérémy les envoya jouer, mais leur interdit de mettre le nez dehors pour éviter d’avoir à surveiller s’ils allaient s’enfuir ou non. « Maintenant qu’on a retrouvé notre copine, on a plus aucune raison de courir partout. » Plaida Jérémy. Même avec cet argument, son père refusa de les laisser sortir.

Ils se contentèrent de discuter jusqu’à ce que chacun ait récupéré tous les morceaux de l’histoire où ils n’étaient pas présents. Une fois que la curiosité des uns et des autres fut satisfaite, ils se félicitèrent d’avoir été plus malins que les adultes et changèrent d’activité. Ils passèrent le plus clair du reste de leur journée à badiner de sujets plus légers et à jouer. Ravis de passer des moments ensemble, les quatre amis ne virent pas le temps filer et ils se sentirent déçus lorsqu’il fallut rentrer chez eux, de retour à leur routine de collégiens.

Epilogue :
Le reste de l’année se déroula sans nouvelles de la Confrérie des Cinq Eléments. Jérémy raconta à ses trois amis de l’autre côté du miroir qu’il voyait des mages du royaume surveiller l’établissement quand il venait à l’école. Il leur rapporta aussi que Liselle avait été enfermée dans un endroit secret, par crainte que Maleflamme ne vienne la faire s’enfuir. La menace de la Confrérie des Cinq Eléments était toujours au dessus de la tête de Cédric, mais pour le moment, tout paraissait sous contrôle pour qu’il puisse continuer sa scolarité normalement.

Les seules incartades dont les collégiens entendirent parler furent celles autour de Henry. Il paraissait avoir contracté une haine tenace et réciproque pour le garçon blond avec lequel il s’était battu lors de la fête d’halloween. Henry avait longtemps continué d’accuser [nom dont je ne me souviens plus du garçon blond] d’avoir fait ce dont Liselle était la vraie coupable. Le garçon à lunettes avait séché des heures de permanence pour essayer de trouver des preuves à ce propos. Il avait volé et fouillé le sac d’école du garçon blond et il le harcelait régulièrement. A la grande déception de Cédric, Henry n’avait eu, au pire, que des avertissements. Son professeur principal du feu continuait de le couver d’un regard bienveillant, peu importe ce qu’il faisait.

Après leur escapade pour sauver Stéphanie, Jérémy avait été le seul à avoir été puni. Les autres parents n’eurent jamais vent de ce qu’il s’était produit. Les parents de Stéphanie étaient persuadés qu’elle avait passé son temps avec Valentine et les garçons. Ils lui reprochèrent seulement de les avoir prévenus trop tard. Ceux de Valentine et de Cédric étaient, eux aussi, certains que leurs enfants avaient passé un innocent moment entre amis.

Hildegarde finit par sortir de l’hospice, guérie mais encore affaiblie. Elle apprit à Cédric comment maîtriser les errances de ses rêves, afin qu’il ne se retrouve plus dans la tête de Maleflamme ou des autres membres de la Confrérie des Cinq Eléments sans faire exprès. Elle lui enjoignit de continuer à suivre les cours de défense magique supplémentaire avec monsieur Apowain. Jusqu’à la fin de l’année, Cédric et ses amis suivirent ce conseil à la lettre, pour la plus grande joie du professeur de magie pratique.

A l’approche des vacances, les quatre amis promirent de ne pas passer tout l’été sans se voir. Cédric eut la permission à ses parents d’inviter Jérémy à passer quelques jours chez eux, pour lui faire visiter le monde sans magie en compagnie de leurs deux amies. Ils faisaient des plans de quoi montrer à leur ami du monde magique lorsque Matéo arriva. Il en profita pour proposer des endroits à visiter et pour préciser qu’il viendrait avec eux pour leur montrer.

A la fin du dernier jour de leur première année au collège de l’autre côté du miroir, la séparation fut un peu difficile. Jérémy et Valentine laissèrent échapper quelques larmes et les quatre se firent encore la promesse de se retrouver le plus rapidement possible. Après un dernier regard sur l’immense miroir qui servait d’entrée du collège de magie, Cédric et les autres rentrèrent chez eux pour les longues vacances d’été.

FIN

 

Passages à rajouter à un endroit :

Le cours de mathémagiques avaient lieu dans une salle qui ressemblait beaucoup à celle dans laquelle ils avaient cours avec madame Verone. Sauf que ce n’était pas un amphithéâtre. Le professeur se nommait monsieur [blabla] et était un homme grand, pâle avec de longs cheveux bruns retenus en triple catogan. Cédric avait appris la signification du mot « blasé » pendant les vacances et il ne pensait pas que quelqu’un pouvait en être à ce point l’illustration. C’était pourtant le cas de ce professeur.

Le garçon s’apprêtait à affronter de longues heures de cours ennuyeuses mais, bien que son attitude reflète une nature désabusée, monsieur [blabla] était passionné par sa matière. Cela donnait un mélange parfois étrange et souvent intéressant. Le professeur avait expliqué à ses élèves qu’ils allaient devoir apprendre quelques concepts de mathématiques de base avant de pouvoir les appliquer aux phénomènes magiques. Les collégiens s’apprêtaient à trouver que tout cela était bien compliqué et, au final, ça ne l’était pas plus que les autres matières.

En sortant du cours, Cédric n’était pas certain qu’il était fait pour les mathémagiques, mais il réservait son jugement. Il avait la tête bien pleine et la pause de récréation tombait à pic. Les quatre amis allèrent s’installer au bord de la rivière qui traversait le parc, sur un gros rocher plat. En prenant leur goûter, ils s’amusèrent en voyant la loutre de Stéphanie essayer de jouer avec un gros champignon violet.

[Nom de La loutre] s’approchait et donnait un petit coup de patte et le champignon réagissait en s’éloignant avec force piaillement. Il en fallait plus pour décourager la loutre qui lui renvoyait des petits cris moqueurs. Elle continuait ensuite de s’approcher et de faire mine de donner un coup de patte au champignon, qui se plaignait de nouveau en reculant. Leur petit manège persista un bon moment ; la loutre était espiègle et mettait du temps avant de s’ennuyer d’un tel jeu.

« Pfiou ! S’exclama Jérémy pendant que le champignon violet piaillait son mécontentement. On dirait que ça va être une matière costaude les mathémagiques.
– Oui, mais ça a l’air intéressant quand même, déclara Cédric.
– Et monsieur [blabla] a l’air très gentil, ajouta Stéphanie.
– Il a l’air totalement blasé surtout ! Pointa Jérémy. On dirait qu’il s’en fiche de nous, du coup…
– Mais non, réfuta la fillette brune. C’est une impression, c’est tout.
– En tous cas, j’ai l’impression que les mathémagiques vont me servir pour mon catalyseur de cartes, continua Valentine. Peut-être pas tout de suite, mais quand on aura un meilleur niveau.
– Je n’ai pas vu son catalyseur, reprit Stéphanie, mais je suis prête à parier que c’est un cartomancien lui aussi. Si ça se trouve, il pourra te donner des trucs pour tes cartes. »

La fillette blonde acquiesça et Cédric approuva la supposition de son amie. Ils discutèrent encore un peu de la matière de monsieur [blabla], qui intimidait beaucoup Jérémy, avant de se rendre au cours suivant. La loutre abandonna le gros champignon violet à contrecœur. Elle avait essayé de l’attraper, mais n’avait pas réussi à mettre la patte dessus. [est ce que j’avais un cours de magie de la vie quotidienne ?] [suite à insérer en même temps que je prévois un emploi du temps]

 

Après les petites vacances de la Toussaint, les cours de langues commencèrent à remplacer une partie des cours de magie pratique. Madame Verone convoqua la classe du brouillard à la place d’une heure d’étude pour leur faire mettre à jour leur emploi du temps [d’ailleurs, anecdotes sur les agendas magiques à ajouter ?]. Avant de pouvoir combler les trous laissés par les cours de magie pratique annulés, il fallait que les enfants choisissent les langues qu’ils allaient apprendre. Il leur était demandé deux langues vivantes et une langue morte pour les sortilèges anciens qui, elle, leur demanderait juste une heure par semaine.

« Comme nous sommes sous contrat avec l’Education Nationale du monde sans magie, expliqua madame Verone, vous n’aurez le choix que pour l’une des deux langues vivantes. Pour l’autre, vous devrez tous faire anglais. Vous serez vigilants car, pour les cours de langue qui ne seront pas l’anglais, vous serez mélangés avec les autres classes. Les langues entre lesquelles vous pouvez choisir sont toutes les autres langues vivantes actuelles, hormis l’anglais et le français, bien entendu. Ces langues sont listées dans la partie Atlas de votre agenda. Je vous laisse une petite dizaine de minutes pour en prendre connaissance. Ensuite vous aurez jusqu’à lundi prochain pour me communiquer votre choix. »

Les élèves échangèrent des regards interdits de part et d’autre de l’amphithéâtre. Toutes les langues du monde ? Cela laissait un choix beaucoup trop étendu ! « Vous croyez qu’ils ont à disposition un prof pour chaque langue du monde ? S’étonna Cédric auprès de ses amis en chuchotant tout bas.
– C’est possible oui, répondit Jérémy. Les professeurs de langues peuvent enseigner dans plusieurs établissements, parfois même dans plusieurs pays, et ils utilisent des portails pour aller d’une école à l’autre. Moi, ce qui me perturbe surtout, c’est qu’ils nous laissent faire la langue qu’on veut parmi toutes celles du monde sans restriction ! Je n’aime pas choisir ! Je suis nul pour choisir. Je vous ai déjà dit que je n’aimais pas choisir ? »

Il fut interrompu par madame Verone qui demandait le silence. Un brouhaha à propos des langues à choisir s’était élevé dans la salle et elle en avait conclu que les élèves avaient fini de prendre connaissance de la liste. « A présent, leur dit-elle, vous avez le même choix à faire à propos de la langue morte. Il vous suffit de tourner la page de votre Atlas pour voir les possibilités qui vous sont offertes dans ce domaine. Je vous laisse dix autres minutes pour que vous puissiez lire la liste. »

Il y eut un soupir général dans la salle lorsque la classe réalisa que la liste des langues mortes possibles était au moins aussi longue que celle des langues vivantes. Au lieu de les lire, Jérémy commença à compter le nombre de langues de chaque liste pour comparer. « Je ne sais même pas ce que sont les trois quarts de ces langues, s’inquiéta Valentine.
– Moi j’ai envie de toutes les apprendre… » Déclara Stéphanie d’un air rêveur.

Cédric, lui, était aussi effaré que Jérémy sur le choix à faire. Il ne savait même pas comment réduire les possibilités et se demandait si ses parents seraient suffisamment connaisseurs dans le domaine pour l’aider à choisir la langue vivante. Le garçon doutait, en revanche, qu’ils puissent l’aider pour la langue morte. Il espérait que Stéphanie, Valentine et Jérémy finiraient par avoir une idée. Dans le doute, il suivrait certainement l’un d’entre eux.

Chez lui, les parents de Cédric s’offusquèrent que l’établissement demande aux élèves de faire un choix aussi compliqué. « Tu vas devoir étudier ces langues jusqu’à la fin de ta scolarité ? S’enquit sa mère.
– Je pense que oui, supposa le garçon.
– Mais comment pensent-ils que des enfants si jeunes puissent déjà faire un choix si important si tôt dans leur scolarité ? S’emporta son père.
– Je ne sais pas. » Avoua Cédric qui commençait à se demander si ses parents allaient lui être d’une aide quelconque.
[continuer un peu ?]

Malgré le stress du choix à faire, tous les élèves s’étaient décidés dès le lundi suivant. [Réfléchir à ce qu’ils ont décidé en terme de langue vivante. Est ce qu’il faut les séparer un peu ?]
Concernant la langue morte, les quatre amis avaient opté d’un commun accord pour le [celte / latin / grec / germain ?]

 

2065 mots pour aujourd’hui, je suis tout pile dans les temps, c’est stressant. Surtout que, comme vous l’aurez remarqué, j’ai fini l’histoire ! Il faut donc que je trouve des passage à rajouter pour finir les 50 000 mots du défi ! Aaaaaaaaah !

NaNoWriMo 2017 : À l’École de l’Autre Côté du Miroir, jour 27

Ils parlèrent peu, sombrant rapidement dans le sommeil après la semaine de cours et les émotions des derniers jours. A peine eut-il fermé les paupières que Cédric se trouva transporté dans un rêve brumeux, comme lorsqu’il avait vu la réunion de la Confrérie des Cinq Eléments par les yeux de Liselle. Il supposa qu’il voyait par les yeux de Maleflamme car il était en présence de la fée de l’eau et du nain.

« Je veux savoir comment nous avons été retrouvés les deux fois, gronda le maître du feu. Je ne veux pas que cela se reproduise.
– Je me demande si ce n’est pas lié au garçon, suggéra la morganez. Il était là à la tour et aussi dans la grotte.
– Il est peut-être sous l’emprise d’un sort de localisation, continua le maître de la terre.
– Nous sommes devenus imprudents, commenta pensivement Maleflamme. La prochaine fois, il faudra neutraliser les sorts actifs sur cet enfant. »

Ses deux compagnons approuvèrent d’un signe de tête. « Maintenant, reprit le mage du feu, nous devons retrouver Liselle. Je veux savoir où elle a été enfermée… Qu’est ce qu’il y a [prénom de morganez] ?
– J’ai l’impression que nous ne sommes pas seuls, répondit la fée de l’eau qui jetait des coups d’oeil suspicieux autour d’elle. »

Cédric se sentit repoussé de son rêve de la Confrérie des Cinq Eléments. « Tu en as vu assez ; ils vont finir par te repérer si tu restes trop longtemps. » Chuchota une voix à son oreille qui ressemblait à celle d’Hildegarde. Le garçon n’ouvrit pas les yeux dans la chambre de Jérémy, mais dans une petite chambre uniquement meublée d’un fauteuil à accoudoirs et d’un lit en bois qui ressemblait à un vieux lit d’hôpital. La maîtresse du brouillard était assise dans le lit, un bras en écharpe et un bandage autour de la tête. Cédric s’assit dans le fauteuil.

Celle-ci était là, assise sur un lit qui ressemblait à un vieux lit d’hôpital en bois. La chambre était petite, mais un fauteuil à accoudoirs accompagnait le lit. Le garçon s’y assit.

« Ca va ? S’enquit-il avec sollicitude. On m’a dit que vous aviez été blessée.
– Oui oui, je suis trop vieille pour ces bêtises, répondit Hildegarde en désignant son bras en écharpe. Mais c’est de ma faute, j’ai tenu à participer à cette petite aventure. Richard m’a rapporté que tu ne m’avais pas écoutée et que tu étais quand même parti chercher ton amie ?
– Oui, confirma Cédric en relevant le menton d’un air de défi.
– C’était particulièrement imprudent. Mais je serais mal placée pour t’en faire le reproche. Déjà parce que j’ai été petite avant toi et je me souviens ce que l’on ressent à ton âge. Et ensuite parce que j’ai commis la même imprudence que toi, ce qui me vaut d’ailleurs de me retrouver ici. »

Hildegarde et Cédric échangèrent un sourire complice. « Pourquoi est ce que je vais voir la Confrérie des Cinq Eléments dans mes rêves ? S’enquit le garçon.
– Parce qu’ils sont une inquiétude très présente dans ta tête. Tu diriges donc inconsciemment tes pensées vers eux, mais il faudrait que tu essaies de calmer ces impulsions.
– Pourquoi ?
– Parce que c’est dangereux, expliqua Hildegarde. Tu as bien vu qu’ils étaient sur le point de te repérer lorsque je suis arrivée. »

Le garçon acquiesça. « Tous les magiciens font des rêves comme ça ? S’enquit-il ensuite.
– Oh non. Enfin, cela peut s’apprendre, même si c’est très difficile paraît-il. Mais c’est surtout l’apanage des maîtres du brouillard.
– Ah bon ?
– Oui, le brouillard n’est pas juste l’élément qui regroupe les quatre autres, continua la vieille femme. Il est aussi l’élément des rêves et des illusions. Je n’ai pas encore abordé cette partie avec toi. [à vérifier] Tu as encore tant à apprendre ! Maintenant que tu sais gérer de manière fine les afflux de magie de ton catalyseur, nous allons pouvoir nous intéresser à la question. »

Quelque chose revint en tête à Cédric : « Pourquoi est ce que j’ai eu accès à toute ma magie, d’un coup ?
– Parce que je suis morte une fraction de seconde/j’ai relâché la bride avant de perdre conscience au cas où [comment fonctionne la persistance des sorts après la mort d’un magicien ?]. Je vois que tu t’en es très bien sorti.
– Merci ! » Se réjouit le garçon. Il était très fier d’un compliment d’Hildegarde.

« Bon, je pense qu’il faut que nous nous reposions tous les deux, déclara la maîtresse du brouillard. Tu vas devoir répondre aux questions du royaume demain, même si je doute que tes réponses puissent aider à retrouver la Confrérie des Cinq Eléments.
– Ah bon ?
– Je suis peut-être un peu trop pessimiste, précisa Hildegarde en voyant l’air déçu de son protégé. Si ça se trouve, tu as remarqué un détail que personne d’autre n’a noté auparavant et qui sera crucial. Qui sait ? » Les deux maîtres du brouillard se souhaitèrent une bonne nuit et Cédric ferma les yeux pour sombrer dans un véritable sommeil.

 

Le lendemain se déroula comme Richard et Hildegarde l’avaient prédit. Des employés du royaume vinrent à la ferme des Rivière pour poser des questions aux quatre enfants, sous la surveillance du père de Jérémy. Les témoignages furent soigneusement disséqués et notés. Un responsable demanda à Cédric si ce dernier serait d’accord pour porter sur lui des sorts d’écoute et de localisation du royaume. Le père de Jérémy refusa pour le garçon.

« Vous ne pouvez pas faire ça sans l’accord de ses parents, intervint vivement monsieur Rivière. Et est-ce que vous avez vraiment envie d’aller expliquer à des gens du monde sans magie la situation à propos de la Confrérie des Cinq Eléments ?
– Non, mais c’est pour la sécurité de ce garçon, se braqua le responsable des interrogatoires. Il est suffisamment grand pour voir que c’est bon pour lui, vous ne pensez pas ?
– Ce que je pense ou non a peu d’importance : ça resterait illégal, continua le père de Jérémy. Et cet enfant a onze ans, il mérite que sa vie privée reste privée.
– Cela ne va pas nous simplifier la tâche, si jamais il arrivait quelque chose à ce garçon, nous ne pourrons pas intervenir avec autant d’efficacité que nous le voudrions.
– C’est votre travail, balaya monsieur Rivière. Le détail m’est totalement égal. Et puis après avoir été retrouvé deux fois d’affilée, cela m’étonnerait qu’un simple sort de localisation soit efficace désormais. »

Le responsable ouvrit la bouche, comme s’il voulait dire quelque chose, et la referma. Les interrogatoires terminés, les employés du royaume s’en furent.

 

1109 mots pour aujourd’hui. Il va pas falloir chômer pour atteindre l’objectif d’ici jeudi !