Les Plus Grandes Peurs

Faramund balaya d’un regard expert la table chargée de victuailles, toutes plus appétissantes les unes que les autres. Ses petits yeux s’illuminèrent de convoitise alors qu’il sélectionnait délicatement une cuisse de pintade rôtie à point. Il mordit dedans avec entrain. « Délicieux ! » Estima-t-il, en croquant ensuite dans une pomme juteuse qu’il tenait dans son autre main aux doigts tous aussi boudinés. « Oh non ! Lui lança Perrine sur un ton de reproche. Tu as encore touché à la nourriture des plats avec tes doigts ! » Un masque dégoûté tordit son visage, mais la remarque provoqua une hilarité irrépressible chez leur compagnon Morghan. Perrine tourna la tête dans sa direction, ses yeux lançant des éclairs.

« Arrête de te moquer, lui lança-t-elle tandis que l’interpellé frappait la lourde table en chêne du poing tellement il riait. L’hygiène c’est du sérieux ! On peut attraper des choses dangereuses en mangeant de la nourriture souillée, et personne ne sait si Faramund s’est lavé les mains avant de se mettre à table…
– Cesse donc de t’embêter avec des trucs pareils, s’esclaffa Morghan. Vis un peu, Perrine, au lieu de paniquer à chaque fois que tu penses que des microbes vont t’agresser. » Pour prouver ses dires, il s’employa à mettre ses doigts dans tous les plats à la portée de son amie phobique des germes. Elle poussa un petit cri horrifié.

« Qu’est ce que tu fais ? S’alarma Perrine dont la voix grimpa aussitôt dans les aigus.
– Calmez-vous un peu, intervint posément la quatrième. Je n’aime pas quand vous vous disputez.
– Ne t’en fait pas Guylaine, la rassura Morghan en se précipitant vers elle comme si il était monté sur ressorts pour la serrer dans ses bras. Ce n’est pas une vraie dispute, il n’y a aucun conflit ici. » Faramund avait continué de profiter goulûment des plats fumants qui l’entouraient, ignorant totalement ses compagnons. Perrine lui jeta un regard désespéré.

« Tu sais, lui dit-elle, la nourriture ne va pas s’envoler : prend le temps de mâcher au moins. Je ne voudrais pas que tu t’étouffes.
– Aucun risque, postillonna son ami glouton. Je préfère profiter de manger tant qu’il y a de la nourriture. Au cas où il n’y en ait plus. On ne sait jamais !
– Toi et ta peur de manquer… Soupira Perrine.
– Tu peux parler ! Lui lança moqueusement Morghan en bondissant. Tu as autant la trouille des germes que Faramund la peur de manquer. Une belle bande de bras cassés !
– Inutile de nous chamailler, intervint une nouvelle fois Guylaine de sa voix apaisante. Nous avons tous les quatre des peurs très profondes.
– C’est vrai, appuya Faramund en mordant dans une côtelette de sanglier. Tu es particulièrement fatigant avec ton entrain, Morghan. Ce n’est pas parce qu’il y a du silence que nous avons arrêté de respirer.
– Je n’y suis pour rien, je me sens obligé de remplir le silence de vie, ça m’angoisse sinon.
– C’est notre cas à tous, posa Guylaine. Nous avons tous nos angoisses et elles sont irrépressibles, alors cela ne sert à rien de nous disputer à ce propos. »

Une cloche au glas sinistre l’interrompit. « On nous appelle : il est l’heure, soupira-t-elle en se levant de table.
– Quelqu’un peut-il m’aider avec mon armure ? » S’enquit Faramund en bourrant ses poches de pain et de fruits. Ses trois compagnons l’aidèrent à enfiler les différentes pièces d’acier et à les boucler. Lorsqu’ils se retrouvèrent tous parés à sortir de la salle, Morghan lança joyeusement : « C’est parti ! Allons enfin répandre nos plus grandes peurs dans les cœurs des hommes ! »

Sortant de leur demeure, les quatre cavaliers attrapèrent leurs fières montures, les enfourchèrent et s’abattirent sur le monde.

La série des mots-clefs : Alors, il me sembla que l’air s’épaississait…

Bien évidemment, le temps que je prenne cette grande digitale en photo, en essayant de capturer toute l’essence de sa beauté mortelle, le reste du groupe avait disparu. J’ai donc tendu l’oreille pour déterminer la direction dans laquelle ils s’étaient dirigés. Rien ne troublait les pépiements des oiseaux ni le bruit du vent qui agitait paresseusement les branches des arbres. Un peu décontenancé, je suis allé dans la direction générale qu’il me semblait qu’ils avaient prise. Hésitant, j’ai ensuite marché quelques pas dans plusieurs directions, tout en sachant que chaque moment perdu les éloignait de moi. Soudain, la lumière se fit dans mon esprit. Fier de toutes les inventions pratiques que mes congénères avaient créées, je me suis triomphalement emparé de mon téléphone. Ma satisfaction fut de courte durée. Dans cet écrin de nature perdu, mon petit bijou de technologie ne captait aucun signal, que ce soit téléphonique ou Internet.

J’ai un moment caressé l’idée de rester sur place pour être plus facile à retrouver lorsqu’ils se rendraient compte de mon absence prolongée. Mais, après être resté assis sur une souche pendant quelques minutes, j’ai compris que je ne pourrai pas rester ainsi inactif. Je me suis levé et, après m’être dégourdi les jambes, je me suis aventuré à l’exploration. De toutes façons, cette forêt devait bien avoir une fin. Plus personne ne se perdait dans les bois de nos jours, n’est ce pas ? Cette assertion se trouva bientôt confirmée par le fait que je finis bientôt par rencontrer un chemin. Rassuré, je l’ai joyeusement emprunté afin de rejoindre au plus vite un brin de civilisation. A intervalles réguliers, je vérifiais si mon téléphone captait enfin un réseau. Malheureusement, dans cet environnement vallonné recouvert d’arbres, il ne captait toujours aucune antenne ni satellite.

Tout en marchant, je commençais à me demander combien de temps il allait encore me falloir pour arriver quelque part. Le chemin forestier, bien que baigné d’une jolie lumière verte et dorée qui passait à travers les feuilles, finissait par me lasser. Un cadre peut s’avérer à la fois joli et répétitif. Un petit étang vint rompre cette monotonie et, fatigué, je décidais de me reposer un instant à son bord. Alors, il me sembla que l’air s’épaississait, tandis que l’odeur de l’humus se faisait plus prenante. Que se passait-il ? Peut-être étais-je déshydraté. Je me suis donc fébrilement emparé de ma gourde pour en boire quelques gorgées. Ceci fait, je me suis rendu compte que de légères volutes de brume s’élevaient du sol.

Je ne me sentais pas mieux ; j’avais l’impression d’avoir la tête cotonneuse. Puis le martèlement commença. J’ai d’abord cru à une migraine tapageuse mais, le son devenant plus distinct, je reconnus le bruit de sabots au galop sur le chemin de terre. Je me suis levé et retourné, soulagé de pouvoir finalement demander de l’aide. Sauf que les cavaliers qui s’offrirent à ma vue paraissaient provenir d’un autre temps. Il s’agissait de tout un équipage de damoiselles et de damoiseaux tous de blanc vêtus, menés par une femme magnifique à l’air sévère. Bouche-bée, j’admirais cette apparition surnaturelle. La tête de la meneuse était ceinte d’une couronne de feuilles de chêne et un poulain immaculé suivait sa monture richement apprêtée. Ils m’ignorèrent totalement, passant à côté de moi comme si je n’étais pas là. Au moment où les chevaux pénétrèrent dans l’eau à grand renfort de gerbe étincelantes, je sombrai dans l’inconscience.

« On l’appelle la Mare-aux-Fées ou la Mare-au-Diable. » Disait quelqu’un tandis que mon cerveau tentait désespérément de reprendre le contrôle. « Et le Diable sait comment ce touriste a pu arriver jusque là. » En ouvrant péniblement mes paupières, j’ai pu constater que je me trouvais dans un véhicule de pompiers, solidement arrimé à une civière. Le guide qui avait emmené mon groupe dans la forêt se trouvait également là. C’était lui qui parlait. « J’ai suivi le chemin, suis-je parvenu à dire avec un tout petit filet de voix.
– Le chemin ? s’étonna l’homme. Mais aucun chemin ne mène à la Mare-aux-Fées ! »

Car, oui, quelqu’un est arrivé ici en tapant dans son moteur de recherche : « Alors il me sembla que l’air s’épassissait ». J’espère que maintenant il ne sera plus déçu !

Texto du matin : Résumé sur l’origine d’Halloween

Aujourd’hui, nous allons parler d’Halloween, mais pas des bonbons. Comme beaucoup le savent déjà, Halloween était déjà fêtée par nos ancêtres celtes qui l’appelaient Samain. Elle se déroulait d’ailleurs au début de leur mois de Samonios qui se trouvait être leur premier mois de l’année et marquait le début de la saison sombre. En cette période, il y a ouverture vers l’Autre Monde. Petite parenthèse, les mois celtes étaient Samonios, Dvmanios, Rivros, Anagantios, Ogroniv, Cvtios, Giamonios, Simi Visonnios, Eqvos, Elembivs, Aedrinnis, Cantlos.

En fait, la célébration de Samain se déroulait sur toute une semaine (trois jours avant – le jour en question – trois jours après) ; les dieux et les esprits demandent beaucoup d’attention. Puisque les celtes ne nous ont laissés pratiquement aucun écrit (à part un superbe calendrier, le calendrier de Coligny, que vous pouvez voir en vrai au musée gallo-romain de Lyon) nous tirons nos informations de deux sources principales. Les romains, qui n’ont pas donné d’indications très précises, mais surtout des petits moines (notamment ceux d’Irlande) qui, bien que prolifiques, ont déformé pas mal de choses.

Avec la disparition du calendrier celte, la fête de Samain fut fixée à la nuit entre le 31 octobre et le 1er novembre. Les gens sculptaient déjà des navets (les citrouilles n’avaient pas encore été rapportées des Amériques pas encore découvertes) et, à ce sujet, il est attesté qu’au début du 20ème siècle les bretons creusaient encore des betteraves pour les éclairer et effrayer les gens cette fameuse nuit.

Traditional Irish halloween Jack-o'-lantern

Le terme Halloween est, en fait, la contraction de All Hallows Evening, qui est un équivalent de the eve of the all saints day (soit la veille du jour de tous les saints -> la Toussaint). Jack O’Lantern était, quant à lui, un maréchal ferrant qui s’est joué du diable à moult reprises durant sa vie. A sa mort, refoulé à la fois du Paradis et des Enfers, il s’est retrouvé à errer pour toujours entre les monde. Pour cela, il dut éclairer son chemin avec un charbon des enfers dans une lanterne. Il réapparaît tous les ans le jour de sa mort.

Jack-o-lantern-FR

Texto du matin : La Tarasque

Salutations !

Voici donc le premier texto du matin sur ce blog. En réalité, il ne s’agit pas du tout premier sms du matin, mais il s’agit d’un sujet que j’aime bien. Bien évidemment, puisque je suis limitée à trois fois 160 caractères par message (soit 480 pour ceux qui ne savent pas/ont la flemme de calculer), ces textos à thème s’égrènent souvent sur plusieurs jours.

Applaudissez bien fort la Tarasque !

La tarasque est un monstre issue du folklore provençal assimilé à une sorte de dragon fluvial. Dotée d’une crinière de lion, elle arbore également des oreilles de cheval et un visage de vieil homme ridé. De plus, elle dispose d’un long corps sinueux, prolongé d’une queue avec un dard de scorpion, de six pattes et d’une carapace de tortue. En bref, son aspect est encore plus patchworkesque que celui de la chimère huhu !
Cette charmante bestiole squatterait la rivière près de Tarascon, ville à laquelle elle aurait donné son nom. Plus exactement, elle vivait à l’origine sur le gros rocher surplombant la ville (où aurait été construit par la suite le château du Roi René). Mais elle se montrait une mauvaise voisine, et d’aucun lui reprochaient entre autre de faire gonfler les eaux du Rhône et de ses affluents, ou même de dévorer les gens. Ce qui est désagréable.
Un jour, Ste Marthe qui passait par là (le hasard fait bien les choses) se mit en tête de capturer la tarasque. Ainsi en fut-il fait, puis le monstre fut mis en pièces par les riverains, furieux des pertes causées.
Ce que je trouve intéressant à noter à propos de la tarasque, c’est qu’il en a été retrouvé des représentations bien plus anciennes que les dates rapportées par la légende (dates estimées où Ste Marthe serait passée par ce petit patelin). Ce qui me conduirait à penser, moi-personnellement-moi-même, que la tarasque est à l’origine un genre de divinité aquatique/fluviale locale dont le mythe a été absorbé lors de la christianisation du coin. On retrouve la même chose pour divers contes de par l’Europe occidentale, c’est un classique.
Pfiou ! J’ai dit trop de choses intelligentes d’un coup !

Petit rajout : Il y a quelques années, le mythe de la tarasque a été repris par Donjon et Dragon, où les auteurs l’ont appelée Tarrasque et en ont fait un monstre immortel et destructeur.

A bientôt pour un nouveau remaniement de texto du matin !

2005 Tarascon Beucaire 003