NaNoWriMo 2017 : À l’École de l’Autre Côté du Miroir, jour 4

Les cinq professeurs principaux allèrent se placer au fond de la salle, prêts à récupérer leurs élèves. Pendant ce temps, madame Dumoulin sortit un long parchemin d’un range-parchemins qui pendait à sa ceinture en compagnie d’un trousseau de clefs imposant et dune sacoche en cuir. Elle le déroula, le parcourant de ses yeux qui semblaient tout remarquer. « Abraham Thomas ! » Appela-t-elle.

Il s’agissait de l’un de ceux qui venaient du monde sans magie. Il se leva, peu sûr de lui, maudissant certainement son nom de famille qui commençait par un a et l’exposait souvent à être le premier appelé par les professeurs. Un souffle de vent parcourut l’assemblée, prit une forme immaculée en tournoyant derrière le directeur et la directrice, puis matérialisa les même volutes blanches que sur la tenture qui symbolisait l’Air. « Tu feras partie de la classe de l’Air ; tu peux rejoindre monsieur Limael. » Lui indiqua madame Dumoulin.

Alors que le dénommé Thomas récupérait son sac à dos et se dirigeait vers le professeur désigné, Cédric remarqua que tous les professeurs tenaient verticalement leurs mains devant eux, l’une en face de l’autre, et qu’au centre tournoyait l’élément qui leur était attribué. Il ne prit pas le temps d’admirer les tours de magie car madame Dumoulin appelait l’élève suivant sur sa liste.

« Bars Morrigane ! » Un boudin d’eau serpenta sur l’estrade pour dessiner le symbole de la bannière de l’Eau et madame Dumoulin envoya l’élève issue des Belles Gens rejoindre monsieur Tani au regard déconcertant. Elle appela ensuite Bellamy Mathis, qui fut assigné à la classe du feu, de même que Benaceur Wissem qui était la petite fille qui avait trébuché en émergeant du miroir.

Le tour de Cédric – Berger – arriva rapidement et il se trouva être le premier à rejoindre la classe du Brouillard. Il était un peu déçu de se retrouver avec le professeur principal qui avait l’air le plus sévère. Madame Verone lui adressa un bref signe de tête alors qu’il rejoignait son rang. Le garçon lui adressa un sourire timide et assista avec intérêt à la suite de la répartition.

Après quelques attributions dans les cinq classes, le tour de Stéphanie – Couture – arriva bientôt. Au soulagement de Cédric, elle vint prendre place à ses côtés. Ils se topèrent dans les mains pour se féliciter, mais discrètement afin de ne pas s’attirer de regard réprobateur de leur professeure principale. « J’espère que Valentine sera avec nous, chuchota Stéphanie. Et Jérémy aussi, il a l’air gentil. »

Comme pour répondre à son souhait, le symbole brumeux s’éleva lorsque le nom de Valentine Legrand fut appelé. Les deux filles se collèrent aussitôt l’une à l’autre, provoquant un roulement d’yeux chez Cédric. Il se demandait ce qu’elles avaient bien pu faire pendant les vacances qu’elles avaient passé au même endroit qui les avaient rendues aussi fusionnelles.

Les rangs grossissaient à vue d’œil et, dans chacun, les Belles Gens paraissaient rechigner à se mêler aux autres. La tâche était malaisée pour eux, puisqu’ils étaient largement en sous-nombre par rapport à tous les humains des deux côtés du miroir. Cédric scrutait ces fés du coin de l’œil. Ceux qui s’étaient retrouvés dans la classe de l’Air paraissaient ravis et cherchaient l’approbation du professeur Limael. Ce dernier ne leur prêtait aucune attention et paraissait toujours perdu dans ses pensées, à la grande déception de ses élèves fés.

Le garçon blond sursauta en entendant appeler le nom de « Pichereau Henry ! » qui fut assigné à la classe du feu, au soulagement de Cédric. Quelques noms plus tard, madame Dumoulin clama : « Rivière Jérémy ! » L’élément de la Terre s’éleva derrière les directeurs. « Oh non ! » S’exclama Jérémy avant de porter ses mains à sa bouche, car il avait parlé tout haut sans s’en rendre compte. Il rougit, puis se rendit tout de même auprès de madame Dupont avec qui il parut entamer, en chuchotant, un débat animé.

La répartition des collégiens prit fin et les cinq éléments disparurent comme ils avaient apparu. Les deux directeurs leur souhaitèrent une dernière fois de passer une année studieuse puis les cinq professeurs principaux emmenèrent chacun leurs élèves dans une salle de classe, après les avoir mis en rang.

Les salles de classes en question se trouvaient dans un autre bâtiment situé à quelques mètres de là. En sortant à l’extérieur, Cédric fut de nouveau frappé par la lourdeur de l’air, chargé d’énergie. Il remarqua que Valentine avait même du mal à respirer. Le ciel paraissait plus bleu aussi et les feuilles plus vertes. En marchant, ils dérangèrent de gros champignons colorés, qui s’écartèrent de leurs pas en poussant des petits bruits aigus et offusqués.

En regardant autour de lui, le garçon constata que le collège était composé de plusieurs édifices ressemblant à des châteaux disséminés dans un immense parc. Il n’eut pas le temps de voir jusqu’où s’étendait le parc car le bâtiment où les menait madame Verone bloquait son champ de vision. Il avait juste pu apercevoir une rivière dans laquelle s’ébattaient des animaux qu’il n’avait pas réussi à identifier.

Les lourdes portes en chêne s’ouvrirent sur un geste pour laisser entrer les élèves de sixième du Brouillard, qui étaient suivis par ceux de la Terre. La sévère madame Verone les fit entrer dans une salle de classe. Cédric n’en avait jamais vu de pareille. Tout le côté donnant vers l’extérieur était percé d’immenses fenêtres à meneaux qui s’étiraient du sol au plafond, situé à six mètres au-dessus d’eux. En guise de bureaux, ils disposaient de longues tables vernies et disposées en petit amphithéâtre.

Ses amies Stéphanie et Valentine paraissaient enchantées du cadre, tandis que leur camarades Belles Gens affichaient un air blasé étudié. Tous les élèves s’éparpillèrent pour s’installer dans la salle. Ceux qui venaient du monde non magique avaient l’impression de se retrouver dans un cinéma lumineux. Avec des bureaux. Cédric se retrouva assis à la gauche de son amie brune, tandis que la blonde était installée à sa droite.

En bas de l’amphithéâtre trônait un immense bureau en pierre sculptée à la mode gallo-romaine, qui devançait un gigantesque tableau. « Un peu de silence s’il vous plaît. » Comme prévu, madame Vérone n’avait pas besoin de crier pour obtenir ce qu’elle demandait. Tous se turent aussitôt. « Bien, déclara la femme au chignon strict en hochant la tête d’un air approbateur. Comme vous l’aurez compris, je suis madame Verone, votre professeur principal. Je serai aussi votre professeur d’Histoire et Géographie. Quant à vous, vous faites… »

Elle fut interrompue par quelqu’un qui frappait à la porte. Pinçant les lèvres, elle alla ouvrir pour voir qui la dérangeait ainsi. En voyant madame Dupont, toujours surmontée de son chapeau bucolique, madame Verone la laissa entrer. Elle était accompagnée de Jérémy qui en profita pour faire de grands signes à Cédric et ses amies. Il s’arrêta immédiatement, contrit, en constatant que la professeure principale du Brouillard était en train de le fusiller du regard.

Les deux femmes s’éloignèrent pour échanger quelques mots à voix basse. Lorsqu’elles eurent terminé leur bref conciliabule, madame Verone s’éclaircit la voix. « Avant de commencer, nous avons là un élève qui souhaiterait faire un échange avec la classe de la Terre. Est ce que ça intéresserait quelqu’un ici ? » Un brouhaha s’éleva dans la salle. Finalement, une fille leva la main. « Je veux bien échanger ! »

Elle récupéra son sac, se leva pour descendre de sa place et suivit madame Dupont à l’extérieur. « Très bien, déclara madame Verone. Rivière, vous pouvez… » Elle fit un arrêt en constatant que Jérémy était déjà installé à côté de Cédric. « Aller vous asseoir, termina-t-elle tout de même. Avant cette interruption, je disais donc que vous faites à présent partie de la classe du Brouillard. »

Elle se tut, le temps de faire s’élever quelques volutes de brume. « Tous les ans, des élèves issus du monde non magique me demandent en quoi le brouillard fait partie des Eléments primordiaux de la magie. C’est très simple : c’est l’Elément dont sont issus les quatre autres. Vous verrez tout cela plus précisément en cours, ne vous inquiétez pas. Nous sommes la première classe à aller chercher les fournitures scolaires, donc je n’ai pas le temps de m’étendre sur le sujet. Mais nous avons le temps pour quelques questions, si vous en avez. »

Les élèves échangèrent des regards. Ceux du monde sans magie, notamment, se disaient qu’ils avaient tout un tas de questions à poser, mais ils ne savaient pas par où commencer. Un garçon plus grand que la moyenne, qui faisait partie de ceux présents à la réunion à la mairie, leva la main. « Rappelez-moi votre nom ? Lui enjoignit madame Verone.
– Matéo Grièche, répondit docilement le garçon.
– Très bien monsieur Grièche, quelle est votre question ?
– Je voulais savoir si nous allions avoir une baguette magique. »

La professeure d’Histoire-Géographie pinça brièvement les lèvres. « Peut-être, répondit-elle. Vous allez avoir un catalyseur pour votre magie, ça c’est sûr, mais tous les magiciens n’utilisent pas une baguette comme catalyseur. Je sais que certaines idées sur la magie ont la vie dure de l’autre côté du miroir et cela a tendance à influer sur votre façon de l’appréhender. Essayez d’oublier tout cela ! Votre catalyseur dépendra de vous et non de vos idées reçues. »

Matéo hocha la tête et se le tint pour dit. « D’autres questions ? Proposa madame Verone. Non ? Très bien, dans ce cas je vous invite à vous mettre en rang devant la porte et nous nous rendrons à la réserve pour aller chercher vos fournitures. » Les élèves obéirent immédiatement, et descendirent de l’amphithéâtre dans un joyeux tapage.

« Moi je voudrais un bourdon comme catalyseur, décréta Jérémy.
– Un bourdon comme l’insecte ? S’enquit Stéphanie.
– Non, comme le bâton d’archimage, expliqua fièrement le garçon enthousiaste. Ou alors, peut-être que ça serait mieux si j’avais un catalyseur discret, comme un bout de ficelle ou un dé. Mmmh, peut-être pas un dé, je risquerai de le perdre. Et puis la ficelle risquerait d’être jetée par inadvertance. Ohlàlà c’est trop dur de choisir ! »

Les trois autres échangèrent des regards perplexes. « C’est nous qui choisissons notre catalyseur ? Demanda Valentine.
– Non, lui apprit Jérémy. Mais ça fait des années que j’essaie d’imaginer ce que ça sera ! » Malgré que les trois originaires du monde sans magie avaient moult questions pour leur enthousiaste compagnons, ils durent se taire suite à une remarque sèche de madame Verone.

Elle leur fit quitter le bâtiment et traverser une partie du parc en direction d’une petite longère en contrebas. Ils dérangèrent d’autres gros champignons colorés, qui faisaient beaucoup rire Valentine et Stéphanie, et passèrent à côté de la rivière où de petits animaux étaient toujours en train de jouer. « Qu’est ce que c’est que ces machins là ? S’enquit Cédric.
– Ce sont des loutres ! S’exclama son amie brune avec un rire ravi.
– Laissez les loutres tranquilles et continuez. » Intervint madame Verone, car d’autres élèves s’approchaient des petits animaux pour essayer de les caresser.

En arrivant près de la longère, Cédric se demanda comment ils allaient tous pouvoir entrer à l’intérieur. Comme l’avait dit Stéphanie, ils étaient [insérer le nombre adéquat ici et le faire dire à Stéphanie à un moment] et cela paraissait être un bien grand nombre pour tenir dans une si petite réserve, estimait-il. « Tu penses qu’elle va tous nous faire entrer en même temps ? Demanda-t-il à Jérémy.
– Je ne sais pas, avoua celui-ci. Mais ne te fie pas à la taille du bâtiment ! Quand j’étais petit, la cantine avait l’air d’un placard vu de l’extérieur, mais c’était une vraie cantine où tous les élèves pouvaient manger en même temps. »

Le garçon brun du monde magique avait une bonne suggestion du point de vue de Cédric, mais madame Verone les prévint qu’ils ne pourraient y entrer que par groupe de cinq au maximum. Jérémy, Valentine, Stéphanie et Cédric furent rejoints par Matéo, qui avait voulu se regrouper avec un groupe de quatre Belles Gens mais n’avait pas été accepté. La professeure d’Histoire-Géographie envoya un premier groupe dans la longère.

Une fois que la porte se fut refermée sur eux, elle appela le groupe de Cédric. « Déjà ? Lâcha celui-ci sans se rendre compte qu’il avait parlé tout haut.
– Et oui, confirma madame Verone avec un imperceptible sourire en coin. Entrez donc. » Et elle leur ouvrit la porte pour les pousser à l’intérieur.

En entrant, ils ne virent pas de signe du groupe précédent. Ils n’eurent pas le temps de s’en étonner qu’une magicienne enveloppée leur souhaita la bienvenue, avec un sourire maternel, de derrière un comptoir en pierres surmonté d’une planche de bois polie. Etant donné la petitesse des fenêtres, il aurait dû faire sombre dans la pièce, mais des boules lumineuses flottaient partout, éclairant le tout d’une douce luminosité.

Et, finalement, l’intérieur était aussi beaucoup plus spacieux que ce qu’il semblait de l’extérieur, comme l’avait suggéré Jérémy. Plus spacieux et particulièrement encombré de tout un tas d’objets divers et variés qui allaient du gigantesque chaudron d’apparat à la plume de colibri en passant par tout ce qui était imaginable. Les quatre enfants issus du monde sans magie étaient ébahis.

« Je suppose que vous êtes là pour vos fournitures scolaires, leur dit la responsable des lieux en leur lançant un regard amusé.
– Oui, acquiesça Cédric pendant les autres confirmaient d’un hochement de tête. Où sont les autres ?
– Les autres ? Répéta la bonne femme. Oh, oui, ils doivent être dans les autres étages de la réserve. Nous disposons de cinq étages ! [à vérifier plus tard] Mais ne tardons pas, nous avons beaucoup de choses à voir ensemble. »

Elle alla fourrager dans un coin de la pièce et leur amena cinq petits chaudrons en marmonnant pour elle-même « … de vingt centimètres pour les devoirs… Et puis les petites louches en cuivre qui vont avec… Un assortiment d’herbes et de composants pour débutant chacun, et le produit d’entretien aussi… » Elle leur amena également des petites balances et de minuscules couteaux d’argent « Uniquement pour les préparations magiques, attention ! Ce ne sont pas de simples couteaux, alors prenez garde ! »

Une fois assurée qu’ils avaient compris sa mise en garde, elle leur donna aussi de petites lots de fioles « Attention, c’est fragile, ne les sortez pas de leur compartiment sauf si un professeur vous le demande ! » Ce qu’elle leur répéta en leur donnant de petites boules de cristal. La magicienne continua avec une collection de grimoires pleins de connaissances et de parchemins vierges, des plumes pour écrire avec leurs encriers et tellement d’autres objets que les enfants impressionnés se demandaient comment ils allaient pouvoir transporter tout ce fourbi.

Comme pour répondre à leur question informulée, la responsable des lieux leur apporta de grandes besaces en cuir à porter en bandoulière. Un grand symbole du Brouillard ornait les rabats des sacs. « Tout le monde les utilise maintenant, mais ces sacs sont des bijoux de magie ! Vous pouvez mettre trois fois le volume apparent à l’intérieur et ils ne pèseront pas plus lourd, leur expliqua-t-elle. En revanche, votre chaudron risque d’être trop encombrant. Il vaut mieux le fixer à l’extérieur. » Joignant le geste à la parole, elle leur montra comment fixer la anse du chaudron à la lanière du sac.

« Maintenant, le plus important pour votre vie de magiciens ! Les catalyseurs de magie ! »

 

2553 mots pour aujourd’hui. Ça fait peu pour un week end, mais c’était long de déterminer des noms !

Une loutre sur une boutre

Une loutre de rivière s’embarqua un beau jour sur une boutre à la figure de proue en forme de tête de loutre. Elle comptait ainsi visiter les contrées d’outre-mer et saluer au passage ses congénères loutres de mer. Aventureuse, elle s’était accoutrée de seulement sa fourrure de loutre imperméable à l’humidité.

Rapidement, elle trouva les tourtes du cuisinier de la boutre bien fades et s’en trouva outrée. Outrepassant les limites de sa fonction de matelote, la loutre plongea pour ramener poissons, coquillages et crustacés pour améliorer le goût des tourtes. Le capitaine de la boutre, outré à son tour, voulut la tancer pour son outrecuidance mais, ayant goûté aux tourtes, il fit plutôt preuve de clémence.

Ils parvinrent bientôt dans une contrée lointaine où les habitants vivaient dans des yourtes outremer en mangeant principalement du yaourt. Mais l’équipage de la boutre les habitants des yourtes ne s’entendirent pas et commencèrent à en venir aux mains. Courte sur pattes, la loutre passait inaperçue et décida de se contrefoutre des disputes entre humains.

Elle préféra visiter les yourtes vidées de leurs hargneux propriétaires. Goûtant les yaourts indigènes qui étaient conservés dans des outres, elle les trouva fort bons. N’étant pas avare d’outrecuidance, elle en emporta sur la boutre autant qu’elle en fut capable. La loutre songeait déjà à quelle recettes de tourtes au yaourt elle allait pouvoir commander au cuisinier.

Si elle voulait pouvoir continuer son voyage outre-mer sur la mer outremer tout en mangeant des tourtes au yaourt, la loutre devait trouver un moyen de récupérer l’équipage qui se disputait avec les habitants des yourtes. Avisant les fines poutres qui soutenaient les yourtes outremers, elle les fit choir et les yourtes s’effondrèrent sur elles-mêmes.

Paniqués pour leurs yourtes qui s’étaient subitement désagrégées, leur habitants accoutrés de peaux écourtèrent le combat, et délaissèrent l’équipage qui avait eu l’outrecuidance de d’outrepasser les limites de leur rivage. Les marins, grâce à la loutre qui avait volé les outres de yaourt, purent remonter sur la boutre et mettre les voiles.

Ils félicitèrent la matelote courte sur pattes et, tout en continuant de voguer sur les flots outremers, ils lui préparèrent toutes les tourtes au yaourt qu’elle désirait.

 

loutreenbateau