NaNoWriMo 2017 : À l’École de l’Autre Côté du Miroir, jour 20

Les trois collégiens se glissèrent entre les ruines de la petite ville abandonnée. Cédric envoya quelques volutes de brume pour sonder le terrain de la tour abandonnée sur la colline pelée. Aucune vibration ne lui parvint, il en conclut qu’ils étaient seuls dans les environs. Valentine gardait trois de ses cartes en lévitation autour d’eux pour surveiller les environs immédiats.

Ils avaient tous les trois le cœur battant en arrivant en haut de la colline. Ils firent d’abord le tour de l’édifice. Les murs du rez de chaussée étaient pratiquement entiers. Certains pans s’élevaient jusqu’à un troisième étage mais, s’il devait y en avoir plus, le reste avait disparu. L’entrée principale était béante ; la double porte en bois avait disparu depuis bien longtemps. A l’intérieur tout était sombre malgré les ouvertures et les enfants trouvèrent que c’était intimidant.

Jérémy rendit son Mollasson luminescent et l’envoya ramper dans la bâtisse, comme une grosse limace brillante. Le catalyseur illumina la pièce d’une douce lueur verte. Après un dernier échange de regards, ils prirent une grande inspiration et pénétrèrent dans la tour en ruines. Il n’y avait pas grand chose d’autre que de la poussière dans la grande pièce qui tenait tout le rez de chaussée du bâtiment.

Ils en firent prudemment le tour, marchant le plus silencieusement possible. La lumière verte de Mollasson donnait un côté surnaturel à la salle circulaire. Ce fut Cédric qui trouva la trappe, en trébuchant dessus. Elle était ensorcelée et il fallait pratiquement se tenir dessus pour pouvoir la voir. Dès que l’on s’éloignait, elle devenait invisible, se faisant passer pour un pan de mur.

A la fois enthousiastes à l’idée de l’exploration et angoissés à l’idée de ce qu’ils risquaient de trouver dessous, ils prirent plusieurs inspirations avant d’ouvrir la trappe. Une échelle en descendait et le couloir, au bout, était éclairé par de grosses sphères qui flottaient paresseusement. Jérémy fit tomber Mollasson au fond du trou et entreprit de le suivre grâce à l’échelle. Elle paraissait solide et plus récente que la tour en ruines. Ses amis le suivirent de près et Cédric, le dernier, referma la trappe sur eux.

Dans le couloir illuminé de la lueur blafarde des sphères en suspension, les trois collégiens se sentaient très exposés. Ne voulant pas s’attarder, ils s’avancèrent, tout en restant le plus silencieux possible. Valentine envoya des cartes en avant pour sonder les couloirs. Au premier embranchement, la question se posa de savoir dans quel couloir continuer. Cédric et Jérémy se tournèrent vers leur amie qui, ayant laissé une de ses précieuses cartes sur Stéphanie, était la plus à même de savoir quelle direction il fallait prendre.

Valentine acquiesça, se concentra un instant et une carte qui virevoltait autour d’elle leur indiqua le couloir de droite. Il s’ouvrit presque aussitôt sur un espace plus grand, dont les murs étaient percés de cellules fermées par des grilles en fer. Et, étendue sur une paillasse sommaire, se trouvait Stéphanie, inconsciente. Les trois se précipitèrent vers la prison et appelèrent leur amie pour la réveiller, mais en chuchotant pour faire le moins de bruit possible.

La fillette brune n’ouvrit pas les yeux et sa loutre, allongée sur son ventre, était toute aussi inerte.

 

534 minuscules mots pour aujourd’hui. On va dire que je me rattraperai demain !

NaNoWriMo 2017 : À l’École de l’Autre Côté du Miroir, jour 19

Un peu surpris de voir une bande de jeunes de onze ans aussi silencieux, le père de Jérémy fit la conversation tout seul. « Vous avez l’air fatigués de votre semaine les enfants. J’espère que votre copine malade ne vous a pas transmis ses microbes ! Pour le moment, ici, personne n’est malade. Remarque, je ne sais pas trop pour Isabelle ; ça fait plusieurs jours qu’elle est chez vous, dans le monde sans magie. » Et il continua ainsi, à raconter les nouvelles de la ferme et de ses habitants, jusqu’à la fin du trajet.

Une fois dans la chambre de Jérémy, à l’abri des regards et des oreilles, les trois amis commencèrent à mettre leur plan en œuvre. Valentine commença à catalyser la magie de ses cartes, Cédric sortit des ingrédients pour le sortilège de localisation et Jérémy amena un plan des environs et les ingrédients qu’il leur manquait. Ils vérifièrent plusieurs fois qu’ils disposaient bien de tout ce dont ils avaient besoin.

« J’espère qu’ils ne sont pas très loin, déclara-t-il. Sinon il faudra que j’aille chercher une carte plus grande.
– Comment ça se fait que ta carte n’ait pas réussi à aider Stéphanie comme elle m’a aidé moi ? S’enquit Cédric à l’intention de Valentine.
– Stéphanie doit être incapable de pratiquer la magie, supposa la fillette blonde. Elle est peut-être inconsciente, comme ta Liselle.
– Ce n’est pas ma Liselle. » Grommela le garçon blond qui était un peu vexé de s’être fait avoir par la lycéenne.

Jérémy tapota l’épaule de son ami d’un air compatissant et tous trois se mirent au travail. Valentine continuait de se concentrer sur la carte qu’elle avait collé sur Stéphanie. Pendant ce temps, les deux garçons élaboraient une poudre très fine, qu’ils éparpillèrent sur la carte de la région que Jérémy avait apportée. Cela leur prit longtemps et, lorsqu’ils eurent terminé, la fillette blonde tendit la main et glissa sa magie sur les fines particules qui recouvrait la carte. Puis elle commença à réciter le sortilège.

La poudre se mit à danser en volutes au-dessus de la carte. Tant que Valentine récitait, les particules continuaient à tourner et virevolter, faisant tout le tour du plan. Elles finirent par se diriger vers un endroit en particulier, remontèrent en chandelle avant de retomber sur la carte. Les deux garçons, qui avaient retenu leur souffle jusque là, le relâchèrent, soulagés de voir un résultat. La poudre s’était étalée en un cercle, avec plus de particules en son centre et de moins en moins en s’en éloignant.

« Elle se trouve au milieu ? S’enquit Cédric.
– C’est l’endroit où il est le plus probable qu’elle se trouve, précisa Valentine. Elle peut être à n’importe quel endroit du cercle, il y a juste plus de probabilité qu’elle soit là où la poudre est la plus dense.
– D’accord, acquiesça le garçon. Jérémy, tu connais cet endroit ?
– Mmmh oui, je connais ça. Ca s’appelle la Colline Pelée, parce que rien n’y pousse. Mais ce n’est pas un endroit très apprécié : il parait qu’il est hanté.
– Je parie qu’il est juste hanté par la Confrérie des Cinq Eléments, lâcha Cédric.
– Je pense aussi, approuva Valentine.
– Moui, j’espère que vous avez raison. » Jérémy ne paraissait pas entièrement convaincu, mais il avait confiance en le jugement de ses amis.

« C’est loin d’ici ? Demanda Valentine.
– Je dirais qu’il nous faudra bien une heure pour y aller, estima Jérémy en leur montrant sur la carte l’endroit où se trouvait sa ferme. Et il faudra faire attention aux loups.
– Mmmh, j’espère que les loups ne seront pas un problème, soupira Cédric. On aura suffisamment de choses à gérer comme ça… »
Les deux autres approuvèrent silencieusement. « J’aimerais bien qu’on soit mieux préparés, aussi, ajouta Valentine. On a pas eu le temps de faire beaucoup de potions ou de choses comme ça.
– Si on se débrouille bien, on aura besoin de rien à part notre magie, rappela Cédric car ils en avaient parlé lorsqu’ils élaboraient un énième plan d’action dans la journée. Ils ne devraient même pas se rendre compte de notre présence.
– Je préfèrerais. » Précisa Jérémy.

Ils restèrent tous les trois sans parler pendant un petit moment, jusqu’à ce que Cédric demande : « Bon. On fait ça avant ou après manger ?
– Si on y va après manger, je doute que papa nous laisse sortir dehors tous seuls avec les loups et tout, argumenta Jérémy.
– Avant ça va être beaucoup trop juste s’il nous faut une heure pour y aller et en revenir, pointa Valentine.
– Oui, acquiesça Cédric. Surtout qu’on ne sait pas combien de temps ça va nous prendre sur place.
– C’est vrai, capitula Jérémy en se grattant la tête. On va trouver un moyen de sortir sans qu’il ne s’en rende compte. Et, au fait, quand vas-tu dire à Hildegarde où se trouve Stéphanie ? »

Cédric avait momentanément oublié qu’il devait contacter la maîtresse du brouillard pour lui rapporter le lieu où se trouvait la Confrérie des Cinq Eléments. « Je devrais le faire maintenant vous pensez ? Demanda-t-il.
– Pourquoi attendre ? S’enquit Valentine.
– Oui, tu as raison, acquiesça Cédric. Je vais le faire maintenant. »
Il s’assit en tailleur sur le sol encombré de la chambre de Jérémy et ferma les yeux. « Ah ! Enfin ! S’exclama Hildegarde.
– Ca nous a pris du temps de rentrer chez Jérémy après les cours et de mettre en place la localisation, se justifia le garçon en regardant le jardin brumeux tout autour de lui.
– Je me doute bien. Alors, sais-tu où elle se trouve ? »

Cédric lui expliqua que le centre donné par le sort de localisation se trouvait sur la Colline Pelée et décrivit rapidement ce qui se trouvait autour selon la carte. « Oui oui, je connais cet endroit, lui dit Hildegarde. Je suis seulement surprise de savoir qu’ils ont emmené ton amie là-bas.
– Ah bon ? Pourquoi ?
– Parce qu’il s’agissait de l’un de leurs anciens repaires. Je ne trouve pas cela très discret de leur part de s’installer de nouveau à cet endroit. Mais bon, puisque personne ne les y a trouvé jusqu’ici, avaient-ils vraiment tort ? »

Le garçon haussa les épaules ; il n’avait pas d’avis sur la question. « Bon, très bien jeune homme. Grâce à tes informations, nous allons pouvoir intervenir. Tu peux retourner chez ton ami, nous nous occupons de tout ! Je te tiendrai au courant. En tous cas, tu peux être fier de toi ! » Cédric sourit sous le compliment. Pour lui, c’était surtout Valentine et ses cartes qu’il fallait remercier. Il admettait tout de même qu’ils avaient fait un beau travail d’équipe, surtout contre Liselle.

« Oh ! Au fait ! S’exclama-t-il. Cet après-midi, Jérémy, Valentine et moi, on a attrapé la maîtresse de l’air de la Confrérie des Cinq Eléments.
– Quoi ?
– Oui, elle s’appelle Liselle et elle a essayé de m’enlever. Et je me suis défendu et Jérémy et Valentine sont arrivés à ma rescousse.
– Et… Non… Vous avez réussi ça juste à vous trois ? S’étonna Hildegarde.
– Oui oui ! Mes amis l’ont eue par surprise alors qu’elle s’attaquait à moi.
– Qu’en avez-vous fait ?
– Nous l’avons endormie avec une potion de sommeil, expliqua Cédric et nous l’avons enfermée dans un placard dans la salle du miroir à l’école.
– Très bien, le félicita la maîtresse du brouillard. Vous m’impressionnez tes amis et toi ! Je prends note et je vais envoyer quelqu’un récupérer la petite maîtresse de l’air. »

Hildegarde considéra pensivement le garçon blond qui lui faisait face. Il avait su s’entourer de jeunes magiciens doués, en plus d’être efficace lui-même. Elle voyait aussi sa mine déterminée : elle espéra qu’il écouterait et qu’il n’irait pas se mettre bêtement en danger. Elle lui souhaita de passer une bonne soirée et Cédric ouvrit les yeux dans la chambre de Jérémy.

« Alors ? S’enquit celui-ci.
– C’est bon, ils vont récupérer Liselle et aller intervenir sur la Colline Pelée, expliqua la garçon blond.
– A ce propos, reprit Jérémy. J’ai une idée de comment nous rendre là-bas sans y passer des heures. Et Valentine est d’accord.
– Ah bon ? Et comment ? Demanda avidement Cédric pendant que la fillette blonde souriait.
– Et bien on est dans une ferme qui dispose de griffons, d’hippogriffes, de pégases et autres créatures qui volent, exposa son ami brun. Et en volant, on peut gagner beaucoup de temps !
– Tu veux dire qu’on peut aller aider Stéphanie maintenant ? » Vérifia Cédric.

Ses deux amis hochèrent vivement la tête, l’air ravis. « Et vous êtes toujours d’accord pour y aller alors qu’Hildegarde et d’autres magiciens vont se rendre sur place aussi ?
– Oui, déclara Valentine d’un air déterminé. Je veux absolument y aller.
– Au pire, on s’arrangera pour ne pas rester dans leurs pattes, ajouta Jérémy.
– Parfait ! Allons-y alors ! » S’exclama Cédric en levant les bras.

Les deux autres lui prirent chacun un bras pour l’aider à se relever. Puis, ils descendirent au rez-de-chaussée et Jérémy demanda à son père s’ils pouvaient aller voir les animaux et essayer un griffon ou un pégase. Monsieur Rivière accepta, à la condition qu’il vienne lui-même leur expliquer les règles de sécurité. Lorsqu’un cavalier prenait de l’altitude, les chutes devenaient plus risquées.

Il les accompagna donc dans l’étable et leur demanda ce qu’ils voulaient chevaucher. Valentine choisit un hippogriffe, Jérémy un griffon et Cédric un pégase. Le père de la famille Rivière leur expliqua comment s’occuper de leur monture avant de la seller. Puis il leur montra comment se fixer à la selle pour ne pas tomber lorsqu’ils s’envoleraient et comment régler les lunettes de vol pour ne pas prendre le vent dans les yeux.

Ensuite, il leur apprit à diriger chacun des animaux – qu’il avait sélectionné dociles – et leur fit faire des essais. Une fois satisfait de leur performance, il les autorisa à aller faire une promenade aérienne et leur recommanda de faire très attention aux loups s’ils décidaient de se poser quelque part. Après les dernières dizaines de recommandations et après leur avoir bien répété de rentrer pour dîner, les trois collégiens s’envolèrent.

Ils furent tous rapidement grisés par la vitesse et l’altitude. Cédric était soulagé d’être fixé à la selle : il ne pensait pas qu’il aurait été capable de tenir sur son pégase sinon. Valentine se tenait fermement à la selle de son hippogriffe et Jérémy, voulant montrer qu’il était à l’aise sur une monture volante, sortit la carte qu’ils avaient prise. Il l’étala sur la large encolure de son griffon pour éviter qu’elle ne s’envole ou ne se déchire sous la pression du vent.

« Il ne nous faudra pas très longtemps pour arriver à la Colline Pelée, cria-t-il à ses amis. Elle est par là, on la voit déjà au loin ! » En effet, une colline surmontée de ruines se détachait des autres par son manque de végétation. Personne ne savait vraiment ce qu’il s’était passé là, mais il existait beaucoup de légendes autour de la Colline Pelée. Jérémy leur avait promis qu’il leur raconterait à leur retour.

« Il faudra se poser un peu plus loin, lança à son tour Valentine. On va manquer de discrétion sinon.
– C’est vrai, approuva Cédric. Est ce qu’on peut se poser dans les ruines de la colline d’à côté ?
– Je pense oui ! » Répondit Jérémy.

En réalité, il n’en savait rien, mais il se disait que c’était une bonne idée de se cacher, et se dissimuler dans les ruines lui paraissait aussi bien qu’ailleurs. Au bout de quelques minutes, Jérémy leur fit perdre un peu d’altitude en direction des ruines qu’ils avaient repérées. Ils se posèrent presque sans mal – l’atterrissage était toujours une affaire un peu compliquée avec des animaux volants – et mirent pied à terre.

« Très bien, chuchota Jérémy. Attachons-les ici. » Les deux autres obéirent et suivirent leur ami qui dirigeait son griffon dans une sorte d’enclos formé par quatre murs en ruines. Il y avait encore un vieil anneau rouillé fixé à un pan de mur ; il y attachèrent leurs montures.

« Maintenant que nous sommes là, reprit Jérémy, quelle est la suite du plan ? Je veux dire, je sais qu’on va entrer dans le repaire de la Confrérie des Cinq Eléments, mais je demandais comment ?
– Je propose qu’on se rende sur la Colline Pelée et qu’on y inspecte les ruines. L’entrée doit sûrement être par là, suggéra Cédric.
– C’est un peu risqué, non ? Commenta Valentine.
– Je sais, avoua le garçon blond. Mais je ne vois pas quoi faire d’autre et j’ai peut-être une solution pour nous cacher si jamais quelqu’un approche.
– Quelle solution ? S’enquit curieusement la fillette.
– Ca fait quelques temps que je travaille sur les illusions qu’on peut faire avec la brume, comme Hildegarde m’a appris. Avec ça, je peux nous rendre invisible si jamais on est proches et que je n’ai pas à le maintenir longtemps.
– Wahou ! C’est impressionnant ! S’enthousiasma Jérémy. Ca me va dans ce cas, faisons comme ça ! »

 

2192 mots pour ce dimanche. Et l’histoire va beaucoup trop vite ! Il va me manquer des mots à la fin pour atteindre les 50 000, heureusement que j’ai plein de choses à rajouter dans ce roman !

NaNoWriMo 2017 : À l’École de l’Autre Côté du Miroir, jour 18

En début d’après-midi, Cédric se rendit dans le parc de l’établissement tout seul. Jérémy et Valentine s’étaient rendus au CDI pour chercher précisément comment fonctionnait le sortilège de localisation, mais lui n’avait pas la tête aux recherches. Il s’attarda un moment près des loutres pour les regarder batifoler dans l’eau hivernale. Après quelques instants, il se demanda comment elles faisaient pour ne pas avoir froid. [à changer si l’action se fait décaler]

« Tu as l’air bien morose. » Constata une voix. Il s’agissait de la lycéenne blonde avec qui Cédric avait tissé des liens depuis halloween. Elle s’assit auprès de lui et reprit : « Qu’est ce qui te tracasse ? » Le garçon soupira et changea de position, ce qui fit fuir les gros champignons colorés qui étaient venus se regrouper autour de lui, rassurés par son immobilité. « Allez, raconte-moi et ça ira mieux après, tu verras. » Argumenta-t-elle avec un ton enjôleur.

Cédric chercha ses mots un bref instant, puis lui expliqua : « J’ai une amie à moi qui s’est faite agresser hier. Et j’étais là, mais je n’ai rien pu faire…
– Oh, c’est terrible ça, compatit la lycéenne blonde. Et toi ça va ? Tu n’as rien ?
– Ca va, ça va. Mais je suis plutôt en colère contre les gens qui ont fait ça.
– Ils vous ont dit pourquoi ils avaient fait ça ?
– Ils veulent changer le monde, quelque chose comme ça… Eluda Cédric. Mais ce n’est pas une raison pour agresser les enfants. »

Le garçon se renfrogna de nouveau et s’emmura dans son silence. La jeune fille à côté de lui paraissait ne pas savoir quoi dire. Elle jeta quelques petits cailloux pour taquiner les loutres, restant elle aussi silencieuse. Puis elle reprit la parole : « Tu sais, des fois les gens peuvent faire des choses qui paraissent terribles, mais pour que tout aille mieux après.
– Ils ont clairement dépassé la limite ! » S’emporta Cédric qui s’inquiétait beaucoup pour son amie de toujours.

Il trouvait la phrase de la lycéenne bizarre. Cela l’irritait, et il se sentait déjà très énervé. « Je préfèrerais qu’on change de sujet, bougonna-t-il.
– D’accord, si tu veux, acquiesça la jeune fille en haussant les épaules. De quoi tu as envie de parler ?
– Je ne sais pas trop… Comment tu t’appelles déjà ? Tu ne me l’as jamais dit.
– Liselle. Je m’appelle Liselle.
– C’est joli comme prénom. » Commenta Cédric.

Le garçon s’apprêtait à dire qu’il n’avait jamais entendu personne s’appeler ainsi. Sauf qu’il avait déjà entendu ce prénom et il réfléchissait à où. « Merci, lança Liselle. C’est gentil. Tu es un garçon gentil, c’est pour ça que tu t’inquiètes autant pour ton amie qui a été enlevée.
– Mmhmm. » Emit Cédric.
Il se figea. Lui avait-il dit que Stéphanie avait été enlevée ? Il était persuadé d’avoir dit qu’elle avait été agressée. Il essaya de se souvenir de la conversation. « Je n’ai pas dit qu’elle avait été enlevée, précisa-t-il.
– Ah ? Oh, et bien j’ai du mal comprendre, se justifia Liselle. Et si on marchait ? Je vais finir par devenir un vrai glaçon.
– D’accord. »

Ils se levèrent tous les deux et commencèrent à marcher ensemble, remontant doucement le parc en direction de l’entrée du collège. Cédric ne pouvait pas s’empêcher d’avoir des doutes à propos de Liselle. Il savait que Stéphanie n’aurait pas laissé passer ce genre de détail et il s’efforçait à faire de même. C’est alors qu’il se souvint où il avait entendu ce prénom de Liselle. Il s’immobilisa soudainement en réalisant que Liselle était la personne à qui s’était adressé le maître du feu de la Confrérie des Cinq Eléments lors de son rêve. Cédric se souvint que Liselle avait été félicitée d’avoir révélé que Hildegarde était toujours en vie.

« Quel est ton catalyseur au fait ? S’enquit le garçon d’un ton qu’il espérait détaché. Je ne l’ai jamais vu.
– C’est normal, répondit la jeune fille en souriant. Il est invisible.
– Ah bon ?
– Oui, j’ai un catalyseur de l’air. »

Cédric ressentit une pression tout autour de lui. Il voulut parler, mais aucun son ne sortit de sa bouche. « J’ai l’impression que tu ne me fais plus confiance, déplora la lycéenne. Mais ce n’est pas grave, tu viens de me donner l’opportunité de t’emmener aux autres. » Le garçon constata qu’ils se trouvaient juste à côté de la sortie et que, à cette heure où personne n’était sensé sortir, il ne se trouvait pas âme qui vive. Il essaya de se débattre, mais l’air autour de lui le pressait trop fort : le garçon pouvait à peine respirer.

« Si ça peut te rassurer, lui mentionna Liselle en s’employant à déverrouiller la porte de l’établissement, dès que je t’aurai ramené chez nous, nous relâcherons ton amie. Elle était juste un garantie, au cas où je n’arrive pas à trouver un moment où tu serais suffisamment longtemps tout seul. C’était tellement difficile de t’isoler discrètement ! D’ailleurs, je suppose que si ton amie n’avait pas été enlevée, je n’aurais pas eu l’occasion de t’emmener jusqu’ici. Elle ne te laissait jamais longtemps hors de sa vue comme… Comme une maman loutre en fait. »

Pendant que Liselle monologuait, Cédric avait réussi à catalyser suffisamment de magie pour que sa brume imprime une pression inverse sur l’air pour le repousser. Ses cours de défense magique n’avaient pas été vains. Au même moment, un rectangle se mit à briller sur sa poitrine : il s’agissait que la carte que Valentine lui avait attribuée. Lorsqu’il put enfin mieux respirer, ce fut plus facile pour lui de se concentrer pour se dégager de sa prison d’air.

« Tranche. » Murmura-t-il à la carte en se concentrant sur sa prison d’air. Comme il ne la voyait pas, il n’était pas certain que cela fonctionnerait, mais la carte fila là où il lui avait dit, tranchant de haut en bas. Liselle tourna brusquement son attention vers lui. Elle avait ouvert la porte et perçu le déchirement de son sortilège. La lycéenne se mit aussitôt en position pour attaquer Cédric.

Il avait catalysé suffisamment de magie pour se défendre un moment. Liselle était plus puissante et expérimentée que lui, mais il n’avait pas à tenir très longtemps. La carte de Valentine était toujours là, voletant autour de lui, servant parfois de bouclier. Et, surtout, elle avait prévenu sa maîtresse. Jérémy et elle arriveraient bientôt, il en était certain. Il avait juste à faire de son mieux en attendant. A trois, ils s’en sortiraient face à une lycéenne, songeait-il. Le fait qu’elle faisait partie d’un groupe de magiciens d’élite ne l’effleura pas.

La surprise de voir le garçon s’échapper de sa prison d’air aida beaucoup Cédric. Il profita que Liselle soit décontenancée pour catalyser un fouet d’eau qui se jeta aussitôt sur la jeune fille, s’enroulant autour de son poignet. Elle tendit son index de l’autre main sur l’eau, coupant le fouet en deux, et riposta aussitôt en envoyant une puissante rafale qui poussa le collégien en arrière, le faisant chuter sur les fesses un peu plus loin. Il poussa un grognement en tombant.

Liselle ne s’arrêta pas là et voulut capturer de nouveau sa proie dans une prison d’air. Cédric lui jeta une boule de terre en plein dans le visage, l’empêchant de l’enfermer une nouvelle fois. Monsieur Apowain avait toujours dit que garder les choses simples permettait de catalyser la magie plus rapidement pendant un affrontement. Il tentait d’appliquer ces conseils de son mieux.

Il alternait des attaques et des défenses des cinq éléments le plus rapidement qu’il pouvait. Catalyser la magie devenait de plus en plus difficile pour lui, contrairement à Liselle. Elle n’avait pas sa magie bridée, elle. Ce combat commençait à énerver la jeune fille : elle n’aimait pas être mise en difficulté par un simple collégien. Elle mettait de plus en plus de puissance dans ses attaques et prenait de moins en moins de gants. Cédric était à présent perclus d’entailles et d’estafilades ; Liselle savait comment rendre l’air tranchant.

Une sorte de griffon de la taille d’un gros chien se jeta soudain sur la lycéenne. Ils roulèrent tous deux à terre. Des cartes se plantèrent tout autour d’elle, la recouvrant d’un filet dont chacun des nœuds était l’une des cartes. Le griffon se changea en liane qui bâillonna et ligota la jeune fille.

« C’est qui cette folle qui t’attaque ? Lança Jérémy.
– C’est celle de l’air, de la Confrérie des Cinq Eléments ! » S’écria Cédric en réponse. Valentine se précipita alors vers la maîtresse de l’air à terre et, sortant une fiole de sa sacoche de ceinture, elle fit glisser le contenu dans la bouche de Liselle. La liane laissa un trou à cet effet. La lycéenne poussa des grognements en guise de désapprobation et perdit connaissance.

Jérémy s’approcha ensuite de Cédric. Inquiet de le voir tout égratigné, il lui demanda : « Ca va ? On a mis du temps à arriver, désolé…
– Oh ça va, lui assura son ami blond en grimaçant de douleur. Tu n’as pas à être désolé, vous êtes arrivés à pic !
– Ouf ! Même sans Stéphanie, on a réussi à l’immobiliser, se réjouit Valentine. Bravo Jérémy, c’était fort de jouer son rôle et le tien à la fois !
– Merci, s’illumina le garçon. Combien de temps la potion de sommeil fera-t-elle effet ?
– Quarante huit heures, répondit la fillette.
– J’en parlerai à Hildegarde ce soir, déclara Cédric, en même temps que je lui dirai où se trouve Stéphanie.
– C’est très bien tout ça, intervint Jérémy, mais qu’est ce qu’on va faire d’elle ? On ne peut pas la laisser là… »
Les trois amis réfléchirent un instant à la question. « Il y a une estrade dans la salle du miroir. Peut-être qu’on pourrait la cacher dessous, suggéra Cédric.
– Je n’ai pas de meilleure idée, avoua son ami brun.
– En plus, il ne faut pas traîner, appuya Valentine. Emmenons la là-bas avant que quelqu’un n’arrive. »

Ils transportèrent la maîtresse de l’air inconsciente jusqu’à la salle du miroir. A cette heure là, il était fermé par les grosses doubles portes et personne ne se trouvait là. Ils examinèrent l’estrade. Il n’y avait pas d’ouverture et elle était impossible à soulever mais, sur le mur à côté s’ouvrait une porte. Ils découvrirent ainsi un placard où ils furent soulagés d’abandonner leur dangereux fardeau.

La cloche sonna et les trois amis sursautèrent. « On va être en retard ! » S’exclama Valentine. Ils se précipitèrent en courant dans la direction de leur salle de cours. Le professeur [vérifier si j’ai déjà parlé d’un cours en particulier à ce moment de cette journée] lança un regard interrogateur à Cédric en le voyant tout égratigné et entaillé. Le garçon balbutia qu’il était tombé dans des ronces, en espérant que l’excuse suffirait.

« Il faut regarder où vous mettez les pieds, jeune homme, lui conseilla le professeur avec un demi-sourire. Allez donc vous asseoir. » Le garçon obéit, toujours accompagné de Jérémy et Valentine. Cette fois-ci, Matéo les rejoignit en leur demandant à quel point Stéphanie était malade et quand elle reviendrait. Valentine lui répondit la même chose qu’ils avaient dit à tous les professeurs, en précisant qu’elle n’en savait pas plus. Matéo hocha la tête et s’enquit des blessures de Cédric, mais le professeur l’interrompit en lui demandant d’arrêter de dissiper ses camarades.

L’heure de cours parut s’étirer encore et encore. Le trio était tellement impatient de se rendre chez Jérémy que chaque minute semblait en durer dix. Cédric pensa, en son for intérieur, que si Stéphanie avait été là, l’attente aurait été encore pire. Lorsque l’on demandait à la fillette à la loutre combien de temps il restait avant la fin du cours, elle répondait souvent quelque chose comme « Dix minutes. » Et, deux secondes plus tard, une fois que l’ami s’était réjoui, elle ajoutait : « Plus cinq. » Le pire étant quand elle ajoutait « Plus vingt. » Cédric avait toujours envie de l’étrangler lorsqu’elle faisait cette blague.

L’heure de cours arriva à son terme, et le cours suivant parut s’éterniser tout autant. Les trois amis faillirent crier de soulagement. Ils rangèrent leurs affaires en quatrième vitesse, et foncèrent vers la porte du collège. Le chemin jusqu’à la maison de Jérémy passa rapidement ; son père était venu le chercher en charrette car une meute de loups avait élu domicile dans la région et le trajet n’était plus sûr. En revanche ils restèrent silencieux. Ils n’avaient pas envie de parler de la Confrérie des Cinq Eléments en présence de monsieur Rivière et, comme ils n’arrivaient pas à penser à quoi que ce soit d’autre, ils se laissèrent aller à contempler le paysage qui défilait sous leurs yeux.

 

2115 mots pour aujourd’hui et j’ai l’impression que la fin risque d’arriver un peu trop vite par rapport au nombre de mots qu’il me reste à écrire… On verra.

NaNoWriMo 2017 : À l’École de l’Autre Côté du Miroir, jour 17

Il n’avait pas envie de parler de ses affaires à ses parents. Plus justement, il ne savait pas comment leur expliquer son histoire sans qu’ils fassent tout un foin sur le fait qu’il aurait dû leur en parler depuis le début. Et encore, ce serait le cas s’ils acceptaient de le croire. Il ne savait pas quelle réaction l’embêterait le moins. Dans le doute, il s’efforça à faire bonne figure pendant le repas du soir, et téléphona à Valentine dès qu’il put pour lui raconter ce qu’il venait de se passer.

La fillette blonde était très inquiète. « Je m’en veux de ne pas réussir à catalyser mieux la magie chez nous, se morigéna-t-elle.
– Tu n’as pas à t’en vouloir, la rassura Cédric. Moi j’étais là et je n’ai rien pu faire.
– Oui, mais je vous ai attribué des cartes pour vous protéger. Sauf qu’ici, elles ne fonctionnent pas bien… Si ça avait été le cas, elles vous auraient aidés et j’aurais été prévenue.
– Rien que le fait d’avoir pensé à ça est très fort, tu sais. » Lui assura le garçon.

Les deux restèrent silencieux un moment. Puis Valentine reprit : « La carte de Stéphanie est toujours sur elle.
– Mmmh ?
– Ce qui veut dire que si elle est emmenée dans le monde magique, expliqua la fillette blonde, je peux la retrouver une fois que nous serons là-bas aussi.
– Oh, ça veut dire qu’on ne serait pas obligés d’attendre de leurs nouvelles pour la retrouver, continua Cédric. Il faudrait que j’en parle à Hildegarde aussi.
– Ah oui, ce serait une bonne idée ça, approuva Valentine. Il nous faudra aussi du temps pour nous préparer une fois qu’on saura où elle est. Il faudra être très prudents.
– Je suppose que ce serait mieux qu’on se prépare dans le monde magique.
– Oui… »

Ils réfléchirent un bref instant, avant de s’exclamer en chœur : « Jérémy ! » Les deux sourirent, un peu requinqués. Le fait que leur ami leur ait proposé de venir chez lui tombait à pic. Lorsque Cédric s’inquiéta que les parents de Valentine acceptent aussi rapidement une invitation. Même une fausse invitation chez Stéphanie. La fillette blonde resta quelques instants sans répondre, puis assura son ami de ne pas s’inquiéter à ce propos. Elle avait un plan pour une situation d’urgence. Avec le peu de magie dont elle disposait de ce côté, cela allait lui demander de l’énergie, mais elle assura Cédric que ses parents ne remarqueraient même pas son absence.

« Et les parents de Stéphanie ? S’exclama soudainement l’apprenti maître du brouillard.
– Je vais les appeler pour qu’ils pensent qu’elle est chez moi ce soir et j’en profiterait pour leur dire que nous allons chez Jérémy ce week end.
– Tu penses que ça va marcher ?
– Je réussirai à les convaincre, lui assura Valentine. Je te dirai demain comment ça se sera passé. »

Lorsqu’ils raccrochèrent, le garçon alla demander à ses parents l’autorisation d’aller chez Jérémy le lendemain soir. Cédric et Valentine comptaient lui demander le jour même s’ils pouvaient venir. Ils avaient tablé sur le fait que la situation était trop grave pour qu’il refuse et qu’il trouverait une solution pour que ses parents acceptent de les recevoir. Toute cette situation était angoissante et l’apprenti magicien du brouillard mit beaucoup de temps à s’endormir cette nuit là.

 

Le vendredi matin, Cédric rassembla ses affaires en toute hâte et courut jusqu’au collège. Il espérait pouvoir parler à Jérémy avant que les cours ne commencent. Il l’attrapa une seconde à peine avant que Valentine ne traverse le miroir. Cette dernière avait des cernes sous les yeux : elle avait dû avoir autant de mal à trouver le sommeil que l’apprenti maître du brouillard. Bien sûr, le garçon brun fut estomaqué par ce que lui raconta Cédric. Et, évidemment, il fut partant pour inviter ses deux amis chez lui le soir même. Il ne put cependant pas cacher son inquiétude :

« Ohlàlà mais c’est terrible ! Ca a du être effrayant en plus… Il ne faudrait pas en parler à madame Verone ?
– Je compte surtout en parler à Hildegarde, expliqua Cédric.
– Ah oui, c’est une bonne idée, elle saura quoi faire. Mais c’est quand même très dangereux ce que tu… nous nous apprêtons à faire ! Ce sont des magiciens d’exception, et ils ont mis en échec tout un tas de mages super forts.
– Oui, mais ils ont capturé Stéphanie. » Valentine avait parlé de sa voix douce, mais les deux garçons perçurent toute sa détermination.

Jérémy acquiesça. S’ils prenaient la Confrérie des Cinq Eléments par surprise et ce, avec l’aide d’Hildegarde, ils avaient peut-être une chance. Pour contacter la maîtresse du brouillard, ils décidèrent de profiter de la récréation du matin. Les heures de cours pour arriver jusque là leur parurent interminables. Jérémy se fit reprendre plusieurs fois pour cause de bavardage avec les deux autres qui affichaient une mine morose.

La sonnerie qui signalait la récréation finit tout de même par retentir et les trois compagnons se précipitèrent dans le parc pour trouver un endroit au calme. Une fois installés, Jérémy et Valentine firent écran pendant que Cédric cherchait à entrer en contact avec la vieille maîtresse du brouillard. Il y parvint rapidement. Cette fois-ci, Hildegarde se trouvait dans une bibliothèque. « C’est rare que tu viennes me chercher de toi-même, commenta-t-elle en posant son livre.
– Quelque chose est arrivé. » Expliqua Cédric.

Il raconta ensuite, encore une fois, les évènements qui s’étaient produits la veille, puis son plan pour aller sauver son amie. La vieille femme le considéra d’un air grave. « Ainsi donc ils ont fini par venir te chercher, commenta-t-elle.
– Pourquoi me veulent-ils moi spécifiquement alors que je leur ai dit que ça ne m’intéressait pas ?
– Comme je te l’ai déjà dit, la magie catalysée par un maître du brouillard est très puissante, surtout additionnés des autres éléments. De plus, ils n’ont pas besoin de ton accord pour te soutirer ta magie.
– Et bah c’est nul, ronchonna le garçon inquiet.
– Ca, c’est le moins qu’on puisse dire. »

Hildegarde considéra pensivement le collégien désemparé. « Et donc, tu comptes aller libérer ton amie tout seul, sans en parler à qui que ce soit ?
– Pas tout seul, je comptais y aller avec Jérémy et Valentine. Et puis je vous en parle à vous !
– Oui, enfin, je ne suis qu’une vieille femme, je ne sais pas si je pourrai être d’un grand secours.
– J’ai peur que si j’en parle à d’autres adultes, ils voudront passer du temps à considérer plein d’options et qu’ensuite ce soit trop tard.
– Ca, je peux comprendre. » Acquiesça Hildegarde.

Elle réfléchit quelques instants, pendant que Cédric attendait sa décision en se mordillant la lèvre inférieure. Il espérait beaucoup qu’elle les aiderait. Au début, il avait dû rassembler tout son courage pour lui exposer ses plans : il avait craint qu’elle ne se moque de lui. La vieille femme n’était pas de celles qui se moquaient des plus jeunes qu’elle – sinon elle n’en finirait pas – mais considérait que les idées d’une génération qui ne réfléchissait pas à sa manière étaient toujours intéressantes à étudier. Et ce, même si les plus jeunes en question manquaient d’expérience.

« Ton amie, est-elle sûre de pouvoir localiser l’endroit où se trouve ta camarade qui a été enlevée ? S’enquit Hildegarde qui trouvait ces enfants malins.
– Oui, elle sait déjà la direction grâce à sa carte qui est sur Stéphanie. Et elle a dit qu’avec un sortilège adéquat, elle peut indiquer l’endroit sur une carte. On pensait faire ça ce soir, dans la chambre de Jérémy, pour ne pas attirer l’attention.
– Très bien, approuva la maîtresse du brouillard. Voici comment nous allons procéder : vous allez continuer de suivre vos cours comme si de rien n’était. Après l’agression d’hier, je crains que quelqu’un te surveille au collège. Continuez de ne parler de cette histoire à personne. Moi, je vais rassembler des mages de ma connaissance et nous attendrons que tu me communiques l’emplacement où se trouve ton amie capturée. Une fois que nous connaîtrons l’endroit où se cache la Confrérie des Cinq Eléments, nous interviendrons. En revanche, vous trois resterez bien sagement en sécurité chez ton ami qui vous héberge. Il est inutile de courir le risque que Maleflamme te capture à ton tour. Ca serait une très mauvaise chose pour le monde magique. »

Elle plongea son regard droit dans les yeux de Cédric et reprit fermement : « C’est bien compris mon garçon ? Tu as déjà fait beaucoup, inutile que tu ailles jouer au héros.
– Mais je veux aller sauver Stéphanie ! S’écria-t-il. On se connaît depuis tous petits !
– Elle sera sauvée, le rassura Hildegarde. Je m’en chargerai moi-même. Et tes amis et toi avez déjà fait beaucoup pour la secourir. A ce propos, tu penseras à féliciter la demoiselle avec ses cartes. Elle est très futée. »

Après encore un peu d’argumentation, Cédric finit par dire à la maîtresse du brouillard qu’il acceptait le changement de plan. Il ouvrit les yeux dans le parc. « Alors ? S’enquirent Jérémy et Valentine en chœur.
– Elle est d’accord pour nous aider à sauver Stéphanie… » Commença le garçon blond. Il ne put continuer tout de suite, car ses deux amis se réjouirent bruyamment. Ils se rembrunirent lorsqu’il leur expliqua qu’Hildegarde n’avait pas accepté qu’ils viennent à la rescousse et qu’elle préférait que des adultes s’en chargent.

« Ca paraît logique, finit par déclarer Jérémy. Les adultes ne veulent jamais que les enfants fassent des trucs dangereux.
– C’est vrai, acquiesça Valentine en faisant la moue. Mais j’aurais préféré qu’on y aille nous-mêmes.
– Moi aussi, appuya Cédric. Enfin bon, déjà les choses avancent. Si ça se trouve, on retrouvera Stéphanie dès ce soir !
– Ca serait génial ! » Se réjouit la fillette blonde.

Les trois amis s’employèrent ensuite à suivre leur journée de cours comme si tout était normal. Bien sûr, depuis le matin les professeurs leur demandaient s’ils savaient pourquoi Stéphanie n’était pas en cours. Ils répondirent qu’elle était malade, en se disant qu’il faudrait qu’ils disent à leur amie qu’elle devrait justifier son absence. Pour le moment, ces considérations étaient le cadet de leurs soucis.

 

1711 petits mots pour aujourd’hui !

NaNoWriMo 2017 : À l’École de l’Autre Côté du Miroir, jour 16

A force de s’entraîner à catalyser de faibles quantités de magie, Cédric était devenu capable de faire de toutes petites choses en utilisant les infimes parcelles magiques disponibles chez lui. Il arrivait à faire rougeoyer les mèches des bougies de noël comme de toutes petites braises notamment. Ce n’était pas grand chose, ni très impressionnant de son point de vue, mais cela suffisait à faire applaudir Céline et Carine. Elles étaient très fières d’avoir un frère magicien, même si elles auraient bien voulu être des magiciennes elles-mêmes.

« Bah, tant pis, déclara un jour Céline l’aînée. Pour moi c’est trop tard puisque je n’ai jamais été convoquée. Mais on ne sait jamais : peut-être que Carine ira aussi l’école de l’autre côté du miroir.
– Oooh ! Ce serait super ! S’enthousiasma la benjamine de la fratrie. J’ai très envie de faire des tours de magie moi aussi.
– Ne te fais pas trop d’illusions, temporisa Céline. On ne sait pas si ça va arriver hein ! »

Même si Cédric était ravi de ses vacances de Noël en famille, pratiquer la magie lui manquait. Faire rougeoyer des mèches et lire un livre à propos de magie pratique qu’il avait emprunté au CDI ne lui suffisait pas. Les cadeaux qu’il reçut lui détournèrent l’esprit pendant quelques jours. L’un d’entre eux, cependant, laissa le garçon perplexe. Ses parents lui avaient offert une boîte de prestidigitation. Il se demandait ce qui avait pu leur passer par la tête : il savait faire de la vraie magie, alors pourquoi lui avaient-ils acheté cette boîte pour faire de la fausse magie ?

La question ne le tarauda pas très longtemps. Il oublia la boîte dès que les cours reprirent, début janvier. Les retrouvailles avec Jérémy, Valentine et Stéphanie furent chaleureuses. Cédric se réjouit de retrouver les bâtiments aux allures de châteaux, le parc et même les champignons qui piaillaient lorsqu’ils s’écartaient du chemin. Il était un peu moins convaincu à propos de certains professeurs comme madame Dunoyer ou monsieur Curin-Cocon. Heureusement la présence de ses trois amis parvenait à compenser tous les inconvénients.

Les cours de défense magique et ceux de maîtrise de la catalyse reprirent aussi. Monsieur Apowain laissait presque transparaître son enthousiasme de les retrouver. Sa propension à dissimuler ses sentiments s’effritait un peu en la présence d’élèves aussi motivés. Il aurait été un peu déçu de savoir qu’ils n’étaient pas motivés seulement par le désir d’apprendre, mais surtout de défendre et soutenir Cédric. Ce dernier commençait d’ailleurs à se demander s’il était bien nécessaire de continuer de suivre ces cours. La menace paraissait désormais tellement lointaine et il trouvait qu’il maîtrisait suffisamment bien la catalyse de petites quantités de magie à présent.

Alors qu’il avait décidé qu’il en parlerait à ses amis après le présent cours de magie pratique, en fermant les yeux, il se retrouva auprès de la vieille Hildegarde. Cela avait été plusieurs fois le cas depuis le salon et les fauteuils au coin du feu. Le décor avait changé à chaque fois. Cette fois-ci ils se tenaient au sommet d’une petite montagne enneigée. La maîtresse du brouillard était emmitouflée de brume rougeoyante.

« Ca a l’air pratique ! S’exclama Cédric en voyant cela.
– Très, confirma la vieille femme.
– Comment vous faites ça ?
– Et bien, le brouillard étant à l’origine des quatre autres éléments, il suffit d’un peu d’imagination pour pouvoir en faire à peu près ce que l’on veut.
– Je devrais y penser plus souvent… Mais j’ai du mal à considérer ma brume comme du feu ou de la terre, avoua le garçon. A vrai dire, même l’air et l’eau… »

Hildegarde acquiesça. Elle savait que la jeunesse n’était pas toujours aussi imaginative que ce que les adultes se plaisaient à le croire. « Je te conseille d’y travailler, lui suggéra-t-elle. Cela te sera utile. Surtout que je n’arrive plus à avoir de nouvelles de nos amis de la Confrérie des Cinq Eléments.
– Oh et euh… C’est plutôt pas mal d’être tranquille, non ?
– Hmpf, lâcha la maîtresse du brouillard. Le fait qu’ils fassent des efforts pour se dissimuler m’inquiète au contraire. Je préfère les garder à l’œil. »

Une vague d’inquiétude parcourut Cédric. Quelques minutes plus tôt il se pensait en sécurité, prêt à abandonner les cours de défense magique pour lesquels il perdait de l’intérêt. A présent, toute sa sérénité s’était envolée. « Ils vont venir me chercher ? S’inquiéta-t-il.
– Peut-être, ou alors ils vont peut-être venir me chercher moi, ou les deux, qui sait ?
– Ce n’est pas très rassurant, commenta le garçon sur un ton légèrement accusateur.
– C’est également mon avis. » La vieille femme se tourna vers lui, plantant ses yeux gris dans ceux du garçon. « Reste sur tes gardes, veux-tu ? »

Cédric acquiesça et ouvrit les yeux dans le gymnase. Ses trois amis, qui avaient pris l’habitude de le voir ainsi inconscient lorsqu’il discutait avec Hildegarde et s’employaient à distraire l’attention de monsieur Apowain. « Ca va ? S’enquit Valentine en voyant la mine déconfite de son camarade.
– Moyen, confessa celui-ci.
– Ca ne s’est pas bien passé ? Reprit la fillette blonde.
– Oh, si, c’est juste qu’elle s’inquiète à propos de la confrérie. »

Valentine fit une moue qui signifiait qu’elle s’en inquiétait elle aussi. Lorsqu’ils en parlèrent aux deux autres à la sortie, tous affichèrent des mines graves. « De toutes façons, on ne peut rien faire de plus que ce que nous faisons déjà, déclara Stéphanie avec un soupir d’impuissance. Je sais bien qu’eux doivent s’entraîner depuis des années et qu’ils sont plus forts que nous, mais on fait de notre mieux. Il faudra bien que cela suffise. »

Les trois autres approuvèrent silencieusement, n’ayant rien de plus à ajouter. « Ca vous dirait de revenir à la maison un de ces jours ? » Lança Jérémy pour alléger l’atmosphère. Il était aussi embêté que les autres de ne rien pouvoir faire à propos de ces informations inquiétantes, mais sa solution pour rendre le sourire à tout le monde fonctionna à merveille. Les trois issus du monde non magique étaient ravis à l’idée de passer de nouveaux moments à la ferme de leur ami.

En faisant le chemin ensemble pour rentrer chez eux le soir même, Cédric et Stéphanie parlaient joyeusement de leur futur séjour à la maison des Rivière. Ils se demandaient si le père de Jérémy pourrait leur apprendre à monter des griffons ou des licornes, lorsque la fillette poussa de nouveau son ami sur le côté. « Comment as-tu su ? S’enquit une voix douce.
– J’ai l’ouïe fine, répondit Stéphanie. Et l’odorat aussi, et vous sentez le poisson. »

La femme qui émergea entre deux voitures, semblant apparaître de nulle part, avait un sourire plaqué sur la figure, mais ses yeux étaient durs. Cédric se dit qu’elle n’avait pas du apprécier la remarque de son amie. Puis, il la reconnut. Il s’agissait de la morganez de la Confrérie des Cinq Eléments. Elle portait une robe bleu océan qui se mariait avec les bleus qui irisaient sa peau. « Voyons les enfants, vous devriez rester polis, leur dit-elle sur un ton menaçant.
– Qui êtes vous d’abord ? Rétorqua le garçon.
– Et que faites-vous de ce côté ? » Enchaîna Stéphanie.

La fée de l’eau croisa les bras et tourna la tête sur le côté, regardant au loin, comme si elle réfléchissait à ce qu’elle allait dire. Comme elle faisait ainsi, Cédric put clairement voir ses branchies externes mêlées à ses cheveux et qui avaient quelque chose qui fascinait le garçon. La femme se tourna de nouveau vers eux, les bras toujours croisés, et déclara : « Je suis simplement venue faire connaissance avec le nouveau maître du brouillard. »

Les deux collégiens s’entre regardèrent, l’air peu convaincus. « Et… C’est tout ? S’enquit Stéphanie.
– C’est tout, confirma la morganez. Après, bien évidemment, s’il veut venir avec moi à l’issue de la discussion, il sera le bienvenu.
– Comment vous avez su que je serai là ? Demanda Cédric d’un ton suspicieux.
– Nous savons beaucoup de choses, éluda la maîtresse de l’eau. Tellement de choses ! Nous savons que tu es dans la classe de cette bonne vieille Paulina Verone, que tu t’es déjà aventuré dans le monde magique, des informations comme ça. »

Stéphanie lança un œil alarmé à son compagnon. Comment pouvaient-ils savoir tant de choses ? C’était effrayant. « Alors, qu’est ce que vous êtes venus me dire ? Lança Cédric d’un ton qu’il espérait bravache.
– Je viens te proposer de rendre le monde magique meilleur, énonça simplement la fée de l’eau.
– Meilleur ? S’étonna le garçon. Il a pourtant l’air pas mal…
– Tu n’as quasiment vu que le collège, jeune homme. A l’extérieur, tout n’est pas aussi idyllique. »

Pendant qu’il discutait avec la membre de la Confrérie des Cinq Eléments, Cédric constata que son amie restait plantée à côté de lui, silencieuse. Il savait qu’elle était en train de se concentrer pour rassembler de l’énergie magique. La morganez continuait : « Figure-toi qu’à l’extérieur, le monde entier répond encore à divers régime féodaux dépassés.
– Je sais, on apprend ça en histoire, lança le garçon.
– Du coup, tu sais que [blablabla, argumentation sur les injustices que ça amène, élaboration du conseil des cinq mages pour décider des trucs, etc etc]

– Je n’ai pas l’intention de venir avec vous, déclara Cédric. Pas la moindre. Je trouve que c’est dangereux et je ne suis pas sûr que ça soit pour une bonne cause. Alors laissez-moi vivre ma vie tranquillement et trouvez-vous un autre maître du brouillard. »

Le garçon n’avait certainement jamais prononcé d’aussi long discours. Il en était assez fier, mais la morganez l’effrayait. Toute la physionomie de la fée de l’eau s’était durcie. « Mon garçon, je crains fort que tu n’aies pas le choix. » Ce disant, la femme arrondit ses bras, l’un au dessus de sa tête et l’autre au niveau du ventre, pour faire apparaître un long serpentin d’eau qui jaillit en direction de Cédric.

La morganez poussa un cri et l’eau fut déviée. Stéphanie veillait et avait réussi à accumuler suffisamment de magie pour animer sa loutre et l’envoyer à l’attaque. L’animal avait mordu leur agresseuse à la cheville, déstabilisant sa concentration. « Sales gosses ! S’emporta-t-elle. Vous ne vous en tirerez pas aussi facilement. » Elle produisit de nouveaux serpents d’eau, tandis qu’un fouet aqueux repoussait la loutre qui couina de douleur.

Cédric commença à catalyser la magie à son tour et parvint à produire un bref bouclier devant lui, qui dévia un serpent. L’autre, en revanche, s’enroula autour de Stéphanie qui poussa un petit cri de surprise. Sa loutre revint vers elle, tentant d’attaquer les liens aquatiques, mais ceux-ci l’engloutirent rapidement avec sa maîtresse. « Lâche la ! S’exclama le garçon.
– Pas avant que tu viennes avec moi, répartit la magicienne de l’eau qui commençait à avoir du mal à catalyser autant d’énergie.
– Jamais ! Cria Cédric comme si hurler pouvait donner plus de force à ses propos.
– Tu seras obligé ! » Lui lança la morganez avec un sourire mauvais.

Ce disant, elle fit un mouvement rotatif avec sa main, faisant disparaître Stéphanie, sa loutre et elle-même à la vue du garçon. « NON ! S’écria-t-il.
– Pour la retrouver, il te faudra nous rejoindre. Nous reviendrons. » Résonna en s’éloignant la voix de la fée de l’eau. Cédric tenta de suivre la voix. Puis la voix de Stéphanie qui criait de tout son saoul, jusqu’à ce qu’elle soit réduite au silence. A partir de là, le garçon n’avait plus aucune indication pour les suivre.

Il eut l’idée de la fontaine antique d’où ils étaient rentrés du monde magique après leur séjour chez Jérémy, mais les voix ne s’étaient pas dirigées dans cette direction. Tout son être s’affaissa. Il se sentit brutalement empli de culpabilité. Qu’allait-il arriver à Stéphanie ? Dans combien de temps les membres de la Confrérie des Cinq Eléments allaient-ils revenir ? Il faudrait qu’il les empêche de s’en prendre à ses autres amis.

Ne sachant quoi faire d’autre, il rentra chez lui.

 

2001 mots pour aujourd’hui ! Et puis il se passe des trucs dis-donc O_O

NaNoWriMo 2017 : À l’École de l’Autre Côté du Miroir, jour 15

Encore une fois, ses camarades le fixaient attentivement. « Ouf ! Heureusement que tu te réveilles, on était sur le point de s’inquiéter, lui lança Jérémy avec un soulagement bien visible.
– Il t’est encore arrivé quelque chose ? S’enquit Stéphanie tout bas.
– Oui, je vous raconterai tout à l’heure. » Eluda Cédric en constatant qu’Henry leur jetait des regards intéressés et que monsieur Apowain les surveillait de loin.En sortant du cours de défense magique, une fois qu’ils eurent faussé compagnie à Henry, Cédric résuma son entrevue avec Hildegarde à ses amis, même si elle lui avait dit de garder le secret. Il faisait totalement confiance à ses trois camarades : ils s’étaient montrés prompts à le soutenir depuis le début, avant même de savoir qu’il avait des problèmes plus complexes que ce qu’il paraissait au début.

« Waaa ! C’est vraiment chouette que tu aies rencontré Hildegarde ! S’exclama Jérémy à l’issue de l’histoire. C’est une véritable héroïne dans le monde magique !
– Je ne sais pas si on peut vraiment dire que je l’ai rencontrée, précisa Cédric.
– En tous cas, déclara Stéphanie, je trouve ça super rassurant tout ce qu’elle t’a raconté.
– Oui, ça veut dire que tu as une alliée puissante face à la Confrérie des Cinq Eléments et que tu n’as pas de problème avec ton catalyseur, approuva Valentine. Ce sont de bonnes nouvelles ! »

La collégienne blonde avait parlé juste, trouvait Cédric. Il se sentait effectivement moins perdu après cette fructueuse discussion qu’il avait eu avec Hildegarde. La seule chose qui le questionnait encore, c’était comment il allait pouvoir maîtriser parfaitement les faibles flux d’énergie magique auxquels il avait accès. Comme ils étaient là, il s’en ouvrit à ses amis.

« Facile, répondit Stéphanie. Valentine sait très bien catalyser la magie avec finesse. Monsieur Apowain a dit qu’elle ne gaspillait presque rien et que c’était impressionnant à son âge. » L’apprentie-magicienne blonde baissa les yeux et rougit sous le compliment. « Du coup, continua la brune, je pense que tu devrais t’entraîner avec Valentine pour apprendre à faire beaucoup de choses avec peu de magie. Tu serais d’accord, ‘tine ? » L’interpellée acquiesça. « Parfait ! Ca te va Ced ?
– Très bien oui, merci Valentine !
– Moi, ce que je pense, intervint Jérémy, c’est qu’on devrait tous s’entraîner à ne pas gaspiller la magie. Je suis certain que ça nous servira plus tard ! »

Les trois autres approuvèrent bruyamment. Le petit groupe fusionnel décida d’un commun accord de s’entraîner avec Valentine pour gaspiller le moins de magie possible. Jérémy et Stéphanie étaient notamment connus pour ne pas être avares de la quantité de magie utilisée, ce qui avait tendance à les fatiguer rapidement. De plus ils commençait à atteindre leurs limites et s’économiser les aiderait à lancer des sortilèges plus puissants. Tous profiteraient d’un tel entraînement.

Pour ce faire, ils déterminèrent un autre créneau en semaine où ils se rendraient dans le gymnase pour apprendre à économiser la magie utilisée. En les voyant arriver à un autre horaire que pour les cours de défense magique, monsieur Apowain ne cacha pas son étonnement. Et, lorsqu’ils lui expliquèrent qu’ils venaient là pour s’entraîner à ne pas gaspiller la magie qu’ils utilisaient, le professeur parut abasourdi.

« Je n’ai jamais rencontré d’élèves si jeunes qui venaient me voir pour une telle chose, surtout en ayant déjà un cours supplémentaire dans la semaine. » Leur avoua-t-il tout en se disant qu’ils devaient être bien matures pour leur âge. Impressionné par ces enfants – humains en plus, même pas issu d’un peuple fé – monsieur Apowain décida de se placer vis à vis d’eux en tant que mentor.

Ce qu’il leur déclara pompeusement en prenant un air théâtral. Les quatre enfants s’entre regardèrent, intrigués. Ils étaient ravis d’avoir impressionné un professeur, mais inquiet qu’il décide de s’intéresser de près à leurs affaires. Après un bref conciliabule à ce propos pendant que monsieur Apowain dispensait des conseils à un lycéen, ils décidèrent que ce n’était pas une mauvaise chose d’avoir l’estime d’un professeur qui pouvait leur apprendre des choses utiles. Il suffirait juste de se contenter de passer pour des élèves assidus et de ne pas révéler les secrets de Cédric.

A partir du moment où il savait qu’il n’était pas nul et où il s’était donné l’objectif de maîtriser la magie économique, Cédric connaissait un regain de motivation. Avec les conseils de Valentine et de monsieur Apowain, il fit des progrès notables. Au moment des vacances de noël, il parvenait à lancer des sortilèges plus gourmands en magie que tout ce qu’il avait réussi jusque là. Ses professeurs notèrent l’amélioration et il eut même les félicitations du conseil de classe.

L’esprit du garçon s’était allégé et il ne pensait même plus à la Confrérie des Cinq Eléments. Pour lui, le fait qu’ils le cherchaient était devenu quelque chose de lointain et brumeux, un peu comme de l’ordre du conte. En revanche, il avait recroisé plusieurs fois la mystérieuse lycéenne qui l’avait pris à part pendant sa visite du château hanté à halloween. Il ne savait toujours pas son prénom – il oubliait de lui demander à chaque fois – mais il appréciait les courtes conversations qu’il avait avec elle. Pourtant ils parlaient souvent de sujets comme le temps ou la quantité de devoirs à faire, qui n’avaient pas grand intérêt en soi.

Le garçon était satisfait de constater que ces rencontres tombaient à pic, les rares fois où il était seul. Cédric n’avait pas très envie de parler de la jeune fille à ses amis. Pour une raison qu’il n’arrivait pas à s’expliquer, il craignait qu’ils ne se moquent de lui et l’idée ne lui plaisait pas. Rien que d’y penser, il rougissait. De temps à autre, il essayait de se retrouver tout seul juste pour voir si la lycéenne allait apparaître. Ce plan ne fonctionnait pas très bien.

A l’entrée des vacances de Noël, tout allait pour le mieux pour Cédric. Il était presque triste des vacances, car il ne verrait pas ses amis. Ce sentiment fut très rapidement remplacé par l’excitation de l’approche du réveillon de noël. Ses soeurs et lui étaient ravis de passer leurs journées ensembles. Ils ne se quittèrent pas des vacances, jouant ensemble ou faisant des activités chacun de leur côté mais dans la même pièce.

 

1050 petits mots pour aujourd’hui. Je me rattraperai demain !

NaNoWriMo 2017 : À l’École de l’Autre Côté du Miroir, jour 13 et 14

La classe de Cédric devait élaborer des guirlandes en forme de serpents, d’araignées et de ce qu’ils voudraient qui serait dans le thème d’halloween. Cela leur permettait d’affiner leur dextérité magique, puisque madame Verone leur avait donné comme défi de se sortir de leur tâche en utilisant la magie. Selon elle, il n’y avait pas de sotte raison de s’entraîner à la magie et que c’était ainsi que l’on devenait un grand magicien.

Tous les élèves étaient enchantés par l’idée d’une journée festive au sein du collège. La conversation à propos d’halloween était dans toutes les bouches. Cette ambiance électrique avait fait oublier à Cédric et à ses amis tous les problèmes à propos de la Confrérie des Cinq Eléments. Le garçon blond ne pensait même plus au fait qu’il avait du mal à gérer son catalyseur ; il pensait qu’il s’était habitué à ses difficultés et il faisait avec.

Le matin d’halloween, tous les élèves du collège se réveillèrent plus tôt que d’habitude sous l’excitation. La quantité de collégiens qui arriva en avance était aussi bien plus élevée que d’habitude. Jérémy était tellement emballé qu’il n’arrêtait pas de prendre ses amis dans ses bras pour n’importe quelle raison. Les professeurs principaux, qui avaient rassemblé leur classe pour leur donner les dernières recommandations pour que le collège n’ait pas l’air d’un véritable chantier à la fin des réjouissances, n’arrivaient pas à juguler l’enthousiasme de leurs élèves.

Seule madame Verone parvenait à faire garder un semblant de calme à ses élèves. Elle leur fit même répéter les consignes qu’elle leur donnait pour être certaine qu’ils l’avaient entendue. Bien entendu, elle était consciente que la plus grande partie de ce qu’elle leur faisait répéter serait oubliée aussitôt qu’ils auraient quitté le petit amphithéâtre pour aller participer aux festivités.

Dès qu’elle les autorisa à partir faire la fête, ce fut un véritable raz de marée d’élèves qui roula vers la sortie. « Par quoi on commence ? Demanda vivement Jérémy qui avait un immense sourire plaqué sur la figure depuis le début de la matinée.
– Le château hanté ? » Suggéra Cédric. Il était très curieux de voir ce que les lycéens avaient fait pour faire de tout un bâtiment un musée de l’horreur.

Ses amis approuvèrent la proposition. Sauf que lorsqu’ils arrivèrent devant l’édifice, celui qui ressemblait à un donjon de château fort, il leur parut que tous les autres collégiens avaient eu la même idée. Ils grouillaient tout autour du bâtiment en produisant un impressionnant brouhaha. Il paraissait impossible de traverser cette intense marée pour entrer sur le moment.

Les quatre amis – car Matéo avait suivi un autre groupe de personnes en sortant de la salle – décidèrent de profiter des dizaines de stands en plein air. Ils étaient éparpillés de partout dans le parc de l’établissement, au grand dam des gros champignons colorés qui ne savaient plus où s’enfuir. Les loutres qui habitaient la rivière serpentant dans le parc s’étaient cachées dans leurs terriers pour l’occasion, dérangées par le monde ambiant et festivement bruyant. La seule loutre en vue était celle de Stéphanie.

Les stands étaient de petites maisons colorées et la plupart étaient tenus par des parents d’élèves. Certains avaient eux-mêmes participé à approvisionner les stands : pour samhain, tout le monde mettait la main à la pâte. Cédric se disait que ce serait vraiment chouette que cette fête soit aussi mise en valeur dans le monde sans magie. Il avait appris en histoire que c’était le cas dans l’antiquité, puis que tout s’était perdu lorsque les portails entre les deux mondes avaient été fermés. Dans le monde sans magie, les esprits ne pouvaient pas prendre corps. Ou très peu, en de très rares occasions.

Les quatre amis inspectèrent avec minutie tout ce que les petites maisons colorées avaient à offrir. Il y avait beaucoup de petits-fours et de pâtisseries maison aux formes et aux couleurs effrayantes. Jérémy se faisait un plaisir d’expliquer à ses trois compagnons ce que contenaient les gâteaux et sablés qu’il reconnaissait. Dans le doute, ils goûtèrent le plus de choses possibles. Ils appliquèrent le même sort aux boissons et autres nourritures à disposition.

Les stands qui ne proposaient pas de nourriture ou boisson affichaient une quantité de faux reptiles, insectes ou arachnides effrayants, des masques divers à porter pour faire peur à ses amis, des livres de conseils à propos des esprits, et toute une quantité d’autres choses dans le thème de samhain. [à continuer] Et, bien sûr, il y avait les petites maisons qui proposaient des jeux. Des pêches à la ligne où il fallait attraper des araignées, des jeux d’adresse, des courses de champignons et beaucoup d’autres choses.

Toutes ces distractions promettaient de bien remplir leur journée festive. En plus de cela, de la musique jouait de partout. Qu’elle soit juste une reproduction magique ou produite par de véritables musiciens, les notes emplissaient l’atmosphère du parc et de tous les édifices du collège. Il y avait même une piste de danse dans le réfectoire, où les quatre amis s’essayèrent à quelques pas, avant d’arrêter, embarrassés de se donner en spectacle. Là, la musique était entraînante. En revanche, elle était particulièrement lugubre dans le château hanté, où ils purent entrer tranquillement en milieu d’après-midi.

Le quatuor frissonna plus d’une fois dans l’édifice rendu le plus effrayant possible par les lycéens. Le parquet était grinçant à souhait et leurs facétieux aînés avaient parsemé des surprises dans le moindre recoin. Les quatre amis firent de leur mieux pour se montrer courageux et dissimuler leurs sursauts. Ils poussèrent tout de même plusieurs cris de surprise chacun, avant de rire à chaque fois d’un air gêné de s’être laissé prendre.
Valentine et Stéphanie profitèrent de l’occasion pour ne pas se lâcher de la visite, bras dessus, bras dessous. La loutre restait tapie entre les jambes de sa magicienne, qu’elle suivait comme son ombre. Elles furent parfois rejointes par l’un ou l’autre des garçons, et parfois même par les deux.

Ils firent une pause, où Cédric se retrouva tout seul pendant que les autres étaient aux toilettes. Il ne s’éloigna pas trop ; il ne voulait pas avoir peur sans compagnie. Une ombre se dressa face à lui, sans faire grincer le parquet. Il s’agissait d’une personne plutôt grande – certainement un lycéen – et portant un des masques grotesques que l’on pouvait trouver dans les stands du parc. Le lycéen masqué lui fit signe de le suivre. Curieux de savoir ce que lui voulait un plus grand que lui, Cédric le suivit.

Il se doutait que c’était une mauvaise idée et qu’il allait certainement se retrouver dans un piège où il allait hurler de terreur, pour la plus grande joie de ses aînés. Mais quelque chose le fascinait dans la présence qu’il suivait. Le lycéen ouvrit une porte et fit signe à Cédric d’entrer dans la pièce. Il obéit, plissant les yeux en prévision de la surprise effrayante qui allait arriver.

Rien ne se produisit. La salle n’était même pas décorée ; elle servait certainement aux organisateurs qui veillaient au bon déroulement des farces et attrapes, ou à ceux qui devaient se changer pour arborer des costumes tous plus grotesques les uns que les autres. Cédric se retourna vers la personne, laquelle venait de refermer la porte derrière eux. « Qu’est ce qu’il y a ? » S’enquit le garçon, intrigué par une telle attitude.

Le lycéen ôta lentement son masque. Il s’agissait d’une jeune fille fine aux longs cheveux blonds, très pâles. « Bonjour, lui souhaita-t-elle d’une voix harmonieuse. Tu es Cédric Berger, n’est ce pas ?
– Oui, c’est bien moi, confirma le garçon. Pourquoi… ?
– Et bien, tu es une vraie célébrité, nota la jeune femme en s’appuyant contre un mur. Et il est difficile de te parler en tête à tête. »

Cédric lui jeta un regard perplexe. « Ah bon ? Lâcha-t-il.
– Ah bon pour la célébrité ou pour le tête à tête ?
– Les deux.
– Oh, émit la lycéenne avec un sourire moqueur. Pour la célébrité, tout le monde connaît l’existence du nouveau maître du brouillard. Un catalyseur de brume n’était pas apparu depuis la vieille Hildegarde, alors tu penses bien que la nouvelle s’est répandue comme une trainée de poudre. »

Le garçon se sentit terriblement embarrassé. Apparemment, il était devenu célèbre au yeux du monde magique, alors qu’il ne savait même pas maîtriser son catalyseur du brouillard. Il se demanda dans combien de temps tout le monde allait être au courant qu’il n’était qu’un mage de bas étage. Il se renfrogna, mais la jeune fille ne fit pas mine de l’avoir remarqué. Elle continua :

« Quant au tête à tête, il faut avouer que tu es toujours bien entouré. Tu as peur de te faire attaquer ?
– Oh euh… Non ! Pourquoi est ce que je craindrais une chose pareille ?
– Je ne sais pas, l’aura des maîtres du brouillard est si mystérieuse et puissante que je suppose que ça amène des jalousies.
– Ah, oui, pour le moment j’ai surtout eu des regards et des moqueries. » Expliqua Cédric avec amertume.

Il se demandait à présent si la lycéenne blonde avait quelque chose en particulier à lui dire et pourquoi elle préférait discuter avec lui seulement. Peut-être était-elle timide ? Pourtant, il avait du mal à considérer qu’elle puisse être timide face à un collégien fraîchement arrivé comme lui. D’autant qu’elle ne paraissait pas intimidée le moins du monde pendant qu’elle devisait ainsi avec lui.

Un cri retentit. Cédric crut qu’il s’agissait de quelqu’un qui s’était fait surprendre, mais il reconnut ensuite la voix de Jérémy. Il l’appelait. « Bon, je crois que notre conversation s’arrête ici, déclara la jeune fille en remettant son masque. Si jamais tu veux discuter de nouveau, n’hésite pas ! » Elle sortit brusquement pour surprendre les trois amis de Cédric et, son méfait commis, elle s’en fut d’un pas aérien.

« Wouah, on peut dire que j’ai failli avoir une crise cardiaque sur ce coup là ! S’exclama Jérémy.
– Je pense que c’était l’effet recherché, pointa Valentine d’un ton moqueur.
– Tu es là ! Se réjouit Stéphanie en voyant Cédric sortir de la pièce. Qu’est ce que tu faisais là-dedans ?
– Je discutais avec le monstre là, expliqua l’interpellé. Elle est plutôt sympa !
– Moi je l’ai trouvée plutôt effrayante, persista Jérémy. Elle a jailli juste devant moi !
– Certainement pour te faire peur, d’ailleurs, le taquina Stéphanie.
– Et elle voulait quoi ? S’enquit le garçon brun en faisant semblant d’ignorer la remarque.
– Apparemment je suis célèbre.
– Ah, et elle voulait un autographe ? Demanda Stéphanie.
– Euh, même pas. »

Cédric aussi se demandait ce que la lycéenne, dont il ne savait même pas le prénom, avait recherché en discutant ainsi avec lui. Il avait trouvé l’échange plutôt étrange et pas vraiment édifiant. Le garçon était plutôt content qu’une fille plus grande que sa soeur aînée ait daigné lui accorder de l’attention cependant. Il en concevait même une certaine fierté et il espérait qu’elle n’apprendrait jamais qu’il avait des difficultés avec son catalyseur de brume.

Comme ils avaient visité entièrement le château hanté, les quatre collégiens décidèrent de retourner voir les petites maisons colorées où ils comptaient se servir un goûter bien mérité après tant d’émotions. Sur le chemin, ils s’amusèrent à poursuivre les gros champignons colorés qui n’avaient pas trouvé d’endroit à l’écart pour se préserver de la foule festive.

Après avoir couru et mangé, ils s’installèrent un peu à l’écart pour se reposer un peu. Ils passèrent la suite de l’après-midi à discuter entre eux, tout en regardant les festivités de loin. Leur quiétude fut interrompue par un bruit de course qui se rapprochait. Un garçon des Belles Gens jaillit d’un buisson et trébucha sur une racine, s’étalant devant eux de tout son long. Il leur jeta à peine un regard. Visiblement inquiet, il se releva rapidement et poursuivit sa fuite.

Sous les regards perplexes des quatre amis, Henry jaillit à son tour. Voyant le fuyard dans son champ de vision, il tendit le bras dans sa direction, ordonnant à son feu de se jeter sur lui. « Mais qu’est ce que tu fais ?! S’horrifia Stéphanie. Tu vas le blesser !
– T’occupes, lui répondit Henry dont le feu se reflétait dans ses lunettes. Il est dangereux, il complote avec la Confrérie des Cinq Eléments.
– A son âge ! S’exclama Jérémy. Mais tu dis n’importe quoi !
– Pfff, vous ne pouvez pas comprendre. »

Sur ces propos dédaigneux, Henry reprit sa poursuite, tandis que Cédric se disait qu’il avait décidément bien raison à propos de l’orphelin. « Ah ben ça alors… Commenta Jérémy. Je sais que les Belles Gens sont pédants et tout, mais pas de là à les accuser comme ça et à les poursuivre à coup de boules de feu… C’est super violent quand même !
– Vous croyez qu’on devrait prévenir quelqu’un ? Suggéra Valentine d’un ton inquiet. Il ne cherche quand même pas à le tuer, si ?
– Dans tous les cas, je pense qu’on devrait essayer de l’arrêter. » Déclara Cédric en se levant.

Les trois autres approuvèrent et s’élancèrent à la poursuite des deux garçons, même s’ils avaient un retard conséquent et que Valentine et Cédric avaient du mal à respirer correctement l’air chargé d’énergie du monde magique. Ils n’eurent pas à courir longtemps. Henry et le garçon blond issu des Belles Gens avaient été interceptés par monsieur Haut Castel, qui était le professeur principal de la classe du feu, classe dans laquelle se trouvait Henry. Monsieur Haut Castel ne paraissait pas en colère. Il se tenait droit dans ses bottes dépareillées et avait séparé les deux collégiens.

Le professeur principal de la classe du feu accueillit les quatre amis de son sourire avenant et déclara : « Allons allons, voilà que toute cette agitation attire du monde. Vous pouvez circuler, les enfants, je m’occupe de ces deux-là.
– Mais vous ne comprenez pas, persista Henry à l’intention de monsieur Haut Castel. Il fallait absolument que je l’arrête, il est en relation avec des mages dangereux…
– Les élèves ne doivent pas agresser leurs camarades, ni faire la justice eux-mêmes, le gourmanda gentiment le professeur. Surtout sur de simples présomptions. Allez, venez, je vous emmène voir madame Dumoulin. »

Cédric estimait que monsieur Haut Castel prenait cette altercation un peu trop à la légère. Peut-être n’avait-il pas vu qu’Henry avait essayer de brûler vif son camarade, ou alors il était sensible à sa condition d’orphelin. L’histoire que Cédric avait si souvent vue se déroulait de nouveau. Stéphanie lui prit le bras pour lui faire signe qu’ils devaient s’en aller. Le garçon haussa les épaules et s’éloigna avec ses amis.

« N’y pense plus, lui conseilla Stéphanie qui connaissait aussi Henry de l’année d’avant. Tu sais bien qu’il aime se rendre intéressant.
– Moui mais je trouve qu’il pousse le bouchon de plus en plus loin, grommela Cédric.
– Ne t’embête pas avec lui, intervint Valentine. Après tout, il ne nous concerne pas.
– Je suis d’accord avec Cédric ! S’écria Jérémy. Il est gonflé ce…
– Henry, lui souffla Stéphanie.
– Il est gonflé ce Henry ! Reprit le garçon brun. Il se permet beaucoup de choses je trouve. Et en plus, je trouve que ça nous concerne un peu quelque part, parce qu’il a parlé de la Confrérie des Cinq Eléments. Et cette confrérie concerne Cédric de près quand même ! »

Nul ne pouvait nier que les propos de Jérémy faisaient sens. Cédric approuvait aussi, mais il craignait que cela n’implique d’aller demander à Henry ce qu’il savait. Déjà, parce qu’il n’avait pas envie de lui parler, mais aussi parce qu’il ne voulait pas que Henry pense qu’il avait lui-même une histoire en rapport avec la Confrérie des Cinq Eléments. « Il faudrait peut-être parler avec ce Henry finalement, suggéra Valentine. Il a peut-être des choses intéressantes à nous raconter sur ces mages qui recherchent Cédric. »

Celui-ci soupira ; voilà exactement le type de proposition qu’il redoutait. « Il faudrait que ça soit quelqu’un d’autre que Cédric qui aille lui en parler par contre, proposa ensuite Stéphanie. Je pense que c’est mieux de le garder à l’écart pour qu’Henry n’ait pas envie de fouiner de son côté.
– Qui alors ? S’enquit Jérémy.
– Pourquoi pas toi ? Suggéra Stéphanie avec un grand sourire. Après tout, tu es le plus bavard d’entre nous ! »

Le garçon brun parut livrer une lutte intérieure pour déterminer si c’était une moquerie ou un compliment. Il afficha finalement un grand sourire : « J’accepte la mission de confiance, décréta-t-il sur un ton réjoui. Mais pas aujourd’hui ! Parce qu’aujourd’hui, on fait la fête !
– Et aussi parce qu’aujourd’hui, Henry a été emmené chez Dumoulin, précisa Stéphanie.
– Mais arrête de te moquer de moi ! » Ronchonna Jérémy, comme s’il était vexé. En réalité, il arborait un grand sourire.

Une fois leur plan d’action mis au point, ils décidèrent d’un commun accord de recommencer à profiter des réjouissances. La nuit tombait vite en fin d’après-midi et un feu d’artifice devait avoir lieu à cette occasion. Les enfants avaient eu le droit de rester un peu plus longtemps que l’heure de la fermeture habituelle du collège pour cette occasion. Ils ne furent pas déçus : le feu d’artifice s’avéra grandiose. Pendant une heure, des scènes colorées sur le thème de samhain se succédèrent dans le ciel nocturne.

En rentrant chez lui ce soir là, Cédric se sentait un magicien heureux et il avait de joyeux souvenirs plein la tête. Ces souvenirs lui donnèrent du baume au cœur pour la suite. En effet, les semaines qui suivirent furent parsemées de moult contrôles et autres interrogations. Et, autant il s’en sortait à peu près sur le plan théorique, autant il avait toujours du mal à briller sur le plan pratique.

Pourtant il s’entraînait souvent pendant les heures d’étude et il était devenu très motivé pour les cours de défense magique depuis que ses amis l’avaient rejoint. Ce fut d’ailleurs à ces occasions que Jérémy tenta un rapprochement avec Henry pour le questionner sur ce qu’il savait à propos de la Confrérie des Cinq Eléments. C’est ainsi qu’ils apprirent que ce regroupement de mages était à l’origine de la mort de ses parents. Henry ne savait pas lequel des cinq l’avait rendu orphelin, en raison de quoi il leur vouait à tous une haine tenace. Et, Cédric devait bien l’avouer, c’était compréhensible.

En dehors de cela et de ce que le groupe d’amis savait déjà, Henry n’avait pas beaucoup de nouvelles informations à propos de cette confrérie. Il continuait d’accuser Guilhelm des Bouleaux, le garçon très blond qu’il avait poursuivi le jour de la fête de samhain, d’avoir des accointances avec la confrérie. En réalité, il s’agissait plutôt de la famille des Bouleaux dans son ensemble, mais Guilhelm défendait les points de vue de sa famille, comme cela arrive souvent.

Stéphanie et Jérémy avaient tenté d’argumenter qu’ils n’estimaient pas que c’était une raison suffisante pour agresser ce pauvre Guilhelm, tout antipathique soit-il. En son for intérieur, Cédric les approuvait. Henry n’était pas de cet avis et préférait considérer qu’il était de son devoir de trouver toutes les preuves incriminantes possibles à l’encontre de Guilhelm et de ses parents. Et ce, même s’il devait enfreindre des règlements scolaires pour ça et même si ce qu’il faisait pouvait passer pour du harcèlement. Pour Henry, la clef vers la Confrérie des Cinq Eléments passait par les des Bouleaux et la fin justifiait les moyens.

Alors que les esprits s’échauffaient, Cédric calma ses deux amis outrés avec le soutien de Valentine. Pour eux, il ne servait à rien d’essayer de raisonner Henry et, surtout, cela ne valait pas la peine de se disputer. Surtout que monsieur Apowain s’apprêtait à intervenir. Son regard désapprobateur était une mise en garde suffisante et suffit à calmer les élèves sur le point d’en venir aux poings. Après cela, Henry se montra moins chaleureux à leur égard. Surtout à l’égard de Jérémy et Stéphanie qui le trouvaient trop violent.

 

L’automne avançait inexorablement et les premiers froids glaciaux firent leur arrivée peu de temps après samhain. C’est dans cette ambiance froide, accroupi et concentré dans le gymnase peu chauffé, que Cédric bascula au sein même de son esprit. En fermant les yeux, il se retrouva dans une pièce où tout semblait constitué de volutes. La vieille femme qui lui avait parlé la première fois était assise sur un fauteuil, devant un feu de cheminée crépitant. Elle fit apparaître un deuxième fauteuil identique au sien et invita le garçon à s’y asseoir.

« Nous sommes dans un coin de ton esprit que j’ai aménagé pour l’occasion, lui expliqua-t-elle. J’avais l’impression que tu grelottais de froid, du coup je me suis dit que cela te ferait plaisir d’être dans un salon douillet et au chaud.
– Merci.
– Je suis désolée de ne pas être revenue plus tôt, mais j’avais quelques soucis, poursuivit la vieille femme.
– Je comprends, lui assura Cédric. Je suppose que vous êtes Hildegarde, c’est ça ?
– Oui c’est moi, quel petit perspicace !
– Et vous avez des problèmes avec la Confrérie des Cinq Eléments ?
– Exactement, acquiesça Hildegarde avec un regard admiratif. Je vois que tu as déjà démêlé pas mal de choses, mon garçon. »

Cédric sourit sous les compliments. Ce n’était pas toujours facile à dire avec les vieilles femmes, mais celle-là lui avait paru sincère. « Bon. Puisque tu sais déjà tout, reprit Hildegarde, as-tu des questions ?
– Oui, j’ai des questions à propos de mon catalyseur de brume, en profita le garçon.
– Ah ? Tiens donc.
– Oui, j’ai beaucoup de mal à le maîtriser pour catalyser des grands volumes de magie, expliqua Cédric. Et comme vous êtes une maîtresse du brouillard… accomplie, je voudrais savoir si vous aviez des conseils. »

La vieille femme pouffa de rire. « Accomplie, voilà un terme flatteur pour mon expérience ! Se réjouit-elle. Oui, j’ai des conseils pour toi.
– Oh ! Lesquels ?
– Tout d’abord, avant de pouvoir catalyser de gros volumes de magie, il faut que tu apprennes à catalyser parfaitement le peu que tu arrives à rassembler, expliqua Hildegarde sur un ton docte. Et quand je dis parfaitement, ce n’est pas un vain mot ! Il faudra que tu maîtrises la moindre étincelle magique pour la façonner selon ta volonté avant d’avoir accès au plein potentiel de ton pouvoir.
– Comment ça, au plein potentiel de mon pouvoir ? Je n’ai pas tout ?
– Oh non malheureux, pouffa la vieille femme. Les volumes de magie que peut catalyser un maître du brouillard qui possède un catalyseur de la brume sont titanesques ! Et c’est impossible à gérer pour un jeune magicien non-initié. C’est pourquoi j’ai bloqué en partie ta capacité à absorber la magie.
– Quoi ? S’étonna Cédric. Mais pourquoi ?
– Je viens de te le dire, s’amusa Hildegarde. Tu aurais subi un trop plein de magie et qui sait ce qui aurait pu t’arriver. »

Le garçon mit un moment à digérer l’information. Suite à quoi, il s’enquit : « Je ne suis pas nul alors ?
– Hahaha ! Bien sûr que non ! S’esclaffa la vieille femme. Tu n’es pas nul, juste bridé. Je lâcherai les vannes lorsque tu sauras parfaitement maîtriser le peu que tu arrives à catalyser. Et puis… » Elle s’arrêta un instant, pensive.

« Cela donnera aussi à la Confrérie des Cinq Eléments un peu plus de fil à retordre pour te retrouver. Je te conseille de mettre ce temps à profit pour devenir le meilleur.
– Mais pourquoi ils en ont après moi ? Demanda Cédric.
– Parce que tu es un maître du brouillard. Ils vont certainement essayer de te rallier à leur cause. Et, s’ils n’y parviennent pas, juste te capturer et se servir de toi comme catalyseur leur suffira. Ils ont besoin de grosses sommes d’énergie élémentaire pour certains sortilèges qu’ils ont envie d’utiliser. »

Le garçon resta un moment à digérer ces nouvelles informations. « Oh ! Je pense que nous devons mettre fin à notre discussion : ton professeur et tes camarades risquent de s’inquiéter pour toi sinon.
– Ah, d’accord, balbutia Cédric.
– En parlant de notre conversation, tu devrais éviter d’en parler. Mieux vaut que cela reste un secret entre nous. »

L’apprenti-magicien acquiesça et il ouvrit les yeux dans le gymnase.

 

4058 glorieux mots pour les deux jours !