NaNoWriMo 2017 : À l’École de l’Autre Côté du Miroir, jour 9

Le lendemain, à la première heure de cours, les trois issus du monde non magique montrèrent à Jérémy des fournitures issues de chez eux. Le garçon brun fut enchanté par les stylos billes. Il en avait déjà entendu parler mais, comme il y avait peu d’échanges commerciaux, il n’avait jamais eu l’occasion d’en voir et encore moins d’en essayer. Ravi de cette découverte, il les utilisa pour prendre ses cours toute la journée et il leur trouva toutes les meilleures qualités du monde.

Ils avaient deux heures de magie pratique ce jour là. Leur emploi du temps indiquait beaucoup de cours de magie pratique, dont une grande partie allait être remplacée dans les semaines qui venaient par des cours de langues. Monsieur Apowain leur avait expliqué qu’ils allaient avoir besoin d’acquérir une certaine maîtrise de leur catalyseurs pour la plupart des cours. C’était pour cette raison que l’accent était mis sur la magie pratique pendant les premières semaines.

Pour ceux qui étaient en avance dans la maîtrise de leur catalyseur, le professeur leur indiqua quelques petits sortilèges de base sur lesquels s’entraîner. Valentine s’acquitta de l’exercice avec brio. De tous les exercices, en fait, sous les applaudissements de Stéphanie et les regards envieux d’autres élèves. Y compris celui de Cédric qui avait du mal à dompter sa brume.

Accroupi par terre, il essayait de retrouver l’état de la veille qui lui avait permis de discuter avec une maîtresse du brouillard. Elle lui avait dit qu’elle l’aiderait, il ne l’avait pas oublié ! Pourquoi ne l’aidait-elle pas ? Le garçon fixait ses volutes de brume avec tellement d’intensité que ses yeux se remplissaient de larmes. Têtu, il persista. Au bout de quelques secondes, il eut l’impression de distinguer un modèle qui se répétait dans les mouvements brumeux.

Il se concentra là-dessus.

Tout, autour de lui disparut. Il n’y avait plus ni gymnase ni élèves. Un homme se tenait cependant face à lui. Comme pour la vieille femme de la veille, son apparence, toute en niveaux de gris, semblait constituée de brouillard. « Bonjour, jeune homme, le salua l’homme en souriant.
– Bonjour, répondit Cédric. Qui êtes vous ? Un maître du brouillard ?
– Pas vraiment, déclara l’inconnu. Ils sont très rares, sais-tu ?
– Je l’ai entendu dire. »

Le garçon se sentait un peu sur la défensive. Il se méfiait des gens qu’ils ne connaissait pas. « Vois-tu, reprit l’homme, les maîtres du brouillard sont très dangereux.
– Ah bon ?
– Oui. Ils sont très puissants, ce qui en fait des cibles faciles pour l’orgueil. Et l’orgueil, ma foi, peut mener à de grandes catastrophes lorsqu’il s’empare de puissants mages.
– Cela ne me concerne pas vraiment, commenta l’apprenti-magicien. Je n’arrive même pas à maîtriser mon catalyseur. Je ne dois pas être bien puissant.
– Qui sait ? »

L’inconnu ouvrit la bouche pour continuer à parler, lorsqu’une voix retentit fortement et résonna dans tout l’être de Cédric. « LAISSE-LE ! » Tonna la voix. L’homme disparut dans un nuage de fumée crépitante, laissant derrière lui une faible odeur de brûlé. Le garçon n’était plus entouré que de néant. Il devait se réveiller. Ne sachant comment faire, il commença à paniquer.

C’est alors qu’il distingua des voix lointaines. Il n’était pas seul ! Le garçon se concentra sur ces voix. Il eut l’impression qu’elles appelaient son prénom. Quand il essaya de répondre, il ne produisit aucun son, mais les voix se faisaient plus fortes. « Cédric ! » Il reconnut Stéphanie mais ne parvint pas à lui répondre. « Cédric ! » L’apprenti-magicien perçut l’inquiétude dans l’intonation de son amie.

Il ouvrit brusquement les paupières. Toujours assis en tailleur, il était entouré de ses amis qui le fixaient avec anxiété. En revanche il ne voyait pas le reste du gymnase ; une brume épaisse les environnait. Monsieur Apowain apparut face à lui, le brouillard rendant ses mouvements encore plus mystérieux qu’à l’ordinaire. Le professeur se pencha vers lui et ses amis s’écartèrent un peu.

« Que t’est-il arrivé, Berger ?
– Je… J’ai eu peur, je crois.
– Vous croyez, nota monsieur Apowain avec un brin de moquerie. En tous cas, tout va bien, vous pouvez reprendre contenance. » Il fallut quelques secondes à Cédric pour comprendre que le professeur lui disait en fait d’abaisser le brouillard ambiant.

Il ne savait pas comment faire, mais il commença par inspirer profondément pour calmer les battements de son cœur. A son grand soulagement, la brume s’effilocha peu à peu. Comme répondant au soulagement du garçon, le brouillard redevint rapidement quelques petites volutes autour de lui. Le son ambiant reprit un volume normal, comme si la brume l’avait étouffé jusque là et Cédric réalisa que le gymnase résonnait d’un intense brouhaha.

Tous ses camarades le fixaient. Certains avec curiosité, d’autres avec révérence et quelques uns avec frayeur. Seuls ses trois amis avaient un air qui mêlait l’inquiétude sur son état au soulagement de le voir de nouveau conscient. Le garçon se sentit gêné. Jérémy lui tendit la main pour l’aider à se relever. Cédric accepta avec un sourire reconnaissant.

« Je pense qu’après tant d’émotions, tu peux t’octroyer une petite pause. » Lui enjoignit monsieur Apowain avec une pointe de sollicitude. Le garçon blond acquiesça et alla s’asseoir dans un coin, sur un gros tapis, où il en profita pour rassembler et trier ses idées. « Les autres, continuez ! » Lança le professeur au reste de la classe qui avait cessé toute activité depuis l’apparition du brouillard.

En sortant du cours, Jérémy, Stéphanie et Valentine racontèrent à Cédric ce qu’il s’était passé pendant qu’il était inconscient. « D’un coup tes yeux sont devenus tous blancs, expliqua Stéphanie en frissonnant à ce souvenir.
– Et là, le brouillard a envahi le gymnase tout d’un coup ! Renchérit Jérémy avec passion. C’était impressionnant ! Et ça faisait un peu peur aussi.
– Oui, appuya Valentine en faisant mine de poursuivre un champignon coloré qui s’enfuit en ronchonnant de sa voix aiguë. Ce n’était pas juste du brouillard : il crépitait de magie.
– Ça avait l’air dangereux et tu ne répondais pas, alors on s’est inquiétés… » Conclut Stéphanie en serrant sa loutre contre elle.

Cédric, touché par la sollicitude de ses amis auxquels s’était greffé un Matéo curieux, leur raconta ce qu’il avait vécu. Comme il était l’heure du déjeuner, il put aussi rapporter son expérience de la veille. « Ohlàlà c’est du lourd ton histoire, commenta Jérémy d’un air grave pendant que les plateaux-repas flottaient jusqu’à eux.
– Et tu ne sais pas qui sont ces gens que tu as vu… euh… dans ta tête ? S’enquit curieusement Stéphanie qui ne savait pas comment qualifier le néant que leur avait décrit Cédric.
– Non, je n’ai pas pensé à le leur demander, avoua celui-ci.
– Je n’y aurais pas pensé non plus, le rassura Valentine. Personne n’y aurait pensé, c’est tellement fou tout ce qu’il t’est arrivé !
– Il faudrait peut-être en parler à un professeur, non ? » Intervint Matéo.

Le silence se fit autour de la table pendant que les quatre autres réfléchissaient aux implications de la suggestion. Cédric n’était pas certain de vouloir en parler à des adultes. Les adultes avaient parfois de drôles de réactions lorsqu’un enfant leur racontait quelque chose qui sortait un tant soit peu de l’ordinaire. Or, ce qu’il avait vécu sortait carrément de l’ordinaire et c’était Jérémy, un apprenti-magicien originaire du monde magique, qui le lui avait confirmé.

D’un autre côté, un professeur saurait certainement quoi faire pour l’aider. Il n’en était pas entièrement certain, puisque d’après la magicienne qui lui avait donné ses fournitures scolaires, cela faisait des dizaines d’années que personne n’avait vu un maître du brouillard. La question était compliquée. Cédric se demandait s’il préfèrerait en parler à madame Verone ou à monsieur Apowain.

« Ou alors, tu ne leur en parles pas, c’est une solution aussi, ajouta Matéo. Tu fais comme tu le sens, je ne sais pas ce qui est le mieux : les deux solutions ont leurs avantages et leurs inconvénients. » Stéphanie et Valentine s’entre-regardèrent d’un air également perplexe face à cette déclaration.

« Parle-en plutôt à Verone, c’est notre prof principale, suggéra Jérémy qui avait un avis plus tranché sur la question. Apowain est pas mal pour un gars qui vient des Belles Gens, mais j’ai quand même plus de mal à lui faire confiance.
– Hmpf, lâcha Cédric. Je ne sais pas si Verone se montrera compréhensive à mon sujet. Elle est vraiment sévère !
– On peut venir avec toi si tu veux, lui proposa Stéphanie.
– En plus on l’a en cours cet après-midi, continua Valentine. Ce sera l’occasion, non ? »

Cédric hocha lentement la tête. Ca serait effectivement plus facile s’il était soutenu par ses amis. « Bon, d’accord, on fera ça à la fin de son cours… Et je veux bien que vous veniez avec moi. » Les autres acquiescèrent gravement, comme s’il venait de leur confier une mission de la plus haute importance.

Avant le cours de madame Verone, ils découvrirent celui de Biomagie [ou un autre, à vérifier] enseigné par monsieur Curin-Cocon. Ce professeur était d’un enthousiasme débordant, qu’il essayait de transmettre à ses élèves sans relâche. Il faisait des remarques au moindre élèves qui ne lui semblait pas suffisamment joyeux et sautillait de partout dans la salle de classe, accompagné de son catalyseur qui avait la forme d’une boîte de laquelle jaillissait régulièrement une tête de clown à ressorts.

Après ce cours nerveusement éprouvant pour les non habitués – autrement dit, toute la classe – et le cours rapide de madame Verone qui était intéressante mais exigeante, Cédric et ses amis se postèrent au lourd bureau de marbre gravé. Matéo était resté avec eux pour l’occasion. Leur professeure principale les gratifia d’un regard interrogateur, un sourcil levé.

« Que puis-je pour vous ?
– En fait, j’ai un problème, commença Cédric qui ne savait pas par quel bout introduire ses questionnements.
– Vous avez loupé une partie du cours en discutant avec votre ami Jérémy ? S’enquit madame Verone.
– Non non, répondit très vite le garçon blond en rougissant. C’est à cause de mon catalyseur de brouillard.
– Ah, tiens donc. » L’enseignante d’Histoire-Géographie parut aussitôt intéressée.

« En fait, j’ai eu du mal à le faire réagir au début, et après je me suis retrouvé dans le noir avec une vieille femme en brume qui me parlait. Et aujourd’hui ça m’a fait la même chose, sauf que c’est un homme qui est venu me parler et qu’il s’est fait chasser. Quand j’ai ouvert les yeux, j’avais rempli le gymnase de brouillard. » Le résumé du garçon étant maladroit et peu compréhensible, madame Verone lui posa quelques questions pour clarifier la situation.

« Mmmh, commenta-t-elle une fois qu’elle eut compris de quoi il retournait. Effectivement, ce n’est pas commun cette histoire, mais il semble souvent arriver ce genre de choses aux possesseurs de catalyseurs élémentaires. Pas au point de ce qu’il t’est arrivé par contre… » Elle avait l’air pensive et mâchouillait machinalement sa lèvre inférieure pendant qu’elle réfléchissait à la situation.

Cédric s’inquiétait un peu de la voir arborer un air aussi grave. « Je vais avoir des problèmes ? Demanda-t-il.
– Oh non non, rassure-toi, ce n’est pas grave, lui assura madame Verone. Je pense qu’il faut surtout que tu apprennes à maîtriser correctement ton catalyseur de magie. Les catalyseurs élémentaires demandent beaucoup de travail ! Il faut que j’en parle à certains de mes collègues : ils auront plus d’informations à ce sujet. Si le besoin s’en fait ressentir, je demanderai à l’un ou l’autre d’entre eux de te guider dans cet apprentissage. N’hésite pas à revenir me voir si la situation ne s’améliore pas, d’accord ? »

Le garçon blond acquiesça, rassuré par les propos de madame Verone. Ses amis aussi avaient l’air rassurés. Ils s’en furent tous les cinq terminer la récréation avant leur dernier cours de la journée, mathémagiques, et l’étude du soir. Cette fois, Cédric ne comptait pas se rendre au gymnase. Il avait des devoirs à rattraper et, surtout, ils préférait rester avec ses amis. Comme Jérémy qui passait l’étude avec eux alors que, vivant dans le monde magique, il pourrait rentrer chez lui.

 

2014 mots pour aujourd’hui ! Ça aurait pu être plus, mais j’ai bloqué presque toute la journée sans savoir quelle allait être l’étape suivante. Maintenant je pense que c’est débloqué.

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