NaNoWriMo 2017 : À l’École de l’Autre Côté du Miroir, jour 10

À peine les enfants furent-ils sortis de la salle que madame Verone pinça les lèvres. Voilà qui était fâcheux, songea-t-elle en son for intérieur. Maleflamme avait déjà trouvé le nouveau maître du Brouillard. Il n’avait pas perdu de temps… La professeure d’Histoire-Géographie secoua la tête. Elle devait aller voir les directeurs, l’établissement risquait d’être le témoin d’évènements dangereux si Maleflamme arrivait jusque là.

Sans compter que si ce dernier suivait le jeune Cédric Berger jusqu’au monde sans magie, il risquerait d’y causer beaucoup d’incidents. Jusqu’ici le monde sans magie avait été à l’abri des fourberies de Maleflamme car rien ne l’y intéressait. Tout en réfléchissant à des solutions pour préserver l’école et l’élève Berger de l’influence du mage, madame Verone se dépêcha de se rendre dans le bureau de madame Dumoulin, la directrice du collège. Des décisions devaient être prises.

 

Après leur dernière heure de cours, les élèves du monde sans magie accompagnés de Jérémy se retrouvèrent en salle d’étude. Tout en faisant leurs devoirs, Valentine, Stéphanie et Jérémy aidèrent Cédric à rattraper les quelques exercices qu’il n’avait pas pu faire la veille. Comme le temps d’étude était bien plus long que ce qu’il y avait besoin pour faire leurs devoirs, ils passèrent un long moment à discuter.

En même temps qu’ils discutaient, Cédric s’entraînait à donner des formes à son petit brouillard. C’était particulièrement laborieux, alors que les autres parvenaient à faire faire pratiquement ce qu’ils voulaient à leurs propres catalyseurs. Valentine faisait flotter ses cartes autour d’elle sans le moindre effort conscient, la loutre de Stéphanie lui obéissait au doigt et à l’œil et le Mollasson de Jérémy prenait des formes plus reconnaissables et durables d’heure en heure.

L’apprenti-mage blond avait l’impression que quelque chose l’empêchait de faire comme les autres. A la fin de la journée, il arrivait à peu près à diriger des volutes de brume dans les directions qu’il voulait ou à leur donner des formes approximatives, mais ce n’était pas très concluant. Et, surtout, l’exercice le fatiguait énormément. Toutes ces choses ne laissaient pas de l’irriter.

Il ruminait toujours sur le chemin pour rentrer chez lui. C’est pourquoi il fut surpris lorsque Stéphanie le poussa sur le côté, le faisant se cogner contre un mur. A la place de là où se trouvait Cédric une seconde auparavant, des flammes étaient brièvement apparues. Son amie était déjà en train de fouiller le crépuscule du regard en cas d’une autre agression. Elle tenait fermement sa loutre en peluche dans une main et Cédric était persuadé d’avoir vu l’animal bouger.

« J’ai entendu quelqu’un partir en courant, l’informa Stéphanie. Je pense que c’est bon maintenant.
– Tu as vu qui c’était ?
– Pas du tout, déplora la fillette brune. J’ai juste vu une gerbe de feu s’abattre sur nous, alors je t’ai poussé.
– Euh, merci, au fait. » Cédric réalisait qu’il l’avait échappée belle et que le magicien qui l’avait attaqué devait être puissant pour pouvoir utiliser la magie dans le monde sans magie.

Les deux enfants restèrent un instant silencieux. Puis, frissonnant dans les ombres de la nuit tombante, ils rentrèrent chez eux en courant. Ne sachant pas comment expliquer ce qui venait de lui arriver à ses parents – que pourraient-ils faire face à un magicien ? – le garçon blond s’efforça de faire bonne figure. Il quitta tout de même rapidement la table pour se réfugier dans sa chambre et réfléchir à ce qui venait de se produire.

Il était effrayé. Quelqu’un lui voulait du mal. Le garçon aurait à peine été brûlé par les quelques flammes qui s’étaient jetées sur lui, mais le fait de ne pas savoir qui ni pourquoi l’angoissait. Et puis le fait que cela s’était produit sur le chemin du collège lui donnait une angoisse supplémentaire. Cédric savait qu’il n’allait plus pouvoir aller en cours sans surveiller ses arrières.

Une heure plus tard, sa mère frappa à la porte de sa chambre. « Ric, c’est ta copine Stéphanie, elle veut te parler. » Lui dit-elle en lui tendant le téléphone de la maison. « Par contre attention, tu ne te couches pas après vingt deux heures. » Il s’illumina. Avec Stéphanie, il pourrait s’entendre pour ne pas se rendre au collège tout seul désormais. Il se disait qu’elle remarquerait les détails que lui ne verrait pas.

« Allo, tu vas bien ? S’enquit Stéphanie avec sollicitude.
– Oui, ça peut aller, répondit Cédric. Et toi ? Tu as failli être brûlée aussi…
– Moi ça va, lui assura son amie. En plus, on en a discuté avec Valentine et nous pensons toutes les deux que c’était toi la cible.
– Ah bon ? Pourquoi ça ? »

C’était l’avis du garçon également, mais il n’arrivait pas à trouver de bonnes raisons sur pourquoi quelqu’un attaquerait ainsi un simple collégien. « Tu n’es pas un simple collégiens, lui déclara sombrement Stéphanie. Tu es un magicien qui a un catalyseur du brouillard et c’est très rare.
– Et du coup on m’en veut pour ça ?
– Je ne pense pas qu’on t’en veuille personnellement, tu vois. Mais en cours d’histoire, madame Verone nous a expliqué que, de tout temps, il y avait eu des dissensions entre les différents catalyseurs des éléments. »

Cédric réfléchit quelques instants à la question. « Moui, lâcha-t-il. Je ne sais pas, ça ressemble surtout à des histoires entre adultes ça. Moi je ne fais pas partie d’un groupe politique ou quoi.
– Pas encore, répartit Stéphanie. Ce que je voulais dire, c’est que des gens de ces groupes risquent de te trouver dangereux et que d’autres risquent de te vouloir dans leurs rangs.
– Ohlàlà, tu penses que cette histoire est si compliquée que ça ?
– Je n’en sais rien. C’est juste une… hum, une hypothèse pour le moment. »

Le garçon poussa un long soupir. « Bon, pour le moment il n’y a aucun moyen de savoir ce qu’il se passe, déclara-t-il.
– C’est vrai, avoua son amie à l’autre bout du fil.
– Du coup, en attendant, ce que je te propose c’est qu’on aille au collège ensemble. Juste au cas où, je pense qu’on serait mieux à deux.
– D’accord, approuva Stéphanie qui n’avait pas le cœur à lui rappeler qu’ils étaient déjà tous les deux lorsqu’ils s’étaient fait agresser. On a qu’à dire qu’on se retrouve à moins le quart au bout de ta rue ?
– Ok, on aura qu’à faire ça. »

Ils discutèrent ensuite de sujets plus réjouissants. Comme le fait que madame Dunoyer avait des expressions bizarres et que monsieur Curin-Cocon était tellement enthousiaste que c’en était déroutant. Après quelques minutes de badinage, les deux amis finirent par raccroché et Cédric avait presque oublié ses angoisses et idées noires. Il s’endormit comme un bébé sans même prendre le temps de ranger le téléphone.

 

Plusieurs jours passèrent sans aucun incident. Cédric et Stéphanie racontèrent leur aventure à Valentine et Jérémy. La question fut soulevée de savoir s’il fallait en discuter avec madame Verone. Après tout, elle avait bien spécifié qu’il fallait venir lui parler si quelque chose sortait de l’ordinaire. Mais Cédric ne se sentait pas à l’aise à l’idée de parler avec leur professeure principale. Il lui avait fallu tout son courage et ses amis la dernière fois et cela n’avait pas donné grand chose.

Comme ses amis paraissaient quand même très inquiets par la situation, il leur assura qu’il irait voir madame Verone si un autre incident survenait. Les trois autres parurent se contenter de cette promesse, mais Cédric remarqua bien qu’ils ne le quittaient encore moins d’une semelle. Jérémy ne lui laissait pas un instant de répit et il voyait souvent une carte de Valentine le suivre lorsqu’il s’éloignait d’eux. Cette carte servait à surveiller qu’il ne lui arrivait rien de mal.

Le garçon blond était à la fois touché et un peu irrité par leur attitude. Il s’efforçait de ne pas laisser paraître son irritation car il était soulagé de ne pas se retrouver tout seul. Néanmoins il crut bien qu’il allait s’énerver contre eux lorsque madame Verone le convoqua à la fin d’un cours pour l’informer que, désormais, il suivrait une heure de cours de défense magique par semaine. Il fallut bien dix minutes ses amis pour le convaincre qu’ils n’avaient rien dit à personne.

Cédric n’osa pas retourner voir leur professeure principale pour lui demander pourquoi une telle chose avait été décidée et s’il avait le droit de refuser d’y participer. C’est pourquoi il se retrouva devant le gymnase, hésitant à y entrer. Il était environné d’un troupeau de champignons colorés qui se tenaient prêts à fuir au moindre mouvement suspect du garçon.

Une main se posa sur son épaule, le faisant sursauter. « Encore toi ? S’enquit Michel le lycéen.
– Oh euh… Balbutia Cédric un peu honteux d’avoir sursauté. Oui, je dois prendre un cours de défense magique.
– D’accord, et bien viens, ne reste pas planté là. »

L’apprenti-magicien du brouillard suivit son aîné dans la salle. Monsieur Apowain n’était pas en vue. En revanche, Cédric aperçut Henry, son ancien camarade de CM2 pour qui il éprouvait une certaine antipathie. Il se renfrogna d’autant plus lorsque Henry lui adressa un signe de main. Il répondit pour ne pas paraître impoli envers le garçon qui avait perdu ses parents. Comme il avait déjà été puni en école élémentaire pour ne pas avoir montré suffisamment de sollicitude envers ce pauvre petit orphelin, il se méfiait de son attitude envers lui.

Cédric en vint à se réjouir de voir monsieur Apowain arriver. Son soulagement fut de courte durée lorsque le professeur de magie pratique les informa qu’ils allaient être camarades pendant le cours de défense magique. « Et les autres aussi ? Ne put s’empêcher de demander Cédric en désignant les quelques autres élèves qui se trouvaient dans le gymnase.
– Non, l’informa platement monsieur Apowain. Eux sont là pour d’autres raisons. Les cours de défense magiques ne s’appliquent qu’à vous pour le moment. »

Le professeur se plaça face à eux et sortit le petit pendule de sa sacoche de ceinture. Il le tint devant lui jusqu’à ce qu’il crépite de magie et le lâcha. Le pendule resta suspendu en l’air. « Je vous l’ai sûrement déjà dit lors de l’un de mes cours, déclara monsieur Apowain, mais au delà des sortilèges divers que vous pourrez apprendre pendant votre scolarité, votre catalyseur sera votre meilleur allié. Il vous permettra de faire des choses uniques et à votre manière. »

Henry et Cédric acquiescèrent de concert. Ils l’avaient déjà entendu dire ce petit discours. Cette affirmation était d’ailleurs une des choses auxquelles le garçon blond pensait lorsqu’il essayait désespérément de maîtriser sa brume sans y arriver. Monsieur Apowain leur fit une démonstration de certaines choses qu’il pouvait faire avec son pendule. Comme c’était un catalyseur qui fonctionnait sur l’esprit, le professeur leur expliqua qu’il possédait certaines spécificités qu’ils ne pourraient pas reproduire avec leurs éléments. « Nos éléments ? » Répéta intérieurement Cédric.

C’est alors qu’il remarqua qu’Henry possédait quelques flammèches qui léchaient ses pieds. Leurs regards se croisèrent, mais Cédric détourna rapidement le sien. Monsieur Apowain fit mine de ne rien remarquer et leur expliqua quelques petites choses qu’ils pouvaient réaliser avec des éléments qui pouvaient leur servir de défense. Ils passèrent ensuite le reste de la séance à essayer de produire des boucliers élémentaires. Le garçon de la brume voyait tout à fait l’intérêt de se protéger avec le feu, comme le faisait Henry, mais ne comprenait pas en quoi un bouclier de brouillard pouvait l’aider.

Lorsqu’il posa la question au professeur à la fin du cours, une fois que Henry était parti, monsieur Apowain lui jeta un regard vif. « Mais voyons, Berger, le brouillard est à l’origine des quatre autres éléments. Il peut faire tout ce que font les autres. De plus… J’ai un peu menti tout à l’heure.
– Menti ? Ah bon ?
– Oui, le brouillard peut aussi produire des illusions, comme mon pendule. »

Sur ces paroles, le professeur lui tourna le dos et s’en fut, sans laisser le temps au garçon de poser d’autres questions. Cédric le trouvait vraiment bizarre avec ses manières des Belles Gens. Il leva les yeux au ciel, ne sachant pas s’il devait considérer les propos de monsieur Apowain comme encourageants. Puis il quitta le gymnase pour rejoindre ses amis pendant la dernière demi-heure d’étude qu’il restait. Evidemment, c’est seulement à ce moment là qu’il remarqua qu’une carte de Valentine était coincée dans sa poche.

A l’étude, ses amis l’accueillirent chaleureusement. La carte de Valentine rejoignit sa maîtresse et Jérémy tint absolument à lui montrer sa dernière prouesse en terme de maîtrise de catalyseur magique. Il parvenait désormais à changer son Mollasson en une réplique presque parfaite de la loutre de Stéphanie. La loutre voyait d’un mauvais œil cette rivale lutrine et cajolait sa maîtresse en défiant Mollasson du regard.

En voyant leur ami blond, se laisser tomber sur sa chaise en soupirant, les trois s’inquiétèrent. Il leur raconta alors Henry et, après avoir expliqué à Jérémy et Valentine qui était ce Henry, comment il avait toujours du mal à gérer son brouillard, qu’il ne savait pas si c’était utile pour se défendre et que monsieur Apowain n’était pas assez clair dans ses explications à son goût. Il s’interrompit en voyant Jérémy lui tendre un paquet de bonbons. « Tu as l’air tellement déprimé que je suis prêt à partager avec toi ce trésor sucré que vous m’avez offert ce matin. » Expliqua gravement le garçon brun.

Cédric ne put s’empêcher de sourire, prit un bonbon et remercia chaleureusement son ami. La discussion ne s’éternisa pas beaucoup plus. La demi-heure était passée vite et il était déjà temps de rentrer. Avant qu’ils ne passent le miroir, Jérémy leur proposa de les inviter chez lui le prochain vendredi soir. L’idée leur parut excellente et ils promirent de demander la permission. Cette nouvelle remonta le moral de Cédric à bloc.

 

2306 mots pour aujourd’hui. Et euh… voilà ^^

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