NaNoWriMo 2017 : À l’École de l’Autre Côté du Miroir, jour 11

L’invitation prit finalement effet deux semaines plus tard. Les parents de Valentine avaient mis du temps à accepter. Pourtant, la fillette blonde leur avait dit qu’elle irait dormir chez Stéphanie. Suite à quoi, la fillette brune avait été invitée à manger chez la famille Legrand pour qu’ils puissent vérifier si Stéphanie était suffisamment raisonnable. Cette dernière était une habituée de l’exercice et savait se comporter en petite fille modèle. Cela suffit à convaincre les parents de Valentine.

Le fameux vendredi soir arriva. Cédric en était particulièrement content, car ses progrès pour maîtriser sa brume étaient toujours infimes, la vieille dame qui avait dit qu’elle l’aiderait ne s’était pas manifestée depuis et Henry était meilleur pour gérer le feu que lui le brouillard pendant les cours de défenses magiques. La soirée entre amis était un moment sur lequel il misait beaucoup pour le mettre en joie.

Matéo allait aussi être dans la partie. En effet, lorsqu’il avait entendu dire que Jérémy avait proposé à Valentine, Stéphanie et Cédric de venir chez lui, il avait assuré qu’il serait là aussi. Pris de court, Jérémy n’avait pas su lui avouer qu’il n’était pas invité et les choses restèrent en l’état, dans un semi malaise permanent. C’est pourquoi, en ce vendredi pluvieux, après leur dernière heure de cours d’Expression, cinq collégiens sortirent de l’établissement côté magique et se dirigèrent joyeusement vers la maison de Jérémy.

Les quatre issus de monde non magique regardaient partout autour d’eux avec curiosité. Comme au sein du collège, il y avait de gros champignons colorés un peu partout, qui s’enfuyaient en ronchonnant de leurs voix aiguë. Et plus ils s’éloignaient de l’école, plus ils s’éloignaient de la petite ville qui l’entourait et plus il y avait de champignons colorés. De grandes plaines en partie boisées entouraient l’endroit à perte de vue.

« C’est marrant, commenta à ce propos Cédric. Je pensais que la ville de ce côté ci devait être aussi grosse que la nôtre.
– Ah bon ? Vôtre ville est plus grosse ? S’émerveilla Jérémy.
– Oui, beaucoup plus j’ai l’impression, confirma Stéphanie. Et puis il y a des voitures chez nous.
– Oh, ça nous aussi. » Lui assura le garçon brun en lui désignant une calèche.

« Hihi non ! S’esclaffa la fillette à la loutre. Je parle de voitures qui roulent toutes seules, sans chevaux !
– Qui roulent toutes seules ? S’étonna Jérémy. Mais je croyais qu’il n’y avait pas beaucoup de magie chez vous…
– Justement, comme nous ne pouvons pas utiliser la magie chez nous, nous avons dû trouver d’autres astuces pour nous simplifier la vie, intervint Valentine de sa voix douce.
– Comme les stylos billes ? Waaa ! Ca a l’air tellement génial votre monde ! J’ai super hâte que vous m’y invitiez… »

Sur leur lancée, ils continuèrent de parler à Jérémy des appareils que l’on pouvait trouver dans le monde sans magie. Leur conversation leur donna l’impression qu’ils n’avaient pas eu à marcher vingt minutes jusqu’à arriver en vue d’une petite ferme [est ce qu’on ne pourrait pas trouver quelque chose d’un peu plus original ?]. Ils avaient même traversé un bois qui, bien que peu étendu, paraissait très ancien avec ses gros arbres, les troncs moussus à terre et une odeur très prenante de humus. Dans la petite forêt, l’air paraissait encore plus froid que dans la plaine, alors même que les arbres faisaient barrage à la bise automnale.

« Bienvenue ! » Les accueillit joyeusement monsieur Rivière, le père de Jérémy. Cet homme semblait aussi jovial que son fils et portait un fouet à sa ceinture. Il les invita à l’intérieur, dans une cuisine proprette et encombrée, où il leur proposa du vin chaud aux épices pour se réchauffer, accompagné de tourte aux pommes. Les quatre enfants du monde non magique étaient impressionné qu’un adulte leur propose ainsi du vin, ce qui fit rire le père de Jérémy. Il leur expliqua que le vin cuit n’était presque plus alcoolisé, mais leur proposa du lait chaud au miel s’ils préféraient.

Le lait chaud au miel, ils avaient déjà tous eu l’occasion de goûter. Ils demandèrent donc tous du vin chaud. En plus, cela leur donnait l’impression de se sentir plus adultes qu’ils n’étaient. Quant aux tourtes aux pommes, elles furent englouties en moins de temps qu’il n’en faut pour le dire. Jérémy se rengorgea en les informant fièrement qu’il avait participé à leur confection. Il rougit de plaisir lorsque tous ses compagnons le félicitèrent d’avoir réussi d’aussi bonnes pâtisseries.

Une fois le goûter terminé, auquel avaient participé les trois sœurs de Jérémy, les Rivière firent visiter leur ferme aux quatre enfants du monde sans magie. Monsieur Rivière était éleveur et dresseur de bêtes de monte et de trait. [finalement je crois que ça sera bien une ferme, mais une grosse] La catégorie regroupait autant les poneys et les sangliers, que les griffons, en passant par les licornes et bien d’autres créatures différentes. Valentine resta en admiration devant les licornes, tandis que Stéphanie et Cédric lorgnaient sur les chevaux ailés et que Matéo bavait devant un griffon.

« Mais qui utilise des sangliers ou ces grosses chèvres ? S’enquit Cédric avec curiosité.
– Des personnes de petites races, lui expliqua fièrement un Jérémy ravi de faire partager son savoir. Comme les korrigans par exemple.
– Les sangliers sont rarement des montures, précisa son père. Plutôt des animaux de trait. Même si j’ai connu un satyre qui m’en avait commandé un à monter. »

Les enfants du monde sans magie étaient très impressionnés par les animaux de la ferme Rivière. Lorsqu’ils s’enquirent de savoir où se trouvait la mère de Jérémy, ce dernier leur expliqua qu’elle était en voyage d’affaires et qu’elle ne rentrerait pas avant le lendemain. Elle était diplomate entre la ville où se trouvait le collège et dont ils dépendaient et un royaume voisin de Belles Gens. Le garçon brun précisa que la plupart des élèves des Belles Gens qui étaient scolarisés avec eux venaient de ce royaume, nommé le royaume du Lac.

Après la visite de la ferme, la nuit était déjà entièrement tombée. Un filet de brume recouvrait les champs et les prés et on pouvait entendre les loups hurler au loin. « Il y a des loups ici ? Demanda Stéphanie avec de grands yeux écarquillés d’admiration autant que de frayeur.
– Oui, des loups, des ours, des lynx, des gloutons… Plein d’animaux dangereux, lui répondit Jérémy. Mais papa a mis des protections en place pour protéger ses bêtes. Au sein de la ferme, nous ne craignons rien. »

Ses amis furent rassurés de l’entendre. Aucun d’entre eux n’avait jamais entendu des loups hurler la nuit et cela s’avérait être une expérience effrayante. Ils se serrèrent les uns contre les autres sur le canapé du confortable salon des Rivière. Le père s’affairait dans la cuisine ; les enfants voyaient parfois le fouet se promener tout seul comme un serpent flottant pour aller chercher des ustensiles ou des ingrédients. Ils lui avaient proposé leur aide, mais il les avait envoyé discuter ou jouer ensemble dans le salon en leur disant qu’il ne les voulait pas dans ses pattes.

Jérémy leur proposa de s’entraîner à allumer un feu dans la cheminée, pour se réchauffer. En cette soirée d’automne – ils étaient alors en octobre – le froid était déjà bien pénétrant dans le monde magique. Les enfants avaient appris un sortilège pour allumer un feu dans une cuisine en cours de magie pratique et ils s’y essayèrent tous. La formule était simple et tous parvinrent à faire partir le feu.

Cédric était fasciné de voir que les catalyseurs produisaient tous un effet différent avec le même sortilège. En effet, un rayon avait jailli de la baguette de Matéo pour enflammer la petit bois, tandis que pour Stéphanie c’était sa loutre qui avait craché du feu dans l’âtre. Valentine avait jeté une de ses cartes dans la cheminée, dans laquelle elle explosa, avant de revenir, fumante, dans la main de la fillette blonde.

Mollasson était entré dans la cheminée où se changea en feu et, une fois que les flammes crépitaient hautes et claires dans la cheminée, il sortit sous sa forme mollassonne. Cédric, quant à lui, avait envoyé son brouillard dans la cheminée et les volutes brumeuses devinrent des volutes de fumée, jusqu’à ce que le feu parte. Ils s’applaudissaient à chaque fois, même s’il ne s’agissait pas d’un grand exploit. Ils étaient enthousiastes et se sentaient bien tous ensemble.

Ils mangèrent le repas du soir autour d’une immense table, dont la taille changeait selon le nombre de personnes qui s’y asseyait. Entre la famille Rivière et les invités, ils étaient tout de même huit autour de la table. Une table particulièrement bruyante, qui plus est, avec autant d’enfants autour, tous aussi excités que des puces. De plus, elle était tellement chargée de victuailles que les quatre invités avaient l’impression de se retrouver à un banquet. Ils en étaient enchantés.

Après manger, les huit paires de mains aidèrent le père de Jérémy à débarrasser les reliefs du repas. Avec autant de mains, ce fut très rapide et monsieur Rivière eut rapidement l’occasion d’aller faire une dernière fois le tour de ses animaux. Les enfants issus du monde sans magie se rendirent tous dans la chambre de Jérémy.

Ils jouèrent à des jeux magiques comme [trouver des exemples et les expliquer].

Et, une fois en pyjama, et fatigués, ils discutèrent encore pendant au moins une heure, avant de sombrer dans le sommeil. Cédric se trouvait dans le lit de Jérémy avec ce dernier, tandis que Matéo était suspendu dans un hamac qui traversait la pièce. Valentine et Stéphanie, quant à elles, se serraient l’une contre l’autre avec la loutre entre elles pour contrer le froid, installées sur un grand matelas au sol.

Alors qu’ils dormaient tous profondément, Cédric s’agita dans son sommeil. Et sa brume, autour de lui, commença à se répandre dans la pièce. Il rêva qu’il était un adulte, assis dans un grand fauteuil blanc devant un feu au centre d’une pièce. Autour de l’âtre se trouvaient quatre autres fauteuils, dont trois étaient occupés.

L’un, le bleu qui se situait juste à sa droite, par une jeune femme au regard doux qui paraissait avoir les cheveux trempés. Le suivant qui était gris se trouvait vide. Ensuite, un fauteuil rouge était occupé par un homme roux flamboyant. Puis, à sa gauche, le fauteuil marron était occupé par un être de petite taille – un nain reconnut Cédric – qui avait des tâches de terre sur le visage.

Pour une raison qui échappait au garçon, l’homme roux lui semblait familier. Celui-ci se leva et s’adressa à ses compagnons. « Je suis heureux de vous revoir ici, déclara-t-il. Je n’ai pas encore réussi à joindre de nouveau notre futur compagnon pour le convaincre de nous rejoindre. Quelque chose me bloque. Cela me fait du mal de l’avouer, mais je pense que Liselle avait raison lorsqu’elle affirmait que la vieille Hildegarde n’était toujours pas décédée. »

Cédric se sentit incliner la tête, comme s’il était Liselle et qu’il acceptait la reconnaissance du propos. Il était très perturbé : cette voix de l’homme roux, il était certain de l’avoir déjà entendue. Celui-ci reprit. « Elle doit cependant être bien affaiblie, cette vieille peau. Ce n’est qu’une question de temps avant que les barrières qu’elle a dû mettre en place ne me laissent passer.
– Nous devrions peut-être essayer de la retrouver dans ce cas. » Suggéra la jeune femme qui dégoulinait d’eau.

Elle avait une façon de parler très fluide et Cédric, en la regardant mieux, réalisa qu’elle n’était certainement pas humaine. Et elle ne faisait pas partie des Belles Gens non plus : elle ne possédait pas leur lumineuse prestance. Ses canines étaient plus longues que ne le seraient des canines humaine, ses yeux étaient entièrement bleus sans iris et des branchies externes parsemaient ses cheveux dans la zone derrière les oreilles et du cou. Sa peau était d’un léger bleu irisé. Une morganez, une fée de l’eau, voilà ce que le garçon avait à côté de lui. Les Belles Gens, eux, étaient des fés des forêts.

Cédric se sentait mal à l’aise. Il avait conscience d’être dans un rêve, mais il ne savait pas comment se réveiller. Et tout paraissait tellement réel ! La réunion continuait d’ailleurs sur un débat pour savoir si c’était vraiment utile de pourchasser Hildegarde ou s’il valait mieux trouver d’autres moyens de mettre la main sur le jeune maître du brouillard. Cela mit le garçon encore plus mal à l’aise.

C’est alors qu’il se souvint d’où il avait entendu la voix de l’homme roux. C’était lui la deuxième personne qui était venue lui parler pendant qu’il s’entraînait en cours de magie pratique, quand il avait rempli la salle de brume. Ainsi cet homme le recherchait ? Pourquoi avait-il besoin d’un jeune garçon comme lui ? Surtout qu’il lui avait dit qu’il était dangereux. Cédric déglutit intérieurement. Peut-être qu’il le recherchait justement parce qu’il était dangereux…

Finalement, il se réveilla en sursaut. Il ne savait pas s’il avait réussi à ouvrir les yeux de son propre chef ou si on l’avait aidé. Constatant qu’il avait laissé son brouillard s’étendre de partout, il s’efforça de se calmer. Cédric n’avait jamais fait un tel rêve et ses filaments de brume ne s’étaient jamais éparpillés ainsi en dehors du monde magique. Il fit l’hypothèse que tout cela avait un lien. Pourtant, c’était dans le monde sans magie qu’il avait été agressé. Peut-être que cela n’avait rien à voir ?

Redressé dans le lit, il se prit la tête entre les mains. Il ne comprenait pas ce qui lui arrivait et il trouvait toute cette situation très angoissante. Sentant que des sanglots arrivaient, il s’efforça de ne pas les laisser s’échapper, pour ne pas réveiller les autres. Il ne voulait pas qu’ils le voient ainsi pleurer comme un bébé après un mauvais rêve. Etait-ce vraiment un mauvais rêve ? Le souvenir n’en était pas flou et diffus, mais terriblement clair et net. C’était bizarre et inquiétant.

Cédric se recoucha, se demandant comment il allait retrouver le sommeil. Alors qu’il s’enfonçait dans la torpeur de l’assoupissement, un soudain poids sur son ventre le réveilla en sursaut. « Pfff… Mollasson, pousse-toi… » Marmonna-t-il tout bas. Le catalyseur de magie de Jérémy s’était installé sur lui et ne paraissait pas vouloir le quitter. Le garçon blond soupira et abandonna le duel contre Mollasson.
Il se tourna sur le côté et en quelques secondes, il était de nouveau endormi.

 

Au réveil, le samedi matin, tout le monde semblait avoir eu une nuit peuplée de rêves divers et variés. Et, comme tous ses amis racontaient leurs rêves, Cédric rapporta le sien également. Il se disait qu’il aurait l’air moins bizarre s’il le racontait au milieu de tous les autres rêves. Mais il se trompait : ses amis ne se laissèrent pas avoir par son ton badin. Plus il avançait dans sa narration, plus leurs mines se faisaient graves et inquiètes.

« Ca fait peur ton rêve quand même, déclara Jérémy tout de go.
– Super peur même, appuya Stéphanie. Je n’en reviens pas que tu ne te sois pas réveillé en hurlant cette nuit !
– J’ai bien failli… Avoua Cédric.
– Ca rentre dans les incidents à raconter à madame Verone, ça, non ? Supposa Valentine. Cette histoire a l’air très grave.
– Oui, il faudrait peut-être mieux en parler, intervint Matéo.
– Je n’ai pas envie d’en parler à Verone, soupira l’apprenti maître du brouillard.
– Oui, c’est vrai que peut-être il vaudrait mieux ne pas en parler. » Acquiesça de nouveau Matéo.

Les quatre autres lui jetèrent des regards perplexes ; ce n’était pas la première fois que le garçon modulait son avis en fonction de celui de la dernière personne qui avait parlé. Sauf que ce n’était pas très utile. Jérémy secoua la tête et reprit le sujet initial, en déclarant sombrement que ce que leur avait décrit Cédric lui faisait penser à des faits divers qui avaient eu lieu dans le monde magique.

Son père lui avait raconté que, l’année de sa naissance, un groupe de magiciens, qui avaient pris le nom de la Confrérie des Cinq Éléments, avaient tenté de renverser un royaume voisin. Un royaume de korrigans nommé Ker-Marec. La rumeur disait que ce n’était qu’une étape de leur plan, mais aucune preuve n’avait jamais pu être apportée à ça. Ce groupe de magiciens était formé de personnes extrêmement brillantes dans leur domaine. Leur domaine étant pour chacun l’un des cinq éléments.

Leur chef était un maître du feu répondant au nom de Maleflamme. Il était perclus de bonnes intentions mais était doté d’un très mauvais caractère. Il s’emportait souvent et ses colères étaient explosives. Il était d’autant plus doué en maîtrise du feu que son catalyseur n’étaient autres que les flammes, comme pour Henry, le garçon que Cédric n’appréciait pas.

Les autres maîtres avaient tous des affinités pour un élément en particulier, mais ne possédaient pas forcément un catalyseur de l’élément en question. C’était le cas pour leur maître du brouillard qui se nommait Ancelin de Blancherive : il maîtrisait les volutes de brume à la perfection, mais son catalyseur n’était pas le brouillard lui-même, contrairement à Cédric. C’était peut-être ce qui avait causé sa perte.

En effet, Ancelin était le seul membre de la Confrérie des Cinq Éléments qui avait été retrouvé. Mais il avait été retrouvé mort, après un terrible combat contre une des plus grandes magiciennes de son temps : Hildegarde Puisatier, qui était, elle, une maîtresse du brouillard qui possédait le catalyseur de la brume. Le fait qu’ils n’avaient d’Ancelin qu’un cadavre, ne permit pas de lui extorquer des informations pour mettre la main sur les autres.

Après cette bataille, plus personne n’entendit parler des autres membres de la Confrérie des Cinq Éléments. Mais certaines rumeurs se colportent parfois sur une action ou une mystérieuse personne qui pourraient être liées à eux. Les parents de Jérémy étaient persuadés qu’un jour ou l’autre ils ressortiraient de l’ombre et que, ce jour là, il faudrait se tenir sur ses gardes. Plus longtemps cette confrérie de mages se préparait, plus ils seraient à craindre.

 

3023 mots pour aujourd’hui, youpiii \o/ Et en plus les personnages consentent enfin à m’expliquer des trucs sur l’intrigue, c’est pas trop tôt !

NaNoWriMo 2017 : À l’École de l’Autre Côté du Miroir, jour 10

À peine les enfants furent-ils sortis de la salle que madame Verone pinça les lèvres. Voilà qui était fâcheux, songea-t-elle en son for intérieur. Maleflamme avait déjà trouvé le nouveau maître du Brouillard. Il n’avait pas perdu de temps… La professeure d’Histoire-Géographie secoua la tête. Elle devait aller voir les directeurs, l’établissement risquait d’être le témoin d’évènements dangereux si Maleflamme arrivait jusque là.

Sans compter que si ce dernier suivait le jeune Cédric Berger jusqu’au monde sans magie, il risquerait d’y causer beaucoup d’incidents. Jusqu’ici le monde sans magie avait été à l’abri des fourberies de Maleflamme car rien ne l’y intéressait. Tout en réfléchissant à des solutions pour préserver l’école et l’élève Berger de l’influence du mage, madame Verone se dépêcha de se rendre dans le bureau de madame Dumoulin, la directrice du collège. Des décisions devaient être prises.

 

Après leur dernière heure de cours, les élèves du monde sans magie accompagnés de Jérémy se retrouvèrent en salle d’étude. Tout en faisant leurs devoirs, Valentine, Stéphanie et Jérémy aidèrent Cédric à rattraper les quelques exercices qu’il n’avait pas pu faire la veille. Comme le temps d’étude était bien plus long que ce qu’il y avait besoin pour faire leurs devoirs, ils passèrent un long moment à discuter.

En même temps qu’ils discutaient, Cédric s’entraînait à donner des formes à son petit brouillard. C’était particulièrement laborieux, alors que les autres parvenaient à faire faire pratiquement ce qu’ils voulaient à leurs propres catalyseurs. Valentine faisait flotter ses cartes autour d’elle sans le moindre effort conscient, la loutre de Stéphanie lui obéissait au doigt et à l’œil et le Mollasson de Jérémy prenait des formes plus reconnaissables et durables d’heure en heure.

L’apprenti-mage blond avait l’impression que quelque chose l’empêchait de faire comme les autres. A la fin de la journée, il arrivait à peu près à diriger des volutes de brume dans les directions qu’il voulait ou à leur donner des formes approximatives, mais ce n’était pas très concluant. Et, surtout, l’exercice le fatiguait énormément. Toutes ces choses ne laissaient pas de l’irriter.

Il ruminait toujours sur le chemin pour rentrer chez lui. C’est pourquoi il fut surpris lorsque Stéphanie le poussa sur le côté, le faisant se cogner contre un mur. A la place de là où se trouvait Cédric une seconde auparavant, des flammes étaient brièvement apparues. Son amie était déjà en train de fouiller le crépuscule du regard en cas d’une autre agression. Elle tenait fermement sa loutre en peluche dans une main et Cédric était persuadé d’avoir vu l’animal bouger.

« J’ai entendu quelqu’un partir en courant, l’informa Stéphanie. Je pense que c’est bon maintenant.
– Tu as vu qui c’était ?
– Pas du tout, déplora la fillette brune. J’ai juste vu une gerbe de feu s’abattre sur nous, alors je t’ai poussé.
– Euh, merci, au fait. » Cédric réalisait qu’il l’avait échappée belle et que le magicien qui l’avait attaqué devait être puissant pour pouvoir utiliser la magie dans le monde sans magie.

Les deux enfants restèrent un instant silencieux. Puis, frissonnant dans les ombres de la nuit tombante, ils rentrèrent chez eux en courant. Ne sachant pas comment expliquer ce qui venait de lui arriver à ses parents – que pourraient-ils faire face à un magicien ? – le garçon blond s’efforça de faire bonne figure. Il quitta tout de même rapidement la table pour se réfugier dans sa chambre et réfléchir à ce qui venait de se produire.

Il était effrayé. Quelqu’un lui voulait du mal. Le garçon aurait à peine été brûlé par les quelques flammes qui s’étaient jetées sur lui, mais le fait de ne pas savoir qui ni pourquoi l’angoissait. Et puis le fait que cela s’était produit sur le chemin du collège lui donnait une angoisse supplémentaire. Cédric savait qu’il n’allait plus pouvoir aller en cours sans surveiller ses arrières.

Une heure plus tard, sa mère frappa à la porte de sa chambre. « Ric, c’est ta copine Stéphanie, elle veut te parler. » Lui dit-elle en lui tendant le téléphone de la maison. « Par contre attention, tu ne te couches pas après vingt deux heures. » Il s’illumina. Avec Stéphanie, il pourrait s’entendre pour ne pas se rendre au collège tout seul désormais. Il se disait qu’elle remarquerait les détails que lui ne verrait pas.

« Allo, tu vas bien ? S’enquit Stéphanie avec sollicitude.
– Oui, ça peut aller, répondit Cédric. Et toi ? Tu as failli être brûlée aussi…
– Moi ça va, lui assura son amie. En plus, on en a discuté avec Valentine et nous pensons toutes les deux que c’était toi la cible.
– Ah bon ? Pourquoi ça ? »

C’était l’avis du garçon également, mais il n’arrivait pas à trouver de bonnes raisons sur pourquoi quelqu’un attaquerait ainsi un simple collégien. « Tu n’es pas un simple collégiens, lui déclara sombrement Stéphanie. Tu es un magicien qui a un catalyseur du brouillard et c’est très rare.
– Et du coup on m’en veut pour ça ?
– Je ne pense pas qu’on t’en veuille personnellement, tu vois. Mais en cours d’histoire, madame Verone nous a expliqué que, de tout temps, il y avait eu des dissensions entre les différents catalyseurs des éléments. »

Cédric réfléchit quelques instants à la question. « Moui, lâcha-t-il. Je ne sais pas, ça ressemble surtout à des histoires entre adultes ça. Moi je ne fais pas partie d’un groupe politique ou quoi.
– Pas encore, répartit Stéphanie. Ce que je voulais dire, c’est que des gens de ces groupes risquent de te trouver dangereux et que d’autres risquent de te vouloir dans leurs rangs.
– Ohlàlà, tu penses que cette histoire est si compliquée que ça ?
– Je n’en sais rien. C’est juste une… hum, une hypothèse pour le moment. »

Le garçon poussa un long soupir. « Bon, pour le moment il n’y a aucun moyen de savoir ce qu’il se passe, déclara-t-il.
– C’est vrai, avoua son amie à l’autre bout du fil.
– Du coup, en attendant, ce que je te propose c’est qu’on aille au collège ensemble. Juste au cas où, je pense qu’on serait mieux à deux.
– D’accord, approuva Stéphanie qui n’avait pas le cœur à lui rappeler qu’ils étaient déjà tous les deux lorsqu’ils s’étaient fait agresser. On a qu’à dire qu’on se retrouve à moins le quart au bout de ta rue ?
– Ok, on aura qu’à faire ça. »

Ils discutèrent ensuite de sujets plus réjouissants. Comme le fait que madame Dunoyer avait des expressions bizarres et que monsieur Curin-Cocon était tellement enthousiaste que c’en était déroutant. Après quelques minutes de badinage, les deux amis finirent par raccroché et Cédric avait presque oublié ses angoisses et idées noires. Il s’endormit comme un bébé sans même prendre le temps de ranger le téléphone.

 

Plusieurs jours passèrent sans aucun incident. Cédric et Stéphanie racontèrent leur aventure à Valentine et Jérémy. La question fut soulevée de savoir s’il fallait en discuter avec madame Verone. Après tout, elle avait bien spécifié qu’il fallait venir lui parler si quelque chose sortait de l’ordinaire. Mais Cédric ne se sentait pas à l’aise à l’idée de parler avec leur professeure principale. Il lui avait fallu tout son courage et ses amis la dernière fois et cela n’avait pas donné grand chose.

Comme ses amis paraissaient quand même très inquiets par la situation, il leur assura qu’il irait voir madame Verone si un autre incident survenait. Les trois autres parurent se contenter de cette promesse, mais Cédric remarqua bien qu’ils ne le quittaient encore moins d’une semelle. Jérémy ne lui laissait pas un instant de répit et il voyait souvent une carte de Valentine le suivre lorsqu’il s’éloignait d’eux. Cette carte servait à surveiller qu’il ne lui arrivait rien de mal.

Le garçon blond était à la fois touché et un peu irrité par leur attitude. Il s’efforçait de ne pas laisser paraître son irritation car il était soulagé de ne pas se retrouver tout seul. Néanmoins il crut bien qu’il allait s’énerver contre eux lorsque madame Verone le convoqua à la fin d’un cours pour l’informer que, désormais, il suivrait une heure de cours de défense magique par semaine. Il fallut bien dix minutes ses amis pour le convaincre qu’ils n’avaient rien dit à personne.

Cédric n’osa pas retourner voir leur professeure principale pour lui demander pourquoi une telle chose avait été décidée et s’il avait le droit de refuser d’y participer. C’est pourquoi il se retrouva devant le gymnase, hésitant à y entrer. Il était environné d’un troupeau de champignons colorés qui se tenaient prêts à fuir au moindre mouvement suspect du garçon.

Une main se posa sur son épaule, le faisant sursauter. « Encore toi ? S’enquit Michel le lycéen.
– Oh euh… Balbutia Cédric un peu honteux d’avoir sursauté. Oui, je dois prendre un cours de défense magique.
– D’accord, et bien viens, ne reste pas planté là. »

L’apprenti-magicien du brouillard suivit son aîné dans la salle. Monsieur Apowain n’était pas en vue. En revanche, Cédric aperçut Henry, son ancien camarade de CM2 pour qui il éprouvait une certaine antipathie. Il se renfrogna d’autant plus lorsque Henry lui adressa un signe de main. Il répondit pour ne pas paraître impoli envers le garçon qui avait perdu ses parents. Comme il avait déjà été puni en école élémentaire pour ne pas avoir montré suffisamment de sollicitude envers ce pauvre petit orphelin, il se méfiait de son attitude envers lui.

Cédric en vint à se réjouir de voir monsieur Apowain arriver. Son soulagement fut de courte durée lorsque le professeur de magie pratique les informa qu’ils allaient être camarades pendant le cours de défense magique. « Et les autres aussi ? Ne put s’empêcher de demander Cédric en désignant les quelques autres élèves qui se trouvaient dans le gymnase.
– Non, l’informa platement monsieur Apowain. Eux sont là pour d’autres raisons. Les cours de défense magiques ne s’appliquent qu’à vous pour le moment. »

Le professeur se plaça face à eux et sortit le petit pendule de sa sacoche de ceinture. Il le tint devant lui jusqu’à ce qu’il crépite de magie et le lâcha. Le pendule resta suspendu en l’air. « Je vous l’ai sûrement déjà dit lors de l’un de mes cours, déclara monsieur Apowain, mais au delà des sortilèges divers que vous pourrez apprendre pendant votre scolarité, votre catalyseur sera votre meilleur allié. Il vous permettra de faire des choses uniques et à votre manière. »

Henry et Cédric acquiescèrent de concert. Ils l’avaient déjà entendu dire ce petit discours. Cette affirmation était d’ailleurs une des choses auxquelles le garçon blond pensait lorsqu’il essayait désespérément de maîtriser sa brume sans y arriver. Monsieur Apowain leur fit une démonstration de certaines choses qu’il pouvait faire avec son pendule. Comme c’était un catalyseur qui fonctionnait sur l’esprit, le professeur leur expliqua qu’il possédait certaines spécificités qu’ils ne pourraient pas reproduire avec leurs éléments. « Nos éléments ? » Répéta intérieurement Cédric.

C’est alors qu’il remarqua qu’Henry possédait quelques flammèches qui léchaient ses pieds. Leurs regards se croisèrent, mais Cédric détourna rapidement le sien. Monsieur Apowain fit mine de ne rien remarquer et leur expliqua quelques petites choses qu’ils pouvaient réaliser avec des éléments qui pouvaient leur servir de défense. Ils passèrent ensuite le reste de la séance à essayer de produire des boucliers élémentaires. Le garçon de la brume voyait tout à fait l’intérêt de se protéger avec le feu, comme le faisait Henry, mais ne comprenait pas en quoi un bouclier de brouillard pouvait l’aider.

Lorsqu’il posa la question au professeur à la fin du cours, une fois que Henry était parti, monsieur Apowain lui jeta un regard vif. « Mais voyons, Berger, le brouillard est à l’origine des quatre autres éléments. Il peut faire tout ce que font les autres. De plus… J’ai un peu menti tout à l’heure.
– Menti ? Ah bon ?
– Oui, le brouillard peut aussi produire des illusions, comme mon pendule. »

Sur ces paroles, le professeur lui tourna le dos et s’en fut, sans laisser le temps au garçon de poser d’autres questions. Cédric le trouvait vraiment bizarre avec ses manières des Belles Gens. Il leva les yeux au ciel, ne sachant pas s’il devait considérer les propos de monsieur Apowain comme encourageants. Puis il quitta le gymnase pour rejoindre ses amis pendant la dernière demi-heure d’étude qu’il restait. Evidemment, c’est seulement à ce moment là qu’il remarqua qu’une carte de Valentine était coincée dans sa poche.

A l’étude, ses amis l’accueillirent chaleureusement. La carte de Valentine rejoignit sa maîtresse et Jérémy tint absolument à lui montrer sa dernière prouesse en terme de maîtrise de catalyseur magique. Il parvenait désormais à changer son Mollasson en une réplique presque parfaite de la loutre de Stéphanie. La loutre voyait d’un mauvais œil cette rivale lutrine et cajolait sa maîtresse en défiant Mollasson du regard.

En voyant leur ami blond, se laisser tomber sur sa chaise en soupirant, les trois s’inquiétèrent. Il leur raconta alors Henry et, après avoir expliqué à Jérémy et Valentine qui était ce Henry, comment il avait toujours du mal à gérer son brouillard, qu’il ne savait pas si c’était utile pour se défendre et que monsieur Apowain n’était pas assez clair dans ses explications à son goût. Il s’interrompit en voyant Jérémy lui tendre un paquet de bonbons. « Tu as l’air tellement déprimé que je suis prêt à partager avec toi ce trésor sucré que vous m’avez offert ce matin. » Expliqua gravement le garçon brun.

Cédric ne put s’empêcher de sourire, prit un bonbon et remercia chaleureusement son ami. La discussion ne s’éternisa pas beaucoup plus. La demi-heure était passée vite et il était déjà temps de rentrer. Avant qu’ils ne passent le miroir, Jérémy leur proposa de les inviter chez lui le prochain vendredi soir. L’idée leur parut excellente et ils promirent de demander la permission. Cette nouvelle remonta le moral de Cédric à bloc.

 

2306 mots pour aujourd’hui. Et euh… voilà ^^

NaNoWriMo 2017 : À l’École de l’Autre Côté du Miroir, jour 7

Même les Belles Gens avaient l’air impressionnés. Et surpris du compliment dont s’était fendu le professeur ; ils pensaient certainement qu’il se montrerait aussi froid qu’eux. Valentine était écarlate et gênée par tant d’attention autour de sa personne. Certains la contemplaient avec envie, d’autres avec admiration. « Waaa ce que tu nous as fait ! S’exclama Jérémy. C’était presque aussi fascinant que ce que j’ai fait avec Mollasson ! » Cédric trouvait le garçon brun de mauvaise foi : ce qu’avait fait Valentine était beaucoup plus impressionnant de son point de vue.

Lui-même n’avait pas encore réussi à faire quoi que ce soit avec ses filaments de brumes qui virevoltaient paresseusement autour de ses pieds. Maintenant que le professeur s’était éloigné, il essayait de nouveau de se concentrer sur son catalyseur. Il fut interrompu dans ses efforts par un cri de joie de Stéphanie qui avait réussi à faire tripler sa loutre de volume, qui irradiait à présent d’énergie crépitante.

Encore quelques minutes plus tard, la plupart des élèves étaient parvenus à produire un effet avec leur catalyseur. Matéo avait lui aussi réussi à illuminer sa baguette magique qu’il brandissait fièrement. Et Cédric n’avait toujours pas réussi à faire quoi que ce soit avec sa brume. Il commençait à en ressentir une certaine irritation. C’est à ce moment là qu’il réalisa que Monsieur Apowain se tenait juste à côté de lui.

« Le brouillard a une réputation difficile, lui dit-il de sa voix douce. Mais ce catalyseur ne serait pas devenu tien si tu n’étais pas capable de l’utiliser. Prend une bonne inspiration pour calmer ton cœur, assied toi et regarde profondément dans la brume. » L’apprenti magicien aurait préféré des consignes plus claires. A défaut, il essaya ce que le conseillait le professeur. Il repoussa son irritation, s’assit en tailleur, se concentra de nouveau et se mit à fixer les volutes de brume qui environnaient ses jambes.

Lorsque la cloche sonna, il sursauta. Il n’avait toujours pas réussi à catalyser la magie, mais il sentait qu’il n’en était pas loin. Monsieur Apowain lui conseilla de ne pas se décourager et de persévérer. Cédric acquiesça. Il ne comptait pas se retrouver à la traîne avec son petit brouillard et prévoyait d’ores et déjà de continuer à s’entraîner pendant l’étude du soir, avant de rentrer chez lui.

[songer à faire un emploi du temps aussi]

L’heure de manger arriva enfin. Le réfectoire était immense, car il servait pour nourrir tous les collégiens et les lycéens de l’établissement. Il se trouvait dans une immense verrière et peuplé de dizaines de tables rondes qui pouvaient chacune accueillir cinq élèves. Sur chaque table se trouvaient des condiments et une cruche sans fin et à chaque place se trouvait un menu. Les élèves choisissaient une entrée, un plat et un dessert parmi les propositions, qui étaient toutes garanties équilibrées et adaptées à la croissance des élèves.

Quelques secondes après avoir choisi ce qu’ils voulaient manger, Cédric, Valentine, Stéphanie et Jérémy virent des plateaux en provenance des cuisines flotter jusqu’à eux et se poser délicatement sur la table. En soulevant les couvercles qui maintenaient les plats au chaud, ils eurent la joie de renifler de délicieux fumets. L’expérience les ravit au plus haut point.

« C’était comme ça dans ton école d’avant Jérémy ? S’enquit Stéphanie.
– Oh non, ce n’était pas un service aussi classe que ça, répondit l’interpellé avec la bouche déjà pleine. On était servis par de vieilles sorcières et elles vérifiaient toujours qu’on finisse nos assiettes, même si ce n’était pas bon. Où est passé Matéo ?
– Il est parti essayer de s’intégrer à un autre groupe. » Lui indiqua Valentine en pointant de sa fourchette une autre table plus loin.
En effet, Matéo s’était greffé à une table de quatre filles de leur classe qui discutaient ensemble avec animation. « Qu’est ce qu’on a après manger ? S’enquit Cédric en haussant les épaules.
– Expression, l’informa Stéphanie, avec une certaine madame Anneau.
– Ah oui Expression, postillonna joyeusement Jérémy. C’est pour apprendre à parler et écrire correctement. C’est ennuyeux, mais c’est important pour les sortilèges. »

Durant tout l’après-midi, Cédric fut impatient que les cours se terminent pour essayer de maîtriser son catalyseur de magie. Il essaya même de le faire réagir pendant les cours d’Expression, de Mathémagiques et de Biomagie, mais la brume persistait à produire seulement d’indolentes volutes, pas spectaculaires pour un rond. Il comptait bien parvenir à produire un quelconque effet avant de rentrer chez lui.

En arrivant en salle d’étude, le garçon blond demanda à la surveillante en poste s’il pouvait s’entrainer à catalyser l’énergie magique.

 

762 tous petits mots pour le 7 novembre ^^

NaNoWriMo 2017 : À l’École de l’Autre Côté du Miroir, jour 6

« Cédric ? C’est Stéphanie ! Tu m’ouvres ? » Surpris de la présence de son amie, le garçon lui accorda l’accès et attendit qu’elle monte les trois étages. Elle arriva par les escaliers, essoufflée de son ascension et sourit en le voyant. Ils se rendirent tous les deux dans la chambre de Cédric et Stéphanie sortit le livre qu’elle avait gardé de son sac à dos. Le titre en était Histoire et Géographie des Deux Mondes.

« Wahou, tout un programme ! S’exclama le garçon. Regarde le mien, il parle de centaures.
– Génial ! S’enthousiasma son amie. Valentine a gardé Les Enigmes Mathémagiques. Il faudrait l’appeler, comme ça nous pourrions en discuter tous les trois.
– Elle ne peut pas venir ?
– Ca m’étonnerait beaucoup : tu as vu ses parents ? Parce que déjà quand j’étais en vacances avec elle, ils n’étaient pas très permissifs. Alors là, maintenant que l’école a repris… »

Cédric acquiesça, compréhensif. Il voyait tout à fait le tableau ; leur ami Lucas était doté du même modèle de parents. Le garçon alla donc récupérer le téléphone sans fil de la maison et Stéphanie composa le numéro de Valentine. Une fois la fillette blonde en ligne, Cédric enclencha le haut-parleur du téléphone et ils discutèrent tous les trois de leurs expérience de la matinée et du contenu époustouflant des trois livres en leur possession. Cela leur prit plusieurs heures, à l’issue desquelles Valentine dut raccrocher et Stéphanie rentrer.

Lorsque la famille Berger fut réunie pour le dîner, les parents questionnèrent Cédric à propos de sa pré-rentrée. « L’air là-bas est très lourd, raconta le garçon.
– Tu as beaucoup de cours ? Lui demanda sa mère.
– Je ne sais pas. » Hésita Cédric qui ne savait pas ce que représentaient beaucoup de cours. Il alla chercher son agenda pour montrer son emploi du temps à Céline. Sa soeur aînée entrant en quatrième, elle était pour lui une spécialiste en la matière.

« Il a autant d’heures de cours que moi, trancha Céline. Mais il a des heures d’études jusqu’à dix huit heures à chaque fois.
– Ca fait tard dix huit heures tous les soirs pour un enfant de onze ans, non ? S’inquiéta leur père.
– C’est pour nous faire sortir du collège des Alouettes après que la plupart des collégiens soient partis, expliqua Cédric. Pendant ce temps, ils ont dit qu’il faudrait faire nos devoirs. Surtout les devoirs pratiques qu’on ne peut pas faire ici. »

Il continua de leur raconter ce qu’il avait appris de sa future vie d’élève magicien. Ses parents et Céline estimèrent que cela ressemblait à une vie classique de collégien. Sûrement parce que l’établissement dépendait du ministère de l’Education Nationale, précisa leur mère. Sa soeur aînée semblait un peu jalouse qu’il puisse aller dans un monde magique et Carine la benjamine buvait ses paroles.

A l’issue du repas, les parents avaient l’air à peu près rassurés par le programme de leur fils qui était suffisamment ressemblant à un programme classique. Le futur magicien se coucha en se demandant ce que lui réserverait sa première journée de cours le lendemain. Il mit du temps à s’endormir et rêva d’un centaure à moitié écorché qui chevauchait sur des dates en poursuivant le nombre d’or.

 

Accompagné de Stéphanie et Valentine, Cédric traversa le miroir sous les yeux attentif d’une surveillante. Bien évidemment, Michel n’était pas là : il était sûrement lui-même en cours. En revanche, Jérémy les attendait et son visage s’illumina en les voyant et il les accompagna jusqu’à leurs casiers pour qu’ils récupèrent leurs affaires de cours. Il leur raconta qu’il avait été attaqué par des chiens de Culann mais qu’il avait brillamment eu le dessus. D’après son ton, les chiens de Culann devaient être des créatures effrayantes et dangereuses.

« Grâce à ton catalyseur ? Lui demanda innocemment Valentine.
– Mmmh… Bien évidemment ! Pérora le garçon. Mollasson est mon fidèle compagnon et, comme tout catalyseur qui se respecte, un allié indéniable ! » Mollasson le changeforme dégoulina hors du sac en bandoulière de Jérémy avec un bruit de succion et s’étala paresseusement sur le sol.

Son propriétaire eut brièvement l’air gêné, avant de reprendre contenance et de ramasser son catalyseur. Pendant ce temps, Stéphanie serrait joyeusement contre elle sa loutre redevenue vivante et Cédric constatait la réapparition de le brume qui le suivait partout. Il doutait qu’elle ait vraiment disparu pendant qu’il était chez lui, mais elle avait repris une certaine consistance.

Ils se rendirent ensuite à leur première heure de cours de la journée. Ils avaient Histoire-Géographie avec madame Verone, dans le même joli amphithéâtre de la veille. De grandes cartes peintes sur cuir avaient fait leur apparition autour du tableau et du côté de la pièce non ouverte par les immenses fenêtres. Les quatre amis y retrouvèrent Matéo qui s’était assis au même endroit que la veille lorsqu’il était avec eux.

Ils le rejoignirent et eurent à peine le temps de s’asseoir qu’ils sursautèrent en entendant claquer la porte. « Il est l’heure, les informa madame Verone. Je ne tolère pas le retard. Tenez-vous le pour dit : au moindre retard vous devrez passer par le bureau de monsieur Vitterion, le CPE, que nous n’avons pas pu vous présenter hier car il était absent. » Elle fit l’appel et constata qu’il ne manquait personne. Elle se fendit d’un petit hochement de tête approbateur et commença le cours.

Elle leur fit une introduction sur les origines du découpage du monde en deux versions en miroir. L’un qui était le règne de la magie et l’autre libre de son influence. Les portes entre deux mondes étaient toujours ouvertes pendant l’antiquité, ce qui provoqua toute une quantité de mythes dans le monde sans magie, puisque beaucoup de magie s’y infiltrait.

Au Moyen-âge, les tensions entre les clergés et les éminences magiques devenaient très graves. Les portes entre les deux mondes furent fermées et les magiciens restés du côté sans magie, désormais bien affaiblis sans l’apport en magie, se retrouvèrent pourchassés. Les relations entre les deux mondes reprirent beaucoup plus tard, au milieu du vingtième siècle, après la deuxième guerre mondiale. Après leur avoir ainsi résumé ce qu’ils allaient étudier, elle leur fit sortir un parchemin sur lequel elle leur fit noter le titre de la leçon du jour.

« Ohlàlà l’ennuiii ! S’exclama Jérémy en sortant du cours. On sait déjà tout ça…
– Nous non, lui rappela Cédric. D’ailleurs, toi qui sait tout, qu’est ce que c’est que le cours de Magie Fondamentale qu’il y a juste après ?
– Ils vont nous expliquer les cinq éléments fondamentaux de la magie. » Expliqua fièrement le garçon brun.

Le cours de Magie Fondamentale avait lieu au troisième étage d’une tour biscornue, située au milieu du parc de l’établissement. L’enseignante se nommait mademoiselle Dunoyer et était une petite personne d’un certain âge aux cheveux brun roux. Elle parlait d’une voix traînante, avec un fort accent d’origine inconnue à Cédric. « Asseyez-vous, asseyez-vous ! Leur enjoignit-elle avec de grands gestes alors qu’ils entraient dans sa salle. Et ceux qui sont petits comme une botte, veuillez vous mettre devant et pas au fond, sinon vous n’allez rien voir. »

Les élèves obéirent dans la mesure du possible ; Jérémy et Stéphanie s’assirent à côté et devant Cédric et Valentine qui étaient plus grands. Matéo, lui, se retrouva derrière. Mademoiselle Dunoyer ajusta d’étranges lunettes à plusieurs verres amovibles sur son nez et demanda avidement : « Alors, lequel d’entre vous a eu le brouillard comme catalyseur de magie ? » Tous les élèves de la classe se tournèrent tous en direction du garçon blond. Il ressentit une grande gêne et leva la main.

« Ah ! C’est toi, tu es sûr ?
– Oui, confirma Cédric qui commençait à avoir des sentiments mitigés vis à vis de la professeure de Magie Fondamentale.
– Je t’aurais vu plus charismatique, commenta mademoiselle Dunoyer. Mais oui, je vois bien ta brume. Elle est légère ! Il va falloir travailler tout ça pour faire honneur à tous les élémentalistes fondamentaux, jeune homme. »

Elle n’attendait pas de réponse de la part de Cédric et elle commença immédiatement à leur demander de sortir un parchemin vierge pour la leçon, intitulée Les Cinq Eléments Fondamentaux de la Magie. Elle leur fit noter un grand un : le Brouillard et s’étendit longuement sur cet élément synonyme d’étrangeté et de puissante magie, qui était à l’origine des quatre autres éléments magiques. Pendant tout le cours, madame Dunoyer précisa toutes les grandes choses que pourrait faire Cédric s’il se montrait bon élève et répéta plusieurs fois que les autres devraient se souvenir de lui, car il allait être à l’origine de grandes choses à n’en pas douter.

Cette situation s’avéra éprouvante pour l’apprenti magicien blond et il se sentit vidé en sortant de la salle de classe. Il se sentit encore plus écrasé que d’habitude par l’air chargé d’énergie de ce côté ci du miroir. « Hé, Berger ! L’interpella Artus. La prof a cru que tu étais un maître du Brouillard, mais ce n’est de pas de la brume que tu as : c’est de la laine de mouton ! » Les autres Belles Gens autour de lui pouffèrent de rire pour soutenir la moquerie et le dépassèrent en sortant de la tour. Cédric espéra que l’idée allait vite leur passer.

« Ne les écoute pas, lui conseilla Stéphanie qui portait sa loutre en écharpe. Ils sont juste jaloux qu’un gars issu du monde sans magie ait un super catalyseur.
– Moui, ronchonna le garçon en faisant exprès de foncer vers les gros champignons colorés pour les faire râler. Je préfèrerais qu’ils n’écoutent pas ce que dit cette vieille sorcière !
– Moi je les comprends, intervint Jérémy qui parlait toujours avant de réfléchir. Je suis trop jaloux de toi ! Mon catalyseur est une espèce de bidule informe.
– Ben, le mien aussi, contra Cédric.
– Oui, mais le tien, c’est le Brouillard : c’est le plus fort des éléments !
– Il parait oui, lâcha le garçon blond d’un ton amer. Bon, il faut aller où pour le cours de Magie Pratique ? »

Le cours de Magie Pratique se déroulait dans un gymnase attenant à une salle meublée de paillasses surmontées de chaudrons. Le professeur, monsieur Apowain, faisait partie des Belles Gens. Il demanda aux élèves de se placer en ligne et passa silencieusement devant eux à deux reprises, d’un pas lent, comme s’il faisait une inspection. Cédric et quelques uns de ses camarades ne pouvaient s’empêcher de passer nerveusement d’un pied sur l’autre. Le professeur scruta chacun des élèves et le garçon blond eut l’impression qu’il s’était attardé sur lui.

Monsieur Apowain brisa finalement le silence. « Vous allez, ici, pouvoir vous entraîner à maîtriser vos catalyseurs de magie, à explorer leurs capacités, à vous entraîner à la préparation basique des potions et quelques autres petites choses qui vous serviront durant toute votre vie de magicien. Je vais vous laisser essayer de canaliser de l’énergie magique par vos catalyseurs pour avoir une idée plus précise de ce que j’aurai à vous enseigner. »

Le professeur éparpilla les élèves par petits groupe dans le gymnase et les observa de son regard scrutateur qui semblait enregistrer tout ce qu’il se passait. Les collégiens issus du monde magique parvinrent plus vite à obtenir des effets sur leurs catalyseurs. L’épée d’Artus avait la possibilité de changer de forme et le bijou de Birgit irradiait d’énergie bienfaitrice notamment [ajouter d’autres exemples et vérifier si c’est bien Artus qui a l’épée]. Jérémy parvint à donner une forme d’ours en peluche à son changeforme et avait bon espoir d’en faire un ours véritable.

Parmi les enfants originaires du monde sans magie, la première à obtenir un résultat fut Valentine. Elle s’était concentrée tellement fort qu’elle se retrouva soudainement environnée d’une tornade d’énergie qui la souleva de terre et toutes les cartes de son jeu flottaient autour d’elle, irradiant de différentes couleurs, certaines sifflant d’une manière qui paraissait de mauvais augure.

Monsieur Apowain était déjà présent aux côtés de la fillette, l’encourageant à se calmer et à laisser l’énergie magique s’éparpiller. La tornade perdit de sa puissance, Valentine se reposa au sol et ses cartes se rangèrent toute seule dans leur boîte en carton. « Tu disposes d’un catalyseur de magie très complexe, qui offre beaucoup de possibilités et que je trouve, personnellement, très élégant. Félicitations ma chère. Néanmoins, il risque de vous demander du travail pour en maîtriser toutes les subtilités. »

Le silence planait sur le gymnase.

 

2072 mots pour aujourd’hui ! Il faut vraiment que je note les noms des camarades et des profs au fur et à mesure, ça va me jouer des tours sinon…