NaNoCamp Avril 2017 J+5 : Préquelles Arkhaiologia

Béatrice ne dit mot jusqu’à ce qu’elle arrive à son garage. Lorsque la porte s’ouvrit et que la voiture descendit dans les profondeurs, Asklepios déclara de son élocution hésitante et accentuée : « Le monde a bien changé durant notre absence.
– C’est certain, appuya la femme aux yeux dorés. Comme je te le disais tout à l’heure, on dirait que tout fonctionne avec de la magie, sauf que ça n’en est pas.
– Tout à l’heure ? Questionna machinalement Valentin.
– Oui, lors de notre conversation télépathique, précisa Déa.
– Peut-être sommes-nous obsolètes dans ce monde là, continua l’homme aux iris orangés d’un ton pensif. C’est une étrange sensation.
– Je ne pense pas. » Commenta doucement la conductrice, comme pour elle-même.

En plus des voitures, les deux mages furent impressionnés par l’ascenseur, dans lequel la femme aux yeux dorés fit apparaître des vêtement pour son compagnon, qui put ainsi enlever son pagne de fortune. « Je comprends pourquoi vous construisez des bâtiments aussi hauts ! S’exclama Déa après qu’ils se retrouvèrent tous installés dans le salon de Béatrice. Ce serait une véritable plaie de monter tous ces étages à pieds.
– Ce qui est le cas lorsque l’ascenseur tombe en panne. » Précisa Valentin en souriant. Son amie habitait au huitième étage et, les quelques fois où cela s’était produit, elle était venue dormir chez lui, par flemme de grimper toutes ces marches. Il aimait bien la taquiner avec ça.

Une fois que Béatrice eut servi tout le monde en boisson, elle-même ayant grand besoin du réconfort d’une infusion après toutes ces émotions, elle se laissa tomber dans un fauteuil. « Bon ! Déclara-t-elle. Qu’allons-nous faire de vous ?
– C’est une excellente question, pouffa Déa. Vous avez déjà fait beaucoup pour nous. Moi, surtout. J’étais vraiment perdue jusqu’à maintenant. Toujours un peu, d’ailleurs, puisque je ne reconnais rien. Mais nous ne vous embêterons pas longtemps. J’aimerais que vous m’expliquiez un peu comment fonctionne le monde à présent – et nous répondrons à vos questions si vous en avez – puis nous irons chercher les autres, aviser de la situation, de notre rôle dans tout ça, et ainsi de suite.
– Tout un programme. » Commenta Béatrice tandis que Valentin se demandait comment faire pour résumer le monde.

« Ce breuvage est très bon, parvint à dire Asklepios entre deux gorgées. J’espère que nous ne puisons pas dans vos réserves.
– Oh non, il n’y a pas de souci à se faire de ce côté là, le rassura leur hôtesse. J’aimerais vous poser quelques questions sur les créatures… magiques. Vous vous y connaissez bien en créatures magiques ?
– Nous en sommes nous-mêmes, répondit plaisamment Déa. Je ne sais pas si nous pourrons répondre à toutes les questions, mais nous essaierons, n’est ce pas Askel ? »

Son ami aux yeux orangés acquiesça de bon cœur. Béatrice posa son mug, sortit son téléphone pour prendre des notes et commença ses questions. Valentin s’empressa de faire de même. Après tout, leurs sujets d’étude étaient très liés ; la nuit promettait de continuer à être aussi intéressante que lorsqu’elle avait commencé, lorsqu’ils avaient recueilli Déa après son entrée fracassante. De fait, ils passèrent une nuit blanche. Valentin se fit plusieurs fois la réflexion qu’il était heureux de ne pas avoir d’obligation le lendemain matin.

NaNoCamp Avril 2017 J+4 : Préquelles Arkhaiologia

Ils frissonnèrent. La lueur orangée disparut progressivement et l’homme fit un pas en arrière. Il prononça quelques mots d’une voix profonde et sur une intonation interrogative, mais ni Valentin, ni Béatrice ne comprirent sa question. Déa hocha affirmativement la tête en réponse, puis se tourna vers les deux amis. Elle souriait. « Je suis guérie ! Se réjouit-elle. Je vous avais dit que je connaissais un médecin.
– Euh, oui d’accord… Balbutia Valentin.
– On devrait peut-être s’en aller, du coup, non ? Suggéra Béatrice. Déa n’a plus besoin de soins et son ami se balade en petite tenue dans les couloirs de l’hôpital… »

La femme aux yeux dorés acquiesça et se tourna vers le médecin pour lui dire quelques phrases dans leur langue. L’homme hocha de la tête pour indiquer qu’il avait compris et ils quittèrent l’hôpital tous les quatre. Une fois dans la voiture de Béatrice, ils prirent le temps de mettre un peu d’ordre dans leurs esprits. « Raconte-nous Déa, la supplia Valentin. Tu te rappelles de tout ? Comment ça se fait que tu étais écorchée quand tu es arrivée ? Tu te souviens enfin d’où tu viens et où on est ?
– Un instant, temporisa Déa, Asklepios voudrait suivre la conversation. Je vais filtrer votre langue…
– Asklepios ? Filtrer notre langue ? » Ni Valentin, ni Béatrice ne comprirent l’expression. Ils échangèrent un regard perplexe.

« Pardonnez-moi, s’excusa Déa avec un sourire joyeux. Vous ne devez pas saisir grand chose à la situation.
– C’est le moins qu’on puisse dire, commenta Béatrice.
– Je vais essayer de résumer, reprit la femme aux yeux dorés. Filtrer votre langue, c’est pour que mon ami puisse vous comprendre et vous parler. Je suis télépathe et j’ai le don universel des langues. C’est la raison pour laquelle j’ai assimilé votre langage très rapidement. Asklepios, lui, ne dispose pas de ces dons. Je traduis donc dans sa tête ce qu’il entend et ce qu’il veut dire. Comme ça, il peut vous comprendre et vous parler. Par contre, je dois être rouillée, ça me demande bien plus d’efforts qu’avant de faire ça…
– Ça… Ce doit être parce qu’il y a peu de magie, expliqua doucement Asklepios avec un lourd accent. C’est plus difficile pour moi aussi… De soigner. »

Valentin se tourna du siège passager pour considérer l’homme. Celui-ci lui rendit paisiblement son regard, de ses yeux aux iris orangés. Le thésard se demanda d’où leur venaient ces couleurs d’yeux peu communes. « Arrête de te poser des questions, le gourmanda Déa. Je ne pourrai pas répondre à toutes sinon !
– Arrête de lire mes pensées, se plaignit le jeune homme. C’est perturbant…
– Je vais essayer, promit la femme aux yeux dorés. Mais je ne garantis rien : c’est de l’ordre du réflexe pour moi.
– D’où venez-vous alors ? » Intervint Béatrice avec le regard pétillant de curiosité.

Déa et Asklepios échangèrent un regard entendu. Valentin les soupçonna de discuter par télépathie en même temps qu’ils conversaient avec eux. La femme aux yeux dorés lui fit un clin d’œil et répondit : « En fait, la véritable question n’est pas d’où venons-nous, mais plutôt : de quand venons-nous ?
– De quand… » Murmura Béatrice. Les deux étaient stupéfaits.

« Vous avez voyagé dans le temps ? S’étonna Valentin.
– Pas vraiment, corrigea Déa après un bref regard en coin vers son compagnon. Pour simplifier, disons que nous sommes investis de magie et, quand elle est présente, nous sommes immortels. Lorsque le voile a éradiqué la magie du monde, nous sommes devenus poussière. Mais maintenant qu’elle est de retour, nous avons pu nous reconstituer.
– Comment se fait-il que tu te sois reconstituée amnésique ? S’enquit Béatrice.
– Nous sommes immortels, mais pas invulnérables, expliqua Déa. Nous pouvons être blessés, même si aucune blessure n’est mortelle et que nous guérissons plus rapidement que vous. »

Il y eut un nouveau silence, le temps que Valentin et Béatrice digèrent les informations. La jeune femme prenait furieusement des notes sur son téléphone. « Nous devons trouver les autres, déclara Asklepios de sa voix profonde.
– Je ne sais plus où ils étaient lorsque le voile est apparu, soupira la femme aux yeux dorés. Ils étaient certainement aux quatre coins du monde… Je n’arrive pas à les joindre par télépathie pour le moment.
– Les autres ? Répéta Valentin. Vous êtes combien de… comme vous ?
– Sept. » Répondit Déa avec un sourire absent.

Béatrice posa son téléphone et mit le contact. « On ne va peut-être pas rester à discuter toute la nuit sur un parking d’hôpital. Je vous emmène chez moi pour la nuit ?
– Avec plaisir, accepta la femme aux yeux dorés. Et le dragon ?
– Nous irons le voir demain. J’avais une autre question… Ce voile dont vous avez parlé tout à l’heure, qu’est ce que c’est ?
– C’est une bonne question, répondit Déa. Nous ne savons pas : nous n’en avions jamais entendu parler avant de le voir. Et de le subir. » Elle tordit la bouche à ce souvenir. « C’était très douloureux. »