NaNoWriMo 2017 : À l’École de l’Autre Côté du Miroir, jour 5

Cédric trépigna intérieurement. Il n’avait pas très bien compris comment on décidait de son catalyseur et il était impatient de voir ce que le sien allait être. La magicienne fit signe à Matéo de s’approcher et lui donna une boîte en le prévenant de la tenir fermement. Le garçon obéit, elle se plaça face à lui et posa ses mains par dessus celles de Matéo. Ceci fait, elle lui dit de se concentrer sur ce qu’elle s’apprêtait à dire. Il hocha la tête pour indiquer qu’il avait compris et la magicienne se mit à psalmodier.

Une intense lumière immaculée s’échappa des ouvertures de la boîte et un violent souffle d’air enveloppa Matéo pendant quelques secondes. Lorsque la femme se tut, tout s’arrêta aussi brusquement que cela avait commencé. « Très bien, déclara la magicienne. Regardons à quoi ressemble ton catalyseur. » Elle ouvrit la boîte et fit signe au garçon de prendre le contenu. Il en sortit un objet qui ressemblait à une baguette magique et poussa un cri ravi.

« Vous avez vu ? J’ai une baguette magique ! S’écria-t-il.
– Il y a une recrudescence de la mode des baguettes magiques chez les élèves issus du monde sans magie ces dernières années, commenta la magicienne d’un ton neutre. Voyons voir quels vont être les catalyseurs de tes petits camarades. » Jérémy se posta fièrement devant elle. La femme lui donna la boîte et répéta l’opération.

Jérémy extirpa de la boîte une masse informe qui ressemblait à de la pâte à modeler, qui changeait de couleur et semblait essayer de changer de forme. Il jeta un coup d’œil incertain à la magicienne, comme s’il espérait qu’elle allait dire qu’il y avait eu une erreur. A la déception du garçon, elle se contenta d’afficher un sourire. « Un changeforme, voilà qui est original et qui marque autant ta polyvalence que ton indécision. » Commenta la magicienne. Jérémy ne savait pas s’il devait se réjouir.

Valentine eut un jeu de cartes ce qui était, selon la responsable des lieux, indicateur de son esprit complexe. La bonne femme leur précisa qu’en général, les magiciens n’obtenaient qu’une seule carte à jouer en guise de catalyseur ; les jeux complets étaient très rares. Stéphanie sortit ensuite une petite loutre de la boîte, ce qui provoqua l’attendrissement des autres, et la mention comme quoi la fillette était certainement très espiègle.

Cédric s’approcha enfin de la boîte et posa ses deux mains sur les côtés, comme il avait vu faire les autres. La magicienne réitéra l’incantation et souleva le couvercle. Seules quelques volutes de fumée en sortirent. « Ca n’a pas marché ? S’étonna le garçon.
– Si, répondit gravement la responsable des lieux en le gratifiant d’un étrange coup d’œil. Regarde mieux. »

En regardant autour de lui, Cédric constata que les volutes de fumée entouraient ses jambes. « Qu’est ce que c’est ? Demanda-t-il intrigué.
– Il semblerait que ton catalyseur de magie soit le brouillard lui-même, lui révéla la magicienne avec une pointe de déférence. Cela fait des dizaines d’années que cela n’était pas arrivé ! »

Ses camarades le contemplaient d’un air incertain, ne sachant ce qu’il fallait en conclure, sauf Jérémy qui avait carrément la bouche ouverte de stupéfaction. « Waaa ! Le brouillard comme catalyseur ! S’exclama-t-il. C’est tellement énorme ! Je suis trop jaloux, moi j’ai juste un bidule informe… » Il souleva son changeforme qui avait pris une teinte grise et essayait de faire des volutes. « C’est n’importe quoi. » Conclut-il en levant les yeux au ciel.

« Maintenant que vous êtes équipés, vous pouvez récupérer vos affaires et rejoindre madame Verone. » En disant ces mots, la magicienne leur désigna la porte. Les cinq camarades attrapèrent vivement leurs fournitures, les enfournèrent dans leurs sacs et, désormais bien équipés, ils sortirent de la longère.

Ils n’étaient pas les premiers à émerger dehors, où Cédric fut une nouvelle fois surpris par la lourdeur de l’air, ni les derniers. Les groupes de Belles Gens étaient déjà sortis et ils comparaient leurs catalyseurs. L’une – Birgit d’Othe – montrait fièrement son diadème qui consistait en un diamant sur son front, retenu par des lanières d’argent. Artus de Vertbois, lui, brandissait une épée flamboyante sous le regard désapprobateur de madame Verone, qui n’attendit pas longtemps avant de lui intimer de la ranger.

Les catalyseurs étaient très divers : la plupart étaient des objets et certains étaient des êtres vivants. Seul Cédric possédait un catalyseur élémentaire. Lorsque l’information se fraya un chemin parmi ceux qui étaient originaires du monde magique, même les Belles Gens vinrent entourer le garçon blond avec curiosité. « Quel est ton ancêtre affilié au Brouillard ? Lui demanda un certain Tiern.

– Mais voyons, comment veux-tu qu’il le sache ? Le rabroua Birgit. Il vient du monde sans magie et personne ne sait rien sur rien là-bas. »
A ce moment, le dernier groupe émergea de la longère, détournant brièvement l’attention des élèves de Cédric. Et, à son grand soulagement, madame Verone les appela à se mettre en rang pour retourner dans la salle de classe. Malgré la curiosité des élèves par rapport au garçon qui avait le brouillard lui-même comme catalyseur de magie, ils obéirent prestement.

En revenant à l’amphithéâtre, ils croisèrent la classe du Feu qui se rendait à son tour chercher ses fournitures scolaires. Une fois de nouveau installés dans la lumineuse salle de classe, les élèves ne purent s’empêcher de bavarder les uns avec les autres. A côté de Cédric, Valentine et Stéphanie avaient posé la loutre entre elles pour s’en occuper toutes les deux et étaient en train de lui chercher un nom.

Matéo et Jérémy s’étaient installés un rang devant. Matéo avait soigneusement posé sa baguette devant lui et l’admirait, les yeux brillant. Jérémy, quant à lui, s’était retourné vers Cédric. Il tenait son catalyseur informe à deux mains pour le lui montrer. « Franchement mon pote, qu’est ce que je vais faire de ça comme catalyseur ? » La pâte colorée essayait de tomber par terre mais son magicien glissait une main dessous à chaque fois pour l’empêcher de glisser au sol.

Cédric jeta un coup d’œil à la brume qui l’environnait paresseusement. Qu’allait-il faire, lui, avec son propre catalyseur ? Tout le monde avait l’air impressionné, mais il se sentait un peu déçu. En y réfléchissant, il ne savait pas ce qu’il aurait fait d’un jeu de cartes non plus. Pourtant, Valentine en paraissait satisfaite. Il décida de laisser une chance à son catalyseur brumeux.

Jérémy dut se retourner lorsque madame Verone demanda le silence. Elle leur distribua des agendas magiques et leur en expliqua le fonctionnement. Ils devaient écrire leur prénom et nom à l’intérieur pour que l’agenda se personnalise. Il contenait ainsi leur emploi du temps, une partie agenda proprement dite, un plan du collège, la liste des herbes courantes, celle des verbes irréguliers d’anglais et de magica, et une petite mappemonde du monde magique.

Leur professeur vit avec eux leur emploi du temps et leur montra comment leur agenda pouvait leur indiquer le lieu du prochain cours sur le plan du collège. Elle leur expliqua également qu’une fois que leurs devoirs notés seraient faits, il faudrait les cocher pour éviter les rappels de l’agenda. En recommandations, elle leur enjoignit aussi de bien amener leurs grimoires correspondant au cours.

Elle précisa enfin que, même si des plumes et de l’encre leur avait été fournis, les élèves originaires du monde sans magie pouvaient amener leurs stylos s’ils préféraient, mais que ces derniers ne se prêtaient pas aux sortilèges. Elle ajouta à ce propos que des casiers étaient prévus pour les élèves du monde non magique pour qu’ils puissent y ranger leurs fournitures afin de ne pas attirer l’attention. De plus, les fournitures magiques ne servaient presque plus à rien une fois passé le miroir.

« Notre réunion de pré-rentrée est donc terminée, déclara finalement madame Verone. Veuillez vous lever et vous mettre en rang, je vous raccompagne à la sortie. » Il y avait toujours autant de champignons qui détalaient sous leurs pas en se plaignant de leurs petites voix criardes. L’air était toujours aussi chargé d’énergie pour Cédric et il se demanda comment il allait pouvoir respirer en faisant du sport. Y avait-il du sport au programme d’ailleurs ? Il n’avait pas très bien fait attention aux noms des matières.

Le groupe des élèves du Brouillard s’arrêta aux portes du collèges. Là, les Belles Gens, Jérémy et quelques autres eurent l’autorisation de quitter l’établissement par le portail d’entrée. Cédric essaya de regarder l’extérieur du collège, mais il ne put apercevoir qu’une route pavée et quelques maisons en pierres avant que madame Verone les emmène jusqu’à la salle du miroir.

Elle les fit s’arrêter à l’extérieur, où se trouvaient les casiers, pour faire la répartition et qu’ils puissent ranger ce qui risquait de les encombrer dans le monde sans magie. Cédric vit que Valentine et Stéphanie gardaient un ou deux grimoires à emporter de l’autre côté et décida de faire de même. Il garda un livre intitulé La Biomagie en Première Année. Matéo, lui, ne garda rien, pas même sa baguette magique alors que tous les autres avaient conservé leurs catalyseurs.

Lorsqu’ils eurent terminé et que les élèves de la Terre firent irruption, madame Verone les fit entrer dans la salle du miroir. Les élèves de l’Air et de l’Eau se trouvaient déjà là et Michel, l’élève plus âgé chargé de la supervision du miroir pour la pré-rentrée, faisait déjà traverser les premiers arrivés. Le débit des élèves était très lent, ce que Michel semblait déplorer encore plus que lesdits élèves.

 

Quand Cédric émergea enfin de l’autre côté, il inspira un grand coup. Du côté sans magie, l’air était beaucoup moins chargé d’énergie, mais aussi beaucoup moins pur. Et il n’y avait plus de champignons râleurs non plus. Il fut interrompu dans ses pensées par un petit cri poussé par Stéphanie. « Qu’est ce qu’il y a ? S’inquiéta-t-il.
– Ma loutre ! » S’écria son amie au bord des larmes. Elle tendit ses mains dans lesquelles se trouvait une version en peluche de son catalyseur.

« Ne t’inquiète pas, la rassura Valentine. Elle ne peut pas être animée parce qu’il n’y a pas assez de magie ici.
– Oui, appuya Cédric. Regarde, on ne voit presque plus mon brouillard non plus ! » De fait, sous le soleil, le garçon ne distinguait plus du tout son filament de brume qui l’avait suivi presque toute la matinée. Il se demanda brièvement s’il n’aurait pas dû le laisser dans son casier comme Matéo l’avait fait avec sa baguette.

Ce dernier avait d’ailleurs disparu ; il avait déjà dû quitter l’enceinte du collège des Alouettes pour rentrer. Cédric et ses amies firent de même. En sortant, ils constatèrent que la mère de Valentine se trouvait là. Elle attrapa aussitôt sa fille pour se mettre à la questionner sur le contenu des cours à venir. Comme madame Legrand commençait à les interroger aussi, Stéphanie et Cédric battirent piteusement en retraite avec un regard d’excuse pour leur blonde amie, arguant qu’ils devaient rentrer chez eux.

Ce qu’ils firent.

En arrivant chez lui, le garçon aperçut tout de suite un mot de son père dans l’entrée : « J’ai du repartir au boulot plus tôt, il y a un tupperware pour toi au frigo. Ouvre un peu le couvercle et fais-le chauffer au micro-onde pendant deux minutes. Bisou mon magicien, papa. » Cédric laissa tomber toutes ses affaires sur place, enleva ses chaussures et se dirigea vers le réfrigérateur. Le petit mot lui avait fait prendre conscience qu’il avait une faim de loup.

Il mangea d’une traite et, rassasié, il récupéra ses affaires et fila avec dans sa chambre. Il devait être tranquille tout l’après-midi : ses parents travaillaient, sa petite sœur Carine était chez ses grands-parents et sa grande sœur Céline passait la journée chez une amie. Cela lui laissait tout le temps de digérer tranquillement la matinée qu’il venait de passer. Il s’assit sur son lit et extirpa La Biomagie en Première Année de son sac à dos ; il avait laissé son sac à bandoulière avec le symbole du brouillard dans son casier.

Le garçon ouvrit le livre au hasard et tomba sur divers schémas qui représentaient les flux d’énergie magique chez différents êtres vivants. Il feuilleta les pages et découvrit l’anatomie de la mandragore au chapitre des plantes et, plus intéressant encore, l’anatomie du centaure dans le chapitre des êtres sapiens. Cédric sourit. Le monde magique paraissait receler tout un tas de créatures intéressantes.

Il était plongé dans un chapitre de géomagie à propos de quelles roches se prêtaient le mieux à la construction de dolmens, lorsque l’interphone retentit. Le garçon décida de laisser couler, mais l’interphone persista. A la troisième sonnerie, Cédric consentit à se lever pour aller voir ce qu’il en était.

 

2115 petits mots pour aujourd’hui ! Quelle idée d’avoir décidé d’un catalyseur de magie personnalisé, hein ! Tsss.

NaNoWriMo 2017 : À l’École de l’Autre Côté du Miroir, jour 2

Cédric commençait à se sentir émoustillé à l’idée d’être un magicien. N’était-ce pas là le rêve de tout le monde ? Il avait été impressionné par la démonstration de monsieur Morin qui avait fait apparaître des flammes dans sa main et celle de madame Dumoulin qui avait ravivé une plante verte en berne dans un coin de la salle. Le garçon était impatient de pouvoir faire des tours aussi époustouflants. Il était d’ailleurs en train de se concentrer pour faire apparaître du feu dans le creux de sa paume mais, à sa grande déception, rien ne se produisit.

« Souvenez-vous, précisa le directeur, et là je m’adresse aux futurs collégiens, qu’il y a peu de chance que vous parveniez à pratiquer la magie de ce côté-ci du miroir avant au moins l’année prochaine.
– Pourquoi donc ? S’enquit madame Legrand d’un ton incrédule.
– Parce qu’il y a très peu de magie à utiliser de ce côté, expliqua patiemment monsieur Morin. Il est donc très difficile de la capter pour des débutants. Malheureusement, il y en a juste assez pour pouvoir provoquer des accidents si la magie n’est pas maîtrisée. »

La mère de la fillette blonde ne parut pas convaincue. Sa fille, sans doute excédée de faire ainsi remarquer, leva les yeux au ciel et chuchota à madame Legrand d’arrêter d’intervenir. Cédric se sentit compatissant envers sa future camarade. Pour le moment, son père n’avait rien dit, mais il semblait ne pas moins en penser. Il assistait silencieusement à la réunion, les bras croisés et un air sérieux sur son visage. Le garçon estima que monsieur Legrand attendait d’être rentré pour exposer son point de vue à sa femme et sa fille. Son propre père agissait parfois ainsi.

A la fin de la réunion, quelques parents restèrent à l’extérieur de la mairie pour discuter de ce qu’ils venaient d’apprendre. « Je ne suis toujours pas entièrement convaincu, déclara le père de Cédric.
– Je pense que tu devrais, lui dit la mère de Stéphanie. Il y a le logo du ministère de l’Education de partout sur ces papiers. Ca semble plutôt officiel !
– Oui, mais c’est un peu bizarre quand même, insista Jérôme Berger. La magie n’est pas réelle ! »
Cédric se désintéressa de la conversation : il était lui-même convaincu et vu que les papiers avaient l’air officiels, il se disait que ses parents finiraient par se rendre à l’évidence. Stéphanie paraissait être du même avis et entraîna son ami plus loin, à la rencontre de la fillette blonde qui s’était éloignée de ses parents qui discutaient avec animation. En les voyant arriver, elle leur adressa un sourire timide.

« Bonjour ! Lui souhaita Stéphanie. Quelle drôle de nouvelle, n’est ce pas ? Moi c’est Stéphanie et lui, c’est Cédric.
– Moi, c’est Valentine, se présenta la fillette blonde. Je crois que mes parents ne sont pas très contents que je sois une magicienne.
– Ce n’est pas comme si tu l’avais décidé, nota le garçon.
– De toutes façons, c’est ce que j’aurais décidé quand même, précisa Valentine en souriant. Ca a l’air intéressant d’être une magicienne !
– Je trouve aussi, s’exclama joyeusement Stéphanie. Je suis impatiente de commencer, mais il y a les vacances avant.
– Oui, acquiesça Cédric. Mais c’est quand même vachement chouette les vacances. »

Il était aussi impatient de partir voir l’océan que de devenir un collégien magicien. Les deux filles allaient aussi passer des vacances au bord de l’eau salée, mais pas au même endroit que lui. En revanche, ils découvrirent que Stéphanie et Valentine allaient se retrouver au même endroit, ce qui réjouit les concernées. Les trois enfants continuèrent de parler de leurs futures vacances, jusqu’à ce que leurs parents les appellent pour rentrer chez eux.

 

Les parents de Cédric restèrent silencieux et pensif pendant le trajet. Une fois arrivés chez eux, Céline et Carine les accueillirent joyeusement en demandant à quoi avait servi cette réunion. « Et bien, commença Anne Berger après avoir échangé un regard avec son mari, en fait Cédric ne va pas étudier au même collège que toi.
– Ah bon ? S’étonna Céline. Mais pourquoi ?
– Pourquoi ? Renchérit la petite Carine qui paraissait déçue de savoir qu’il était possible de ne pas fréquenter les mêmes écoles que son frère et sa sœur. »

Jérôme et Anne s’entre regardèrent encore, prirent une grande inspiration et expliquèrent à leurs filles que leur frère allait étudier dans une école spéciale. « Une école spéciale ? Répéta Céline. Pourquoi ?
– Il est pas assez intelligent pour aller dans une école normale ? Proposa Carine qui affichait une mine concernée du haut de ses sept ans.
– Si si, lui assura leur père. C’est juste qu’il a certaines capacités qui nécessitent une école particulière. »

Les deux sœurs hochèrent gravement la tête en signe d’acquiescement. Un peu gêné par le tour que prenait la conversation, Cédric intervint : « Mais c’est pas grave, hein ! Je vais faire de la magie, c’est super cool !
– Oooh, s’exclama la benjamine ravie. Moi aussi je veux faire de la magie !
– Euh, ce n’est pas vraiment quelque chose qu’on peut décider, balaya Anne. Nous verrons ça quand tu devras entrer au collège. »

Céline paraissait sceptique malgré les explications. Ne sachant comment réagir, elle resta silencieuse alors que Carine babillait et posait tout un tas de questions, dont certaines auxquelles ses parents et son frère eurent du mal à répondre. A un moment, Jérôme et Anne coupèrent la conversation, car la famille devait finir de préparer les bagages pour partir en vacances le lendemain matin.

[probable coupure de chapitre]

Les affaires de vacances venaient d’être rangées, l’océan n’était plus qu’un souvenir et Cédric était obnubilé par sa rentrée prochaine. Maintenant qu’elle était proche, il était de plus en plus curieux de savoir en quoi consistait la vie d’un collégien magicien. Quelque part au fond de lui, une petite voix inquiétante lui chuchotait que, si ça se trouve, ce n’était qu’une vaste blague.

Pour se rassurer, il demanda à ses parents s’il pouvait inviter Stéphanie à passer l’après-midi avec lui au parc public qui entourait la mairie. Ils acceptèrent, de même que ceux de son amie, à la grande joie des deux enfants. Le parc était proche des deux foyers et Cédric et Stéphanie s’y retrouvèrent quelques minutes plus tard.

« Il faut qu’on parle, décréta la fillette aux cheveux châtains.
– Je suis d’accord, approuva le garçon.
– J’en ai parlé à Valentine pendant qu’on était en vacances au même endroit et…
– Valentine ?
– Oui, tu sais, la fille blonde qui était à la réunion avec nous, celle avec la maman pénible, lui rappela Stéphanie.
– Ah, oui. Je me souviens !
– Et bien je lui parlais de Lucas qui, lui, va aller au collège des Alouette de ce côté. Et elle m’a demandé si on lui avait parlé du fait que toi et moi n’allions pas être avec lui.
– On a pas eu le temps, réalisa Cédric. Il ne sait pas que nous ne serons pas avec lui…
– Exactement. Sauf que je ne sais pas si nous devons lui en parler ou pas.
– Il risque de nous prendre pour des fous, c’est ce que la directrice a dit pendant la réunion. »

Les deux amis réfléchirent un instant à cette implication. Ni l’un ni l’autre n’avait très envie que Lucas les prenne pour des fous, mais ils n’avaient pas non plus envie de lui mentir. Le problème était épineux. « Il va voir que ni toi ni moi ne sommes là à la rentrée, déclara Stéphanie.
– Et il va nous en vouloir de ne pas lui avoir raconté, prophétisa sombrement Cédric. En tous cas, je pense que je nous en voudrais à sa place. »

Ils méditèrent encore un peu sur la question mais, ne sachant quelle décision prendre au sujet de Lucas, leur discussion dériva sur leur prochaine rentrée. La fillette s’inquiétait qu’ils n’aient pas reçu de liste des fournitures. Heureusement, Cédric avait la réponse : sa mère lui avait dit que le collège des Alouettes de l’autre côté du miroir leur fournirait tout ce dont ils auraient besoin. Ils passèrent le reste de leur conversation à essayer de deviner comment ils allaient vivre leur vie de collégiens magiciens.

 

Une semaine plus tard, c’était le grand jour. Anne et Jérôme Berger semblaient aussi nerveux que leurs fils. Pour eux aussi l’entrée au collège de magie était un saut dans l’inconnu. Jérôme avait pris sa matinée pour amener Cédric au collège. Le directeur Morin avait expliqué que l’entrée se trouvait au sein du collège des Alouettes de leur côté et cela était répété à plusieurs endroits sur les papiers d’information.

Leur chemin croisa celui de Stéphanie qui se rendait aussi au premier jour de rentrée accompagnée de son père. Les deux papas avaient décidé qu’ils passeraient un moment ensemble non loin du collège, au cas où il y ait un souci. Ils tâchèrent de ne pas le montrer à leurs enfants, mais ils n’étaient pas très à l’aise avec le concept de collège de magie.

Les futurs magiciens étaient les seuls à faire leur rentrée ce jour là. Une personne les accueillit à l’entrée du collège des Alouettes et leur indiqua un bâtiment dans lequel ils devaient se rendre. Après un instant d’hésitation, les deux pères suivirent curieusement leurs enfants au sein de la cour de l’établissement, jusqu’au bâtiment indiqué. La directrice Dumoulin les attendait dans une grande salle vide, dans laquelle trônait un immense miroir, encadré de moulures qui étaient sculptées de petits personnages et de feuilles entrelacés.

« Bonjour, leur dit-elle. Je suis désolée mais, à partir d’ici, seuls les élèves sont autorisés à continuer. » Un peu déçus, Jérôme et Marc firent leurs dernières recommandations. Madame Dumoulin attendit patiemment qu’ils aient terminé, puis indiqua le miroir aux deux enfants. « Veuillez entrer. Ne vous inquiétez pas, cela ne fait pas mal. »

Après un dernier regard en direction de leurs parents, Cédric et Stéphanie se dirigèrent en direction de l’objet qui était plus haut et plus large qu’une porte. Ils voyaient leurs reflets afficher une mine peu rassurée et s’efforcèrent de reprendre un peu contenance. Se prenant la main l’un de l’autre par réflexe, ils prirent une grande inspiration et passèrent de l’autre côté du miroir.

 

1713 petits mots pour aujourd’hui, je pense qu’il faut que j’agrandisse ma liste de prénoms et de noms de famille que je vais utiliser. Et j’ai déjà noté des trucs à rajouter dans mon carnet.