NaNoWriMo 2016 : Arkhaiologia Jour 10

Tina les mena jusqu’à un ensemble de stockage souterrain un peu moins souterrain et un peu moins humide que le reste, car situé un peu plus loin du bord du fleuve et quasiment en rez de chaussée. L’endroit était immense et très haut de plafond. Une rainure au milieu de celui-ci et de lourds ensembles mécaniques indiquaient qu’il pouvait s’ouvrir. De fait, la plus grande partie de l’endroit était occupée par une nacelle d’aérostat inachevée. Ethelle arrondit ses yeux de surprise : les Faucheux avaient installé leur quartier général au sein de la nacelle qui, bien qu’incomplète, était pratiquement terminée. La jeune femme se souvenait de cette production d’AérosTech, qui devait être dédiée aux croisières. Cela avait fait la une des journaux, tant le projet avait été ambitieux. Son père ayant été un ami du directeur de l’entreprise, il était même prévu qu’il fasse partie du voyage d’inauguration, en compagnie de sa fille.

Malheureusement le zeppelin de croisière précédent, Titania, avait eu un accident. Le monde avait été choqué d’apprendre la chute de Titania, dans la cordillère des Colosses. Les rares survivants, après l’incendie de la poche de gaz et la chute de la nacelle, avaient parlé d’une montagne mouvante qui avait percuté et déchiré le flanc du ballon. Tout le monde avait attribué ces vagues visions au choc subi par les passagers qui avaient frôlé la mort. Personne n’avait réussi à déterminer ce qui avait causé la chute de l’aérostat. Suite à cette petite catastrophe – l’accident avait causé la mort d’un ministre et de plusieurs autres personnes aux familles influentes – AérosTech avait vu son chiffre d’affaire baisser, de même que la fréquentation des zeppelins utilitaires de leur compagnie aérienne. Les dirigeants de l’entreprise pensaient pouvoir redresser le cap, mais ils firent faillite peu de temps après. En avait résulté, entre autre, l’abandon de leur partie des entrepôts du long de la Conquise.

Ceux-ci avaient rapidement été réhabilités par les Faucheux, de ce que pouvait en constater Ethelle. Pour des maraudeurs, ils devaient être bien installés dans cette nacelle qui avait pour but d’être un exemple en terme de luxe. La jeune femme devait avouer qu’elle trouvait qu’ils avaient eu une bonne idée et se morigéna de ne pas avoir pensé plus tôt à un abri de ce type. Malgré leur accointance arachnéenne, elle commençait à apprécier les idées de ces personnes. Elle se voyait même plutôt bien loger dans la nacelle inachevée, même si ce devait être une solution temporaire. En jetant un coup d’oeil de côté, elle réalisa que Tina était en train de l’observer, un petit sourire supérieur en coin. L’adolescente était visiblement ravie de constater qu’Ethelle était impressionnée par l’antre de la veuve noire.

Elles n’eurent pas le temps de se crêper le chignon. D’autres Faucheux sortirent de la nacelle et les emmenèrent au sein de l’édifice. Ils les entraînèrent dans ce qui devait originellement être un salon de réception. Ethelle se demanda où ils avaient trouvé le mobilier. En effet, celui-ci ne déparait pas du luxe recherché par les constructeurs de la nacelle. Peut-être que les Faucheux avaient trouvé d’autres entrepôts de mobilier dédiés aux aérostats pour meubler leur nacelle. Ils avaient également trouvé des lampes à huile qui éclairaient les pièces de douces lumières orangées. Une femme, dans la trentaine, trônait à une petite table de salon de thé, confortablement installée dans un fauteuil encore plus fastueux que celui du Parlement, où la rouquine s’était assise quelques heures auparavant. Elle était vêtue d’une robe noire d’excellente qualité assortie à ses cheveux de jais et, à son maintien, Ethelle devina que cette femme était originellement issue d’un environnement aisé. Alors que la veuve noire levait gracieusement la tête de son journal et dans sa direction, faisant jouer la lumière sur les traits de son visage, la rouquine réalisa qu’elle l’avait déjà rencontrée.

« Oh, ne serait-ce pas la délicieuse mademoiselle Morton ? S’enquit la femme en noir.
– C’est elle-même, confirma Ethelle en se réjouissant de voir une expression furieuse passer sur le visage de Tina.
– Je me souviens de la dernière fois que nous nous sommes côtoyées, déclara la dirigeante des Faucheux. Il s’agissait de la réception d’anniversaire du directeur de MéchanInc. C’était… Il y a deux ans de cela ?
– Environ, oui, acquiesça la jeune femme.
– Venez donc prendre place auprès de moi. » Lui enjoignit la veuve noire. Pour une araignée, Ethelle la trouvait plutôt sympathique, même si elles n’avaient jamais vraiment eu l’occasion de discuter lors des réceptions mondaines auxquelles elles avaient toutes deux participé. Le fait qu’elles avaient une grosse différence d’âge avait aussi du jouer, ces dernières étant nées à plus de douze ans d’intervalle. En réalité, la rouquine s’était souvenue de son identité de justesse. Il s’agissait de la nièce de l’ancien directeur de AérosTech, une des trois sociétés qui possédaient les entrepôts. Arabella Finley. Cela expliquait certainement sa présence ici, songea Ethelle, mais le fait qu’elle se retrouve entourée d’un gang des rues restait mystérieux.

En prenant place auprès de son hôtesse, la jeune femme ne put s’empêcher de jeter encore un bref coup d’œil en direction de Tina, qui lui parut verte de jalousie. Réprimant un sourire suffisant, elle tourna ensuite la tête en direction de Clay qui s’efforçait de rester impassible malgré sa surprise. Les autres Faucheux qui les accompagnaient depuis le début ne paraissaient pas se sentir très concernés et ils attendaient visiblement des instructions, appuyés çà et là contre diverses cloisons. Arabella posa le journal qu’elle lisait à leur arrivée sur sa petite table, donna quartier libre aux Faucheux et requit du thé à un autre d’entre eux qui se tenait dans l’ombre, derrière elle. Clay et Tina restèrent sur place, debout, silencieux et l’air quelque peu embarrassés.

Arabella ne fit rien pour les mettre à l’aise et ne semblait même pas avoir remarqué leur gêne. Toute son attention était dirigée sur Ethelle, qui commençait à ressentir un certain malaise à son tour. Elle décida de briser le silence : « Comment arrivez-vous à vous procurer du thé ici ? S’enquit-elle pour badiner.
– Mes petites araignées sont très douées pour trouver de tous les produits de première nécessité. » Expliqua la veuve noire avec un sourire attendri. Ethelle se demanda si elle avait bien compris qu’Arabella considérait le thé comme un produit de première nécessité. Pour sa part, elle avait préféré voler de quoi absorber du solide, plutôt que des feuilles qu’il fallait faire infuser dans de l’eau bouillante. Il était vrai qu’elle avait aussi – mal – acquis une conserve de confit de canard qu’elle n’avait eu aucun moyen de faire cuire et qui se trouvait toujours dans son sac de voyage.

Soudainement inquiète de ne plus l’avoir avec elle, la rouquine fouilla le salon du regard à la recherche de son précieux bien. En constatant que Clay l’avait toujours en main, elle poussa un soupir de soulagement intérieur. La jeune femme leva de nouveau les yeux sur la veuve noire, qui la considérait pensivement. « Vous n’avez pas besoin de vous agiter ainsi, la rassura Arabella. Vous êtes ici en présence amie. » Ethelle répondit par un sourire. Le Faucheux à qui le thé avait été commandé choisit ce moment pour revenir, équipé d’un plateau d’argent sur lequel se trouvaient une théière fumante et deux tasses de porcelaine avec leurs soucoupes assorties. L’homme disposa silencieusement le plateau sur la table, disposa soigneusement les tasses devant chacune des deux femmes et leur servit le thé comme un majordome de métier. La rouquine réalisa que ce devait être le cas.

« Bien, lâcha la veuve noire après avoir bu une gorgée du breuvage encore bouillant. J’ai besoin de savoir ce qu’il s’est passé au parc des Deux Ormes, pourquoi avez vous attiré l’attention de la police et pourquoi avez vous amené ici mademoiselle Morton ? Clay.
– Et bien, hésita celui-ci, rien de tout cela n’était prémédité. C’était un accident, tout simplement.
– Un accident ? Répéta Arabella sur le ton de celle qui en attend plus.
– Oui, hum… Toussota le jeune homme avec embarras. Quelqu’un avait amené une salamandre pour avoir l’air intéressant. Mais la salamandre a… Comme qui dirait… Craché du feu.
– Comment ça, craché du feu ? » Le ton doucereux de la veuve noire ne disait rien qui vaille à Ethelle. Clay ne paraissait pas en mener large non plus. Il faisait visiblement beaucoup d’efforts pour paraître impassible et cela ne fonctionnait pas très bien aux yeux de la rouquine. Tina, pour sa part, se faisait toute petite dans un coin, comme pour se faire oublier.

« Je sais que ça peut sembler étrange, reprit le jeune homme, mais cette salamandre devait appartenir à une race spéciale qui crache de petites flammes.
– Comme un petit dragon ? S’enquit Arabella toujours sereine.
– On peut voir ça comme ça, acquiesça Clay.
– C’est intéressant, commenta la veuve noire. Je savais que cela finirait par arriver. » Elle but une nouvelle gorgée de thé. Lorsqu’elle reposa sa tasse, un grand sourire barrait sa figure. Vu le résultat étrange que cela produisit, Ethelle supposa que la femme qui dirigeait les Faucheux n’avait pas l’habitude de sourire. « Tout le monde me prend pour une folle, reprit Arabella dont la voix se mit à trembler. Mais je sais que Titania a été détruite par un dragon. Et la ruine de RotorCorp est due aux monstres marins, j’en suis certaine. » Elle se tut soudainement. La rouquine, Clay, Tina et le silencieux majordome gardèrent prudemment la bouche fermée.

La jeune femme rousse travaillait à garder un masque neutre sur son visage lorsque la veuve noire plongea ses yeux noirs dans les siens pour dire : « Mademoiselle Morton, vous devez le savoir vous aussi, n’est ce pas ? Après tout, votre père a indirectement subi les désastres de ces créatures monstrueuses. Tout le monde pense que ces créatures appartiennent seulement aux contes de fées. Mais je sais, moi, qu’elles sont réelles ! Mademoiselle Morton, le jour où votre père s’est suicidé, j’ai entendu pleurer et crier une banshee devant votre maison et…
– Silence ! » Hurla Ethelle. Tous se figèrent. La jeune femme avait les joues écarlates et s’était levée, les mains fermement arrimées à la petite table. Elle luttait de toutes ses forces pour ne pas laisser couler les larmes qui encombraient sa vue. En réalité, elle-même était surprise de sa propre réaction. Mais que cette femme à la santé d’esprit douteuse se permette de mettre la mort de son père sur le compte de créatures de contes de fées l’avait mise hors d’elle.

Elle prit une grande inspiration, s’assit de nouveau, expira doucement et, calmée, reprit : « Veuillez pardonner ma réaction passionnée. Je me suis laissée emportée par mes émotions.
– Je comprends, compatit Arabella en lui jeta un regard incertain. Le deuil nous affecte tous.

 

 

1800 mots, cette fois c’est un nombre de mots correct !

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