NaNoWriMo 2019 : Prison Dorée, jour 10

Éléonore lui tendit le vin et il s’en empara avec avidité. Arborant un sourire satisfait, elle commença à avancer. « Il faudra m’en amener d’autres, madame, si vous voulez revenir. Par contre, pas plus de quelques minutes, hein ! Le sergent revient bientôt. » Elle acquiesça et se rendit à la cellule de Gaël, qui chantonnait tout bas.

« Tiens ! s’exclama-t-il en s’approchant des barreaux. Voilà ma plus chouette visiteuse, bonjour !
— Parce que tu as beaucoup de visiteuses ?
— Ouais, plein. Principalement des rattes. Elles sont pas farouches en tous cas ! Elles viennent tout le temps piquer dans mon assiette.
— De toute façon, je t’ai amené des choses meilleures que ce que tu partages avec les rats. » déclara Éléonore en extirpant la taie d’oreiller garnie.

Gaël rit en voyant ce qu’elle lui avait apporté. Il commença à engloutir un pâté en croûte, tout en remerciant Éléonore : « Je dois être le prisonnier le mieux nourri de toute cette époque, c’est vraiment sympa de ta part de t’embêter à venir jusqu’ici pour m’apporter tout ça.
— Je t’avoue que c’est un peu intéressé de ma part.
— Je me doute, déclara Gaël en mâchant. Je vois pas pourquoi tu viendrais dans ce trou à rats sinon : c’est pas très agréable ici.
— Je suis désolée pour ça, oui, je vais voir si je peux convaincre le seigneur Arthur de te laisser partir. »

Gaël pouffa de rire et manqua de s’étouffer. « C’est gentil, mais il ne le fera pas.
— Pourquoi ? s’enquit Éléonore. Tu as déjà eu à faire avec lui avant ?
— Ah non, je ne l’avais jamais vu avant. C’est juste à cause des connards derrière tout ça. Ils ont du lui dire de me garder enfermé, ou je ne sais quoi.
— Qui sont-ils ? Et ils sont derrière quoi, au juste ?
— Écoute, tout ça serait trop long à expliquer là maintenant, mais tu devrais faire attention à tout ce que tu dis et tout ce que tu fais. Vu ta façon de parler, tu n’es pas d’ici non plus. Il faut que tu te montres très très prudente. Parce que moi, je suis là de manière clandestine, je sais dans quoi je me lançais, même s’ils m’ont coupé toute retraite. Mais si toi, tu es là, c’est que tu fais partie d’une expérience.
— Une expérience ? s’étonna Éléonore. De quel genre d’expérience tu parles ? »

Des pas résonnèrent et Gaël s’empressa de dissimuler ce qu’il n’avait pas encore pu manger. André fit son apparition et lâcha : « Madame, il vous faut partir maintenant. Vous êtes restée trop longtemps et il n’y a plus de vin. » Éléonore se leva, pliant sa taie d’oreiller et l’enroulant autour de ses mains pour la porter comme un manchon. Elle lança un regard de regret au prisonnier et obtempéra, quittant les cachots à toute allure.

Éléonore commençait à nourrir de sérieux doutes sur sa propre situation. Les propos de Gaël avaient fait vibrer un écho chez elle, mais elle n’avait pas envie de le croire. Ce qu’il sous-entendait était beaucoup trop gênant à digérer. « Ah, ma fille, que faites-vous dans les corridors alors que vous auriez pu venir dîner avec votre vieux père ?
— Oh, je ne me sentais pas très bien sur le moment. J’allais mieux après avoir mangé un peu et j’ai eu besoin de marcher un peu. »

Éléonore espérait qu’elle paraissait suffisamment crédible. Elle se sentait secouée et elle avait du mal à se concentrer sur les apparences. « Vous ne me semblez toujours pas très en forme, vous devriez aller vous reposer au lieu d’errer dans ces couloirs battus par les courants d’air.
— Oh, euh, oui, je vais aller me mettre au chaud, vous avez raison. »

Elle amorça un mouvement, mais il la retint : « Et, ma fille, vous ne devriez pas quitter le château pour de telles escapades. Vous êtes encore faible et c’est dangereux pour vous.
— Je garderai cela en tête, merci. » Tout en s’en allant, elle ressentit de l’irritation du fait que Jodie ait rapporté leur promenade au seigneur Arthur. Et, de plus, quelque chose fit surface, qu’elle n’avait pas perçu depuis bien longtemps : son esprit de contradiction. Elle avait soudainement très envie d’aller voir ce qui se trouvait au-delà des limites du domaine.

De retour dans ses appartements, Éléonore leva les yeux au ciel en apercevant Jodie. « Ah, vous êtes enfin revenue, madame. Je commençais à m’inquiéter. Je suis contente de voir que vous avez bien mangé ce que je vous ai apporté ; j’ai presque cru que vous étiez enceinte !
— Comment ça, enceinte ?
— Oh et bien vous avez mangé comme deux.
— Ah, d’accord, je vois. Et bien c’est surtout que notre promenade m’avait ouvert l’appétit. Maintenant, j’ai envie de dormir.
— Bien sûr, madame. »

Éléonore réussit à se défaire de sa robe tout en se rendant dans la chambre. Elle songeait que ces vêtements étaient plus faciles à enlever qu’à mettre, jusqu’à ce qu’elle entende un craquement. « Attention, vous l’avez déchirée, madame.
— Tant pis. » dit-elle avec humeur en finissant de se débarrasser de la robe. Laissant son habit tomber au sol, elle l’enjamba et alla se jeter sur le lit, ne gardant que la taie d’oreiller à la main. Elle la glissa sous les coussins, en même temps qu’elle y enfouissait son visage.

« Madame, ne voulez-vous pas passer votre chemise de nuit ?
— Non, laisse-moi, j’ai besoin d’être seule.
— Dois-je revenir plus tard, madame ?
— Non, ne reviens plus. »

Éléonore entendit la porte se refermer. Elle ne savait pas si elle reverrait Jodie au matin, mais pour le moment, elle était soulagée de ne plus subir sa présence. Bien sûr, elle n’avait jamais vraiment apprécié la servante — encore moins depuis qu’Arthur la lui avait assignée en tant que femme de chambre — mais maintenant qu’Éléonore savait que Jodie rapportait ses faits et gestes, elle la détestait cordialement.

Elle souleva son visage des oreillers pour se placer de côté et s’en voulut d’avoir été discourtoise avec Jodie. Pourquoi se sentait-elle si touchée de sa dénonciation, alors qu’il s’agissait juste d’un jeu ? Les propos de Gaël l’avaient marquée bien plus qu’elle ne l’aurait voulu. Frissonnant, elle s’enfouit sous l’édredon. Les câlins réconfortants de [Bidulon] lui manquaient ; Éléonore en avait bien besoin. Elle sombra dans un sommeil agité.

[j’ai complètement zappé de parler de l’éclairage intérieur, je crois]

Ses rêves ne lui furent pas agréables. Éléonore cauchemarda qu’elle se disputait de manière violente avec ses parents — chose qui ne lui était pas arrivée depuis des années — ce qui la mit mal à l’aise, surtout qu’elle était en retard pour un examen important. Puis, elle se retrouva poursuivie par quelque chose de vague, mais elle ne parvenait pas à courir car ses jambes ne lui répondaient pas, lourdes comme du plomb. Elle se redressa brusquement, aussitôt réveillée.

À présent assise et consciente, Éléonore se prit la tête dans ses mains, le temps de se calmer. Elle savait qu’elle venait de subir ce qu’elle appelait un rêve de stress. De fait, elle se sentait angoissée et se leva, blottissant ses pieds dans des chaussons, pour se rendre devant la cheminée. Assise sur une bergère, elle bâilla longuement, mais n’éprouvait plus aucune fatigue. Elle se gratta la tête et se dit que, puisqu’elle était debout, autant qu’elle continue le jeu. La nuit, la plupart des gens devaient dormir et elle aurait tout le loisir de visiter et fouiller.

En ouvrant la porte de ses appartements, Éléonore constata que le couloir baignait dans une obscurité presque totale. Elle retourna dans le salon éclairé par la cheminée et s’empara d’un chandelier, dont elle alluma les trois bougies, avant de retourner s’aventurer dans le corridor silencieux. Que c’était plaisant de profiter du calme de la nuit pour une petite promenade dans [arpenter] le château !

Elle visita des appartements et chambres vides, qu’elle supposa dédiées aux invités. Cela lui fit penser qu’elle devrait s’enquérir de l’endroit qui avait été attribué à Lance lors de son séjour au château. Il avait peut-être laissé des choses intéressantes. Songeant à son ancien prétendant, elle réalisa qu’il était étrange de ne rien avoir trouvé en terme de correspondance personnelle dans son secrétaire. La première fois qu’elle s’y était assise, il était neuf, de même que tout son contenu : les feuilles toutes vierges, les buvards tous immaculés, les fioles d’encre non encore ouvertes, les plumes impeccables… Elle devrait se renseigner sur ce mystère aussi.

Une cloche sonna frénétiquement, faisant sursauter Éléonore. Qu’est-ce que cela pouvait bien être ? Elle retourna en direction de ses appartements, mais s’immobilisa en entendant des gens crier au feu. Des domestiques paniqués s’égayaient en direction des sorties, tandis que d’autres allaient dans l’autre sens, portant des seaux d’eau. Une odeur de brûlé parvint aux narines d’Éléonore, qui prit le parti de suivre le mouvement général vers l’extérieur.

Tout le monde grelottait dans la nuit hivernale, contemplant la bâtisse avec angoisse, à la recherche de signes de flammes. Éléonore sursauta lorsque quelqu’un posa un manteau sur ses épaules. Il s’agissait de Sigismond, l’intendant. Elle le remercia d’un sourire et lui demanda : « Où donc a pris le feu ?
— Je ne saurais pas trop dire, avoua-t-il. Peut-être des cuisines.
— Je crois que c’était à côté des cuisines, intervint une femme qu’Éléonore ne se rappelait pas avoir encore vue.
— Des cuisines ? » répéta-t-elle d’un air absent.

Elle faisait de gros efforts pour se convaincre que le feu était sûrement une simulation. Ce ne pouvait pas être un véritable incendie, n’est-ce pas ? Si c’était le cas, ils ne tarderaient pas à voir les pompiers arriver. « Installez la pompe ! » cria quelqu’un. Du monde se précipita à côté du lac pour suivre les ordres et en pomper l’eau. C’est alors qu’Éléonore aperçut des flammes, des vraies, de l’autre côté d’une fenêtre du rez-de-chaussée.

Si le feu avait pris près des cuisines, comme on lui avait rapporté, alors il pouvait très bien s’étendre aux geôles. Elle s’inquiéta pour Gaël et se mit à fouiller la foule du regard. Avisant André, elle s’approcha de lui pour s’enquérir de la santé du prisonnier. « Je ne sais pas où il est, répondit-il en haussant les épaules. J’étais pas de garde, moi. Je suppose qu’il est toujours dans sa cellule.
— Mais vous ne pouvez pas le laisser rôtir comme ça !
— Bah, je vais pas retourner là-dedans, hein. »

 

1751 petits mots, pas très reluisant pour un dimanche où j’aurais voulu prendre un peu d’avance ! Enfin, plus que ça en tous cas.

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