La Sagesse du Hibou

Caché sous le bureau de l’accueil de l’hôpital, Harry faisait son possible pour donner l’illusion qu’il n’était pas là. Le plus compliqué était de rendre sa respiration discrète ; dans le silence ambiant de l’hôpital abandonné, il avait l’impression de résonner comme une alarme. Les bruits de pas, circonspects et inquiétants, continuaient de s’approcher.

Le jeune homme essaya de régler ses inspirations et expirations sur les pas. Comme ils n’étaient pas réguliers, ce n’était pas facile ; ils s’arrêtaient souvent, comme si la personne s’arrêtait pour tendre l’oreille. Certainement pour vérifier d’où provenaient ces bruits de respiration, s’inquiéta Harry. Il repoussa la vague de panique qui menaçait de le submerger.

Les pas produisaient un cliquetis de mauvais augure sur le sol. Comme dans ce vieux film avec des dinosaures sans plumes qui chassaient deux enfants dans une cuisine. La scène avait effrayé le jeune homme à l’époque et il poussa un cri aiguë et effarouché lorsqu’une main puissante l’attrapa par le col pour le soulever hors de sa cachette.

Il se retrouva face à deux yeux ronds et dorés qui le fixaient. « Hou. » Commenta le hibou à taille humaine et à l’aile dotée des doigts emplumés qui maintenaient Harry. Les yeux ronds se plissèrent et le rapace leva son autre aile qui tenait fermement une hache à double tranchants. « Tu m’espionnes ? S’enquit l’oiseau avec la prononciation bizarre due à son bec.
– Euh non, je me cachais juste, expliqua le jeune homme.
– Pour me prendre en embuscade ?
– Non non ! Pas du tout ! Je ne suis même pas armé !
– C’est vrai. » Convint le rapace qui posa son interlocuteur à terre, au milieu du désordre ambiant. L’hôpital avait été pillé de nombreuses fois.

Les deux s’entre examinèrent curieusement du regard. « Que fais-tu là alors, si tu ne me cherches pas des noises ? » Se renseigna le hibou. Harry poussa un soupir de soulagement intérieur. Le ton n’était plus suspicieux et l’oiseau avait baissé sa hache. Le jeune homme s’épousseta machinalement et répondit :

« Je cherche des restes de médicaments que des pillards auraient pu oublier. » Le rapace acquiesça tout en s’ébrouant brusquement, à la façon des oiseaux, en gonflant ses plumes. « Et… Toi ? Demanda timidement Harry.
– Mmmh, moi je cherche un endroit tranquille et du matériel pour préparer mes potions. Je suppose que nous allons donc au même endroit : vers les labos et la pharmacie.
– Je suppose aussi, oui.
– Autant y aller ensemble, suggéra le hibou. Nous couvrirons nos arrières comme ça. Et je préfère t’avoir à l’œil, aussi.
– D’accord. » Accepta Harry qui se sentait plus rassuré de pouvoir compter sur un rapace armé d’une hache.

« D’ailleurs, reprit l’oiseau, tu devrais songer à te trouver une arme toi aussi. Sinon, tu ne me seras pas très utile si des charognards débarquent et nous attaquent.
– Euh… Oui… » Balbutia le jeune homme qui était gêné d’avouer qu’il ne savait pas se battre mais qu’il savait plutôt passer inaperçu. Peut-être pas aux sens aiguisés d’un rapace, mais la plupart du temps il s’en sortait bien.

Sans attendre, le hibou avisa une hache d’incendie qui traînait à côté d’une boîte arrachée du mur. Il s’empara de l’objet de sa plumeuse main libre et le colla dans les bras du garçon. Satisfait du résultat, le hibou lui fit ensuite signe de le suivre. Le jeune homme lui emboîta le pas. Il se sentait tout petit à côté de l’être imposant qui le précédait.

Une fois qu’ils eurent rejoint la zone de l’hôpital qui regroupait les laboratoires et la pharmacie, ils s’enfermèrent prudemment à l’intérieur. Pendant que Harry ratissait le coin dévolu aux médicaments, le hibou commença à manipuler de la verrerie, remplissant certains ballons d’herbes odorantes. Il en fit bouillir une partie, macérer d’autres et en hacha aussi. Mais le silence pesait au jeune homme, qui décida d’essayer de nouer la conversation avec son compagnon à plumes.

« Vous vous y connaissez bien en herbes, commença-t-il.
– C’est normal, je suis herboriste, l’informa le hibou.
– Et c’est bien comme métier ?
– Oui, c’est très pratique.
– Comment je peux t’appeler ? S’enquit le jeune homme.
– Soren, se présenta succinctement le rapace. Et toi ?
– Harry. »

Le hibou suspendit brusquement son mouvement. En deux pas appuyés d’un coup d’ailes, Soren se planta face au jeune homme, son bec effilé à quelques centimètres de ses yeux. « Harry, dis-tu ? Siffla le rapace avec un regard menaçant.
– Euh… oui… Balbutia celui-ci en se demandant pourquoi son prénom causait une si grande agitation chez l’oiseau qui avait sa hache à double tranchants ostensiblement à portée de main.
– LE Harry ? Continua Soren.
– Lequel ?
– Harry Potter, là, cet ignoble humain exploiteur de chouettes ! Elle en est morte, Hedwige, de son service, hein ! Et il n’en serait pas arrivé là où il est sans elle. Alors, c’est toi ?
– Non non ! Répondit très vite le jeune homme. Je suis… Je suis Harry Covert, je viens d’une blague nulle… »

Le hibou pencha la tête sur le côté d’un mouvement vif, comme s’il réfléchissait à la véracité des propos tenus. « D’accord, lâcha-t-il enfin. Je te crois. Surtout parce que tu n’as pas de cicatrice sur le front.
– Et toi, tu ne ressembles pas tellement à Soren, répartit Harry avec morgue. Il est sensé être une chouette effraie.
– C’est vrai, avoua le hibou. Je trouvais qu’Archimède était un prénom trop pompeux, alors j’ai changé. »

Maintenant que la tension était retombée, chacun retourna à ses occupations. Même si le plus gros de la pharmacie avait déjà été pillé, le jeune homme parvint à dégoter quelques précieuses pilules. Plutôt satisfait de sa récolte, il commença à faire une première estimation mentale de ce que cela allait lui rapporter. Il fut interrompu par quelque chose de brillant qui attira son regard par terre. « Qu’est ce que c’est que ça ? » Murmura-t-il en s’approchant de l’éclat doré qui semblait l’appeler à lui.

Soren leva le bec de ses décoctions et tourna brusquement la tête en direction de Harry. Celui-ci s’était emparé de l’objet brillant et le fixait intensément en l’admirant sous toutes ses coutures. À la grande inquiétude du hibou, il s’agissait d’un anneau doré, simple et lisse. Il savait que cela n’augurait rien de bon : il avait entendu parler d’anneaux de pouvoirs par des aigles. Ces anneaux qui corrompaient leurs porteurs et les faisaient devenir des créatures malfaisantes.

« Harry ? L’appela le rapace.
– Mmmh ?
– Cet anneau ne me dit rien qui vaille, exposa calmement Soren en rangeant rapidement ses affaires.
– Tu dis n’importe quoi, il est tout à fait charmant. » Lui assura Harry d’une voix rêveuse.

Le hibou termina de stocker soigneusement ses potions, s’empara de nouveau de sa hache et se précipita sur l’humain, qui sursauta, les yeux écarquillés. « Qu’est ce que tu fais ? Couina-t-il au rapace soudainement agressif.
– Tu es sous l’emprise de l’anneau. Je dois t’en défaire.
– De l’anneau ? S’étonna le jeune homme.
– Oui, celui que tu tiens dans ta main. »

Harry jeta un coup d’œil étonné à sa main qui tenait l’anneau, comme s’il le remarquait pour la première fois. « Ah mince ! On dirait l’Anneau Unique ! S’exclama-t-il.
– Je pense que c’est le cas. Mais c’est bizarre, on dirait qu’il ne t’affecte plus.
– Oh… C’est peut-être parce que je suis juste une blague. Nulle certes, mais innocente.
– Hmpf, peut-être, balaya le hibou. Nous devrions nous en débarrasser : ce ne serait pas très prudent si quelqu’un tombait dessus.
– C’est vrai, trouvons un volcan.
– Oui, voilà, faisons ça, approuva Soren. Ma hache est tienne, tout ça tout ça. Quand nous sortirons de l’hôpital, grimpe sur mon dos et je nous emmènerai au volcan le plus proche. »

La collision entre les mondes imaginaires et le monde réel était déjà suffisamment chaotique sans qu’on laisse, en plus, se rajouter un seigneur ténébreux.

 

 

Ce texte paraît bizarre, mais il est issu du sujet suivant : le hibou herboriste avec une hache dans l’hôpital et il fallait une référence à Harry Potter. Du coup ça allait forcément donner quelque chose de bizarre 😛

Fin du NaNoCamp de Juillet 2017

Salutations !

Cela faisait bien longtemps que je n’avais pas posté ici. J’étais donc en NaNoCamp, avec un tout petit objectif parce qu’il est de notoriété personnelle que le NaNoCamp de Juillet est difficile. J’ai tout de même atteint mon objectif et il donnera lieu à une nouvelle façon de raconter des histoires. En plus, ça aura un lointain rapport avec Arkhaiologia ! Ce qui me réjouit. Ça arrivera dans les semaines qui viennent !

Maintenant, il faut que je recommence à peupler ce blog d’élucubrations diverses, ce qui n’est pas forcément simple puisque mes doigts fondent sous la chaleur. On m’informe que ce n’est pas ce qui se produit, mais ça fait vachement bien semblant je trouve !

Pendant que je réfléchis à ce que je vais bien pouvoir raconter, vous pouvez réfléchir à ce que vous allez bien pouvoir raconter vous pendant le NaNoWriMo de Novembre 2017 ! Oui parce que nous sommes déjà en août et le temps passe à une vitesse effroyable. Alors il est temps de commencer à songer à tout ça !

Continuez de passer de bonnes vacances pour ceux qui en ont et à bientôt pour de nouvelles aventures !

Le Mois de Juillet

Salutations !

Le mois de Juillet est bientôt là (et la canicule est déjà arrivée) et, comme maintenant chaque année, je viens vous parler du camp NaNoWriMo. Et, comme toujours, je vous enjoins à y participer ! En plus, c’est pratique d’utiliser les NaNoCamps pour planifier un futur NaNoWriMo de Novembre (la quoi ? Subtitruc ? Jamais entendu parler !).

Bon, d’accord, j’arrête de vous harceler (même si ma cabane vous est ouverte, hein !) et je vais me contenter de vous raconter ce que je compte faire moi. Alors déjà, j’avais l’intention d’ouvrir une cabane sur le site du Camp NaNoWriMo et ça, c’est fait. Ensuite, je voulais rester sur mon projet Arkhaiologia tout en faisant quelque chose de différent (pour éviter la surdose et puis, vu le boulot que je vais encore avoir dessus, je préfère prendre mon temps).

Du coup je me suis décidée pour le travail d’un petit background sur la situation entre l’Antiquité lointaine qu’étudient Ethelle, Clay et Simon, et leur époque. Ce sera pour un petit Spin Off, pour ainsi dire, que je vais tâcher de faire par la suite. Voilà ! Comme toujours, on peut discuter de tout ça pour les quelques uns que ça intéresse.

Bonne continuation et à bientôt dans ma cabane (Aïe ! Alleeez !)

Soirée Pyjama

« Pousse-toi Sybda, tu prends toute la place ! Se plaignit Phoane la petite phoque en donnant une bourrade au panda.
– Ben t’as qu’à aller en haut, ronchonna l’interpellé. Ce n’est pas de ma faute si je prends un peu de place.
– Je peux vous rejoindre ? S’enquit Koxy la koala avec envie. Il a l’air trop bien ce bateau !
– C’est un lit-bateau-pirate. » Précisa Phoane en poussant de nouveau le panda, l’air de rien.

La discussion piqua l’intérêt des autres petits animaux invités à la soirée pyjama. Ils se redressèrent tous, les yeux brillants dans la pénombre, et s’approchèrent. Draléa la dragonne inspecta le lit superposé et afficha un air dépité. « Je suis trop grande : je ne tiendrai jamais dessus, alors que je voulais partir à l’aventure avec vous…
– C’est pas grave, lui assura Sil qui finissait de se hisser sur le lit supérieur. Tu voleras à côté ! En plus, personne n’osera s’attaquer à nous si on a un dragon. Nous serons les meilleurs pirates ! »

Tous les autres approuvèrent en chœur en commençant à grimper sur le navire pour faire aussi partie de l’équipage. « Il faut décider des rôles, décréta Elia l’écureuil qui escaladait le montant du lit.
– Très bonne idée ! S’enthousiasma Parosy le panda roux. Moi je veux être le capitaine ! »

Les petits animaux s’interrompirent et le silence flotta un instant dans la pièce. Toutes les frimousses affichaient leur envie : ils auraient, eux aussi, voulu être le capitaine bien sûr. Ils se morigénèrent tous intérieurement de ne pas y avoir pensé tout de suite. « Bon, c’est le premier qui dit qui y est, soupira Lekwo la loutre. Ce sera Parosy le capitaine. » Tous hochèrent gravement la tête suite à cette assertion de la plus haute importance.

L’effervescence reprit aussitôt. « Hé Phoane, descend de là ! S’exclama soudainement Sybda. Là-haut c’est la vigie et c’est Jucha qui doit y aller.
– Non, pas du tout, c’est le pont supérieur, pointa la phoque. La vigie c’est encore au-dessus.
– De toutes façons, je ne veux pas aller à la vigie, intervint Jucha. J’ai le vertige… »

Cela n’empêcha pas la petite chatte de se frayer un passage jusqu’au lit du haut pour se caler dans un coin, tandis que la koala bousculait tout le monde. « C’est moi qui vais à la vigiiie ! S’écria Koxy en filant tout en haut le plus vite possible.
– Moi je veux être le coq, les informa fièrement Dashor.
– Mais tu n’es pas un coq, tu es une ornithorynque, lui expliqua gentiment Rachi le golden retriever.
– Non mais un coq, c’est le cuisinier sur un navire, répartit la petite ornithorynque.
– C’est bizarre comme nom de cuisinier quand même, renifla Sybda. Qu’est ce que tu fais avec ce coussin Lekwo ?
– Ce n’est pas un coussin voyons, c’est la barre ! On en a besoin pour décider où on va. »

Les derniers rôles se répartirent tout aussi rapidement : Phoane devint navigatrice et Rachi le quartier-maître. Jucha voulait juste être matelote et dormir sur le pont, comme tout félin qui se respecte. Elia décida qu’elle serait préposée aux cordages, parce qu’un écureuil pouvait facilement grimper de partout pour s’en occuper, et Sybda qu’il garderait un œil sur le rhum, qui était la boisson la plus importante pour des pirates.

À présent que l’équipage était au complet, ils se rendirent tous à leur poste, levèrent l’ancre et larguèrent les amarres. Ils se lancèrent ainsi à l’assaut des moult aventures nocturnes qui leur tendaient les bras.

 

Je vous avoue que ce mini-texte pour enfants est juste un prétexte pour poster mon navire.

La Banshee Déréglée

Katell marchait d’un pas dont elle espérait qu’il paraîtrait décidé à quiconque l’apercevrait. Elle avait reçu sa certification en Sorcellerie, option Spiritisme, deux jours auparavant et elle estimait qu’il était temps qu’elle mette ses connaissances en pratique. Après un bref coup d’œil irrité à ses bottines déjà recouvertes de la poussière de la route, la jeune femme se repassa rapidement en tête le mode opératoire pour traiter les problèmes liés aux fantômes.

Un cri déchirant interrompit le fil de ses pensées. Katell s’immobilisa en réprimant un sursaut ; ses doigts avaient agrippé plus fort les anses de son sac de tissu aux fleurs sépia brodées. Le hurlement recommença, plus perçant que la première fois. La jeune femme inspira profondément et expira en douceur. Ayant repris contenance, elle se remit en marche. Pour son premier travail, elle voulait avoir l’air parfaite. Le cri retentit une troisième fois, lancinant et désespéré.

Les gens d’ici avaient un problème de taille, songea la sorcière. Le maire du village ne l’avait pas engagée pour rien. Si elle en croyait les trémolos dans ce vagissement, il s’agissait là d’une banshee en détresse. D’ordinaire, ces esprits se contentaient d’annoncer une mort prochaine par leur puissantes lamentations. Sauf que celle-là, si les informations fournies étaient correctes, criait souvent mais personne ne mourrait. Pas même le vieux Yann, lui avait précisé le maire, qui approchait de son quatre-vingt-septième automne, ce qui n’était pas rien.

La jeune femme ne connaissait pas le vieux Yann et n’avait cure de son âge avancé. Ce qui importait était de déterminer pourquoi personne ne mourrait suite aux hurlements de la banshee, pour pouvoir mettre fin à ses lamentations qui nuisaient au calme des riverains. L’esprit ne paraissait pas vouloir crier une quatrième fois ; c’est donc dans le – relatif – silence champêtre que la sorcière parvint aux portes d’un vieux castel aux façades prises d’assaut par du lierre.

Katell actionna la chaînette, qui était reliée à une petite cloche. En réponse, la porte s’ouvrit sur un vieil homme à la mine bourrue et aux favoris aussi fournis que grisonnants. « Oui ? C’est pour quoi ? S’enquit-il.
– Bonjour, lança aimablement la jeune femme. Je suis la sorcière engagée par le maire pour m’occuper de votre banshee.
– Ce n’est pas ma banshee, précisa l’homme en grattant son favori gauche. Mais c’est vrai qu’elle est devenue un peu zinzin, je le reconnais. Elle crie tout le temps et personne ne meurt. Pas même le vieux Yann…
– Qui a pourtant quatre-vingt-sept ans, oui, je suis au courant. » Coupa Katell qui voulait en venir à l’essentiel. Elle était encore nerveuse et voulait se mettre au travail le plus rapidement possible.

« Presque.
– Comment ça, presque ?
– Il ne les a pas encore ses quatre-vingt-sept ans, le vieux Yann, expliqua l’homme. Il les aura cet automne. »

En voyant le regard dont le gratifiait la jeune femme, il ne s’étendit pas plus sur le sujet. Il la fit entrer et la mena à travers de sombres couloirs jusqu’à un salon, où lisait un couple, tous deux installés dans de vieux fauteuils devant une cheminée éteinte. Le comte et la comtesse se levèrent pour saluer la sorcière. Ils lui confirmèrent que la banshee qui dérangeait le village résidait bel et bien dans leur manoir. La légende disait même que l’esprit hurleur avait élu domicile ici avant les habitants.

Katell savait à quoi s’en tenir avec les légendes. Elle savait, elle, que les banshees venaient s’installer dans des habitations humaines ; elle doutait fort que l’esprit soit arrivé ici avant les gens du crû. Lorsque la sorcière posa des questions sur leur fantôme à résidence, le couple lui répondit du mieux qu’ils purent. « Je la voyais souvent errer dans les pièces inoccupées, expliqua la comtesse. Mais depuis quelques temps, j’ai l’impression qu’elle nous évite.
– Elle n’est pas bien jolie, ajouta le comte. Mais très sympathique et très efficace pour nous débarrasser des souris. »

La jeune femme hocha la tête. « Où pourrais-je la trouver ? Connaissez-vous ses lieux de prédilection ? S’enquit-elle.
– Oh oui, il y a plusieurs endroits qu’elle affectionne particulièrement, commença le comte.
– Comme l’observatoire en haut de la grande tour, continua sa femme, le cellier ou le bosquet de chênes dans le parc.
– Vous permettez que j’aille visiter ces endroits pour essayer de la trouver ? Demanda la sorcière.
– Oui oui, faites donc, l’autorisa la comtesse. J’espère que vous découvrirez l’origine du problème.
– Je suis là pour ça. »

Le majordome aux favoris qui lui avait ouvert la porte lui indiqua les directions des endroits décrits. Craignant la banshee qui hurlait désormais de façon aléatoire, il s’abstint d’accompagner la jeune femme. Cette dernière décida de commencer par l’observatoire, qui était en réalité un nom pompeux pour qualifier la plus haute pièce du castel. L’observatoire, donc, était visiblement inutilisé depuis bien des lustres. Tout était recouvert de poussière et le mobilier restant se décomposait petit à petit, alimentant l’amas poussiéreux ambiant.

La banshee n’était nulle part en vue. La sorcière tenta de l’appeler, mais en vain. Même les incantations destinées à attirer les esprits n’eurent aucun effet. Katell quitta donc la pièce et tenta la même chose dans le cellier, sans plus de succès. Sans se décourager et toujours équipée de son grand sac en tissu, la jeune femme se dirigea vers le bosquet de chênes. De son point de vue de citadine, il s’agissait plutôt d’une petite forêt.

En chemin, elle croisa la comtesse qui était sortie s’occuper de ses rosiers. Les deux femmes se dirigèrent de concert en direction des arbres, la propriétaire des lieux s’étendant sur sa relation avec la banshee. Bien sûr, l’esprit n’avait jamais dit un mot puisqu’il en était incapable. Mais la Dame était convaincue qu’elles s’entendaient bien et qu’un véritable lien s’était créé entre elles. Remarquant l’expression neutre que Katell s’efforçait de maintenir, la comtesse argumenta que la banshee lui adressait des sourires lorsque, d’aventure, elles se croisaient. La sorcière hocha machinalement la tête. Elle se demandait quelle marche elle allait devoir suivre si la perturbatrice de voisinage ne se trouvait pas non plus dans le bosquet.

La jeune femme n’eut pas à se poser longtemps la question. Un vagissement puissant déchira l’air. Maintenant que Katell était proche de l’origine du cri, elle avait l’impression qu’il portait tous les malheurs du monde. Encore plus qu’une lamentation habituelle de banshee ; la jeune femme n’en avait jamais entendue de pareille. Au moins, la fauteuse de troubles était là. La sorcière marmonna la petite incantation pour l’attirer. Le fantôme sortit de l’ombre des chênes et se dressa devant les deux femmes. Son visage éthéré ruisselait de larmes spectrales et sa bouche était tordue en un rictus effrayant.

La comtesse recula d’un pas, ce qui arracha un sourire ironique à Katell. La banshee poussa un long cri plaintif. La maîtresse des lieux se boucha les oreilles en reculant encore. La jeune sorcière s’efforça d’ignorer le désagrément et s’avança vers l’esprit hurlant, qui se laissa docilement approcher, se taisant. Katell aurait même dit qu’une étincelle s’était allumée dans ses yeux morts. Lorsque la jeune femme se retrouva à portée de main de la banshee, cette dernière ouvrit grand la bouche et la sorcière se raidit à l’expectative d’un nouveau cri perçant. Mais aucun son ne sortit du trou noir béant.

Katell, ne sachant ce que cela était sensé signifier, posa délicatement son sac en tissu dans l’herbe et s’approcha encore de la banshee pour se laisser quelques secondes de réflexion. Le spectre ne bougea pas et patientait sagement, la bouche toujours grande ouverte et silencieuse. Dissimulant sa perplexité sous un masque de professionnalisme, La sorcière jeta un coup d’œil circonspect dans la cavité obscure. À son grand soulagement, la banshee continuait de garder le silence. « Je vais m’occuper de toi. » Lui assura la jeune femme d’un ton rassurant ; il lui semblait avoir compris l’origine de la détresse de l’esprit.

Katell se pencha sur son sac et l’ouvrit. Elle en sortit de longs gants qu’elle enfila, une toute petite lanterne et une spatule. Se positionnant de nouveau devant l’esprit, la sorcière récita quelques incantations, suite auxquelles les gants, la lanterne et la spatule se firent aussi éthérés que la banshee. Celle-ci n’avait toujours pas bougé et avait docilement gardé la bouche ouverte. La jeune femme inspecta l’intérieur buccal à la lumière de la petite lanterne fantomatique et en s’aidant de la spatule pour écarter la langue spectrale.

Dans le coin inférieur droit, le reste de gencive de l’esprit était gonflé et enflammé. « Je vois quel est le problème, je vais arranger cela. En attendant, je vous prierais de ne pas faire de bruit même si vous souffrez. Sinon je risque de vous faire encore plus mal. » La banshee obéit, au grand soulagement de la sorcière. Katell farfouilla un moment dans la bouche, à l’aide d’autres outils qu’elle avait sortis de son sac et rendus éthérés. Elle sourit lorsqu’elle vint enfin à bout de l’abcès qui torturait la malheureuse banshee. La comtesse ne ratait pas une miette du spectacle.

Pour féliciter l’esprit de son courage face à la douleur et après avoir soigneusement rangé son matériel, la jeune femme sortit une sorbetière et de quoi fabriquer des glaces de son sac qui paraissait contenir tout et n’importe quoi, peu importe la taille du contenu. Ainsi équipée, la sorcière fabriqua rapidement deux boules de glace et les plaça sur une gaufre qu’elle tendit à la banshee. Un immense sourire mort s’étira sur le visage décharné du spectre. Elle s’empara vivement de la crème glacée à qui elle jeta un regard amoureux. Sans un regard pour les deux femmes, l’esprit s’en fut se cacher au faîte d’un chêne avec son précieux butin, roucoulant de manière aguicheuse.

 

Une fois Katell partie, ladite comtesse se rendit dans son cabinet de travail. Elle extirpa une boule de cristal de son secrétaire et contacta une sorcière toute fripée, mais à l’œil particulièrement vif. « Votre étudiante a réussi l’épreuve supplémentaire secrète avec brio.
– C’est une petite intelligente, se réjouit la vieille sorcière. Je ne doutais pas d’elle.
– Vous pouvez être fière de votre élève. Elle a trouvé l’origine du problème presque tout de suite ! Et figurez-vous qu’après avoir soigné la banshee, elle lui a donné une crème glacée.
– Voilà qui est fin de sa part, commenta la femme fripée. Elle aura retenu le péché mignon des banshees. Très bien ! Je vais de ce pas l’inscrire au registre des sorcières officielles et lui faire parvenir les premiers courriers d’emploi en sorcellerie. Merci de votre coopération dans cette affaire, madame.
– Ce fut un plaisir. » Lui assura la comtesse.