Ravisseuse de magie

Le printemps avait fait fleurir les prés. Le petit peuple des fays s’y ébattait joyeusement ; qui butinant le nectar floral, qui flirtant ensemble, qui voletant entre les brins d’herbe dans une course effrénée, qui essayant d’apprivoiser des insectes pour en faire des animaux de compagnie. Au milieu de toute cette agitation féérique et champêtre, un fé aux ailes de libellule translucides contait fleurette à une fée aux ailes de papillon rouges et noires. Pour mieux impressionner la belle, il était monté sur le dos d’une mésange bleue qui lui répondait au doigt et à l’oeil. Ravie de tant d’attention, la petite fée pouffait de rire, minaudant auprès de son soupirant.

Bientôt, d’autres membres bourdonnant du petit peuple fay entourèrent l’oiseau, curieux de voir un animal aussi gros apprivoisé par l’un de leur race. Cela arrivait occasionnellement, mais suffisamment rarement pour que tout le monde vienne jeter un coup d’oeil de plus près. Lorsqu’elle réalisa qu’elle était le centre de l’attention, la mésange gonfla son poitrail jaune vif de fierté. Le fé était tout aussi satisfait de son assemblée et en profita pour se donner en spectacle. Il montra à ses comparses les quelques tours que l’oiseau acceptait de réaliser pour lui. Sous les applaudissements et les cris de joie, la fée aux ailes de papillon rejoignit son galant sur le dos du passereau coloré. Ce dernier emmena ses deux petits cavaliers haut dans le ciel à tire d’aile.

Ils survolèrent des korrigans qui dansaient en rondes en chantant à tue-tête des paroles incompréhensibles au milieu des menhirs. Puis une chasse à courre du grand peuple des fays, les elfes. N’ayant pas à voler eux-mêmes, les deux tourtereaux ne se firent pas prier pour profiter du voyage. Lorsque la mésange se posa aux abords d’une rivière, traversée par un pont à trolls, ses petits cavaliers mirent pied à terre. A l’ombre d’un bolet au grand chapeau, ils devisèrent du dragon dont ils avaient aperçu l’antre au loin et des cris stridents d’une banshee qui avait annoncé en pleurant un malheur à venir sur un château. Ils passèrent ensuite la nuit dans un nid abandonné mais encore tapissé de duvet, se livrant à moult acrobaties amoureuses et hautement inconvenantes à raconter en bonne société. Le petit peuple fay n’avait que faire des convenances et les deux tourtereaux s’aimèrent ainsi de manière créative une bonne partie de la nuit durant.

Et ils continuèrent de vivre ainsi d’amour et d’eau fraîche, alors même que la jolie fée aux ailes de papillon rouges et noires s’arrondissait. Quelques jours plus tard, elle pondit une grappe d’oeufs à l’abri des fondations lézardées d’une maison d’humains, en ruines, au coeur d’une forêt. Ceci fait, elle s’envola, de nouveau légère vers d’autres cieux, oubliant aussitôt sa progéniture et le fé aux ailes de libellule qui s’était, lui aussi, lassé de sa compagne. Ces frivoles créatures passèrent plusieurs mois à butiner de droite à gauche avant de se retrouver au détour d’un tournesol. La mésange avait été remplacée par une tourterelle, mais les débuts de leur nouvelle amourette furent les mêmes.

Une fois dans les cieux, confortablement installés sur le dos moelleux de l’oiseau, le paysage ne se montra pas aussi idyllique que la fois précédente aux deux fays. Tout l’horizon était barré d’une ombre titanesque, qui avançait, recouvrant le monde d’une cape obscure vers laquelle se précipitaient des brumes multicolores. En réalité, les filaments lumineux ne se dirigeaient pas en direction du voile ténébreux, mais étaient absorbés par lui. Les petits tourtereaux chevauchant la tourterelle distinguèrent, au loin, un dragon fuyant à toute allure l’obscurité. Mais le voile l’enveloppa et lui arracha une intense lumière qui rougeoyait comme une braise. Le cri de douleur du dragon s’arrêta brusquement et son corps inerte chut, provoquant un tremblement qui ébranla les alentours.

Si, jusqu’ici, toutes les fays des alentours avaient contemplé le spectacle avec les yeux agrandis par l’horreur, la terreur prit le dessus et toutes s’envolèrent à tire d’aile pour s’éloigner le plus possible de l’ombre qui avançait dans leur direction, aspirant l’énergie magique du monde entier. Le fé éperonna sa tourterelle qui, obéissant à l’ordre, se mit également à fuir à toute vitesse. A leurs pieds, les korrigans se réfugiaient dans leurs salles secrètes sous leurs menhirs et dolmens. Les elfes régaliens avaient abandonné toute dignité et fuyaient à en perdre haleine, rejoignant leurs royaumes de l’autre côté des arbres et des lacs. Les banshees se fondirent dans les pierres des demeures qu’elles hantaient et les trolls se tassèrent sous leurs ponts. Toutes les créatures magiques s’employèrent à fuir et à se cacher de l’ombre implacable.

Sa petite compagne agrippée à lui, il se retourna pour surveiller l’avancée des ténèbres, fasciné. Il remarqua que le voile d’obscurité ne s’étirait pas, mais avait une taille finie. De l’autre côté du voile, le ciel était de nouveau bleu. Cela lui donna une idée ; il allait faire comme les elfes et les autres. Attrapant la fée aux ailes de papillon, il se jeta de sa monture. Ignorant ses cris, il fondit en piquée en direction de l’arbre le plus proche. Un chêne centenaire. Plongeant sous les racines de se dernier, il se plaqua avec sa compagne tout au fond. Il expliqua à la fée tremblante de terreur qu’ils attendraient là, en sécurité, le passage des ténèbres et qu’ils sortiraient une fois que le danger serait passé.

L’ombre qui aspirait la magie de toutes les choses sous forme de brumes colorées passa l’arbre où les fays s’étaient réfugiées. Elle enferma les elfes et les korrigans dans leurs royaumes, scellant les entrées en aspirant leur magie et tua les autres, aspirant la magie de leurs corps. Elle fit de même avec les banshees. Seules celles qui s’étaient réfugiées au plus profond des fondations survécurent, mais ne pouvaient plus sortir des pierres. Les trolls se pétrifièrent sous les ponts. Les dragons qui n’avaient pas succombés s’enterrèrent au plus profond des montagnes et entrèrent dans un sommeil profond qui pouvait durer des milliers d’années pour ceux qui seraient assez puissants pour survivre aussi longtemps. Ils avaient besoin de magie pour vivre et il n’en restait qu’une infime quantité à la surface.

La plupart des créatures magiques avaient été balayées par le voile ténébreux qui, après avoir absorbé l’énergie du monde, disparut comme il était venu. Restaient les animaux communs et les humains. Des créatures magiques ne subsistèrent plus que les contes que les hommes et les femmes se transmettaient entre eux et à leurs enfants. Ces contes entrèrent dans le folklore en quelques générations seulement. Bientôt plus personne ne se souvint que ces histoires étaient vraies ou, du moins, avaient un fond de vérité. Pour cette terre, un cycle sans magie commença. Un cycle où les humains purent s’épanouir, bridés par aucune force pour les contrer. Le monde mettrait un temps considérable pour reconstituer ses réserves magiques.

Une tourterelle se posa sur un chêne centenaire. Elle roucoula doucement. Au milieu des racines de l’arbre, deux petites pensées fleurissaient. L’une blanche et grise, presque translucide et l’autre d’un rouge et noir profond. Les plus crédules prêtaient aux pensées des propriétés magiques, mais quiconque possédait un peu de bon sens savait bien qu’il ne s’agissait que de superstition.

 

fee

 

(Il y a quelques temps, quelqu’un est tombé sur ce blog en cherchant « ravisseuse de magie ». C’est pourquoi j’ai décidé de faire une mini-nouvelle à ce propos. Comme ça, cette personne ne sera plus déçue en venant ici ! Pour le moment, ce thème tourne un peu dans ma tête pour une éventuelle idée de NaNoWriMo. Mais d’ici le début de novembre, j’ai le temps d’oublier et de passer à autre chose !)

Quelques entrées du journal de R2D2 lors de son baby-sitting de Luke sur Dagobah

Jour 14 896 :

Ouf ! J’ai enfin réussi à faire en sorte que cette triple buse de dernier utilisateur de la Force s’émancipe un peu ! J’aurais bien voulu que sa soeur vienne aussi, mais elle est encore moins réceptive que lui.
Et ça me fait des vacances de C3PO. En plus d’être un péteux, il ne prend jamais la peine de traduire mes réparties cinglantes. Ca me vexe.

 

Jour 14 897 :

C’est impressionnant de voir comme ce gamin est persuadé d’avoir pris la décision tout seul, alors qu’il est en train de suivre ce que je lui dis de faire.
L’avenir des Jedi est mal barré avec lui.
En même temps, ce n’était pas mieux avec son père. Puisqu’il les a exterminés.

 

Jour 14 898 :

Il est pénible ; il n’arrête pas de parler de Leïa.
MAIS C’EST TA SOEUR CRETIN !
Qu’il arrête d’imaginer tout haut des trucs salaces… Ca va me causer des fuites d’huile à force… Beuh…
J’ai essayé de changer de sujet, puisque son X-Wing lui traduit mes propos (quand je veux), mais il a la capacité d’attention d’un papillon.

 

Jour 14 899 :

J’ai trouvé un moyen imparable pour le faire taire : je me suis mis à réciter ma notice d’utilisation. En boucle. Très fort.

 

Jour 14 900 :

Vivement qu’on arrive en vue de Dagobah et que je le refile à Yoda. Ca me saoule autant que lui la récitation de notice !
Par contre, j’espère que Yoda se montrera meilleur avec lui qu’Obi Wan avec Anakin. Sinon on est mal barrés.

 

Jour 0 :

Quand je pense qu’il est sensé être l’un des meilleurs pilotes de la galaxie… Ca fait peur. Le X-Wing a été englouti dans le marais. Je ne sais pas comment on pourra repartir d’ici…
Je ne me suis pas privé de l’insulter. De toutes façons, il ne comprend rien à ce que je dis.

Ah mince, avec l’accident, mon horloge s’est remise à zéro.

 

Jour 14 903 :

Ca y est, je me suis remis à l’heure.

Aaah ! Enfin ! Luke et Yoda se sont rencontrés.
Au début j’ai cru que Yoda était sénile. J’ai eu peur que Luke ne puisse pas avoir sa formation ! Je pense qu’en fait, il voulait juste se débarrasser du p’tit blanc bec.
Mais ça, c’est hors de question !
Déjà parce que je me suis fait chier à l’emmener jusque là.
Et parce que le X-Wing est en rade.
Donc c’est mort.
Haha.

 

Jour 14 904 :

Ils ont l’air de bien s’amuser à se courir après.
Y a personne pour s’occuper du droïde, bien sûr. Pfeuh !

 

Jour 14 905 :

Bon, pendant qu’ils s’amusent tous les deux, je pense que je vais commencer à réparer le X-Wing, maintenant qu’il est sorti de l’eau. J’ai pas envie de rouiller ici moi.

 

Jour 14 914 :

Ca n’a pas l’air de beaucoup avancer cette histoire de formation Jedi. C’est embêtant, je ne peux pas perdre trop de temps ici, sinon tous mes plans contre l’Empire vont tomber à l’eau.
C’est fâcheux.

 

Jour 14 916 :

Je pensais que j’allais devoir saboter les efforts de Luke pour que Yoda le laisse partir. Mais il s’en sort très bien tout seul !
Je pense qu’il a tout ce qu’il faut pour lutter contre son père. Normalement, rien que son côté lama dépressif devrait réussir à percer son armure de Côté Obscur. De toutes façons, Anakin n’utilise le Côté Obscur que pour paraître cool.

 

Jour 14 917 :

YODA M’A CASSE MON PION !

 

Jour 14 918 :

Ah non, c’est bon, il s’est réveillé.
Il ne faut pas me faire des frayeurs comme ça ! Au cas où Luke se casse, j’ai toujours Leïa, mais j’aimerais arrêter de perdre du temps dans mon plan pour détruire l’Empire. Merci.

 

Jour 14 921 :

Tiens, je pense que Yoda approche du point de rupture. Aujourd’hui il m’a donné un coup de main pour réparer le X-Wing.
D’un côté ça me réjouit pour mes plans, tout ça.
D’un autre, ça signifie que je vais retrouver C3PO.
Avec un peu de chance, il sera tombé par inadvertance dans un broyeur.

 

Jour 14 922 :

Et c’est repartiii !
Palpatine, tiens toi prêt : tu as le droïde le plus intelligent et acharné aux fesses !
Tu as juste le droit de détruire C3PO avant que j’arrive.

J’espère que quelqu’un a pensé à dire à Luke que Leïa était sa soeur…

 

 

(Si vous voulez voir le journal de Luke pendant la même période, c’est par là => Extraits du journal de Luke pendant son voyage sur Dagobah )
(Si vous voulez voir le journal de Yoda pendant la même période, c’est par là => Morceaux choisis du journal de Yoda après la grande purge Jedi )

Extraits du journal de Luke pendant son voyage sur Dagobah

– Jour 1 après avoir quitté les copains :

WIIIIIIIIII ! Enfin tranquille !
J’en avais un peu marre de Han. Il se la ramène tout le temps et il me prend pour un bébé, c’est super vexant. “Je t’ai aidé à fuir l’Empire” par-ci “Je t’ai sauvé du froid en te calant dans le cadavre d’un tauntaun” par là… Parlons-en du tauntaun, hein ! Je pue encore le cadavre.
C’est pas bon pour mes affaires avec Leïa, ça.
J’espère au moins qu’elle a vu mon départ comme celui d’un héros ténébreux !

 

– Jour 2 après avoir quitté les copains :

Je me demande si j’ai bien fait de laisser Leïa avec ce crétin…

 

– Jour 3 après avoir quitté les copains :

R2D2 me conseille une planète inhabitée pour que je puisse passer des vacances en paix. J’en profiterai pour construire une cabane pour Leïa, ça devrait l’impressionner.
Il est tellement prévenant ce droïde !
J’ai quand même bien vérifié qu’il parlait d’une planète déserte sans désert. De sable. J’en peux plus du sable.

 

– Jour 4 après avoir quitté les copains :

R2 a l’air particulièrement content, il chantonne en bips.

 

– Jour 5 après avoir quitté les copains :

Les bips commencent à me taper sur les nerfs. Un peu comme Han.

 

– Jour 1 sur la planète :

Bon.
On dirait que j’ai eu un accident.
Mais rien de grave, hein… Le X-Wing s’est juste fait absorber dans le marais et je n’ai aucun moyen d’appeler à l’aide.

Les bips ont l’air de se faire moqueurs.

 

– Jour 2 sur la planète :

R2 m’a menti ! La planète n’est pas si déserte que ça : il y a un p’tit vieux tout vert et tout sénile qui vient m’embêter !
Je suis très déçu.
En plus je ne comprends rien à ce qu’il dit ce p’tit vieux.
Et R2 non plus ; il se contente de me biper d’un air satisfait. Saleté de droïde !

 

– Jour 3 sur la planète :

Le p’tit vieux m’a piqué le sabre de papa !
C’est insupportable les p’tits vieux.

 

– Jour 4 sur la planète :

En fait, le p’tit vieux, c’est pas un p’tit vieux. Enfin, si c’est un vieux croûton moisi, mais du genre badass !
Il peut soulever mon X-Wing juste en fermant les yeux et en tendant la main.
Il m’a dit qu’il maîtrisait la Force. Comme le vieux Ben ! C’est un truc de vieux, la Force, on dirait. Mais je lui ai quand même demandé de m’apprendre, pour impressionner Leïa.
Je croyais que la Force, c’était mort pour moi en même temps que le vieux Ben. Quelle aubaine !

 

– Jour 9 sur la planète :

Le p’tit vieux vert m’apprend plein de trucs ! Par exemple, j’ai découvert que, pour maîtriser la Force, il fallait faire toutes les corvées d’un p’tit vieux.
Quelle aubaine d’être tombé sur un p’tit vieux au milieu de nulle part !

 

– Jour 10 sur la planète :

Pfiou ! C’est dur la Force ! Il me fait courir de partout le p’tit vieux tout vert…

 

– Jour 12 sur la planète :

Je sens que je deviens vachement fort. Et plus, maintenant je connais plein de super tours ! Je peux tenir sur une main et ça, je suis certain que ça va vachement impressionner Leïa. Han ne doit même pas savoir faire un truc aussi classe ; pfeuh, le naze !

 

– Jour 14 sur la planète :

Le vieux-vert m’a envoyé dans une caverne pour cueillir des champignons bizarres.
Mais elle me fait peur sa caverne : elle est toute sombre et on voit rien du tout.
Le p’tit vieux m’a dit qu’il fallait que je vainc le côté obscur dans la caverne.
Ca veut rien dire.
Mais j’ai pris une torche pour la prochaine fois !

 

– Jour 15 sur la planète :

Apparemment il ne fallait pas vaincre l’obscurité de la caverne avec une torche. A quoi ça sert d’avoir une épée qui brille dans ce cas ? Je lui ai demandé.
Il m’a donné un coup de canne.
C’est douloureux un coup de canne !
Et j’ai toujours pas compris…

 

– Jour 17 sur la planète :

Oooh ma tête… J’ai l’impression qu’une Etoile de la Mort m’a roulé dessus…

 

– Jour 19 sur la planète :

Le vieux-vert ne veut pas me refaire sa poêlée de champignons. C’était super bon pourtant.
Je suis très déçu.

 

– Jour 20 sur la planète :

J’ai surpris le p’tit vieux à bidouiller mon X-Wing. On aurait dit qu’il essayait d’aider R2 à le réparer.

 

– Jour 21 sur la planète :

Oh mon dieu ! J’ai rêvé que Leïa avait des ennuis ! Han en avait aussi, mais lui je m’en fous un peu quand même.
Je vais aller la sauver ! Je sais tout plein de trucs sur la Force en plus et je pourrai l’impressionner en me tenant sur une main.
Le p’tit vieux avait l’air un peu triste de me voir partir, il a essayé de me convaincre que je n’avais pas fini mon entraînement. Mais moi je pense que je suis super fort en Force et qu’il est juste triste à l’idée de se retrouver tout seul.
Je lui ai dit que je partais quand même.
Leïa va être trop trop impressionnée par mes muscles !
Attend moiii Leïaaa ! Maize Force biwisou !

 

LukePatate

 

(Si vous voulez voir le journal de R2D2 pendant la même période, c’est par là => Quelques entrées du journal de R2D2 lors de son baby-sitting de Luke sur Dagobah )
(Si vous voulez voir le journal de Yoda pendant la même période, c’est par là => Morceaux choisis du journal de Yoda après la grande purge Jedi )

Morceaux choisis du journal de Yoda après la grande purge Jedi

– Jour de la retraite 1 :

De retour sur Dagobah.
Finalement !
Ca fait du bien de se retrouver tout seul, pépère. Je pense que je vais passer une retraite sympa ici : il n’y aura personne pour me casser les noix, puisque personne ne connaît cet endroit, et je pourrai profiter des bains relaxants dans les marais bulleux.
ET JE PEUX ENFIN PARLER NORMALEMENT ! Ma technique de passer pour un teubé pour être tranquille a très mal marché durant ces dernières centaines d’années tout compte fait.

 

– Jour de la retraite 2 :

Je fais connaissance avec mon marais. Avoir la maîtrise de la Force dans cet environnement inhospitalier est un atout indéniable.
Surtout pour capter le net intergalactique.
Gratuitement.
Pourquoi s’en priver, avec une Dagobah imprégnée par la Force qui sert d’antenne ?

 

– Jour de la retraite quelconque quelques années après :

Ah, un mec qui a un accident. Ca fait longtemps que je n’ai pas parlé à quelqu’un.
Ca ne me manquait pas.
Je vais aller m’en débarrasser.

 

– Jour de la retraite avec Luke 1 :

La technique de passer pour un teubé pour se débarrasser des emmerdeurs NE fonctionne TOUJOURS PAS.
Je ne sais pas pourquoi je m’acharne.
Maintenant je suis obligé d’aider un abruti qui a crashé son vaisseau sur MA planète. Dans MON marais. Il a foutu un beau bordel ! Ca va me prendre des mois à tout remettre en place une fois qu’il sera parti…

 

– Jour de la retraite avec Luke 3 :

Hum.
Il n’a pas l’air de vouloir partir. Il veut que je lui apprenne des trucs, là, comme tous les autres crétins qui sont morts.
Je veux dire, si c’était infaillible, ils ne seraient pas tous morts, hein !
Bande de débiles.
Je vais lui apprendre vite fait 2-3 machins de base et l’envoyer balader.

 

– Jour de la retraite avec Luke 8 :

BON. Ca va être plus compliqué que prévu. Il est vraiment gratiné celui-là !
Oh, il est gentil, c’est sûr.
Mais son air de lama ahuri me tape sur les nerfs. Je pourrais facilement virer Dark Side sur un moment d’inattention…
Le pire, c’est que j’ai repris mon vieux tic du verbe à la fin à l’oral.
Ca m’éneeerve !

 

– Jour de la retraite avec Luke 9 :

Pour me passer les nerfs, j’ai décidé de me servir de lui comme monture et de le faire courir d’un bout à l’autre des marais, ça me détend.
Et je me fais mousser en lui montrant quelques tours de Force. Je ne suis pas trop rouillé malgré mes 900 ans héhéhé !

 

– Jour de la retraite avec Luke 11 :

Entre deux leçons, j’essaie de lui apprendre des acrobaties pour le revendre à un cirque ambulant si il s’éternise.
Juste au cas où.

 

– Jour de la retraite avec Luke 15 :

Puisqu’il est là, j’en ai profité pour lui faire goûter ces champignons bizarres qui poussent dans la caverne. J’avais jamais osé, moi. Ils sont peut-être mangeables, on ne sait jamais.

Je crois que je n’y goûterai pas finalement.

 

– Jour de la retraite avec Luke 16 :

Ah. Il a survécu.
Et il a gardé sa tête de lama ahuri.

 

– Jour de la retraite avec Luke 19 :

JE VEUX QU’IL S’EN AILLE !
J’EN PEUX PLUS DE SON AIR D’ABRUTI !
Et j’en ai marre de devoir toujours mettre le verbe à la fin. C’est quoi ce tic de merde à la fin ?

 

– Jour de la retraite sans Luke 1 :

Je croyais que je pourrais faire avec, le temps qu’il puisse s’en aller de lui-même, mais non. J’avais l’impression de vivre avec un lama neurasthénique. Je lui ai envoyé un faux rêve prémonitoire grâce à la Force, cette nuit.
Et j’ai fait très attention de ne pas sauter de joie lorsqu’il m’a annoncé qu’il allait s’en aller tout à l’heure.
Enfin ! La tranquillité ! On ne m’y reprendra plus à aller voir les accidentés de la planète !

 

(Si vous voulez voir le journal de Luke pendant la même période, c’est par là => Extraits du journal de Luke pendant son voyage sur Dagobah )
(Si vous voulez voir le journal de R2D2 pendant la même période, c’est par là => Quelques entrées du journal de R2D2 lors de son baby-sitting de Luke sur Dagobah )

La voie de la sagesse

Il était une fois, un jeune moine nommé Lao Li qui suivait son apprentissage au monastère des douze pics depuis son plus jeune âge. Un beau jour, son maître Tao Tang l’appela à lui et lui dit : « Mon apprenti, tu es maintenant assez mature pour chercher la voie de la sagesse de par le monde par toi-même. »

Le jeune moine se demandait pourquoi son maître lui conseillait de partir en voyage à la recherche de la sagesse au lieu de la lui enseigner lui-même. De plus, il n’était pas très sûr de la manière de procéder, mais il obéit néanmoins et empaqueta quelques affaires dans un baluchon pour son périple à venir. Lorsqu’il eût terminé ses préparatifs, il retourna voir Tao Tang afin de prendre congé. Celui-ci lui fit ses dernières recommandations et lui souhaita un bon voyage.

Lao Li ne savait pas trop où mener ses pas pour trouver la sagesse. Heureusement, le chemin qui partait du monastère des douze pics était très long et ne comportait pas d’embranchement jusqu’au village le plus proche. A partir de là, la route se scinderait et il serait temps de faire un choix. Lao Li aurait alors tout le loisir de s’enquérir auprès des villageois de la route la plus à même de le diriger vers la sagesse.

En arrivant au village, le jeune moine se rendit immédiatement à la fontaine au centre de celui-ci pour étancher sa soif d’eau fraîche. Sa marche avait été longue, le soleil brillait fort dans le ciel et il avait vidé toute sa gourde. Après s’être désaltéré et avoir rempli de nouveau sa gourde, il avisa les puisatiers qui venaient discuter entre eux tout en puisant de l’eau de la fontaine. Il s’approcha d’eux et leur demanda s’ils savaient par quelle route il pourrait trouver la sagesse. La question fit réfléchir les villageois.

« Il est dit que les singes sont très versés dans l’art de la sagesse, lui dit finalement la doyenne du village. Tu devrais aller voir auprès d’eux, ils pourront sûrement t’aider. Tu trouveras un vieux singe sur un arbre centenaire près de la rivière. » Lao Li la remercia chaudement et partit, sans plus attendre, dans la direction d’une rivière à côté de laquelle poussait un arbre centenaire dans la ramure duquel, disait-on, vivait un vieux singe avisé.

En arrivant au lieu désigné, il aperçut un singe en posture de méditation sur une grosse branche basse. « Bonjour, monsieur Singe ! Le héla le garçon. On m’a rapporté que vous étiez un spécialiste en terme de sagesse et j’aurais besoin que vous m’enseigniez comment la trouver. » le vieux singe ouvrit un oeil, toisant l’importun du haut de sa branche. Voyant qu’il avait à faire à un jeune moine, son expression s’adoucit et il étira ses membres pour venir se positionner à la hauteur de son visiteur.

Le singe resta un long moment à dévisager Lao Li. Ce dernier finit par se sentir mal à l’aise et demanda à l’animal pourquoi il le fixait ainsi. « Je réfléchis, lui répondit le vieux singe. Est-ce bien sage de t’enseigner comment acquérir la sagesse ?
– Sans aucun doute, repartit le jeune moine de manière écervelée. Que risqueriez-vous à me révéler la voie de la sagesse ?
– C’est ce que je suis en train de mesurer, expliqua l’animal en plissant les yeux comme pour mieux jauger son interlocuteur.
– Oh ! S’exclama Lao Li. Vous cherchez la plus sage décision en réfléchissant, n’est ce pas ? »

Le vieux singe haussa les sourcils d’un air surpris, puis acquiesça. « Tout à fait, tu as bien deviné : la réflexion est la voie de la sagesse.
– Et si je n’ai pas de piste de réflexion, continua le jeune moine, comment puis-je trouver la sagesse ?
– Si tu ne trouves pas la sagesse par la réflexion, c’est que tu ne sais pas réfléchir correctement.
– Je vois. Mais dans ce cas, puis-je trouver la voie de la sagesse autrement que par la réflexion ? »

A cette question, le sage animal renifla d’un air dédaigneux et lui dit : « Continue ta route. Dans la forêt tu trouveras un perroquet dont tout le monde vante la sagesse. Mais cette cervelle d’oiseau est bien incapable de réflexion ! Peut-être a-t-il la réponse que tu cherches. » Lao Li remercia le vieux singe pour ses enseignements et son conseil, puis il reprit son chemin.

Après quelques heures de marche forestière, il rencontra un magnifique perroquet multicolore. « Bonjour monsieur perroquet ! Le héla le garçon. On m’a rapporté que vous étiez un spécialiste en terme de sagesse et j’aurais besoin que vous m’enseigniez comment la trouver.
– On m’a rapporté que vous étiez un spécialiste en terme de sagesse, lui répondit le perroquet, et j’aurais besoin que vous m’enseigniez comment la trouver.
– Mais non, le corrigea Lao Li. Je ne peux rien vous apprendre, moi, je ne suis pas suffisamment sage.
– Je ne peux rien vous apprendre, moi, je ne suis pas suffisamment sage, chantonna l’oiseau d’un air moqueur.
– Je pense qu’il est sage de rester humble, mais je suis certain que vous pouvez m’enseigner quelque chose ! Insista le jeune moine.
– Il est sage de rester humble, répéta le perroquet. Hum oui, je pense que tu as raison.
– Oh ! S’exclama Lao Li. Vous cherchez la sagesse en imitant les autres, n’est ce pas ?
– Je cherche la sagesse en imitant les autres, l’imita l’oiseau coloré. Oui c’est tout à fait ce que je fais et cela fonctionne à merveille !
– Mais comment faire si je n’ai personne à imiter et que je ne sais pas réfléchir correctement ? Puis-je tout de même acquérir la sagesse ?
– Continue ta route, lui conseilla le perroquet. Dans les prés tu trouveras un boeuf dont tout le monde vante la sagesse. Et il n’est ni doué pour l’imitation, ni pour la réflexion ! Peut-être a-t-il la réponse que tu cherches. » Lao Li remercia l’oiseau multicolore pour ses enseignements et son conseil, puis il reprit son chemin.

Après quelques heures de marche de par les prés, il rencontra un boeuf aussi puissant que placide, qui le gratifia d’un regard suspicieux en le voyant venir à sa rencontre. « Bonjour monsieur Boeuf ! Le héla le garçon. On m’a rapporté que vous étiez un spécialiste en terme de sagesse et j’aurais besoin que vous m’enseigniez comment la trouver.
– Ne t’approche pas plus près, le prévint le boeuf d’une voix grondante. Je me méfie des humains.
– Pourquoi donc ? s’enquit le jeune moine.
– Car quand j’étais jeune taureau, je faisais confiance aux humains. Et cela ne m’a apporté que des problèmes. Profitant de ma confiance, ils m’ont découpé pour faire de moi un boeuf. Depuis que je les évite, je n’ai plus de problèmes.
– Oh ! S’exclama Lao Li. Vous cherchez la sagesse par l’expérience, n’est ce pas ?
– C’est tout à fait cela, confirma le boeuf en secouant la tête. C’est douloureux mais infaillible. Mais, petit d’homme, si tu cherches la sagesse, pourquoi ne te rends-tu pas au monastère des douze pics ? Les moines de là haut sont réputés pour être les plus sages du pays, peut-être auront-ils la réponse que tu cherches. » Lao Li remercia le boeuf pour ses enseignements et son conseil, puis il reprit son chemin.

Le jeune moine retourna ainsi au monastère des douze pics et se rendit auprès de son maître, qui se montra heureux de le retrouver. « Déjà de retour Lao Li ? s’étonna-t-il. As-tu déjà trouvé la sagesse ?
– Je le pense, oui, répondit le jeune moine.
– Alors, qu’as-tu appris ? Le pressa Tao Tang.
– J’ai appris qu’il y a trois manières de devenir sage. Par la réflexion, d’abord, et c’est la plus noble selon moi. Par l’imitation, ensuite, et c’est la plus sûre selon moi. Par l’expérience, enfin, et c’est la plus amère selon moi. »

La maître sourit. Son apprenti ferait tantôt un grand sage.

 

petit moine