NaNoWriMo 2014 jour 6 : Bård

– Oui, dérobé, s’agaça l’aelfe. Ne comprends tu pas des mots aussi simples que ceux ci ?
– Si si, répondit rapidement Bård. Mais Sigurd n’était pas un voleur !
– Pas un voleur dis tu ? Comment le sais tu ? » S’enquit le maître des corbeaux, d’un ton qui marqua un semblant d’intérêt, bien que toujours aussi sévère. Le garçon déglutit. Quelque chose lui soufflait qu’il ne devrait peut être pas révéler qu’il se trouvait être le fils de Sigurd. Il esquissa un léger pas en arrière.

« Je vivais dans ce village, expliqua-t-il. J’ai été obligé de m’enfuir lorsqu’il a été attaqué.
– Tu vivais dans ce village ? » Le beau visage féérique se fendit d’un étonnement non feint. « Qu’est ce qu’un aelfe faisait donc dans un village humain ?
– Il est en partie humain, maître, intervint Svart.
– Tu ne m’avais pas raconté que Dame Doelyn avait eu un enfant avec un humain, Svart ? » Gloussa niaisement Mørk. Il écopa d’un coup de bec de la part de son frère. L’aelfe ne daigna pas se retourner vers eux, mais le regard peu chaleureux dont il gratifiait l’enfant depuis le début de la conversation se fit plus dur encore. Bård recula d’un nouveau pas, par prudence.

« Un bâtard… Serais tu d’aventure le fils de ce Sigurd que je cherchais ? s’enquit l’aelfe d’un ton acide qui n’augurait rien de bon.
– Oui. » Répondit le garçon pour qui la perte était encore tellement cuisante qu’il n’était pas capable de nier une chose pareille suite à une question aussi directe. Son interlocuteur dégaina alors une arme qui pendait à sa ceinture et la brandit. L’enfant réalisa en la regardant qu’il s’agissait en fait d’une longue corne de narval, plaquée d’acier et effilée, sur laquelle brillait la lumière rougeoyante du soleil couchant. Il en resta bouche bée. « C’est magnifique, murmura-t-il.
– C’est une arme passable, l’interrompit l’aelfe. Te dit elle quelque chose ?
– Je ne l’ai jamais vue, lui assura Bård. Mais… » Il sortit son couteau. Outil modeste à côté de celui de l’aelfe. Son manche était néanmoins constitué d’une base de corne de narval et sa lame était de facture féérique. L’être aux oreilles pointues qui le questionnait ne s’y trompa pas.

« Donne le moi, lui ordonna-t-il. Cet objet m’appartient.
– Non ! s’écria le garçon. C’est un cadeau de ma mère, je ne le donnerai à personne !
– Ta mère ?! manqua de s’étrangler l’aelfe. Impossible ! Donne moi ce couteau et je te laisserai la vie sauve.
– Jamais ! cracha l’enfant. Il est à moi !
– Dans ce cas, je le prendrai sur ton cadavre. »

Alors que l’aelfe s’apprêtait à marcher sur lui, une gigantesque forme lupine bondit par dessus la tête de Bård et, se métamorphosant en même temps, s’interposa sous sa forme humanoïde, l’une de ses lames bloquant la corne de narval plaquée d’acier. « Tu ne lui feras aucun mal, gronda-t-elle.
– Oh, une louve qui parle, commenta Mørk en pouffant avant de subir une nouvelle fois un furieux coup de Svart.
– Encore toi ? s’irrita l’aelfe à l’intention de la vane. Tu te mets toujours en travers de mon chemin lorsque des humains cherchent mon ire.
– Celui là ne cherche rien du tout, balaya la louve sous forme presque humaine. Si tu lui veux du mal, il faudra d’abord passer par moi. Et je suppose que tu te souviens ce que cela fait de te confronter à moi. »

L’aelfe grimaça. « Je n’avais pas vraiment envie de te tuer de jour là, surtout pour un humain, se justifia-t-il. C’est pourquoi je n’ai pas combattu sérieusement.
– Quand je pense que nous étions amis autrefois… déplora Fen.
– Tu as rompu notre amitié en protégeant un misérable humain contre moi alors qu’il m’avait offensé, lui rappela l’aelfe. Et maintenant tu protèges un insignifiant bâtard…
– Je n’ai rien rompu du tout, Sigurd ne méritait pas de souffrir de ta colère et il faisait lui aussi partie de mes amis.
– Comment oses tu comparer ton amitié avec moi avec celle que tu avais avec ce scélérat ? Tu devrais te montrer plus regardante avec les êtres dont tu gratifies ton amitié. » Tandis que la vane levait les yeux au ciel, il continua : « Prouve que tu n’as pas oublié les sentiments amicaux qui nous liaient autrefois : donne moi ce couteau.
– Je ne dépossèderai pas cet enfant du seul bien qui lui reste, refusa Fen.
– Cet objet m’appartient de droit, persista l’aelfe. Il aurait du m’être légué. »

Sans se retourner vers son protégé et sans baisser son arme bloquant la corne de narval, la vane demanda : « Bård, veux tu donner ton couteau à ce monsieur ?
– Non ! persista l’interpellé.
– Je suis désolée Siegfried, reprit alors Fen. Tu n’auras pas ce couteau. » L’aelfe adressa un regard meurtrier au garçon, qui le soutint avec un air de défi. En présence de sa protectrice, il se sentait comme si rien ne pouvait lui arriver. Il avait très envie de lui tirer la langue, mais il n’osa pas.
« J’aurai ce couteau. » Affirma Siegfried sur un ton définitif qui sonnait comme une promesse. Démentant ses paroles, il baissa sa lame annelée et s’en fut, englouti entre les arbres. Fen le regarda pensivement disparaître, puis rengaina et reprit sa forme lupine. Svart s’envola à la suite de son maître et Mørk le suivit après un joyeux salut à l’intention de la louve et de son protégé.

« Vivement que je sois plus fort, soupira Bård. Le monde est décidément peuplé de beaucoup de gens dangereux…
– En effet, confirma la vane en se tournant vers lui. Mais tu tueras des colonies entières d’araignées géantes avant de pouvoir rivaliser avec la puissance de cet aelfe là.
– Cela fait beaucoup de travail alors, se découragea le garçon. Mais tant que tu es là, je ne risque rien. » Il lui adressa un sourire tellement illuminé de confiance qu’elle sentit son coeur fondre. Comment Siegfried pouvait il rester de marbre face à une frimousse pareille ?

« Allez, viens, lui enjoignit elle d’un ton affectueux. Allons dormir, nous avons encore de la route à faire demain.
– Il ne m’aime pas beaucoup, cet aelfe, n’est ce pas ? déclara Bård en emboitant le pas de sa protectrice.
– Il n’aime pas beaucoup de monde en général et les humains en particulier, expliqua Fen. Il a une très haute estime de lui même pour ne rien arranger. Ne t’occupe pas de lui.
– Etait ce lui l’aelfe qui chassait le cerf blanc avec mon père et toi ? vérifia l’enfant.
– Lui même, confirma la louve avec un soupçon d’amertume à ce souvenir.
– Il a dit que mon père lui avait volé mon couteau, est ce pour cela qu’il ne l’aime pas ?
– Il n’aime pas les humains quels qu’ils soient, rappela la vane. Sigurd ne m’a jamais parlé de cet objet, je ne peux donc pas t’en dire plus : je ne sais pas.
– Mon père n’était pas un voleur.
– Je sais, petit d’homme, l’apaisa sa protectrice. Ne prête pas attention aux propos de cet aelfe. » Voilà qui était plus facile à dire qu’à faire, songea le garçon. Il trouva dommage que le dénommé Siegfried montre autant d’hostilité à son égard, parce que Bård aurait bien voulu lui demander si il connaissait sa mère. Au moins pour connaître son nom. Il se rappella alors que Mørk avait mentionné une certaine Doelyn qui avait eu un enfant avec un humain. Parlait il de sa mère ? Il soupira en s’installant dans un creux entre les pattes avant et le cou de Fen. Il se blottit dans son nid de fourrure et, tout à ses réflexions, finit par s’endormir.

Le lendemain il se réveilla tôt, impatient qu’il était de rencontrer ce fameux dverg connu sous le sobriquet de forgeron des étoiles. Peut être que ce Nurri pourrait lui en dire plus sur toutes ces questions qui le taraudaient. « Fen ! Fen ! Réveille toi, nous avons encore un long voyage à faire aujourd’hui !
– Hmpf, souffla la louve.
– Il faut trouver le forgeron des étoiles !
– Nous arriverons chez lui ce soir. » Dit la vane en bâillant. Elle se leva et s’étira longuement tandis que Bård bondissait autour d’elle, aussi excité qu’une puce en répétant « Vite Vite Vite » en boucle. Ignorant son entrain enfantin, Fen sortit tranquillement de leur caverne de neige. Le garçon escalada sa patte arrière pour se retrouver sur son dos, puis sur son encolure. Sa dextérité s’était décidément bien affinée, pensa la louve en prenant de la vitesse. Elle avait décidé d’accéder au désir de son protégé d’arriver le plus rapidement possible. En galopant à longues foulées dans le froid, elle entendit l’enfant rire de plaisir. « Et bien, si il arrive encore à rire après tout ce qui lui est arrivé, tout n’est pas perdu. » se dit elle. Elle allongea encore le pas.

A cette allure, ils arrivèrent à destination en milieu d’après midi. « Nous y sommes. » Déclara Fen en désignant à son petit cavalier une île située au milieu d’un lac gelé. Elle s’arrêta au bord du lac pour prendre le temps d’inspecter la glace. Elle posa une patte dessus. Un sinistre craquement retentit. « Ca ne m’a pas l’air très solide, commenta le garçon.
– A moi non plus, confirma la louve. Descend. » Il obéit et, une fois qu’il eût posé le pied à terre, la vane prit une nouvelle fois sa forme humanoïde. « Je serai plus légère ainsi, dit elle. Suit moi. » Elle s’aventura sur la glace. Son protégé lui emboîta le pas. Il glissa presque aussitôt. Fen le rattrapa et lui prit la main. Ainsi maintenu, il parvint à traverser le lac gelé. La promenade ne fut pas trop au goût de l’enfant : il avait sursauté à chaque craquement de la glace. Si la vane n’avait pas été avec lui pour le guider, jamais il n’aurait tenté une telle entreprise.

Enfin, ils posèrent le pied sur le sol de l’île. Elle était de modeste dimension et une maison se dressait timidement en son centre, escortée par les deux arbres les plus noueux et biscornus que Bård ait jamais vu. En évaluant la taille de la porte de la maison, Fen soupira et garda sa forme sur deux pattes. Tenant toujours la main de son protégé, elle frappa à la porte de son autre main et patienta. “Si c’est pour me refourguer vos chiffons, j’en veux pas !” glapit une voix masculine et légèrement erraillée à l’intérieur. “Ce n’est pas pour vendre des chiffons, cria à son tour la vane.
– Mais je ne veux pas de cuillères en bois, ni de marmite en cuivre non plus ! les prévint la voix.
– C’est moi, Fen, précisa-t-elle. Je ne viens rien te vendre !”

La porte s’ouvrit. “Et bah tu fais bien, ronchonna le dverg en sortant la tête dehors. Je n’aime pas tous ces camelots qui viennent me harceler pour me vendre des trucs.
– Ils viennent jusqu’ici ? s’étonna Bård.
– Ah ! s’écria Nurri en remarquant le garçon. Mais qu’est ce que c’est que ça ?
– Un enfant, répondit patiemment Fen.
– Ca, je le vois bien, bougonna le dverg. Pourquoi te promènes tu avec un truc pareil ? Ca refile des maladies, sais tu cela ?
– Ce n’est pas vrai ! Protesta le petit garçon tandis que sa protectrice pouffait de rire.
– Si c’est vrai ! Argumenta Nurri.
– Comptes tu nous laisser dehors dans le froid ? les interrompit la vane.
– Pfff, entrez donc.” Capitula le petit être ronchon en s’effaçant pour les laisser entrer dans sa maisonnette.

NaNoWriMo 2014 jour 5 : Bård

Le petit oiseau se redressa péniblement et voleta maladroitement jusque sur la main de l’enfant. Ceci fait, il pépia avec insistance. « Il semblerait qu’il veuille te parler, supposa la Vane.
– Je ne comprends pas ce qu’il dit. » Ronchonna Bård qui se trouvait déçu que sa condition de demi aelfe ne lui permette pas de comprendre les animaux. Il pensait que c’était pourtant le cas lorsqu’il avait discuté avec les deux corbeaux. Mais les corbeaux étaient des oiseaux particuliers, c’était de notoriété publique. Il se pouvait donc qu’ils sachent parler la langue des hommes.

C’est alors qu’il remarqua que quelque chose avait été fixé à la patte du rouge gorge. Il approcha sa main pour le détacher, en prenant garde de ne pas blesser le petit oiseau. Ce faisant, il lui parut être plus adroit que la veille. Etait ce du à sa transformation ? « On dirait un message, dit il.
– Voilà qui est intéressant, s’ébroua Fen. Que raconte ce message ?
– Je ne sais pas lire, avoua le garçon.
– Montre le moi dans ce cas. » Son protégé lui tendit la fine bande de parchemin. « Rejoint le forgeron des étoiles, lu-t-elle. Ce n’est pas très exaustif comme indication.
– Ce message m’est-il adressé à moi ? demanda l’enfant.
– Si l’on en croit cet oiseau qui se rengorge comme si il avait fait un exploit, oui. » Confirma la louve. Le rouge gorge, apparemment vexé par ces propos, se percha sur la tête de son destinataire et pépia furieusement sur la Vane. Ceci fait, il s’envola à tire d’aile.

« Qui est ce forgeron des étoiles et comment allons nous le trouver ? s’enquit Bård.
– Il se nomme Nurri et c’est un dverg, répondit Fen.
– Il nous faut donc trouver un dverg… » Conclut le garçon. Il tenta de se remémorer tout ce qu’il savait sur les dvergs. Chez lui, les adultes les lui décrivaient comme de petits êtres de la taille d’un enfant mais biscornus et costauds, à la prompte colère mais merveilleux artisans. « Je ne sais pas où ils habitent, reprit il.
– Moi si, le rassura la grande louve. Es tu certain que tu veux aller voir Nurri le forgeron des étoiles ?
– Oui, enfin non… » Son protégé réfléchit à toute allure. « Tu crois que ça pourrait être un piège tendu par quelqu’un qui voudrait me tuer, comme celui qui a… tué… mon père ?
– Non, je ne pense pas que qui que ce soit de sensé te tendrait un piège chez Nurri, balaya la Vane.
– Très bien, se réjouit Bård. Allons y alors.
– Le voyage durera quelques jours, précisa Fen.
– Partons tout de suite dans ce cas !
– Pourquoi es tu si impatient d’aller voir ce forgeron des étoiles ? s’étonna la louve. Tu connaissais à peine l’existence des dvergs il y a deux minutes.
– Je ne sais pas, avoua le garçon. J’aime bien avoir quelque chose à faire. »

C’était donc cela, songea la Vane. Ce petit a besoin d’un but. Elle se demanda quel nouveau but il se fixerait une fois qu’ils auraient rencontré Nurri. Comme elle était encore couchée sur le sol, Bård grimpa lestement sur son dos. « Partons partons ! » s’écria-t-il. L’animal se leva et prit la direction du nord. « A ton avis, qui m’a envoyé ce message ? demanda l’enfant.
– Je n’en ai aucune idée, avoua sa protectrice. Peut être Nurri lui même.
– Et comment me connaitrait il ?
– Comment veux tu que je le sache ? » Le gourmanda gentiment la louve. Ils passèrent la journée, puis le jour suivant à établir des hypothèses tout en voyageant tranquillement. La Vane avait décidé de ne pas aller trop vite pour que son protégé profite le plus longtemps possible de son but à atteindre.

Le troisième jour, elle décida de commencer à lui apprendre à chasser entre deux sessions de trajet. Pour ce faire, elle du prendre sa forme humanoïde, car Bård ne pourrait jamais chasser à la manière des loups : il n’avait pas de croc hormis son petit couteau et se déplaçait sur deux pattes au lieu de quatre. Comme il constata que la Vane possédait deux lames sous sa forme humanoïde, le garçon lui suggéra : « Et si tu m’apprenais à me battre ?
– Pourquoi pas. » Accepta Fen en rendant compte qu’elle avait du mal à refuser quoique ce soit au fils de son ami. « Mais sache que ce sera un apprentissage long qui s’étendra sur plusieurs années, le prévint elle.
– Oui mais il me faudra moins de temps que cela pour devenir un grand guerrier. » Se pavana-t-il avec une confiance toute juvénile. La louve sourit. Cela au moins, était universel : les petits, qu’ils soient louvetaux, humains ou n’importe quoi d’autre, ne doutaient de rien.
Au fur et à mesure, elle lui autorisa également de petits instants de liberté où il se retrouvait seul avec lui même à se promener sans but précis. Cela se produisait souvent le matin au réveil ou le soir avant de dormir. Bård était rapidement devenu friand de ces petites balades en solitaire. D’autant qu’en cette fin d’automne, la nature était souvent d’un calme presque surnaturel. Que ce soit la forêt ou la plaine, tout se tenait coi sous la neige. Fen lui avait expliqué que nombre d’animaux étaient entrés en hibernation et que c’était la raison principale à cette impression de vie ralentie en hiver. « Les vanes aussi hibernent ils ? avait demandé le garçon.
– Certains oui, surtout les vanes ours, mais cela reste assez aléatoire. » avait expliqué la louve.

Ce matin là, il se promenait près d’un affleurement rocheux et s’amusait à explorer des petites cavernes. Il ne s’aventurait jamais très loin car, même si il voyait mieux dans le noir depuis que sa nature semi aelfique s’était révélée, il finissait par trébucher car il ne distinguait plus rien. L’une de ces grottes lui apparaissait tout à fait intéressante, car elle était dotée de stalactites et de stalagmites, ce qu’il trouvait très beau, même si il ne savait pas comment cela se nommait. Il s’occupait à faire des dessins avec moult spirales dans la poussière humide à l’aide d’un morceau de bois, magnifique, qu’il avait adopté comme épée.

Soudain il entendit un son étrange derrière lui. Une sorte de chuintement. Il se retourna, aux aguêts, mais ne vit rien dans l’ombre de la grotte. Peu rassuré, il estima qu’il était temps qu’il rejoigne sa protectrice. Il se leva et commençait à rejoindre l’entrée de la caverne lorsque le chuintement recommença, accompagné d’un cliqueti qui ne lui dit rien qui vaille. Il se dépêcha. Quelque chose lui effleura subrepticement le dos. Il cria et se mit à courir sans prendre le temps de se retourner. Le cliqueti se fit plus rapide et le chuintement s’intensifia. La course poursuite s’intensifia ; Bård courrait avec la force de la peur et du dégoût. La panique serrait sa gorge, il percevait une présence maligne derrière lui et cela lui donnait des ailes. Enfin, la sortie se profila. Le chuintement se fit furieux et le garçon cru entendre des mots au milieu : « Non ! Ressste iccci petit aelfffe, je ne te ffferai aucun mal ! » En arrivant à l’entrée il se retourna et manqua de crier de nouveau. Une araignée de la taille d’un poney le poursuivait à toutes pattes, les chélicères frémissantes et avides. Trébuchant en se tournant de nouveau pour fuir, il s’arrêta net. Une deuxième araignée, toute aussi grosse que la première, se découpait dans l’ouverture de la grotte.

« Un aelffe pour le petit déjeuner, se réjouit la deuxième arachnide. Encore quelquesss uns et je ssserai le vane le plus puisssant du monde ! » L’enfant était acculé. Il brandit son bâton d’une main et le couteau de sa mère de l’autre. Si ces créatures voulaient le manger, il leur faudrait le mériter. « Cccette fois, tu m’en laissseras la moitié, chuinta la première araignée à l’intention de sa compagne. Ccc’est moi qui l’ai repéré en premier après tout !
– Je te laissse tout le temps la moitié, se défendit la deuxième. Nous ssserons toutes les deux les vanes les plus puisssants, alors cccessse de te plaindre et attrapons ccce joli morccceau de viande tout rose.
– Si vous vous approchez, vous le regretterez ! Les prévint Bård d’une voix blanche.
– Oh, regarde, il a un tout petit croc, se moqua l’arachnide qui bloquait la sortie.
– Et moi, j’en ai deux gros. » Une ombre obscurcit la grotte. Le garçon ne put retenir un petit cri de soulagement en reconnaissant la voix grondante de Fen. Elle se tenait derrière l’araignée, à l’entrée. Cette dernière se retourna.

« Tu crois pouvoir nousss enlever notre proie ? chuinta-t-elle furieusement.
– Oui ! Nous l’avons trouvée les premières ! Ajouta sa compagne avec véhémence.
– Peu me chaut, balaya la louve. Personne ne mangera ce petit.
– Mais, et le pouvoir que l’on obtiendrait en mangeant un aelfffe ? se récrièrent les deux arachnides.
– Vous l’obtiendrez autrement. » Son ton était sans appel. Elle posa sa patte sur l’araignée qui bloquait la sortie à son petit protégé, ignorant ses cris de douleur et approcha son museau de l’enfant. La deuxième arachnide amorça un mouvement mais un grondement l’arrêta. « N’y pense même pas. » La prévint Fen tandis que Bård grimpait le long de son museau jusque sur sa tête, puis sur son cou. Une fois que le fils de Sigurd se trouva bien à l’abri, la louve se retira et s’en fut, sous les chuintements et cliquetits furieux des deux araignées.

« Tu es arrivée juste à temps ! s’exclama le garçon avec soulagement. Comment as tu fait ?
– Je trouvais que tu mettais du temps, alors je suis partie à ta recherche. » Expliqua brièvement la vane. Elle n’avait pas l’intention de lui révéler que tant qu’il ne serait pas capable de se défendre tout seul, elle garderait toujours un oeil – même lointain – sur lui. C’était ce qui lui avait permis de voir l’araignée arriver dans la grotte où son louveteau d’adoption était entré quelques instants auparavant. « Reste toujours prudent où que tu te rendes, le mit elle néanmoins en garde.
– Elles voulaient me manger, reprit l’enfant.
– Les araignées sont très voraces en général.
– Non, mais elles voulaient me manger pour gagner du pouvoir, précisa Bård. Comment cela fonctionne-t-il ?
– Mal, lâcha la louve. Les vanes gagnent un peu en puissance en dévorant des créatures dotées de magie comme des aelfes, des dvergs ou d’autres vanes. Ils absorbent ensuite leur force. Certains s’attaquent même parfois à des ases, mais cela ne se termine jamais bien pour eux. A mon avis, le jeu n’en vaut jamais la chandelle. » Son ton exsudait le dédain. Elle continua : « Le ratio puissance gagnée par rapport à l’énergie dépensée et au risque pris est très mauvais. C’est d’ailleurs pour cette raison que les vanes ne s’entre tuent pas plus. C’est totalement idiot de faire une chose pareille. Mais les araignées ne sont pas réputées pour leur intelligence. »

Le garçon se mit à réfléchir à la question pendant que sa protectrice trottinait dans la direction du forgeron des étoiles. « Quand penses tu que nous arriverons ? s’enquit l’enfant.
– Probablement demain dans la soirée si nous n’avons pas de contre temps.
– Et continueras tu de m’apprendre à me battre aussi ? s’inquiéta-t-il.
– Evidemment, lui assura sa grande protectrice. Il faut bien que tu sois à même de te défendre contre deux malheureuses araignées géantes.
– C’est vrai, approuva Bård. J’ai l’intention de devenir un guerrier, et les guerriers se rient des araignées. »

Fen sourit par devers elle. Il ressemblait beaucoup à Sigurd, ce petit. Elle s’arrêta plus tôt que prévu dans son cheminement, le soir, afin de donner au garçon une petite leçon de combat. Elle avait approuvé le bâton qu’il avait choisi en tant qu’arme. En effet, plus lourd que ne le serait une petite lame, il lui musclerait le bras. Lors de ses leçons, le garçon tenait à utiliser le bâton dans une main et le couteau que lui avait légué sa mère de l’autre. Fen avait accepté de lui enseigner le combat à deux armes, d’autant qu’elle le pratiquait elle même sous sa forme humanoïde. Après environ une heure d’entraînement, elle finit par laisser quartier libre à son élève, pendant qu’elle même retrouvait avec délice sa peau de louve.

Bård était galvanisé après sa leçon. La vane ne l’avait pas ménagé et il était perclus de courbatures. Mais il en était satisfait. Il se dirigea sans but en attaquant les buissons et en testant des bottes de son invention sur des arbres. « Hey Svart, regarde qui voilà ! » L’enfant leva la tête au son de la voix qui venait de s’exclamer. Comme il s’y attendait, il aperçut deux corbeaux perchés dans les branches d’un arbre qu’il venait de tuer d’un coup d’épée ravageur. « Bonsoir Mørk, bonsoir Svart, les salua-t-il poliment.
– Bonsoir jeune homme, lui retourna aimablement le plus intelligent des deux oiseaux.
– Maître ! Maître ! S’égosilla Mørk. Nous l’avons retrouvé !
– Retrouvé qui ? Demanda le garçon. Moi ? » Avant que Svart ait eu le temps de lui répondre, un homme apparut devant lui, comme par magie. Bård lui adressa un regard surpris et constata qu’il s’agissait d’un aelfe. Elancé et aussi richement vêtu que l’était sa mère dans son rêve, l’être merveilleux possédait également les mêmes yeux violets. L’enfant fut instantanément conquis par la prestance de l’aelfe. Malheureusement ce dernier ne parut pas lui accorder autant de considération et le toisa d’un air supérieur.

« C’est lui qui nous a indiqué le village de Sigurd, maître ! Se rengorgea Mørk.
– Ce village était en ruine, déclara l’être féérique d’une belle voix grave tout en fixant le jeune garçon. Et Sigurd était mort. Sais tu quoique ce soit à ce propos ?
– Euh… » Bård était décontenancé. La présence de l’aelfe l’impressionnait profondément et il ne pouvait pas s’empêcher de lui trouver un air familier. « Pas vraiment, dit il enfin. Je ne sais pas pourquoi le village a été dévasté.
– Peu me chaut que ce misérable village humain soit détruit, balaya l’aelfe. Je cherche un objet qui m’appartient de droit que Sigurd m’a dérobé.
– Dérobé ? répéta machinalement le garçon surpris.

NaNoWriMo 2014 jour 4 : Bård

– Cet aelfe était il si fort que ça ? s’enquit Bård.
– Oui, il l’était, confirma Fen.
– Tu l’as tué ?
– Non, répondit la louve. Je ne l’ai pas tué.
– Pourquoi ? insista l’enfant.
– Parce que je n’ai pas eu à le faire. » Eluda sa protectrice.

Le souvenir de ce jour remonta dans sa mémoire. « Pourquoi ? » Avait hurlé l’aelfe comme si elle l’avait trahi. « Pourquoi protèges tu cette vermine ? » Elle soupira et tourna de nouveau son attention sur le petit garçon. Ce dernier lui parut tourmenté. « Qu’est ce qui te chagrine, petit d’homme ?
– Cet aelfe…
– Et bien ? le poussa-t-elle.
– Etait ce lui, chez moi ? demanda le fils de Sigurd.
– Non, répondit la Vane. Je suis certaine que ce n’était pas un aelfe et presque sûre qu’il était humain.
– Quand je serai grand, je le tuerai, décréta Bård.
– Occupe toi d’abord de devenir grand. » Conseilla la louve. Elle bâilla et se roula en boule pour dormir. « Vient te mettre au chaud. » Dit elle à son petit d’homme qui ne se fit pas prier. Comme il était parti de chez lui en catastrophe, il n’était pas vêtu en vue de supporter le temps froid et se blottir au milieu de la fourrure chaude du grand animal était une agréable perspective.

Isolé du froid et se sentant en sécurité, il ne tarda pas à s’endormir. Malgré les émotions de la journée, il était trop épuisé pour garder l’oeil ouvert. Mais, alors qu’il s’attendait à sombrer dans le noir de l’inconscience, le garçon se retrouva dans un jardin. Loin de l’hiver, il était verdoyant, arboré et fleuri de toutes parts. Il s’avança timidement et aperçut une femme richement vêtue, assise sur un banc sous un pêcher chargé de fruits. Dardant sur lui un regard perçant, elle lui sourit chaleureusement et, d’un geste, l’invita à la rejoindre. Sans savoir pourquoi, Bård se sentait en confiance. Il s’assit avec empressement aux côtés de la femme magnifique. Elle lui caressa la joue d’un geste empreint de tendresse. L’enfant remarqua qu’elle avait les yeux violets, les oreilles pointues et une opulente chevelure qui tombait jusqu’à terre. « Mon fils, lui dit elle d’une voix chantante. Je suis heureuse de pouvoir te voir avant la fin.
– Mère ? La fin ? Balbutia-t-il. Comment… ? Pourquoi… ? » Un tourbillon d’émotions contradictoires l’envahit.

« Chut, lui murmura-t-elle en ébouriffant ses cheveux. Le temps qu’il me reste est compté, un Vane très puissant, ou peut être un Ase m’a tuée. J’ai rassemblé ce qui me reste de pouvoir pour une dernière conversation avec toi, mon petit Bård.
– Tuée ? » Répéta le garçon. C’est alors qu’il repéra la tâche de sang qui s’élargissait sur l’abdomen de la belle Aelfe. « Non, non, non ! Pas toi non plus ! » s’écria-t-il. Elle lui caressa de nouveau tendrement la joue, avec un sourire empreint d’amour. Il se jeta dans ses bras, où elle le berça doucement.

« Je suis contente de t’avoir vu, dit elle doucement. Sigurd t’a bien élevé.
– Ne me laisse pas, mère ! Sanglota leur fils.
– Je n’ai pas le choix, regretta-t-elle. Possèdes-tu toujours le couteau que j’ai laissé pour toi ?
– Oui.
– Parfait garde le, il t’ouvrira certaines portes, et t’indiquera ton frère. Enfin, ton demi frère. Que ne puis je rester plus longtemps pour t’en dire plus… J’ai tellement de choses à t’apprendre, mais tu devras découvrir toutes ces choses par toi même. » Elle soupira tristement. A travers ses larmes, Bård constata que le jardin s’effilochait. Il ferma les yeux et se serra encore plus fort contre sa mère.

Il ouvrit brusquement les paupières dans l’obscurité de la tanière. Il entendit « Je t’aime. » Murmuré à son oreille et une fragrance de pêche s’attarder autour de lui. « Mère ? appela-t-il. Mère ? » De nouveau pleurs l’assaillirent. Il avait perdu ses deux parents le même jour et il avait l’impression d’être la personne la plus malheureuse du monde. Son désespoir réveilla Fen. Elle lui donna de petits coups de truffe interrogateurs. Mais Bård n’était pas capable de lui expliquer quoique ce soit. Elle supposa qu’il avait du penser de nouveau à Sigurd. Alors, d’une patte, elle le serra contre elle, consciente que malgré toute la tendresse qu’elle pourrait lui prodiguer, elle ne pourrait jamais combler le trou de ce qu’il avait perdu. Lorsque, épuisé d’avoir tant pleuré, le garçon s’endormit de nouveau, elle ferma enfin les yeux pour se reposer à son tour.

Le petit matin les trouva l’un enfoui dans la fourrure de l’autre, elle même roulée en boule pour conserver un peu de chaleur. Un rayon, pâle et faiblard, la réveilla. Elle bougea, dérangeant son louveteau d’adoption. « Déjà le matin ? » ronchonna-t-il d’une voix pâteuse. Sans répondre, la louve se leva et s’étira, autant qu’elle le pouvait dans cette tanière de fortune. Bård en tomba par terre et de se retrouver dans le froid lui fouetta les sangs. A présent tout à fait éveillé, celui ci se vit assaillir par tous ses souvenirs de la veille et de la nuit. Repoussant ces noires pensées, il suivit la Vane dehors. Elle s’ébroua. La neige avait cessé de tomber, laissant un tapis immaculé après son passage.

« Qu’allons nous faire aujourd’hui ? demanda l’enfant. Quoi ? » La louve s’était retournée vers lui et le fixait d’un air ébahi. Elle s’approcha de lui et le renifla. « Que se passe-t-il ? s’inquiéta le petit garçon.
– On dirait que tu t’es métamorphosé durant la nuit, s’étonna Fen.
– Méta-quoi ?
– Peut être que quelqu’un a descellé quelque chose… » La Vane réfléchissait tout haut en tournant autour de son protégé, l’inspectant sous toutes les coutures. « Mais c’est bien ce qu’il me semblait, reprit elle.
– De quoi ? Dit moi ce qu’il se passe à la fin !
– Tu n’es pas entièrement humain, lui révéla-t-elle. Je suis prête à parier que tu es demi Aelfe. Tes oreilles, ta nouvelle odeur… Il me semblait bien que Sigurd ne m’avait pas tout raconté ! »

Une désagréable sensation naquit dans le coeur de Bård. Son rêve lui revint en mémoire. La question, dérangeante, était à présent de savoir si cela avait bien été un rêve ou si il avait vraiment vu sa mère lors de ses derniers instants. Un nouveau tourbillon d’émotions l’envahit et il cria : « Tu mens ! Je ne suis pas un Aelfe ! Elle n’est pas drôle ta blague ! » avant de se précipiter dans la forêt, plantant là sa protectrice. Furieux, il courut sans respirer jusqu’à en perdre haleine. Cela lui prit longtemps, il évita lestement les obstacles sur son trajet, courut encore et encore. Lorsqu’il eût la sensation que ses poumons étaient sur le point d’exploser, il tomba à genoux au bord d’un petit ruisseau, essoufflé. Son regard rencontra son reflet dans l’eau. « Ce n’est pas possible… » murmura-t-il. Il toucha ses oreilles. Pas de doutes, elles avaient toujours la même taille, mais en lieu et place de l’arrondi humain, elles s’ornaient à présent d’une légère pointe.

Un bruit le fit sursauter. « Tu courres bien vite, commenta Fen qui venait de le rejoindre.
– Je suis vraiment un Aelfe, lâcha l’enfant.
– En partie oui, acquiesça la louve. Bienvenue dans le monde merveilleux des esprits, peuplé d’Aelfes, de Vanes, d’Ases et autres faeries.
– J’ai quand même envie de faire pipi, précisa Bård surpris de toujours être en proie à des considérations aussi triviales alors qu’il était à moitié un être merveilleux.
– Comme nous tous, lui assura sa grande protectrice. Ne fait pas attendre ta vessie. Pendant ce temps, je vais nous trouver de quoi grignoter. »

Suivant le sage conseil, le garçon se rendit derrière un arbre afin de se soulager. Au moment où il remontait son pantalon, il entendit une voix dire : « Qu’est ce donc que ce marmouset tout seul dans la forêt ?
– Un petit Aelfe en plus, ajouta une deuxième voix.
– Crois-tu ? J’aurais juré un petit d’homme, moi. » Rétorqua la première voix. Bård se retourna en tous sens pour trouver l’origine des voix.

« Il nous entend, mais ne nous voit pas, pouffa la deuxième voix.
– Nous sommes là, en haut. » L’informa la première voix. L’enfant leva la tête et vit deux corbeaux perchés sur une branche. Ils le fixaient d’un air intéressé. « Que fais tu tout seul dans les bois ? s’enquit le premier corbeau.
– Je ne suis pas tout seul, réfuta le garçon.
– Prend garde Svart, dit le deuxième corbeau au premier. Il est peut être de ces personnes bizarres qui possèdent des amis imaginaires. Elles sont parfois dangereuses.
– Ne soit pas idiot, Mørk, riposta ledit Svart.
– Mon amie n’est pas imaginaire, appuya Bård. Elle s’appelle Fen et elle est partie chasser. C’est une louve géante.
– Une louve géante, s’esclaffa Mørk. Je te l’avais bien dit qu’il était fou, Svart !
– Je ne suis pas fou, protesta l’enfant.
– Bien sûr que non, approuva Mørk avec véhémence avant de chuchoter : Il ne faut pas contrarier les fous Svart. »

Ce dernier donna un coup de bec à son compagnon. « Ne l’écoute pas, petit, reprit Svart. Mon frère raconte tout le temps n’importe quoi. La cause en est qu’il est tombé du nid à peine sorti de l’oeuf. Cela a eu un… impact permanent sur sa tête.
– Oh, compatit le garçon.
– Quoiqu’il en soit, balaya Svart tandis que Mørk geignait sur le coup reçu, nous recherchons un village où habiterait un certain Sigurd.
– Sigurd qui ? demanda Bård sur la défensive.
– C’est là que le bât blesse, confessa le corbeau. Nous ne savons pas grand chose.
– Si si, nous savons que ce Sigurd est un humain, intervint Mørk qui se tut rapidement sous le regard noir de son frère.
– Je connais un Sigurd. » Déclara l’enfant. Il songea qu’il ne lui coûtait rien de leur indiquer les ruines de son village et ce, quels que soient leurs desseins. Il était trop tard pour son père de toutes façons. Et puis, si ça se trouve, ils parlaient d’un autre Sigurd ; il s’agissait d’un prénom plutôt répandu. Il leur expliqua rapidement comment trouver son ancien village, à la grande joie des deux corvidés. Ils le remercièrent chaleureusement et s’envolèrent à tire d’aile une fois les informations récupérées. « Le maître sera content de nous, n’est ce pas Svart ? se réjouit Mørk.
– Oui oui. » Acquiesça son frère alors qu’ils disparaissaient à la vue de Bård.

« Avec qui discutais tu ? se renseigna Fen qui arrivait à ce moment là.
– Deux corbeaux, répondit son protégé. Je crois qu’ils cherchaient mon père.
– Qu’est ce qui te fait dire cela ?
– Ils m’ont dit qu’ils voulaient voir un certain Sigurd, expliqua le garçon.
– Et que leur as tu répondu ? s’enquit la louve avec un brin d’inquiétude.
– Je leur ai dit que je connaissais un Sigurd et je leur ai indiqué la direction du village.
– Mmmh, bien, le félicita la Vane tout en le considérant pensivement.
– As tu trouvé à manger ? demanda l’enfant. J’ai très faim ! »

Ils se régalèrent de lapin, que le garçonnet agrémenta de fruits secs glanés çà et là. Bård décortiquait une noisette abandonnée par un écureuil, lorsque quelque chose de mou tomba sur sa tête et rebondit pour se retrouver dans son giron. Il s’agissait d’un rouge gorge, un peu sonné suite à sa chute. “C’est trop petit pour être mangé, trouva la louve qui était rassasiée.